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mercredi, 15 mai 2013

AFFAIRE DU TABLEAU OFFERT PAR OUATTARA A GUEANT - L'ARTICLE DE THEOPHILE KOUAMOUO QUI A MIS LE FEU AUX POUDRES

 

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L'ancien ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy a "privatisé" la toile de James Houra qu'Alassane Ouattara lui a offerte en novembre 2011. Ce faisant, il a manifestement violé une circulaire gouvernementale qui régit l'utilisation des "cadeaux offerts aux membres du Gouvernement". C'est un signe de l'incroyable confusion qui règne, entre la France et l'Afrique, sur ce qui relève des intérêts privés et des relations d'Etat à Etat.


Les bons connaisseurs de l'art ivoirien l'avaient constaté dès qu'ils avaient vu les images d'illustration de l'affaire Guéant sur les chaînes d'information en continu. Des images qui montraient notamment l'ancien ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy devant une toile africaine, dans son tout nouveau - et déjà sulfureux ! - cabinet d'avocats. C'était un tableau de l'Ivoirien James Houra !

Puis, le 7 mai dernier, un article du Monde donnait plus de précisions sur l'histoire de cette peinture. "Au mur blanc, un tableau. Pas l'une de ces deux toiles d'Andries Van Eertvelt vendues 500 000 euros, comme il l'a expliqué pour justifier la trace de cette somme virée sur son compte par un "avocat malaisien". Non, un couple africain naïf et coloré offert par le président de la Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, à celui qui reste son ami et son complice, y compris au sein de "Guéant avocats". Au pluriel", écrivait Ariane Chemin.

Une recherche rapide sur Internet permet d'avoir une idée des conditions dans lesquelles ce cadeau a été fait à Claude Guéant. C'était au cours d'une visite officielle en début novembre 2011. A cette occasion, celui qui était alors le premier flic de France avait été fait commandeur de l'ordre du mérite ivoirien. Il avait offert 34 voitures de police à l'Etat ivoirien. C'est donc à un ministre français en fonction, au cours d'une visite officielle, que ce cadeau avait été fait. 

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Une circulaire signée des mains de François Fillon...

Or les dispositions hexagonales en la matière sont claires, comme le stipule une circulaire signée par François Fillon le 18 mai 2007, juste après l'élection de Nicolas Sarkozy, donc. "Les cadeaux offerts aux membres du Gouvernement ou à leur conjoint, dans le cadre de l'exercice des fonctions gouvernementales, notamment à l'occasion des visites effectuées à l'étranger ou de la réception en France de personnalités étrangères, sont, pour leurs auteurs, la manifestation de la volonté d'honorer la France. C'est donc à l'Etat qu'ils s'adressent, au-delà de la personne du récipiendaire (...) Il est par conséquent normal qu'ils n'entrent pas dans le patrimoine personnel du ministre ou de sa famille", peut-on lire. La circulaire de Fillon organise de manière minutieuse le mode de gestion de ce type de cadeaux. Le ministre doit faire enregistrer, par le service du mobilier national, le cadeau offert à lui-même ou à son conjoint. Un cadeau qui peut être laissé à la disposition du ministre tant qu'il reste en fonction, mais doit absolument être rendu au service du mobilier national dès qu'il quitte ses fonctions. Comment se fait-il donc que le tableau remis par Ouattara à Guéant se trouve dans son cabinet d'avocats, qui relève, bien entendu, de ses affaires privées ? Il y a là les apparences d'un abus de biens sociaux...

Mépris pour les dispositions légales Au-delà de l'œuvre de James Houra "privatisée" par Guéant, le procédé pourrait bien alimenter la polémique sur le mépris que manifeste l'ex homme-lige de la Sarkozie pour les dispositions légales et réglementaires, y compris lorsqu'elles sont rédigées par lui- même. C'est ainsi qu'après avoir écrit, en 1998, alors qu'il était directeur général de la police nationale (DGPN) une note selon laquelle les frais de police ne devaient pas être transformées en primes, il s'est lui-même payé quelques années plus tard - selon ses déclarations, de toute façon sujettes à caution - en puisant dans ces fonds particuliers.

Plus globalement, le destin du tableau de James Houra est une illustration du "confusionnisme" caractéristique de l'impérialisme français en Afrique. Est-ce à titre d'ami ou de ministre que Guéant a reçu ce cadeau ? Est- ce en tant qu'ami ou chef de l'Etat que Nicolas Sarkozy a engagé la communauté internationale dans la guerre post-électorale qui a installé son obligé au pouvoir, là où un simple recomptage des voix aurait permis de départager Gbagbo et Ouattara ? Si Guéant a reçu le tableau de Houra en tant qu'ami, est-ce à dire qu'il a offert les 32 voitures de police en tant qu'ami, mais tout de même aux frais de l'Etat français ? Est-ce en raison de leurs intérêts croisés que les graves violations des droits de l'Homme du régime d'Abidjan ont été couvertes par Paris pendant trop longtemps, et que Ouattara a été soutenu auprès des institutions de Bretton Woods malgré les signes de mauvaise gouvernance ? Dans un contexte où la presse et l'opinion publique, endoctrinée, ne manifestent en général qu'un sens critique très limité pour ce qui est des engagements de la France en Afrique, qui peut vraiment dire, à Paris, que ce n'est pas au nom des intérêts "amicaux" et non de l'intérêt supérieur de l'Etat, que certaines batailles sont menées au-delà des frontières de l'Hexagone, en Côte d'Ivoire ou en Libye ?


Photo - LNC 795 (11/05/13)   Texte - Théophile Kouamouo


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier"


Source: LE GRI-GRI INTERNATIONAL

mardi, 14 mai 2013

AMINATA TRAORE INTERDITE EN FRANCE ALORS QUE LA TRIERWEILER EST AU MALI!


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Valérie Trierweiler, la même pas première dame française, en mars dernier en RDC


Le titre de l'article de lechorepublicain.fr prête à confusion : Valérie Trierweiler au Mali à l'invitation de Mme Traoré. Superbe, me dis-je, in petto : Aminata Traoré la roublarde intellectuelle et figure politique malienne, se voyant interdire d'entrer dans l'espace Schengen il y a quelques semaines, nous a concocté un magistral coup médiatico-politique ! Je me dis, elle doit avoir une ou deux amies de la gauche bobo à Paris, Ami, capables d'entrer secrètement en contact avec la compagne de François Hollande. Celle-ci, on le sait, est plutôt du genre indépendante (on se rappelle sa hâte à soutenir par textos l'adversaire de Ségolène Royal lors d'élections locales). Elle a été touchée par ce qui arrive, entre autres à cause de son mari, au Mali et à Aminata la refoulée. Elle a pas du mettre longtemps non plus, me dis-je, à accepter la perfide et malicieuse proposition d'Aminata : "Puisque ton mari ne veut pas de moi, tu n'as qu'à toi venir à moi ! Tu imagines bien que tu n'auras pas toi de problème pour entrer au Mali... Tu m'interviewes pour Paris Match et le tour est joué !"

C'est évidemment plus simple et plus triste que ça. Suffit de lire l'article, inspiré d'une dépêche AFP. Invitée par la femme de l'illégitime et transitoire président malien, Dioconda Traoré, la compagne de François Hollande est au Mali pour 48h. Étonnant voyage pour celle qui ne sort habituellement pas de France sans Hollande. Annoncé à la dernière seconde, lundi soir. "Lors de cette visite au Mali, il sera question de soutien aux enfants, aux femmes mais aussi aux "populations déplacées" du fait de la guerre. (...) Le président François Hollande sera de son côté à Bruxelles pour une conférence des donateurs pour le développement du Mali, à laquelle doit aussi participer Dioncounda Traoré. (...) Le président malien doit également s'entretenir avec François Hollande vendredi à l'Elysée, d'après l'agenda du président français."

En résumé, Aminata Traoré ne peut pas venir en France dire aux Français ce qu'elle pense de leur intervention militaire dans son pays, mais Valérie Trierweiler a le droit, elle, d'aller au Mali, d'y représenter la France sans même être l'épouse du président français, pour aller pleurnicher sur le sort de femmes et d'enfants victimes de djihadistes armés par les alliés de la France venue les combattre.

Photo - dr    Texte - J.O. (feat G.P.)


Source: LE GRI-GRI INTERNATIONAL

jeudi, 28 mars 2013

SCANDALE AU TOGO - UNE IVOIRIENNE REFUGIEE MEURT SUITE A LA NON-ASSISTANCE DE L'ATBEF!

 

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Nous venons de perdre notre mère, soeur et amie Pauline (Dame TIEHOU Macoura Pauline), ce matin (Mardi 26 mars 2013, Ndlr), à 10 heures.

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Elle était atteinte d'une anémie sévère et manquait de nourriture et donc elle ne pouvait prendre les médicaments pour son traitement. Mr PANA, DAF de l'ATBEF a donné l'ordre, avec la complicité de Mme Justine, assistante sociale à l'ATBEF, de ne pas donner de subvention ponctuelle à cette femme bien qu'étant enregistrée au HCR comme ''personne vulnérable'' car elle participait à la grève des femmes réfugiées ivoiriennes au camp d'Avépozo. Et qu'aucun autre vulnérable ne recevra son aide ponctuelle tant que les femmes continueront leur manifestation.

Nous ne comprenons pas pourquoi le HCR-Togo nous laisse mourir au lieu de chercher à trouver des solutions à nos revendications. Nous prenons la communauté internationale à témoin sur le traitement que le HCR-Togo nous fait subir.

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Source: LE GRI-GRI INTERNATIONAL

mercredi, 10 octobre 2012

LA DEVALUATION DU FRANC CFA ET SES MAGOUILLES OBSCURES - AUX ORIGINES DU «PACTE» OUATTARA-SARKOZY


FRANC CFA - BILLET DE 1000 F ANCIEN.gif


Alors qu’Alassane Ouattara tient conférence à Paris, dans le cadre de la commémoration des 40 années de la zone franc, et que Pierre Moscovici, ministre français de l’Economie et des Finances, le présente comme un homme qui «incarne notre volonté de faire le lien entre le passé, le présent et l’avenir» (cf. Jeune Afrique n° 2699 du 30 septembre au 6 octobre 2012), Le Nouveau Courrier revient sur les secrets d’un épisode à la fois important et socialement douloureux de la zone franc en question.

C’est un document secret, d’une valeur exceptionnelle et d’une importance considérable à plus d'un titre que Le Nouveau Courrier s’est procuré. Il est daté du 27 janvier 1993 et a été rédigé par le secrétariat général du gouvernement français de l’époque. Il évoque la «situation économique et financière d’Afrique francophone». Mais il faut le contextualiser, l'analyser, en tirer ce qu'il dit, mais aussi ce qu'il ne dit pas. Cela tombe bien. Nous avons pu non seulement en prendre connaissance, mais également nous en faire donner les clés de compréhension par un proche du dossier, que nous nommerons «Gorge profonde».

Mitterrand et les socialistes ne voulaient pas de la dévaluation de 1994 

Le mercredi 27 janvier 1993, se tient une réunion secrète, un «conseil restreint» au Secrétariat général du gouvernement, présidée par François Mitterrand lui-même. Y assistent : le Premier ministre, Pierre Bérégovoy, le Ministre d'État, ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas (qui connaît donc certains des protagonistes actuels de la crise ivoirienne depuis bien longtemps), le ministre de la Défense, Pierre Joxe (lui-même fils d'un homme politique de premier plan), celui de l'Économie et des Finances, Michel Sapin (membre actuel du gouvernement français), et, bien sûr, le ministre en charge alors de la Coopération et du développement, Marcel Debarge, "éléphant"du PS, comme on disait alors. Signalons, présents au titre de la Présidence de la république française, le Conseiller M. Delaye, le Chef d'État-major, M. le général Quesnot et, plus étonnant, le Secrétaire général adjoint, Mme Anne Lauvergeon. M. Jurgensen, Directeur général de la Caisse centrale de coopération économique, et M. Denoix de Saint Marc, Secrétaire général du gouvernement, complètent la distribution.

En ce 27 janvier 1993, la France est encore à gauche pour quelques semaines. La droite remportera en mars les législatives, accèdera au pouvoir, qu'elle devra néanmoins partager, selon les délices constitutionnels français, avec le président de la République en place, François Mitterrand. Depuis 1981 et la victoire historique de celui-ci, la droite n'a pas gouverné, si l'on excepte la précédente cohabitation, entre 1986 et 1988, qui vit Jacques Chirac accéder à Matignon. Autant dire que les réseaux françafricains dits de droite, en opposition supposée à ceux de gauche, s'activent et préparent leur retour aux affaires.

Onze ans ou presque qu'ils attendent de réinvestir l'Afrique francophone et sa zone franc. Cela explique sûrement l'extrême rapidité avec laquelle, à peine réinstallée aux commandes, la droite de Balladur va mettre en place une dévaluation du franc CFA foudroyante. Contre les volontés des présidents africains et de la gauche française bientôt défaite. C’est ce que prouve très clairement le document secret que Le Nouveau Courrier s’est procuré. Ainsi lit-on sur la deuxième page de notre document que «le 31 juillet 1992, les présidents Bongo, Compaoré, Diouf et Houphouët-Boigny ont réaffirmé solennellement leur souhait de maintenir la parité actuelle des francs français et CFA.» Mieux : «Pour ce faire, ils ont manifesté leur ferme engagement de poursuivre dans la voie de l'ajustement réel.» Très clairement, la «mitterrandie» souhaite une cure d’austérité, mais ne veut pas de dévaluation.

«En diminuant récemment les salaires de la fonction publique de 20%, le président Biya a montré que l'ajustement réel n'était pas hors de portée», se félicite le document. Admirable rhétorique. Aussi pour le pouvoir français, «il convient de soutenir cette démarche courageuse, premier pas vers un programme de redressement économique qui permette de rétablir les conditions d'une croissance durable sans ajustement monétaire et d'inciter la Côte d'Ivoire ainsi que les autres États de la Zone Franc à faire de même.»

Le duo Camdessus-Ouattara : ceux qui ont poussé à la dévaluation à marche forcée

Ce n'est peut-être pas encore écrit dans les manuels d'Histoire français, mais il est (presque déjà) notoire que, depuis les indépendances, Libreville, Dakar et Abidjan sont les places fortes de la France en Afrique. Pour ne pas dire de la Françafrique. En 1993, les présidents que la France consulte et écoute se nomment Omar Bongo, Abdou Diouf, Félix Houphouët-Boigny (même si très diminué, dans les faits, c'est Alassane Ouattara, son Premier ministre, qui gouverne), mais aussi, et là encore ça surprendra sûrement quelques observateurs attentifs, Paul Biya, président (déjà) du Cameroun et Blaise Compaoré, président (déjà lui aussi) du Burkina Faso.

Les leaders africains le savent pertinemment : l'hypothèse d'une dévaluation du Franc CFA est, en 1993, depuis plus d'un an et demi dans les tubes des plus libéraux du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque Mondiale, institutions économiques toutes puissantes issues des Accords de Bretton Woods. Au FMI, et en particulier à sa direction, M. Camdessus en est un partisan inconditionnel. Et derrière lui celui qu'un storytelling bienveillant et accommodant présente comme un "ancien directeur du FMI" ou un "ancien directeur adjoint du FMI", mais qui ne fut dans les faits que membre du cabinet Camdessus : Alassane Ouattara. (Pour preuve, celui qui succèdera à Camdessus, embarrassé par quelques affaires pénibles, sera son "vrai" numéro 2, M. Fischer).

La dévaluation du franc CFA: une fabrique de misère pour les masses africaines, une gigantesque opération spéculative pour les «sachants»

Finalement, le camp «anti-dévaluation», incarné par François Mitterrand et ses hommes, perdra le contrôle de la situation. Le Parti socialiste défait aux législatives, Mitterrand doit cohabiter. Chirac préfère envoyer Balladur. Le Banquier par excellence. Un physique de héros de Molière et de roi de France en même temps. Le moins soupçonnable de tous. Formé à la banque Rotschild et auprès de Georges Pompidou.

Donc pas tout à fait innocent des affaires et réseaux de la Françafrique. Autour de lui, un gouvernement. Le retour en grâce de réseaux qui, s'ils ont rouillé, n'en continuent pas moins d'occuper une bonne partie du terrain. La dévaluation se met en place. Elle n’empêchera pas une division par deux des salaires dans de nombreux pays où elle s’additionnera à l’austérité préconisée par la gauche.

Tout va aller vite. Vraiment très vite. En quelques semaines, on passe de la note secrète de Conseil restreint recommandant en somme de repousser la dévaluation au profit de l'ajustement à la mise en place effective de celle-ci. La dévaluation sera une opération financière et monétaire, mais aussi une opération juteuse et assimilable à un gigantesque délit d'initiés pour certains – qui savaient ce qui allait se passer pour des raisons évidentes, et qui en ont bien profité.

Les dommages (et bénéfices) seront tels que pour stopper l'hémorragie, le 31 juillet 1993, il sera décidé de suspendre la convertibilité du CFA. Le New York Times parlera, en octobre 1993, «de trains de camions» remplis de billets françafricains transitant par Londres pour Genève. On disait alors que «des Nigérians» tenaient ce business excessivement lucratif. Il était urgent pour les veinards qui en possédaient d'aller changer en francs français ou en devises «bankables» des CFA dont la valeur allait être multipliée par deux après la fameuse dévaluation.

Sarkozy était déjà à la manœuvre Qui contrôlait donc ce bateau ivre de la dévaluation ?

En premier lieu, en second chef et à tout saigneur tout honneur : dans le désordre économique protocolaire, l'exécuteur des hautes œuvres et des basses besognes, celui qui officiait alors à Paris au Budget, Nicolas Sarkozy.

S'il n'a pas, effectivement, marié Alassane et Dominique Ouattara, on peut sans s'avancer conjecturer sur, au minimum, une rencontre «fructueuse» entre les deux hommes dans cette période. En second lieu, tout au moins dans les souvenirs précis de notre informateur de l’ombre : Anne Le Lorier, Conseillère économique à Matignon. Peut-être sinon le plus important, en tout cas le plus «conséquent»: l'alter ego de Nicolas Sarkozy à la Coopération, le «gendarme» Michel Roussin. Qui sera plus tard le troisième bras de Vincent Bolloré, après avoir, parmi d'autres, payé pour un "système Chirac" qui les dépassait probablement, lui et Chirac. Comme on se retrouve ! Qui est donc Directeur de cabinet de Michel Roussin à l'époque, et donc forcément au courant de l'ensemble des problèmes et questions liés à la dévaluation ? Dov Zerah himself ! Celui qui sera nommé à la direction de… l'Agence Française de développement par… Nicolas Sarkozy en 2011. (Même si, pour la petite histoire, Zerah sera assez vite remplacé par M. Pouilleute.) 

Deux autres hommes se détachent incontestablement : Jean-Claude Faure et Jean-Michel Sévérino. Faure est à la direction du Développement et reviendra en grâce en 1997. Paradoxalement, il mettra à profit la victoire de la gauche lors des calamiteuses législatives, nées de l'encore plus calamiteuse dissolution due au fantasque Dominique de Villepin, pour réapparaître auprès de M. Josselin. Son épouse était Conseillère de Lionel Jospin.

Ceci expliquerait-il cela? Sévérino, issu du Cabinet de Jacques Pelletier, était le chef du Service de Coordination géographique. Notre ami Gorge profonde voit en lui «la cheville ouvrière de la dévaluation». Plus tard, son forfait accompli, si l'on peut dire, il sera soutenu par Jacques Chirac à la direction de la Banque mondiale. Il en sera vice-président. Libéral assumé, il n'en sera pas moins encarté au PS. Ami et de l'influent Camdessus et de l'influencé Ouattara. Il dirigera plus tard l’Agence française de développement.

Décidément «machin» à recycler les hauts fonctionnaires et les plus méritants des réseaux. Actuellement, un homme comme M. Séverino, en complément d'autres activités, officie, par exemple, en qualité d'administrateur dans des firmes comme Danone ou Orange. On ne l'y paye pas en salaires, mais en jetons de présence (à hauteur de 50 000 euros chacune chaque année pour quelques heures de… présence). 

La question qu’on ne peut pas ne pas se poser

Aujourd’hui avec le recul, l’on sait que la dévaluation de 1994 n’a pas enrichi l’Afrique. Après un rebond artificiel de certaines économies, qui se limitait aux beaux tableaux des institutions de Bretton Woods, la baisse généralisée du pouvoir d’achat qu’elle a entraîné a exacerbé la corruption chez les fonctionnaires, voire précipité des troubles politiques considérables, comme en Côte d’Ivoire.

La dévaluation n’a pas vraiment fait bouger la règle de la «monoculture» agricole et l’industrialisation n’a pas fait des progrès fulgurants. On retiendra surtout qu’elle a enrichi ceux qui savaient ce qui allait se poser et comment cela allait se passer et ceux qui pouvaient orchestrer le «déplacement» de l’Afrique à l’Europe de sommes considérables d’argent.

Ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) où il disposait encore de solides réseaux, Ouattara a-t-il, d’une manière ou d’une autre, joint «l’utile» à «l’agréable» en ce temps-là? Aujourd’hui, les différentes «affaires» qui secouent la République française, notamment l’affaire Karachi, montrent que les années dont il est question ont été des années où les deux clans rivaux de la droite – les clans Balladur/Sarkozy et Chirac – étaient à la recherche effrénée d’argent pour financer leurs ambitions politiques. L’Histoire retiendra sans doute que c’est dans cette période bien particulière que la grande amitié, pour ne pas dire «le pacte», entre Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara s’est forgée.


Grégory Protche


NB: Les documents se trouvent dans la rubrique ''documents'' en bas de votre site ou suivez cet lien:

 http://abidjandirect.net/document/devaluation_doc_1.jpg

 

Source: ABIDJAN DIRECT.NET

mardi, 20 mars 2012

L'AVOCAT DES VICTIMES FRANÇAISES DE NOVEMBRE 2004: «POURQUOI JE CROIS QUE GBAGBO EST INNOCENT»

 

JEAN BALAN.jpg

Pas de doute, c'est un personnage. Jean Balan, l'avocat des soldats français morts en novembre 2004 à Bouaké dans des circonstances non encore élucidées, n'a pas peur, et le montre. Il a vu passer quatre juges d'instruction et est à ce jour le meilleur connaisseur de cette affaire obscure, maîtrisant quasiment sur le bout des doigts les 12 000 pages du dossier. Acharné à ne pas laisser enterrer cette affaire d'Etat, très peu familier de la langue de bois, il livre ses convictions dans cette interview. Au départ persuadé que Gbagbo avait commandité le bombardement, il a désormais changé d'avis. Et s'en explique, tout en dénonçant violemment les mensonges et les mystifications de Michèle Alliot-Marie, alors ministre française de la Défense, et de Dominique de Villepin, ministre de l'Intérieur de l'époque. Il évoque aussi l'omerta médiatique en France sur cette affaire. Et livre une analyse intéressante que nous ne partageons pas. De son point de vue, la presse française est discrète sur cette affaire parce qu'elle ne dérange pas Nicolas Sarkozy mais pourrait éclabousser Dominique de Villepin. Pour notre part, nous pensons qu'elle est surtout aveuglée par son prisme anti-Gbagbo forcené, qui fait qu'elle répugne à lui faire le cadeau de la vérité. Pourquoi, au Nouveau Courrier, nous sommes autant «obsédés» par novembre 2004 ? Parce que cette période nous apparaît comme un condensé de vérités sur ce qui s'est tramé en Côte d'Ivoire de nombreuses années durant. Aux condamnations médiatiques sans appel et à la diabolisation de Gbagbo, ont souvent succédé de nombreuses interrogations sur les versions officielles répandues sans nuance par des médias dominants pas soucieux du «droit de suite» que pourraient revendiquer à juste titre leurs lecteurs. Si des mensonges d'Etat énormes ont pu prospérer sur ce dossier, comme on en a aujourd'hui la preuve, cela ne signifie-t-il pas qu'il faut revisiter d'autres accusations faciles brassées par la sphère médiatique et institutionnelle occidentale contre la Côte d'Ivoire de Laurent Gbagbo, et qui ne résisteraient pas, comme la thèse officielle sur Bouaké, au goût de l'enquête et à l'exigence de vérité de citoyens curieux et iconoclastes à l'image de Jean Balan ? Le débat est ouvert.

Avant d'être sollicité par une partie liée à la crise en Côte d'Ivoire, aviez-vous une opinion sur ce qui se passait dans ce pays depuis 2002 ?

Généralement, je m'intéresse beaucoup à la politique, à ce qui se passe partout dans le monde, je suis assez bon connaisseur de la géopolitique. Mais ce qui est clair, c'est que la Côte d'Ivoire ne faisait pas partie de mes préoccupations premières.

Donc vous êtes arrivé vierge de tout préjugé dans cette affaire ?

Oui, je suis arrivé vierge de tout préjugé... Pas complètement au début ! Mais j'avais l'esprit complètement ouvert dans cette affaire.

Quels préjugés aviez-vous ?

Pas vraiment de préjugés, mais je croyais sincèrement au début que le bombardement de Bouaké était une action commanditée par Gbagbo. J'ai changé d'avis par la suite assez rapidement.

Qui vous a contacté dans cette affaire, et quand ?

C'est compliqué. Il y avait beaucoup de parties civiles dans ce dossier qui n'avaient pas d'avocats. Madame Raynaud a demandé au Conseil de l'ordre des avocats de mettre des avocats dans l'affaire. Des avocats qui n'avaient pas «peur» des actions difficiles, complexes. C'est comme cela que je suis arrivé dans le dossier comme commis d'office. Et immédiatement, les gens m'ont adopté. Donc je suis leur avocat, mais plus commis d'office.  Quand cette affaire s'est présentée à moi, je savais comme tout le monde ce qui se passait en Côte d'Ivoire puisque la presse et la télé en avaient parlé abondamment. Evidemment, j'avais l'impression d'une certaine complexité. En dehors des victimes, l'affaire impliquait des relations internationales, l'armée... ce n'était pas une affaire extrêmement simple dès le début. Et elle s'est encore plus compliquée par la suite.

Est-ce que vous vous souvenez du premier élément qui vous a interpellé ?

Le premier élément qui m'a interpellé énormément, c'est quand la mère d'un enfant s'est rendue compte que ce n'était pas son enfant qui était sur les photos le désignant dans le dossier. Il y a eu tout simplement inversion des corps. Des corps que les familles n'ont jamais pu voir.

C'est juste une erreur...

On ne fait pas une erreur comme ça... Arrêtez un peu ! C'est quoi une erreur ? On ne vérifie même pas qui on enterre ? On n'était pas dans un état de guerre absolue lors de la guerre mondiale 1914-1918 avec les soldats inconnus... Je n'ai pas considéré cela comme une erreur, les familles non plus. C'est à cette occasion que j'ai commencé à me poser des questions. Pourquoi cette précipitation ? Et ce qu'on a découvert quand on a déterré les deux corps pour changer leurs sépultures, on s'est rendu compte qu'ils avaient été enterrés en l'état, sans être lavés, sans être nettoyés, sans que leurs vêtements aient été changés, avec leurs blessures, pleins de boue. Si ces deux ont été enterrés comme cela, je suppose que les autres l'ont été de la même manière. Et là j'ai commencé réellement à me poser des questions. Il y avait quelque chose qui clochait. Et au fur et à mesure, ça s'est développé.

Cela s'est développé comment ? Quels autres éléments vous ont fait tiquer ?

Plein d'éléments ! Ce n'était pas facile. On n'avait aucun document valable dans le dossier. Le secret défense était bien gardé. Madame Raynaud, qui était le premier juge d'instruction dans cette affaire, a fait un travail formidable. Je vous le dis franchement, c'est grâce à Sarkozy qui était ministre de l'Intérieur à l'époque, que l'enquête a commencé à se développer. Il a donné des ordres précis à la Brigade criminelle de participer le plus possible à l'enquête, et d'informer le juge. C'est dès ce moment qu'on a commencé à découvrir des éléments pas connus ou très peu connus.

Par exemple ?

Par exemple, quand les mercenaires qui étaient sur le terrain ont été arrêtés immédiatement après le bombardement puis relâchés et remis à l'ambassade de Russie. Sans être interrogés selon la thèse officielle, au nom de multiples motifs invraisemblables. J'ai la conviction profonde qu'ils ont été interrogés, mais que ces interrogatoires ne figurent pas dans le dossier jusqu'à présent. Cette conviction est d'ailleurs confirmée par plusieurs déclarations dans le dossier. Je me pose alors une question. Mais pourquoi diable quand on tient des éléments absolument essentiels pour savoir qui a bombardé, qui a donné l'ordre, comment et pourquoi... les relâche-t-on ? Je commence à poser des questions, je les pose publiquement. Et j'ai des réponses complètement alambiquées et fausses de Michèle Alliot-Marie. Une guéguerre par l'intermédiaire de la presse commence. Et on se pose des questions. Mais pourquoi essaie-t-on de cacher les choses ? On avait arrêté des pilotes au Togo, ils avaient été donnés sur un plateau à la France. On a tout fait pour qu'ils soient libérés, pas entendus, etc... Sur ce sujet, on a eu des déclarations complètement aberrantes de la ministre de la Défense qui se sont avérées toutes aussi fausses les unes que les autres. Ce n'est même plus discutable maintenant...

Tellement aberrantes que l'on se demande si elle a pu être l'instigatrice de tout cela...

Non, je ne pense pas qu'elle ait été l'instigatrice directement. Mais en bon petit soldat, très fidèle au camp élyséen de l'époque, elle a fait tout pour couvrir quelque chose. Mais elle l'a fait de manière tellement maladroite que ça s'est retourné contre elle. Elle a tout de même menti sous serment devant le juge d'instruction, ce qui est très grave. Mais ça c'est une autre histoire...

Des mensonges par omission ?

Non, des mensonges par volonté. Clairs, nets et précis. Vous savez le dossier fait 12 000 pages actuellement. Les déclarations d'Alliot-Marie sont contredites par des dizaines de pages.

Pourquoi ce dossier stagne-t-il maintenant ?

Disons que c'est pour des raisons administratives. La juge d'instruction Florence Michon, qui a succédé à Madame Raynaud - et qui a fait un travail remarquable - était arrivée à la fin de sa mission au tribunal aux armées de Paris. Un autre juge devait la remplacer fin septembre 2010. Il n'est arrivé qu'en février 2011. Par la suite, il a eu un accident et a été indisponible pendant une très longue période. Il a repris fin septembre début octobre 2011. Sa mission se terminait fin 2011 parce que le tribunal aux armées de Paris a cessé d'exister fin 2011 et que ses missions ont été transférées dans un autre cadre au Tribunal de grande instance (TGI)) de Paris. Avec d'autres juges d'instruction qui étaient nommés. Non seulement il ne pouvait plus s'occuper de ce dossier-là mais il devait préparer tous les autres dossiers pour les transmettre à celui qui viendrait à sa suite.

Au TGI de Paris, un seul juge d'instruction avait été nommé pour s'occuper de toutes les autres affaires qui relevaient du tribunal aux armées. J'ai insisté mais je ne crois pas que ce soit seulement à cause de moi qu'un deuxième juge d'instruction a été nommé. Je leur ai transmis des éléments nouveaux recueillis pendant les longs mois d'inaction... durant lesquels je ne suis pas resté inactif. Je suis un peu sorti de mon cadre. Je ne suis pas un avocat anglo-saxon, je n'ai pas des moyens de recherche, mais j'ai recueilli beaucoup d'impressions, de témoignages officieux. J'ai remis tout cela à la nouvelle juge d'instruction Sabine Khéris qui est une personne remarquable. Mais elle hérite d'un dossier énorme ! C'est un travail dur, long, complexe, très difficile parce que ce n'est pas facile d'établir la vérité quand on veut l'enfouir à tout prix. Surtout quand ça se passe dans certaines sphères...

On en est là à l'heure actuelle. J'ai mes convictions qui demeurent sur la forme d'hypothèses. Je les transmets au juge d'instruction mais pas aux journalistes parce que je n'ai pas les moyens de les prouver. Même si on peut les prouver.

Il y a eu assez peu de choses dans la presse française sur ce dossier. Pourtant, avec des victimes françaises, on pouvait imaginer que...

C'est une chose assez aberrante. Parce que quand je vois le battage médiatique dans le dossier Karachi où tout ce que l'on fait n'apportera pas de réponse sur qui a commandité l'attentat. Mais la presse française, dès que le nom de Sarkozy apparaît quelque part, monte tout et n'importe quoi.

Plus que quand il s'agit des noms de Chirac et de De Villepin...

Mais bien sûr. Il y a des journalistes qui m'ont dit très clairement : «Implique un peu Sarkozy dans cette affaire-là et on va faire monter la mayonnaise !» Mais il n'y est pour absolument rien dans l'affaire de Bouaké. En revanche, sur Alliot-Marie, on tape assez facilement. Mais dès qu'il s'agit de mettre en cause De Villepin dont le rôle n'est, à mon avis, pas très neutre dans tout cela, il n'y a plus personne. Plus personne ne veut enquêter dans ce sens.

Vous dites que Sarkozy a fait bouger l'enquête quand il était ministre de l'Intérieur. Mais y a-t-il eu de grosses déclassifications sous sa présidence, en ce qui concerne les documents verrouillés par le secret défense ?

Oui, il y a eu beaucoup de déclassifications. Peut-être il y a des choses encore classifiées, mais sans aucune mesure avec le début de l'enquête. Il ne reste à mon avis que les interrogatoires des mercenaires qui ont été arrêtés à Abidjan, si ces interrogatoires existent. Vu l'évolution du dossier, ces interrogatoires ont aujourd'hui beaucoup moins d'importance que ce qu'ils pouvaient avoir au début de l'enquête.

Avez-vous subi des pressions ?

Non, pas particulièrement. Au début, Michèle Alliot-Marie a écrit au bâtonnier pour se plaindre de moi. C'est de bonne guerre. Mais je ne peux pas dire que j'ai été menacé ou quoi que ce soit.

Maintenant que Michèle Alliot-Marie n'est plus au gouvernement, n'est-il pas possible de relancer l'affaire, par exemple en la mettant en cause de manière personnelle ?

Ce sont des détails techniques qui vont évoluer par la suite dans le dossier. Il est important pour moi de voir l'évolution de l'instruction avec le nouveau juge, en fonction des éléments que je lui ai donnés. J'ai demandé l'audition et l'interrogatoire d'une vingtaine de personnes. Dont Gbagbo. Tant que ces actes de procédure qui étaient demandés ne sont pas faits, je ne peux pas avancer dans un sens ou dans l'autre.

Avez-vous une vraie chance de pouvoir interroger le président Gbagbo ?

Oui, je pense. C'est une personne qui n'a plus d'immunité, donc c'est un justiciable comme les autres.

Même dans sa situation à la Cour pénale internationale ?

Je ne suis pas si fort en droit international, mais à mon avis M. Gbagbo a aussi tout intérêt à parler dans cette affaire.

Pourquoi ?

S'il n'est coupable en rien et si tout simplement c'est une action qui avait pour but de le faire chuter, je ne vois pas pourquoi il ne devrait pas parler. C'est une des hypothèses que j'évoque...

Pourquoi n'aurait-il pas parlé avant ?

Je ne sais pas si vous avez remarqué une chose. Vous savez très bien que Gbagbo avait des relations exécrables avec la France, et cela depuis 2002. Après cette affaire tragique de Bouaké, vous avez remarqué que jusqu'en 2011, il a été laissé tranquille. Il n'y a plus eu de pression sur lui. Les relations se sont comme par hasard, disons, apaisées...

Vous pensez que la France l'a laissé tranquille pour ne pas qu'il parle ?

C'est une des hypothèses. Comme toute hypothèse, il peut y avoir du vrai et du faux.

Des gradés français se sont-ils confiés à vous sous couvert d'anonymat ?

Oui. Oui.

Et ils ont conforté vos hypothèses ?

C'est sous couvert d'anonymat, donc je n'irais pas plus loin. Je leur ai demandé de témoigner devant le juge d'instruction. Le feront-ils ou pas ? Je ne sais pas.

Dans l'appareil d'Etat français, qui a été amené à témoigner à part Alliot-Marie ?

De Villepin. Mais son témoignage, c'est de la «foutaise». Laissez tomber... C'est à peine s'il sait que la Côte d'Ivoire existe...

Est-ce que vous diriez que c'est une affaire d'Etat ?

C'est sûrement une affaire d'Etat. Est-ce l'Etat français, l'Etat ivoirien ? J'ai mon opinion là-dessus.

Et votre opinion, c'est...

Vous savez, quand on dit très clairement une opinion, en tant qu'avocat, il faut avoir des éléments de preuves absolues pour la dire publiquement. Je peux laisser entendre des choses, j'ai beaucoup de convictions soutenues par des éléments qui me disent qu'en tout cas, l'enquête qui pouvait avancer extrêmement vite a été totalement sabordée par l'intervention très claire des politiques français de l'époque ! Si elle a été sabotée, c'est qu'il y a des choses à cacher... On ne voulait en aucun cas que la justice soit saisie, parce qu'elle aurait pu l'être dès le premier jour.

On a appris qu'il n'y a pas eu d'autopsie...

Il y a eu toutes sortes de choses. Je peux faire une liste longue de trois pages !

L'autopsie aurait dû, aux termes de la loi, être pratiquée par les Français ou les Ivoiriens ?

Par les Français. Par la justice française. Il y a eu une enquête criminelle ouverte. En cas de crime, selon la loi française, l'autopsie est obligatoire.

Y compris lorsque le crime est commis à l'étranger ?

Evidemment. Surtout que les victimes ont été amenées en France par la suite. Autre chose : les exécutants qui étaient parfaitement identifiés dès le début, on a fait tout le possible pour qu'ils disparaissent dans la nature. On ne voulait pas qu'ils parlent !

Quels sont les personnes que vous tenez le plus à voir témoigner ?

Les deux pilotes, d'abord. Il y a eu toutes sortes de rumeurs, notamment qu'ils auraient été assassinés en Hongrie. J'aimerais bien qu'on interroge Montoya, pas sur les raisons pour lesquelles il a vendu ses avions. On a fait des tas d'enquêtes dessus, saisi ses comptes, mais la vente s'est faite de manière totalement légale. Point final. Ce qui m'intéresse, c'est qui l'a averti de la présence des pilotes au Togo après le bombardement pour qu'il fasse l'exfiltration. C'est un vieux de la vieille, il dira ce qu'il voudra dire, mais bon... Je voudrais bien que Gbagbo donne sa version des faits, qu'il n'a jamais donnée. Je voudrais que les deux copilotes qui se trouvent en Côte d'Ivoire, qui sont visés par un mandat d'arrêt international depuis très longtemps, soient interrogés aussi. Même si je ne sais pas ce qu'ils vont dire à l'heure actuelle. Cela fait peut-être partie du deal dont je parlais tout à l'heure, mais Gbagbo ne les a jamais extradés en France. Ils ont même été promus à un moment donné. Maintenant, ils sont sous Ouattara. Vu les bonnes relations avec Paris, qu'est-ce qu'ils vont dire ? J'aimerais bien que quelques généraux de l'armée française, qui sont maintenant à la retraite et qui en a gros sur la patate, témoignent. J'aimerais réécouter De Villepin parce qu'il ne m'a pas beaucoup convaincu dans son premier témoignage qui est complètement aberrant. Chirac est-il en état de répondre à quoi que ce soit ? Il y a beaucoup de personnes qui peuvent être écoutées.

Quel est l'état d'esprit des familles des victimes qui attendent depuis bientôt huit ans ?

Elles attendent avec impatience de connaître la vérité. La question des indemnisations qu'elles doivent recevoir se pose. Ils n'ont jamais été indemnisés ou très peu, dans des conditions particulières.

Pensez-vous qu'une commission d'enquête parlementaire sur novembre 2004 serait légitime ?

Oui, je pense que ce serait légitime. Ça m'étonne que personne ne l'ait demandé.

Les groupes communiste et socialiste avaient demandé une telle commission en 2004, mais ils étaient minoritaires. En cas de changement de majorité, cela peut-il évoluer ?

La question va se poser à un moment donné. Je suis en stand-by actuellement. Je ne peux pas intervenir pendant les présidentielles. Cela va donner lieu à des commentaires et je ne le souhaite pas. Changement de majorité ou pas, je vais repasser à l'attaque avec des choses très concrètes. Il faudrait aussi que les journalistes français comprennent que cette affaire est plus importante en termes de justice et d'implications que l'affaire de Karachi. Maintenant, je tiens à dire que la réaction de l'armée française se justifiait sur le moment par la légitime défense et le souci de protéger la population française avec les informations dont elle disposait. Que l'armée ait été manipulée ou dépassée, c'est autre chose. Elle n'aurait pas pu réagir autrement à ce moment-là. La question qui se pose est : comment on en est arrivé là ?

Est-ce qu'il est possible d'imaginer que toute cette affaire aurait été possible sans que le sommet de l'exécutif français ait été informé ?

Non.

Est-ce que Villepin aurait pu être mis au courant et pas Chirac ?

Vous posez une question piège. On sait très bien que Chirac n'aimait pas Gbagbo et réciproquement. De Villepin aurait-il manipulé quelque chose pour faire en sorte que le souhait du président soit exaucé sans que le président le sache ? C'est une hypothèse qui doit être démontrée. On ne peut pas jeter l'anathème comme cela. Mais ce que je sais est que De Villepin est très insaisissable dans cette affaire.

Les neuf morts peuvent-ils être le résultat d'une bavure française ?

Oui. Cela fait partie des hypothèses que je ressors. Ce n'est pas à exclure. Pourquoi je dis cela ? Si c'était à exclure, je ne vois pas quel aurait été l'intérêt de tenir la justice complètement à l'écart. Mais j'affirme que s'il y a une bavure, les morts n'ont pas été planifiés ou désirés ou prévus. De nombreux éléments dans le dossier laissent présumer que ces morts furent le fruit d'une confusion, pour ne pas entrer dans les détails.

Qu'en est-il du mort américain ?

C'est une des questions que je pose au juge.

Parce qu'il a disparu à un moment de l'Histoire...

Totalement.

Les Américains ne le revendiquent pas !

C'est exactement ce que je dis au juge. Pour moi, c'est un mystère ! Les Américains, quand ils ont un mort, ne l'oublient jamais. Les familles, leurs avocats, rentrent dans l'affaire totalement. Quand on connaît la puissance des avocats américains, cela permet de penser que pour éviter qu'ils mettent le nez dans cette affaire-là, on a indemnisé la famille, les proches ou l'Etat américain très vite pour que l'on n'en reparle plus.

Peut-on imaginer que cet Américain n'existe pas ?

Non. Il y a son nom, son identité, dans le dossier.

Il y a sa photo ?

Non, je n'ai pas vu ses photos.

A ce jour, que réclament vos clients ?

Que la vérité soit connue, tout simplement. Il y a des gens qui ont perdu leur mari, leur enfant, leur père. Alors que l'on n'était pas dans une situation de guerre. On était juste en train d'empêcher que les gens s'entretuent. Et voilà qu'on nous tue.

Vous avez une longue expérience du Tribunal aux armées de Paris. Avez-vous le souvenir d'une affaire aussi carabinée que celle-là ?

Il y en a une autre, mais je ne veux pas entrer dans les détails...

C'est l'affaire Mahé ?

Oui. L'affaire Mahé, selon moi, est un contre-feu de l'affaire de Bouaké. Elle a été mise sur la place publique par Michèle Alliot-Marie pour qu'on ne parle pas de Bouaké. C'était un assassin absolument notoire qui a été liquidé dans des conditions qui n'étaient pas nobles par les militaires français, mais cela a tout de même suscité un soulagement au sein de la population. Mais en donnant cette affaire en pâture à la presse, il était question de se débarrasser de Poncet qui commençait à l'emmerder drôlement dans l'affaire Bouaké. Par ses questions.

Avez-vous des relations avec les nouvelles autorités ivoiriennes ?

Non. Pas du tout. Je ne vois pas en quoi elles sont concernées.

Les bons rapports qu'elles ont avec Paris pourraient militer en faveur de l'extradition des copilotes...

C'est une des choses que j'ai évoquées quand je demandais l'extradition maintenant des copilotes. Maintenant, il n'y a aucune réponse en ce sens.

Vous avez fait cette demande après le changement de régime ?

Oui, il y a plusieurs mois.

Et il n'y a pas eu de réponse ?

Non. Le nouveau juge chargé de l'affaire vient de prendre ses fonctions il y a un mois environ. On attend. Mais c'est une affaire difficile. Il y a énormément d'éléments épars, différents, contradictoires et il faut qu'elle trace une ligne directrice. J'ai essayé d'aider le juge en lui fournissant deux lettres assez longues. J'en avais fait un pour la juge Florence Michon qui a beaucoup servi. La juge d'instruction n'est pas obligée de me croire. Elle doit aussi suivre les choses personnellement, de toute façon. J'essaie d'être le plus objectif possible, mais je suis subjectif aussi puisque je représente les victimes. Madame Michon ne me croyait pas trop au début. Après, elle s'est rendue compte que je disais vrai et l'enquête a beaucoup évolué dans le sens que je préconisais.

Qu'est-ce qui fait courir l'avocat Jean Balan ?

J'ai l'habitude en tant qu'avocat de me battre au maximum pour mon client. Et mon caractère déteste l'hypocrisie et les mensonges. Et il y en a beaucoup eu dans cette affaire. Mais avant tout, je fais mon travail d'avocat. Cela fait sept ans que je suis dans cette affaire, et j'ai fait beaucoup évoluer le dossier en fonction de ce que je préconisais. Maintenant, il y a une différence entre avoir raison sur de nombreux points et avoir raison sur tout.

En tant que citoyen français, avez-vous découvert des choses qui vous ont déplu dans la manière dont les institutions françaises fonctionnent?

Je ne suis pas né de la dernière pluie. J'ai bourlingué dans le monde, et je sais comment fonctionnent les institutions ici et là. Je ne suis pas surpris par certaines choses. Mais en France, on est dans un pays où on arrive à déterrer des choses même quand elles sont profondément enfouies.


Propos recueillis par Grégory Protche (Le Gri-Gri International) et Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

samedi, 18 février 2012

OPERATION «REFUGIES MAIS SCOLARISES»


Enfants ivoiriens réfugiés = enfants scolarisés... par legrigriinternational

 

A l'appel de l'association Halte au Génocide - Mémoire et Justice, organisation d'une collecte de fournitures scolaires, destinées aux enfants ivoiriens réfugiés mais scolarisés dans les camps du Ghana, du Togo, du Libéria... mais aussi, chez eux, en Côte d'Ivoire, où on estime à 500.000 le nombre de déplacés dans l'incapacité de réintégrer leur logement...


Source: INDIGNEZ-VOUS HAUT ET FORT et DAILYMOTION

vendredi, 23 décembre 2011

IL FAUT SAUVER LE SOLDAT KOULIBALY... MEME MALGRE LUI


MAMADOU KOULIBALY ET ADO.jpg

De Grégory Protche, rédacteur en chef de "Le Gri-Gri International". Un peu dur à mon goût contre notre cher atypique et bien-aimé Mamadou Koulibaly (Gbagbo a dit: Laissez Koulibaly, il est comme ça et c'est comme ça qu'on l'aime) mais ça ne manque ni de substance ni de pertinence.

 

Je viens de lire un article de Mamadou Koulibaly, Législatives sous hyper-présidence: Quelques leçons, paru le 16 décembre dans l'Inter. Long. Trop.  Pour masquer le vide : le trop plein ? Comme les chanteurs font 22 titres sur un cd quand ils n'en ont pas trouvé un d'assez fort pour faire un single... le bon. Beaucoup de lignes, de chiffres, mais pas une idée. Pas une idée importante. Essentielle. Et cruciale aujourd'hui. Ce qui est rare venant de lui. Et triste. Du commentaire. De la rhétorique. Du vide. Du bout du stylo. Comme s'il n'avait pas participé, comme s'il ne s'était pas présenté, comme s'il n'avait pas accepté les inacceptables conditions d'élections au mieux inutiles et au pire dommageables.   MK pose trois questions en ouverture de son article.

1) Les partis politiques ont-ils été à la hauteur des enjeux ?

2) La classe politique est-elle encore crédible dans notre pays?

3) Les élections servent-elles encore à quelque chose?

Trois questions fondamentales mais hors de propos. Anachroniques. Dérisoires. Il annonce ensuite que son analyse s'appuiera sur les chiffres de la Commission électorale indépendante... Pourquoi ? Pourquoi faire ? Qui croit encore à l'indépendance de cette commission au point qu'on en ait besoin pour s'en défier... MK plonge dans une piscine vide sous les yeux du public pour informer celui-ci qu'il n'y a plus d'eau dedans.

Un petit doigt d'égo, lorsque faussement naïf il découvre que sa défaite "semble focaliser" les attentions... c'est désagréable car énoncé presque narquoisement : Mamadou Koulibaly douterait-il (vraiment) de l'attention que les gens intelligents portent à son parcours ? Et donc de son importance dans le jeu politique, non pas seulement ivoirien, mais africain, panafricain même ? Françafricain au moins. Bien sûr que ceux qui voient en lui un traître se réjouissent de son fiasco. Bien sûr aussi que ceux qui pensent que rien n'est si simple sont consternés par cette évitable et inutile Bérézina annoncée. Quand MK rappelle que son parti est né il y a quatre mois à peine et qu'il est privé de ressources par Alassane Ouattara, on a envie de lui dire : autant de raisons de ne pas cautionner un prétendu jeu démocratique aux règles aussi viciées que vicieuses... C'est en comptant ses fractures que le plongeur se souvient qu'il avait vu le gardien vider la piscine. Alassane Ouattara devient sous sa plume un "hyper président". Une façon comme une autre de le légitimer, de le sarkozyser, grogneront certains. D'oublier dans quelles conditions il est devenu cet hyper président...

Mais là n'est pas le plus grave. Puisque tous les partis ivoiriens ont vu leur audience baisser, en raison d'une abstention qu'il ne commentera pas, celle du Lider, son parti, est à l'unisson. Pas plus, pas moins. Sauf que le Lider, en soi, n'existe pas. Le Lider, c'est son leader : Mamadou Koulibaly. Et c'est tout.

Comme un étudiant fainéant, il paraphrase et traduit les chiffres en mots. Et là, on commence à comprendre le but, naïf, de sa manoeuvre : trouver une explication politique, politicienne, à une erreur intellectuelle. À une faute morale. Lorsqu'il avance que "le vainqueur (RDR, ndlr) a pris soin de violer toutes les règles démocratiques pour mettre en déroute ses adversaires, terroriser les populations, intimider l'électorat et utiliser les moyens financiers de l'Etat pour soutenir les candidats de son choix", ce n'est que pour oser derrière l'infamant : "Le FPI, avec son refus de participer au scrutin, a laissé tomber son électorat et le débat national pour se focaliser sur ses urgences du moment : se réjouir du faible taux de participation". Comment, moi, Gaulois vaguement au fait des "Ivoireries", puis-je être au courant que le FPI a boycotté  ce scrutin en raison de l'arrestation, suite à l'intervention française, puis du transfert de Laurent Gbagbo devant la CPI, et pas Mamadou Koulibaly?

Rien n'est pire qu'un intelligent qui joue à l'imbécile, à part peut-être un idiot qui fait le savant. On peine pour lui en le voyant évoquer la situation politique en Côte d'Ivoire comme si elle n'avait pas été "perturbée" par l'intervention française, comme si cette intervention n'avait pas eu lieu, comme si elle n'avait pas tout changé... Comme si "l'absence" de Laurent Gbagbo n'était qu'un détail.

On a du mal à distinguer encore le pourfendeur du franc CFA et des pratiques de la Françafrique derrière ces coupables et pathétiques omissions : un père, ça ne se tue qu'une fois. Et en reconnaissant Ouattara, il l'avait déjà fait... Si je pouvais l'interviewer aujourd'hui, ce serait ma seule question : pourquoi le 12 avril 2011, prenant Accra pour Londres et vous-même pour de Gaulle, ne vous êtes vous pas proclamé, en vertu de votre poste de président de l'Assemblée nationale, président de fait puisqu'il y avait vacance du pouvoir...?

L'intelligence ne fait pas tout. Pas plus en politique qu'ailleurs. Il faut du coeur, des tripes et le sens de l'histoire. On ne passe pas à côté d'un destin pour une carrière lorsqu'on s'appelle Mamadou Koulibaly. On n'en a pas le droit.
Même si je persiste, depuis mon petit point de vue, à prétendre qu'il ne faut pas jeter le bébé politique Koulibaly avec l'eau vaseuse du bain électoral ivoirien. Aucun pays ne peut se permettre le luxe de se priver d'un cerveau comme le sien. Bref : il faut sauver le soldat Koulibaly... y compris malgré lui.


Grégory Protche Rédacteur en chef du Gri-Gri International

Auteur de "On a gagné les élections mais on a perdu la guerre".

 

Source: LE GRI-GRI INTERNATIONAL

mercredi, 14 décembre 2011

LES AVOCATS DE LAURENT GBAGBO ECRIVENT A LA CPI

 

 

Les avocats du président Laurent Gbagbo, Me Lucie Bourthoumieux, Me Roland Dumas, Me Jacques Vergès et Me Marcel Ceccaldi écrivent à la CPI pour exiger la prise en compte de la période 2002-2011 pour la conduite des enquêtes de crimes contre l'humanité et crimes de guerre en Côte d'Ivoire demandées par Alassane Ouattara.


Bientôt, la trappe se refermera sur son concepteur!


DIEU bénisse la Côte d'Ivoire!

dimanche, 27 novembre 2011

GREGORY PROTCHE PARLE DE LA CRISE IVOIRIENNE SUR LA VOIX DE LA RESISTANCE AFRICAINE

 

GREGORY PROTCHE.jpg

Le journaliste et auteur français Gregory Protche, Rédacteur en chef du "Gri-Gri International".


C'est long mais c'est très intéressant...  La Voix de la Résistance Africaine est une webradio engagée qui vient de se créer.

 

 

VOIX DE LA RESISTANCE AFRICAINE INTERVIEW DE MR GREGORY PROTCHE by Voix Resistance Africaine on Mixcloud

 

 

Source: Le blog de Théophile Kouamouo