topblog Ivoire blogs

mardi, 26 juillet 2011

ILS NE VEULENT PAS D'UNE OPPOSITION CIVILISEE!


HERMANN ABOA.jpg
Lejournaliste ivoirien Hermann Aboa

Là où il croupit, arrêté pour des crimes imaginaires, en attendant un procès hypothétique mais qui s’annonce ubuesque s’il se tient finalement, Hermann Aboa a-t-il seulement le droit de lire ? Des quotidiens, des magazines, des livres ? La préoccupation semble étrange, mais pas pour ceux qui connaissent et aiment ce jeune homme pétri de talent, passionné de journalisme jusqu’au bout des doigts, qui vit son métier comme un sacerdoce. Hermann Aboa embastillé, et c’est votre quotidien préféré, Le Nouveau Courrier, qui se retrouve une fois de plus comme en prison. Un an jour pour jour après l’épreuve carcérale qui a frappé Théophile Kouamouo, Saint-Claver Oula et Stéphane Bahi.

Car Hermann est de la famille. Depuis qu’il a ouvert la porte du Temps en 2003, porteur d’une brillante contribution de lecteur qui a « accroché » son rédacteur en chef d’alors, il a dit adieu à ses chères études de géologie pour embrasser notre belle et périlleuse profession. Il nous a accompagnés au Courrier d’Abidjan, quotidien dans lequel il a publié de beaux reportages, avant d’être happé par l’audiovisuel. La RTI, qu’il a jusqu’ici servi avec passion et engagement, même s’il a été – comme d’autres – souvent persécuté par une hiérarchie qui l’a plus d’une fois remis à sa place. Il a avalé de grosses couleuvres, même pendant la crise postélectorale. Bref, Hermann Aboa n’est pas le deus ex machina ayant la haute main sur la communication de guerre du camp Gbagbo, comme les nouveaux dirigeants veulent le faire croire, pour justifier leur méchanceté.

Il est important de s’attarder sur la signification politique du martyre d’Hermann Aboa. Voilà un journaliste « de l’autre bord », ayant fui le pays après le 11 avril et l’orgie punitive qui a suivi, qui a écouté les appels du nouveau pouvoir aux « exilés » à venir rejoindre l’effort collectif au nom de la nécessaire « réconciliation ». Dans une interview, il a tenu envers le nouveau pouvoir des propos conciliants, qualifiant une éventuelle tentative de coup d’Etat contre Ouattara d’aventure suicidaire – ce qui lui a valu des vives critiques des soutiens les plus extrémistes du président renversé sur les réseaux sociaux en ligne. Revenu au pays, il a regagné la RTI, engagé les démarches évoquées par le pouvoir lui-même pour voir ses maigres avoirs « dégelés ». Puis, patatras. Il a été arrêté. Le message est clair. Les appels à la réconciliation sont au mieux une opération de com’ menteuse destinée en réalité à la communauté internationale. Au pire, il s’agit d’un piège cynique pour remplir au plus vite la MACA d’un maximum de prisonniers politiques.

Ainsi agit le pouvoir Ouattara en matière de reconstitution du tissu social. Comme un lézard qui détruit avec sa queue ce qu’il a construit avec ses pattes, il multiplie les signaux négatifs à peine le premier acte positif posé. Il est évident que les nouvelles autorités entretiennent à dessein un climat de tension et de psychose destiné à paralyser l’opposition civilisée, ou même les simples citoyens ayant le moindre rapport avec l’ancien pouvoir – et ils sont nombreux – dans une peur panique permanente. Si Hermann Aboa est arrêté, plus de 100 jours après la prise effective de pouvoir d’ADO, parce qu’il a « soutenu » Gbagbo en continuant de travailler pendant la crise postélectorale, cela signifie que des milliers de personnes peuvent être, du jour au lendemain, prises dans les rêts d’un arbitraire sans scrupules ni complexes. Il est donc sage, dans ce contexte, de se tenir à carreau.

Consciemment ou non, nos nouveaux gouvernants affaiblissent chaque jour l’opposition « modérée », qui a – pour des raisons qu’on ne discutera pas ici – choisi de « composer ». Grands doivent être les regrets de Paul Yao N’Dré, qui s’est humilié au nom de la paix en « intronisant » Alassane Ouattara. Aujourd’hui, le nouvel aboyeur public, Alphonse Soro, tente de le pousser à la démission en utilisant des méthodes inacceptables, là où nos institutions empêchent ses « mandants » de le débarquer. La ligne Mamadou Koulibaly ne cesse de s’affaiblir dans l’opinion pro-Gbagbo. A peine le président de l’Assemblée nationale a-t-il reconnu le chef de l’exécutif que ce dernier, de manière anticonstitutionnelle, a entrepris de « dissoudre » le Parlement. Il refuse tout dialogue sérieux avec l’opposition sur des questions élémentaires comme la composition de la CEI.

Du coup, ceux qui lui ont tendu la main parmi ses adversaires sont assimilés à des traîtres incompétents. Dans ce contexte, la relecture de l’interview accordée à RFI par l’actuel président de LIDER, en rajoute à l’inquiétude générale. « La priorité, c’est d’abord de reconstituer cette opposition républicaine face à Ouattara. Il n’est pas question que l’on retombe dans un régime de parti unique. Si dans cette dynamique, je réussissais, alors Ouattara pourrait avoir en face de lui une bonne opposition et ce serait ma contribution à la réconciliation. Mais si j’échouais sur ce terrain, que le FPI disparaissait, alors monsieur Ouattara aurait en face des factions dispersées sur l’ensemble du territoire et organisées n’importe comment, qui lui rendraient la vie très difficile. Et cela n’est pas souhaitable », disait-il.

On a pourtant l’impression que le camp d’en face, que le « bouclier » franco-onusien rend arrogant, veut à tout prix pousser l’adversaire à la reprise des armes. Pour « finir le travail » et justifier une nouvelle épuration politique de masse. Plus que jamais, comme le disait une blogueuse passionnée il y a quelques mois, « l’argent n’a pas d’odeur mais Abidjan sent l’hydrogène ».


Sylvie Kouamé, in Le Nouveau Courrier.


Source: Le blog de Théophile Kouamouo