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mardi, 06 mars 2012

AVANT SON DEPART DE LA PRIMATURE, GUILLAUME SORO REGLE SES COMPTES


SORO GUILLAUME - INTERVIEW TELE DU 5 MARS 2012.JPG

Entre mensonges et vérités: "Je ne serai pas Premier ministre à vie", "400 FRCI ont été arrêtés".

 

Guillaume Soro, Premier ministre sortant, dont le successeur sera probablement connu aujourd'hui, était face à la presse nationale (RTI) et internationale (BBC), hier. Nous vous livrons l'intégralité de son interview, entre vérités et contre-vérités, accusations contre le Président Gbagbo et rumeurs persistantes sur son transfèrement à la CPI. Une chose est sûre : Il est, dans sa tête, prêt à quitter la Primature pour, probablement, le perchoir de l'Assemblée nationale, même s'il n'ose pas le dire.


La vidéo

http://www.ivoirebusiness.net/?q=node/9261

 

Cela fait une année que le pouvoir est en place. C'est vrai qu'il ne faut pas occulter le passé. Mais les populations vivent des difficultés. Je parle de certaines exactions des Frci, et les Frci associées qui dans les régions de l'ouest où les populations vivent terrorisées, où elles n'ont pas beaucoup de liberté de mouvement.

GS : Je vous concède ces critiques. Et c'est normal. Les populations sont impatientes. Je viens d'une mission au Rwanda. Je me suis rendu compte que pour stabiliser ce pays, pour apporter une vraie sécurité à ce pays, ils n'ont pas mis un an, ils n'ont pas mis six mois, ils ont mis 17 ans. Le génocide a été stoppé au Rwanda en 1994. Quelle est la situation exacte en Côte d'Ivoire ? Le gouvernement a été formé le 1er juin 2011. A partir de là, nous avons commencé à faire des réformes en vue de ramener la sécurité dans notre pays. Vous avez vu que nous avons nommé les commandements, de parer au plus pressé en réhabilitant quelques fois sommairement les casernes. Au lendemain du 11 avril, il n'y avait plus de policiers, ni de gendarmes, de commissariats, de brigades de gendarmerie. Tout avait été vandalisé. Evidemment vous avez votre évaluation de la sécurité huit mois après, mais la réalité est celle-là. Aujourd'hui quand vous sortez, vous voyez des policiers pour réguler la circulation, des gendarmes de plus en plus opérationnels, une armée en pleine restructuration. On ne peut pas dire qu'il n'y pas eu de progrès. Ceci dit, il y a encore beaucoup d'efforts à faire pour amener la Côte d'Ivoire à niveau de sécurité parfait. Mais nous avons des contraintes. La première, c'est l'embargo qui nous empêche de doter nos forces de première catégorie que sont la police et la gendarmerie d'armes pour assurer la sécurité de ces populations. En plus, nous avons des contraintes financières. Nous sommes dans une situation de décroissance économique où on a un pays qui n'a pas les ressources qu'il faut. Il faut donc injecter beaucoup d'argent pour reconstruire ces casernes pour intégrer les jeunes associés aux forces armées, c'est-à-dire la réserve. Je suis certes d'accord avec vous, mais vous ne pouvez donc pas dire que la situation sécuritaire en mars 2012 est la même que celle d'avril 2011.

Il y a eu évolution. Mais lorsque des braqueurs s'attaquent au convoi du ministre délégué à la défense, c'est plus que de la provocation.

GS : Je conviens avec vous que ce sont des situations regrettables, déplorables. Ça montre aussi que ce n'est pas le citoyen simple qui est en proie à l'insécurité, que les autorités en sont aussi victimes. Nous en avons conscience, nous y travaillons, et vous verrez que la sécurité va se faire. Je voudrais simplement prendre l'exemple de décembre 2011. Vous savez très bien qu'en Côte d'Ivoire, depuis 1999, chaque fois qu'on approchait des fêtes de fin d'année, c'était comme une sorte de psychose liée aux questions des coups d'Etat. Pourtant, nous avons fait des fêtes paisibles, agréables. Les Ivoiriens se sont retrouvés, ceci a été chanté et loué partout. Ça veut dire qu'il y a eu des progrès. Evidemment, il y a encore des braquages çà et là. Mais ne restons pas les bras croisés. Je suis sûr que le trimestre prochain, les résultats seront palpables.

Certains observateurs notent que chaque fois que Guillaume Soro est menacé dans ses positions, l'insécurité grandit. Comme pour dire, c'est l'homme de la situation, il faut le laisser là.

GS : (Rires) Vous faites écho des ragots de bas étages. Vous savez, quand on est responsable, Premier ministre, on ne peut pas descendre à des choses ainsi faites. Si je veux demeurer ''ad vitam aeternam '' Premier ministre, j'en parlerai au Président de la République. En l'état actuel des relations que j'ai avec le Président de la République, je pourrais lui en parler, lui demander à continuer ma mission à la Primature. Donc je suis investi de sa confiance et de son soutien.

Les Ivoiriens qui sont sortis de cette crise avaient poussé un ouf de soulagement, et voilà que cette situation continue. Les populations sont prises en otage. Si ce ne sont pas les FRCI déguisés en bandits, ce sont des coupeurs de route qui sévissent de jour et de nuit au vu et au su de vos hommes en armes. N'est-ce pas là la promesse non tenue d'un deal avec eux?

GS : Ça m'amuse. Vous savez que j'ai eu ces types d'accusations très longtemps quand j'étais Premier ministre avec M. Laurent Gbagbo. On m'accusait de retarder les élections, de ne pas les faire parce que je voulais rester Premier Ministre. Vous n'imaginez même pas la charge de Premier ministre. Vous, quand vous finissez votre travaille, vous rentrez paisiblement à la maison. Vous avez votre femme, vos enfants, mais nous, nous avons des insomnies. Au moment où vous et le citoyen lambda êtes en train de dormir, je veille jusqu'à 5h du matin pour m'assurer que la situation sur nos frontières, à l'intérieur du pays sont sécurisées. Ce n'est pas une tâche aisée. Sur la question de la sécurité, je pense pour un pays comme le nôtre qui a connu la guerre, qui a à ses frontières, des pays fragilisés par la guerre comme le Libéria, le Mali où il y a une instabilité, vous ne pouvez pas dire que des efforts n'ont pas été faits en terme de sécurisation des populations. Evidemment, il y a encore des dérapages, mais nous ne restons pas insensibles à ce qui se passe. Nous avons aujourd'hui presque 400 éléments des FRCI qui ont été arrêtés et emprisonnés pour des faits qui leur sont reprochés. Il y a quand même la sanction que nous appliquons. Le tribunal militaire a ouvert et nous avons commencé à les juger, à sortir des rangs des FRCI, les brebis galeuses. Il y a donc beaucoup de choses qui sont en train de se réaliser. Je demande beaucoup de patience. Ceci dit, je suis plutôt surpris, car quand je pars dans les autres pays, on voit le nombre d'investisseurs qui viennent à Abidjan. Les gens considèrent pour la plupart que la sécurité est revenue à Abidjan. Mais si nos journalistes insistent pour dépeindre la Côte d'Ivoire comme un pays où il y a des hordes de bandits, je suis surpris.

On entend beaucoup dire qu'il y a des tentatives de déstabilisation. Notamment à la frontière vers le Libéria. Même des camps d'entrainement qui seraient démantelé dans le pays. On pourrait avoir un point là-dessus ?

GS : Il faut que les Ivoiriens restent sereins, nous veillons au grain, nous ne craignons pas ces déstabilisateurs. Evidemment, il est vrai que certains miliciens dans leur repli se sont réfugiés dans des forêts quelque part, mais ils sont suivis par nos forces. Et je suis convaincu que le suivi que nous faisons permet d'anticiper toute forme d'action. Je peux donc rassurer les Ivoiriens que nous sommes biens là et nous veillons au grain.

Les producteurs de café-cacao sur l'axe sud-ouest, les axes sud-nord, maintenant Bouaké aux frontières, les gens sévissent tous les jours, et on a l'impression que vos hommes font trop de réunions.

GS : Evidemment, il faut commencer par une réunion. On ne va pas en rangs dispersés pour combattre la sécurité. Il faut un minimum d'organisation. On peut vous sortir les statistiques. Mars 2012 n'est pas mars 2011, je comprends l'impatience des Ivoiriens, je comprends la préoccupation des Ivoiriens, et nous sommes-là pour donner des réponses aux préoccupations des Ivoiriens. Mais je peux vous dire que lorsque nous constatons la recrudescence de l'insécurité dans des régions, des dispositions sont aussitôt prises. La gendarmerie a mis un dispositif spécifique anti-coupeurs de route dénommé ''renard'' qui fonctionne parfaitement.

Il y a aussi le transfèrement de Laurent Gbagbo à La Haye. Beaucoup de questions sont posées. Est-ce qu'on n'aurait pas pu juger Laurent Gbagbo ici à Abidjan ? Ou bien ça vous arrangeait de le juger à La Haye, ainsi vous seriez tranquille.

GS : Sur cette question, il me faut certainement donner des éléments d'appréciation. Le Président de la République, le gouvernement ivoirien depuis décembre 2010, nous avons demandé à la CPI de venir enquêter en Côte d'Ivoire. Si M. Gbagbo ne voulait pas d'un tel destin, il aurait estompé les tueries. Peut-être qu'on n'en serait pas là. Première chose. Deuxième chose, les tueries ont non seulement continué, mais se sont intensifiées. Et si vous vous souvenez, la CPI avait fait des mises en garde qui n'avaient d'autres objectifs que d'empêcher la continuation des tueries. Aujourd'hui, la CPI est venue et a enquêté et a trouvé qu'il y avait suffisamment d'éléments pour inculper certaines personnalités ivoiriennes. Entre temps, le Président de la République à la recherche de l'apaisement, de la réconciliation nationale, au mois de mai, m'a demandé de former un gouvernement de réconciliation nationale. J'ai moi-même rencontré toutes les forces politiques en vue de former ce gouvernement de réconciliation nationale. J'ai rencontré le FPI, à l'époque, c'était M. Mamadou Koulibaly qui était le premier responsable du FPI. Je lui ai donné les raisons qui fondaient la démarche que j'effectuais auprès de lui. A savoir qu'il rentre au gouvernement. Alors qu'il était totalement bien disposé, quelle ne fut ma surprise, de recevoir un courrier quelques jours plus tard pour dire que le FPI n'entrerait pas au gouvernement. Nous avons donc formé le gouvernement sans le FPI.

Et pour la réconciliation ?

GS : Evidemment ce n'est pas une bonne chose. Rappelez-vous en 2006, au début du dialogue direct, M. Laurent Gbagbo lui-même a tendu la main aux Forces nouvelles. Si nous avions refusé de faire le dialogue direct, où en serions-nous aujourd'hui ? Contre la volonté de certaines personnes de mon camp des Forces nouvelles et de l'opposition, j'ai considéré que l'intérêt de la Côte d'Ivoire devrait prévaloir avant tout. J'ai accepté le dialogue direct. J'ai été taxé de tous les noms dans ce pays. J'ai même échappé à un attentat parce que certaines personnes n'étaient pas d'accord pour que j'aille au dialogue direct. Mais pour accepter le dialogue direct, il faut être courageux pour le faire. Mais pourquoi, le Président Alassane Ouattara tend la main au FPI qui, lui, refuse de saisir cette main tendue. Ils ne sont pas allés au gouvernement. Vous savez, certaines choses se règlent au détail près. Si le FPI était au gouvernement, tous les jours avec le Président de la république, il serait en conseil avec le Président, il lui aurait parlé en disant, M. le Président, il est vrai nous avons fauté. Mais nous sommes entre Ivoiriens, réconcilions-nous, votre frère Laurent Gbagbo est à Korhogo, nous voulons aller lui rendre visite. Nous voulons que vous vous parliez au téléphone. Peut-être que les choses auraient été différentes. Mais qu'est-ce que nous avons constaté ? Non seulement on refuse d'aller au gouvernement, mais on incite les partisans à faire des révoltes dans le pays. On joue contre la réconciliation. Dans ces conditions, comme la CPI, au terme de son enquête décide de transférer M. Laurent Gbagbo à La Haye, parce que sachez que ce n'est pas le gouvernement qui l'a transféré, le gouvernement ivoirien n'a aucune capacité d'influencer les juges de la CPI, décide de transférer M. Laurent Gbagbo à La Haye, que voulez-vous que nous fassions ? M. Ouattara n'a pas d'argument pour dire : « Nous sommes dans un processus de réconciliation. Voyez, le FPI est au gouvernement, ils vont aller à l'Assemblée nationale. Permettez que la réconciliation se fasse ». Je pense que c'est une erreur de ne pas aller au gouvernement.

Aux dernières nouvelles, la CPI a décidé d'élargir son champ d'investigation pour s'intéresser aux évènements de 2002. Est-ce que ça vous inquiète ? Surtout que vous ...
On vient de parler de Laurent Gbagbo qui est soupçonné d'être co-auteur direct de crimes durant cette crise, vous êtes le chef des FN, les enquêtes ont été remontées, est-ce que vous ne craignez pas d'être mis en cause comme co-auteur ?

GS : Comme disent les latins, ''non timore''. Cela veut dire je n'ai aucune crainte. C'est le gouvernement et je l'ai dit depuis 2008, j'ai demandé que la CPI viennent faire des investigations. On ne peut pas être contradictoire. On demande à la CPI de faire des enquêtes, ce n'est pas contre quelqu'un. On demande des enquêtes impartiales. Donc, si la CPI au terme de ces enquêtes en venait à inculper quelques personnalités que ce soient, celles-ci devront répondre. C'est mon point de vue et je suis serein, parce que je considère que la justice de la CPI est une justice impartiale.

Les Nations Unies ont condamnés quelques com'zones et vous êtes leurs chefs...

GS : Bien sûr, j'ai assumé la responsabilité de secrétaire général des Forces nouvelles, certains effectivement ont été condamnés. Je le sais, mais je demeure serein parce que ni le niveau de crime, ni l'origine des crimes ne sont comparables.

Même à Duékoué ?

GS : Bien sûr, même à Duékoué où il y a une commission nationale que nous avons mise en place pour enquêter.

Qui n'a pas encore fini ses enquêtes jusqu'à présent.

GS : Oui la commission n'a pas encore fini, donc n'anticipons pas. Laissons la commission faire tranquillement ses enquêtes. Ni vous, ni moi ne sommes juges, donc attendons les résultats.

Revenons au transfèrement. Il est de plus en plus question d'éventualité du transfèrement de Mme Gbagbo à La Haye. Qu'en savez-vous ?

GS : Ce que je peux dire en tant que gouvernement, c'est que la CPI, donc est indépendante. Donc, ne pensez pas que la CPI nous rend compte tous les jours. Alors, donc nous savons que les enquêtes sont faites. Nous avons que des éléments sont recherchés. Maintenant pour l'heure, je n'ai pas encore entendu dire que Mme Gbagbo était inculpée, nous attendons de voir.

Mais vous attendez certainement de voir que cela peut arriver. Mais dans un gouvernement qui compte ministère de la femme de la famille et de l'enfant, est-ce qu'il n'y a pas une certaine émotion à avoir vis-à-vis d'une famille qui risque d'être décapitée à ce niveau.

GS : Ecoutez, je dis que la CPI est en train de faire ses enquêtes. Elle n'a pas encore achevé ses enquêtes, rien ne vous dis que la CPI a décidé de transférer Mme Simone Gbagbo ? En tout cas, je n'ai pas encore les éléments. Ceci dit, vous savez, on oublie trop vite aussi que la Côte d'Ivoire est sortie d'un traumatisme où il y a eu près de 3000 morts. Les Etats-Unis qui ont eu un peu moins de 3000 morts le 11 septembre 2002 n'ont pas encore fini de faire le deuil de ses morts. Donc, je pense qu'effectivement on peut bien s'inquiéter pour Mme Simone Gbagbo et autres (...)

J'aimerais aussi qu'on fasse le point sur les dignitaires de l'ancien régime qui sont soupçonnés, en tout cas leurs enquêtes sont en cours et quand pense-t-on qu'ils pourront comparaître éventuellement devant un juge ?

GS : Je veux quand même insister sur ce que nous avons trouvé le 11 avril 2011. Tout a été détruit. Il n'y a avait pas de MACA, il n'y avait pas de prisons, il n'y avait pas de tribunaux ; tout avait été saccagé. Et vous avez très bien qu'on ne construit pas une prison en un mois ; au moins les architectes le savent. Donc, il fallait que nous puissions procéder à la réhabilitation des infrastructures. Cela nous a pris au moins 6 à 8 mois. C'est maintenant que nous sommes dans des dispositions optimales pour mieux faire évoluer ces enquêtes. Donc, ces dignitaires ont été détenus comme vous le savez, mais bien d'entre eux ont été mis en liberté. Vous le savez aussi et le dégel de leur compte a été effectif pour bien d'entre eux on l'a fait par plusieurs vagues. Donc, ceux qui sont là les enquêtes sont en cours. Le ministre de la Justice a eu l'opportunité de nous rendre compte il y a seulement quelques semaines. Les enquêtes sont en cours et quand on aura fini, on sera transparent avec les Ivoiriens, ont leur dira ce que nous entendons de faire. Et les procès, évidemment, suivront.

Et ceux qui sont en exil ? Ils attendent de vous un signe pour rentrer en Côte d'Ivoire.

GS : Ah oui, mais le président de la République a lancé plusieurs appels pour leur demander de rentrer. Bien d'autres sont déjà rentrés.

Est-ce qu'il n'y a pas un piège là-dessous ?

GS : Mais pourquoi vous voulez qu'un gouvernement sérieux, un président de la République qui s'engage, on veuille jouer au piège de la souris. Ça n'a rien à voir.

Les gens de l'opposition estiment que les conditions ne sont pas réunies. Certains dignitaires du FPI, par exemple, ont toujours leurs maisons occupées par des militaires, d'autres effectivement ont toujours leurs avoirs gelés. Et il y a beaucoup de choses aussi qui se disent à l'extérieur sur la sécurité ici. Donc, qu'est-ce qu'il vaudrait trouver pour les rassurer, surtout rassurer leur inquiétude pour qu'ils aient envie de rentrer?

GS : Déjà, que ceux qui veulent rentrer, qu'ils entrent. Je n'ai pas encore eu ou entendu dire qu'un seul est rentré et n'a pas pu occuper sa maison. Donc, ceux qui veulent rentrer de bonne foi, qu'ils viennent. Nous prendrons toutes les dispositions, j'en donne la garantie pour qu'ils soient sécurisés et qu'ils soient ici au pays. Je dis encore, bien d'entre eux sont rentrés, depuis les opérateurs économiques jusqu'aux politiques qui sont là.

M. le Premier ministre, on vous a vu dans ce rôle d'attaquant, au stade Houphouët-Boigny, lors de ce match Gouvernement-FIF , vous avez montré des prouesses et tout cela pour nous montrer la voix à suivre. Et toujours est-il que nous sommes partis et vous connaissez la suite. Pour certains, c'était plutôt un calcul politicien ; si vous aviez gagné, peut-être que ça aurait pu vous servir pour accélérer certaines choses, notamment, la réconciliation. Vous avez jouez et perdu. Commentaire.

GS : Vous savez, la posture des hommes publiques et des dirigeants est toujours difficile. Nous sommes l'objet de bien de procès d'intention. Nous voulions que notre équipe remporte la coupe pour la Côte d'Ivoire et les Ivoiriens. Ce serait quand même un sentiment patriotique de fierté de remporter cette coupe. Malheureusement, nous n'avons pas remporté la coupe et certains Ivoiriens ont célébrés cette défaite. C'est bien regrettable qu'on en soit là, mais toujours est-il que nous ne désespérons pas de continuer à travailler sur les mentalités, pour que nous allions à la construction d'une nation. C'est cela le vrai problème. Que tous les Ivoiriens de quelque bord politique, de quelque religion, de quelque région, se sentent concernés par la Côte d'Ivoire. Ce que je peux dire, notre équipe n'a pas remportée la coupe ; mais elle n'a pas démérité. Et je dois dire personnellement que j'ai plutôt bien digéré.

Et, certains ivoiriens ont célébré cette défaite !

GS : C'est bien regrettable qu'on en soit arrivé là. Mais nous ne désespérons pas de continuer à travailler sur les mentalités pour que nous allions à la construction d'une vraie Nation. Que tous les Ivoiriens, de quelque bord politique, de quelque religion, de quelque région se sentent concerner par la Côte d'Ivoire. Ce que je peux dire, c'est que notre équipe nationale n'a pas remporté la coupe mais elle n'a pas démérité. Et je dois dire que, personnellement, j'ai plutôt bien digéré cette défaite en finale, parce que nous avons une équipe qui a pratiqué du beau football, qui n'a pas encaissé de but. On a vu une équipe solidaire, des garçons déterminés.

Revenons à l'actualité pour parler de l'assemblée nationale. A quel genre de débats parlementaires doit-on s'attendre d'un parlement dans lequel ne siège pas l'opposition significative ?

GS : Première des choses, vous voulez me faire participer à un débat qui n'a pas encore lieu. L'Assemblée nationale ne siège pas pour l'instant.

Gérer c'est prévoir...

GS : Je veux bien ! Celui qui présidera aux destinées de l'Assemblée nationale, je crois, est en train d'y réfléchir. Moi je suis député. Si je devais siéger dans cette assemblée, j'y apporterai ma contribution. Mais j'ai un sentiment contraire à ce que vous dites. La démocratie, ce n'est pas la démocratie des partis politiques. La démocratie, c'est le peuple. Et, les partis politiques, ce n'est pas forcément tout le peuple. Combien de petits partis, faute de moyens financiers, n'ont peut-être pas pu présenter de candidats aux législatives et ne se retrouveront pas à l'Assemblée nationale ?

L'opposition, dans chacune de ses déclarations, demande aux autorités d'ouvrir le dialogue. Qu'est-ce qu'il en est actuellement ?

GS : Nous ne pouvons pas nous en tenir aux déclarations démagogiques. La réalité est là. Moi je suis partisan d'un vrai dialogue avec l'opposition. Et, je militerai pour cela. J'ai déjà eu des entretiens avec le président de la République qui est soucieux d'avoir ce contact avec cette opposition. Mais, malheureusement, elle ne m'a pas l'air prête, aujourd'hui, pour ce dialogue. Il y a du reste une Commission Dialogue, vérité et réconciliation qui existe. On a même créé une instance pour engager ce dialogue. Donc, je pense que l'opposition a tellement de possibilité pour engager le dialogue. Nous sommes disponibles. Je vous dirai qu'on ne peut pas m'apprendre le dialogue. En ma qualité de secrétaire général des Forces nouvelles, j'ai fait le dialogue direct. Ce n'était pas à moi de faire de récrimination sur les conditions du dialogue. Vous savez, si je devais écouter mes partisans à l'époque, jamais je ne serais allé à la table des négociations. L'erreur qui est en train d'être commise, c'est de pratiquer la politique de la chaise vide. Ça ne mène à rien. Je pense que c'est important et, je prie le FPI d'accepter le dialogue quelles que soient les conditions. C'est en commençant ce dialogue qu'on peut progressivement engranger des résultats. Mais on ne peut pas dire : « Nous avons des préalables pour engager le dialogue ». Vous croyez que si moi j'avais posé des préalables à l'ancien président, Laurent Gbagbo en 2006 pour faire le dialogue direct, ce dialogue n'aurait jamais eu lieu.

Dernièrement, il y a eu beaucoup de personnes qui ont été arrêtées, maintenues en garde à vue prolongée de façon illégale allant au-delà des 48 heures requises. Vous ne pensez pas que ce sont là des dérapages qu'on peut facilement contrôler ?

GS : Je n'ai pas ces informations. De qui s'agit-il ?

Il y a eu les journalistes de Notre Voie, par exemple, des investisseurs qui s'occupent de la réfection des commissariats...

GS : Je considère que le ministre, Garde des Sceaux, un ministre compétent, qui fait son travail avec efficacité et qui connaît bien les procédures judiciaires pour être lui-même avocat, laisse prospérer de tels dérapages.

Toujours est-il que pour une partie de l'opinion, il y a une justice à deux vitesses pour ne pas dire une justice des vainqueurs contre les vaincus.

GS : Où ?

En Côte d'Ivoire !

GS : C'est pour ne pas être accusé de justice des vainqueurs que certains ont jugé que c'était une bonne chose de transférer monsieur Laurent Gbagbo à La Haye. Au moins, on ne dira pas que cette justice est partiale. Et qu'il aura un traitement dû à un prisonnier de son rang. Et, qu'il sera traité avec équité. Si nous l'avions jugé ici, c'est ce que vous auriez dit. C'est ce que ses partisans auraient dit. Je pense donc qu'il ne faut pas systématiquement dénigrer ces institutions. Notre justice, je vous l'ai dit, a eu des difficultés au-delà des infrastructures, au niveau des ressources humaines. Nous sommes en train de la construire. Il faut encourager le ministre garde des sceaux dans cette entreprise. Je suis convaincu que les choses iront de mieux en mieux.

Vous encouragez le garde des sceaux, mais des préoccupations demeurent notamment avec les législatives où on a dit qu'il y a eu des fraudes. On est reparti à des partielles et on s'est arrêté-là. Mais quand il y a eu des fraudes, quand on fait voter des morts on doit rechercher les coupables.

GS : Le principe de la séparation des pouvoirs existent en Côte d'Ivoire. Le gouvernement n'est pas chargé d'organiser les élections. Il y a une commission électorale indépendante qui organise les élections. Le juge de ces élections, c'est le Conseil constitutionnel. Et, je m'interdis, en tant que chef d'institution, de porter des jugements de valeur sur une autre institution. Je considère que le conseil constitutionnel a fait son travail. Et, qu'il l'a bien fait. La preuve : des circonscriptions ont été annulées. Je m'en tiens à cela.

Quel sentiment vous a-t-il animé lorsque vous avez appris, en tant que chef de gouvernement, qu'il y a eu des fraudes dans des localités où des ministres étaient candidats ?

GS : Bah, je considère que le Conseil constitutionnel a bien fait son travail. Je ne connais pas les motivations de l'annulation de telle ou telle circonscription parce que je ne m'en suis pas préoccupé particulièrement. Mais je considère simplement que c'est une bonne chose qui renforce la démocratie, s'il y a des fraudes ça et là, que le Conseil constitutionnel prenne ses responsabilités en les invalidant, c'est cela qui renforce la démocratie. Ce n'est pas parce qu'il y a des policiers, qu'il y a des gendarmes, qu'il n'y a pas de voleurs. La société est ainsi faite. Mais ce qui aurait été condamnable, c'est que le Conseil constitutionnel laisse faire les fraudes. Vous devez vous réjouir qu'on ait, aujourd'hui, un Conseil constitutionnel suffisamment crédible, capable de frapper là où il faut.

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