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mardi, 07 juillet 2015

LES 10 VERITES DU PEUPLE GREC AU MONDE

REFERENDUM GREC.jpg

 

Lors du référendum historique du 5 juillet 2015, les Grecs ont envoyé un message de rejet à l’oligarchie politique et financière de l’Europe et un message d’espoir aux peuples du monde.



1. NON à l’Europe de l’austérité, à l’Europe des banques et de l’oligarchie et à l’Europe égoïste. Les politiques d’austérité sont politiquement coûteuses, économiquement inefficaces et socialement désastreuses. Loin de relancer la croissance, la réduction des dépenses, la diminution des salaires et des pensions de retraite, le démantèlement des services publics, y compris d’éducation et de santé, la destruction du code du travail et des acquis sociaux conduisent inévitablement à une contraction de la consommation.

2. OUI à l’Europe sociale, à l’Europe des peuples et à l’Europe du partage. En temps de crise, les Etats doivent adopter une politique de New Deal et réaliser des investissements massifs afin de relancer l’économie. Les mesures de protection sociale doivent être renforcées afin de protéger les catégories les plus vulnérables de la population. De la même manière, une hausse du salaire minimum enclenchera un cercle vertueux car elle relancera la consommation, remplira le carnet de commandes des entreprises, lesquelles embaucheront de nouveaux salariés pour répondre à cette demande, ce qui permettra à l’Etat d’augmenter ses recettes fiscales grâce à ces nouveaux contribuables et de diminuer ses dépenses d’allocations-chômage grâce à la baisse du nombre de personnes sans emploi. Ces nouvelles sources de revenus pour la nation permettront de renforcer les services publics à destination du peuple.

3. NON à la dictature de la finance, aux ultimatums, au chantage de la Troïka, au terrorisme politique, économique, financier et médiatique et aux menaces en tout genre. Il est inadmissible que la Commission européenne, composée de technocrates non élus – donc sans aucune légitimité populaire – décide de la politique économique et sociale d’une nation souveraine. Il s’agit là d’une atteinte à la démocratie et une remise en cause du droit inaliénable des peuples à l’autodétermination.

4. OUI à l’indépendance, à la volonté sacrée des peuples, à la liberté et à la dignité. En portant au pouvoir un gouvernement progressiste mené par Alexis Tsipras de SYRIZA, les Grecs ont voté pour un programme de relance économique anti-austérité et un renforcement de la protection sociale. Aucune entité ne peut interférer dans cette décision souveraine d’un peuple libre.

5. NON à la dette inique, mathématiquement impayable, destinée à asservir les peuples et à satisfaire l’appétit de la finance internationale. Il est temps de mettre fin au système actuel qui interdit à la Banque centrale européenne de prêter directement aux Etats aux mêmes taux que ceux réservés aux banques privées, c’est-à-dire entre 0 et 1%. La Grèce pourrait résoudre le problème de la dette si une telle réforme était adoptée. Aujourd’hui, lorsque la Grèce a besoin d’un financement, elle est obligée de passer par les banques privées qui lui prêtent à des taux usuraires pouvant atteindre les 18%, des emprunts qu’elles ont-elles-mêmes souscrits à des taux inférieurs à 1% !

6. OUI à un audit international des dettes publiques, à la renégociation et à l’annulation des emprunts illégitimes. Selon la Commission pour la Vérité sur la Dette publique grecque, « la dette issue des mesures de la Troïka constitue une violation caractérisée des droits humains fondamentaux des résidents de la Grèce. Ainsi, nous sommes parvenus à la conclusion que la Grèce ne doit pas payer cette dette, du fait de son caractère illégal, illégitime et odieux. […] Le caractère insoutenable de la dette publique grecque était évident depuis l’origine pour les créanciers internationaux, les autorités grecques et les grands médias. Pourtant, les autorités grecques et certains gouvernements de l’Union Européenne se sont ligués pour rejeter une restructuration de la dette publique en 2010, dans le seul but de protéger les institutions financières privées. Les grands médias officiels ont dissimulé la vérité au public en soutenant que le plan de sauvetage allait être bénéfique pour la Grèce, tout en passant en boucle le récit selon lequel la population ne faisait que payer pour ses propres turpitudes ».

7. NON à l’accumulation des richesses, à l’égoïsme et à l’individualisme. L’Europe actuelle est le paradis des nantis et l’enfer des peuples. Elle est l’illustration parfaite de la célèbre maxime voltairienne selon laquelle « une société bien organisée est celle où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne ».

8. OUI à la répartition des richesses, à la solidarité et à la défense de l’intérêt général. La crise actuelle n’est pas due à une question de ressources car l’Europe n’a jamais été aussi riche de son histoire. Il est donc urgent de procéder à une répartition équitable des richesses et de placer la dignité humaine au centre du projet européen.

9. NON à la dictature des puissants. La Grèce, berceau de la démocratie, rappelle à l’Europe et au monde le fameux avertissement de Maximilien Robespierre. Le Héros de la Révolution française qui, dès le départ, avait choisi le camp des pauvres, avait dénoncé « le joug de l’aristocratie des riches, la plus insupportable de toutes » : « Les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer. Les abus sont l’ouvrage et le domaine des riches, ils sont les fléaux du peuple : l’intérêt du peuple est l’intérêt général, celui des riches est l’intérêt particulier ».

10. OUI à la révolte des peuples contre toutes les injustices, à l’insurrection civique et pacifique et à la résistance à l’oppression. Les peuples ne sont pas condamnés à l’indifférence et à l’humiliation et ont le pouvoir de prendre en main leur propre destin. La misère n’est pas une fatalité mais une décision politique imposée par les élites rapaces et insatiables. L’heure est à la révolte de la plèbe, des écrasés et des révoqués contre la brutalité de la finance mondiale.

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamra...

In Al Mayadeen

 

Source: INVESTIG'ACTION

Lire également (cliquer sur le titre, en vert):

 

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Pourquoi il faut du sang chez les Grecs

 

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Face à la crise européenne, gloire au courage lucide du peuple grec

 

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En Grèce et partout ailleurs

vendredi, 30 août 2013

ATTAQUE A L'ARME CHIMIQUE? AYSSAR MIDANI DECRYPTE LA PROPAGANDE

 

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Damas, le 27 août. Sous l’œil de Bachar al-Assad, le ministre des Affaires étrangères Walid Mouallem maintient une attitude de fermeté face à la menace d'une intervention internationale. "Nous avons deux options : soit nous rendre, soit nous défendre (...). La seconde alternative est la meilleure : nous nous défendrons." (Youssef Badawi/EPA/MAXPPP)


Depuis les attaques à l’arme chimique du 21 août dernier dans la banlieue Est de Damas et qui a fait entre 355 et 1300 morts, les gouvernements et appareils médiatiques des pays occidentaux pointent tous du doigt le régime syrien.

Si le Président français François Hollande pense que « tout conduit » [1] à croire que Bachar est le responsable, son ministre des affaires étrangères Laurent Fabius n’émet aucun doute quant à l’implication du régime syrien. L’administration Obama a quant à elle déjà déployé en mer Méditerranée ses navires de guerre, armés de missiles « Tomahawk » [2].

Devant toute cette agitation anti-Bachar, nous avons assisté coup-sur-coup à la découverte par l’armée syrienne de tunnels appartenant aux rebelles, possédant des matières premières pour la fabrication de bombes chimiques, des masques à gaz et des antidotes. La Russie, quant à elle, a délivré au Conseil de Sécurité de l’ONU des images satellitaires montrant que les deux missiles avaient été tirés à partir de zones sous contrôle des rebelles [3].

Mais qu’importe ! Laurent Fabius et Bernard-Henry Levy [4] continuent d’affirmer que c’est le régime syrien qui en est le responsable, et qu’il est temps de recourir à la force, sans prendre en compte le véto – presque probable – des russes et des chinois.

Pour plus de détails, le Cercle des Volontaires s’est entretenu avec Ayssar Midani, membre et fondatrice du Comité de Coordination pour la Défense de la Syrie, et qui se trouve actuellement à Damas.

 

 


 

Source: INVESTIG'ACTION

mercredi, 21 août 2013

QUE SAIT VRAIMENT LA NSA ET POURQUOI A-T-ELLE PEUR DE VOUS?

 

PARLEMENTAIRE BRESILIEN. MASQUE SNOWDEN.jpg

Un parlementaire brésilien affiche un masque en solidarité avec Edward Snowden

 

«La NSA ne surveille "que" 1,6 % du trafic Internet», vient-elle de déclarer. Pas si grave alors? Rassurés? Attention…


En fait, le Net transporte 1.826 petabytes par jour. Mais 62 % du trafic, ce sont les médias et le divertissement. Et si on déduit aussi le téléchargement (légal ou non) alors le Web, c’est seulement 11,9 %. Or, au moins deux-tiers des mails sont des spams. Bref, selon les stats des USA, la NSA s’intéresse à 2,9 % du trafic. Donc, elle espionne pratiquement tout.

Et nous prend pour des idiots. Si Google affirme indexer 0,0004 % des données sur le Net, la NSA représente donc… 400 Google. Et 126 facebook.

La question, c’est: pourquoi on nous espionne aussi largement? Et la réponse a été fournie par Snowden lui-même dans sa déclaration du 1er juillet (que les médias ont passée sous silence, se concentrant sur le suspense de la chasse à l’homme):

«Sans aucune décision judiciaire, l’administration cherche maintenant à m’empêcher d’exercer un droit fondamental. Un droit qui appartient à tout le monde. Le droit de demander l’asile. En fait, l’administration Obama n’a pas peur des lanceurs d’alerte tels que moi, Bradley Manning ou Thomas Drake. Nous sommes apatrides, emprisonnés, ou impuissants. Non, l’administration Obama a peur de vous. Elle a peur d’un public informé et en colère qui demande le gouvernement constitutionnel qui lui a été promis – et elle devrait l’être. Je suis invaincu dans mes convictions et impressionné par les efforts déployés par tant de personnes.»

Obama et ceux qui le commandent ont peur de vous. Peur qu’en étant informés, vous disiez non aux injustices, aux pillages et aux guerres. Vous avez beaucoup plus de pouvoir que vous ne pensez.

 

Michel Collon, 15 août 2013.

 

Source: INVESTIG'ACTION

jeudi, 27 juin 2013

LA MILLIARDAIRE PREFEREE D'OBAMA

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Barack Obama a désigné Penny Pritzker comme Secrétaire au Commerce des Etats-Unis. Elle aura pour mission d'encourager, de promouvoir et de développer le commerce à l'étranger et dans le pays. Un poste-clé pour la première puissance économique. Et le CV de Pritzker en dit long sur les intentions de celui qui était censé incarner l'espoir et le changement. (IGA)

 
Quand il passait en revue les candidats potentiels au poste de Secrétaire au Commerce — dont le rôle principal est de servir de porte-parole pour les milieux d'affaires des États-Unis —, le Président Obama avait l'embarras du choix. Il pouvait parcourir les rangs du monde de l'entreprise pour jeter son dévolu sur un membre sans scrupules de l'élite capitaliste. Il pouvait également récompenser un généreux donateur. Il pouvait tout aussi bien se replier sur le milieu politique corrompu de Chicago, là où il avait fait ses premières armes, et choisir quelqu'un du cru. En fin de compte, Obama trouva tous les trois en la personne de Penny Pritzker.
 
Quand, à gauche, on évoque la classe dominante, on a d'habitude en vue plus qu'une seule personne. Or, Pritzker a le don d'être personnellement liée à toute une série d'affaires bourgeoises plus ou moins louches. Même si elle a évité d'attirer l'attention publique avant d'être proposée au poste de ministre du Commerce, elle a la chance que Chicago soit la ville de Rahm Emanuel à présent.
 
Ce maire de combat est la figure publique centrale cautionnant un projet néolibéral des plus agressifs. Dans une ville sans Emanuel, ce serait Pritzker le méchant de service parmi les 1 % (les plus riches) du coin — un genre de soeur de Koch qu'il n'aurait pas revue depuis longtemps, portant un blazer rouge (républicain) dans un état bleu (démocrate).
 
Quand l'on appelle Pritzker « la » un pour cent parmi les 1 %, il s'agit moins de la description de son personnage que d'une réalité mathématique. Avec une fortune estimée à 1,85 milliard de dollars, elle s'avère l'un des habitants les plus riches non seulement de l'Illinois, mais également du monde tout entier (elle pointe à la 825e place cette année, dans le palmarès établi par la revue Forbes [2]).
 
Le « Chicago Tribune », sur lequel on peut toujours compter pour venir en aide aux « élites » locales, s'est hâté de louer cette sélection. « Elle mérite la nomination », annonçait-il dans son éditorial du 3 mai[3]. « Pritzker a le potentiel pour devenir une Secrétaire au Commerce réformatrice ». Faisant écho aux griefs de ceux qu'il appelle « les leaders des affaires », la Tribune se lamente que « quand Obama forma son premier gouvernement, il négligea le monde des affaires en choisissant comme Secrétaire au Commerce un juriste et un politique en la personne du gouverneur de l'État de Washington, Gary Locke. Pritzker, au contraire, “possède une expérience d'encadrement dans le monde réel et l'envergure personnelle nécessaires pour constituer un représentant hors pair des affaires en Amérique.”
 
On était en droit d'attendre que des dizaines de milliers d'écoliers de Chicago tirent profit de telles qualifications quand Pritzker fut nommée au Bureau des Écoles Publiques de Chicago(CPS) en 2011. Pritzker, nommée par Emanuel et les autres membres de cet organisme non élus impulsèrent une refonte radicale du système d'écoles publiques de la ville. Le plan relève d'une logique de quasi-privatisation, ouvrant de nouvelles charter schools (écoles à charte) gérées par des intérêts privés, “remettant en ordre " un certain nombre d'écoles publiques en les plaçant sous la tutelle d'opérateurs de chartes, et en fermant ou en mutualisant d'autres. Et ce, tout en attaquant en même temps le Syndicat des Professeurs de Chicago, ou bien face à face — comme pendant les négociations sur leur contrat et la grève de l'automne dernier — ou en sous-main, en remplaçant le personnel des écoles publiques par des enseignants non syndiqués. Son œuvre de démolition étant déjà en bonne voie, Pritzker démissionna en mars dans l'attente de sa nouvelle affectation au poste de Secrétaire au Commerce.
 
Obama fut encore plus élogieux à son égard flatteur que la Tribune. Flanqué de Pritzker et de son candidat comme représentant américain du Commerce, Michael Froman, à l'annonce de sa sélection, le président attira l'attention sur l'expérience de Pritzker, qui aurait créé sa propre entreprise. On pourrait espérer que de telles louanges soient étayées par des preuves que Pritzker sait mettre la main à la pâte. Or, parmi les nombreux termes que l'on pourrait appliquer à Pritzker, “self-made” semble le moins indiqué.
 
Depuis un siècle, la famille Pritzker fait partie de l'aristocratie des affaires de Chicago, propriétaire ou actionnaire de toute une série d'entreprises, des banques aux navires de croisière. Dix membres de la famille figurent d'ailleurs sur la liste des 400 individus les plus riches de la planète établie par Forbes. En hommage à de nombreux autres membres de sa famille, Chicago possède son parc Pritzker, son pavillon Pritzker, sa bibliothèque militaire Pritzker, son lycée Pritzker, son laboratoire Pritker et sa Faculté de Médecine Pritzker, entre autres — Penny aime appeler les choses par son propre nom. Il en est de même pour ses entreprises, telles que PSP Capital Partners et le groupe immobilier Pritzker.
 
Un article vraiment étonnant de Bloomberg.com de 2008 [4] décrit comment la fortune de la famille Pritzker a été accumulée et entretenue: évasion fiscale, fonds offshore, se servant peut-être trop généreusement dans les bénéfices de l'entreprise, contrats d'affaires douteux, et même une incursion dans les prêts subprime. Selon Bloomberg, la première transaction commerciale gérée par Pritzker fut un échange de propriété immobilière arrangé pour réduire le montant des impôts dus par Hyatt. L'entreprise approuva cette démarche, Pritzker obtenant ainsi un rôle dans l'entreprise familiale.
 
Ce n'est que dans les délires les plus farfelus des 1 pour cent qu'un départ tonitruant tel que celui de Pritzker pourrait être considéré comme une réussite à partir de rien. “Les Pritzker sont des escrocs, a affirmé à Bloomberg un déposant qui perdit de l'argent dans l'effondrement d'une banque gérée par Pritker. Ils se moquent éperdument des gens, qui pourtant passent leur vie toute entière à chercher à faire des économies.
 
Obama semble tirer une conclusion différente : “Penny comprend que, tout comme les grandes entreprises renforcent autour d'elles les communautés, les communautés fortes et les individus doués aident les entreprises à prospérer.” Cela semble effectivement être le cas, puisqu'elle n'a pas perdu de temps pour exploiter à la fois la communauté et les travailleurs.
 
Pritzker et le Bureau de l'Education faisant état d'un déficit budgétaire, rejetant la faute sur le syndicat des Professeurs de Chicago et exposant des projets pour fermer au moins 120 écoles publiques (pour finir par s'accorder sur le nombre de 54), la ville approuva une subvention publique de $5,2 millions pour la construction d'un hôtel Hyatt dans le quartier huppé de Hyde Park.
 
La subvention provient du programme controversé de 'Tax Increment Financing' (TIF) de la municipalité — essentiellement des prêts que la ville s'octroie en détournant des taxes foncières vers une caisse noire que la ville contrôle pour financer des projets de développement. En théorie, les fonds doivent être récupérés à l'expiration du TIF, mais les observateurs considèrent généralement ce programme comme des dons aux promoteurs immobiliers aux dépens des projets d'utilité publique auxquels reviendraient autrement les impôts. Les écoles publiques pourraient en bénéficier, par exemple.
 
Cette conception de Pritzker de la justice économique s'étend également à d'autres facettes de son travail. La famille, Penny compris, a engrangé les profits de Hyatt en gagnant des conflits du travail contre une main d'œuvre en grande majorité féminine et immigrée. Le syndicat UNITE HERE mène depuis longtemps un boycott de la chaîne hôtelière Hyatt, qu'il nomme le 'pire employeur hôtelier d'Amérique.' La campagne est orientée autour de l'utilisation fréquente par Hyatt de sous-traitants, ce qui lui a permis de réduire ses coûts, tout en se déchargeant de ses responsabilités quant aux conséquences. Les employés évoquent des cadences accélérées, des heures de travail non payées, ainsi que des d'accidents du travail plus fréquents chez Hyatt qu'ailleurs dans le secteur hôtelier.
 
BeyondChron.org de San Francisco cite un exemple [5] : Le 31 août 2009, tous les employés des trois Hyatt de Boston furent licenciés. Ils furent sommés de vider leurs casiers et de partir. Certains travaillaient dans ces hôtels depuis plus de 20 ans. Mais ils étaient loin d'être des licenciés économiques. A la place, Hyatt fit appel à un sous-traitant qui paierait les concierges de remplacement seulement $8 l'heure.
 
Pour éviter toute critique publique, Hyatt offrit ensuite aux concierges des emplois en intérim. Les employés refusèrent, insistant qu'ils tenaient à leurs emplois antérieurs. Ils ne voulaient pas non plus être utilisés comme intérimaires pour remplacer d'autres travailleurs, justement ceux qui avaient pris leur place.
 
Les tensions entre les concierges et Hyatt s'intensifièrent pendant l'été 2011, quand la direction du Park Hyatt Chicago alluma les lampes à chaleur extérieures de l'hôtel pour contrer les employés en grève. (Par la suite Hyatt fit une déclaration comme quoi cette action ne correspondait pas à leur habitude de “respecter les droits de leurs associés et de s'intéresser à leur bien-être.”)
 
Tout ceci serait peut-être suffisant, mais Pritzker ajoute à sa série de titres celui de “philanthrope.” Depuis l'an 2000, son mari, l'opthamologue Brian Traubert, et elle-même co-président la Fondation Pritzker-Traubert pour les Familles, qui a distribué des centaines de milliers de dollars aux charter schools ainsi qu'à des organismes de 'remise à flot', tels que l'Académie pour le Leadership en Education Urbaine (AUSL) et le réseau des établissements à charte de Noble Street. Rien que cette année, AUSL compte sur la fondation pour obtenir plus d'un quart de million de dollars.
 
Comme c'est le cas pour beaucoup de fidèles de la classe des affaires des milieux urbains, les allégeances politiques de Pritzker vont tout d'abord vers le Parti Démocrate. En 2008, son rôle le plus prestigieux fut celui de présidente de la campagne de collecte de fonds d'Obama. En 2012, elle fut la co-présidente de la campagne de réelection d'Obama. Elle a aussi servi de collecteur de fonds (individu ayant beaucoup de relations qui utilise ses réseaux pour obtenir de larges contributions) récoltant plus d'un demi-million de dollars pour ses campagnes de 2008 et 2012.
 
C'est maintenant au président de renvoyer l'ascenseur. Comme l'a fait remarquer Rick Perlstein du 'Nation' [6] : “Certains attendaient que Barack Obama, libéré des contraintes liées à sa réélection, brise sa coquille et déploie ses ailes comme le vrai libéral qu'ils ont toujours cru qu'il était. Eh bien, nous y voilà...”
 
D'un certain point de vue, la Tribune a raison : Obama a trouvé la voix des milieux d'affaires américains. Et c'est précisément là que le bât blesse.
 
Une version de cette article est déjà parue dans la 'Occupied Chicago Tribune'
[7].
 
 
Source originale : Occupied Chicago Tribune
 
Traduit de l'anglais par JP-L pour Investig'Action
 
Source : Investig'Action
 
 
Notes:
 
[4]http://www.bloomberg.com/apps/news?...;;amp;pname=mm_1008_story1.html
 
 

vendredi, 21 juin 2013

BAHAR KIMYONGUR ARRETE: LA VERITE DERANGE, MILQUET SE VENGE

SYRIE. BAHAR KIMYONGUR.png

Bahar Kimyongür, militant politique belge issu d'une famille originaire de Turquie, auteur de l'article:

Une ministre belge confirme: Al Qaïda est notre allié indirect en syrie

 

On vient d'arrêter (mardi 18 juin 2013, Ndlr) à Madrid notre ami et collègue Bahar Kimyongür, auteur du livre "Syriana" et de nombreux articles démontrant l'hypocrisie des gouvernements européens sur la Syrie. Ces dernières semaines, il s'était activement mobilisé pour aider les parents désemparés de ces jeunes qui partent en Syrie. Il est attendu au débat que nous coorganisons sur ce thème à Bruxelles mardi 25 juin.

 
Bahar est menacé d'extradition vers la très démocratique Turquie. Nous sommes très inquiets et convaincus que le gouvernement belge est complice : Bahar dérange, la vérité dérange.
 
D'ailleurs, la chronologie est très claire :
 
22 mai, communiqué de la ministre de l'Intérieur : "Joëlle Milquet a longuement rencontré ce matin, lors d’un déjeuner, le directeur de l’Organisation du renseignement national turc, Hakan Fidan. Lors de cet échange très constructif, plusieurs modalités de collaboration et d’échanges d’informations dans les différents dossiers évoqués ont été précisées et renforcées, en ce qui concerne notamment la présence de ressortissants belges en Syrie mais aussi le suivi et le contrôle des différents groupements terroristes".
 
28 mai : la Turquie délivre en secret un nouveau mandat d'arrêt international contre Bahar (qui avait été acquitté il y a dix ans par la Justice belge pour ces accusations arbitraires).
 
13 juin : A la RTBF radio, la ministre Milquet soutient le "démocrate" turc Erdogan : "Je pense que les services secrets turcs sont sincères" (sic). (Et aussi ses tortionnaires et ceux qui emprisonnent des journalistes en masse ?) Elle diabolise Bahar comme "soutien d'Assad" alors que celui-ci a, dans son livre, dénoncé ses aspects dictatoriaux.
 
17 juin : Bahar est arrêté par des civils alors qu'il visitait avec son épouse Deniz et ses deux petits enfants la cathédrale de Cordoue (Espagne). En présence de ses enfants pour bien marquer le coup !
 
Ce jeudi 20 juin, il passe devant le juge à Madrid.
 
Nous appelons chacun à dénoncer cette violation du droit d'expression, cette basse vengeance des politiciens qui s'alignent sur les Etats-Unis, Israël et la Turquie !
 
Faites circuler ce message sur le Net, facebook et partout, interpellez vos mandataires politiques et les médias.
 
Demandez des comptes à la ministre Milquet. Elle ne bouge pas pour aider les parents désemparés, mais se rend complice d'Erdogan pour arrêter Bahar :

Cabinet du ministère de l'Intérieur, 2 rue de la Loi, 1000 Bruxelles
Tél : 02 504 85 40 
 

Liberté pour Bahar ! Liberté d'expression contre la guerre !



UNE MINISTRE BELGE CONFIRME: AL QAIDA EST NOTRE ALLIE INDIRECT EN SYRIE


SYRIE ASL.jpg


Des milliers d'Européens se rendent en Syrie pour combattre le gouvernement de Damas et à fortiori le peuple syrien. La ministre belge de l'intérieur Madame Joëlle Milquet s'est engagée à aider les familles des jeunes Belges embrigadés par les recruteurs terroristes. Ce jeudi soir à l'émission « Face à l'info » d'Eddy Caekelberghs, la ministre nous a donnés la confirmation que l'Etat belge a abandonné nos jeunes à leur sort mais qu'il serait ferme à leur égard en cas de retour chez nous. En d'autres termes, nos concitoyens enrôlés dans les bataillons d'Al Qaïda sont utiles et efficaces là où ils se trouvent tant qu'ils servent notre guerre contre la Syrie.

 
Le journaliste Eddy Caekelberghs a invité quatre intervenants pour parler des jeunes Belges partis en Syrie : une maman anonyme dont les deux garçons se trouvent sur le front, le député MR (libéral) Daniel Ducarme, la ministre de l'intérieur Joëlle Milquet et moi-même.
 
Jointe par téléphone, la ministre s'est taillée la part du lion avec une intervention ininterrompue de 12 minutes sur un total de 30 minutes de débat.
 
Pour saboter l'échange d'idées, Mme Milquet a misé sur le procès d'intention, m'envoyant une petite phrase assassine sur mon prétendu soutien au régime d'Assad. 
 
Nous n'épiloguerons non pas sur ce procédé déloyal et mesquin de la ministre mais sur le bilan de son inaction en matière de rapatriement de nos jeunes concitoyens égarés sur le chemin de Damas.

N'allons surtout pas déranger Al Qaïda !

 Dans son intervention radiophonique, Madame Milquet a implicitement reconnu que ses officiers de liaison en poste en Turquie ont brassé du vent. Du vent parce que, d'après elle, pour retrouver les jeunes Belges, l'on ne peut aller au delà de Bab el Hawa, littéralement la Porte du Vent en arabe, le principal poste-frontière turco-syrien situé dans la province du Hatay.
 
Rappelons tout de même que Bab el Hawa est aux mains de Jabhet al Nosra, c'est-à-dire de la section syrienne d'Al Qaïda. Les bataillons terroristes syriens et étrangers les plus cruels y font la pluie et le beau temps. Al Qaïda détient ainsi un point de passage situé en territoire turc, c'est-à-dire dans une zone sous contrôle de l'OTAN et à fortiori des Etats-Unis. Mais on ne peut rien faire, paraît-il. En d'autres termes, Madame la Ministre et ses alliés européens, étasuniens et turcs laissent faire Al Qaïda au nom de la guerre contre la Syrie.
Passons. Passons et citons la ministre :
 
"J'ai été voir longuement le ministre de l'intérieur turc, le chef de la sûreté de l'Etat turc. J'ai vu Monsieur Erdogan. J'ai vu le ministre de la justice. J'ai redonné aussi (au-delà de ce que nos services ont fait) les photos que j'avais eues des mamans et les numéros de téléphone pour qu'ils tentent de les localiser, les différents éléments... Ils étaient apparemment sortis par Bab El Hawa. [Ils] devraient se situer plus ou moins dans le Nord de la Syrie.
Ils (les Turcs Ndr) ont dit et promis qu'ils mettaient tout en œuvre pour pouvoir les localiser s'ils se retrouvaient en Turquie. (...) L'ambassade est au courant. Elle est prête à aller jusqu'à la frontière. (...) les autorités (turques NDR) [peuvent] retrouver un des deux ou les deux (enfants de la maman invitée à l'émission Ndr) s'ils se trouvent sur le sol turc. Mais évidemment, ils ne peuvent pas entrer en Syrie."
 
Evidemment, souligne-t-elle. Bein voyons. Entrer en Syrie ? Quelle idée ! Des criminels venus du monde entier, des violeurs, des coupeurs de route et de gorges, des malfrats à la petite semaine, quelques romantiques révolutionnaires, des aventuriers attirés par l'odeur du sang, des Talibans afghans, daghestanais, yéménites ou bosniaques, des journalistes français, britanniques ou israéliens, des fondations caritatives salafistes, le sénateur US républicain John McCain, des agents arabes de la CIA, du Mossad, les députés koweïtiens Abdel Halim Mourad et Adel al Mawada, le prédicateur génocidaire Adnan Arour et bien d'autres chefs de guerre religieux bref toutes les composantes de la Croisade anti-syrienne passent par la Turquie pour pavaner en Syrie. Mais d'après la ministre Milquet, les autorités turques ne peuvent "évidemment" pas entrer en Syrie. Croit-elle vraiment que nous allons avaler cette fable ?
 
Madame Milquet devrait d'abord nous expliquer ce que faisaient alors les quelques dizaines d'agents turcs capturés par l'armée arabe syrienne à Idlib, Lattaquié, Raqqah et Alep et qui serviront bientôt de monnaie d'échanges lorsque l'Etat turc aura calmé ses ardeurs guerrières contre la Syrie. Ne sait-elle donc pas que tous les chefs rebelles influents du Nord de la Syrie sont des agents turcs en puissance placés sous le commandement et la protection directe de l'armée turque ? Pendant plus d'un an, l'ex-chef de la soi-disant Armée syrienne libre (ASL) Riyad Assaad ne pouvait même pas accorder d'interview à la presse sans l'autorisation préalable du ministre turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu.
 
D'autre part, l'Etat turc sait exactement où se trouvent les 9 otages chiites enlevés à Azaz ainsi que les deux évêques chrétiens Mgr Paul Yazici et Mgr Youhanna Ibrahim. Les familles des victimes passent d'ailleurs par la Turquie pour contacter les ravisseurs. Autrement dit, le trousseau de clés jalousement gardé par Erdogan permettrait la libération de biens des otages en Syrie, y compris nos jeunes embrigadés par les maffias sectaires qui rêvent de convertir la Syrie en un califat wahhabite.
 
Madame la ministre parle à plusieurs reprises de la guerre de Syrie comme s'il s'agissait d'un différend entre Damas et Ankara, comme si notre pays n'avait pas contribué au pourrissement de la situation en Syrie en votant des sanctions économiques, en encourageant la surenchère militaire, en durcissant les pressions sur l'axe de la résistance pro-palestinienne dont la Syrie est le pivot.
 
Quoiqu'en pense Madame la Ministre, l'engagement de nos concitoyens dans cette guerre n'est ni plus ni moins un engagement de la Belgique en tant qu'Etat dans la guerre de Syrie. Et disons-le encore plus franchement : la moindre négligence de la Belgique en la matière est un signe de complicité de nos autorités avec le djihadisme anti-syrien.
 
Madame Milquet découvre que la rupture avec Damas empêche le contact avec nos jeunes
 
Poursuivons le décryptage du discours de Madame la ministre :
 
Le gros problème au niveau de la localisation téléphonique, c'est que pour les localiser, vous devez avoir un lien évidemment avec l'opérateur national qui est évidemment l'opérateur syrien et par rapport à des personnes en lutte avec le régime, il y a un danger et un problème de collaboration. (...)
La Turquie soutient l'opposition et l'armée libre syrienne (ASL) (...) Il y a aussi parfois ce problème de technologie. Moi, j'avais demandé si, à partir de la Belgique, on pouvait localiser via les numéros belges. Mais ce n'était pas possible parce que nous avions besoin du lien avec l'opérateur syrien (...).
 
Madame Milquet sous-entend que si nous avions eu un lien avec l'opérateur téléphonique syrien donc avec les autorités syriennes, nous aurions pu retrouver les enfants belges. Mais qu'attend-elle donc au nom de la sauvegarde de nos enfants et de leurs victimes syriennes pour rétablir la ligne avec Damas ?
 
Madame Milquet poursuit sur un aveu d'impuissance :
 
On est un peu hélas dépendant (notre compétence s'arrêtant à la sortie de la frontière) des services turcs qui pourtant nous ont assurés, et je pense qu'ils sont sincères sur la manière avec laquelle ils ont mis cela dans leurs banques (de données Ndr) et leurs différents signalements lorsqu'ils sont à la frontière (...) Nous n'avons plus d'ambassade en Syrie. (...) Nous avons un gros problème d'accès au territoire (...).
 
Nous nous passerons de tout commentaire sur la candeur de Madame la ministre concernant la sincérité du gouvernement turc à laquelle elle croit, elle aussi, avec sincérité. Notons juste qu'en ce moment même, des centaines de milliers de manifestants turcs doutent de la sincérité d'un régime qui depuis deux semaines, utilise la matraque, les gaz, les balles en plastique, les menaces, la prison et la torture et affiche un mépris total face aux doléances du peuple.
 
Ceci étant, si l'on suit le raisonnement de Madame la ministre, on arrive à la conclusion que la réouverture de notre ambassade en Syrie nous offrirait une opportunité pour retrouver nos enfants. En voilà une excellente idée ! Pourquoi pas si l'on peut sauver la vie de Belges partis en Syrie et celle des Syriens victimes des Belges.
 
La vice-présidente du groupe socialiste européen, Madame Véronique de Keyser a eu le courage de proposer de reparler avec le président syrien après avoir exigé son départ avec acharnement (Le Vif, 19 avril 2013).
 
Aujourd'hui même, une autre voix lucide du paysage médiatique belge, le journaliste Vincent Braun de La Libre a plaidé en faveur d'une résolution pacifique du conflit syrien. La conclusion de son éditorial est sans appel : "Il faut impliquer l'Iran dans la résolution de ce conflit".
 
La sagesse de ces paroles se situe en parfaite opposition avec le radicalisme et l'extrémisme de notre politique étrangère laquelle n'a d'égal que le radicalisme et l'extrémisme des volontaires belges partis en Syrie.
 
"Oui Madame la Ministre, oeuvrons pour la paix et la réconciliation et nos enfants reviendront peut-être sains et saufs" a-t-on envie de lui dire si la fin du conflit syrien eut été sa réelle intention.

Pendant ce temps, la fabrique du terrorisme tourne à plein régime

Au début du mois d'avril 2013, le Centre international pour l'étude de la radicalisation (ICSR) du King's College de Londres annonçait que 140 à 600 jeunes ont été recrutés par des cellules djihadistes actives dans des pays européens comme la France, l'Angleterre, la Belgique, le Danemark ou les Pays-Bas.
 
Trois semaines plus tard, le spécialiste européen de l'antiterrorisme Gilles de Kerchove évoquait la présence de 500 djihadistes européens en Syrie (Martine Gozlan, Marianne, 25 avril 2013).
 
Le 21 mai 2013, Georges Malbrunot, le journaliste du Figaro estimait à 800 le nombre de djihadistes européens actifs en Syrie.
 
Aujourd'hui, d'après de nouveaux éléments d'enquête, les Européens seraient entre 1.500 et 2.000, soit deux à trois fois plus que les estimations publiées il y a trois semaines à peine (Pierre Beyleau, Le Point, 14 juin 2013).
 
Ils sont sans doute bien plus nombreux à partir en Syrie.
 
Vu l'ampleur du phénomène, une question s'impose : N'est-il pas pour le moins suspect que des apprentis sorciers rêvant de commettre à Damas des attentats semblables à ceux de Madrid, Londres ou New York puissent se rendre aussi massivement en Syrie sans être inquiétés dès leur départ ?
 
Imagine-t-on un seul instant ce que feraient les polices européennes si des prédicateurs actifs en Europe mobilisaient des légions musulmanes pour aller égorger les Juifs d'Israël ?
 
Que le Mossad se rassure, la Maison des Saoud et l'émir du Qatar, grands sponsors du djihad en Syrie, ne sont pas prêts de trahir leur alliance avec Tel Aviv.
 
Quant aux terroristes européens, conformément aux directives qui leur parviennent de Riyad ou Doha, ils préfèrent de loin verser le sang de musulmans sunnites, chiites ou alaouites que de s'en prendre à l'Etat hébreux.
 
Mais sait-on jamais, si un jour, Al Qaïda se mettait à acheminer des djihadistes en Israël ce qui, à ce jour, n'est jamais arrivé, il est certains que nos gouvernements neutraliseraient les jeunes volontaires européens avec une violence extrême. Le Mossad userait sans détour de son droit d'ouvrir le feu sur des suspects dans les aéroports occidentaux comme il l'a très souvent fait durant les années 70 et 80.
 
Nous sommes dès lors en droit de nous demander pourquoi l'Occident est si laxiste quand nos jeunes partent en Syrie et si ferme quand ils en reviennent.
 
La décision du bourgmestre d'Anvers Bart de Wever de radier de son registre de population les candidats djihadistes de retour de Syrie illustre bien cette stratégie d'accompagnement passif et de confinement du djihadisme en Syrie.
 
Monsieur De Wever, Madame Milquet et nombre de leurs homologues européens espéraient sans doute que la guerre internationale contre la Syrie par djihadistes interposés allait conduire à l'implosion du pays, gage de réussite de la théorie du chaos constructif permettant de remodeler les nations selon nos intérêts à court terme.
 
Mauvais calcul. Etant donné la connectivité complexe du corps politique et social syrien avec les lignes de fracture qui traversent notre monde multipolaire, toute tentative de déstabilisation de ce pays hautement inflammable ne conduit pas à son implosion mais bien à son explosion.
 
Si Madame Milquet nous avait écoutés dès le début du conflit, nous aurions peut-être pu sauver la vie de nombreux Syriens et de nombreux Belges.
 
Aujourd'hui, elle peut encore se rattraper. Mais pour cela, nous pensons qu'elle doit impérativement se concerter avec ses homologues européens et les convaincre à :
 
- promouvoir un message de paix en Syrie, le dialogue intercommunautaire en Europe et lutter contre la désinformation et la propagande sectaire qui contribuent à la radicalisation de nos jeunes
 
- lever toutes les sanctions européennes qui pèsent contre la Syrie et normaliser nos relations avec le gouvernement de Damas
 
- présenter nos excuses au peuple syrien pour avoir laissé les djihadistes européens contribuer à la destruction de leur pays et pour avoir armé les terroristes actifs en Syrie
 
- contraindre nos agents syriens de la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution à saisir la chance offerte par la Russie et le gouvernement syrien de résoudre pacifiquement le conflit.
 
- poursuivre légalement les vétérans belges qui ont commis des crimes de guerre, de génocide ou des crimes contre l'humanité en Syrie et assurer un accompagnement psychologique adapté aux volontaires belges non terroristes,
 
Nous cesserons de penser que Madame Milquet roule pour Al Qaïda le jour où elle militera concrètement pour la paix et contre le terrorisme en Syrie.
 
 

vendredi, 14 juin 2013

USA-RUSSIE: DROGUE, PETROLE ET GUERRE

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Les USA ont émergé comme la grande puissance mondiale suite à la chute de l’Union soviétique. Imposer leur suprématie sur l'ex-URSS est devenu une de leurs priorités. Coups d'état, pressions, guerres : ils n'ont renoncé à rien pour y parvenir. Lors d'une conférence à Moscou, Peter Dale Scott a analysé cette stratégie de domination et son financement par les drogues et le pétrole. (IGA)

 

J’ai prononcé le discours suivant à une conférence anti-OTAN, qui fut organisée à Moscou l’année dernière. J’étais le seul intervenant états-unien lors de cet événement. On m’y avait convié suite à la parution en russe de mon livre Drugs, Oil, and War – un ouvrage jamais traduit en français, contrairement à La Route vers le nouveau désordre mondial et à mon dernier livre, La Machine de guerre américaine –. [1] En tant qu’ancien diplomate préoccupé par la paix, j’étais heureux d’y participer. En effet, il me semble que le dialogue entre les intellectuels états-uniens et russes soit moins sérieux aujourd’hui qu’il ne l’était au paroxysme de la guerre froide. Pourtant, les dangers d’une guerre impliquant les deux principales puissances nucléaires n’ont visiblement pas disparu.

En réponse au problème des crises interconnectées que sont la production de drogue afghane et le jihadisme salafiste narco-financé, mon discours exhortait les Russes à coopérer dans un cadre multilatéral avec les États-uniens partageant cette volonté —malgré les activités agressives de la CIA, de l’OTAN et du SOCOM (pour US Special Operations Command) en Asie centrale—. Cette position divergeait de celles des autres intervenants.

Depuis cette conférence, j’ai continué de réfléchir en profondeur sur l’état dégradé des relations entre la Russie et les États-Unis, et sur mes espoirs légèrement utopiques de les restaurer. Malgré les différents points de vue des conférenciers, ils avaient tendance à partager une grande inquiétude sur les intentions états-uniennes envers la Russie et les anciens États de l’URSS. Cette anxiété commune se fondait sur ce qu’ils savaient des actions antérieures des États-Unis, et de leurs engagements non tenus. En effet, contrairement à la plupart des citoyens de ce pays, ils étaient bien informés sur ces questions.

L’assurance que l’OTAN ne profiterait pas de la détente pour s’étendre en Europe de l’Est est un important exemple de promesse non tenue. Évidemment, la Pologne et d’autres anciens membres du Pacte de Varsovie sont aujourd’hui intégrés au sein de l’Alliance atlantique, tout comme les anciennes Républiques socialistes soviétiques de la Baltique. Par ailleurs, des propositions visant à faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN sont toujours d’actualité, ce pays étant le véritable cœur de l’ancienne Union soviétique. Ce mouvement d’extension vers l’Est fut accompagné d’activités et d’opérations conjointes alliant les troupes US aux forces armées et sécuritaires de l’Ouzbékistan —dont certaines furent organisées par l’OTAN—. (Ces deux initiatives commencèrent en 1997, sous l’administration Clinton.)

Nous pouvons citer d’autres ruptures d’engagements, comme la conversion non autorisée d’une force des Nations Unies en Afghanistan (approuvée en 2001 par la Russie) en une coalition militaire dirigée par l’OTAN. Deux intervenants critiquèrent la détermination des États-Unis à installer en Europe de l’Est un bouclier antimissile contre l’Iran, refusant les suggestions russes de le déployer en Asie. Selon eux, cette intransigeance constituait « une menace pour la paix mondiale ».

Les conférenciers percevaient ces mesures comme des extensions agressives du mouvement qui, depuis Washington, visait à détruire l’URSS sous Reagan. Certains des orateurs avec qui j’ai pu échanger considéraient que, pendant les deux décennies suivant la Seconde Guerre mondiale, la Russie avait été menacée par des plans opérationnels des États-Unis et de l’OTAN pour une première frappe nucléaire contre l’URSS. Ils auraient pu être exécutés avant que la parité nucléaire ne soit atteinte, mais ils ne furent évidemment jamais mis en œuvre. Malgré tout, mes interlocuteurs étaient persuadés que les faucons ayant voulu ces plans n’avaient jamais abandonné leur désir d’humilier la Russie, et de la réduire au rang de tierce puissance. Je ne peux réfuter cette inquiétude. En effet, mon dernier livre, intitulé La Machine de guerre américaine , décrit également des pressions continuelles visant à établir et à maintenir la suprématie des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les discours prononcés à cette conférence ne se limitaient en aucun cas à critiquer les politiques menées par les États-Unis et l’Alliance atlantique. En effet, les intervenants s’opposaient avec une certaine amertume au soutien de Vladimir Poutine pour la campagne militaire de l’OTAN en Afghanistan, qu’il avait exprimé le 11 avril 2012. Ils étaient particulièrement révoltés par le fait que Poutine ait approuvé l’installation d’une base de l’Alliance atlantique à Oulianovsk, située à 900 kilomètres à l’est de Moscou. Bien que cette base ait été « vendue » à l’opinion publique russe comme un moyen de faciliter le retrait états-unien d’Afghanistan, l’un des conférenciers nous assura que l’avant-poste d’Oulianovsk était présenté dans les documents de l’OTAN comme une base militaire. Enfin, les intervenants se montraient hostiles aux sanctions onusiennes contre l’Iran, qui étaient inspirées par les États-Unis. Au contraire, ils considéraient ce pays comme un allié naturel contre les tentatives états-uniennes de concrétiser le projet de domination globale de Washington.

Mis à part le discours suivant, je suis resté silencieux durant la majeure partie de cette conférence. Cependant mon esprit, voire ma conscience, sont perturbés lorsque je songe aux récentes révélations sur Donald Rumsfeld et Dick Cheney. En effet, immédiatement après le 11-Septembre, ces derniers ont mis en œuvre un projet visant à faire tomber de nombreux gouvernements amis de la Russie —dont l’Irak, la Libye, la Syrie et l’Iran—. [2] (Dix ans plus tôt, au Pentagone, le néoconservateur Paul Wolfowitz avait déclaré au général Wesley Clark que les États-Unis disposaient d’une fenêtre d’opportunité pour se débarrasser de ces clients de la Russie, dans la période de restructuration de ce pays suite à l’effondrement de l’URSS. [3]) Ce projet n’a toujours pas été finalisé en Syrie et en Iran.

Ce que nous avons pu observer sous Obama ressemble beaucoup à la mise en œuvre progressive de ce plan. Toutefois, il faut admettre qu’en Libye, et à présent en Syrie, Obama a montré de plus grandes réticences que son prédécesseur à envoyer des soldats sur le terrain. (Il a tout de même été rapporté que, sous sa présidence, un nombre restreint de forces spéciales US ont opéré dans ces deux pays, afin d’attiser la résistance contre Kadhafi puis contre Assad.)

Plus particulièrement, l’absence de réaction des citoyens des États-Unis face au militarisme agressif et hégémoniste de leur pays me préoccupe. Ce bellicisme permanent, que j’appellerais le « dominationisme », est prévu sur le long terme dans les plans du Pentagone et de la CIA. [4] Sans aucun doute, de nombreux États-uniens pourraient penser qu’une Pax Americana globale assurerait une ère de paix, à l’image de la Pax Romana deux millénaires auparavant. Je suis persuadé du contraire. En effet, à l’instar de la Pax Britannica du XIXe siècle, ce dominationisme conduira inévitablement à un conflit majeur, potentiellement à une guerre nucléaire. En vérité, la clé de la Pax Romana résidait dans le fait que Rome, sous le règne d’Hadrien, s’était retirée de la Mésopotamie. De plus, elle avait accepté de strictes limitations de son pouvoir dans les régions sur lesquelles elle exerçait son hégémonie. La Grande-Bretagne fit preuve d’une sagesse comparable, mais trop tard. Jusqu’à présent, les États-Unis ne se sont jamais montrés aussi raisonnables.

Par ailleurs, dans ce pays, très peu de monde semble s’intéresser au projet de domination globale de Washington, du moins depuis l’échec des manifestations de masse visant à empêcher la guerre d’Irak. Nous avons pu constater une abondance d’études critiques sur les raisons de l’engagement militaire des États-Unis au Vietnam, et même sur l’implication états-unienne dans des atrocités telles que le massacre indonésien de 1965. Des auteurs comme Noam Chomsky et William Blum [5] ont analysé les actes criminels des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale. Cependant, ils ont peu étudié la récente accélération de l’expansionnisme militaire états-unien. Seule une minorité d’auteurs, comme Chalmers Johnson et Andrew Bacevich, ont analysé le renforcement progressif de la Machine de guerre américaine qui domine aujourd’hui les processus politiques des États-Unis.

De plus, il est frappant de constater que le jeune mouvement Occupy se soit si peu exprimé sur les guerres d’agression que mène ce pays. Je doute qu’il ait même dénoncé la militarisation de la surveillance et du maintien de l’ordre, ainsi que les camps de détention. Or, ces mesures sont au cœur du dispositif de répression intérieure qui menace sa propre survie. [6] Je fais ici référence à ce que l’on appelle le programme de « continuité du gouvernement » (COG pour « Continuity of Government »), à travers lequel les planificateurs militaires US ont développé des moyens de neutraliser définitivement tout mouvement antiguerre efficace aux États-Unis. [7]

En tant qu’ancien diplomate canadien, si je devais retourner en Russie, j’en appellerais de nouveau à une collaboration entre les États-Unis et ce pays afin d’affronter les problèmes mondiaux les plus urgents. Notre défi est de dépasser ce compromis rudimentaire qu’est la détente, cette soi-disant « coexistence pacifique » entre les superpuissances. En réalité, cette entente vieille d’un demi-siècle a permis —et même encouragé— les atrocités violentes de dictateurs clients, comme Suharto en Indonésie ou Mahamed Siyaad Barre en Somalie. Il est probable que l’alternative à la détente, qui serait une rupture complète de celle-ci, mène à des confrontations de plus en plus dangereuses en Asie —très certainement en Iran—.

Néanmoins, cette rupture peut-elle être évitée ? Voilà que je me demande si je n’ai pas minimisé l’intransigeance hégémoniste des États-Unis. [8] À Londres, j’ai récemment discuté avec un vieil ami, que j’avais rencontré durant ma carrière diplomatique. Il s’agit d’un diplomate britannique de haut rang, qui est un expert de la Russie. J’espérais qu’il aurait modéré mon évaluation négative des intentions des États-Unis et de l’OTAN contre ce pays. Or, il n’a fait que la renforcer.

Ainsi, j’ai décidé de publier mon discours agrémenté de cette préface, qui est destinée aussi bien aux citoyens US qu’au public international. Je pense qu’aujourd’hui, le plus urgent pour préserver la paix mondiale est de restreindre le mouvement des États-Unis vers l’hégémonie incontestée. Au nom de la coexistence dans un monde pacifié et multilatéral, il faut donc raviver l’interdiction par l’ONU des guerres préemptives et unilatérales.

Dans cet objectif, j’espère que les citoyens des États-Unis se mobiliseront contre le dominationisme de leur pays, et qu’ils en appelleront à une déclaration politique de l’administration ou du Congrès. Cette déclaration :

1) renoncerait explicitement aux appels antérieurs du Pentagone faisant de la « suprématie totale » (« full spectrum dominance ») un objectif militaire central dans la politique étrangère des États-Unis ; [9]

2) rejetterait comme étant inacceptable la pratique des guerres préventives, aujourd’hui profondément enracinée ;

3) renoncerait catégoriquement à tout projet états-unien d’utilisation permanente de bases militaires en Irak, en Afghanistan ou au Kirghizstan ;

4) réengagerait les États-Unis à mener leurs futures opérations militaires en accord avec les procédures établies par la Charte des Nations Unies.

J’encourage mes concitoyens à me rejoindre afin d’exhorter le Congrès à introduire une résolution dans ce but. Initialement, une telle démarche pourrait ne pas aboutir. Cependant, il est possible qu’elle contribue à recentrer le débat politique US vers un sujet qui est selon moi urgent et peu débattu : l’expansionnisme des États-Unis, et la menace contre la paix globale qui en découle aujourd’hui.

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Discours à la conférence d’Invissin sur l’OTAN
(Moscou, 15 mai 2012)

 

Avant tout, je remercie les organisateurs de cette conférence de me permettre de parler du grave problème qu’est le narcotrafic d’Afghanistan. Aujourd’hui, il constitue une menace aussi bien pour la Russie que pour les relations entre ce pays et les États-Unis. Je vais donc discuter de politique profonde selon les perspectives de mon livre Drugs, Oil, and War, mais aussi de mon dernier ouvrage (La Machine de guerre américaine ) et du précédent (La Route vers le nouveau désordre mondial ). Ces livres analysent notamment les facteurs sous-tendant le trafic de drogue international ainsi que les interventions US, deux phénomènes préjudiciables à la fois au peuple russe et au peuple états-unien. Je parlerai également du rôle de l’OTAN dans la facilitation des stratégies visant à établir la suprématie des États-Unis sur le continent asiatique. Mais d’abord, je voudrais analyser le trafic de drogue à l’aune d’un important facteur, qui s’avère déterminant dans mes livres. Il s’agit du rôle du pétrole dans les politiques asiatiques des États-Unis, et également de l’influence d’importantes compagnies pétrolières alignées sur les intérêts de ce pays, dont British Petroleum (BP).

Derrière chaque offensive récente des États-Unis et de l’OTAN, l’industrie pétrolière fut une force profonde déterminante. Pour l’illustrer, songeons simplement aux interventions en Afghanistan (2001), en Irak (2003) et en Libye (2011). [10]

J’ai donc étudié le rôle des compagnies pétrolières et de leurs représentants à Washington —dont les lobbies—, dans chacune des grandes interventions des États-Unis depuis le Vietnam dans les années 1960. [11] Le pouvoir des compagnies pétrolières US nécessiterait quelques explications à un public venant de Russie, où l’État contrôle l’industrie des hydrocarbures. Aux États-Unis, c’est pratiquement l’inverse. En effet, les compagnies pétrolières tendent à dominer aussi bien la politique étrangère de ce pays que le Congrès. [12] Ceci explique pourquoi les présidents successifs, de Kennedy à Obama en passant par Reagan, ont été incapables de limiter les avantages fiscaux des compagnies pétrolières garantis par la « oil depletion allowance » —y compris dans le contexte actuel, où la plupart des États-uniens sombrent dans la pauvreté—. [13]

Les activités US en Asie centrale, dans des zones d’influence traditionnelles de la Russie telles que le Kazakhstan, ont un fondement commun. En effet, depuis une trentaine d’années (voire plus), les compagnies pétrolières et leurs représentants à Washington ont montré un grand intérêt dans le développement, et surtout dans le contrôle des ressources gazières et pétrolières sous-exploitées du bassin Caspien. [14] Dans cet objectif, Washington a développé des politiques ayant eu comme résultat la mise en place de bases avancées au Kirghizstan et, pendant quatre ans, en Ouzbékistan (2001-2005). [15] Le but affiché de ces bases était de soutenir les opérations militaires des États-Unis en Afghanistan. Néanmoins, la présence états-unienne encourage aussi les gouvernements des nations avoisinantes à agir plus indépendamment de la volonté russe. Nous pouvons citer comme exemple le Kazakhstan et le Turkménistan, ces deux pays étant des zones d’investissements gaziers et pétroliers pour les compagnies US.

Washington sert les intérêts des compagnies pétrolières occidentales, pas seulement du fait leur influence corruptrice sur l’administration, mais parce que la survie de l’actuelle pétro-économie US dépend de la domination occidentale du commerce mondial du pétrole. Dans l’un de mes livres, j’analyse cette politique, en expliquant comment elle a contribué aux récentes interventions des États-Unis, mais aussi à l’appauvrissement du Tiers-Monde depuis 1980. En substance, les États-Unis ont géré le quadruplement des prix du pétrole dans les années 1970 en organisant le recyclage des pétrodollars dans l’économie états-unienne, au moyen d’accords secrets avec les Saoudiens. Le premier de ces accords assurait une participation spéciale et continuelle de l’Arabie saoudite dans la santé du dollar US ; le second sécurisait le soutien permanent de ce pays dans la tarification intégrale du pétrole de l’OPEP en dollars. [16] Ces deux accords garantissaient que l’économie des États-Unis ne serait pas affaiblie par les hausses de prix du pétrole de l’OPEP. Le plus lourd fardeau pèserait au contraire sur les économies des pays les moins développés. [17]

Le dollar US, bien qu’étant en cours d’affaiblissement, dépend encore en grande partie de la politique de l’OPEP imposant cette monnaie pour régler le pétrole de cette organisation. Nous pouvons mesurer avec quelle force les États-Unis sont capables d’imposer cette politique en observant le destin des pays ayant décidé de la remettre en cause. « En 2000, Saddam Hussein insista pour que le pétrole irakien soit vendu en euros. Ce fut une manœuvre politique, mais qui augmenta les revenus récents de l’Irak grâce la hausse de la valeur de l’euro par rapport au dollar. » [18] Trois ans plus tard, en mars 2003, les États-Unis envahirent ce pays. Deux mois après, le 22 mai 2003, Bush décréta par un ordre exécutif que les ventes de pétrole irakien devaient s’effectuer de nouveau en dollars, et non en euros. [19]

Selon un article russe, peu avant l’intervention de l’OTAN en Libye début 2011, Mouammar Kadhafi avait manœuvré pour refuser le dollar comme monnaie de règlement du pétrole libyen, à l’instar de Saddam Hussein. [20] En février 2009, l’Iran annonça avoir « complètement cessé de conduire les transactions pétrolières en dollars US. » [21] Les véritables conséquences de cette audacieuse décision iranienne n’ont pas encore été observées. [22]

J’insiste sur le point suivant : chaque intervention récente des États-Unis et de l’OTAN a permis de soutenir la suprématie déclinante des compagnies pétrolières occidentales sur le système pétrolier global, donc celui des pétrodollars. Néanmoins, je pense que les compagnies pétrolières elles-mêmes sont capables d’initier, ou au moins de contribuer à des interventions politiques. Comme je l’ai mentionné dans mon livre Drugs, Oil, and Wars (p.8) :

« De façon récurrente, les compagnies pétrolières US sont accusées de se lancer dans des opérations clandestines, soit directement, soit par le biais d’intermédiaires. En Colombie (comme nous le verrons), une entreprise de sécurité états-unienne travaillant pour Occidental Petroleum participa à une opération militaire de l’armée colombienne, ‘qui tua 18 civils par erreur.’ »

Pour citer un exemple plus proche de la Russie, j’évoquerais une opération clandestine de 1991 en Azerbaïdjan, qui est un exemple classique de politique profonde. Dans ce pays, d’anciens collaborateurs de la CIA, qui étaient employés par une entreprise pétrolière douteuse (MEGA Oil), « se lancèrent dans des entraînements militaires, distribuèrent des ‘sacs remplis d’argent liquide’ à des membres du gouvernement, et mirent en place une compagnie aérienne […] qui permit bientôt à des centaines de mercenaires moudjahidines d’être acheminés dans ce pays depuis l’Afghanistan. » [23] À l’origine ces mercenaires, finalement estimés à environ 2 000, furent employés pour combattre les forces arméniennes soutenues par la Russie dans la région disputée du Haut-Karabagh. Mais ils appuyèrent aussi les combattants islamistes en Tchétchénie et au Daguestan. Ils contribuèrent également à faire de Bakou un point de transbordement de l’héroïne afghane à la fois vers le marché urbain de Russie et vers la mafia tchétchène. [24]

En 1993, ils participèrent au renversement d’Abulfaz Elchibey, le premier président élu de l’Azerbaïdjan, et à son remplacement par Heydar Aliyev. Ce dernier signa ensuite un important contrat pétrolier avec BP, incluant ce qui devint finalement l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan reliant ce pays à la Turquie. Il faut souligner que les origines états-uniennes des agents de MEGA Oil sont indiscutables. En revanche, nous ne savons pas exactement qui a financé cette entreprise. Il aurait pu s’agir des majors pétrolières, la plupart d’entre elles disposant (ou ayant disposé) de leurs propres services clandestins. [25] Certaines entreprises pétrolières importantes, incluant Exxon, Mobil et BP, ont été accusées d’être « derrière le coup d’État » ayant conduit au remplacement d’Elchibey par Aliyev. [26]

De toute évidence, Washington et les majors pétrolières pensent que leur survie dépend du maintien de leur actuelle suprématie sur les marchés pétroliers internationaux. Dans les années 1990, alors que l’on localisait généralement les plus grandes réserves non prouvées d’hydrocarbures dans le bassin Caspien, cette région devint centrale à la fois pour les investissements pétroliers des entreprises US et pour l’expansion sécuritaire des États-Unis. [27]

S’exprimant en tant que secrétaire d’État adjoint, Strobe Talbott, un proche ami de Bill Clinton, tenta de mettre en avant une stratégie raisonnable pour assurer cette expansion. Dans un important discours prononcé le 21 juillet 1997,

« Talbott exposa les quatre aspects d’un [potentiel] soutien des États-Unis pour les pays du Caucase et de l’Asie centrale : 1) la promotion de la démocratie ; 2) la création d’économies de marché ; 3) le parrainage de la paix et de la coopération, au sein et parmi les pays de la région et 4) leur intégration dans la plus vaste communauté internationale. […] Critiquant avec virulence ce qu’il considère être une conception dépassée de la compétition dans le Caucase et en Asie centrale, M. Talbott mit en garde quiconque envisagerait le ‘Grand Jeu’ comme grille de lecture de la région. Au contraire, il proposa une entente dans laquelle chacun sortirait gagnant de la coopération. » [28]

Mais cette approche multilatérale fut immédiatement attaquée par des membres des deux partis. Seulement trois jours plus tard, Heritage Foundation, le cercle de réflexion droitisant du Parti républicain, répondit que « [l]’administration Clinton, désireuse d’apaiser Moscou, rechignait à exploiter l’opportunité stratégique de sécuriser les intérêts des États-Unis dans le Caucase.  » [29] En octobre 1997, cette critique trouva son écho dans Le Grand Échiquier, un important ouvrage écrit par l’ancien conseiller à la Sécurité nationale Zbigniew Brzezinski. Ce dernier est certainement le principal opposant à la Russie au sein du Parti démocrate. Admettant que « la politique étrangère [états-unienne devrait] […] favoriser les liens nécessaires à une vraie coopération mondiale », il défendait toutefois dans son livre la notion de « Grand Jeu  » rejetée par Talbott. Selon Brzezinski, il était impératif d’empêcher « [l]’apparition d’un concurrent en Eurasie, capable de dominer ce continent et de défier [les États-Unis] ». [30]

En arrière-plan de ce débat, la CIA et le Pentagone développaient à travers l’Alliance atlantique une « stratégie de projection » contraire aux propositions de Talbott. En 1997, dans le cadre du programme « Partenariat pour la Paix » de l’OTAN, le Pentagone démarra des exercices militaires avec l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Kirghizstan. Ce programme constituait « l’embryon d’une force militaire dirigée par l’OTAN dans cette région ». [31] Baptisés CENTRAZBAT, ces exercices envisageaient de potentiels déploiements de forces combattantes états-uniennes. Catherine Kelleher, une assistante du secrétaire adjoint à la Défense, cita « la présence d’énormes ressources énergétiques » comme justification de l’engagement militaire des États-Unis dans cette région. [32] L’Ouzbékistan, que Brzezinski distingua pour son importance géopolitique, devint un pivot pour les exercices militaires états-uniens, bien que ce pays ait l’un des pires bilans en matière de respect des droits de l’Homme dans cette région. [33]

De toute évidence, la « révolution des tulipes » de mars 2005 au Kirghizstan constitua une autre étape de la doctrine de projection stratégique du Pentagone et de la CIA. Elle s’est déroulée à une époque où George W. Bush parlait fréquemment de « stratégie de projection de la liberté ». Plus tard, alors qu’il visitait la Géorgie, ce dernier approuva ce changement de régime en le présentant comme un exemple de « démocratie et de liberté en pleine expansion ». [34] (En réalité, il ressemblait plus à un coup d’État sanglant qu’à une « révolution ».) Cependant, le régime de Bakiyev « dirigea le pays comme un syndicat du crime », pour reprendre les termes d’Alexander Cooley, un professeur à l’Université de Columbia. En particulier, de nombreux observateurs accusèrent Bakiyev d’avoir pris le contrôle du trafic de drogue local et de le gérer comme une entreprise familiale. [35]

Dans une certaine mesure, l’administration Obama s’est éloignée de cette rhétorique hégémoniste que le Pentagone appelle la « suprématie totale  » (« full-spectrum dominance »). [36] Toutefois, il n’est pas surprenant de constater que sous sa présidence, les pressions visant à réduire l’influence de la Russie se soient maintenues, comme par exemple en Syrie. En réalité, pendant un demi-siècle, Washington a été divisée en deux camps. D’un côté, une minorité évoluant principalement au Département d’État (comme Strobe Talbott), qui avait envisagé un avenir de coopération avec l’Union soviétique. De l’autre, les faucons hégémonistes, travaillant principalement à la CIA et au Pentagone (comme William Casey, Dick Cheney et Donald Rumsfeld). Ces derniers ont continuellement fait pression pour instaurer aux États-Unis une stratégie unipolaire de domination globale. [37] Dans la poursuite de cet objectif inatteignable, ils n’ont pas hésité à s’allier avec des trafiquants de drogue, notamment en Indochine, en Colombie et à présent en Afghanistan. [38]

Par ailleurs, ces faucons ont massivement employé les stratégies d’éradication narcotique de la DEA (Drug Enforcement Administration). [39] Comme je l’ai écrit dans La Machine de guerre américaine (p.43),

«  Le véritable objectif de la plupart de ces campagnes […] n’a jamais été l’idéal sans espoir de l’éradication de la drogue. Il a plutôt consisté à modifier la répartition du marché, c’est-à-dire à cibler des ennemis spécifiques pour s’assurer que le trafic de drogue reste sous le contrôle des trafiquants alliés à l’appareil de la sécurité d’État en Colombie et/ou à la CIA. » [40]

De manière flagrante, cette tendance s’est vérifiée en Afghanistan, où les États-Unis recrutèrent d’anciens trafiquants de drogue pour qu’ils soutiennent leur invasion de 2001. [41] Plus tard, Washington annonça une stratégie de lutte contre la drogue qui se limitait explicitement à attaquer les trafiquants de drogue qui appuyaient les insurgés. [42]

Ainsi, ceux qui comme moi se préoccupent de la réduction des flux de drogue venant d’Afghanistan se retrouvent face à un dilemme. En effet, pour être efficaces, les stratégies de lutte contre le trafic de drogue international doivent être multilatérales. En Asie centrale, elles nécessiteront une plus grande coopération entre les États-Unis et la Russie. Mais au contraire, les efforts des principales forces pro-US présentes dans cette région —notamment la CIA, l’US Army, l’OTAN et la DEA—, ont été jusqu’à présent concentrés non pas sur la coopération mais sur l’hégémonie états-unienne.

Selon moi, la réponse à ce problème résidera dans l’utilisation conjointe de l’expertise et des ressources des deux pays, dans le cadre d’agences bilatérales ou multilatérales qu’aucune partie ne dominera. Une stratégie anti-drogue réussie devra être pluridimensionnelle, comme la campagne qui a été menée avec succès en Thaïlande. De plus, elle nécessitera probablement que les deux pays envisagent la mise en œuvre de stratégies favorables à la population, ce que ni l’un ni l’autre n’a encore concrétisé. [43]

La Russie et les États-Unis ont beaucoup de caractéristiques communes, et ils partagent de nombreux problèmes. Tous deux sont des super-États, bien que leur prééminence s’affaiblisse face à la Chine émergente. En tant que superpuissances, ces nations cédèrent toutes deux à la tentation de l’aventure afghane, que de nombreux esprits mieux avisés regrettent aujourd’hui. Dans le même temps, ce pays ravagé qu’est devenu l’Afghanistan doit faire face à des problèmes urgents, qui le sont aussi pour ces trois superpuissances. Il s’agit de la menace que constitue la drogue, et du danger correspondant qu’est le terrorisme.

Il est dans l’intérêt du monde entier de voir la Russie et les États-Unis affronter ces périls de façon constructive et désintéressée. Et espérons que chaque progrès dans la réduction de ces menaces communes sera une nouvelle étape dans le difficile processus de renforcement de la paix.

Le siècle dernier fut le théâtre d’une guerre froide entre les États-Unis et la Russie, deux superpuissances qui se sont lourdement armées au nom de la défense de leurs peuples respectifs. L’Union soviétique a perdu, ce qui aboutit à une Pax Americana instable, à l’image de la Pax Britannica du XIXe siècle : un dangereux mélange de globalisation commerciale, d’accroissement des disparités de revenus et de richesses, et d’un militarisme brutalement excessif et expansif. Celui-ci provoque de plus en plus de conflits armés (Somalie, Irak, Yémen, Libye), tout en accentuant la menace d’une possible guerre mondiale (Iran).

Aujourd’hui, afin de préserver leur dangereuse suprématie, les États-Unis sont en train de s’armer contre leur propre population, et plus seulement pour la défendre. [44] Tous les peuples du monde, y compris aux États-Unis, ont comme intérêt l’affaiblissement de cette suprématie en faveur d’un monde plus multipolaire et moins militariste.

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dimanche, 09 juin 2013

LA BELGIQUE MENE ENCORE LA DANSE AU CONGO

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Patrice Lumumba, libérateur du Congo, assassiné en 1961.


Après avoir vécu 18 ans en Belgique, il m’a paru opportun de me pencher sur son passé colonial qui est peut-être encore son présent. Mes recherches n’en sont qu’à leur début, mais une chose est évidente : les hauts responsables belges se comportent encore comme s’ils tiraient les ficelles au Congo.

 
 
L’hebdomadaire « Marianne » vient de publier les noms de 10 personnes impliquées dans l’assassinat de Patrice Lumumba, le premier des premiers ministres congolais depuis. Cette liste, établie par les membres de la famille Lumumba dans le cadre d’une plainte en justice déposée à Bruxelles il y a deux ans, comporte le nom d’Étienne Davignon, ancien membre de la Commission européenne et membre du groupe de Bilderberg, cercle restreint en faveur de la globalisation des marchés. Davignon travaillait au ministère belge des Affaires étrangères à l’époque de l’assassinat de Lumumba et transmit alors un télégramme recommandant la « mise à l’écart » du premier ministre.
 
Aujourd’hui octogénaire, Davignon reste un lobbyiste de haut vol du milieu des affaires. Sa présence sur la liste établie par les héritiers de Lumumba m’a amené à voir si ses activités commerciales actuelles avaient encore à faire avec le Congo. La réponse est manifestement : oui !
 
Davignon est répertorié par le « Business Week » comme ancien titulaire des fonctions de directeur et vice-président d’Umicore, société minière anciennement connue sous le nom d’Union Minière du Haut-Katanga qui avait entrepris dès le début du vingtième siècle l’exploitation des fabuleuses richesses minérales du Congo. Davignon a aussi d’excellents contacts avec Jean-Luc Dehaene, inusable premier ministre belge, également membre du conseil d’administration d’Umicore.
 
Patrice Lumumba avait eu l’audace de prétendre que les richesses du Congo devraient d’abord bénéficier à ses enfants. C’était en juin 1960. Cinquante-trois ans plus tard, le sous-sol de la province du Katanga est toujours exploité pour le plus grand bénéfice d’Umicore. Il y a de bonnes chances pour que mon smartphone, ou le vôtre si vous en avez un, contienne des minerais d’origine congolaise.

Umicore s’approvisionne en Cobalt auprès des mines et creuseurs du Katanga pour alimenter le marché des batteries, ordinateurs, voitures et produits chimiques. Umicore se targue de détenir avec une autre firme 50 % de marché des produits de base pour les batteries au lithium (une ressource essentielle pour les équipements électroniques).
 
Corporate Knights — une rubrique du Washington Post — qui soutient le capitalisme propre (que voilà un bel oxymoron !) a classé Umicore parmi ses 100 entreprises les plus transparentes pour 2013.

Il faut avoir un certain sens de l’humour pour oser qualifier de transparentes les entreprises actives dans le secteur minier au Congo. Le Fonds Monétaire International, qui ne partage pas ce genre d’humour, a estimé le montant des exportations du Congo en pétrole et minerais pour 2009 à 4.2 milliards de $ US. Le gouvernement de Kinshasa ne percevant que 155 millions de $ US en taxes pour cette année, soit 4 % de la valeur exportée.
 
Cela dans un pays où, comme le relève récemment l’ « Africa Progress Report » publié par Kofi Annan, sévit une des pires malnutritions au monde et où sept millions d’enfants ne sont pas scolarisés. Le Congo est au fond du classement de l’Index du Développement Humain établi par les Nations Unies, il est aussi ravagé par une guerre où le contrôle des richesses minières du Katanga joue un rôle déterminant.

Loin d’être discréditée par son implication dans les tragédies congolaises, l’expertise d’Umicore est volontiers sollicitée. Ainsi, la Commission européenne a adjoint Christian Hagelüken, représentant d’Umicore, à un « groupe d’experts » chargé de garantir l’accès des entrepreneurs aux matières premières. Un rapport de 2010 établi par ce groupe a identifié le cobalt et le tantale congolais comme deux des quatorze éléments critiques essentiels au développement de l’industrie électronique. Ce rapport insistait pour que soient prises des actions en vue d’empêcher les « distorsions commerciales », expression utilisée pour définir l’obligation d’utiliser ces ressources en priorité pour les enfants du Congo, comme le voulait Lumumba, plutôt que pour les utilisateurs de MP3.
 
Inutile de dire à quel point ces « experts » ont fait du battage autour de leur apparent souci de transparence, de développement durable et de protection de l’environnement. Cela mis à part, la détermination des Européens à maintenir le Congo sous contrôle n’a pas changé.
 
Quand la Belgique se résolut à céder son indépendance au Congo à la fin des années cinquante, elle décida aussi de garder la main sur les ressources minières du Katanga. Ce qu’elle fit en encourageant Moïse Tshombe, rival de Lumumba et gouverneur de cette province puis en soutenant la sécession du Katanga du reste du Congo.
 
La demande de Davignon pour la mise à l’écart de Lumumba ressemble furieusement au message de Dwight D. Eisenhower, président des États-Unis, à Allen Dulles, patron de la CIA, suggérant « l’élimination » de Lumumba.
 
En 1884, l’Amérique fut le premier pays à reconnaître les prétentions de la Belgique sur le Congo. Le déclenchement de ce processus entraîna, selon l’anthropologue spécialiste de l’Afrique Centrale, Jan Vansina, l’extermination d’une bonne moitié de la population congolaise entre 1884 et 1920. Cela signifie que 10 millions de vies furent supprimées sous le règne de Léopold II, souverain de l’état du Congo, et pendant les dix années qui suivirent.
 
Le livre « Congo » de David Van Reybrouck, récemment paru, montre comment le géant de l’agroalimentaire UNILEVER s’est développé à partir de l’exploitation de l’huile de palme congolaise. Des fortunes colossales se sont constituées au détriment des populations congolaises. Si la Belgique s’est excusée il y a une dizaine d’années pour son rôle dans l’assassinat de Lumumba, elle ne s’est jamais épanchée sur les souffrances infligées aux Congolais. Elle ne risque guère de le faire aussi longtemps que des Belges affairistes continuent à s’enrichir en pillant allègrement les ressources du Congo.
 
 
*Le livre de David Cronin « Corporate Europe : “How big business sets policies on food, climate and war” sera publié en août chez Pluto Press (www.plutobooks.com). Une version de cet article a été publiée récemment par New Europe (www.neurope.eu)


David Cronin
 

Traduit par Oscar Grosjean, à la demande d’Investig’action.
 
 

dimanche, 19 mai 2013

CONFERENCE DE MICHEL COLLON: «AVONS-NOUS LE DROIT A LA VERITE?»

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"Avons-nous le droit à la vérité?" est le thème de la conférence qui s'est déroulée le 25 Avril 2013 à l'ISFSC de Bruxelles.

Intervention de Michel Collon sur le rôle des médias dans les guerres "humanitaires", et sur le projet atlantiste USA-OTAN.

A voir absolument, chers lecteurs ! ! !



Conférence de Michel Collon: 1ère partie

 


Conférence de Michel Collon: 2ème partie

mardi, 14 mai 2013

BANGLADESH: LA TERREUR DU CAPITALISME

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Dans les décombres du Rana Plaza. Photo de Taslima Akhter.

 

Mercredi 24 Avril. Au lendemain de la demande faite par les autorités aux propriétaires de faire évacuer leur usine de confection, l’immeuble s’est écroulé. Le bâtiment, le Rana Plaza, situé dans la banlieue de Dhaka, à Savar, confectionnait des vêtements pour la chaîne de fabrication qui prend forme dans les champs de coton en Asie du Sud et finit dans les enseignes de distribution occidentales. Les vêtements de marques célèbres y sont cousus, comme le sont les habits que l’on retrouve disposés sur les étagères sataniques de Wal-Mart. Les secours ont pu sauver deux mille personnes à l’heure où nous écrivons, confirmant ainsi la mort de trois cents autres. Le bilan devrait inéluctablement s’alourdir (on en est à plus de 1100 aujourdhui, ndlr). Il est intéressant de mentionner que le tribut payé lors de l’incendie de la Shirtwaist Factory de New York en 1911 s’élevait à cent quarante-six personnes. Le bilan est à ce stade deux fois plus élevé à Dhaka. Cet « accident » survient cinq mois après l’incendie de l’usine de confection de Tazreen (le 24 Novembre 2012) qui a coûté la vie à cent douze travailleurs au moins.

  

La liste des « accidents » est longue et insoutenable. En Avril 2005, une usine de confection s’est effondrée à Savar, tuant soixante-quinze salariés. En Février 2006, une autre usine a connu le même sort, tuant dix-huit personnes. En juin 2010, un bâtiment s’est effondré à Dhaka, tuant 25 personnes. Telles sont les « usines » de la Mondialisation de ce 21e siècle – des abris à peine construits où la production s’opère lors de longues journées de travail, à l’aide de machines de piètre qualité et réalisée par des travailleurs dont les vies sont soumises aux impératifs de la production en « just in time ». Ecrivant alors sur le régime de production en Angleterre au 19e siècle, Karl Marx soulignait « Dans sa quête aveugle et sans limites, face à son appétit insatiable de productivité toujours accrue, le capital a non seulement outrepassé le seuil moralement acceptable, mais aussi les limites physiques d’une journée de travail. Il usurpe le temps nécessaire au développement, à la croissance et à l’entretien sain du corps. Il vole le temps requis à la consommation d’air frais et de soleil…sa seule préoccupation est d’utiliser uniquement et simplement le maximum de main-d’œuvre possible au cours d’une journée de travail. Il atteint son but en écourtant la durée de vie du travailleur, à la manière d’un fermier trop gourmand qui arracherait une production accrue de la terre en réduisant sa fertilité » (Capital, Chapitre 10).

Ces usines du Bangladesh sont un exemple du paysage offert par la mondialisation et qui est reproduit dans ces usines le long de la frontière Américano-Mexicaine, à Haïti, au Sri Lanka, et à d’autres endroits qui ouvrent leurs portes au nouvel ordre de production et de commerce de l’industrie de la confection des années 1990. Des pays soumis, qui n’ont ni la volonté patriote de se battre pour leurs citoyens ni le moindre intérêt dans l’affaiblissement de leur ordre social à long-terme, se sont précipités pour accueillir la production textile. Les gros fabricants de textile ne voulaient plus investir dans des usines – ils se sont tournés vers les sous-traitants en proposant des marges très faibles et les forçant ainsi à gérer leurs usines comme de véritables prisons du travail. Ce modèle de la sous-traitance a permis à ces firmes de nier toute responsabilité pour ce que faisaient les vrais patrons de ces petites usines, leur permettant de profiter des bénéfices des produits à bas prix sans que leur conscience ne soit entachée par la sueur et le sang des travailleurs. Cela a aussi permis aux consommateurs occidentaux d’acheter d’énormes quantités de biens, souvent à crédit, sans qu’ils se soucient des méthodes de production. Une vague d’indignation ponctuelle pourra voir le jour contre telle ou telle enseigne, mais ce sera sans une appréciation globale des méthodes de production que des entreprises comme Wal-Mart ont introduites, sans appréciation non plus des pratiques commerciales qui ont été normalisées et qui sont à l’origine de telle ou telle campagne d’indignation.

Les travailleurs bangladais ne sont pas aussi bien placés que les consommateurs occidentaux pour le faire. Pas plus tard qu’en Juin 2012, des milliers de travailleurs de la zone industrielle d’Ashulia, à l’extérieur de Dhaka, ont manifesté pour réclamer des augmentations de salaire et des meilleures conditions de travail. Pendant plusieurs jours, ces travailleurs ont fermé plus de 300 usines, bloquant l’autoroute Dhaka-Tangali à Narasinghapur. Les travailleurs gagnent entre 3000 taka (35$) et 5500 taka (70$) par mois ; ils demandaient une augmentation comprise entre 1500 taka (19$) et 2000 taka (25$) par mois. Le gouvernement a envoyé trois mille policiers pour sécuriser la zone, et le Premier Ministre a vaguement promis qu’elle se pencherait sur leur cas. Un comité composé de trois membres a été créé, mais rien de substantiel n’en a est ressorti.

Conscients de la futilité des négociations avec un gouvernement entièrement acquis à la logique de la chaîne de fabrication, Dhaka a connu une explosion de violence à mesure que les informations en provenance de l’usine de Rana survenaient. Les travailleurs ont bouclé le secteur de Dhaka, bloquant les routes et vandalisant des voitures. L’insensibilité de l’Association des Fabricants de textile du Bangladesh (BGMEA) a également contribué à jeter de l’huile sur le feu. A la suite des manifestations de Juin, Mr Shafiul Islam, à la tête de la BGMEA, a accusé les travailleurs d’être impliqués dans « une conspiration  ». Il a argué du fait qu’il n’y avait « aucune raison logique pour augmenter le salaire de travailleurs  ». Cette fois-ci, le nouveau Président de la BGMEA, Mr Atiqul Islam, a suggéré que le problème n’était pas la mort des travailleurs ou des mauvaises conditions d’exercice des travailleurs, mais « l’arrêt de la production causé par le mécontentement et les hartals (grèves) ». Ces grèves, a-t-il dit, sont « juste un coup dur porté au secteur de la confection  ». Il ne fait dès lors plus aucun doute que ceux qui sont descendus dans la rue n’ont plus foi en les sous-traitants et en leur gouvernement.

Les tentatives pour solutionner l’exploitation ont été mises à mal par une pression continue de la part des autorités et par le recours au meurtre. Toute approche visant à faire évoluer le Code du travail au Bangladesh est éclipsée par une exécution très sommaire de la part du Service d’Inspection du Ministère du Travail. On dénombre en tout et pour tout 18 inspecteurs et inspecteurs-adjoints pour contrôler 100 000 usines sur la zone de Dhaka, où sont situées la plupart des usines de confection. Si une infraction est détectée, les amendes sont trop faibles pour initier une quelconque réforme. Quand les travailleurs essaient de se regrouper en syndicat, la répression féroce de la part de la Direction suffit à réduire tout effort à néant. La Direction préfère le recours anarchique à la violence plutôt que le maintien durable de la main-d’œuvre. En effet, la violence a conduit le Gouvernement bangladais à créer une Cellule de Gestion de Crise ainsi qu’une Police Industrielle, non pas en vue de contrôler les violations au Code du Travail, mais pour surveiller les leaders syndicaux. En Avril 2012, des agents de la capitale ont kidnappé Aminul Islam, un des organisateurs clés du Centre pour la Solidarité des Travailleurs au Bangladesh. Il a été retrouvé mort quelques jours après, son corps présentant de nombreuses marques de torture.

Le Bangladesh est secoué ces derniers mois par des vagues de protestation historiques – la violence terrible qui s’est abattue sur les combattants pour la liberté de la Jamaat-e-Islami en 1971 a entraîné l’arrivée de milliers de personnes à Shanbagh à Dhaka ; cette protestation s’est transformée en une guerre civile entre les deux principaux partis, laissant de côté les appels à la justice pour les victimes de ces violences. Cette contestation a enflammé le pays, avec pour conséquence, une répression assez sanguinaire et une terreur quotidienne contre les travailleurs du secteur de l’habillement. L’accident du Rana Building peut constituer un moment charnière du mouvement de protestation. Sans quoi, il partira à la dérive.

L’Occident, quant à lui, est bien trop absorbé par les Guerres contre le terrorisme et la crise économique pour espérer une introspection profonde sur le mode de vie qui repose sur une consommation alimentée par le crédit et qui se fait au détriment des travailleurs de Dhaka. Les personnes ayant trouvé la mort dans l’accident de Rana sont les victimes non seulement de la malfaisance de sous-traitants, mais aussi de la mondialisation du 21e siècle.


Vijay Prashad

  

Vijay Prashad est l'auteur de The Poorer Nations : A Possible History of the Global South, paru chez Verso Books.

In counterpunch.org

Traduit de l'anglais par M. Bahman pour Investig'Action.


Source: INVESTIG'ACTION

14:08 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : asie, capitalisme, bangladesh la terreur du capitalisme, vijay prashad, michelcollon.com, investig'action | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 03 mai 2013

L'OCCIDENT A LA RECONQUETE DE L'AFRIQUE

 

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Les guerres occidentales en Afrique se multiplient. En 2008, les USA créaient Africom, un centre de commandement unique pour toutes leurs opérations militaires en Afrique. Depuis, il y a eu la Côte d'Ivoire, la Libye, le Mali... Sans compter la Somalie et le Congo, théâtres de violentes guerres indirectes depuis des années. Spécialiste de l'Afrique et auteur chez Investig'Action de « La stratégie du chaos », Mohamed Hassan nous explique les raisons de ces agressions à répétition. Menées par un Occident en pleine crise, elles ont pour toile de fond la lutte contre la Chine et le contrôle des matières premières. Premier volet d'une série de trois articles sur « Les causes et conséquences de la guerre au Mali » (IGA).

 

Ce qui a précédé : crise et guerre

Depuis les années 70, le capitalisme est en crise. La réaction des dirigeants mondiaux du capitalisme dans les années 80 a consisté en une politique ultralibérale et une offensive idéologique acharnée contre le communisme. En Afrique, en Asie et en Amérique latine, cette politique a été formulée dans les fameux programmes d’adaptation structurelle (PAS) qui ont fortement affaibli les États et ont balayé tout ce qui restait encore des infrastructures et des services sociaux. Dans le monde capitaliste, toutes les règles ont été supprimées, surtout — et de la façon la plus radicale — dans le monde bancaire. La législation du travail, la sécurité sociale et les droits syndicaux ont été également remis en question.

En 1990, quand le socialisme s’est effondré en Union soviétique, l’euphorie s’est emparée de l’Occident : on a parlé de la fin de l’histoire et de la victoire définitive du capitalisme. Le sigle de quatre lettres, TINA (pour There is no alternative — il n’y a pas d’alternative), a été très en vogue. Mais, au milieu des années 90, cette euphorie s’est quelque peu tempérée et le capitalisme en crise s’est mis en quête d’une nouvelle image d’ennemi. À cette fin, la théorie du « choc des civilisations », de la guerre entre civilisations, de Samuel Huntington, s’est avérée utile. Et, déjà à l’époque, l’islam a été défini comme l’ennemi.

Sur le plan stratégique, il y a eu le livre influent de l’Américain d’origine polonaise, Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier avec, comme sous-titre, American Primacy and Its Geostrategic Imperatives (littéralement : « L’hégémonie américaine et ses impératifs stratégiques » ; c’est devenu « L’Amérique et le reste du monde », dans la version française). Pour Brzezinski, les États-Unis devaient s’appuyer sur l’Union européenne et les grands pays est-européens comme la Pologne et l’Ukraine afin de pouvoir contrôler la totalité de l’Eurasie, la plus vaste étendue de terre émergée du monde, que composent à la fois l’Europe et le continent asiatique.

À la fin de la présidence de Clinton est venu le projet PNAC (Project for a New American Century — Projet pour un nouveau siècle américain), par lequel les néoconservateurs préconisaient le remodelage du Grand Moyen-Orient. Cela allait être la politique du président américain suivant, George Bush Jr. Conséquence : la première décennie de ce siècle fut ébranlée par les guerres en Irak et en Afghanistan.

Une grossière erreur de calcul

Aussi violente et impressionnante qu’ait été la guerre en Irak lorsqu’elle débuta voici dix ans, on ne peut que constater aujourd’hui que les États-Unis ont perdu cette guerre. Après dix ans d’occupation américaine, le contrôle politique du pays est aux mains d’un gouvernement qui écoute davantage le pays voisin, l’Iran — l’ennemi de toujours de Washington — que ses maîtres américains mêmes. Si, par l’occupation de l’Irak, l’intention des États-Unis était de contrôler la production de pétrole à l’échelle mondiale, cela aussi a été un échec : une partie importante du pétrole irakien part actuellement en Chine. Et les hausses du prix de l’or noir ont également enrichi des pays producteurs de pétrole qui ne sont pas en très bons termes avec les États-Unis : l’Algérie, le Venezuela, la Libye, la Russie. Ces pays ont pu de la sorte se constituer d’importantes réserves monétaires, ce qui a accru leurs possibilités de suivre un cours indépendant.

En ce qui concerne la Russie, dans les années 90 Washington a soutenu les islamistes radicaux en Tchétchénie dans le but d’affaiblir plus encore le pays. Au cours d’une lutte sanglante, la capitale tchétchène Grozny a été réduite en ruines et on a déploré, en outre, le drame des otages à l’école de Beslan (1). Mais la Russie a tenu bon et, sous Poutine, est redevenue un pays absolument autonome et indépendant bénéficiant également d’une forte croissance économique.

Mais c’est surtout en Chine que les États-Unis se sont trompés. Leur intention, c’était de voir la poursuite de l’application du libre marché mener enfin à l’effondrement du système d’État socialiste, comme cela avait été le cas plus tôt en Union soviétique. Mais cela n’a pas eu lieu et l’économie chinoise a continué à croître. La Chine a dépassé, l’un après l’autre, les grands pays capitalistes et est devenue aujourd’hui la deuxième économie au monde, après les États-Unis, ainsi que la plus grande puissance commerciale. Si cette évolution se poursuit, ce n’est plus qu’une question de temps avant que la Chine ne dépasse aussi les États-Unis. Dans le sillage de la Chine, on trouve, par ailleurs, nombre de grands pays du tiers monde, comme l’Inde et le Brésil, tandis que quelques grands pays africains se sont mués eux aussi en pays émergents : l’Afrique du Sud, l’Angola et le Nigeria. Ensemble, les principaux pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) constituent ce qu’on appelle les BRICS.

À mesure que se développait cette évolution, on était de plus en plus désespéré, en Occident, par ce « printemps chinois » pro-occidental qui se faisait attendre et l’idée faisait alors son chemin d’approcher ouvertement la Chine en tant qu’adversaire stratégique, dans une deuxième « guerre froide » et une politique d’encerclement, d’endiguement et de confrontation. Quand, en novembre 2011, le président américain Obama effectua un vaste périple en Asie, il déclara que les États-Unis étaient et restaient une « puissance pacifique », faisant allusion à l’océan Pacifique qui sépare les États-Unis et l’Asie. « L’Asie est désormais la priorité numéro un des États-Unis », ajoutait-il. Ce n’est pas un hasard si le premier voyage à l’étranger d’Obama après les élections présidentielles de 2012 n’a pas eu pour destination l’Europe ou l’Amérique latine, mais bien la Birmanie, un pays clé dans la politique d’encerclement de la Chine.

L’importance stratégique croissante de l’Afrique

C’est dans ce nouveau cadre politique que l’Africom a été fondé en 2008. Il s’agit d’une importante réforme stratégique des centres de commandement suprême de l’armée américaine. L’Africom réunit désormais toutes les opérations de l’armée américaine en Afrique sous un commandement unique (dont le quartier général se trouve à Stuttgart), alors qu’auparavant elles dépendaient de trois commandements différents. Il ne s’agit pas d’une opération de chirurgie esthétique : cette réforme reflète la grande importance stratégique du continent africain dans la politique américaine de confrontation avec la Chine.

Les progrès rapides de la technologie font que de plus en plus de matières premières sont nécessaires pour l’industrie des pays capitalistes, mais aussi pour celle de la Chine et des autres économies émergentes. Dans le sous-sol africain se trouvent d’importantes réserves encore intactes de pétrole, de gaz et de métaux ordinaires ou rares. On estime que le continent possède 40 % des matières premières minérales du monde ce qui lui confère une grande importance stratégique.

La croissance spectaculaire de la Chine et des autres économies émergentes requiert en effet d’énormes quantités de matières premières. En outre, les BRICS ont grandement besoin de possibilités d’exportation et, pour eux aussi, l’Afrique constitue un marché d’écoulement très prometteur. Si les États-Unis veulent mettre un terme à l’ascension de la Chine (la politique de l’ « endiguement »), l’Afrique constitue un élément clé pour la décennie à venir. En attendant, depuis quelques années, la Chine est le principal partenaire commercial de l’Afrique. Les États-Unis viennent ensuite et tous deux ont dépassé les anciennes métropoles coloniales qu’étaient la France et la Grande-Bretagne.

Conquérir le contrôle de l’Afrique devient donc urgent pour Washington, et cela ne peut se faire uniquement par la concurrence des acteurs économiques au sein d’un marché « libre ». Pour le bloc impérialiste, il s’agit tout autant d’une question militaire. D’où le rôle décisif joué par les armées des États-Unis et des pays européens depuis 2011 dans les guerres en Côte d’Ivoire, en Libye et aujourd’hui au Mali. Ce qui surprend ici, c’est que les États-Unis se profilent de façon peut-être plus discrète, aux yeux de l’extérieur, tandis qu’en même temps, par leur Africom et leur énorme réseau politique et diplomatique, ils tiennent malgré tout fermement les rênes en main.

Cette intervention directe des armées des États membres de l’Otan dans les guerres africaines, avec un rôle clé pour Africom, ne fera que s’accroître au cours des années à venir. Par ailleurs, Africom est également impliqué dans un nombre spectaculairement croissant de programmes de collaboration militaire avec des armées africaines, sous la forme de formation et d’exercices en commun. Le but est de prendre pied au sein de ces armées et de faire mener le plus possible les guerres qui auront lieu en Afrique par des armées africaines — mais, naturellement, toujours en fonction des intérêts des États-Unis.

Cette stratégie, Washington l’applique depuis des années déjà dans deux pays qui sont très importants sur le plan géostratégique : la Somalie et la République démocratique du Congo. Les armées, respectivement, de l’Éthiopie, de l’Ouganda et du Rwanda se chargent sur place du boulot. Aujourd’hui, les États-Unis passent à la vitesse supérieure dans le travail préparatoire de ce genre d’interventions. En 2012, une brigade de l’armée américaine a reçu la mission de mener des activités dans pas moins de 35 pays africains, un nombre record.

Cette tentative de soumettre militairement l’Afrique afin de contrôler l’influence économique de la Chine et des autres économies émergentes s’effectue sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme. Et c’est ainsi que nous en arrivons au mouvement intégriste islamique et à ce que les médias ont appelé le « Printemps arabe ».


Mohamed Hassan

 

Extrait de « Causes et conséquences de la guerre au Mali », article paru dans Études marxistes, n°101. La suite bientôt disponible sur michelcollon.info.

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Notes

(1) Voir Wikipedia.

Mohamed Hassan est spécialiste du Moyen-Orient et de l’Afrique. Il est l’auteur, avec David Pestieau, de L’Irak face à l’occupation (EPO, 2004) et, avec Grégoire Lalieu et Michel Collon, de La stratégie du chaos, Investig’Action/Couleur Livres, 2012.


Source: INVESTIG'ACTION

mercredi, 01 mai 2013

AMINATA TRAORE: LA MILITARISATION POUR LE CONTROLE DES RESSOURCES AFRICAINES FAIT PARTIE DE L'AGENDA


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Ceux qui voyaient dans la présidence d’Hollande la fin de la Françafrique ou une politique africaine de la France plus équitable, peuvent enfin se faire à la cruelle évidence de la realpolitik. Aminata Traoré, la militante altermondialiste malienne, n’a pas eu son visa Schengen, sur instruction de la France à tous les pays de l’espace Schengen. Aminata Traoré paierait-elle cash sa prise de position audacieuse, contre l’intervention française au Mali, qui selon elle cacherait à peine de gros intérêts miniers et géostratégiques au Mali et dans la sous région? La France n’a pas d’amis elle n’a que des intérêts disait le Général De Gaule, et les intérêts eux, s’accommodent très mal de toutes voix discordantes. L’ancienne ministre de la culture malienne et porte-flambleau du «Non à l’intervention militaire étrangère au Mali» livre à cameroonvoice son sentiment après cette déconvenue.

 
Cameroonvoice : Nous avons appris avec stupéfaction que les autorités françaises ont refusé de vous accorder un visa d’entrée en France pour participer à une réunion publique le 22 avril dernier. Pouvez vous nous confirmer cette information?
 
Aminata Traoré : En fait, j’ai été invitée par Die Linke, un parti de gauche allemand, et des militants français. Je devais faire un tour à Berlin et par la suite donner une conférence à Paris et Lille. J’avais un visa de circulation de 4 ans de l’espace Schengen qui a expiré au mois de Février.

Quand je me suis rendue à l’ambassade d’Allemagne pour solliciter un droit d’entrée dans l’espace Schengen, ils m’ont accordé un visa de trois jours uniquement pour leur pays en me notifiant que la France a donné des instructions pour qu’aucun pays de l’espace Schengen ne m’accorde de visa.
 
Il y avait donc une interdiction de circulation dans l’espace Schengen vous concernant, dont vous ignoriez totalement l’existence?
 
Non non, on ne me l’avait pas notifié avant, c’est à la faveur de ce voyage que je l’ai su. J’ai été autorisée à aller en Allemagne et à revenir au Mali directement sans fouler le sol de l’espace Schengen mis à part l’ Allemagne. Je ne sais pas si c’était une exception allemande, ou si les autres pays de l’espace Schengen pourront m’accorder la même « faveur ».

Ma liberté de circuler est maintenant restreinte. Les consulats européens échangent entre-eux, des listes de personæ-non-grata, et les dispositions changent selon la gravité du délit entre guillemets. En ce qui me concerne, je ne sais pas ce que l’on me reproche. Dans mon cas, j’ai eu la chance d’avoir cette ouverture de la part de l’Allemagne, mon compatriote Oumar Mariko (Secrétaire général du SADI, Ndlr), lui il n’a pas pu voyager du tout.
 
Vos prises de position contre l’intervention militaire des forces étrangères au Mali et notamment celle de la France ne seraient pas la cause de cette interdiction?
 
Certainement, sinon je ne comprends pas pourquoi, la France et surtout les membres de ce gouvernement de gauche, qui m’ont reçu et qui me connaissent parfaitement le feraient. En principe, nous partageons les même idées.

Sauf que, la France considère son intervention au Mali comme une réussite politique et militaire, c’est le Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui l’a dit et ce success story de leur point de vue exige certainement un verrouillage, qu’il n’ y ait pas de critiques, puisque l’unanimité leur réussit si bien ! Vous vous souvenez bien que toutes les résolutions concernant cette guerre ont été adoptées à l’unanimité au Conseil de sécurité des Nations Unies, et avant-hier (mardi 23 avril Ndlr) ils viennent aussi de voter à l’ unanimité à l’ Assemblée nationale et au Sénat français pour la prolongation de l’Opération Serval au Mali.

Le pouvoir politique a changé de main en France voilà bientôt un an et on peut constater pour le déplorer avec cette opération que la politique africaine de la France, demeure toujours la même.
Elle demeure inchangée et il ne nous le cache pas. Le Général De Gaulle l’a dit: « La France n’a pas d’amis mais des intérêts ». Peut-être c’est nous qui nous faisons des illusions, François Hollande l’a d’ailleurs répété récemment en parlant dossier Centrafricain quand François Bozizé l’appelait à l’aide. Il lui a fait savoir que la France défendait ses intérêts et ses ressortissants.

Nous l’apprenons peut-être à nos dépens, parce qu’on se disait aussi que les temps ont changé et puisqu’ils sont confrontés aux mêmes difficultés que nous, liées au même environnement économique international, avec les questions d’aide, de chômage de pauvreté etc. Mais à la lumière de ce qui se passe, il y a une grille de lecture qui s’applique à l’Afrique, on est considéré comme des pays en faillite, pas d’états, pas d’armées, ils peuvent faire la pluie et le beau temps et ne tolèrent pas de voix discordantes.
 
Ils ne tolèrent pas de voix discordantes, pourtant ils se clament chantre de la liberté de la d’expression. Peut-on interpréter cette interdiction de territoire comme une entrave à la liberté d’expression, puisque vous avez un point de vue discordant?
 
Oui! Pourtant moi je n’ ai pas changé, tout ceux qui me suivent depuis savent que j’ai pas changé de discours ceux sont les mêmes idées que je véhicule. Je ne m’attaque à personne, je condamne tout simplement un système économique mondial cynique et la guerre fait partie de ce système.

Aujourd’hui, la militarisation pour le contrôle des ressources de l’Afrique fait partie de l’agenda. C’est ce que j’ai dit et c’est ce qu’eux-mêmes ils reconnaissent! Alors moi malienne, pourquoi je n’ai pas le droit de poser ce regard sur les réalités de mon pays en guerre!
 
Comment envisagez-vous l’avenir du Mali et de la sous-région suite à cette intervention militaire française appuyée par des troupes africaines?
 
Je pense que les troupes africaines sont mises à contribution, et comme je l’ai déjà dit dans mon manifeste ce n’est pas notre guerre, nous sommes entrés dans une phase de la globalisation qui implique la diplomatie économico-offensive et la militarisation.

Mais seulement, Al Qaida est une réalité et en même temps une aubaine, elle permet aux dirigeants Africains qui ont mal géré de dire maintenant que la priorité, c’est la lutte contre le terrorisme et aux puissances étrangères de dire: Faisons cause commune, luttons d’abord contre le terrorisme.

Et moi, je dis que le véritable terrorisme c’est la misère, c’est les injustices, parce que je sais qu'une bonne partie des combattants des djihadistes sont avant tout, des jeunes désespérés sans boulot, ils n’ont pas de visas et se font recruter à la fois par les narcotrafiquants et les djihadistes. C’est cette réalité qu’il nous faut regarder maintenant de près.
 
Quelles leçons devrons nous tirer de la situation au Mali et de ce qui vous arrive à vous?
 
Je souhaite que les Maliens et les Africains s’ouvrent grandement les yeux et les oreilles et se disent qu’en réalité, il n’y a pas un cas malien. Ce qui se passe aujourd’hui au Mali est l’illustration d’une nouvelle étape de la politique de mainmise sur les ressources du continent, notamment les ressources énergétiques, sans lesquelles la sortie de crise, la croissance et la compétitivité ne sont pas envisageables par l’Occident.

Au lieu de jouer cartes sur table et changer les règles du jeu on préfère, nous écrire une autre histoire, nous humilier, nous culpabiliser. Avec tout ce qui se passe je considère que le Mali est humilié, il y a donc aucune raison d’en ajouter en gardant le silence et c’est ce que tout le monde fait, et les occidentaux le savent pertinemment.

Raison pour laquelle, je me réjouis aujourd’hui de ce soutien international parce qu’il y a énormément de gens qui ne comprennent pas, quelque soit la différence de lecture, qu’un tel traitement me soit réservé. C’est donc une nouvelle phase de la décolonisation de l ‘Afrique. Il nous appartient maintenant à nous mêmes de voir ou sont les véritables défis.
 
 

vendredi, 01 février 2013

SYRIE: ENCORE UN MASSACRE QUI TOMBE A PIC POUR LA REBELLION


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A la veille de chaque réunion onusienne sur la Syrie, de chaque visite en Syrie d'un acteur majeur de la politique internationale ou de chaque revers militaire de la rébellion, soyez en sûrs: un nouveau massacre de civils sera commis, médiatisé par la rébellion et imputé au régime de Damas.

 

Ce fut le cas lors des massacres de Houla, de Treimsa et de Karm el-Zeitoun.

L’exécution de près de 80 jeunes Syriens à Alep perpétrée en début de semaine semble être du même acabit.

Il survient en effet au moment où le médiateur international Lakhdar Brahimi publiait son nouveau rapport sur la Syrie devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Mais comme nombre de massacres hâtivement imputés aux forces du régime, plusieurs interrogations restent en suspens.

Tout d’abord, les corps des jeunes suppliciés et exécutés d’une balle dans la tête ont été retrouvés dans une rivière, à hauteur de Boustane al-Qasr à Alep, un quartier occupé par les rebelles.

Pour accuser le régime, les rebelles affirment que les corps des victimes viendraient de quartiers progouvernementaux situés en amont de Boustane al-Qasr.

Pourtant, vu la faiblesse de la profondeur et du débit de cette rivière qui, même en temps de pluie, ressemble davantage à un égout à ciel ouvert qu’à un véritable cours d’eau, on imagine mal que des corps puissent aller à la dérive.

Deuxièmement, les forces armées syriennes n’ont aucun intérêt à « offrir » leurs proies à des rebelles passés maîtres dans la stratégie de communication et de propagande grâce à leurs relais médiatiques saoudiens, qataris, étasuniens, britanniques, turcs et français.

A partir de ces constats évidents, toutes les interprétations sont possibles.

En théorie, les bourreaux de ces jeunes Syriens anonymes pourraient être des auxiliaires de l’armée gouvernementale mais ils pourraient également être des combattants de l’ASL, du Front Al Nosra, des légionnaires étrangers du Ghouraba al Cham connus pour leurs « prouesses » en matière d’exécutions de masse ou encore des preneurs d’otages « apolitiques » qui n’auraient pas reçu les rançons exigées.

Rappelons aussi que l’instrumentalisation des cadavres est une pratique éprouvée par certaines unités rebelles.

Les observateurs indépendants épinglent en effet de nombreuses mises en scène de massacres de « civils » où l’on voit des corps de « progouvernementaux » alignés aux côtés de rebelles tués par l’armée, ce dans le but d’accréditer la thèse du prétendu « génocide » organisé par le régime.

En Syrie, ce n’est pas la première fois que les corps de victimes du conflit sont repêchés dans un cours d’eau.

A Hama, des sympathisants pro-Assad ont été massacrés par des manifestants « démocrates « et jetés du haut d'un pont dans les eaux de l’Oronte.

Le « printemps syrien » n’en était pas encore à son quatrième mois.

Bien entendu, à l’époque, aucun média mainstream n’en a parlé. La plupart des gens en Occident ignorent par conséquent l’existence de ce massacre.

Et c’est normal : il fallait à tous prix préserver l’image d’une « révolution » pacifique et propre sur elle.

En voici les images : http://www.youtube.com/watch?v=LKMG...

 

Source: MICHEL COLLON.INFO

samedi, 26 novembre 2011

GUERRE DE L'INFORMATION, PROPAGANDE ET MEDIA-MENSONGES: LA SYRIE EST PLUS QUE JAMAIS LE TERRAIN D'UN JOURNALISME A GEOMETRIE VARIABLE

 


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DAMAS, Siège du Parti Baath. 21 novembre 2011 © photo Maha MAHFOUD


Depuis le début des troubles qui ont éclaté en Syrie dans le contexte du « Printemps arabe », l'information, la ré-information et la désinformation s'affrontent sur ce terrain que rendent particulièrement mouvant les intérêts multiples des différentes communautés et confessions qui y cohabitent, mais aussi les rôles ambigus de plusieurs acteurs internationaux et, notamment, ceux de la Turquie et de l'Arabie saoudite, comme celui du Qatar et de sa chaîne de télévision de plus en plus controversée, Al-Jazeera.

Face à cette situation critique, le gouvernement baathiste avait opté pour une politique d'opacité, la fermeture des frontières et l'interdiction des journalistes et autres observateurs.

Vérifier la fiabilité des informations qui parvenaient de Syrie était dès lors souvent très difficile. Mais pas impossible : en juillet, j'avais obtenu un visa et l'autorisation de me déplacer librement à travers tout le pays, de Deraa à Alep et de Latakieh à Der-ez Zor -et je n'étais pas le seul sur place : François Janne d'Othée, Alain Gresh du Monde diplomatique, ou encore Gaëtan Vannay de la Radio suisse romande.

J'avais observé la situation à Homs, où les manifestants « pacifiques » munis d'armes à feu s'en étaient pris à l'armée, et, le vendredi 15 juillet, à Hama, dont les quelques milliers de manifestants que j'avais pu y dénombrer s'étaient miraculeusement démultipliés en 500.000 opposants dans les dépêches de l'AFP, « information » benoîtement reprise par Euronews, France 24 et la plupart des journaux « mainstreams » ; seul Le Monde faisait exception, renchérissant avec l'annonce de 600.000 manifestants (Hama compte à peine plus de 340.000 habitants).

Cette politique d'opacité s'est ainsi rapidement révélée contreproductive pour le gouvernement syrien, dans la mesure où l'opposition a peu à peu diffusé des rapports fallacieux, grossissant l'importance des mouvements de contestation dans des proportions colossales : concernant le nombre des morts et celui des manifestants, la bataille des chiffres a atteint des degrés confinant à l'absurde, comme l'illustre bien l'exemple évoqué, relatif à la mobilisation de l'opposition à Hama.

Absents du terrain et manifestement peu enclins à critiquer leurs sources, les médias occidentaux n'ont en effet pas soupçonné les « informations » qu'ils recevaient par les canaux de l'opposition, rejetant en revanche les communications du gouvernement syrien, considérées comme propagandistes ; entre autres cas d'école, aucun doute n'a jamais été émis à propos des vidéos transmises par l'opposition et supposées témoigner d'une Syrie à feu et à sang, de manifestations de dizaines ou centaines de milliers de participants, alors que, systématiquement, les images diffusées étaient constituées de gros-plans présentant quelques centaines de personnes seulement. Et les rares observateurs qui ont pu entrer en Syrie et faire part de leurs constatations ont généralement été désavoués et discrédités, comme des affabulateurs ou des supporters de la dictature.

Parmi les sources principales des médias, on trouve l'Observatoire syrien des Droits de l'Homme (OSDH), presque toujours cité en référence par les journalistes et qui domine largement « l'information » sur la Syrie (c'est cette organisation, basée à Londres, qui avait annoncé le nombre de 500.000 manifestants à Hama, le 15 juillet 2011).

Or, il n'est pas très difficile de se renseigner sur l'identité de l'OSDH et des personnes qui se cachent derrière ce label aux apparences honorables, à commencer par son président, Rami Abdel Rahmane, un opposant de longue date au régime baathiste, très connu en Syrie comme étroitement associé aux Frères musulmans, organisation islamiste radicale dont l'influence grandissante sur le mouvement de contestation en Syrie laisse entrevoir de plus en plus clairement l'ambition de ce groupe que d'aucun croyait presqu'éteint, du fait de son interdiction par le régime, mais qui couvait dans la clandestinité.

Le 17 novembre, les Frères musulmans sont sortis du bois : alors que plusieurs observateurs estimaient le mouvement exsangue et sans plus aucun poids, le porte-parole des Frères, Mohammad Riad Shakfait, en exil en Turquie, s'exprimant au nom du « peuple syrien », a annoncé qu'une « intervention était acceptable pour protéger la population civile  ». Il en a précisé les contours : l'intervention serait mieux reçue si elle venait de la Turquie plutôt que des puissances occidentales (la Turquie, gouvernée par un parti islamiste qualifié de « modéré », l'AKP).

En juillet, j'avais également pu constater l'implication grandissante des Frères musulmans dans les mouvements de contestation, à tel point que les minorités communautaires (Chrétiens, Druzes, Kurdes, Chiites... outre les Alaouites et une partie de la bourgeoisie sunnite) s'en étaient désolidarisées et revendiquaient même leur soutien au régime, par crainte de la montée en puissance des islamistes syriens, dont les intentions sont sans équivoque : l'instauration en Syrie d'une république islamique.

Plus encore, les Frères musulmans, membres du Conseil national syrien (CNS), qui rassemble les principaux courants de l'opposition, très hétéroclites et aux objectifs divergents, et se présente comme une alternative au gouvernement de Bashar al-Assad, ont entamé au nom de ce CNS des négociations avec la Turquie, mais aussi avec des gouvernements occidentaux, pour l'établissement en Syrie d'une zone d'exclusion aérienne pour protéger les civils, alors que la ligne du CNS avait été, jusqu'à présent, de refuser toute ingérence étrangère. Il ressort clairement de ces événements que les islamistes ont pris une influence non négligeable sur l'ensemble de l'opposition et de ses structures exécutives.

En d'autres termes, il apparaît sans ambiguïté que, durant ces derniers mois, les médias occidentaux ont été « informés » par les Frères musulmans syriens via l'OSDH et ont, complaisamment ou non, servi leur agenda pour la Syrie.

Conscient de la nécessité de contrer efficacement la propagande de l'opposition, et ce de manière crédible et imparable (c'est-à-dire autrement que par des démentis officiels), le gouvernement syrien a semble-t-il décidé, depuis plus d'une semaine, de laisser à nouveau entrer sur son territoire des observateurs étrangers, et ce dans un contexte de plus en plus tendu : la Ligue arabe a sévèrement critiqué la Syrie, motivée par l'Arabie Saoudite et le Qatar, très impliqué dans le soutien aux mouvements islamistes libyens, tunisiens et syriens ; Israël, silencieuse depuis le début des événements, a accepté de recevoir les représentants du CNS et d'entamer avec eux des négociations ; la Russie, pourtant alliée historique du régime syrien, a fait de même (tout en déployant toutefois sa marine de guerre dans les ports syriens, message très clair à ceux qui envisagent, à Ankara ou ailleurs, une intervention militaire sur le sol syrien) ; enfin, la militarisation de la contestation en Syrie : l'opposition semble avoir décidé de passer à l'offensive et de plus en plus d'attaques ont lieu contre les forces armées gouvernementales syriennes, dont certaines à l'arme lourde, dont aussi des tirs de snipers sur les policiers, des enlèvements et des assassinats, et une « Armée syrienne libre », constituée de « déserteurs », a commencé la lutte contre le gouvernement et demandé au CNS de la recevoir sous son commandement (un doute subsiste cependant quant à la constitution de cette Armée syrienne libre, dont le gros des forces pourrait être en réalité composé d'éléments étrangers ayant revêtu l'uniforme syrien, majoritairement islamistes et armés par le Qatar).

Si certains médias ont commencé de changer leur point de vue sur les événements en Syrie (voir, par exemple, l'article de Christophe Lamfalussy publié par La Libre Belgique ce 19 novembre ou le reportage de la RTBF, encore timide cela dit, diffusé lundi 21, qui confirment à présent les propos des « affabulateurs » de juillet), cette ouverture n'a cependant pas réussi à enrayer la guerre de propagande hostile au régime baathiste, qui n'a pas seulement pour moteur l'organisation des Frères musulmans et les divers courants de l'opposition regroupés dans le CNS.

Déjà très impliqué dans le renversement du gouvernement de Libye, où, suite à un accord bilatéral avec la France, il a armé plusieurs mouvements islamistes, le Qatar utilise désormais son bras médiatique, Al-Jazeera, pour soutenir la contestation en Syrie, comme il l'avait fait en Tunisie, contre Zine Abidine Ben Ali (au Maroc, en revanche, Al-Jazeera avait abandonné à leur sort les manifestants qui dénonçaient la monarchie ; même silence d'Al-Jazeera sur le massacre des protestataires au Bahreïn, qui furent écrasés par les chars, appuyés par des troupes saoudiennes envoyées en renfort).

Ainsi en témoigne ce tout récent exemple d'un média-mensonge « made in Qatar » : ce dimanche 20 novembre, Al-Jazeera (et Al-Arabia : Dubaï - Émirats arabes unis) a diffusé un reportage annonçant l'attaque du siège du parti Baath, à Damas.

Selon Al-Jazeera, deux hommes en moto ont tiré deux roquettes au moins sur le bâtiment, qui s'est embrasé ; et l'attentat a été revendiqué par l'Armée syrienne libre, qui a ciblé ce symbole du pouvoir, dans le centre de Damas, la capitale, jusqu'alors totalement épargnée par ces neuf mois de contestation.

Le régime de Bashar Al-Assad, touché en plein cœur et pour la première fois à Damas, serait-il au bord du gouffre ?

À nouveau, à l'appui de cette « information », concoctée par Al-Jazeera cette fois, la caution de l'Observatoire syrien des Droits de l'Homme, qui a même apporté des précisions : deux roquettes supplémentaires ont encore été tirées, mais ont manqué leur cible...

Comme d'ordinaire, « l'information » a été reprise en chœur par tous les médias mainstreams.

Ce même dimanche au soir, un de mes contacts à Damas m'a téléphoné : « ma famille habite tout près du siège du parti Baath ; le bâtiment est intact ; c'est un mensonge ».

Lundi 21, j'ai demandé à une amie qui habite également Damas de vérifier pour moi l'information et de prendre une photographie du siège du Baath, en présentant à l'avant-plan l'édition du jour d'un journal occidental connu, de telle sorte qu'il ne puisse y avoir le moindre doute quant à la date à laquelle cette photographie a été prise.

Résultat : le bâtiment du siège du parti Baath à Damas est effectivement intact ; aucune roquette n'a frappé ni incendié l'immeuble.

L'Armée syrienne libre, après avoir revendiqué dimanche l'attentat sur sa page Facebook, a supprimé lundi sa revendication.

Entre désinformation organisée par une opposition islamiste, qui a reçu l'appui des monarchies du Golfe et des médias arabes dominants, et l'incompétence politiquement correcte des médias occidentaux, Damas peut toujours rouvrir ses frontières...


Pierre Piccinin
Historien - Politologue (Bruxelles)


Source: INVESTIG'ACTION

lundi, 22 août 2011

LIBYE: CONSEILS ANTI-MANIPS

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N'étant pas sur place en ce moment, nous ne pouvons fournir une info de première main. Nous diffusons ci-après quelques messages qui nous parviennent, directement ou indirectement de Tripoli de sources sûres. Mais, sur base des médiamensonges des précédentes guerres, nous appelons à la prudence envers les grands médias... Ils n'ont pas arrêté de nous mentir ou de nous cacher l'essentiel depuis le début de cette guerre : vont-ils, au moment d'un affrontement décisif, changer de méthodes ?


  1. Toute image peut être manipulée. Elle ne vous dit pas automatiquement : qui fait quoi, quand, où et pourquoi ? Tous ces éléments ne sont pas dans l'image, mais peuvent être interprétés et déformés par un commentaire que vous n'avez pas les moyens de vérifier. Un montage qui peut avoir pratiqué des coupes, des collages, des amalgames...

    Exemple : Lors de l'invasion de Bagdad, on a présenté en gros plan une « foule » en liesse abattant la statue de Saddam Hussein, mais un plan large montra ensuite qu'il n'y avait là que quelques dizaines de gens, qui en fait étaient des agents des USA.
  2. Donne-t-on les preuves ? Ou bien s'agit-il de rumeurs ? Quelles sont les sources ? Ai-je entendu la version de l'autre partie ? Correctement présentée ? Sinon, pourquoi la cache-t-on ?

    Exemple Irak : pas de preuves sur les armes de destruction massive. Exemple Afghanistan : pas de preuves sur l'implication des talibans dans les attentats du 11/09.

    Libye : on a dit que Kadhafi bombardait la population et avait fait 6000 victimes
    . Quelles preuves ?

    Pour le moment tous les journalistes des agences de presse occidentale, AFP, Reuters, sont retranchés dans un hôtel. Les seuls communiqués viennent de l'opposition libyenne et de l'OTAN.
  3. Parle-t-on des intérêts ? Nous présente-t-on la version de propagande d'une des parties en présence ou bien expose-t-on ses véritables intérêts économiques et stratégiques ?

    La fausse raison qui à mener à la guerre continue à faire la une des journaux : "Fuite ou procès du leader libyen et de sa famille. Enfin la liberté après 42 ans de règne absolu."


    Pourquoi libérer les libyens d'un côté et soutenir les dictatures de l'autre, en soutenant la répression au Bahreïn par exemple ?

Les bombardements de l'OTAN sèment peur et mort parmi les civils à Tripoli alors que son mandat est de les protéger :

Bilan des services médicaux libyens 1856 morts. Plus de 6.000 blessés, à 14H42 de très nombreux enfants parmi les victimes bilan de cette nuit. Les chirurgiens opèrent à la lampe de poche dans certains blocs en attendant le rétablissement de l'électricité, l'Otan s'attaquant aux installations électriques. Les hélicoptères de l'OTAN ont mitraillé la foule en panique, pendant que des hommes armés débarquaient depuis des bateaux de l'OTAN. L'hôpital central de Tripoli a été touché par des roquettes. Des scènes de massacre ont été décrites. Des femmes sont emportées comme « butin de guerre ».

Les bombardements ont repris vers 10h 20 ce matin. Ils sont dirigés sur quelques objectifs précis sur lesquels l'OTAN s'acharne. Les combats ont repris autour de l'hôtel où sont toujours retranché des dirigeants libyens et la presse étrangère.

Le Parti socialiste français favorable au massacre des civils de Tripoli :

Martine Aubry : "C'est avec plaisir que nous voyons les rebelles entrer dans Tripoli, la capitale où ils auraient pu entrer plus tôt, si la communauté internationale s'était mobilisée plus tôt comme je l'avais demandé".
"Nous avons soutenu l'intervention de la France derrière l'ONU, bien évidemment. Il fallait le faire"

Don d'ubiquité de Khadafi :

Difficile de localiser le dirigeant libyen car il est à la fois en Algérie, au Venezuela, en Angola, au Zimbabwe ou encore au fond d'un bunker (sa résidence), ou bien, il est à Syrthe, son "bastion. Pour les habitants de Benghazi, il a même été annoncé mort.

Des journalistes au travail menacés de morts, d'autres blessés :

L'ordre a été donné par de soi-disant "journalistes" US d'abattre Mahdi Darius Nazemroaya (Global Research Center - Canada) et Thierry Meyssan (Réseau Voltaire). Trois Etats ont offert leur protection diplomatique, aux collaborateurs du Réseau Voltaire. Cependant, piégés dans la ville, ces derniers n'ont aucun moyen de rejoindre leurs ambassades. Ils seraient sous la protection de l'agence de presse Xinhua.

Dr Franklin Lamb, directeur de Americains pour la Paix au Moyen-Orient, qui partageait des renseignements et des informations sur YouTube, a été touché à la jambe par un sniper près de son hôtel.

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Journalistes non-menacés

Hugo Chavez condamne à nouveau l'action de l'Otan :

Dans un communiqué datant de dimanche soir, le Président vénézuélien a à nouveau condamné l'action de l'OTAN. « Les gouvernements démocratiques européens (...) démolissent Tripoli avec leurs bombes »

Des convois camions remplis de milliers de volontaires et d'hommes armés se dirigent vers Tripoli pour protéger la capitale de la Libye :

Des milliers de volontaires des tribus de Ben Walid, Sirte, Sebha, Awlad Slimane, Al Mogarha, Worchafana, Tarhona, Al Siane, Al Ziyayna, Al Hsone, Worfala (1 500 000 d'habitants), ainsi que d'autres sont venus de partout de Libye pour soutenir les habitants de Tripoli ainsi que l'armée contre les attaques des rebelles et de l'OTAN.

GDF Suez et Total, ils signent les plus fortes hausses ce lundi à la Bourse de Paris (+5% et +4,1%).

Les deux titres caracolent en tête du CAC 40 ce lundi. Ils profitent de la perspective d'un rétablissement des exportations de pétrole et de gaz libyens en cas de victoire des insurgés, ainsi que de possibles futurs contrats. D'après des analystes interrogés par l'agence Reuters, les entreprises françaises et italiennes pourraient émerger comme les grands gagnants de la redistribution des cartes en Libye du fait du fort soutien dont ont fait preuve Paris et Rome à l'égard des rebelles. Ce malgré leurs liens avec le régime de Kadhafi. Source : EasyBourse

Possible démission du chef rebelle :

Le chef du Conseil national de transition (CNT), l'organe politique de la rébellion en Libye, a évoqué aujourd'hui sa possible démission pour protester contre les actes de vengeance perpétrés selon lui par certains combattants rebelles sur le terrain. "Je salue l'action des chefs des révolutionnaires, j'ai confiance en leur parole, mais certains actes de quelques-uns de leurs hommes m'inquiètent", a déclaré Moustapha Abdeljalil, évoquant "des actes de vengeance". AFP.

Informations réunies par Cédric Rutter - Investig'Action


Source: INVESTIG'ACTION

lundi, 21 mars 2011

CINQ REMARQUES SUR L'INTERVENTION CONTRE LA LIBYE

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Par Michel Collon, le 20 mars 2011.

1. Humanitaire, mon œil ! 2. Qui a le droit de «changer un régime» ? 3. Les buts cachés. 4. La «communauté internationale» existe-t-elle ? 5. Apprendre des précédents médiamensonges.


1. Humanitaire, mon œil !

Vous croyez aux raisons humanitaires ? Obama, Cameron et Sarko sauveurs des Libyens alors qu'ils envoient des troupes saoudiennes massacrer les démocrates du Bahreïn ? L'Occident soucieux de démocratie alors qu'il protège la répression du dictateur au Yémen ?

Vous croyez que Bernard-Henri Lévy se soucie vraiment de « sauver des Arabes », lui qui applaudissait aux bombardements sur les civils de Gaza ? « Le plus remarquable dans l'affaire, le vrai sujet d'étonnement, ce n'est pas la « brutalité » d'Israël. C'est, à la lettre, sa longue retenue » avait-il affirmé.

2. Qui a le droit de « changer de régime » ?

Le peuple libyen mérite certainement un meilleur leader qu'un dictateur qui a rempli les comptes suisses de toute sa famille. Kadhafi a aussi soutenu quelques dictateurs africains détestés.

D'un autre côté, il a fermement soutenu les Palestiniens et nationalisé le pétrole pour assurer des services sociaux à sa population. Le contraire de Moubarak et Ben Ali. Et c'est pour ça que l'Empire voudrait le remplacer par une parfaite marionnette.

Si demain, les Libyens étaient dirigés par un Chavez ou un Evo Morales, pour une véritable démocratie avec une justice sociale, qui n'applaudirait pas ? Mais si c'est pour le remplacer par des agents US comme Karzaï ou Al-Maliki et plonger ce pays dans le chaos pour des décennies comme l'Irak et l'Afghanistan... Comment appeler ça un progrès ?


Chaque peuple a le droit de se débarrasser de dirigeants qui ne lui conviennent pas, mais ce droit n'appartient pas aux grandes puissances impériales : USA, France et Grande-Bretagne. Celles-ci ne poursuivent que leurs intérêts propres. En fait, les intérêts de leurs multinationales.


3. Les buts cachés.


S'il n'y avait pas de pétrole en Libye, jamais l'Occident ne serait intervenu. Il faut quand même rappeler que la plupart des dictateurs africains ont été mis en place et sont protégés par les Etats-Unis ou la France, ou les deux ensemble.


Le véritable but de cette guerre, comme en Irak, c'est de conserver le contrôle du pétrole. A la fois source de profits énormes et instrument de chantage pour contrôler toutes les économies. En fait, les USA n'utilisent pas eux-mêmes le pétrole du Moyen-Orient, mais veulent contrôler l'or noir dans le monde entier. Comme instrument d'hégémonie.


Pour garder ce contrôle, il leur faut absolument sauver Israël. Et pour ça, lui assurer un cordon protecteur de régimes arabes corrompus mais présentant trois qualités :

  • Dociles envers Washington
  • Conciliants avec Tel-Aviv
  • Refusant d'appliquer la volonté de leurs peuples de faire respecter les droits des Palestiniens.

4. La « communauté internationale » existe-t-elle ?

Manipulé par l'argent et les chantages des USA, l'ONU n'est pas démocratique et ne représente pas les peuples. Les grandes puissances (néo)coloniales - USA, France et Grande-Bretagne - prétendent parler au nom de la « communauté internationale ».

Mais leur agression n'est soutenue ni par l'Allemagne, ni par la Russie, ni par la Chine. De plus, le Conseil de l'Europe avait exigé que l'Union africaine donne son accord, pour une intervention en Libye ; or, celle-ci a rejeté l'intervention.

Et toute l'Amérique latine a soutenu l'idée d'une médiation lancée par Hugo Chavez. Pourquoi les Occidentaux ont-ils refusé ? Parce que ce qui les intéressait n'était pas de sauver des gens, mais de s'emparer du pétrole.


En fait, les agresseurs sont une minorité. Comme par hasard, il s'agit des puissances les plus riches et les plus coloniales, et le terme « communauté internationale » est juste un terme de marketing. Car la politique des multinationales (vol des matières premières, surexploitation de la main d'œuvre, destruction de l'agriculture locale et des ressources naturelles, maintien de dictatures, provocation de guerres civiles) maintient dans la pauvreté une grande partie de l'humanité. Les intérêts sont donc entièrement opposés. Parler de « communauté internationale » est donc une imposture politique. Quand les médias reprennent cette expression, ils se rendent complices.


Si un peuple est uni et déterminé contre un dictateur, il trouvera la force de le renverser. Mais s'il s'agit d'une guerre civile (et personne ne nie que Kadhafi a également des soutiens importants), la solution de ce conflit n'est pas dans l'agression par les grandes puissances. Partout où elles sont intervenues (Irak, Afghanistan, Yougoslavie), la situation s'est aggravée. Elles ne poursuivent que leurs intérêts indignes, et s'ils l'emportent, le peuple libyen sera appauvri et plus exploité.


Dans le tiers monde, on comprend tout ceci beaucoup plus facilement. Mais dans les pays riches, non. Pourquoi ?


5. Chaque guerre est précédée d'un grand médiamensonge.

Même dans la gauche européenne, on constate une certaine confusion : intervenir ou pas ? L'argument - massue « Kadhafi bombarde les civils » a pourtant été démenti par des sources occidentales et des sources de l'opposition libyenne. Mais répété des centaines de fois, il finit par s'imposer.


Etes-vous certains de savoir ce qui se passe vraiment en Libye ? Quand l'Empire décide une guerre, l'info qui provient de ses médias est-elle neutre ? N'est-il pas utile de se rappeler que chaque grande guerre a été précédée d'un grand médiamensonge pour faire basculer l'opinion ? Quand les USA ont attaqué le Vietnam, ils ont prétendu que celui-ci avait attaqué deux navires US. Faux, ont-ils reconnu des années plus tard. Quand ils ont attaqué l'Irak, ils ont invoqué le vol des couveuses, la présence d'Al-Qaïda, les armes de destruction massive. Tout faux. Quand ils ont bombardé la Yougoslavie, ils ont parlé d'un génocide. Faux également. Quand ils ont envahi l'Afghanistan, ce fut en prétendant qu'il était responsable des attentats du 11 septembre. Bidon aussi.


S'informer est la clé


Il est temps d'apprendre des grands médiamensonges qui ont rendu possibles les guerres précédentes.

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Source : MICHEL COLLON.INFO