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vendredi, 07 décembre 2012

LES DINDES DE NOEL DU PDCI ET DE L'UDPCI

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Après une crise stratégico-artificielle en vue de procéder au nettoyage de son gouvernement, Alassane Ouattara a nommé en la personne de son vieil et fidèle ami Daniel Kablan Duncan, un nouveau Premier Ministre. En remplacement de Jeannot Ahoussou-Kouadio, appelé à aucune nouvelle fonction.

Jeannot Ahoussou-Kouadio rattrapé par l'opportunisme

Les choix d'Alassane Ouattara, ces deux dernières semaines, sont riches en enseignements car pleins de renseignements sur le cap de ses prochaines relations avec l'Opposition qu'il n'a toujours pas réussi à dompter. (Mal)Heureusement…

Nommé le 13 mars 2012, Jeannot Ahoussou-Kouadio aura passé 8 mois à la Primature sans que l'on puisse dire s'il était à la tête de la Primature, encore moins chef du Gouvernement. Dans son cas, nul n'est même en mesure de certifier qu'il était le premier des ministres (comme les Ivoiriens aiment à railler tout premier ministre sans grand pouvoir), tant les conseillers et d'autres centres de décision avaient plus d'influence sur le fonctionnement de l'état.

On retiendra de l'ex-Premier Ministre qu'il a joué très à fond la carte Alassane Ouattara, préférant l'accompagner à Dakar, solliciter et officialiser le soutien de Wade, alors qu'il lui incombait, entre les deux tours, d'acheminer les réclamations de Bédié, au Conseil Constitutionnel. Nul doute que l'issue de ces réclamations, si elles avaient été transmises au Conseil Constitutionnel comme le prévoit le code électoral ivoirien, aurait donné le cours de l'histoire du pays.

Ministre de la Justice dès la formation du premier gouvernement, puis Premier Ministre cumulant le portefeuille de la Justice après avoir rongé ses freins dans l'attente d'un point de chute à Guillaume Soro, Jeannot Ahoussou-Kouadio a aussi appuyé à fond sur l'accélérateur de la justice des vainqueurs. Cet avocat pour lequel "le premier des droits est le droit de la force" n'a pas fait dans la dentelle dans l'instrumentalisation de la justice contre tout ce qui pouvait rappeler Laurent Gbagbo.

La mise en congé du Gouvernement de Loma Cissé, sa ministre déléguée à la Justice, en même temps que lui, situe sur le niveau des dégâts de la justice des vainqueurs sur l'image d'Alassane Ouattara dans l'opinion occidentale. Toutefois, fidèle à sa politique ségrégationniste appelée de son propre terme "rattrapage", Ouattara a quand même vite fait de nommer Loma Cissé au poste de Conseillère Spéciale aux Affaires Judiciaires.

Mis en mission par Alassane Ouattara, celui qui a justifié l'emprisonnement de Michel Gbagbo par sa seule filiation, n'a pas su s'envoyer. Cela se paie cash dans un régime qui prend de l'eau de toutes parts au point de nommer Coulibaly Gnenema, ex-chargé des droits de l'homme de l'ex-rébellion des Forces Nouvelles au Ministère de la Justice en signe de gages à Soro Guillaume, qui pourrait difficilement échapper à la CPI, son cauchemar du moment.

Enfin de la flexibilité politique…

De 38, le nombre des membres du Gouvernement passe à 30. Alassane Ouattara se sent plus à l'aise avec des équipes restreintes. Ce Gouvernement porte donc enfin sa marque mais en même temps il lui laisse de la flexibilité. Notamment de la flexibilité politique avec la possibilité d'y faire entrer 3 à 5 ministres supplémentaires, surtout que des personnalités maintenues dans le dernier Gouvernement sont assises dans des fauteuils rendus éjectables par leur corruption. En sortir 2 ou 3 pour une nouvelle équipe de 32 membres, en scindant de gros ministères lui laisse donc une marge de 5 à 6 portefeuilles, au cas où il convaincrait l'opposition à participer à une "aventure ambigüe". Les "Patriotes" l'auraient-ils compris ainsi, eux qui mènent déjà la vie dure à Sylvain Miaka Ouretto, président intérimaire du FPI en «mission de repositionnement du FPI» en Europe?

Le prix du zèle

Le Gouvernement enregistre 4 entrants et 11 partants. Au nombre des partants, l'Ouest perd 3 ministres dont Banzio, Albert Flindé et Konaté Sidiki auxquels on pourrait ajouter Charles Legré (l'homme à la révérence renversante lors de la dernière CAN) et Clément Nabo.

Les 5 personnalités ont en commun d'avoir renié les leurs.

Ainsi, pressenti pour représenter le MFA au Gouvernement dans les premières heures de l'ère Ouattara, Philippe Legré s'est vite débarrassé de son téléphone portable, confié à un assistant, avec pour consigne de ne lui passer aucune communication de tout pro-Gbagbo, de loin ou de près. La mystification du chef et le reniement ne lui ont pas suffi pour rester au Gouvernement.

Quant à Banzio, approché en mai 2011, par les doyens des cadres du Cavally en vue de discuter des souffrances des populations et des exilés de cette région, il aurait opposé une arrogance stupéfiante, avant de "livrer" ensuite, Mao Glofiehi, pieds et mains joints aux FRCI. Il s'agissait pourtant d'un projet de simples échanges avec un collectif informel de ministres de l'ancienne région du Moyen-Cavally, à savoir Adama Toungara (Duékoué!), Anne Ouloto (Toulepleu), Mamadou Sanogo (Guiglo), Banzio (Bloléquin). La suite, on la connaît… On pourrait multiplier les exemples sur chacun de ces partants, histoire de rappeler qu'une fonction politique appelle d'abord le soutien des siens.

Le PDCI et l'UDPCI, les dindons de la farce?

Au 1er tour de l'élection présidentielle, l'UDPCI est arrivée en 4ème position, derrière la LMP, le RDR et le PDCI avec environ 3% des suffrages. 3ème force politique du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix, l'UDPCI passe de deux à un seul portefeuille ministériel. Mais à l'UDPCI, tant que le seigneur Albert Mabri Toakeusse est servi, l'essentiel est sauf.

Quant au MFA, il n'en fait plus partie et c'est sans doute tant mieux pour son président Anaky dont chaque représentant au Gouvernement finit toujours par se retourner contre lui, depuis que lui-même a été éjecté des Gouvernements "Marcoussistes" par Banny en 2006, à la suite de la crise des déchets toxiques. Alassane Ouattara ayant confié, lors de sa visite dans le ZANZAN s'être réconcilié avec Anaky, attendons les retombées pour le dernier nommé, car au RHDP seul compte le partage du gâteau, fut-il de plus en plus cramé au four de la haine.

Daniel Kablan Duncan, ami de longue date de Ouattara depuis la BCEAO et dont il fut le ministre de l'Economie et des Finances à l'époque d'un Félix Houphouët-Boigny (FHB) au soir de sa vie et diminué par la maladie, aura une grande marge de manœuvre. Au contraire de Jeannot Ahoussou-Kouadio.

Seulement vêtu du maillot PDCI sans obligation de dépendance, Daniel Kablan Duncan qui doit tout à Alassane Ouattara et presque rien au PDCI de Bédié, inspire confiance pour n'avoir pas été de la galerie des faucons tout au long de la honteuse période que nous vivons depuis avril 2011. Ni pendant celle de la conquête du pouvoir depuis le Golf. Duncan est donc pour Ouattara un espoir. Encore que (…)

Même registre politique pour Jean-Claude Brou, proche parmi les proches d'Alassane Ouattara dont il était membre du cabinet à la Primature. Actuel Ministre de l'Industrie, Jean-Claude Brou qui a été, comme Alassane Ouattara, fonctionnaire du FMI a raté de justesse la primature. Ce cadre d'Aboisso, de la même région que l'épouse du président du PDCI, sera moins société civile que compté sur le quota du PDCI sans devoir vraiment lui rendre des comptes.

Le richissime Charles Koffi Diby transféré des Finances aux Affaires Etrangères, le PDCI perd la "Caisse du Gouvernement". La Primature qui lui revient par alliance électorale et cette caisse, sont désormais dans l'escarcelle directe d'Alassane Ouattara à travers son ami de longue date, Daniel Kablan Duncan qui cumule à la fois la Primature et le Ministère de l'Economie et des Finances.

Aux Infrastructures économiques, Achi Patrick s'est vu retirer les juteuses tutelles. Accrédité d'une longue participation au Gouvernement qui dure depuis octobre 2000, Achi Patrick semble pourtant affaibli, suspecté de peu de fidélité quand ses intérêts sont en jeu. Intelligent, technocrate doté d'une capacité d'argumentation, il traîne hélas l'image d'un homme calculateur. Ce qui le fragilise vis-à-vis du RDR qui n'oublie pas qu'il faisait valider ses décrets dans la chambre de Laurent Gbagbo, avant de se retourner contre lui dès après septembre 2002.

En plus des analyses sur les fourberies du PDCI qui s'est déculotté à l'Assemblée Nationale dès la petite "lame de Ouattara" sous la forme de la menace de la dissolution du Gouvernement, ce parti demeure le grand perdant de ce remaniement. Le PDCI qui a cogéré à la fois avec le président Laurent Gbagbo et maintenant avec le RDR a désormais sur la tête plus qu'une lame, mais une véritable épée de Damoclès avec toutes les casseroles de ses cadres. Avec en prime un Bédié humilié! A défaut d'être les dindons de la farce, le PDCI et l'UDPCI seraient-ils les dindes de Noël du RDR?

Face à un RHDP divisé et un RDR sonné par les tortures, les exécutions sommaires et le boulet nauséabond du génocide WE, les démocrates ivoiriens ont de la marge pour garder le cap de la dignité.


Nelson Degol, le 3 Décembre 2012.

vendredi, 16 mars 2012

MAMADOU KOULIBALY: LA PRIMATURE D'AHOUSSOU JEANNOT, UNE COQUILLE VIDE

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"Je souhaite bonne chance à Ahoussou Jeannot parce qu'on lui a donné un portefeuille duquel sont sorties des valeurs qui réduisent nécessairement la valeur du portefeuille de Premier ministre. Quand le président de la République devient lui-même ministre de la Défense, cela signifie qu'il a dépouillé le... Premier ministre de toutes les questions de défense et de sécurité.

Quand en plus, le président de la République nomme son petit-frère, ministre chargé des questions présidentielles, c'est l'administration du gouvernement, et c'est comme s'il dépouille le Premier ministre de ce qui est gestion des autres portefeuilles ministériels et la coordination de l'action gouvernementale revient de nouveau à son petit-frère. Et donc naturellement, le Premier ministre se trouve dépouillé. La défense et le gouvernement général vont être gérés en famille chez le président de la République.

Troisièmement, le fait de nommer un ministre délégué opérationnel auprès du Premier ministre qui doit être chargé de l'action gouvernementale, le ministre délégué dépouille le Premier ministre de son pouvoir de ministre de la Justice. Donc on se retrouve là avec un Premier ministre, qui est un ami, que j'encourage, mais en même temps je crains fort, avec toutes les pièces qui ont été enlevées de son portefeuille et qui se retrouve avec le titre de Premier ministre qui n'a pas le pouvoir.

Et ça, c'est relativement dommage. Moi je l'ai fréquenté pendant les premiers moments de la crise postélectorale. C'est avec lui que j'ai négocié et obtenu la libération des premiers prisonniers détenus au Golf Hôtel et à la Pergola après le 11 avril 2011. Je me dis donc que c'est quelqu'un qui est capable de par sa compréhension de mener progressivement la machine de la réconciliation et cela suppose qu'il ait de l'autorité.

Mais si on lui enlève la justice, la défense et les autres manteaux gouvernementaux qu'on a confiés au petit-frère, je crains fort que la Primature qu'on lui a donnée ait été vidée de son contenu. Quand Soro était Premier ministre, toutes ses valeurs là étaient dans le même portefeuille. Quel est le besoin aujourd'hui de le dépouiller de tout cela ?"

Mamadou Koulibaly

Source: Service Communication Lider.

DERRIERE LE LEURRE DE LA PRIMATURE «DONNEE» AU PDCI - OUATTARA ET LE RDR PRENNENT TOUS LES POUVOIRS



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Après plusieurs jours sans gouvernement, la Côte d'Ivoire a enfin des ministres. Rien de nouveau sous le soleil, ou presque : le Pdci-Rda a été floué avec une primature vide. Ouattara et les siens ayant déjà pris soin de tout «délocalisé» à la présidence. Décryptage. Comment monopoliser tous les pouvoirs tout en donnant l'impression d'être partageur, et de respecter - après tout de même près d'un an - ses engagements avec l'allié PDCI ? C'est  cette question que les stratèges du RDR ont visiblement eu à l'esprit dans l'orchestration du mouvement de chaises musicales que représentent la mise en place de l'Assemblée nationale et d'un nouveau gouvernement. Certes, Jeannot Ahoussou Kouadio est désormais le locataire de la «Maison Blanche». Mais il est d'ores et déjà sérieusement circonvenu à la fois par Alassane Ouattara, par les «historiques» et les «durs» du RDR qui affûtent leurs longs couteaux - à titre préventif - dans les bureaux feutrés de la Présidence et par une Assemblée nationale majoritairement contrôlée par les ouattaristes. Selon toute évidence, «la Case» se prépare à phagocyter Ahoussou et les prétentions du PDCI - ou à les combattre sans la moindre complaisance.

Les signes de cet état d'esprit sont évidents. La prise en main directe de la Défense, donc de la gestion au quotidien des FRCI et de la réforme de l'armée par Ouattara, empêchera Ahoussou de seulement oser mettre son nez dans la tambouille sécuritaire du pays, dans la délicate gestion des comzones, des dozos et de tout l'appareil répressif de l'Etat-RDR. De plus, le ministère de l'Intérieur reste entre les mains d'Hamed Bakayoko, fils spirituel du couple Ouattara. Tout ce qui est «corps habillés» restera donc étranger à Ahoussou.

La montée en puissance de l'administration de la Présidence, avec la nomination comme ministres de grognards historiques du RDR comme Amadou Gon Coulibaly - ministre d'Etat - et Marcel Amon Tanoh, ainsi que de Téné Birahima Ouattara, frère cadet du chef de l'Etat chargé de gérer la «cagnotte», indique très bien que plus que jamais, le Palais est le principal centre de décision. Le rôle du gouvernement deviendra de plus en plus décoratif, et c'est peut-être pour cela que revoir le casting n'était pas la priorité. La Présidence se renforce donc. Notamment pour donner une vraie marge de manœuvre institutionnelle aux nombreux conseillers français qui la hantent, dont le symbole est Philippe Serey-Eiffel, et qui n'auront plus à subir les humeurs ombrageuses d'un Guillaume Soro tenu à l'écart.

La guerre de l'ombre contre les FRCI va-t-elle commencer ?

Les Français du Palais, comme les analystes de la «bulle explicative mondiale» (Human Rights Watch, International Crisis Group, etc.) et les diplomaties occidentales plaident depuis longtemps pour la mise hors d'état de nuire des anciennes figures de la rébellion, pudiquement appelée «Forces armées des forces nouvelles». Désormais qu'ils seront «traités» à partir de la présidence, peut-on imaginer que le général Claude Réglat et le colonel Marc Paitier, tous anciens de la Direction du renseignement militaire (DRM) française, vont renforcer leur guerre secrète destinée à faire diminuer l'influence des figures de proue des FRCI ? Le pari est risqué pour un Ouattara qui apparaîtrait en première ligne contre ceux qui l'ont fait roi. Plus sûrement, on peut penser qu'il mettra à profit les mois qui viennent pour prendre le contrôle direct de la troupe, sans passer par le truchement de Soro. Une configuration périlleuse pour lui : en tant que ministre de la Défense, il est directement responsable des exactions de ses nervis, qui ne s'arrêteront pas automatiquement parce qu'il se sera octroyé un maroquin.

Un cadeau piégé pour le PDCI

Le vieux parti s'est battu et a crié pour que la promesse de la Primature soit honorée par Ouattara. Mais d'ores et déjà, ce poste se présente comme un cadeau piégé pour le PDCI. Parce que Jeannot Ahoussou Kouadio s'installe à la Primature dans un climat de «guerre civile» entre deux camps : le camp «collaborationniste» qui assume une dilution dans la «maison Ouattara», et le camp «autonomiste» qui veut assumer sa singularité et aller seul aux municipales demain et à la présidentielle de 2015 après-demain. Ahoussou est la tête de file des «collaborationnistes» quand Kouadio Konan Bertin dit KKB incarne celui des «autonomistes». En renforçant Ahoussou, Ouattara sert ses intérêts puisqu'il permet à ses partisans au sein du PDCI d'avoir les moyens d'une machine clientéliste dans le cadre d'une bataille interne qui s'annonce rude. Mais il irrite encore plus un grand nombre de cadres du PDCI qui rongent leur frein. Surtout, la personnalité d'Ahoussou, peu charismatique, ne représente un danger ni pour Bédié (qui veut garder le parti alors qu'il ne sera selon toute évidence pas candidat en 2015) ni pour Ouattara. Contrairement à un Patrick Achi par exemple, il n'a pas d'emblée un profil de présidentiable à court terme. Mais il va mener la bataille contre le camp adverse. Et c'est toujours ça de pris pour le RDR.

 

Philippe Brou

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER