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dimanche, 30 septembre 2012

L’ETAT IVOIRIEN DECLARE LA CPI INCOMPETENTE A JUGER GBAGBO

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Est-ce une gaffe pour le moins inédite ou un simple souci d’affronter la réalité face à la polémique qui atteint jusqu’au cœur la CPI elle-même ? En tout cas, la présidence ivoirienne a promis, hier (mercredi 26 septembre 2012, Ndlr), d’appeler officiellement à la ratification du traité de Rome instituant la CPI au risque d’ajouter sa voix à celles des avocats de Gbagbo qui affirment depuis plusieurs mois que Gbagbo ne peut pas être jugé par elle parce que la Côte d’Ivoire ne l’a pas ratifié?

 

Selon un communiqué de la présidence ivoirienne, le gouvernement va demander au parlement de ratifier le traité de Rome instituant la Cour pénale internationale. Une telle décision n’est pas sans conséquence avec ce qui se passe actuellement à la Cour pénale internationale où un huis-clos bien gardé autour du cas Gbagbo a eu lieu du 24 au 25 septembre, soit deux jours plus tôt. Les avocats du président Gbagbo qui ont été entendus à cette occasion plaident depuis longtemps la relaxe pure et simple de leur client parce que la CPI est incompétente pour deux raisons fondamentales. A savoir les mauvais traitements infligés au Président Gbagbo qui deviendrait, du coup, inapte à être jugé par la CPI et l’absence de ratification qui ne permet pas à la CPI de garder Gbagbo dans ses prisons.

Jusque-là, la CPI avait allégué qu’elle était compétente pour juger le Président Gbagbo en raison d’un courrier que celui-ci lui avait envoyé en 2002 pour demander d’enquêter sur les crimes de cette année-là. Mais la CPI avait aussi estimé que le fait que Ouattara qui lui ait envoyé un autre courrier depuis son QG du Golfe Hôtel est un autre acte de reconnaissance tacite. C’est finalement cette partie de la polémique que la décision de la présidence ivoirienne referme. Car elle montre que la Côte d’Ivoire n’a jamais ratifié le traité. Or comme la loi n’est pas rétroactive, c’est-à-dire qu’elle ne s’applique pas aux délits qui avaient été commis avant qu’elle ne soit créée, cette ratification officielle qui fait entrer le traité dans le champ des lois ivoiriennes ne peut pas s’appliquer au Président Gbagbo. C’est donc un coup de pouce inespéré pour le camp Gbagbo et particulièrement pour ses avocats qui s’évertuent depuis de longs mois à l’expliquer aux juges de la CPI. Désormais, celle-ci ne peut plus continuer à harceler le Président Gbagbo sans se discréditer et faire penser à un sordide règlement de comptes de la communauté internationale.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd’hui ».

samedi, 04 août 2012

COUR PENALE INTERNATIONALE: ZONES D'ESPOIR

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L’audience de confirmation des charges censée mettre formellement en accusation le président Laurent Gbagbo, qui fait l’objet d’une inique déportation à La Haye, a connu, hier encore, un deuxième coup d’arrêt. Selon le communiqué officiel publié par la cour pénale internationale, « la Chambre préliminaire de la Cour pénale internationale (CPI) a décidé de reporter l’audience de confirmation des charges dans l’affaire à l’encontre de Laurent Gbagbo jusqu’à ce que l’évaluation médicale de son aptitude à y participer soit faite ». A la demande de la Défense, la Chambre avait, le 26 juin 2012, désigné trois experts médicaux pour procéder à un examen médical du président  Gbagbo à l’effet  d’évaluer son aptitude à participer à la procédure portée contre lui. « Les rapports médicaux confidentiels ont étés communiqués le 19 juillet. Dans sa décision du 2 août, la Chambre a ordonné au Procureur et à la Défense de soumettre leurs observations sur les rapports médicaux, respectivement, les 13 et 21 août. Au vu de l’importance de cette question, la Chambre a reporté l’audience de confirmation des charges jusqu’à ce que cette question soit tranchée », stipule le communiqué. Donc, tout va bien ; on est encore dans la routine du tribunal international qui joue notamment sur les nerfs des millions d’Ivoiriens et de démocrates Africains qui espèrent que le droit soit dit et que la vérité soit enfin sue sur ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire..

Cela dit, le contexte international mérite qu’on s’y attarde. Il a été notamment marqué par la tournée sino-européenne du chef de l’Etat ivoirien et par l’étape française au terme de laquelle Ouattara a eu un entretien de 75 minutes avec le président Hollande  à l’Elysée. Même si Alassane Ouattara ne veut en retenir que la cérémonie de signature officielle de l’annulation d’une partie de la dette ivoirienne, conformément aux promesses du ppte, et le fait de retrouver un partenaire commercial idéologique en dépit des changements majeurs intervenus en France, la diplomatie française n’a pas su user des circonlocutions habituelles pour masquer les exigences hexagonales en matière de réconciliation nationale. Ouattara, selon d’ailleurs ce que lui rappelle depuis hier l’universitaire Michel Galy, avait promis, à cette occasion, à François Hollande de libérer les prisonniers politiques. Mais aussi de mettre en place un gouvernement d’union nationale devant enclencher la réconciliation nationale. Et assurer la stabilité et la sécurité dans le pays.  Après les tueries de Duékoué et l’échec du désarmement qui a fait exploser toutes les statistiques de l’insécurité en Côte d’Ivoire, Ouattara ne peut  plus continuer à botter en touche. Ses propres soutiens n’en n’ont plus le temps et sont désormais d’avis qu’aucune réconciliation ne peut être possible sans Gbagbo.

Mais Ouattara comprend aussi sur le tard que la déportation de la quasi-totalité de la direction du FPI dans les goulags du nord n’a pas eu pour effet d’émietter la chaîne de commandement du parti et que les cadres du front populaire ivoirien ont continué à  voir en  Laurent Gbagbo leur unique chef. C’est donc dans ce contexte qu’intervient le deuxième report de l’audience de confirmation. Soit quelques jours seulement après l’intervention musclée de la nouvelle présidence de la commission de l’Union Africaine contre la CPI. L’opinion africaine ne supporte plus la position presqu’idéologique de la CPI qui semble destinée à juger les chefs d’Etat africains. Les aventures meurtrières de Georges Bush en Iraq, Nicolas Sarkozy et Barack Obama en Libye et en Côte d’Ivoire, où leurs avions ont semé la mort, n’ont pas l’air d’intéresser les juges de la CPI. En revanche, la CPI continue de demander aux chefs d’Etat Africains à coopérer pour l’arrestation puis le transfèrement d’Omar Al Béchir sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par ses soins. La position de la sud-africaine Dlamini Zuma rejoint largement l’opinion répandue parmi les chefs d’Etats africains.

C’est certainement l’ensemble de ces soutiens qui portent leurs fruits. A priori, on devrait aller vers une libération conditionnelle du président Gbagbo parce que les conditions de sa détention à Korhogo sont aujourd’hui admises comme celle d’une torture physique et morale. Il faudrait alors lui donner le temps de se soigner avant de répondre à une autre convocation. Mais au plan technique, l’absence d’auteurs à la barre de la CPI rend illusoire toute compréhension de ce qui s’est passé pendant la crise postélectorale. Dans les deux cas, il devient presque difficile de juger l’ivoirien. Surtout que sa détention n’a toujours pas apporté un début de paix et de réconciliation. Bien au contraire. A lundi peut-être, n’est-ce pas ?

                                                                                                                                                      

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" des samedi 4 et dimanche 5 août 2012.

samedi, 28 juillet 2012

FRANCE, ANGLETERRE… OUATTARA PRIS EN CHASSE PAR LA DIASPORA AFRICAINE

 

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 Une vue des patriotes de Londres, sortis massivement devant l'hôtel "Chatham House" où Ouattara donnait une conférence de presse. La mobilisation était si forte que Ouattara a dû quitter les lieux par une porte dérobée.


Sitôt sa visite en France achevée, le chef de l’Etat ivoirien a mis le cap sur la Grande-Bretagne où il est arrivé hier. Précédé par la diaspora africaine qui hante désormais ses nuits et ses voyages.

Sans que l’hallali n’ait véritablement sonné pour Alassane Ouattara, la diaspora africaine le suit à la trace dans ses pérégrinations européennes. A l’Elysée où il était jeudi, la police française a eu du mal à se débarrasser de ses adversaires qui se sont constitués en une véritable meute et qui hurlaient des slogans hostiles à sa venue en France. Finalement, elle n’a trouvé de répit qu’en la garde à vue de la totalité de la tête du mouvement pendant plusieurs heures. Mais moins de vingt-quatre heures plus tard, voilà encore le chef de l’Etat ivoirien assailli par un autre groupe qui lui reproche sa dictature, l’emprisonnement de la plupart des cadres du FPI et les massacres de Duékoué sur lesquels ONUCI et gouvernement ivoirien se rejettent la responsabilité de l’incurie.

Selon des sources à la Chatham house, le chef de l’Etat ivoirien a quitté la Chatham house, où il animait une conférence, par une porte dérobée pour éviter de faire face à ses adversaires qui faisaient face à un groupe de pro-Ouattara. Les services de sécurité anglais ont jugé, selon plusieurs sources relayées abondamment par des réseaux sociaux, qu’il était inopportun de laisser le conférencier abondamment chahuté, quitter les lieux par l’entrée principale, occupée par les manifestants anti-Ouattara. L’un des organisateurs de la manifestation a indiqué sur un ton ironique que le « champion de la communauté internationale qui est par ailleurs capable de larguer des bombes, a eu peur de passer devant nous. C’est une victoire pour les patriotes qu’en lieu et place d’un tapis rouge triomphal, Ouattara passe par une porte de service cachée. O honte!! ».

Mais comme à ses habitudes, le régime de Ouattara a lancé depuis quelques jours la contre-offensive médiatique en accusant le front populaire ivoirien d’être le principal artisan de ces massacres. Un peu comme si le FPI lui avait fait un pont d’or puisque le gouvernement rechigne toujours à voir se réinstaller le camp de Nahibly dont les rescapés n’ont pas encore obtenu la moindre compassion. Alors que le gouvernement parlait de six morts, l’ONU est venue à son secours hier dans un communiqué qui souligne la mort de six personnes dans le camp de Nahibly, assiégé selon le rapport d’un de ses soldats, tôt le matin de l’horreur par trois cent personnes dont des FRCI et des dozos armés jusqu’aux dents pour venger la mort de cinq ressortissants malinké dans le quartier Kôkôma.

La fronde au niveau de la Grande-Bretagne est dirigée par le Cpad, l’association qui prend en charge l’organisation des voyages à La Haye des pro-Gbagbo. Cette association regroupe aussi des panafricains dont les Camerounais restent aujourd’hui encore les plus enthousiastes avec les Congolais. Leur présence est symbolique puisque cela ne devrait pas changer ni l’ordre protocolaire ni l’agenda personnel de Ouattara qui est attendu, selon ses thuriféraires sur place, par les plus hautes autorités du pays. Cela dit, du point de vue de l’image, Ouattara enregistre ses plus grands revers postélectoraux. Jusque-là, le chef de l’Etat ivoirien avait réussi à se donner, surtout auprès des pays occidentaux, une image d’homme qui n’aime pas les extrêmes. En partie parce que ses adversaires sur place sont peu enclins à ce genre de coups déloyaux en parfaite combine avec les médias internationaux mais parce que croyaient-ils, seul le jugement des Ivoiriens feraient le reste.

Alassane Ouattara devrait aussi se rendre au Japon où il espère glaner les lauriers promis depuis avant l’élection présidentielle. Les derniers voyages en Chine puis en France n’ont pas tenu la promesse de la fleur, notamment à Pékin où le chef de l’Etat a réussi à se faire recevoir avant le sommet Chine-Afrique. M. Ouattara s’est contenté d’appeler les investisseurs chinois à venir à Abidjan où la présence des FRCI terrorise toujours les étrangers. Quant à la France, elle s’est contentée de parapher des accords annulant une partie de la dette ivoirienne consentie dans le cadre du ppte. Pour le reste, le pays est toujours exsangue, plus d’un an après l’arrivée de Ouattara au pouvoir. L’année universitaire annoncée depuis septembre est compromise, surtout après que ses autorités aient publié les nouveaux frais d’écolage à l’Université d’Abidjan qui a repeint ses vieilles tuiles mais à qui il faut beaucoup de milliards pour faire face aux pillages des dernières heures de l’offensive anti-Gbagbo à Abidjan.


Joseph Titi, in le quotidien "Aujourd’hui" du 28 juillet 2012.

vendredi, 27 juillet 2012

OUATTARA SOMME DE NEGOCIER LA PAIX AVEC SES OPPOSANTS

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Le président français a descendu quelques marches pour accueillir hier son homologue ivoirien à l’Elysée où les apparences ont été pour le moment préservées. Mais Ouattara sait désormais qu’il n’a plus tout à fait son destin entre les mains puisqu’il est sommé de négocier la paix avec ses opposants.


Un chef de l’Etat sur écoute, humilié la veille à l’aéroport parisien où François Hollande n’a daigné envoyer ne serait-ce que  le moins gradé de ses conseillers. Hier, l’opération était plus à soigner les apparences qu’à autre chose. Ainsi, le président français qui a ostensiblement boudé son homologue ivoirien durant de longues semaines, y compris sur des questions dont celui-ci avait directement la gestion comme celle du Mali, a tenté de jouer à l’acteur parfait devant un parterre de photographes qui n’ont sans doute pas oublié que des mois plus tôt, Ouattara était encore dans les mêmes murs, pour soutenir une dernière fois, l’ami Sarkozy sorti perdant de l’élection présidentielle. Signe des temps, les ministres des finances des deux pays ont signé le document annulant officiellement l’essentiel de la dette ivoirienne due à la France. Une opération-colifichet en fait pour laquelle Ouattara a usé de sa tendance chronique à la mystification. « Monsieur le président, je voulais vous remercier parce que nous avons signé avec le ministre des Finances avant hier (mardi) une annulation de la dette de la Côte-d’Ivoire à l'égard de la France de 99,5%, c’est-à-dire plus de trois milliards d’euros. Cela va nous permettre de renforcer les investissements dans les secteurs sociaux et je voudrais vous dire un grand merci ». Pourtant, rien de nouveau sous le soleil. La Côte d’Ivoire qui vient d’obtenir le point d’achèvement de l’initiative PPTE a déjà fêté cette décision qui devenait automatique. Ainsi tant qu’à rechercher les symboles, surtout de relations cordiales, le chef de l’Etat ivoirien n’a pas son pareil. Mais loin des yeux, les amabilités ont fait face à des visages plus graves. Car selon le journal français Libération, Ouattara a été sommé de négocier la paix avec ses opposants en relançant le processus de réconciliation nationale en panne depuis de longs mois. Il doit aussi former un gouvernement d’union nationale et collaborer avec la justice internationale en permettant le transfèrement des criminels de son camp. Une décision de la CPI rendue le 15 novembre 2011 par la chambre préliminaire III présidée à l’époque par la juge Silvia Fernandez De Gurmendi met en effet gravement en cause la responsabilité personnelle de Guillaume Soro dans la commission de crimes contre l’humanité et crimes de guerre en Côte d’Ivoire, notamment sur les événements de Duékoué. Coopérer avec la CPI signifierait procéder au transfèrement de l’actuel président de l’Assemblée nationale.

Ce n’est pas vraiment une surprise. Ouattara est accusé par les officiels français de se désintéresser de la réconciliation nationale et d’attiser les foyers de tension dans son pays. C’est ce qu’avait déjà dit Bernard Valero, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. La présidence française a d’ailleurs tenu à préciser que la coopération entre les deux pays se fera désormais à l’aune de ces questions. «la question de la réconciliation nécessaire entre les Ivoiriens, passe par le dialogue, la lutte contre l’impunité et la justice. A cet égard, le renforcement de l’Etat de droit et du système judiciaire en Côte-d’Ivoire fera aussi partie des priorités de la coopération bilatérale», a assuré la présidence française.

Pas d’autre façon de tordre le bras à quelqu’un qui avait jusque-là profité de la bienveillance de l’Elysée, y compris pour triompher du président Laurent Gbagbo. Alassane Ouattara a toujours freiné sur ces questions et notamment sur la libération des cadres du FPI qu’il continue de maintenir en prison et contre qui la justice ivoirienne invente chaque jour des délits. Par exemple,  Simone Gbagbo a été d’abord poursuivie pour vol en réunion avant que le Procureur de la République ne décide de lui coller le délit de crime contre l’humanité. D’ailleurs sur les plateaux de France 24, Alassane Ouattara a affirmé que s’il ne poursuit pas les criminels de son camp, c’est parce qu’eux n’ont pas été pris en flagrant délit de commission des actes criminels qui leur sont reprochés ; ce qui ne serait pas le cas des cadres du FPI qui ont généralement BAC + 10.

Comment Ouattara peut-il donc négocier la paix s’il développe une telle peur et une telle inhumanité et que la commission dialogue vérité et réconciliation n’a toujours pas reçu le moindre kopeck pour financer ses activités ? Interrogé d’ailleurs sur cette réalité avant-hier, le chef de l’Etat, comme à ses habitudes, a préféré verser dans la démagogie facile et accuser le FPI de ne pas vouloir qu’advienne la paix. Pendant ce temps, son parti le RDR continue de faire de la provocation en accusant journalistes proches de l’opposition et le FPI d’être les auteurs des massacres de Duékoué. Le gouvernement n’a d’ailleurs toujours pas esquissé le moindre acte de compassion à l’égard des rescapés que le régime lui-même  ne veut plus voir retourner sur le site de l’ancien camp. Leur déguerpissement était, pour ainsi dire, planifié. Comme l’est aussi sûrement le délitement de l’école publique dans notre pays puisque Ouattara y a augmenté les frais d’écolage, notamment à l’Université d’Abidjan où les inscriptions passent de 6000 f à 100.000 f pour le premier cycle, 200.000 f pour le second cycle et 300.000 f pour les troisièmes cycle. De quoi rendre perplexe tous ceux qui espèraient la fin de l’instabilité.  

                                                                                                                                                                 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" du 27 juillet 2012. 

jeudi, 26 juillet 2012

EN VISITE OFFICIELLE DEPUIS 48 HEURES, OUATTARA ACCUEILLI SANS HONNEUR EN FRANCE

 

ALASSANE OUATTARA - ARRIVEE SANS OFFICIEL FRANçAIS.jpg

 

Attendu hier matin par le ministre français des Affaires étrangères pour une séance de travail, Alassane Ouattara est arrivé un jour plus tôt  à l’aéroport de Paris où aucun officiel français ne l’attendait. Pour un homme à qui Nicolas Sarkozy a habitué aux flons flons et aux ors français, la descente aux enfers est pour le moins  terrible.

 

 Le chef de l’Etat ivoirien est arrivé deux jours avant son rendez-vous à l’Elysée où il doit rencontrer aujourd’hui François Hollande pour un premier tête-tête depuis l’arrivée de celui-ci au pouvoir. Sans doute pour cela, les apparences étaient donc d’une importance capitale parce qu’elles peuvent  permettre en outre de décrypter la suite des relations personnelles entre les deux hommes mais surtout aider à comprendre  si oui ou non les appuis forcenés de l’ivoirien à l’ex président ont été oubliés par le socialiste. Premiers frissons, l’arrivée à l’aéroport parisien, à quelques heures du tête-à-tête des ministres de l’Economie et des finances des deux pays pour une séance protocolaire d’annulation d’une partie de la dette ivoirienne obtenue, il faut bien le préciser,  dans le cadre du point d’achèvement de l’initiative Pays pauvre très endetté (PPTE). Mais on est aussi  à la veille de la rencontre avec le ministre des Affaires étrangères de François Hollande qui est une rencontre éminemment politique.

Un jour plutôt, Bernard Valero le porte-parole avait copieusement flingué le chef de l’Etat ivoirien en pointant du doigt l’instabilité et l’insécurité chroniques  en Côte d’Ivoire où la réconciliation est bloquée. « La sécurité en Côte d’Ivoire est étroitement liée au processus de réconciliation » que Ouattara a jeté aux orties. Retour sur terre. A l’aéroport  de Paris, justement. Pas une seule tête blanche à des centaines de mètres à la ronde. Aucun officiel et pas même un conseiller n’a daigné venir recevoir le chef de l’Etat ivoirien qui doit rencontrer le président français, ce matin à l’Elysée. La file de personnalités qui sacrifient au protocole sont plutôt les membres du gouvernement Ouattara. Ils étaient dans le même avion que lui. Cette visite en France est pourtant officielle et les thuriféraires du chef de l’Etat avaient été soulagés par son annonce. Mais visiblement, il est désormais périlleux d’y trouver quelques enjeux de communication interne, comme en Chine même si le résultat est le même.

En janvier dernier, Ouattara était sur le même aéroport qui avait affiché tous les ors de la République française en son honneur. Tapis rouge depuis la descente de l’échelle de coupée, garde républicaine en tenue d’apparat, Ouattara s’était offert une revue de troupes en compagnie de Claude Guéant, ami personnel de Sarkozy et ministre de l’Intérieur… Ce 23 juillet, seul le personnel de l’aéroport dévoile quelques têtes blanches sur le parcours de Ouattara qui entre dans le pavillon où il est attendu par les mêmes qui l’ont accueilli et une poignée d’Ivoiriens arborant de menus drapeaux tricolores aux couleurs ivoiriennes.

La déculottée diplomatique est terrible, surtout que la journée d’aujourd’hui réserve son lot d’hostilités à Ouattara sur le perron de l’Elysée. Les résistants ivoiriens composés de ceux de la diaspora française ont multiplié les appels sur les réseaux sociaux pour réserver un accueil inamical au chef de l’Etat ivoirien, fragilisé un peu plus par la tragédie des Wê de Duékoué. Selon la Croix Rouge qui table sur des bilans encore provisoires, 211 personnes ont été massacrées dans le camp de Nahibly et des milliers d’autres refugiés sont portés disparus. Mais alors que le monde entier condamne et appelle le gouvernement  à plus de responsabilité, celui-ci a fait une déclaration sur les antennes de la télévision nationale dans la soirée du 24 juillet pour menacer les journalistes de l’opposition qui auraient traité d’une façon politicienne l’actualité de ses massacres. Le gouvernement promet aussi de se rendre à Duékoué où aucun ministre n’a toujours pas mis les pieds. Même les cadres de cette région membres du RHDP ou du gouvernement n’ont pas daigné apporter la compassion fraternelle aux rescapés que le régime refuse par ailleurs de reloger sur un autre site.

Le jour de la tragédie, les premiers témoignages avaient indiqué que le gouvernement avait ciblé ce camp comme un repère de bandits. Ses pensionnaires qui se sont retrouvés là pour avoir tout perdu et en raison des menaces dont ils sont l’objet, avaient déjà subi une diminution de la ration alimentaire. Et le gouvernement maintient toujours son refus de les réinstaller alors qu’ils ont tout perdu et ne savent plus où aller.

Mais ces crimes risquent de laisser des traces profondes. Même les associations jusque-là tolérantes comme la Commission des droits de l’homme dirigée par l’épouse du président du Conseil constitutionnel, Françis Wodié, rallié à Ouattara pendant le deuxième tour de la présidentielle, s’est élevée publiquement contre la torture en Côte d’Ivoire « devenue une chose banale ». Mais ces FRCI qui sont au centre de toutes les condamnations, et notamment  françaises ont continué de faire parler d’elles les jours qui suivirent. Elles se sont affrontées entre elles dans la commune d’Abobo. Bilan : trois tués. Le lendemain, elles remettaient ça mais cette fois-ci en poignardant un chauffeur de gbaka ; ce qui a provoqué la grève de ces mini cars dans toute la commune.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd’hui » du 26 juillet 2012.

jeudi, 08 décembre 2011

LES RAISONS DE LA SUSPENSION DU JOURNAL «AUJOURD'HUI»

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Le CNP (le Conseil National de Presse) a encore frappé dans le camp de la presse de l'opposition. Le journal Aujourd'hui a reçu hier matin sa troisième lettre de suspension dans un intervalle de quatre mois. Ce qui passe désormais pour un harcèlement s'est présenté cette fois sous la  forme d'une cascade de sanctions. Le journal est suspendu  pour 26 parutions et le directeur de publication l'est, à titre personnel, pour trois mois. Il y a un cran au dessus de tout ce que cet organe de presse a jusqu'à maintenant reçu comme sanction. Avant de faire un analyse de ce qui pourrait sous-tendre  cet acharnement, voici ce qui fait sortir le CNP de son lit :

Un avant papier sur la célébration de la victoire électorale de Laurent Gbagbo qui a eu lieu en France le 04 décembre dernier  et signé par Joseph Titi a été indexé par le CNP comme  « constituant  à l'évidence une remise en cause des résultats de l'élection présidentielle et qu'un tel traitement de l'information revêt un caractère subversif. »

Un papier publier le 30/11/11, rapportant l'appel lancé par Alain Toussaint  demandant aux compatriotes Ivoiriens et patriotes africains à empêcher par tout moyen légal la déportation  du président Gbagbo à la Haye a été pris par le CNP pour un message appelant à la révolte.

Un billet de Joseph Marat intitulé "Il est là, le débat sur la dévaluation aussi". Pour le CNP cet article « est de nature à inciter à la violence... »

Un autre billet de Joseph Marat intitulé « Koenders se croit en brousse » renferme pour le CNP des injures graves et intolérables à l'encontre du diplomate onusien.

Un autre article de Joseph Titi publié le 1/12/12 faisant cas de la scène des 7 femmes d'Abobo dont l'une s'était relevée devant une camera simulant une fausse mort est jugé par le CNP comme une manipulation intolérable de l'information et une apologie du meurtre.

Nous aurions aimé nous instruire de la sagesse du CNP dans sa volonté déontologique de nous redresser dans l'exercice de notre profession, mais hélas ! A la lecture de tous les griefs retenus contre le quotidien nous avons la nette impression qu'il a suffi au CNP de vouloir nous suspendre pour qu'il recherche les justificatifs pouvant motiver sa forfaiture. Parce qu'au fond il n'y a vraiment rien à fouetter un chat.  Il y a pire qui passe le corridor du CNP. C'est pourquoi nous sommes convaincus, au journal Aujourd'hui, que nous sommes victimes de notre positionnement dans l'espace médiatique ivoirien. Nous savons que le CNP dans sa configuration actuelle ne tolère pas que nous ayons contrarié le plan politique du nouveau régime de faire oublier totalement Laurent Gbagbo. Il est vrai qu'avant que nous ne paraissions dans les kiosques à journaux, on ne parlait plus du président Laurent Gbagbo. Notre péché originel est donc d'avoir sonné la mobilisation mondiale autour de ce chef d'Etat, qui pour nous, subit un sort injuste. Pour cela, nous comprenons qu'Eugène Kakou et son équipe veuille nous abattre au risque d'exposer au chômage et à la misère toutes les familles que cet organe permet de faire vivre.

Une autre raison quelque peu mesquine qui taraude le CNP est le sentiment d'avoir été floué dans son orgueil par le directeur de publication Joseph Titi qui enlève ici la palme de la sanction. Eugène Kakou aurait confié à ses proches que Titi ne lui lèche pas assez les bottes. Le refus de celui-ci, par principe de solidarité aux journalistes de Notre Voie emprisonnés, de faire participer son organe à un séminaire organisé par le CNP à Yamoussoukro a été pris par le sieur Eugène Kakou comme un crime de lèse majesté.

Bien pesé, tout le personnel du quotidien aujourd'hui décide d'attaquer cette décision illégale et de porter plainte contre le Conseil National de la Presse pour abus de pouvoir.


La Direction du journal "Aujourd'hui".

mercredi, 26 octobre 2011

ABIDJAN SOUS SURVEILLANCE AERIENNE - APPARENCE DE PROPRETE A ABIDJAN OU LE REGIME CRAINT TOUJOURS UN COUP DE FORCE

 


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A Abidjan, les balayeuses des rues n'ont plus la pêche. La plupart d'entre elles totalisent six à huit mois d'arriérés de salaires et celles qui n'en peuvent plus d'attendre ont dû retourner à leurs fourneaux habituels. Mais le régime n'abdique pas. Tous les arbres en bordure des axes empruntés par le Chef de l'Etat ont été systématiquement émondés de leurs branches ; ce qui donne à la ville un air de décoiffé. Comme si le pouvoir avait plus de choses à lui reprocher, l'Université nationale continue d'être remuée de fond en comble. Les gros arbres qui la couvraient de ses feuillages bienfaisants ont été déracinés, comme partout dans la commune de Cocody. Le régime veut voir à partir du ciel ce qui se trame sur le sol et les hélicoptères de l'organisation des nations unies et des forces Licorne tournent à plein régime. « Chez nous à Yopougon-Gesco, il passent deux fois : les matins à partir de six heures et les soirs, entre dix sept heures et dix huit heures ». Témoin des ballets aériens d'hélicoptères dont les bruits rappellent les bombardements de la résidence de Laurent Gbagbo et plusieurs semaines de terreur à Abidjan, Solé Dramane mime les bruits quand ils volent à basse altitude.

C'est la réponse la plus spectaculaire du régime aux tensions dans l'armée, en plus des arrestations tous azimuts qui se poursuivent encore et qui ne sont pas près de se terminer. Un journal pro-Ouattara qui continue d'enrager contre ces bruits dans les casernes affichait à sa manchette de samedi « où se cache Abéhi ? », la nouvelle terreur du pouvoir après avoir réussi le rapatriement du colonel Konan, ancien commandant du théâtre des opérations durant les dernières années de la présidence de Laurent Gbagbo et les événements postélectoraux. Un autre se demandait dans la même journée « où sont passés les officiers pro-Gbagbo ? » dans un article illustré par la photo du colonel Konan pour qui le pouvoir loue, comme pour les autres qui sont revenus d'Accra, des chambres d'hôtel dans la commune de Cocody.

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Le palais présidentiel au Plateau continue d'être surveillé par l'ONUCI dont les chars en bloquent les principaux accès. Quant au domicile privé des Ouattara, sa transformation se poursuit. Pendant que les murs montent, la voie qui passait juste derrière lui a été agrandie à quatre, deux en aller et deux au retour. L'ancien hôtel du golfe, lui, est devenu une caserne militaire. C'est là que sont stockés tous les chars de l'ONUCI chargés de sécuriser le couple Ouattara. Tout le périmètre jusqu'au golfe a été militarisé pour les mêmes raisons et abrite les hommes de Chérif Ousmane.

Le pouvoir se méfie de tout et après avoir empêché la jeunesse du front populaire ivoirien de tenir son meeting dans la commune de Yopougon, le FPI a été contraint d'annuler celui du Plateau, la semaine dernière. Les discussions avec la direction du parti encouragée par Ouattara lui-même est au poids mort, le pouvoir étant préoccupé par une chasse aux sorcières sans précédent dans l'armée nationale où avoir servi sous Laurent Gbagbo vous marque au fer comme élément dangereux pour la ouattarandie.

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Alors qu'il avait donné trois à quatre mois pour se débarrasser de ses Forces républicaines de Côte d'Ivoire, le régime vient de les déployer en grand nombre dans tout le district d'Abidjan où elles sont à nouveau visibles même dans les venelles des communes. Les commissariats ont aussi fini par s'accommoder des FRCI qui, elles, sont armées tandis que les policiers se contentent de l'administratif.

Le pays continue de tourner mais par habitude. L'argent manque et le régime a perdu le crédit qu'il s'était donné en affirmant que sa venue apporterait de l'oseille au pays. La lune de miel a été de courte durée et le gouvernement est désormais ouvertement accusé de s'approprier les chantiers de Laurent Gbagbo en souffrance en raison des divers blocages dont ceux liés à la fermeture des banques et à la désorganisation du système financier. Guillaume Soro a répondu la semaine dernière que la plupart des chantiers dont ils ont terminé les travaux avaient été négociés durant leur séjour mouvementé à l'hôtel du golfe, ce qui est bien surprenant puisque ces travaux avaient déjà leurs financements en place.

Pas très friand des contacts avec les populations, le chef de l'Etat, lui, limite au maximum ses sorties internes. Ce qui rend a priori l'ensemble de ces mesures presque dérisoires.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 82 du mardi 25 octobre 2011.

lundi, 10 octobre 2011

LE MENSONGE AU POUVOIR EN COTE D'IVOIRE

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Le gouvernement  célèbre ses 100 jours à la tête du pays en détournant à son profit les chantiers préparés sous la présidence Gbagbo. Il vient aussi d'annoncer que le prix du kilogramme de cacao coûtera 1000 F alors que la réalité est au désespoir, dans les champs comme dans les villes.


 Le rond-point de la riviera 2 a été émondé de ses revendeurs de téléphone portable habituels. Le ministère de la salubrité urbaine avait d'abord décoiffé les activités  de ces jeunes commerçants débrouillards en s'en prenant à leurs parasols défraîchis. Depuis sa mise en place, le gouvernement traque le petit commerce dans les rues abidjanaises sans avoir prévu le minimum pour son recasement. Alors qu'il reprochait d'ailleurs à Laurent Gbagbo de ne pas lutter contre le chômage des jeunes diplômés, réduits pour la plupart à se débrouiller dans les rues pour survivre, M. Dramane  a finalement jeté aux orties ses promesses électorales. Selon l'union générale des travailleurs de Côte d'Ivoire (UGTCI), proche du pouvoir, 80.000 emplois ont été détruits dès les premiers mois de l'arrivée du chef de l'Etat et rien n'est venu améliorer la situation. Le ministre de la salubrité publique, Anne Oulotto, s'est lancé à corps perdu depuis plusieurs mois dans une violente opération de déguerpissement du domaine public qui ruine les espoirs de survie d'une population qui paie un lourd tribut à la guerre et aux pillages systématiques ayant accompagné l'accession de M. Dramane au pouvoir au début du mois d'août.

La situation sociale est plus que stationnaire avec des guichets automatiques qui affichent « En panne » ou « Hors service ». Le gouvernement arrive encore à payer les salaires des fonctionnaires mais au prix de mille et un sacrifices, pendant que la pluie de milliards annoncés par M. Dramane se fait toujours attendre. Les fonctionnaires des cabinets ministériels, sous contrat, totalisent parfois jusqu'à huit mois d'arriérés de salaires et la plupart des travailleurs des principales institutions de l'Etat tirent le diable par la queue. Les services de recouvrement, pour leur part, se sont lancés dans une campagne de communication démagogique destinée à noyer une réalité catastrophique. Car la Centrale, le service de collecte des impôts de la zone CNO aux mains des Forces Nouvelles proches de Guillaume Soro, officiellement dissoute, tourne à plein régime. L'Etat même a du mal à recouvrer les taxes et les impôts à Abidjan, scindée en territoires rivaux par des chefs de guerre soucieux de se faire une petite fortune.

Le gouvernement fait mine d'avoir le sourire en faisant croire qu'il a initié de nombreux chantiers dans la ville d'Abidjan. Or   le troisième pont, par exemple, a une histoire qui part de la présidence d'Henri Konan Bédié et se termine sous la présidence de Laurent Gbagbo, dont l'activisme a permis la mise en place d'un fonds de près de 50 milliards de Fcfa, obtenus grâce à des appels à souscription internationaux notamment. Les voies de dégagement qui sont actuellement en chantier au rond-point de la riviera 2 avaient été programmées après les élections présidentielles avant d'être ajournées en raison des tensions politiques et les menaces ouvertes de bombardement proférées par M. Dramane.

L'université nationale dont les alentours ont été déblayés ressemble à un tombeau blanchi. Pillée dans le sillage des nouveaux gouvernants, elle manque désormais de tout : ordinateurs, climatiseurs, téléphone, photocopieurs, livres, papier... Pareil pour les résidences universitaires qui ont été la cible des forces républicaines de Côte d'Ivoire bourrées de préjugés sur le militantisme pro-Gbagbo des étudiants ivoiriens. Celles qui sont opérationnelles sont d'ailleurs occupées par ces bandes armées que l'Etat n'arrive toujours pas à faire partir des commissariats en dépit des promesses récurrentes de leur encasernement.

L'insécurité est toujours aussi problématique à Abidjan où les policiers officiellement de retour depuis deux mois sur les routes, ne sont plus armés. Les clans rivaux de FRCI se tirent régulièrement dessus sur le prétexte habituel que certains parmi eux se sont reconvertis en braqueurs.

Le gouvernement fait du surplace et multiplie les séminaires gouvernementaux dont l'utilité reste à démontrer, car les prix des denrées alimentaires de première nécessité ne cessent de flamber. Le ministre du commerce, acculé par les critiques des médias, a finalement concédé une diminution de 10 F du riz de grande consommation dont le kilogramme se négocie désormais à 500 F. Le régime a du mal à faire face aux problèmes qui s'accumulent si ce n'est qu'à les regarder sous le prisme de la communication. Alors que le cacao est vendu à 200 F bord-champ, le gouvernement vient de se lancer dans un autre pari médiatique en fixant des prix indicatifs de 1000F pour l'achat du kilogramme du cacao aux planteurs. Ce qui représente une belle gageure au moment où toutes les coopératives ont été liquidées par la nouvelle administration qui y voit des niches de détournement. Cette politique livre le planteur à la puissance des multinationales du cacao qui pourront toujours imposer le prix qu'elles veulent. On est loin des 3000 F le kilogramme de cacao annoncé lors de la campagne électorale, du million d'emplois à créer chaque année et des milliards à distribuer à chaque patelin du pays.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 72 du lundi 10 octobre 2011.

jeudi, 15 septembre 2011

COTE D'IVOIRE: LES FRANÇAIS D'ABORD!

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L'arrivée de Marcel Zady Kessy à la tête du conseil économique et social a propulsé dans l'administration de cette institution un secrétaire général de nationalité française. De manière générale, la prise du pouvoir d'Alassane Ouattara coïncide avec une poussée de « blanchisation » de l'administration publique. A la présidence notamment, mais aussi à la police.


Il avait tout promis. A savoir trouver l'argent qui manque tant aux ivoiriens pour mettre fin à la grande pauvreté ambiante. Donner surtout du travail à chaque ivoirien grâce à un ambitieux programme économique. Aux termes de cette foire aux promesses, Ouattara s'était engagé à créer un million d'emplois par an... En cinq mois, il en a pourtant détruit des milliers : 80.000 selon l'union générale des travailleurs de Côte d'Ivoire (UGTCI) proche du parti démocratique de Côte d'Ivoire et donc pro-Ouattara et près d'un millier d'employés de la présidence ont perdu leur poste depuis l'avènement du chef de l'Etat au pouvoir. Les nouveaux gouvernants se livrent même à une sordide chasse aux sorcières presque compréhensible pour placer leurs propres hommes mais recrutent aussi des blancs. Notamment à la présidence où le chef de l'Etat est « sous l'influence de ses sorciers blancs », selon l'expression de la Lettre du Continent. Les français travaillant à la présidence ivoirienne se chargent de tout : stratégie, budget, infrastructures...

Bref, ce sont ces conseillers français qui décident de tout au point d'agacer le Premier ministre Guillaume Soro. Recruté en mars pendant que les bombes tonnaient à Abidjan, Philippe Serey-Eiffel est perçu «  comme le grand vizir de la lagune Ebrié », selon La Lettre du Continent. Aucun dossier intéressant les finances ne peut arriver au chef de l'Etat sans passer par lui. Dans les faits, il est le vice-président chargé des finances. Ce qui est fort compréhensible.

Le principe de la françafrique est de coller aux bottes des gouvernants africains des conseillers techniques dont le rôle est de contrôler les entrées et sorties d'argent comme le démontre l'excellent documentaire de O. Cetaril. Guillaume Soro a beau tenter de délimiter son pouvoir, Philippe Serey-Eiffel reste droit dans ses bottes, sûr de ses moyens.

Il n'est d'ailleurs pas le seul à se croire à la maison à la présidence ivoirienne. Cédric Lombardo chargé des affaires climatiques va lui aussi proroger son bail. Les français ont la haute main sur les finances du pays mais aussi sur les questions de défense nationale. L'armée ivoirienne que la France a désarmée dans les bombardements de la résidence du président Gbagbo n'est plus qu'une armée d'opérette. Claude Réglat et Marc Paitier, deux officiers français à la retraite ont dorénavant du travail. Ils ont la responsabilité des écoutes dans les sous-sols du palais. Claude Réglat doit piloter la réforme de l'armée avec l'entrée des 10.000 rebelles reversés dans l'armée régulière. Pendant ce temps, Jean-Yves Garnault contrôle le trésorier payeur général de l'Armée et passe au crible les dépenses militaires engagées par l'Etat. Ouattara a aussi recruté Christian Delmotte pour les questions de santé. C'est lui, croit naïvement Alassane Ouattara, qui doit mettre en place une couverture maladie universelle en Côte d'Ivoire. Mais si Ouattara s'appuie sur les français pour faire fonctionner la présidence de la République, il a également recruté des français pour s'occuper de la cuisine. C'est Dominique Ouattara en personne qui supervise les entretiens d'embauche. L'épouse du chef de l'Etat a d'ailleurs rapidement jeté son dévolu sur Olivier Payet le chef de cuisine du restaurant de l'hôtel Tiama d'Abidjan.

Mais Ouattara a aussi embauché Jean-Louis Blanc pour gérer le parc-auto de la présidence et a pensé pour sa communication à une autre française Anna Méaux qui évince Patricia Balme, elle aussi de nationalité française. Quant à Frédéric Bedin qui est le directeur de Public Système Hopscotch, il a été imposé par Paris pour organiser les grands événements du pays. Comme s'il n'y avait aucune compétence sur place.
La police attend également son  lot de blancs. Pour l'instant, deux instructeurs blancs y font des évaluations au terme duquel un bon nombre de policiers français devraient arriver à Abidjan. Jusqu'à présent les deux instructeurs de la police nationale restent discrets. Personne ne connait leur nom, à part quelques directeurs avec qui ils sont en contact.

Alors que depuis les années 80, Houphouët-Boigny lui-même s'était lancé dans une politique d'ivoirisation des cadres et que Laurent Gbagbo a porté haut le combat de la souveraineté de notre pays, Alassane Ouattara nous ramène par sa politique de gouvernant complexé aux années où l'administration était sous la coupe des colons français. Cette attitude est d'autant plus incompréhensible qu'environ un millier d'ivoiriens viennent d'être renvoyés de la Présidence ivoirienne. Certainement pour faire de la place à une poignée de conseillers mieux rémunérés que le millier viré.

Laurent Gbagbo avait dit aux militaires : « si je tombe, vous tombez ». Les ivoiriens ne savaient à quel point la prophétie était aussi écrite pour eux.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui ».

mercredi, 14 septembre 2011

COMMENT L'ARGENT DES IVOIRIENS A SERVI A FINANCER UNE GUERRE CONTRE EUX

 

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La guerre contre Laurent Gbagbo visant à le déloger de la présidence ivoirienne a coûté 400 milliards. Elle a été entièrement financée par des bons du trésor ivoirien qui a bénéficié de la complicité de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest pour tromper le marché financier. Aujourd'hui, Ouattara a du mal à rembourser.


Au soir du 11 avril, lorsque le monde entier apprend l'arrestation de Laurent Gbagbo, personne n'a idée de l'identité de celui qui a financé cette gigantesque opération au cours de laquelle 800 tonnes de bombes ont été larguées sur la résidence du président ivoirien, une centaine de chars français ont été mis à contribution pour enfoncer la défense autour de la résidence de Laurent Gbagbo, des avions MI 24 de l'ONUCI pour assurer la maîtrise des airs, des hélicoptères Gazelle et des Puma de la force Licorne dont un millier de soldats avaient débarqué de France des jours plus tôt, pour bombarder les camps militaires et les neutraliser, mais aussi toute l'industrie de corruption qu'il a fallu monter pour débaucher les officiers et forcer les allégeances...Or ni les Français, ni les Américains, encore moins les Africains n'ont aidé au financement de cette guerre. Bien que quelques légendes aient couru çà et là, c'est bien  sur le marché financier et donc aux banques que nous devons le financement de cette guerre qui a détruit des milliers de vies en Côte d'Ivoire.

Alors qu'ils étaient encore au Golfe, nos maîtres d'aujourd'hui vont lancer sur le marché financier des bons du trésor. A dire vrai, de faux bons du trésor. Car le gouvernement de Côte d'Ivoire où siégeait Charles Koffi Diby avait engagé cette procédure qui permet à tous les Etats de rechercher de l'argent auprès des structures bancaires et de faire face, généralement aux derniers mois de salaires des fonctionnaires. Ces bons sont garantis par la BCEAO qui veille à ce que ces dettes soient ensuite remboursées à échéance. La Côte d'Ivoire légale avait donc ses bons du trésor en cours. Ce qui ne lui permettait plus d'en engager d'autres. En effet, le gouvernement de Gbagbo devait encore 300 milliards lorsque les banques ont été fermées. Par manque d'interlocuteur, ces dettes n'ont pu être entièrement remboursées.

Mais avec la complicité de la BCEAO qui considérait alors Alassane Ouattara comme le seul gouvernement légitime de Côte d'Ivoire, Charles Koffi Diby va mettre sur le marché de nouveaux bons aussitôt garantis par la BCEAO. L'opération rapporte 400 milliards aux émetteurs. Avec ce pactole, Alassane Ouattara et ses amis vont ensuite financer les voyages à l'extérieur, les missions des « ministres » dans les pays européens notamment, mettre toute la stratégie de communication en place, louer à l'ONU et à la France leurs avions, leurs soldats... Bref, financer la guerre contre Gbagbo.

Malheureusement la victoire est aujourd'hui loin et il faut rembourser. Car contrairement à ce qui avait été promis, Ouattara n'arrive pas à faire venir en Côte d'Ivoire les milliards qu'il avait annoncés et les caisses de l'Etat sont désespérément vides. Les 132 milliards de l'Agence Française de Développement ( AFD ) pour lesquels le gouvernement a fait des gorges chaudes ciblent les dépenses auxquelles l'Etat ne peut déroger : les deux mois de salaires consentis, les six milliards pour l'assainissement (nous y reviendrons), remboursement intégral des entreprises françaises pillées et  80 milliards que l'Etat espérait maintenant mais pour lesquels la France exige la tenue des législatives en Côte d'Ivoire. Or les échéances arrivent à grande vitesse. Le mois de décembre est en effet ce mois-là. L'Etat doit donc désormais 700 milliards à rembourser en décembre dans un contexte de morosité et où les ressources intérieures se raréfient à cause des difficultés de tous ordres dont celles liées au recouvrement des taxes dans les zones CNO.

Lors des discussions avec la mission conjointe du FMI et de la Banque mondiale, le gouvernement a proposé la stratégie du revolving pour se débarrasser, du moins sur le papier, de cette dette. Dans ce cas de figure, l'Etat s'entendrait avec les banques qui feraient comme si elles ont été payées. La BCEAO qui est dans le complot paierait alors la compensation pour sauver l'honneur de notre pays. Le problème est que la manœuvre ne semble pas du goût de ceux qui sont venus en Côte d'Ivoire. Cela dit, ce ne sont que des techniciens. Les décideurs sont à New-York, notamment au sein du conseil d'Administration des deux banques.

C'est donc pour cette raison que le chef de l'Etat a repris l'avion pour la France. Sans doute espère-t-il un lobbying des autorités françaises à qui il doit déjà sa présidence. En tout cas, la délégation du ministère de l'économie et des finances composée des fonctionnaires du ministère du trésor public et ceux du budget se rendra aux Etats-Unis juste après la réunion avec la mission conjointe FMI et Banque Mondiale qui se déroule actuellement à Abidjan. L'objectif est de négocier une autre échéance, juste pour permettre au gouvernement de celui pour qui l'argent n'est pas un problème d'avoir un peu de répit.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 61 du lundi 12 septembre 2011.

jeudi, 08 septembre 2011

COTE D'IVOIRE: LE 3EME PONT, UNE ARNAQUE

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La première pierre du 3ème pont baptisé depuis hier Henri Konan Bédié a été inaugurée en grandes pompes. La petite curiosité  est venue de l'omerta observée sur le coût de l'ouvrage. L'Etat participe pourtant à la construction de ce pont que le concessionnaire français doit exploiter pendant trente ans.


Le vieux projet de quinze ans devrait finalement voir le jour dans six petits mois. Le groupe Bouygues qui est chargé d'offrir au pays ce joyau comme on offre du bonbon à de petits enfants pour les séduire semble assez formel sur la livraison de l'ouvrage de 1,6 km de long et de 28,4 m de large. L'Etat passe presque pour un mendiant dans l'affaire. Pourtant, il a déjà engagé plusieurs milliards de fcfa pour l'indemnisation des riverains sous le régime de Bédié aussi bien à la Riviera qu'à Marcory. L'Etat a aussi mobilisé 42 des 50 milliards qui constituent sa participation grâce en partie à l'emprunt obligataire lancé par le gouvernement Gbagbo qui avait décidé de financer lui-même la construction de l'ouvrage après le désistement de Bouygues qui, officiellement, doit investir grosso-modo 100 milliards de fcfa. Un tel investissement lui garantit une concession de trente ans, soit 1.412 milliards environ de gains. Avec de tels montants, on ne peut pas dire que Bouygues n'a pas le meilleur retour qui soit sur investissements. Le géant français du bâtiment se tape même 39 millions par jour sur la base d'une prévision de 56.000 véhicules qui doivent passer chaque jour sur ce pont, 5 milliards environ par mois soit 60 milliards l'an.

Selon toutes les interventions qui ont meublé la cérémonie d'inauguration, les usagers vont connaître un meilleur confort sur les routes contre les engorgements actuels qui favorisent un surcoût du prix du carburant. Les nouvelles autorités tablent aussi sur le fait que  la construction dudit pont devrait aider à la création de  800 emplois directs et 2000 emplois indirects. Alors qu'il espérait relancer l'ensemble du projet avec de nouveaux appels d'offres, le chef de l'Etat qui avait donné instructions à son ministre des infrastructures économiques Patrick Achi pour  reprendre toute  la procédure d'appels d'offres, a buté en définitive sur son Premier ministre qui a freiné des quatre fers et mis fin à cette « intrusion » fort déplaisante et au goût de lèse-Premier ministre. Guillaume Soro a par ailleurs pris soin d'envoyer une mise au point pour le moins pimentée au concerné, avec ampliation à tous les ministres, pour que ce genre de choses ne se reproduisent plus. Finalement, cette levée de bouclier a sonné le glas de la nouvelle procédure et Ouattara s'est contenté de reconduire le projet tel qu'il l'a trouvé.

Mais si le gouvernement a le profil bas, gardant un silence gêné sur l'ensemble des apports financiers consentis depuis les régimes de Bédié et Gbagbo, en revanche sur le terrain de la réclame, il a mis le paquet. Des espaces publicitaires ont été pris dans tous les journaux qui lui sont proches où l'on peut lire que « l'Etat ivoirien est engagé sur la voie du développement et mettra tous les moyens en vue d'améliorer votre quotidien ». Pour l'instant, la seule garantie pour les populations abidjanaises est que le péage coûtera 700 fcfa à chaque passage et que la construction de l'ouvrage durera six mois.

Les soi-disant investisseurs étrangers à qui les Etats africains concèdent généralement des BOT exploitent habituellement cette stratégie. L'aéroport Félix Houphouët-Boigny concédé par l'Etat à l'entreprise Aeria a été largement financé par les usagers à travers le système de péage. Ceux du 3ème pont baptisé du nom d'Henri Konan Bédié ne peuvent certes pas s'offrir la même parade en raison de la nature de l'ouvrage. Mais à 100 milliards, l'Etat peut largement avec ses 50 milliards déjà mobilisés à 90%, construire ce pont pour lequel Bouygues multiplie ses gains à vitesse grand V.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 58 du jeudi 18 septembre 2011.

mardi, 06 septembre 2011

COTE D'IVOIRE: POKER FAMILIAL GAGNANT POUR LES OUATTARA

 

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Selon La Lettre du continent amplement reprise par le quotidien Notre Voie, le chef de l'Etat a décidé de racheter la plupart des propriétés situées dans les environs de sa résidence privée, à quelques mètres de l'hôtel du golfe l'ancien symbole du gouvernement Ouattara pendant les péripéties de la crise postélectorale. A commencer par la sienne qu'il louait à un homme d'affaires libanais. Dans les années 1990, Ouattara s'était aussi offert une somptueuse résidence dès son arrivée à la primature.

 

Si la saga Ouattara nous était contée un jour, elle réserverait un chapitre aux propriétés du couple et surtout aux circonstances de leur achat. Selon La dernière Lettre du continent, le chef de l'Etat se passionne ces derniers temps pour les offres privées d'achat (OPA) qu'il a fait à tous ceux qui ont une propriété dans les environs de l'hôtel du Golfe, là où lui a été donnée sa « victoire » par Youssouf Bakayoko. Alassane Ouattara veut construire une caserne militaire pour assurer ses arrières. Et pour se sentir en sécurité par ces temps de frayeurs, il n'y a pas mieux qu'une caserne militaire mitoyenne. L'actuel verrou qui encadre la résidence du couple est pourtant impressionnant. Le Golfe hôtel est occupé par les hommes de Chérif Ousmane. Ceux-ci ont établi leur check-point au carrefour de M'pouto, face à Sol Béni. Quelques mètres plus loin sont postés deux pick-up de l'ONUCI avec à leur bord des soldats marocains et bengladeshi. Plus loin, deux autres chars armés de l'ONUCI surveillent la petite entrée de l'hôtel devenue le point de ralliement du régime, quatre mois après l'arrestation de Laurent Gbagbo par les soldats français et la prise de pouvoir de Ouattara dans la foulée. Les derniers murs de l'hôtel laissent voir une armada de chars et de blindés dans l'arrière-cour. Mais malgré tout cela, Alassane Ouattara s'est mis en tête de faire de sa résidence privée un bunker comme nous l'avions écrit dans nos précédentes éditions.

Alors qu'il était simple locataire de la résidence qu'il bichonne avec l'argent des contribuables, le chef de l'Etat a, selon les bonnes feuilles de La lettre du continent abondamment citée par le quotidien Notre Voie, Ouattara a déjà fait une OPA à l'homme d'affaires à qui il louait depuis des années cette résidence située aux encablures de l'hôtel du Golfe et donnant sur la lagune Ebrié. L'accès à la lagune est stratégiquement vital pour Ouattara qui craint d'être à la merci d'une ville abidjanaise où il est minoritaire.

Dans les années 90, le chef de l'Etat qui venait d'être nommé premier ministre s'était aussi offert dans les premiers mois le château des Boni, à un jet de pierre de la résidence de l'Ambassadeur d'Allemagne. Et si le luxe de sa nouvelle maison n'avait laissé personne indifférent, cette fois-ci c'est la répétition de l'histoire  qui offre des thèmes d'analyse, notamment pour ce qui est de la coïncidence qui voudrait que Ouattara ne songe à s'offrir un toit que lorsqu'il est aux affaires.

Or de ce point de vue, sa présidence commence plutôt bien pour le chef de l'Etat. Son épouse possède l'Agence Immobilière de Côte d'Ivoire (AICI) à qui le Président Houphouët-Boigny a laissé, dans des circonstances plutôt obscures la gestion de tout le patrimoine de l'Etat ivoirien. L'agence elle-même avait entamé une rapide prospérité du temps de la primature Ouattara, en 1991 notamment où elle installa des succursales à Cannes et près de Paris.

Les proches du chef de l'Etat s'en tirent assez bien dans ce début de présidence florissante pour la famille. Alors que le régime vide jusqu'au personnel de la filière café-cacao qui tombe à nouveau dans les caisses noires de l'Etat, le fils aîné de l'épouse de Ouattara vient de s'emparer des magasins de la SIFCA-COOP. La famille est dans les affaires ; ce qui n'a pas l'air de déranger le chef de l'Etat qui refuse toujours de déclarer ses biens comme l'exige la constitution ivoirienne. Sa sœur Sita Ouattara doit faire son entrée dans la commercialisation du riz au moment où les caciques du régime font revenir le système du quota à la base de la fluctuation des prix de cette denrée de première nécessité pour laquelle la Côte d'Ivoire achète chaque année plus de 200 à 400 milliards de riz importé.

Selon La Lettre du continent, Versus Bank nationalisée sous le régime de Laurent Gbagbo s'apprête à financer cette affaire.

Mais Alassane Ouattara écume aussi les postes de l'Administration pour placer sa fratrie. Son petit frère « photocopie » pour sa grande ressemblance avec Ouattara gère les milliards de la Présidence de la République. Cette maison que Gbagbo appelait la caisse de sécurité du public bénéficie d'un budget record de 89 milliards. Aucun chef d'Etat depuis Houphouët-Boigny n'avait encore songé à y nommer son cadet. Ouattara l'a fait. Parce que depuis le renversement du Président Gbagbo, la gestion de la Côte d'Ivoire, c'est un peu une affaire de clan et de famille.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui ».

vendredi, 19 août 2011

INCULPATION DE GBAGBO : QUATRE MOIS DE BRUITS POUR RIEN


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Tout ça pour ça, serait-on tenté de dire après l'inculpation officielle du président Gbagbo poursuivi non plus pour crimes de guerre passibles devant le TPI mais plutôt pour « crimes économiques ». Pour qui connaît le président Gbagbo, cette mascarade est bien une honteuse opération.

 

Il s'est peut-être mis à couvert en France mais la honte, assurément, risque de rattraper rapidement Alassane Ouattara qui avait juré la perte de Laurent Gbagbo parce qu'il aurait commis d'horribles crimes qui l'enverraient tout droit devant la Cour pénale internationale. Rien de tout cela finalement après quatre mois d'humiliations inutiles. Depuis-hier, les juges du Chef de l'Etat n'ont rien trouvé à reprocher à l'ancien président que de prétendus détournements de deniers publics, un soi-disant braquage de la BCEAO et une tentative de création d'une monnaie ivoirienne. Des chefs d'accusation qui ont provoqué hier l'hilarité générale de ceux qui regardaient le journal de 20 heures au cours duquel l'annonce a été faite.

Alors qu'ils avaient annoncé toutes sortes d'apocalypse sur la tête de l'ancien président, bon selon l'expression de Ouattara pour le Tribunal Pénal International, le Procureur de la République a affirmé hier que ce sont là les seuls  chefs d'accusation qu'ils ont trouvés contre Laurent Gbagbo parce qu'en la matière lui-même  n'est pas tenu par les réquisitions du juge d'instruction.

Ceux à qui on a donc raconté depuis dix ans que Gbagbo est un criminel qui tue de préférence les populations du nord en seront certainement pour leurs frais. Car visiblement, aucune de ces accusations récurrentes n'étaient fondées. Gêné par ailleurs aux entournures face aux accusations d'une justice orientée, le Procureur de la République a indiqué que ce serait faire un équilibrisme de mauvais aloi que de demander que Shérif Ousmane par exemple,  accusé par les organisations de droits de l'homme de crimes massifs contre les partisans de Laurent Gbagbo, soit inculpé parce qu'il est un sauveur. « On était tous ici quand les gens nous tuaient. Il a fallu que ces gens-là viennent nous sauver », a commenté le Procureur qui reprend pour ainsi dire les mêmes rumeurs qu'ils n'ont pu eux-mêmes confirmer.

Alassane Ouattara qui s'est proclamé roi de l'argent durant sa campagne électorale peine aujourd'hui à réunir les moyens nécessaires au fonctionnement de l'Etat. La Côte d'Ivoire n'arrive plus à payer ses fonctionnaires avec ses propres ressources et accumule des impayés depuis son arrivée au pouvoir. Face à cette quadrature du cercle, il n'est pas impossible que le gouvernement ait décidé de rechercher ses difficultés dans des déprédations passées. Et dans ces conditions, ce type d'accusations pourrait bien aider. Mais jusqu'où ? Misère.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" N° 43 du vendredi 19 août 2011.

mardi, 09 août 2011

OUATTARA PARLE AUX PROMPTEURS ET A EUX SEULS


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Un tantinet tendu pour son premier message à la nation, le Chef de l'Etat a néanmoins retrouvé ses accents d'homme providentiel qui va accomplir tous les miracles attendus par le peuple. Sauf que les faits, eux, ne lui donnent guère raison.


Les ivoiriens ont désormais tout : la démocratie, le retour du pays sur la carte du monde avec des investisseurs prêts à faire leur bonheur, la sécurité, la paix et bientôt la croissance...Et tout ça grâce à lui. Pour sa première grande sortie officielle, à l'occasion de la célébration du cinquante-unième anniversaire d'indépendance de la Côte d'Ivoire, le Chef de l'Etat a peut-être donné le change à ses conseillers en communication qui voulaient certainement le rendre plus communicatif, moins agressif et moins froid. Le résultat est  plutôt mitigé. Car c'est bien aux prompteurs qu'il a pu s'adresser  ce 6 août 2011 et non aux ivoiriens dont les préoccupations ont été pour le moins ignorées, au plus mises en attente.

Ce fut donc un exercice de haute voltige,  mais pour entretenir sans sourciller  un double discours sur des problèmes cruciaux, le Chef de l'Etat n'a pas son pareil. Il en est ainsi de la paix au nom de laquelle Ouattara serait disposé à travailler au retour de tous les exilés. Ils ont leur place dans la construction du pays, dit-il et même le Front populaire ivoirien, l'ennemie juré, y compris la majorité présidentielle ont eu droit à une parade amoureuse en direct sur TCI, au nom de la paix et de la réconciliation nationale. Sauf que le FPI attend depuis des mois qu'Alassane Ouattara reçoive ses mandants qui ont une demande d'audience dans les cahiers de la Présidence et qui, de guerre lasse se sont rabattus sur Henri Konan Bédié qu'ils sont allés voir à Daoukro, il ya quelques semaines, en tant qu'inspirateur théorique de la présidence Ouattara. Comme quoi, ça paraît plus simple sur les écrans de TCI que dans les chambres capitonnées des palais de la République. Le chef de l'Etat garde également sa tactique de l'omerta sur les déportations infligées à ses adversaires, dont la plupart ne sont même  pas encore inculpés, en guise de réponse aux ONG des droits de l'homme qui s'inquiètent encore aujourd'hui des exactions commises par les FRCI. Les villages de petit Akoupé, en pays Akyé, Broudoumé et Nagadoukou dans la région de Gagnoa sont actuellement livrés à ses hommes qui malmènent leurs habitants, incendient leurs maisons et y prennent des otages qui servent par la suite de moyen de rançon. Ce n'est certainement pas à eux que le Chef  de l'Etat s'adresse en affirmant que la sécurité est à nouveau de retour et que les ivoiriens ne doivent plus avoir peur.

Mais Alassane Ouattara évoque aussi, à l'occasion de ce message,  de grands principes comme ceux de la démocratie en indiquant que son avènement à la tête du pays marque le retour de la Côte d'Ivoire dans une ère démocratique. Il ne passe pourtant pas de jour sans qu'il ne défigure le visage institutionnel du pays. L'Assemblée nationale n'a plus droit à son budget  habituel pour assurer son fonctionnement et en violation de la constitution, le président du conseil constitutionnel Paul Yao N'dré vient d'être viré. Pis, Ouattara promet de modifier la constitution alors qu'en vérité, il n'a qu'une initiative en la matière, le peuple étant le seul souverain. Quoi d'étonnant en fait, depuis son arrivée au pouvoir, le chef de l'Etat fait ce qu'il veut. Il arrête qui il veut, fait geler les comptes de qui il veut et promet des sanctions à des prisonniers sur le sort desquels la justice reste étrangement muette.

Les FRCI quant à elles tirent profit de cette tendance du chef de l'Etat à ne pas se conformer à ses charges. Elles continuent de piller et de tuer. Après avoir dénoncé les chasseurs dozos qui sèment la terreur  dans la partie ouest du pays pour mieux protéger le pouvoir de Ouattara, Human Rights Watch s'inquiète de la promotion des principaux chefs de guerre dans l'armée régulière. L' ONG condamne ces promotions et doute de l'engagement du chef de l'Etat à mettre fin à l'impunité. Finalement, seule compte  l'impunité de ses adversaires politiques.

Mais ce sont sur les préoccupations matérielles des ivoiriens que le discours de Ouattara fuit les réalités nationales. Les déguerpissements sont nécessaires, dit-il pour justifier la brutalité de ceux qui sont commis à cette tâche et qui n'ont pas jugé bon de donner des mises en demeure aux concernés. Les ONG locales et internationales, tout comme les Ambassades promptes à bloquer ce type d'opération sous Gbagbo assistent sans broncher à ces actes qui relèvent d'une violation des droits de l'homme. Ouattara, lui, se veut formel : les droits de l'homme c'est lui qui les respecte. Par ailleurs, il est toujours le Dr. Solution qui a promis monts et merveilles aux ivoiriens.  Ceux qui n'ont pas encore de travail seront bientôt comblés. Le gouvernement va réaliser sa promesse en créant des emplois, promet le chef de l'Etat qui, sur ce chapitre, a au moins déjà montré qu'à défaut d'en créer, il  sait procéder à des annulations de concours sur la base qu'ils auraient été organisés par un gouvernement illégitime et  renvoyer des travailleurs ou geler leurs comptes pour avoir continué à occuper leur poste pendant la période postélectorale. A partir de quand  compte-t-il donc créer ces emplois ? Motus et bouche cousue. Sauf pour se fendre, comme à ses habitudes, d'une petite mystification  pour gogo et rassurer ses ouailles avec des peccadilles comme  le retour du Fonds monétaire international en Côte d'Ivoire, il a pourtant toujours été là, celui de la Banque mondiale et de toutes ces institutions que Ouattara considère toujours comme des entités pouvant développer la Côte d'Ivoire.

Tout va donc bien. Malheureusement, le chef de l'Etat est le seul optimiste. Car malgré les effets d'annonce sur des milliards recouvrés ou encore ses invitations au G8 à Deauville en France ou à la Maison blanche, la situation économique du pays est catastrophique. Les salaires, humiliation suprême pour la fierté nationale, sont payés par la France et des forces de l'ordre traînent encore des arriérés de soldes tout comme de nombreux travailleurs ivoiriens. La grogne jusque-là contenue à cause de la présence des FRCI dans les rues risque de sortir de son lit si les provocations du gouvernement continuent. Et rien que pour cela, Ouattara sur TCI, sur une télévision privée utilisant les infrastructures de la télévision nationale, c'était déjà une très mauvaise affiche.


Joseph Titi

 

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COTE D'IVOIRE : A CHACUN SON DISCOURS


Après la confrontation physique, celle des visions ? Quelques heures avant qu'Alassane Ouattara ne lise son discours à la nation, Laurent Gbagbo a martelé ses convictions dans une déclaration envoyée à la presse nationale.


Il va lui pourrir la vie et ce n'est que justice. Vendredi dernier, l'ancien président de la République a fait parvenir à la presse ivoirienne le contenu d'une déclaration intitulée adresse de Laurent Gbagbo à la nation à l'occasion de la fête de l'indépendance de la Côte d'Ivoire. Même si la déclaration est sobrement référencée, il n'empêche qu'elle est attentatoire à la solennité de l'événement et à l'exclusivité dont Ouattara aurait bien aimé se targuer, lui dont les premières assises ont été par ailleurs parasitées par un stupide accident d'autocar qui a recouvert de deuil sa première fête d'indépendance en tant que chef de l'Etat. L'ancien président qui connaît bien les tendances atlantistes de son successeur lui rappelle notamment dans cette déclaration « qu'il est illusoire de croire qu'un peuple peut assurer le bonheur parfait d'un autre peuple ».

Alassane Ouattara est bien souvent mal à l'aise sur ce type de rhétorique, lui qui a été porté au pouvoir par une kyrielle d'organisations internationales, et principalement  par la détermination des soldats français et de l'Onuci. Samedi, le nouveau chef de l'Etat a pourtant essayé de compter, insistant sur des thématiques telles que la démocratie, l'indépendance nationale et la souveraineté considérées par lui comme la « promesse d'une société souveraine, rassemblée dans la paix et dans le respect des Droits de l'homme ». Mais Ouattara est emprunté quand il parle de ces sujets. Car au contraire de Laurent Gbagbo, il croit aux institutions internationales, à la fameuse communauté internationale. C'est d'ailleurs avec leur crédibilité qu'il a essayé de convaincre et calmer les ardeurs des populations qui commencent à être impatientes. « Les investisseurs ont à nouveau le regard tourné vers la Côte d'Ivoire. Les partenaires au développement que sont la Banque Africaine de Développement, notre institution continentale, la Banque Mondiale, le FMI, l'Union Européenne ainsi que d'autres organisations et institutions sont de retour. Très bientôt, vous sentirez les retombées de ces contacts sur votre quotidien », a-t-il dit dans un plaidoyer pro domo.

Laurent Gbagbo, lui,  ironise sur la position de la monture et le foin. « Je reste persuadé, dit-il , que dans le rapport dialectique du cavalier et de la monture, quelles que soient la qualité et la quantité du foin que le cavalier donne à la monture, la position de celui-là ( le cavalier ) reste largement confortable par rapport à la position de celle-ci (la monture). L'ancien président écrit d'une main ferme et parle d'indépendance nationale d'une tonalité différente coulée dans les sillons tracés par de grands combattants de la liberté : Ghandi, en Inde, Martin Luther King aux Etats-Unis dont le combat profite à présent à Barack Obama, le Général de Gaulle en France, Mao Tsé Toung en Chine, Nelson Mandela en Afrique du Sud et Patrice Lumumba au Congo. « Leur mérite est tout à fait grand dans le contexte qui était le leur. Mais nous devons avoir à l'esprit que leur combat serait vain si nous nous arrêtions à admirer seulement leurs acquis », écrit Gbagbo prêt au sacrifice suprême pour la liberté et l'indépendance de son pays. Et même si « chacun est appelé à donner un sens réel au devoir que nous rappellent les symboles de l'Etat et les armoiries de la République » en faisant sien « le combat permanent qui doit mobiliser toutes les énergies des filles et des fils de notre pays », l'ancien président ne se dérobe point. « En ce qui me concerne, je continue de refuser la position de la monture dan laquelle l'on veut absolument maintenir le peuple africain ».

Au plan interne, Laurent Gbagbo  ne veut pas non plus transiger sur le respect de la constitution ; ce qui n'est pas a priori le fort d'Alassane Ouattara. D'ailleurs comme si sa seule volonté suffisait, il a déjà annoncé qu'il modifierait la constitution. « Sur le plan politique, le respect de la constitution, symbole du contrat social qui fonde notre Nation, est une exigence absolue qui ne peut s'accommoder de compromis possibles ». C'est pourquoi Gbagbo dénonce une fois encore les accords de défense avec la France qui est un accord de dupes. « Le respect de nos institutions me paraît être un autre aspect tout aussi important de l'exercice de notre souveraineté. C'est pourquoi nous avons négocié avec les autorités françaises la rupture des accords de défense qui nous liaient avec l'ancienne puissance coloniale. La crise que connaît notre pays nous aura appris que dans ce monde à compétition ouverte du fait de la mondialisation, les conflits d'intérêts peuvent naître entre les nations même les plus amies. Dans ces conditions, il vaut mieux se donner une marge de manœuvre dans l'exercice de son droit de défense ». Avec ça, il n'est pas sûr que le discours de Ouattara  ait eu  l'effet escompté après le cours d'indépendance du Professeur Laurent Gbagbo.

 

Joseph Titi


Source: Le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" N° 35 du mardi 9 août 2011.