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vendredi, 19 décembre 2008

LETTRE OUVERTE DES JOURNALISTES RESISTANTS AU PRESIDENT BLAISE COMPAORE

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Les Journalistes résistants au Facilitateur Blaise Compaoré :

« Monsieur le Président, achevez votre œuvre de sortie crise en Côte d’Ivoire »
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Monsieur le Président, Facilitateur dans le Dialogue direct interivoirien,
Nous avons l’honneur de venir par la présente, attirer votre attention sur les faits qui risquent d’acculer à l’échec, l’Accord politique de Ouagadougou (APO), dont vous êtes le Parrain.

Lorsque vous vous êtes engagé à la tâche, en tant que Président en exercice de la CEDEAO, la Coalition des Journalistes résistants de Côte d’Ivoire (CJR-CI) a espéré vous voir, pour l’APO, comme la fusée gyrostabilisée, conçue en 1847 par le Britannique William Hale, fusée destinée à éliminer le poids mort du long stabilisateur arrière des fusées de Congreve, utilisées par le navire britannique Erebus. Vous êtes donc, non seulement le Facilitateur pour l’APO, mais surtout son stabilisateur, son système « antitorpille ». Ni la CEDEAO, ni l’APO ne vous autorisent à utiliser votre territoire, le pays frère, Burkina Faso, comme base arrière à des bandes rebelles, pour déstabiliser la Côte d’Ivoire.
Nous avons mis un trait sur les événements d’avant l’APO, où la rébellion dirigée par Soro Kigbafori Guillaume, s’était entraînée et équipée dans votre pays, avant de lancer l’assaut contre la Côte d’Ivoire. Mais, nous constatons avec consternation, que Koné Zakaria, chef de guerre de la zone 5 (Vavoua et Séguela), limogé le 16 mai 2008 pour indiscipline et réfugié au Burkina Faso, se livre à des déclarations anti-APO et parvient même à faire mutiner les éléments qui lui sont encore fidèles (attaque sanglante à Séguéla le 24 novembre 2008). Dans une interview donnée à Le Latéral info (Bamako) et reprise par Abidjan.net, Koné Zakaria a déclaré : « J'ai toujours marqué mon désaccord depuis que cette lutte a pris de nouvelles orientations, surtout après la signature des accords de Ouagadougou. »

Le devoir de solidarité sous régionale

La Coalition des Journalistes résistants de Côte d’Ivoire, est étonnée de savoir que Koné Zakaria, l’ennemi de votre « bébé », en résidence surveillée chez vous au Burkina, a la latitude de déstabiliser cet Accord qui redore votre blason en Côte d’Ivoire et dans l’opinion internationale. Parce que nous attendons du Président de la CEDEAO, le renforcement de l’unité et de la solidarité des Etats de la sous-région ; la coordination et l'intensification de la coopération en faveur du développement de la défense de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats membres. Et nous n’avons pas envie de désespérer.

Mais le champ gravitationnel dont souffre l’APO, s’étend au-delà des actions subversives de Koné Zakaria. L’attraction gravitationnelle est également exercée par les Forces Nouvelles (FN) et la position équivoque de la Facilitation. En effet, la question du désarmement des ex-combattants des FN, prévu au plus tard le 30 décembre 2007 par l’Art. 3 du 3e accord complémentaire à l’APO, est devenu un sujet tabou. Comme si l’hypocrisie outrancière, le reniement et la remise en cause de la parole donnée, n’avaient pas suffisamment montré aux acteurs politiques et militaires de cette crise, leur capacité de nuisance pour nos populations.

SIDIKI Konaté, la bouche incendiaire

Le 29 novembre 2008, le président du Front populaire ivoirien (FPI), Pascal Affi N’Guessan, ayant constaté le retard et même la relégation du dossier du désarmement, a interpellé le Premier ministre Soro Guillaume, en disant que « les élections sans désarmement signifieront l'échec de l'Accord politique de Ouagadougou» et que cela était inacceptable. Mais plutôt que de rassurer cette importante partie de l’Accord de Ouaga que représente Affi, le porte-parole des Forces Nouvelles, Konaté Sidiki, déclare le mercredi 3 décembre 2008, que « nous ne sommes pas demandeurs de la paix » et que «certains individus comme M. Affi N’guessan ont fait le choix de perpétuer la guerre en Côte d’Ivoire.» Et comment un partenaire de paix peut-il tenir les propos suivants à son co-équipier et attendre de lui, un baiser d’amour ? «Dans sa cynique volonté de se positionner dans son parti où il n’a aucun poids, Affi N’Guessan, en grand irresponsable, veut engager le destin de la Côte d’Ivoire avec son propre destin en déclin.» En quoi faisant ? En rappelant que le désarmement doit avoir lieu avant les élections ?

Mais juste après sa torpille, Konaté s’est envolé pour la Mecque, afin d’accomplir le 5e pilier de l’Islam. Mais à l’instar du personnage Raskolnikov, ancien étudiant contestataire et idéaliste, rêvant de devenir un être exceptionnel, auteur d’un double meurtre, « au nom de l’humanité » (Crime et Châtiment, roman de l’écrivain russe Fedor Dostoïevski, 1866), il ne devrait recevoir le « pardon de Dieu que s’il consent à se dénoncer » et que la Kaaba obtient l’aveu de sa culpabilité et le persuade de ce pardon d’Allah. Parce que selon le mutazilisme (première école théologique islamique importante, VIIIe et IXe siècles), « la question de l’importance des bonnes œuvres demeure et les mutazilites soutiennent qu’un individu qui a commis de graves péchés sans s’en repentir n’est ni un musulman ni un infidèle, mais se situe entre les deux. »

La position équivoque de la Facilitation

Et pendant que le tollé provoqué par cette sortie malheureuse agite l’opinion, votre Représentant spécial, Bouréima Badini, déclare ceci, le jeudi 11 décembre 2008, sur la radio ONUCI-FM : « L’essentiel, c’est que les gens ne portent pas les armes pendant l’élection ». Mais comment M. Badini peut-il garantir cela en cas de mauvaise humeur des ex-rebelles, qui ne cessent de nous montrer leur promptitude à recourir aux armes, dans leurs zones, comme dans les multiples tentatives de prise d’Abidjan ? Votre Représentant doit se rappeler qu’en 1991, en Angola, un premier accord de paix avait été signé entre le MPLA et l’UNITA. Qui a permis en septembre 1992, l’organisation d’élections pluralistes, législatives et présidentielle, dans les conditions indiquées à demi-mot par M. Badini. Mais le dirigeant de l’UNITA, Jonas Savimbi, a refusé la victoire de José Eduardo Dos Santos, son rival, à la tête de l’État depuis 1979. Et l’UNITA ne s’est pas embarrassée à reprendre les combats. L’exemple même, plus présent, de la République démocratique du Congo (RDC), où la rébellion du Gal Laurent Nkunda crée une situation humanitaire catastrophique, doit nous interpeller. Nous sommes persuadés que ni vous-même, le Facilitateur, ni M. Bouréima Badini, votre Représentant ne souhaitez cela à la Côte d’Ivoire.

Signalons également que le Centre de Commandement intégré (CCI), laboratoire de la nouvelle armée ivoirienne, excelle dans l’art de l’indiscipline et du désordre (mutinerie à Bangolo et N’Gatadolikro). Il est plus inquiétant que notre armée nationale, qualifiée autrefois d’armée d’opérette.

L’autre pesanteur qui menace l’APO, c’est Alassane Dramane Ouattara, président du Rassemblement des Républicains (RDR), ancien Premier ministre. Il vient de promettre à ses militants, qu’il sera au Palais présidentiel le 1er janvier 2009, sans leur indiquer comment il entend y parvenir, alors que la présidentielle n’est pas programmée fin décembre 2008. Pourtant, le 22 octobre 2008, lors de sa rencontre avec les populations de Tabou, le Président Laurent Gbagbo a indiqué ceci : « Chacun a le droit d’avoir des ambitions. Mais, en politique, c’est le peuple qui décide. Et l’autre pilier de la démocratie, ce n’est pas seulement de se faire élire, mais que les autres respectent ton élection. » Nous espérons que le Cadre permanent de Concertation (CPC) dont il est membre, lui demandera comment il entend procéder pour être au pouvoir, sans être choisi par les Ivoiriens.

Le désarmement, un leurre ?

Ajoutons à cela, le fait qu’il nous parvient de plus en plus, que Paris veut redevenir le point de ralliement des ennemis de la Côte d’Ivoire. Paris et ses acolytes ne doivent pas pousser les Ivoiriens, au sentiment anti-français, comme le pape Jean XXII a excommunié, en 1324, Louis IV de Bavière (Roi des Romains (1314-1346) et empereur, pour son ingérence dans les affaires italiennes (Italie du Nord).

Monsieur le Facilitateur de notre Dialogue, la Coalition des Journalistes résistants de Côte d’Ivoire vous prie de faire en sorte que l’APO, notre espoir, ne ressemble pas au poisson du paléontologue américain, Stephen Jay Gould (1941-2002), auteur « d’une contribution novatrice aux théories de l’évolution et vulgarisateur talentueux des sciences de la vie ». Stephen Jay Gould expliquait lui-même ainsi, dans les pages d’Encarta 2006, une de ses œuvres : « Dans un chapitre de mon premier livre, Darwin et les grandes énigmes de la vie, j’ai raconté l’histoire de la Lampsilis, une palourde d’eau douce dont la partie postérieure s’orne d’un « poisson » en trompe-l’œil. Ce leurre remarquable est doté d’un « corps » fuselé, d’extensions latérales simulant les nageoires et la queue et, pour parfaire l’effet général, d’une tache représentant l’œil… »

Espérons que l’APO n’est pas un leurre, en ce qui concerne son volet désarmement, nous vous prions, Excellence Monsieur le Facilitateur, de bien vouloir achever votre œuvre de sortie crise en Côte d’Ivoire.

Abidjan, le mercredi 17 Décembre 2008.

Pour le Bureau de CJR-CI

Le Président

Germain Séhoué
gs05895444@yahoo.fr


12:32 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : facilitateur, blaise compaoré, accord de ouaga, journalistes résistants | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |