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vendredi, 05 avril 2013

LA JUSTICE DES VAINQUEURS DE OUATTARA A NOUVEAU EPINGLEE PAR HUMAN RIGHTS WATCH

 

ALASSANE OUATTARA - FETE DE LA TABASKY.JPG


Human Rights Watch presse Ouattara d'établir une justice impartiale

 

Par RFI. Presque deux ans après la fin d'une crise postélectorale qui a fait officiellement 3 000 morts, l'organisation américaine Human Rights Watch épingle le pouvoir d’Alassane Ouattara pour partialité dans un rapport de 82 pages publié aujourd’hui, jeudi 4 avril 2013. Le rapport est intitulé «Transformer les discours en réalité: l’heure de réclamer des comptes pour les crimes internationaux graves perpétrés en Côte d’Ivoire». 


«Plus d’impunités en Côte d’Ivoire, tous les responsables de crimes seront poursuivis quelque soit leur couleur, leur choix politique ou leur grade militaire». Human Rights Watch salue ces déclarations du président Alassane Ouattara depuis l’arrestation de Laurent Gbagbo, il y a presque 2 ans. Des déclarations répétées régulièrement depuis son investiture en mai 2011.
Malheureusement, on voit peu de signes concrets de cette justice impartiale qui a été promise. Pour Phlippe Bolopian, représentant de HRW auprès des Nations-Unis, «la justice des vainqueurs ne permettra pas la réconciliation, elle ne permettra pas de rassurer les personnes appartenant ou étant sympathiques au clan Gbagbo. Il est temps de tourner cette page sombre de l’histoire de la Côte d’Ivoire et ça ne pourra se faire qu’au prix d’une justice vraiment impartiale et pas d’une justice de vainqueurs.»
Les chiffres parlent d’eux-mêmes, 150 personnes dans le clan Gbagbo poursuivies, 0 dans le camp Ouattara. Il est temps de changer cette équation.
«HRW exhorte la communauté internationale à peser de tout son poids sur les autorités ivoiriennes, pour qu’elles traduisent leurs paroles en actes». 

Pour l’ONG américaine, les partenaires de la Côté d’Ivoire dans l’Union européenne, la France et les Etats-Unis devraient accroître leur pression diplomatique et établir un lien entre leur soutien financier et les efforts de justice impartiale. 

Côte d’ivoire: Des promesses de justice impartiale non tenue 

(Abidjan) – Le gouvernement ivoirien n’a pas encore honoré sa promesse de réclamer des comptes de manière impartiale pour les crimes internationaux graves perpétrés lors de la crise post-électorale de 2010-2011, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Les autorités ivoiriennes devraient renforcer leur soutien aux juges et aux procureurs qui traitent ces affaires afin que justice puisse finalement être rendue aux victimes des deux camps. 

Le rapport de 82 pages, intitulé « Transformer les discours en réalité : L’heure de réclamer des comptes pour les crimes internationaux graves perpétrés en Côte d’Ivoire », analyse les efforts inégaux déployés par la Côte d’Ivoire pour réclamer des comptes aux responsables des crimes internationaux graves commis dans la foulée du scrutin présidentiel de novembre 2010. Depuis son investiture en mai 2011, le Président Alassane Ouattara a déclaré à plusieurs reprises qu’il s’engageait à traduire en justice tous les responsables, indépendamment de leur affiliation politique ou de leur grade militaire. Or, même si les procureurs ont inculpé plus de 150 personnes pour des crimes perpétrés au cours des violences post-électorales, aucun des inculpés ne provient des forces pro-Ouattara. 

« Le soutien exprimé par le Président Ouattara en faveur d’une justice impartiale sonne creux s’il n’est pas assorti de mesures plus concrètes visant à rendre justice aux victimes des crimes commis par les forces pro-gouvernementales », a souligné Param-Preet Singh, juriste senior au programme de Justice internationale de Human Rights Watch. « Si la Côte d’Ivoire veut rompre avec son dangereux héritage qui permet aux personnes proches du gouvernement d’être à l’abri de la justice, il faut qu’elle engage des poursuites crédibles à l’encontre des responsables de crimes appartenant aux deux camps impliqués dans le conflit post-électoral. » 

Les partenaires internationaux de la Côte d’Ivoire—dont l’Union européenne, les Nations Unies, la France et les États-Unis—devraient également accroître leurs pressions diplomatiques et leur soutien financier aux efforts de justice impartiale, a noté Human Rights Watch. 

Le rapport est basé sur des travaux de recherche réalisés à Abidjan en septembre 2012 ainsi que sur des entretiens de suivi avec des responsables gouvernementaux, des juristes, des membres de la société civile, des représentants de l’ONU, des diplomates et des responsables d’organismes bailleurs de fonds. 

Les résultats du scrutin présidentiel de novembre 2010, reconnus internationalement, avaient donné Ouattara vainqueur, mais Laurent Gbagbo, son rival, avait refusé de quitter la présidence. Une crise de cinq mois s’en était ensuivie, au cours de laquelle au moins 3 000 personnes avaient été tuées et 150 femmes violées, souvent dans le cadre d’attaques perpétrées en fonction de critères politiques, ethniques et religieux. En novembre 2011, Gbagbo avait été transféré à La Haye en vertu d’un mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale (CPI). Il y demeure en détention dans l’attente d’une décision établissant s’il existe suffisamment d’éléments de preuve pour intenter un procès contre lui pour quatre chefs de crimes contre l’humanité. 

Les affaires liées à des crimes internationaux graves peuvent se révéler sensibles, mais l’absence de justice risque d’entraîner de lourdes conséquences. L’impunité chronique qui prévaut alimente les épisodes répétés de violence dont la Côte d’Ivoire est le théâtre depuis dix ans, les civils en payant le prix le plus élevé, a déploréHuman Rights Watch. 

En juin 2011, le Président Ouattara a créé la Commission nationale d’enquête, la Cellule spéciale d’enquête, ainsi que la Commission dialogue, vérité et réconciliation en réponse aux exactions commises lors de la crise post-électorale. En août 2012, la Commission nationale d’enquête a publié un résumé de son rapport, lequel confirme d’une part que des crimes graves ont été perpétrés à la fois par les forces pro-Gbagbo et pro-Ouattara et recommande d’autre part la traduction en justice des responsables de ces actes. Ces résultats font écho aux constatations d’une commission d’enquête internationale mandatée par l’ONU et aux rapports d’associations de défense des droits humains. 

Human Rights Watch a appelé la Cellule spéciale d’enquête, chargée de mener des enquêtes judiciaires sur les crimes post-électoraux, à utiliser le rapport de la Commission nationale d’enquête pour réaliser un « exercice de cartographie ». Cet exercice consisterait essentiellement à fournir un panorama détaillé des crimes commis par région durant la crise, identifiant des personnes suspectes si cela s’avère possible. Cela aiderait la cellule à élaborer une stratégie pour la sélection des affaires devant faire l’objet d’enquêtes et de poursuites, ce qu’elle n’a pas encore fait. 

Les parties non confidentielles de tout « exercice de cartographie » et de toute stratégie en matière de poursuites devraient être partagées avec le public afin de contribuer à instaurer la confiance en la capacité de la Cellule nationale d’enquête d’exécuter son mandat en toute indépendance et impartialité. La cellule a probablement besoin d’effectifs supplémentaires si elle veut parvenir à mener des poursuites impartiales visant les auteurs de crimes internationaux graves, a fait remarquer Human Rights Watch. 

Human Rights Watcha constaté que de nombreuses personnes accusées de crimes post-électoraux se trouvaient en détention préventive depuis près de deux ans, en violation de leur droit internationalement reconnu à un procès équitable, en partie à cause du besoin de procéder à des réformes juridiques attendues de longue date. Le gouvernement devrait accélérer ses efforts de réforme du Code de procédure pénale afin que les accusés déjà en détention puissent sans tarder faire l’objet d’un procès et bénéficient du droit d’interjeter appel. L’accès à un avocat devrait également être rendu obligatoire à un stade plus précoce de la procédure, ainsi que l’assistance judiciaire pour les accusés qui ne peuvent se payer un avocat. 

Les États parties à la CPI, l’UE et les Nations Unies, notamment, ont de plus en plus souvent exprimé leur engagement à promouvoir la traduction en justice des auteurs de crimes internationaux devant des tribunaux nationaux afin que la complémentarité—principe en vertu duquel la CPI n’intervient que lorsque les tribunaux nationaux n’ont pas la volonté ou sont dans l’incapacité de mener à bien des poursuites—devienne réalité. Le rapport de Human Rights Watch met toutefois en avant des éléments démontrant que les principaux partenaires de la Côte d’Ivoire n’ont déployé que des efforts limités en ce sens. 

Les partenaires internationaux de la Côte d’Ivoire devraient tirer les enseignements des erreurs commises au lendemain du conflit armé qui avait touché le pays en 2002-2003, a relevé Human Rights Watch. À la suite de ce précédent conflit, les partenaires internationaux du pays ont gardé le silence alors que la justice se voyait reléguée au second plan et que l’impunité s’enracinait plus profondément, contribuant à poser les jalons de la crise post-électorale dévastatrice de 2010 et 2011. 

« L’absence de réformes majeures visant à fournir le soutien nécessaire pour les enquêtes et les poursuites freine les progrès en matière de lutte contre l’impunité pour les crimes internationaux graves perpétrés en Côte d’Ivoire », a expliqué Param-Preet Singh. « Les partenaires internationaux de la Côte d’Ivoire devraient travailler aux côtés du gouvernement pour fournir une assistance là où elle s’avère nécessaire, et user de leur influence diplomatique pour renforcer le message selon lequel l’impunité n’est pas une solution envisageable. » 

Le gouvernement ivoirien et les bailleurs de fonds internationaux devraient également coopérer pour soutenir l’indépendance des juges et des procureurs, ainsi que pour assurer la protection et la sécurité des témoins, des juges, des procureurs et des avocats de la défense travaillant sur des affaires de crimes internationaux graves. Ceci est d’une importance capitale pour garantir l’exercice d’une justice équitable et impartiale pour les principaux crimes commis dans un passé récent, et pour renforcer l’ensemble du système judiciaire ivoirien afin qu’il puisse opérer efficacement et équitablement à l’avenir, a indiqué Human Rights Watch. 

À la suite des requêtes introduites par les gouvernements Gbagbo et Ouattara afin qu’une enquête soit menée sur les violences en Côte d’Ivoire, la CPI a ouvert une enquête en octobre 2011. La cour est compétente pour juger les crimes perpétrés dans le pays à partir du 19 septembre 2002. À ce jour, elle n’a délivré publiquement que deux mandats d’arrêt, à l’encontre de Laurent Gbagbo et de son épouse Simone, tous deux accusés de crimes contre l’humanité. Se basant sur des entretiens effectués avec de nombreux militants de la société civile ivoirienne, le rapport de Human Rights Watch conclut que l’approche à sens unique adoptée par la CPI a légitimé la mise en œuvre de la même approche par les autorités judiciaires ivoiriennes et porté atteinte à l’image en Côte d’Ivoire de la CPI en tant qu’institution impartiale. 

La Côte d’Ivoire a ratifié en février 2013 le Statut de Rome, le traité qui a institué la CPI, devenant le 122e État partie à la cour. 

Simone Gbagbo se trouve toujours en détention préventive en Côte d’Ivoire, où elle a été inculpée de génocide, entre autres crimes. Le gouvernement ivoirien devrait honorer l’obligation qui lui incombe de remettre Simone Gbagbo à la CPI, une alternative étant de contester la recevabilité de son affaire devant la CPI parce qu’elle comparaît en justice au niveau national pour des crimes de même nature. 

«La CPI devrait rapidement enquêter sur les crimes commis par des individus appartenant au camp Ouattara et, sur la base des éléments de preuve, demander que des mandats d’arrêt soient délivrés», a conclu Param-Preet Singh. «Ceci se révèle indispensable pour rétablir la légitimité de la CPI en Côte d’Ivoire et faire pression sur les autorités ivoiriennes afin qu’elles produisent des résultats crédibles et impartiaux.»
 
 

Source: AFRIK53.COM

samedi, 24 novembre 2012

COTE D'IVOIRE: OU VA ALASSANE OUATTARA?

ALASSANE OUATTARA - ADO MAGELLAN.jpg

 

Au pouvoir depuis 19 mois, Alassane Ouattara n’a toujours pas stabilisé la Côte d’Ivoire, malgré une campagne propagandiste visant à montrer une Côte d’Ivoire où tout va pour le mieux. Malheureusement, le pays semble toujours plongé dans un engrenage aux conséquences incalculables. Avec une cristallisation des positions et une fracture sociale qui peine à se ressouder. 

Violations permanentes des droits de l’homme, justice des vainqueurs, rattrapage ethnique, traque, enlèvements, arrestations tous azimuts des partisans de Laurent Gbagbo… Une situation qui n’est pas près de prendre fin, dix-neuf mois après la prise du pouvoir par Alassane Dramane Ouattara. Malgré les interpellations - en catimini - de l’Onuci et de certaines chancelleries occidentales accréditées à Abidjan, le régime Ouattara continue de s’accommoder de la situation de terreur et d’insécurité rapprochée qui prévaut. 

Aggravant de plus en plus la détérioration déjà grande de la cohésion sociale. En fait, Ouattara et ses lieutenants veulent- ils vraiment d’une Côte d’Ivoire définitivement réconciliée? Où va Ouattara qui semble courir dans tous les sens sans toutefois réussir à mettre le doigt sur le véritable blocage? Malgré son hymne à la réconciliation entonné depuis mai 2011, le chef de l’Etat a-t-il de réelles dispositions à aller à une véritable réconciliation qui passe nécessairement par le règlement politique de la crise postélectorale? Bâillonner l’opposition, museler la presse libre, maintenir une politique de terreur qui se résume en une traque effrénée des pro-Gbagbo, à des enlèvements et arrestations à échelle industrielle, et à des actes de tortures à profusion. 

Peut-on vouloir une chose et son contraire à la fois? En tout cas, Alassane Dramane Ouattara est en passe de réussir cette prouesse. Car, pendant qu’il continue d’asphyxier économiquement des centaines de familles dont les comptes bancaires sont gelés depuis deux ans, pendant qu’il maintient en détention les personnalités proches de Laurent Gbagbo, pendant qu’il «éternise » l’exil de centaines de milliers d’Ivoiriens, Ouattara appelle à la réconciliation. A quelle réconciliation fait-il allusion? L’institution sortie de sa besace pour conduire le processus de réconciliation va à vau-l’eau. Banny, le président de la Cdvr, a vraisemblablement des difficultés pour faire bouger le train de la réconciliation. A cause du manque de volonté politique affichée de la part du régime Ouattara. 

Dans un tel environnement, près de deux ans après la fin de la crise postélectorale, les violations des droits de l’homme sont aussi récurrentes qu’après l’arrestation du président Gbagbo. La vague de répression des Frci sur les populations et partisans de Laurent Gbagbo en particulier semble sans fin. Malgré les dénonciations de l’Onuci, d’Amnesty International, la FIDH et tout récemment de Human Rights Watch (HRW), Ouattara reste toujours de marbre. Les principaux mis en cause de cette vague de répression et de tortures sont toujours des pions clés du régime Ouattara. Pis, ces ex-chefs de guerre, au lendemain des accusations et dénonciations des organisations de défense des droits humains, ont eu des promotions. Alassane Ouattara, ce «démocrate» imposé à coup de bombes, reste insensible au martyre que vivent des milliers d’Ivoiriens, détenus, déportés, traqués au quotidien ou en exil. 

Une hyper-présidence dans un environnement de terreur 

Depuis le 11 avril 2011, les Ivoiriens vivent sous un pouvoir d’exception, à la limite du régime militaire. Avec un retour progressif puis en force des «Com’zones» comme du temps de la rébellion de septembre 2002. Le pays est codirigé par l’aile politique, tenue par Alassane Ouattara et l’aile militaire, avec la montée en puissance des ex-chefs de guerre, derrière qui transparait l’ombre d’un certain Guillaume Soro. Au-delà de cette évidence, Alassane Ouattara exerce une hyper-présidence. Violant à maintes reprises la Constitution ivoirienne, sans sourciller. Sa récente décision de dissolution du gouvernement suite à un débat au Parlement est symptomatique de son «hyper-présidence», si on veut faire dans la litote. Une «hyper-présidence» qui admet difficilement le fait de la séparation des pouvoirs exécutif et législatif. Il a selon toute vraisemblance la dictature à fleur de peau. A défaut de ne pouvoir dissoudre l’Assemblée nationale, le chef de l’Etat s’est empressé de dissoudre son gouvernement. 

Histoire de mettre la pression sur les députés PDCI qui osent contrarier les projets de lois émanant de l’exécutif. En réagissant ainsi Ouattara entend dicter une certaine attitude à ses alliés du Pdci qui estiment avoir légitimement certains droits. L’hyper-président a voulu ainsi montrer à ses alliés qu’il n’est redevable qu’à ses soutiens extérieurs qui l’ont permis de s’installer au palais présidentiel. Où va Ouattara avec cette radicalisation de sa gouvernance. Peut-il prendre le risque de se mettre à dos le Pdci? Osera-t-il fâcher davantage le Pdci avec la formation de son nouveau Gouvernement, qui sera dirigé par Daniel Kablan Duncan? Pas si sûr, même s’il ne jure que par sa fidélité à ses parrains. 



Franck Toti, in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier".

lundi, 04 juillet 2011

FAIRE GAFFE A LA RECONCILIATION ET A LA JUSTICE DES VAINQUEURS

 

AHOUSSOU JEANNOT 2.jpg

Nous avions espéré l’après kidnapping du Président Laurent Gbagbo par l’armée française, malgré le choc qu’ils ont pu subir pendant ces heures dramatiques de la jeune histoire de leur pays, comme une période de rapprochement, de pardon et de réconciliation pour les ivoiriens. Qui n’ont en fait pas vraiment le choix s’ils veulent continuer à exister en tant que nation. Notre espérance aura été bien vite déçue.

Le Prix Nobel de la Paix sud-africain et illustre président de la célèbre Commission Vérité et Réconciliation de l’après Apartheid, le Révérend Desmond Tutu, l’aura recommandé aux Ivoiriens lors de sa visite au Président Laurent Gbagbo, à sa résidence surveillée de Korhogo, en compagnie de Monsieur Kofi Anan, ex-Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) : « Il faut éviter de parler de justice quand on veut réussir la réconciliation ». Aura-t-il été entendu ? Rien n’est moins sûr.

Encore énivré et grisé par sa chevauchée victorieuse du 28 mai au 11 avril 2011 qui a vu le renversement du régime de Laurent Gbagbo, le RHDP n’en a cure et fait fi du chemin de la sagesse et de l’expérience qui lui est ainsi proposé. Il a décidé de définir sa propre voie de la réconciliation : celle des vainqueurs ! Qui fait table rase de toute considération humanitaire, légal, juridique et même humaine : une centaine de parents, collaborateurs et partisans de Gbagbo emprisonnés sans aucun chef d’accusation, dans des conditions inhumaines ; l’ex-Première Dame, la Député Simone Ehivet Gbagbo, mise aux arrêts sans aucune levée de son immunité parlementaire ; un Premier Ministre et des ministres inculpés sans que ne soit mise en place la Haute Cour de justice ivoirienne, seule juridiction habilitée et compétente, selon notre Constitution, à juger les hautes autorités de l’Etat. Or Me Ahoussou Jeannot, le Ministre de la Justice de Ouattara, l’avait déclaré presqu’avec serment : « Nous sommes soucieux du droit et de la justice », avait-il confié à Jeuneafrique.com. Non seulement on ne tient aucun compte de la nécessité de prendre une option véritable pour le rapprochement des ivoiriens et leur réconciliation mais on escamote les procédures judiciaires. « C’est sous la pression des ONG internationales qu’Alassane Ouattara a enfin bougé et emprunté le chemin du droit », a expliqué un juriste sous le couvert de l’anonymat. Autrement, il ne l’aurait certainement jamais fait, en concluons-nous.

Ainsi, des mandats d’arrêt internationaux seront très prochainement lancés contre Charles Blé Goudé, le leader des « Jeunes Patriotes », et l’actuel porte-parole du président Laurent Gbagbo, Koné Katinan, également Ministre du budget, accusé par le nouveau régime d’avoir procédé à la nationalisation de l’agence ivoirienne de la BCEAO et des filiales des banques françaises BNP Paribas et Société Générale que sont les banques de droit ivoirien, BICICI et SGBCI.

Ainsi le vendredi 24 juin 2011, il a été clairement notifié à quinze (15) hautes autorités de l’Etat et collaborateurs du Président Gbagbo leur inculpation par les services du Parquet du Tribunal de Première instance d’Abidjan, sous au moins 18 chefs d’accusation. Ce sont :

1- Gilbert-Marie Aké N'Gbo, Premier Ministre.


2- Alcide Djédjé, Ministre des Affaires Etrangères.


3- Désiré Dallo, Ministre de l'Economie et des Finances.


4- Ettien Amoakon, Ministre des Postes, des Télécommunications et des Nouvelles Technologies de l'Information.


5- Christine Adjobi, Ministre de la Santé et de la Lutte contre le Sida.


6- Danielle Boni Claverie, Ministre de la Famille, de la Femme et de l'Enfant.


7- George Armand Ouégnin, Secrétaire d'État chargé de l'Assurance Mutuelle Universelle (AMU).


8- Philippe Henri Dacoury-Tabley, ancien Gouverneur de la BCEAO.


9- Franck Anderson Kouassi, Président du Conseil National de la Communication Audiovisuelle (CNCA).


10- Armand Bohui Komé, journaliste au Cabinet de l'ex-Première Dame Simone Gbagbo et ex-membre du Conseil National de la Presse.


11- Norbert Gnahoua Zibrabi, Directeur de publication du journal L'Oeil du peuple et ex-Conseiller technique de Laurent Gbagbo.


12- Simone Hué Lou, Directrice générale adjointe de "La Refondation", société éditrice du journal du FPI Notre Voie.


13- Germain Guézé, cameraman à la RTI, détaché à la Présidence.


14- Chantal Léba, membre de la FESCI, présidente d'un mouvement patriotique.


15- Parfait Atsé Acho, Chef de cabinet de Ahoua Don Mello, au Ministère de l'Equipement et des Assainissements.

Si des procès doivent être ouverts contre des citoyens « indélicats », alors autant que cela se fasse à partir de 2002, où les premiers assassinats et crimes économiques ont été commis contre les Ivoiriens et l’Etat de Côte d’Ivoire par la rébellion conduite par Soro Guillaume et parrainée par Alassane Ouattara. On ne peut absoudre les coupables et incarcérer les victimes, celles qui ont tentées de minimiser ce désastre socio-économique et ses effets par des opérations de sauvegarde et de salut public. Et quand, concomitamment à cette chasse aux sorcières, on embouche le clairon de la réconciliation, nous y perdons notre latin. Cette justice à sens unique nous conduit, inexorablement, dans le mur. Ce n’est qu’une question de temps.

Monsieur le Chef de l’Etat, si tant est que vous souhaitez aller à la paix avec tous les Ivoiriens, vos signaux et messages de réconciliation sont parfaitement illisibles. Aussi bien dans les médias d’Etat ivoirien – accusateurs du camp adverse et cachant mal une contemplation jouissive de sa déchéance – que dans vos actes chargés d’une forte connotation vindicative.

Oui, les appels du pied d’Alassane Ouattara à la réconciliation sont si illisibles que toutes les démarches de ses émissaires auprès des exilés ivoiriens au Ghana et au Togo (où il a lui-même, de vive voix, sollicité le retour de ses concitoyens) auront accouché d’une souris. Le Colonel-major Konan Boniface (jeune, brillant et valeureux officier supérieur de l’armée ivoirienne, major de sa promotion parmi les marine’s américains), Commandant du Théâtre des opérations (Com-théâtre) sous le régime du Président Laurent Gbagbo, se refuse à revenir au pays. Ou du moins, n’y reviendra qu’« au moment opportun », selon ses propres termes. Et avec lui, des dizaines de milliers d’Ivoiriens, ainsi que de redoutables soldats, armés et bien entraînés. Pourquoi donc ? Parce qu’ils ne voient pas de sincérité dans les propos et les actions du camp Ouattara.

Monsieur le Chef de l’Etat, vous ne pouvez tendre une main de velours à vos concitoyens et, de l’autre, cacher un glaive dans le dos. Ce n’est pas de la réconciliation mais plutôt des règlements de compte, qui feront immanquablement le lit d’un repli conservatoire et défensif qui pourrait gravement compromettre la paix en Côte d’Ivoire et conduire à une déflagration générale. Nous vous interpellons, ici. De la façon la plus vive. Un chat aculé dans un endroit clos peut se montrer extrêmement dangereux, nous apprend l’expérience de la vie. Parce qu’on ne lui laisse aucun autre choix pour sa survie.

Nous avons encore souvenance que le Président Gbagbo a évité de mener la traque contre le Président Robert Guéi à Kabakouma, dans sa région natale de Man, après sa chute en 2000, ou contre ses collaborateurs exilés. Sa préoccupation était véritablement de rapprocher tous les Ivoiriens. Et il l’a concrètement traduit par l’organisation du Forum de la Réconciliation Nationale, avec des personnes neutres (ce qui n’est pas le cas du régime Ouattara, pour sa Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation). Il a pour se faire, fait revenir d’exil Messieurs Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, pour dire leur part de vérité à cette tribune et conduire la Côte d’Ivoire vers des jours plus apaisés, même s’ils basculeront, deux ans plus tard, dans une tentative de coup d’Etat muée en rébellion qui balafrera notre pays, par le manque de sincérité de certains participants audit forum. Il aura au moins eu le mérite de mettre en confiance ses adversaires politiques pour les faire revenir dans leur pays et leur a donné des statuts qui siéent à leur rang.

Ne leur avait-il pas notamment, comme nous l’écrivions antérieurement, reconnu un statut d'anciens présidents et d'ancien premier ministre avec salaire présidentiel, voiture de fonction, escorte de sécurité, gardes de corps (au choix des bénéficiaires), résidence de fonction? N'avait-il pas amnistié tous leurs forfaits et nommé leurs hommes de mains dans son gouvernement? N'avait-il pas mis à la tête de ce gouvernement Monsieur Soro Guillaume, chef officiel de la rébellion et ne l'avait-il pas honoré selon son rang? N'avait-il pas promu aux grades militaires supérieurs et payé le rappel de 5 années de salaire à tous les membres de la rébellion en rupture de ban dans l'armée régulière ivoirienne? Et, cerise sur le gâteau, nul parmi eux n’a été, le moins du monde, inquiété pour ses actions subversives, ses crimes économiques et ses délits de droit commun. Voici ce qu’on peut qualifier d’efforts véritables de réconciliation. Pas le simulacre qu’il nous est donné de déplorer, en ce moment, en Côte d’Ivoire.

Ivoiriens, nous voulons aller à la paix. Nous n’avons de cesse de le réaffirmer, depuis le sanglant dénouement de la crise postélectorale, intervenu en avril 2011. Prenons donc garde à la réconciliation et à la justice des vainqueurs. Périlleuse et aux issues incertaines. Au risque de faire basculer la Côte d’Ivoire, notre beau pays, dans une nouvelle spirale de violence dont on ignore totalement ce que seront les aboutissements.

 

Que DIEU bénisse la Côte d’Ivoire !

 

 

DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 254 du mercredi 29 juin 2011