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vendredi, 19 août 2011

ET SI L'OPERATION DE SALUBRITE PUBLIQUE CACHAIT EN REALITE UN «BUSINESS» JUTEUX?

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Depuis l'avènement du nouveau régime ivoirien, il s'observe une véritable frénésie à remettre « de l'ordre » dans nos rues, dans notre cadre de vie et notre environnement. Une opération que nous saluons à certains égards ; notamment en ce qui concerne la mise en coupe réglée des conducteurs de mini cars « gbaka » et de taxis intercommunaux « wôrô-wôrô » - notoirement indisciplinés - ainsi que des commerçants ambulants sur des voies essentielles comme le Boulevard Mitterrand, à Adjamé Renauld, depuis les échangeurs de la Gare Nord de la SOTRA jusqu'aux 220 logements.

La furia de celle qu'on surnomme aujourd'hui Ouloto « Bulldozer », Ministre de la Salubrité Urbaine de Ouattara, n'épargne presque rien : quartiers précaires, constructions anarchiques, baraquements de marchés, étals sur les trottoirs, maquis et boîtes de nuits (de la Rue princesse de Yopougon et des Mille Maquis de Marcory), occupations illicites de la voie publique. Nous aurions applaudi des « quatre mains » si cet acharnement ne suscitait pas, au-delà de ses aspects objectivement positifs et bénéfiques, des interrogations légitimes sur  la manière dont l'opération est conduite, au regard de la Réglementation ou plus simplement des convenances. Ce qui accréditerait les dénonciations d'une certaine opinion qui voit en cette frénésie la face visible d'une obscure affaire de gros sous, au centre de laquelle se trouveraient Madame Dominique Ouattara et un certain architecte du nom d'Ibrahim Bakayoko.

En effet, si nous envisageons cette question d'une criante actualité d'un point de vue strictement social et juridique, nous comprenons mal que dans un Etat de droit, l'on puisse mener une opération d'une telle envergure, sans un minimum de campagne de sensibilisation et d'information, visant à avertir les populations et opérateurs concernés - qui, du reste, sont en très grand nombre dans un pays paupérisé par 10 années de crise aiguë. En matière de développement communautaire, il est de notoriété que toute action qui se veut durable et intériorisée par les populations ne doit pas se faire sans leur consentement et leur participation.

Ce faisant, la Ministre de la Salubrité Urbaine, Anne Désirée Ouloto, aurait dû au préalable, associer ces populations à l'action à mener et définir clairement les critères objectifs de choix des sites ainsi que le calendrier selon lesquels les démolitions, déguerpissements et autres destructions devraient se faire. De sorte que tout à fait logiquement, les habitants et occupants de ces sites soient avertis, recensés, recasés ou dédommagés. Mais rien de tout ceci. Aucune sommation ni mesure d'accompagnement.

En revanche, dans le flou le plus artistique, des bulldozers et des chargeuses sont envoyés en croisade contre des citoyens démunis, de petits commerçants et des opérateurs économiques ainsi ruinés, sans leur laisser le moindre recours. La nécessité d'assainir un certain cadre de vie ou de donner un nouveau visage à la ville d'Abidjan - opération, au demeurant, cosmétique - peut-elle justifier qu'on crée une autre plaie, plus grave : la démultiplication du nombre des sans abris, des pauvres et des sans emploi, quand on sait que les premiers (les plus anciens) ne voient pas encore la sortie du tunnel ni un début de réalisation des promesses électorales, faites de ce point de vue, par le chef de l'Etat ?

Qu'est-ce qui justifie donc ces véritables croisées contre la dèche dont les oripeaux nous répugnent tant, en ce moment, à Abidjan ? Nous croyons y avoir un début réponse.

Relativement aux destructions de maquis et de bidonvilles, une certaine opinion abidjanaise fait état d'une affaire de gros sous, un « business » fort juteux dont l'objectif serait de dégager des espaces devenus rares à Abidjan, pour l'élévation d'immeubles et de kiosques de luxe à faire louer aux Ivoiriens et aux opérateurs économiques les plus nantis. Cette opération, selon cette opinion, ne serait donc pas aussi désintéressée qu'on voudrait le laisser croire.

Des sources bien introduites relèvent qu'il s'agirait, en réalité, d'une affaire bien ficelée et pilotée par Mme Dominique Ouattara, la ministre Anne Ouloto et l'architecte Ibrahim Bakayoko dont le cabinet est sis au quartier des affaires du Plateau, au rez-de-chaussée d'un immeuble situé en face du Collège des Filles « Notre Dame du Plateau ».

Monsieur Ibrahim Bakayoko, architecte de son Etat, aurait mis son génie créateur au service de la cause. Il aurait proposé à Mme Ouattara, un plan dit « d'embellissement de la capitale économique » prévoyant le rasage systématique des quartiers précaires, le débarras des trottoirs de tout étal de petits vendeurs et vendeuses et la démolition des maquis et des boîtes de nuit.

A la place, l'architecte ivoirien ambitionnerait de construire des kiosques de son invention, destinés à être proposés soit à la vente soit à la location, à un public ayant la capacité financière de se porter acquéreur.

En ce qui concerne les quartiers précaires, parmi lesquels figure en bonne place « Petit Ouaga », Mme Ouattara aurait le projet d'y bâtir des immeubles, sous le couvert de sociétés immobilières. En réalité, ces sociétés qui, bientôt, noirciraient les pages des annonces légales du très gouvernemental quotidien « Frat-Mat » ne seraient autre chose que des couvertures de la société mère AICI, propriété de Madame Dominique Ouattara. Le tour serait ainsi joué. Pour le financement, aucun souci à se faire, nul besoin de se triturer les méninges : l'assise financière confortable de notre milliardaire de Première Dame ferait tout à fait l'affaire.

L'on se rappelle encore avec acuité que la ministre Anne Désirée Ouloto déclarait, péremptoire, récemment, dans un quotidien de la place, que « de nouveaux kiosques flambants neufs pousseraient très bientôt à la place des anciens » ; corroborant ainsi les suspicions et les informations relevées plus haut. Ces nouveaux kiosques, malheureusement, ne seraient pas à la portée des premiers venus ni des premiers occupants (déguerpis), faute de moyens financiers. De toute évidence, ce seront les vainqueurs et gouvernants d'aujourd'hui qui les rachèteront ou les loueront, pour y installer les leurs.

En définitive, ces destructions de quartiers précaires, d'étals des trottoirs, de la « Rue Princesse », de « Petit Ouaga », du marché de Yopougon-Sicogi, serait une affaire de gros sous et du « Ote-toi que je m'y mette ». Toute autre argumentation, selon ces sources, ne serait que « camouflage et filouterie ».

Au regard de la fièvre avec laquelle ce projet d'assainissement de la ville d'Abidjan est diligenté, comment ne pas accorder de crédit à de telles allégations ? L'opération, si elle veut conserver une once de logique, devrait se poursuivre dans des quartiers d'Abidjan comme Bori-Banan, Mossikro, la casse d'Adjamé et d'Abobo, Bracodi Bar, la gare d'Adjamé jusqu'au Marché gouro, Derrière Rail, Gesco etc, et à l'intérieur du pays dans des bidonvilles célèbres comme « Bardot » à San Pedro, et au final, dans toute la Côte d'Ivoire. Faute de quoi, le gouvernement serait légitimement suspecté de faire de l'assainissement sélectif. Ce qui serait encore plus dommageable à la paix sociale.

D'un autre côté, avec du recul, nous avons fini par nous convaincre que des Ivoiriens ont délibérément travaillé contre leur pays. Histoire de faire clouer au pilori Laurent Gbagbo et d'obtenir sa tête. Car comment comprendre qu'aujourd'hui, un maire RDR comme celui d'Adjamé - donc pro-Ouattara -, dont la commune était le symbole du pire des désordres urbains, ait subitement trouvé l'énergie et les ressources (en plein marasme économique et en pleine sécheresse budgétaire) pour rendre sa commune moyennement propre et rangée ? Cela pouvait donc être fait sans qu'on crie à « l'exclusion » et à « la xénophobie » de Gbagbo ? Ce sont ces choses incompréhensibles voire énigmatiques qui dévoilent la mauvaise foi de certains des premiers magistrats de nos communes, la sinuosité du cœur humain, et qui mettent en lumière une volonté délibérée de nuire, en maintenant intentionnellement des administrés dans la crasse et le désordre. Ceux qui se targuent aujourd'hui de mettre de l'ordre à Abidjan avaient la possibilité de mener ces mêmes actions sous Gbagbo. Ils s'en sont volontairement soustraits. Quitte à faire périr des concitoyens. Aucune raison de s'en faire, tant que cela était porté au passif d'un Laurent Gbagbo injustement incriminé pour leurs propres turpitudes. Ainsi va la politique en Côte d'Ivoire, rétrograde et occulte.

Qu'un projet de salubrité publique et d'assainissement soit mené dans le souci du bien-être des populations ivoirienne est une action louable, à plus d'un titre. Mais il est inacceptable que cette opération se fasse sans un minimum d'égard pour les victimes de toutes ces démolitions et destructions, dont la situation sociale était déjà des plus précaires et infiniment  loin d'être enviable. Cette froideur sidérante, ce manque de sensibilité, de compassion et de prévenance pour ceux qu'on dit gouverner et qu'on plonge, sans appel possible, dans la détresse, au nom du « changement des mentalités », pour notre part, n'est pas compréhensible, encore moins acceptable. Et naturellement, il laisse penser à tout observateur sérieux que le mobile de cette effervescence est à rechercher ailleurs. Notamment, dans une affaire de gros sous au profit de proches du pouvoir Ouattara. Servant, par la même occasion à faire du lustrage politique, plutôt que de s'attaquer aux vrais préoccupations des Ivoiriens qui ont pour nom : réconciliation nationale, sécurité, restauration des services publics, réouverture des universités et remise en train de l'appareil de production mis à mal par l'entrée des FRCI à Abidjan. Toutes choses que nous jugeons inqualifiables.

Vivement, que des mesures d'urgences soient prises au profit de tous ces abidjanais  et de tous ces Ivoiriens réduits, du jour au lendemain, à la misère et au chômage, par ce qui pourrait apparaître comme une obsession du gain et une course à l'enrichissement, pourtant tant décriés chez le précédent régime. Au nom de l'humanité et pas seulement du « changement des mentalités ».


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !

 

DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 295 du jeudi 18 août 2011 (une version revue).