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vendredi, 20 mai 2011

L'OTAN PEINE A ATTEINDRE SES OBJECTIFS: LA PANNE DE LA DETTE AMERICAINE ET L'EUROPE VASSALE

 

MIRAGE OTAN PARTANT POUR LA LIBYE.jpg

Par Mohamed Bouhamidi



Dimanche et lundi de cette semaine qui s'écoule,  deux informations se côtoyèrent sans se télescoper. La première nous apprenait que le gouvernement américain, dont l'idéologie économique inspire si profondément nos ultralibéraux locaux ou expatriés, avait atteint le plafond de l'endettement autorisé. Ce plafond culmine à plus de quatorze mille deux cent quatre-vingt-quatorze milliards (vous avez bien lu 14 294 milliards) de dollars. Il reste une seule option pour le gouvernement américain : diminuer ses dépenses et fermer des écoles, des centres de santé, des centres sociaux et des centres d'aide aux plus pauvres. Des pauvres, de plus en plus il en existe aux Etats-Unis et les expulsions des familles de leurs logements ont atteint des records et se comptent en centaines de milliers. Ces pauvres n'ont pas encore leur Charlie Chaplin et ses films poignants sur leur détresse. Ils n'ont plus ces syndicats-courage qui affrontaient les milices de la maffia (vous avez aussi oublié que le patronat et les gouvernements américains ont utilisé la maffia pour mater puis tuer les syndicats de classe ? Revoyez vite Sur les quais et relisez vite Manhattan Transfert). Les travailleurs américains n'en sont pas moins capables de retrouver le chemin des luttes sociales et des luttes de classes.

Et tout le dispositif de pillage planétaire qui payait, sur le dos des autres peuples, le niveau de vie qui permettait aux Américains de base de se satisfaire d'une vie à crédit. La somme astronomique du plafond d'endettement de l'Etat avait permis et permet encore aujourd'hui de faire des Etats-Unis la principale base militaire et politique du capitalisme mondial. Les autres grandes puissances ont aussi servi de base à leurs capitalismes locaux devenus des «capitalismes dominés» à la suite de la Seconde Guerre mondiale, des capitalismes sous protection face à la «menace soviétique» ; entendez par là face à la menace de leurs propres peuples en butte à la surexploitation capitaliste. Les colonies avaient permis aussi à ces puissances de payer un niveau de vie qui éloignait les menaces internes et cela explique largement, par ailleurs, la vocation coloniale et l'impérialisme humanitaire à plusieurs géométries variables de socialistes ou socio-démocrates européens. Même sans le grand Charlot, même sans de puissants syndicats de classes, les travailleurs américains peuvent retrouver les chemins de la lutte et se doter d'organisations de classes - partis et syndicats. Les dernières luttes du Wisconsin  pour la préservation du droit des travailleurs à mener des négociations collectives (eh, oui !) nous le montrent bien.

Dans la grande démocratie américaine, un Etat interdit désormais aux travailleurs  de mener des négociations collectives et enlève toute signification à l'existence des syndicats dont c'est la seule justification sociale ! L'idéologie du management aura triomphé jusqu'au bout dans cet Etat. Le feu est donc dans la maison américaine, et il constitue une sérieuse menace. Cette interdiction de lever de nouveaux crédits pour le fonctionnement des services de base transformerait les Etats-Unis en pays du tiers-monde sur le plan social et induirait une quasi-faillite accompagnée d'un effondrement du dollar. Les Républicains finiront par accepter un arrangement avec les Démocrates en imposant certaines de leurs conditions car, comme Obama et les siens, ils sont là pour sauver le capitalisme et lui assurer encore plus de chances pour des profits encore plus élevés. Les Républicains, comme les démocrates, n'ont d'ailleurs pas le choix, face à la gravité de la crise,  que d'aller vers une gestion politique unique. Les grands centres financiers qui ont rassemblé les sommes délirantes de la campagne électorale d'Obama savaient déjà que la profondeur et la gravité de la crise exigeaient une convergence des deux grands partis américains. Maintenant, nous apparaît dans toute son étendue la signification du maintien de Républicains dans des postes clés de cette administration démocrate. Comme se trompaient les éditorialistes et analystes qui voyaient dans la volonté consensuelle d'Obama le trait d'un caractère hésitant et porté à la conciliation. Même Fidel Castro et bien d'autres dirigeants du monde se sont laissés induire en erreur par l'image qu'Obama s'est construite.

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En fait, derrière le prix Nobel de la paix se dévoile jour après jour un intraitable homme de guerre en charge de couvrir de son sourire charmeur la politique de Bush agressive. Obama défendra le leadership mondial des USA avec la dernière et donc la seule carte qu'ils possèdent encore : la suprématie militaire. Obama doit mener une politique guerrière en vue de faire payer les déficits américains au monde entier et les alliés des USA doivent la faire à la place des Etats-Unis pour ces mêmes considérations budgétaires qui obligent la Chine et d'autres pays à payer pour les USA leur déficit, leur endettement et leurs emplois. Les USA ne peuvent plus attendre une solution à la crise ; ils doivent aller chercher eux-mêmes et au besoin la faire chercher par leurs alliés. L'évolution de la position italienne en reste le meilleur indice : Berlusconi n'avait pas à exprimer des intérêts italiens dans l'affaire libyenne mais s'aligner sur les Américains. Il l'a fait avec quel sens du rapport de force et quel sens de l'obéissance ! L'Italie cherchera autrement qu'avec El Kadhafi les contrats qui peuvent alléger ses dettes et la crise qui frappe à sa porte. Dans cette affaire libyenne on a voulu nous faire avaler bien des couleuvres, de l'«influence» de BHL qui a rendu de bien grands services à ses maîtres du capital, à la fiction d'une révolution. Une nouvelle vérité planétaire en sortira pourtant toute crue : l'Europe menée par les deux sionistes Cameron et Sarkozy, c'est-à-dire par les deux plus pro-Américains des dirigeants actuels de l'Europe, est passée officiellement de statut d'alliée des USA à celui de vassale. En clair, il n'existe plus pour les Européens de solution européenne. Ni monnaie unique, ni défense commune, ni économie commune, ni diplomatie commune. La solution pour tous, c'est l'alignement sur les USA. Et c'est une bien grosse erreur que de se laisser impressionner par cette Europe vassale même dans les négociations sur l'accord d'association.

L'Europe peut-elle faire face à la crise qui la secoue sans les USA ? Evidemment, non. Le gouffre grec a déjà englouti plus de 120 milliards d'euros et le pays se débat dans de nouvelles difficultés. Le Portugal, l'Espagne, l'Italie ne sont pas à meilleure enseigne. Le gouvernement français multiplie les mesures préventives dont le symbole est aujourd'hui moins de classes pour plus d'élèves. L'Angleterre ne va pas mieux. Pour elle comme pour les USA l'équation est la même et elle est simple : pour garder des taux de profits élevés pour le capital il faut réduire toutes les structures sociales, de l'hôpital à l'école publique et empêcher que le mécontentement des citoyens ne se retourne contre le capital. Alors l'argent qui manque, il faut le chercher ailleurs. (Nos enfants apprennent-ils que l'occupation française commença exactement de cette façon, par une histoire de dettes et de crise financière en France ?). Le chercher ailleurs par la force en s'emparant directement des richesses comme en Irak ou en mettant un peu partout des Ouattara et des Karzai.Au même moment que la Réserve fédéral et l'administration américaine cherchaient des solutions au problème de cessation de paiement, le chef de l'état-major britannique demandait l'élargissement des cibles militaires en Libye. Dans les médias dominants on nous raconte tous les jours la belle histoire d'avions qui mènent des «frappes» ouvrant la voie aux partisans de la liberté. Ces médias font tout pour faire croire à un bon déroulement de l'agression et inventent des exploits là où  l'Otan ne commet que des crimes. Pour les dirigeants des grandes puissances, la manipulation est devenue vitale. L'opinion publique doit croire aux exploits de ses soldats et trouver au moins un motif de satisfaction dans la conduite de la guerre, consumer leur agressivité sur des bicots-nègres et retrouver le sentiment de supériorité du petit Blanc qui laisserait à la fois du répit à Sarkozy et consorts européens et donnerait au petit citoyen européen du coin le sentiment de naviguer plus haut que l'Arabe. Le chef militaire anglais avoue quand même que les bombardements n'ont pas produit les effets escomptés. Nous sommes passés d'une estimation guerrière de trois jours pour liquider Kadhafi, à quelques jours ou semaines, puis à quelques semaines mais pas des mois, à quelques mois puis maintenant à une demande de bombardements «élargis».

L'aviation et les missiles de croisière mobilisés pour abattre Kadhafi ont théoriquement la capacité de détruire n'importe quel autre pays. Et aucun, absolument aucun dictateur n'aurait tenu sous ce déluge de feu. La guerre des mots et des concepts qui est l'autre versant de cette guerre des colonisateurs-croisés (comme elle l'est de toutes les guerres) commence à atteindre ses limites. Approfondissement de la crise du capitalisme avec ses conséquences guerrières et belliqueuses, d'une part, et impuissance des organisations politiques et militaires (Etats capitalistes plus l'Otan) de mener des guerres asymétriques, de l'autre. La fin de l'hégémonie américaine ressemble à s'y méprendre à l'agonie de l'Empire romain qui a rendu l'âme sur notre sol sous le coup d'une insurrection commencée avec Donat et Cyprien et achevée après Gédéon. Pour faire face à sa crise financière, il fallait à Rome des impôts et des tributs plus lourds que seules des guerres pouvaient assurer mais qui coûtaient plus cher que les revenus générés. Comme dans la Rome antique, il faut aujourd'hui du pain et des jeux pour calmer les frondes sociales. La télévision et le football  assurent les deuxièmes mais il est de plus en plus difficile d'assurer le premier.

Comme dans la Rome antique, le sexe et l'argent tiennent lieu d'exorcisme quotidien à des populations en perte de statut social partout en déchéance et en déshérence sociales.En Libye le «Bédouin» a tenu tête aux puissances occidentales coalisées ; à toutes ces puissances occidentales. Il est devenu le grain de sable qui bloque la machine de l'agression et de la rapine et l'empêche de nous toucher tout de suite. Le «Bédouin» suscite aujourd'hui la haine viscérale de tous les ultra libéraux et particulièrement les ultra libéraux algériens tapis dans le pouvoir politique, économique ou médiatique qui espéraient un «traitement» de l'Algérie dans la foulée des «trois jours» que s'accordaient les coalisés pour descendre Kadhafi comme Israël s'était donné une semaine pour descendre le Hezbollah. La haine de Kadhafi grandira en fonction de sa résistance. La coalition a déjà perdu une bataille en échouant dans son  objectif de se débarrasser rapidement de Kadhafi. Medvedev s'est mis dans la partie et il veut intimider le dirigeant libyen et obtenir son départ pour complaire aux Américains et bénéficier de leur soutien dans la course prochaine au Kremlin qui l'opposera à Poutine. Dans ce total isolement, le peuple libyen continue de résister.

L'histoire jugera ceux qui en Algérie ont fait des pieds et des mains pour nous entraîner dans l'immobilisme en croyant faire œuvre de «théorie» en renvoyant dos à dos Kadhafi, «le dictateur», et les agresseurs coalisés. La même astuce avait réussi pour Saddam Hussein mais on ne pourra plus demander d'avis à un million d'Irakiens morts de démocratie. Face au CNT, composé essentiellement d'anciens responsables libyens gagnés à la religion du libéralisme qui veulent aller plus vite et plus loin  dans la communion mondialisante avec les Camdessus et autre Dominique Strauss-Kahn, le peuple libyen et ses dirigeants, dont El Kadhafi, sont en train de défendre aussi une idée : celle de l'Etat national alors qu'on nous annonçait le temps venu de refaire les frontières des indépendances. Les femmes et les hommes honnêtes prendront-ils la pleine conscience de l'enjeu planétaire qui se joue en Libye entre un capitalisme en crise structurelle et avide de profits et de ressources, d'une part, et, d'autre part, des nations plus que jamais en nécessité de leurs ressources et de leur autonomie politique ? Nous le saurons quand du monde entier, et d'abord de notre pays directement menacé, se lèveront les protestations et les masses mobilisées contre l'agression colonialiste-croisée et pour le soutien à la nation et à l'Etat libyens  dans la défense de son indépendance et de son intégrité contre l'impérialisme et ses agents du CNT.


Source: LA TRIBUNE ONLINE.COM