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jeudi, 01 septembre 2011

MAINMISE DU RHDP SUR LA CEI

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L'installation d'un pouvoir sans limite en Côte d'Ivoire se poursuit allègrement  et se consolide chaque jour davantage. Pour le malheur des démocrates ivoiriens et à la grande satisfaction des gouvernants actuels qui visiblement redoutent des élections transparentes.

 

La preuve que Ouattara n'est pas majoritaire en Côte d'Ivoire

Depuis lundi dernier, la Commission électorale indépendante (CEI) a fait le plein de ses membres avec la rentrée officielle de quatorze nouveaux commissaires centraux au sein de l'institution. Les promus viennent ainsi porter à 31 le nombre des  commissaires centraux de cet organe chargé d'organiser  les élections générales en Côte d'Ivoire. Tous ces membres ont la particularité d'appartenir au seul camp présidentiel actuel. Point de représentants de l'opposition conduite aujourd'hui par le Front populaire ivoirien ! Et pour cause, les revendications de cette formation politique ont été royalement ignorées par le pouvoir, arguant malicieusement que l'on ne pouvait pas changer les règles du jeu en cours de match. Or  la réclamation des frontistes est loin d'être farfelue.

Pour rappel, les partisans du président Laurent Gbagbo ont fait observer qu'avec le contexte du 11 avril 2011 mettant désormais face à face, le RHDP et la LMP, il était bon, dans un souci de transparence et de recherche de la paix, que chaque camp ait 15 représentants et que le 31ème commissaire soit celui désigné par le chef de l'Etat, portant ainsi au final, à 16, le quota du RHDP. La requête n'a pu prospérer si bien qu'aujourd'hui, la CEI est totalement aux mains de Ouattara et ses alliés politiques du RHDP et de la rébellion armée. Bref, la coalition qui avec le soutien actif de la France et de l'ONU, a renversé le régime Gbagbo le 11 avril dernier. Une attitude pour le moins curieuse de la part des gens qui clament à longueur de journée et à qui veut l'entendre qu'ils ont franchement remporté la présidentielle de 2010 ; donc certains d'être les préférés des électeurs ivoiriens. S'ils sont si sûrs de leur fait, pourquoi diantre refusent-ils d'équilibrer les choses au niveau de la Commission électorale indépendante ? On se souvient que le président Laurent Gbagbo, en son temps, conscient de son poids électoral en Côte d'Ivoire, n'avait pas craint d'être minoritaire au sein de la CEI. Et malgré ce qui paraissait comme un gros handicap, il était arrivé en tête, au premier tour de  la présidentielle, loin devant Alassane Dramane Ouattara et Aimé Henri Konan Bédié. Au second tour,  selon l'arrêt du conseil constitutionnel, il a devancé d'une courte tête le candidat du RHDP. Ouattara aurait pu faire pareil s'il était réellement convaincu d'être majoritaire dans le pays.

Mais visiblement, l'homme ne veut prendre aucun risque. D'où la suspicion légitime nourrie par nombre d'observateurs du marigot politique national, qui pensent plutôt que le chef de l'Etat veut une CEI totalement aux ordres pour lui garantir la victoire aux prochaines élections législatives, municipales et départementales. Ce qui n'est pas évident avec un scrutin démocratique et transparent, organisé par une commission électorale réellement indépendante. Car l'argumentaire cache-sexe des tenants actuels du pouvoir selon lequel il faut rester  scotché aux accords de Marcoussis et de Pretoria, ne peut convaincre. Et ce, dans la mesure où, les accords en question, reposaient essentiellement sur le partage du pouvoir. Ce qui n'est manifestement plus le cas depuis la prise de pouvoir sanglante de Ouattara, le 11 avril dernier. Désormais seul maître à bord, le n°1 Ivoirien va en roue libre, déterminé à ne faire aucune concession à ses adversaires politiques. Un choix qui fait courir à nouveau, de gros risques de violences électorales à la Côte d'Ivoire, qui n'a pourtant pas encore pansé ses plaies de la période postélectorale. Ceux qui pensaient que Ouattara nous garantirait une paix durable savent  désormais à quoi s'en tenir.

 

Yves de Séry, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 51 du jeudi 1er septembre 2011.