topblog Ivoire blogs

lundi, 03 janvier 2011

MANŒUVRES POUR IMPOSER OUATTARA : LES AVEUX DE PARIS MATCH SUR LE MANQUE DE STRATEGIE DE LA FRANCE



LOGO PARIS MATCH.jpg

In Le Nouveau Courrier N°167 du 31 Décembre 2010 par Joseph Titl, une correspondance particulière


En immersion dans la République hôtelière du Golf, les journalistes français de Paris Match qui ont accompagné leur Ambassadeur dans sa tournée de ravitaillement, nous livrent quelques croustillances locales. Par exemple, la peur de Ouattara d'être pris en photo, certainement parce qu'il est physiquement amaigri, la tournée de popote quasi quotidienne de l'Ambassadeur français elle-même, la confrontation religieuse qu'espère l'Elysée en faisant de la garde rapprochée de Ouattara une affaire de militaires français exclusivement musulmans et l'équation Gbagbo qui n'est plus aussi simple que l'imaginait Sarkozy...


Ya bien une vie à l'hôtel du Golf, même s'il ne faut pas compter sur des journalistes français pour en montrer toutes les vicissitudes. Cela dit, au détour de quelques mièvreries, on s'aperçoit bien vite que ses «habitants», ouvriers de la douzième heure partis, pour l a plupart, à la rencontre de lendemains qui chantent, sont tous aujourd'hui à bout des nerfs. Même Alassane Ouattara, qui cristallise toutes ces illusions, refuse désormais de se faire photographier, sans doute plus amaigri que lors de ses premières sorties, aux lendemains de la proclamation d e la victoire de Laurent Gbagbo. C'est une posture «humiliante», écrit Paris Match qui explique que le président du RDR veut dorénavant se faire photographier au palais présidentiel. Cela dit, le reportage décrit assez aisément les conditions dans lesquelles reçoit Henri Konan Bédié : une chambre faisant office de salon, avec un petit poste qui diffuse France 24, indéfectible lien avec la communauté internationale. Mais malgré le soutien de celle-ci, impossible de bien dormir à l'hôtel du Golf. «La nuit, ils nous disent : on va vous bombarder au mortier à 4 heures du matin. Ils (les FDS, ndlr) veulent nous faire craquer, mais ils n'y arriveront pas», rapporte les envoyés de Paris Match, citant un obscur fonctionnaire du gouvernement virtuel de Ouattara.

Mais il n'ya pas que les gens tétanisés et irrités, de même que Guillaume Soro, sorti très affaibli du cuisant échec de la prise manquée de la Rti avec ses soldats d'opérette, eux qui jouaient jusque-là les matamores devant les cameras des télévisions occidentales, ou encore la vision pathétique de la tente servant de salle de conseil des ministres dans la cour de l'hôtel du Golf et où, fort probablement, Ouattara doit avoir signé la kyrielle de décrets de nomination, jusque-là sans conséquence sur la vie nationale. Il y a surtout ce qu'il en reste d'illusions, de complotite et du grand rêve françafricain de Jean-Marc Simon, l'Ambassadeur de France que ses compatriotes présentent avec une grande tranquillité mêlée de dévotion patriotique comme un barbouze qui a voué trente longues années de sa vie africaine à faire des coups tordus à N'Djamena, à Libreville, à Bangui, Kinshasa... qui sont autant de terres de guerres ou d'émeutes. C'est lui le nouvel intendant des rebelles du Golf. Prévenant, il leur prépare même des cartons de hallal, la viande qui répond aux caractéristiques musulmanes, pace que pour protéger Ouattara, Jean- Marc Simon veut proclamer la guerre sainte à Gbagbo en choisissant des militaires français exclusivement musulmans. Il leur sert aussi du thé, du riz et, qui sait, les dernières positions des loyalistes puisque c'est par les airs qu'il fait désormais ses randonnées quotidiennes après s'être fait une belle frayeur ce jeudi de la prise avortée de la Rti. Pour les journalistes de Paris Match, la France a donc choisi son camp, ce qui n'a rien d'un scoop mais, au moins, c'est le principe de l'exemplarité démocratique qui devient dans la bouche de Nicolas Sarkozy et Barack Obama, une simple forfaiture, sans doute une de plus.


Du rêve à la réalité

Mais entre ses rêves et la réalité, la France sait désormais qu'il ya un monde et que « l'opération faire partir Gbagbo» n'est plus aussi simple que cela, en raison de la mobilisation populaire. «Ce sont des patriotes, des jeunes désœuvrés, souvent payés pour manifester, qui risquent de s'opposer aux casques bleus», craignent les français. «Comment empêcher 5000 personnes désarmées, de pénétrer dans l'hôtel, ou comment le ravitailler (Ouattara, ndlr) s'ils se couchent sur la route en travers des blindés de l'ONU ?», se triture par ailleurs les méninges un diplomate français, cité par Paris Match. Conséquence, la France pronostique désormais ouvertement l'enlisement de la crise en rais on de la stratégie d'évitement que Laurent Gbagbo use à merveille. En effet, là où les Français l'attendaient sur le terrain de la confrontation directe avec les casques bleus, Gbagbo a répondu à ses partisans qui voulaient en découdre «qu'ils s'en iront par voie diplomatique». «Après quarante huit heures d'hésitation, Il (Gbagbo, ndlr) semble vouloir éviter l'affrontement direct avec les casques bleus, qui risquerait d'entraîner une riposte frontale de la communauté internationale, en premier lieu des troupes françaises. Cette fois-ci, elles ne s'arrêteront pas aux grilles de la présidence», espérait Jean- Marc Simon. En pure perte. Bref, passés les rodomontades, les coups de semonce médiatico-égotiques et la quasi unanimité internationale des premiers jours, Paris n'a plus une stratégie crédible et espère que Gbagbo va se pousser à la faute tout seul. Certes la CEDEAO est encore à la manette, mais à vouloir lui confier, à lui tout seul, le sale boulot, la CEDEAO s'en retrouve déjà complètement décrédibilisée, étant elle même un foyer de putschistes à peine reconvertis.


Source: LE NOUVEAU COURRIER