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dimanche, 02 février 2014

FRANÇOIS HOLLANDE ANNONCE EN COTE D'IVOIRE - PAR THEOPHILE KOUAMOUO

 

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Des échanges écrits entre un parlementaire socialiste et le chef de la diplomatie française Laurent Fabius montrent que le pouvoir hexagonal est écartelé, en ce qui concerne la Côte d’Ivoire, entre une proclamation de son refus des violations des droits de l’Homme – qu’il ne peut pas non plus nier – et un soutien à un régime dont il veut croire qu’il fait des efforts. En dépit des constats accablants qui sont quotidiennement faits sur le terrain



Un voyage à hauts risques en termes de crédibilité politique. François Hollande, le président français, sera en visite officielle en Côte d’Ivoire à la fin du mois de février. Il lui sera difficile de démontrer qu’il ne viendra pas dans ce pays pour, très clairement, adouber un pouvoir que son prédécesseur Nicolas Sarkozy a contribué militairement à installer, et qui se caractérise par des violations massives des droits de l’Homme documentées par la presse ivoirienne et par les organisations internationales de défense des droits de l’Homme. D’autant plus qu’au sein de sa propre majorité, des voix se sont élevées pour dénoncer les exactions multiples des troupes de Ouattara. Et que Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, s’est engagé à être vigilant sur la thématique du respect des droits humains. C’est ce dont témoigne un document officiel dont Le Nouveau Courrier s’est procuré une copie.

Ce document contient une «question écrite», posée par le député de l’Eure François Loncle en avril 2013 et la réponse à cette interpellation formulée par Laurent Fabius en juin dernier. «Un récent rapport d’Amnesty International souligne l’attitude partiale et arbitraire du pouvoir ivoirien en place, alors qu’il avait pris, devant la communauté internationale, l’engagement solennel de faire toute la lumière sur les exactions commises dans les deux camps en présence, au moment de la crise postélectorale en 2010-2011 qui avait fait près de 3000 victimes. Cette ONG a établi que les violations des droits humains perpétrées par les forces armées à l’encontre des soutiens de l’ancien président Laurent Gbagbo se sont généralisées depuis deux ans. Secondée par une milice composée de chasseurs traditionnels, la nouvelle armée nationale, qui était censée «être un puissant instrument de cohésion nationale», jouit d’une impunité quasi-totale, se rendant coupable d’exécutions extrajudiciaires, d’assassinats, d’arrestations abusives, de détentions illégales et d’actes de torture. En juillet 2012, cette milice a attaqué, à Nahibly, un camp de personnes déplacées, principalement issues de l’ethnie guérée, qui est généralement considérée comme partisane de Laurent Gbagbo, et elle a au moins massacré 14 Ivoiriens.

Seuls les partisans et les proches de Laurent Gbagbo sont persécutés, violentés et incarcérés, en raison de leurs affiliations politiques ou de leur appartenance ethnique. Le rapport d’Amnesty International précise que certains prisonniers sont détenus dans des conditions très pénibles, soumis à des traitements inhumains et dégradants, privés de tout contact avec leurs familles et leurs avocats. Les procédures judiciaires sont entachées de maintes irrégularités : les audiences ne se déroulent presque jamais de manière équitable et les droits de la défense sont systématiquement bafoués», indique le texte de la «question», qui indique que le parlementaire attend que Laurent Fabius lui fournisse «des renseignements concrets» sur la Côte d’Ivoire des droits humains.

Dans sa réponse, qui a tout de même pris près de deux mois pour arriver, Fabius fait assaut de langue de bois, se fait garant de la bonne volonté du régime Ouattara tout en indiquant des dossiers sur lesquels il s’engage à être vigilant. «Résolument attachées à préserver la stabilité régionale et soucieuse de la cohésion nationale au sein des Etats qui composent la sousrégion, les autorités ivoiriennes se sont engagées à rétablir l’Etat de droit, à lutter contre l’impunité et à oeuvrer à la réconciliation, avec notamment la mise en place d’une commission dialogue, vérité et réconciliation et la création d’un ministère des droits de l’Homme et des libertés publiques. La coopération du gouvernement ivoirien avec les mécanismes des Nations unies et avec la société civile est également un signal positif. L’expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de l’Homme a ainsi pu effectuer plusieurs visites dans le pays en vue de la préparation des rapports présentés au Conseil des droits de l’Homme. La France soutient ces initiatives en faveur du système de protection des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire. Néanmoins, la situation des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire reste source de préoccupation.

Le dernier rapport du haut commissariat des droits de l’Homme ainsi que ceux des principales organisations non gouvernementales internationales font référence à des cas de détention arbitraires, d’exécutions sommaires, de torture, de traitements inhumains et dégradants et à des violences sexuelles. La France est préoccupée par ses allégations. La lutte contre l’impunité est un enjeu fondamental de la réconciliation et de la refondation en Côte d’Ivoire. La France appelle notamment à la mise en place d’une commission pour enquêter sur l’attaque du camp de personnes déplacées à Nahibly, près de Duékoué. La France a pris bonne note de l’engagement des autorités ivoiriennes à faire toute la lumière sur ces allégations et de traduire les responsables en justice le cas échéant. La coopération de la Côte d’Ivoire avec l’expert indépendant est également un signal positif (…) La France adresse un message constant aux autorités ivoiriennes afin qu’elles fassent cesser toutes les exactions et qu’elles combattent l’impunité quels que soient les auteurs de ces crimes», écrit Fabius.

Cela fait plus de six mois que sa réponse à François Loncle a été publiée au Journal Officiel de France. Laurent Fabius peut-il sérieusement affirmer que sur la question du massacre de Nahibly, la lutte contre l’impunité a avancé ne serait-ce qu’un peu ? Au-delà de petites opérations de communication très vite oubliées, le régime Ouattara n’a rien fait pour rendre justice aux victimes. Aucune commission d’enquête n’a été mise en place, contrairement aux voeux de la France. Certes, une information judiciaire a été ouverte longtemps après les faits. Des autopsies ont été réalisées sur les corps qui ont été exhumés. Mais elles n’ont pas été transmises aux familles des victimes et leurs résultats restent secrets. Les FRCI empêchent que les fouilles susceptibles de découvrir d’autres corps soient faites. Alex Saint-Joël Gnonsian, témoin du massacre, a été assassiné par les FRCI dans le silence international – et RFI, radio de service public français, a tenté de noyer le poisson en le traitant de «braqueur» sans le moindre respect de la présomption d’innocence. D’autre part, les lieux de détention illégaux, qui sont en réalité des camps de torture, demeurent en Côte d’Ivoire.

Près de 800 prisonniers politiques sans jugement pour certains depuis près de trois ans croupissent dans les geôles du pouvoir. Le régime joue avec les mandats d’arrêt, non levés et non exécutés, pour faire du chantage aux cadres de l’opposition exilés et qui n’ont aucune autre alternative que «l’allégeance» moyenâgeuse pour rentrer au pays. En dépit de cet environnement caractérisé par un déni total des droits humains, la France, qui n’a jamais publiquement dénoncé ces abus, contrairement aux Etats-Unis ou aux Nations unies – comme l’a fait remarquer l’ONG Human Rights Watch – honore Ouattara d’une visite officielle à Abidjan. Elle programme la mise en place d’une base opérationnelle avancée à Abidjan. Quand on sait que François Hollande s’est fait élire notamment en affirmant qu’il mettrait fin à la Françafrique et au soutien inconditionnel à des régimes autoritaires, on mesure le grand écart réalisé. Ou les trahisons assumées !


Théophile Kouamouo, in le quotidien ivoirien Le Nouveau Courrier.

 

Source: CAMEROON VOICE

vendredi, 13 septembre 2013

LIBERATION DES DOMICILES OCCUPES, PROVOCATIONS DE WATTAO - PAUL KOFFI KOFFI AVOUE SON IMPUISSANCE FACE AUX FRCI


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Alors qu’il est directement connecté à Alassane Ouattara, le ministre délégué à la Défense semble n’avoir aucune force face aux dérives des ex-rebelles.


Invité de la RTI, hier mardi 10 septembre 2013, le ministre délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi s’est prononcé sur un certain nombre de questions militaires, notamment la réforme de l’armée. En tout cas, sur ce sujet le «sécurocrate» de Ouattara a relevé les dysfonctionnements dans l’armée, notamment les cas d’indiscipline, où des «lieutenants donnent des ordres à des généraux», ou encore les cas où des sous-officiers et officiers se donnent à un jeu d’interviews interposés, créant ainsi la «zizanie» dans la hiérarchie militaire. Bien entendu, il pointait, sans le dire, l’incroyable entretien accordé au quotidien Nord-Sud par le commandant Issiaka Ouattara dit « Wattao », dans lequel il défiait quasiment ouvertement l’autorité du commissaire Youssouf Kouyaté, son supérieur au sein du CCDO. Selon Koffi Koffi, il est temps de mettre de l’ordre dans l’armée et de faire cesser les cas d’indiscipline pour avoir désormais une armée républicaine, respectueuse de la hiérarchie militaire.

C’est sur la question de la libération des résidences et sites privés ou publics occupés par les Frci, depuis la fin de la crise postélectorale,  que le ministre de Ouattara a eu ses propos les plus scandaleux. Alors qu’il avait annoncé le mois de juillet pour la libération des résidences et autres, Paul Koffi Koffi a été on ne peut plus flou dans ses explications. Il a fait savoir qu’il faut employer la diplomatie et le dialogue pour aboutir à la libération de ces maisons par les Frci. Plus grave, il a invité les propriétaires de résidences occupées à engager des procédures judiciaires contre les «occupants illégaux» de leurs maisons, et à saisir des huissiers de justice pour entrer en possession de leurs biens. C’est bien un aveu d’impuissance et d’incapacité dont fait montre celui là même qui avait promis quelques mois en arrière, une période de sensibilisation suivie de la période de répression. Eh bien, il faudra encore attendre la providence divine pour espérer entrer à nouveau en possession de ses biens mobiliers ! Selon lui, avec les Frci qui occupent encore des résidences privées et autres, la procédure est encore plus délicate, pour éviter qu’on en arrive à des «coups de feu». A l’entendre l’on est en droit de se demander s’il existe bien une autorité ? A moins que les autorités ivoiriennes ne veuillent voir perdurer cette situation…


Frank Toti


Source: LE NOUVEAU COURRIER

vendredi, 30 août 2013

ILS VOULAIENT TUER GBAGBO! - LE GOUVERNEUR DACOURY-TABLEY DENONCE LES MENSONGES DE SORO SUR LE 11 AVRIL 2011


 

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Gbagbo et les siens sous le feu de missiles des heures durant.


Dans un contexte où la réalité historique est régulièrement falsifiée pour travestir l’histoire contemporaine de la Côte d’Ivoire, le très discret et ex-gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao) Henri Philippe Dacoury-Tabley,  sorti de prison le 6 août dernier, a décidé de montrer patte blanche afin de mettre un terme à cette avalanche de contre-vérités.


Profitant de la visite que les populations de Mama lui ont rendue, le vendredi dernier dans son village Kpapékou, Dacoury-Tabley a encore fait des révélations publiées dans le quotidien «Notre Voie», hier lundi. «Je vous apporte la nouvelle de ma libération provisoire des prisons du pouvoir d’Alassane Ouattara. C’est donc une bonne nouvelle», a-t-il informé. Avant de réclamer la libération de tous les détenus. « Mais il faut le dire, notre joie n’est pas complète parce que bon nombre de vos enfants dont le plus illustre, Laurent Gbagbo, et son épouse Simone sont encore dans les liens de la détention. Et nous continuons de réclamer leur libération pour une Côte d’Ivoire apaisée, réconciliée, fraternelle et solidaire», a déclaré Henry Dacoury-Tabley aux parents de Gbagbo. «En ce qui me concerne, j’ai considéré mon incarcération comme un vol, un braquage de ma liberté, d’un bien. Aujourd’hui que ce bien m’est rendu, je le prends naturellement et je continue de crier haut et fort afin que le braqueur restitue leur liberté à toutes les autres victimes», a-t-il asséné.

Soro dit avoir sauvé la vie à Gbagbo, des mensonges selon Dacoury-Tabley

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Le gouverneur Dacoury-Tabley refuse de se taire.

Parlant du fondateur du Front populaire ivoirien, l’ex-gouverneur de la Bceao a tenu à rétablir la vérité sur les propos tenus par Guillaume Soro qui soutenait qu’il avait sauvé la vie à Gbagbo lors de son arrestation le 11 avril 2011. «Je voudrais commencer en vous parlant brièvement des circonstances de notre arrestation. Nous étions avec le président Gbagbo à la résidence du Chef de l’Etat. J’ai vécu en compagnie du président la semaine de bombardement intense de sa résidence. Je ne parlerai pas de Bunker parce que ce terme ne peut s’appliquer à cette résidence ordinaire qui a juste un sous-sol tout aussi ordinaire… Les obus, les bombes incendiaires et autres projectiles déversés sur la résidence n’étaient pas des munitions de pacotilles et encore moins des balles à blanc. C’étaient de vraies munitions lancées pour détruire la résidence et tuer aveuglement le président Gbagbo, sa famille, ses enfants, ses petits-enfants, ses amis, ses collaborateurs et tout le petit personnel de la résidence. Et quand j’entends quelqu’un [Soro, ndlr] dire que c’est lui qui a donné des instructions pour que Gbagbo ne soit pas tué le 11 avril 2011, je voudrais demander s’il avait aussi donné ces mêmes instructions aux obus et aux bombes incendiaires et aux gaz tirés sur cette résidence ? En effet, aucun être humain ne peut se prévaloir d’avoir évité la mort au président. Seul Dieu a sauvé Gbagbo Laurent et certains de ceux qui étaient avec lui dans cette résidence. Tout a été mis en œuvre pour que personne n’en sorte vivant», a rectifié Dacoury-Tabley.

Au Golf Hôtel, Gbagbo était enfermé avec 10 autres personnes dans la chambre d’un militaire

Il a également fait remarquer qu’une fois au Golf Hôtel, Gbagbo n’était pas logé dans la chambre de Soro comme le président de l’Assemblée nationale a tenté de le faire croire à Gagnoa. «A l’Hôtel du Golf, le président a été enfermé avec 10 autres de ses compagnons d’infortune dans une chambre précédemment occupée par un militaire et non un civil. Ce militaire par la suite est revenu récupérer certains de ses effets personnels, uniforme et chaussures rangers», a-t-il rappelé. Aussi, l’ex-gouverneur de la Banque centrale a dénoncé l’instrumentalisation de l’assassinat de son frère le Dr. Benoît Dacoury-Tabley au début de la rébellion du 19 septembre 2002 à des fins politiques puisque Guillaume Soro a demandé pourquoi le peuple de Gagnoa ne demandait pas pardon à la famille Dacoury-Tabley qui n’avait pourtant rien à avoir avec cette disparition. «Chers parents, dans le registre de la déformation de l’histoire récente de notre pays, je voudrais revenir sur quelque chose de douloureux pour moi et dont je ne parle pas souvent même en privé et encore en public (…) L’Histoire vient de bégayer et comme en octobre 2002, on veut encore se saisir du lâche assassinat du Docteur Dacoury-Tabley Benoît à des fins de politique politicienne», s’est-il insurgé.


Anderson Diédri


Source: LE NOUVEAU COURRIER

jeudi, 29 août 2013

LOI SUR LA NATIONALITE: LES CINQ MENSONGES DU REGIME OUATTARA, PAR THEOPHILE KOUAMOUO

 

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Finalement, Alassane Ouattara a réussi à faire voter, par une Assemblée nationale largement aux ordres, « ses » lois sur la nationalité et l’apatridie qui, espère-t-il, lui permettront de se créer un électorat sur mesure et une majorité « mécanique » lors des élections présidentielles de 2015. Son camp a ainsi parachevé la mise en place du « nouvel ordre politique » que la rébellion armée et les accords de Linas-Marcoussis étaient censés imposer en Côte d’Ivoire. Il a, dans le même temps, un peu plus renforcé la discorde nationale et cristallisé un dangereux clivage entre « autochtones » et « allogènes », là où on pouvait espérer que la résolution constructive d’un certain nombre de contradictions soit un puissant ferment de cohésion nationale. « Nous espérions la paix, et il n’arrive rien d’heureux; Un temps de guérison, et voici la terreur! », se lamentait le prophète Jérémie de l’Ancien Testament. Beaucoup d’Ivoiriens, choqués par la fermentation des amertumes qui alimenteront les conflits de demain, peuvent légitimement pousser le même cri.

Il faut d’emblée clarifier un certain nombre de choses. Alors que l’Afrique tente de bâtir son unité politique, intégrer les étrangers de longue durée dans le corpus national d’un pays qui est une terre d’accueil par excellence n’est pas une mauvaise chose en soi. Ce sont les intentions, les méthodes et les arguments de ceux qui ont mené un projet profondément réactionnaire derrière un paravent progressiste qui posent problème. C’est leur utilisation forcenée du mensonge et de la violence qui les discrédite. Examinons quelques-unes de ces insultes à l’histoire récente, au droit et à la simple logique républicaine.

Mensonge numéro un : le vote des récentes lois sur la nationalité est la réparation d’une injustice

Si l’on en croit le récit propagé par le RDR, l’Etat ivoirien a sciemment refusé, quarante ans durant, la nationalité ivoirienne à des personnes qui y avaient droit, en ne les informant pas de ce qu’elles y avaient droit. Il n’y a rien de plus faux. Et on ne peut faire prospérer ce mensonge qu’en isolant la Côte d’Ivoire des autres nations impliquées dans le processus de décolonisation qui a fait éclater l’Etat colonial français en un certain nombre de nations autonomes. Au moment des indépendances, les pays nouvellement constitués ont offert un droit d’option aux ressortissants des anciennes colonies françaises se trouvant sur leur sol. Au Sénégal, ce droit d’option a été ouvert pendant trois mois ; en Côte d’Ivoire, il l’a été pendant un an. Dans l’un et l’autre des pays, ces dispositions ont été fort peu saisies par des migrants fiers de leurs toutes nouvelles « nationalités » dans un contexte où les hiérarchies économiques n’étaient pas celles d’aujourd’hui et les droits liés à la citoyenneté ne paraissaient pas « décisifs ».

Plus généreuse que d’autres, la Côte d’Ivoire a par ailleurs offert, entre 1961 et 1972, aux enfants nés sur son territoire de parents étrangers, la possibilité d’acquérir sa citoyenneté par déclaration – ce qui est absolument différent du droit du sol, en dépit des mensonges distillés par le RDR. Cette possibilité a été faiblement exploitée par ceux qui en étaient les bénéficiaires. En réalité, ce n’est qu’après le « miracle ivoirien », qui a permis à une ancienne colonie plutôt « banale » de devenir un pays-phare en Afrique de l’Ouest et la restriction progressive d’un certain nombre de droits aux seuls nationaux que des « regrets » ont pu naître dans l’esprit de beaucoup. Mais cela, ce n’est de la faute de personne ! Ce n’est pas une injustice !

Le RDR dit que ceux qui avaient pu, hier, bénéficier d’un certain nombre de dispositions sans le faire, n’étaient pas au courant. Il conteste ainsi un principe sans lequel tout ordre juridique s’écroulait et qui stipule clairement que nul n’est censé ignorer la loi.  Penchant anarchiste ?

Mensonge numéro deux : il a fallu la rébellion pour que cette « injustice » soit réparée

Les actuels maîtres de la Côte d’Ivoire répandent l’infâme argument selon lequel c’est grâce à la rébellion dont le chef visible était Guillaume Soro que certains droits à la nationalité ont été ouverts en Côte d’Ivoire. Le raisonnement est tout à fait fumeux. En effet, avant le 19 septembre 2002, la question des personnes vivant en Côte d’Ivoire au moment de l’indépendance et des descendants de migrants n’avait jamais été mise à l’agenda, ni par le RDR ni par aucun autre parti politique. Il a fallu attendre Linas-Marcoussis pour que ce « problème » surgisse ex nihilo, pour des raisons d’épicerie politicienne, en deçà de toute réflexion citoyenne sérieuse. Et pourtant, la seule raison qui peut légitimer a minima le recours à la force armée pour défendre une cause est bien l’impossibilité de la faire prospérer sur le terrain politique « civilisé ».

Mensonge numéro trois : la nouvelle loi sur la nationalité est une application de l’accord de Linas-Marcoussis

Il n’y a rien de plus faux que l’affirmation qui précède. L’accord de Linas-Marcoussis prévoyait l’adoption d’un « projet de loi de naturalisation ». C’est dans cet esprit que la décision numéro 2005-04/PR du 15 juillet 2005, portant dispositions spéciales en matière de naturalisation, a été prise par le président Laurent Gbagbo en son temps. S’éloignant ostensiblement de l’esprit de Linas-Marcoussis, la loi « Ouattara » a préféré opter pour une formule d’acquisition de la nationalité par « déclaration », plus légère, moins contrôlable, plus susceptible d’être instrumentalisée à des fins électoralistes immédiates. Le problème est que cette loi vient en contradiction avec le Code de la nationalité qui a aboli depuis 1972 la possibilité d’acquérir la citoyenneté ivoirienne par déclaration. N’y a-t-il pas là une incohérence juridique fondamentale ? Les spécialistes nous édifieront.

Mensonge numéro quatre : « il s’agit d’une régularisation »

Alassane Ouattara et ses hommes veulent que les « nouveaux Ivoiriens » puissent être en situation de voter en 2015. Mais pour défendre leurs calculs, ils s’embourbent dans des concepts juridiquement inopérants, munis d’une mauvaise foi finalement assez admirable. Toujours moyennement subtil, le député extrémiste Alphonse Soro a mis les pieds dans le plat. « Lorsque la nationalité est acquise par déclaration, cela sous-entend que l’individu avait déjà droit à cette nationalité et donc les droits conférés par la nationalité sont considérés comme des droits que l’individu aurait dû avoir depuis lors. C’est ce qui le différencie par le principe de la naturalisation où on commence à considérer la date à laquelle la naturalisation est faite et la personne a 5 ans pour être électeur et 10 ans pour être éligible. (…) Mais à partir du moment où c’est par déclaration, c’est comme si ces personnes jouissaient de cette nationalité et que c’est justice qui est donnée à ces personnes-là », a-t-il dit, expliquant le fumeux de concept de « régularisation » qui est brandi par le gouvernement. Incroyable cafouillis conceptuel ! Qui rappellera à cet élu le sacro-saint axiome juridique selon lequel « la loi n’a pas d’effet rétroactif » ? Une loi de 2013 ne peut pas faire de vous un Ivoirien depuis 1972 !

Mensonge numéro cinq : l’apatridie selon Ouattara et ses hommes

Le raisonnement par lequel le régime Ouattara veut créer des « apatrides » en Côte d’Ivoire est proprement renversant.  Alors que les codes de la nationalité des principaux pays dont proviennent les étrangers vivant en Côte d’Ivoire sont fondés sur le droit du sang, le ministre Mamadou Gnénéma Coulibaly persiste et signe : ceux des enfants de migrants qui sont nés en Côte d’Ivoire « n’ont pas la nationalité ivoirienne et n’ont aucune autre nationalité ». La preuve du caractère vicié de son raisonnement est pourtant évidente. En effet, si les enfants des Burkinabés ou des Maliens nés en Côte d’Ivoire ne sont ni Burkinabés ni Maliens, cela signifie par voie de conséquence que les enfants des Ivoiriens nés au Ghana ou en France ne sont pas Ivoiriens. Pourquoi le gouvernement de Côte d’Ivoire s’obstine-t-il donc à fournir à ces enfants des passeports et des transcriptions d’actes de naissance ?

On ne peut pas construire une Nation en prenant les citoyens pour des idiots.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

jeudi, 22 août 2013

VOTE DES LOIS SUR L’APATRIDIE ET LA NATIONALITE – UNE GROSSIERE MISE EN SCENE DIGNE DE L’ADO COMEDY CLUB

 

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Les députés ont examiné trois projets de loi relatifs au foncier rural et au code de la nationalité, hier mardi 20 août 2013. Et adopté ces trois projets de lois sans grandes difficultés. Ce qui montre qu’il s’agit ni plus ni moins d’une grossière mise en scène digne de l’ADO Comedy Club !

Il a fallu 9 heures de débats pour adopter, lundi dernier, le projet de loi sur l’Apatridie qui devrait permettre à termes à 900 000 «apatrides» de jouir de la nationalité ivoirienne par une mesure exceptionnelle. Hier mardi 20 août 2013, alors qu’on s’attendait à des débats plus houleux et plus enrichis sur les questions du foncier rural et du code de la nationalité, l’on a été surpris de voir avec quelle facilité ces projets de lois ont été adoptés, malgré un semblant de discussion de fond.

«Le Groupe parlementaire RDR souhaite que ce projet de loi soit discuté dans un esprit apaisé, sans passion et arrière pensée et que la priorité soit donnée à l’esprit d’ouverture, source d’enrichissement commun. Le Groupe parlementaire RDR appelle tous les députés, membres de la Commission des affaires générales et institutionnelles, à adopter sans réserve le projet de loi, en prenant en considération son exposé des motifs», a déclaré le porte-parole du groupe parlementaire RDR, à la suite de l’exposé liminaire du ministre de la Justice, Coulibaly Gnenema, venu présenter le projet de loi sur le code de nationalité, comme pour planter le décor de la «comédie parlementaire» qui suivrait et consacrerait l’adoption des deux projets de lois sur le code de nationalité.

A sa suite le groupe parlementaire PDCI, après avoir émis quelques réserves, notamment sur le nombre de personnes bénéficiaires directs et indirects de cette loi et après avoir attiré l’attention sur «l’impérieuse nécessité de protéger la nationalité ivoirienne, notre nationalité, pour nous-mêmes et pour les générations futures», a déclaré soutenir «l’esprit et la lettre de l’exposé des motifs (du projet de loi sur le code de nationalité)».

Ce qui apparait choquant, c’est que le Garde des sceaux, ministre de la Justice, Coulibaly Gnénéma, s’est dit incapable de fournir des statistiques, ne serait-ce qu’approximatives, sur le nombre des bénéficiaires de ces deux projets de lois portant code de la nationalité. Quand on sait que pour la question d’apatridie, ce sont environ 900 000 personnes qui bénéficieront de la nationalité ivoirienne, après l’adoption de la loi, il y a de quoi s’inquiéter. Après seulement 4h 20 minutes de débats, les deux projets de loi «portant dispositions spéciales en matière d’acquisition de la nationalité par déclaration» d’une part, et «portant modification des articles 12, 13, 14 et 16 de la loi n°61-415 du 14 décembre 1961, portant code de la nationalité tel que modifié par les lois n°72-852 du 21 décembre 1972 et 2004-662 du 17 décembre 2004 et les décisions n°2005-03/PR du 15 juillet 2005 et n°2005-09/PR du 26 aout 2005» d’autre part, ont été adoptés en commissions.

Les députés ivoiriens ont donc pris le risque de faire passer comme «lettre à la poste» deux importants projets de loi sur le code de nationalité, sans même connaitre un nombre approximatif des «bénéficiaires» de ces lois que l’exécutif voulait faire voter selon la «mesure d’urgence». On a assisté à une grossière mise en scène, pour aboutir à l’adoption «à l’unanimité» des différents projets de loi soumis hier.


Frank Toti, in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier".

samedi, 29 juin 2013

NOUVEAU TRAITE DE DEFENSE ENTRE PARIS ET ABIDJAN – LA FRANÇAFRIQUE DE PAPA REHABILITEE


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Hollande et Ouattara: continuité parfaite du sarkozysme militant.


Le Nouveau Courrier a pu consulter l’avis de la Commission Défense de l’Assemblée nationale française, qui date du 14 avril dernier, sur la ratification du nouveau partenariat militaire entre la Côte d’Ivoire et l’ancienne (?) puissance colonisatrice. Un texte qui marque une continuité sans nuance avec l’ère Sarkozy. Et qui place l’ex 43ème BIMA au cœur de la stratégie d’influence de Paris en Afrique de l’Ouest.

 

C’est un texte parlementaire français que Le Nouveau Courrier a pu consulter. Un « avis parlementaire » fait au nom de la Commission Défense de l’Assemblée nationale sur le projet de loi autorisant la ratification du traité de défense entre Paris et Abidjan. Enregistré le 14 avril dernier, c’est-à-dire il y a un mois, ce texte signifie que la date du vote du texte « unissant » de nouveau, 53 ans après les indépendances, l’armée de la patrie dite « des droits de l’Homme » et les FRCI, qui viennent encore d’être accusées par les Etats-Unis des pires exactions, y compris des crimes de torture caractérisés, se rapproche inexorablement. Il permet aussi de constater la permanence de la politique française de Nicolas Sarkozy à François Hollande…

C’est ainsi que le rapporteur qui a centralisé la rédaction de cet avis est Bernard Deflesselles, un député… UMP, c’est-à-dire de l’opposition. C’est en général quand un projet de loi est consensuel qu’une telle configuration est retenue. Il faut toujours se le rappeler : la gauche et la droite de gouvernement ont des vues totalement convergentes sur la Côte d’Ivoire, et soutiennent Ouattara en dépit des crimes de ses troupes. La preuve : après l’exposé du rapporteur, il n’y a eu que deux questions d’ordre totalement général sur le point sur les livraisons d’armes (pour l’instant officiellement mise en parenthèses pour cause d’embargo), le coût de la coopération militaire française (2 millions d’euros pour le volet structurel), et sur le point sur la coopération en termes de renseignement (qui « reprend à peine », selon le rapporteur). Rien de fondamental, donc. Aucune sorte de considération critique sur la nature du régime que soutient la France moins de 20 ans après s’être compromise au Rwanda ! Le rapporteur a lui-même rédigé son document après avoir auditionné un seul homme : le colonel Marc Conruyt, chef du bureau Afrique à l’état-major des armées en France.

La présence française en Côte d’Ivoire est-elle désormais permanente ?

Alors que les autorités hexagonales avaient communiqué, sous Sarkozy, sur une fermeture définitive de leur base militaire permanente en Côte d’Ivoire, le 43ème BIMA, il semble que la force Licorne soit installée dans une sorte de « temporaire-définitif », à l’image de l’opération Epervier stationnée au Tchad provisoirement… depuis 1986. « Pour la France, l’appui logistique que constitue sa base de Port-Bouët, qui héberge la force Licorne, a montré toute son utilité depuis le déclenchement de l’opération Serval au Mali. La constitution d’un second pôle de stabilité francophone en Afrique de l’Ouest, avec le Sénégal, est d’autant plus importante dans un contexte de crise dans la région sahélienne », écrit le rapporteur Deflesselles. La force Licorne est présentée comme « un outil stratégique pour la France », dont la mission est de défendre les ressortissants français en Côte d’Ivoire, de « tenir une position de vigilance liée aux événements au Mali » et d’accompagner « la reconstruction de l’armée ivoirienne ». L’accord, qui est conclu pour une période de cinq ans renégociable non par tacite reconduction mais par un nouvel accord, prévoit la mise à disposition du camp de Port-Bouët, de la base abritant le détachement lagunaire et des champs de tir de Lomo Nord et de Grand-Bassam – les deux derniers à titre « temporaire » et « non exclusif ». Ce qui signifie que Licorne sera encore là lors de la prochaine élection présidentielle…

Des conseillers français partout : la Françafrique de papa réhabilitée

Avant même la signature du nouvel accord de défense, les conseillers militaires français sont de retour à tous les étages, nous indique le rapport parlementaire. « Neuf coopérants permanents » sont présents avec leur famille pour piloter la restructuration d’une armée ivoirienne plus que jamais soumise au maître. Un conseiller français est détaché auprès d’Alassane Ouattara, un autre auprès de son Premier ministre. Deux conseillers sont « positionnés » à l’état-major des armées – l’un auprès du chef d’état-major Soumäïla Bakayoko, l’autre auprès du département des ressources humaines.  Un conseiller Service civique a été déployé. Un coopérant est placé auprès de l’armée de l’Air. Et un Comité de pilotage franco-ivoirien doit réfléchir à la politique de formation, notamment à la mise en place d’un « institut de recherche et de réflexion stratégique ». Un signe assez piquant du retour de l’ordre ancien ? L’article 8 du traité de Défense à venir stipule que les coopérations militaires français déployés en Côte d’Ivoire dans des missions de plus de six mois… porteront l’uniforme ivoirien ! Par ailleurs, la France est désignée au moins une fois dans le texte parlementaire consulté par Le Nouveau Courrier comme… la métropole !

Une autorisation de déploiement ou un vrai accord mutuellement profitable ?

A part le fait qu’il permet à la France de se déployer stratégiquement en Afrique de l’Ouest et de contrôler au plus près l’architecture de « la nouvelle armée ivoirienne », en quoi le nouveau « traité » de Défense sert-il les intérêts de la Côte d’Ivoire ? On a beau chercher, on ne voit pas. Contrairement à Djibouti, la Côte d’Ivoire n’est pas rémunérée pour mettre de vastes espaces à la disposition de l’armée ivoirienne. Si un pays étranger l’attaque, la France ne s’engage pas à l’aider à se défendre. Tout au plus peut-il y avoir des « échanges de vues » entre les deux pays. Le rapport parlementaire français du 14 avril dernier rappelle qu’Henri Bentégeat avait écarté « toute intervention à caractère automatique » dans le cadre de l’application des accords de Défense. « Ceci est conforme au droit international puisque celui-ci prévoit que les parties à un traité gardent la liberté d’apprécier le « casus federis », c’est-à-dire les circonstances de son application », justifient les parlementaires français. En gros, on applique quand ça nous arrange !

Nouveau traité de défense ou pas, les choses sont claires. Rédactrice exclusive des résolutions de l’ONU censées résoudre les crises africaines, la France est en réalité maîtresse d’elle-même et de ses différents engagements dans son ex-pré carré. Elle fait ce qui lui plaît, et les accords bilatéraux lui servent surtout à avoir des autorisations de déploiement dans des pays théoriquement souverains. Paris fait, hier comme aujourd’hui, ce qui lui plaît quand ça lui plaît. Pour l’instant, elle a choisi de travailler à la « restructuration » d’une armée dont les chefs sont accusés de crimes contre l’humanité par les défenseurs des droits de l’Homme.


Théophile Kouamouo


A lire aussi: Le traité de Défense Paris/Abidjan adopté en quelques secondes à l’Assemblée nationale française, malgré la nature du régime Ouattara


A télécharger en format PDF: L’intégralité du traité, de la page 3 à la page 7 du document

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER

mardi, 25 juin 2013

KONE KATINAN FAIT DES REVELATIONS SUR LE ROLE DE LA FRANCE ET DE CHRISTINE LAGARDE DANS LA «CRISE DES BANQUES» EN COTE D'IVOIRE

 

KONE KATINAN.jpg


La crise postélectorale de 2010-2011 n’a pas encore fini de révéler ses secrets. Dans un entretien réalisé par Théophile Kouamouo, le fondateur du Nouveau Courrier, dans le cadre du projet Côte d’Ivoire Voices de Nicoletta Fagiolo, Justin Koné Katinan, ministre du Budget dans le dernier gouvernement de Laurent Gbagbo, dirigé par Gilbert Aké N’Gbo, raconte les méandres de ce qu’on a appelé «la crise des banques». Une crise au cours de laquelle la France et les autres pays de l’UEMOA ont décidé de s’immiscer dans la querelle de légitimité qui opposait Gbagbo, investi par le Conseil constitutionnel, et Ouattara, autoproclamé président au cours d’une cérémonie surréaliste à l’hôtel du Golf, à la suite d’une parodie de proclamation de résultats provisoires de l’élection présidentielle faite à son siège de campagne par un président de la Commission électorale indépendante (CEI), en l’absence des commissaires de ladite Commission. Quelques phrases fortes de son témoignage.



- «Le 23 décembre 2010, des ministres se rencontrent à Bissau, et prennent une décision sous l’instigation de l’Elysée [il s’agit de la «transmission» de l’autorité sur les comptes de la Côte d’Ivoire à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest à Alassane Ouattara, alors retranché à l’hôtel du Golf d’Abidjan, ndlr]. Nous avons toutes les preuves selon lesquelles l’ambassadeur de France en Guinée-Bissau était présent pratiquement dans la salle. Un émissaire de l’Elysée était venu. Les ministres décident de contester la décision du Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire, et de choisir, eux, celui qui devait être «leur» président de la République. (…) Cela a été une agression inacceptable que l’on ne pouvait pas accepter. C’était illégal. Même la Conférence des chefs d’Etat, organe suprême de la BCEAO, ne pouvait pas prendre une telle décision. (…) Ils prennent une décision selon laquelle désormais ils ne reconnaissent pas la «signature de Gbagbo». (…) L’Etat intervient à travers la direction générale du Trésor qui est la banque de l’Etat qui ouvre un compte à la BCEAO, géré par des fonctionnaires, des agents comptables publics (…) qui ne peuvent pas quitter leur poste s’il n’y a pas eu passation de charges. (…) On s’est dit que c’était un défi intellectuel et technique lancé à la Côte d’Ivoire (…) Le ministre de l’Economie et des Finances a saisi le gouverneur de la BCEAO, qui était notre compatriote, pour lui dire qu’ils n’ont pas compétence pour nous refuser ce droit.»

- «Trois ou quatre chefs d’Etat se sont réunis à Bamako [le 7 janvier 2011] et débarquent notre compatriote dont ils pensaient qu’il était notre complice alors que le pauvre n’avait pas de marge de manœuvre puisque la loi était pour nous. On le débarque et on nomme son adjoint. Nous savions que les choses allaient changer puisque son adjoint était l’homme de Blaise Compaoré. Il fallait que nous réagissions très vite. (…) Nous avons regardé la législation, et l’une des options qui nous étaient données était celle de la réquisition. Parce que nous n’avons pas nationalisé la BCEAO, nous l’avons réquisitionnée. Nous avons réquisitionné le personnel ivoirien de la BCEAO sur la base d’un délai qui date de 1964 et permet à l’Etat en cas de situation difficile de nature à perturber son fonctionnement de réquisitionner les nationaux pour travailler.

- La veille du jour où cette réquisition devait prendre effet, le nouveau gouverneur de la BCEAO a appelé tous les cadres pour leur dire de ne pas venir travailler. Nous sommes passés sur les antennes [de la RTI, ndlr] pour lire la réquisition et appeler au travail. Tenez-vous bien: ce jour-là, plus de 95% du personnel ivoirien est venu travailler – et parfois même d’autres Africains. Les gens pensent que la BCEAO a été forcée. Pas du tout. (…) Nous avons fait une réunion. Nous avons lu la réquisition. Quand nous l’avons lue, la salle a explosé de joie. Je savais que le président Gbagbo avait gagné les élections, mais ce jour m’a donné encore plus de convictions. Nous n’avions pas le droit de reculer parce que ces personnes étaient décidées à travailler.

- L’autre solution que Dakar a trouvé, c’est le système informatique. Tout est centralisé à Dakar. Les succursales nationales sont en relation avec Dakar par des canaux informatiques. Ils ont empêché aux banques d’avoir accès à leurs positions pour fonctionner. (…) Nous avons appelé le personnel et nous leur avons demandé de revenir au système de compensation manuelle.

- J’ai vu la Françafrique de mes yeux! (…) J’ai vu comment nos systèmes financiers restent totalement sous domination de la France, dans l’intérêt exclusif de la France. J’ai vu qu’un seul fonctionnaire en France peut bloquer tout un pays. (…) J’ai vu la Françafrique le jour où Christine Lagarde m’appelle au téléphone.

- Allo, Monsieur le ministre Diby ? 

- C’est de la part de qui ? 

- Ici, le ministre Christine Lagarde.

- Mais ce n’est pas le bureau de Diby. Diby n’est plus ministre.

- Oui, c’était pour lui donner QUELQUES INSTRUCTIONS.

- Vous voulez donner des INSTRUCTIONS au ministre Diby ?

- Oui, nous avons quelque chose à nous dire.

- Monsieur le ministre Diby n’est plus ministre de l’Economie et des Finances. (…) Le ministre de l’Economie et des Finances s’appelle Désiré Dallo. Là vous êtes dans le bureau du ministre chargé du budget. Il s’appelle Koné Katinan. Le ministre Diby n’est plus ministre. Si c’est personnel, vous pouvez l’appeler sur son portable pour lui donner des instructions. 

- Si nous n’avions pas eu les événements du 11 avril et si la BCEAO continuait dans sa logique, le 15 mai 2011 nous avions notre monnaie. Nous n’avions pas le choix, parce que nous aurions été à un certain moment en rupture de coupures d’argent. Parce que notre succursale de la BCEAO est alimentée à partir de Dakar, qui renouvelle les coupures. (…) Le système que la France avait mis en place pour nous asphyxier était d’empêcher la BCEAO de recycler la monnaie, afin que nous soyons en rupture de monnaie fiduciaire.

- La monnaie ivoirienne, contrairement à ce qu’on dit, aurait pu marcher. Je pense que l’une des raisons de la guerre réside dedans. La Côte d’Ivoire aurait eu sa monnaie et cela aurait entrainé toute la sous-région. (…) Quand vous avez 40% de la masse monétaire qui vient d’un pays, vous détenez forcément 40% de l’économie. Ou bien les choses adoptaient cette monnaie ou ils l’auraient utilisée comme devise: elle se serait imposée d’elle-même.

- Le problème que nous aurions eu (mais nous avions déjà trouvé la parade) était que nous anticipions que la France refuse de nous rétrocéder notre position nette dans leur Trésor qui était de 2.000 milliards de FCFA.»


Source: LE NOUVEAU COURRIER

jeudi, 06 juin 2013

COMMENT OUATTARA CEDE LES TERRES IVOIRIENNES AUX MULTINATIONALES


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L’audience entre Alassane Ouattara et Margarita Louis-Dreyfus a effectivement eu lieu.


Alors que la patronne du groupe français Louis-Dreyfus, qui contrôle déjà la majeure partie des importations de riz en Côte d’Ivoire, doit rencontrer aujourd’hui Alassane Ouattara pour mieux finaliser le projet d’acquisition de 100 000 hectares de terres en Côte d’Ivoire, focus sur une ruée qui menace les petits paysans ivoiriens et la souveraineté nationale.


Le grand mercato autour des terres arables de Côte d’Ivoire est-il engagé ? Selon toute évidence, oui. «Attendue en Côte d’Ivoire fin janvier, la patronne du groupe Louis Dreyfus, Margarita Louis-Dreyfus, doit profiter de son séjour pour signer un accord avec le ministre de l’agriculture, Sangafowa Mamadou Coulibaly, autorisant la mise à disposition, par l’Etat ivoirien, de 100 000 hectares de terres au nord du pays (Korhogo, Ferkessédougou, Boundiali, Tengrela…). Outre un accroissement prévu de la production rizicole ivoirienne, ce projet permet au groupe international diversifié (négoce, transport maritime, immobilier) de distancer ses concurrents dans le pays (Mimran, Olam, Singapore Agritech, etc.).

Localement, ce dossier est piloté par le Français Olivier Santin, chargé de mission au sein de la filiale Louis Dreyfus Commodities (LDC)», écrit ainsi La Lettre du Continent dans une alerte publiée hier à destination de ses abonnés. La Lettre du Continent nous indique qu’un entretien doit avoir lieu entre Margarita Louis-Dreyfus et Alassane Ouattara ce jeudi 31 janvier. Et ajoute que Nicolas Sarkozy, reconverti dans les affaires et la finance, a «intercédé» auprès de son obligé ivoirien pour que la rencontre se fasse. Le groupe Louis-Dreyfus, qui contrôle plus 60% de l’importation de riz – avec ses partenaires locaux Soukpafolo Koné (proche d’Amadou Gon Coulibaly) et Carré d’Or (fondé par le Libanais Ibrahim Ezzedine, considéré comme proche de Gbagbo, persécuté par le fisc ivoirien dès le 11 avril 2011, et qui est finalement mort d’un arrêt cardiaque, laissant le champ libre aux prédateurs) – veut visiblement mettre la main à moyen terme sur toute la chaîne de valeur rizicole ivoirienne, de la production à la distribution.

«Il faudra délocaliser des milliers de paysans»

Derrière l’audience de luxe accordée à celle qui est aussi la veuve de l’ancien actionnaire principal de l’Olympique de Marseille, c’est la ruée sur le foncier rural ivoirien qui s’engage. Et elle a des racines profondes. Tout a commencé avec le sommet du G8 en 2012, et la mise en place d’un vaste projet dénommé «New Alliance for Food Security and Nutrition». Un projet financé principalement par la France et l’Union européenne, et de manière bien plus modeste par les Etats-Unis et l’Allemagne. Ambition déclarée ? Mettre en place un cadre entre les gouvernements de six pays – dont la Côte d’Ivoire –, les institutions multilatérales et un certain nombre de multinationales triées sur le volet.

En Côte d’Ivoire, les multinationales qui sont dans les rangs vont investir près de 800 millions de dollars. Le Singapourien Olam entend mettre 50 millions de dollars sur la table, le Français Louis-Dreyfus 34 millions, le Français Mimran 230 millions de dollars, l’Algérien Cevital 150 millions de dollars, le Suisse Novel 95 millions de dollars, le Suisse CIC 30 millions de dollars, etc…

Ces investissements ne vont pas sans certaines contreparties foncières. Selon des sources spécialisées que Le Nouveau Courrier a interrogées, Novel demanderait 15 000 hectares, Mimran entre 60 000 hectares et 182 000 hectares, Cevital 300 000 hectares, etc… «Evidemment, il faudra délocaliser des milliers de paysans pour avoir accès à ces montants de terres», s’alarme le responsable d’une ONG internationale qui suit de près le dossier.

La loi sur le foncier rural de 1998 sera sans doute abrogée

A quelle sauce les petits agriculteurs ivoiriens seront-ils mangés ? Bien entendu, le régime Ouattara, spécialiste du marketing politique, se fait mielleux. «Nous avons une approche pragmatique. Lorsqu’une entreprise arrive avec un projet, l’État se porte garant et clarifie la situation foncière des superficies requises. (…) Quand les villageois voient leur intérêt, ils se dépêchent de normaliser la situation foncière de leurs terres. D’autant que, dans leurs projets, les entreprises industrielles associent les populations villageoises installées autour de l’unité de production. C’est un modèle dont nous faisons la promotion car il permet une croissance partagée. C’est le cas de Dekel Oil (filiale du groupe israélien Rina Group, ndlr), qui ne possède en propre que 5 000 hectares, mais travaille avec des petits producteurs d’huile de palme installés sur 45 000 hectares», a ainsi dit Mamadou Sangafowa Coulibaly, ministre de l’Agriculture d’Alassane Ouattara, dans le cadre d’une interview accordée à Jeune Afrique. Bien entendu, l’explication est un peu courte. La loi sur le foncier rural sera-t-elle réformée pour plaire aux multinationales ? En tout cas, un document relatif au projet que Le Nouveau Courrier a pu consulter prévoit le vote, en juin 2015, d’un «Rural Act Land», une «loi sur les terres rurales», destinée à «délimiter les terres des villages» et l’octroi de «certificats fonciers» aux entreprises qui veulent manifestement sécuriser leurs «acquisitions» avant la prochaine élection présidentielle.

Selon toute évidence, la loi sur le foncier rural votée en 1998 et qui sécurisait la propriété villageoise et le droit coutumier, va voler en éclats. Les paysans ivoiriens, qui n’ont pas accès au crédit bancaire et aux technologies contrairement aux agriculteurs israéliens avec lesquels le ministre Sangafowa Coulibaly les compare, pourront-ils survivre en étant autre chose que des métayers d’un nouveau type alors qu’ils seront en collaboration/concurrence avec des mastodontes pouvant lever des capitaux de manière illimitée sur les marchés boursiers du monde entier, employant une batterie d’ingénieurs… et qui achèteront sans doute leur production ? Le fait que les multinationales contrôlent l’ensemble de la chaîne agricole d’un pays dont la souveraineté économique est déjà fort dégradée est-il une bonne nouvelle ? En tout cas, au Liberia, pays dont la présidente Ellen Johnson-Sirleaf a cédé une grande superficie de terres à des multinationales en 2010 (avant d’avoir son Prix Nobel de la Paix !), des résistances paysannes s’organisent déjà. Et la dénonciation de «l’esclavage moderne» bat son plein, sur fond d’arrestations et d’intimidations des récalcitrants.


Philippe Brou


Source: Le Nouveau Courrier

jeudi, 09 mai 2013

WIKILEAKS REVELE LES DESSOUS DE LA CRISE IVOIRIENNE

Nom de code: PLUS D. L’association Wikileaks dirigée par Julian Assange, et qui s’est spécialisée dans la mise à la disposition du public de câbles diplomatiques classés confidentiels et/ou secret défense, a encore frappé. Hier, elle a mis en ligne une bibliothèque publique de la diplomatie américaine (Public Library of US Diplomacy). Qui permet d’avoir accès à 1,7 millions de documents secrets qui, pour certains, éclairent l’histoire récente d’un jour nouveau. Certains d’entre eux avaient déjà été « balancés » en 2010, mais étaient perdus dans le cafouillage incroyable créé par la profusion des données. Cette fois-ci, grâce à un efficace moteur de recherches, l’accessibilité est améliorée et des documents intéressants surgissent. Sur la crise ivoirienne en particulier, un certain nombre de câbles diplomatiques se révèlent très intéressants à lire.


En 2001, les ingérences de Charles Taylor en Côte d’Ivoire inquiétaient déjà Gbagbo et le Nigeria

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Dans un câble daté du 28 août 2001, l’ambassadeur américain au Nigeria Howard F. Jeter faisait état, entre autres sujets, des inquiétudes d’un de ses principaux interlocuteurs, le «lieutenant-général» Aliyu Mohammed Gusau, qui était alors un des patrons des services de renseignement du pays alors dirigé par Olusegun Obasanjo. Selon Aliyu Mohammed, une des préoccupations de son pays concernant le leader libérien Charles Taylor était son « immixtion » en Côte d’Ivoire. « L’ambassadeur Jeter, après avoir noté que Taylor est un manipulateur, a demandé à Mohammed comment le Nigeria entendait émousser les efforts de Taylor et du général Guei », indique le câble. A la suite de cette interrogation, l’officiel nigérian a indiqué au diplomate américain que son pays était en contact avec Gbagbo à ce sujet, à qui il avait demandé d’en parler aux Français – des Français qui avaient, selon le câble, de la « sympathie » pour Taylor. L’officiel nigérian avait également confié au diplomate américain son désir de voir Alpha Oumar Konaré, alors président du Mali et de la CEDEAO, de mettre clairement en garde le numéro un libérien d’alors. L’avenir montrera que la France et Konaré ne décourageront pas Taylor, mais iront jusqu’à le « protéger » en faisant semblant de ne pas voir sa main derrière le MPIGO et le MJP, métastases de la rébellion du MPCI à la frontière libérienne. Pire : Charles Taylor sera un des invités d’honneur à la conférence de Paris Kléber destinée à faire entériner le « déshabillage » de Gbagbo après les accords de Linas-Marcoussis.

Robert Guei et Djibril Bassolé, « cerveaux » de la rébellion du 19 septembre 2002 ?

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Un câble diplomatique daté du 10 octobre 2002 raconte une conversation entre l’ambassadeur américain au Nigeria Howard F. Jeter et un ancien ministre des Affaires étrangères nigérian, Baba Gana Kingibe. Devenu consultant par la suite, Kingibe ne cachait pas avoir travaillé pour le gouvernement ivoirien, et avoir eu des relations avec l’ex-ministre de l’Intérieur Emile Boga Doudou, grâce à une relation commune, un homme d’affaires désigné par le prénom « François ». Il pourrait bien s’agir du golden boy François Bakou.

Bien informé, Kingibe a alimenté le diplomate américain en informations « qui ne sont pas contradictoires avec ce que nous savons des événements d’avant la tentative du coup d’Etat ». L’ancien officiel nigérian a en tout cas expliqué que Robert Guei et Djibril Bassolé, alors ministre de l’Intérieur burkinabé, s’étaient rencontrés à Ouagadougou pour mettre en place un plan visant à renverser le président Gbagbo. Mais un ancien subordonné de Guei (on reconnait assez facilement Balla Keita) avait fait savoir qu’il ne voulait pas participer au complot. Pour cette raison, il a été « rapidement éliminé ». Mais avant sa mort, Gbagbo est mis au courant de ce qui se tramait contre lui. Du coup, il envoie son ministre de l’Intérieur Emile Boga Doudou discuter les yeux dans les yeux à Paris avec son homologue… Djibril Bassolé ! La réunion se passe bien. Et Boga rentre à Abidjan le 18 septembre pour être au pays alors que Gbagbo s’en va à Rome. Quand il se rend compte dans la nuit du 18 au 19 qu’un coup d’Etat se déroule et qu’il est directement ciblé, il saute sa clôture et va chercher refuge chez un expatrié français. C’est de chez cet expatrié qu’il appelle « François » où il raconte sa mort en direct : « François, ils entrent. Ils m’abattent ! »

Lors de sa conversation avec le diplomate américain, Kingibe évoque ce qu’il considère comme la stratégie internationale de Compaoré – son analyse s’avèrera juste. Selon lui, la tentative de réhabilitation de Compaoré, qui passé par une rupture apparente avec Taylor, est un « subterfuge ». De son point de vue, le Compaoré de 2002 n’est pas fatigué des « pitreries » de Taylor, mais est fatigué de jouer les seconds rôles et est prêt lui-même à s’engager dans des entreprises de déstabilisation dont il est le maître d’œuvre. « Si c’est vrai, cela signifie qu’il représentera un aussi grand danger pour la stabilité sous-régionale que son ancien ami de Monrovia », note le câble.

Ibn Chambas et Nana Akufo-Addo, deux anti-Gbagbo notoires

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Les câbles de Wikileaks nous permettent de cerner les positionnements réels des différents acteurs diplomatiques qui ont « travaillé » sur la crise ivoirienne. Par exemple, derrière ses sourires de premier communiant, le Ghanéen Mohamed Ibn Chambas, alors secrétaire exécutif de la CEDEAO, a contribué à « noircir » au maximum l’image de Gbagbo. Dans un câble daté du 11 octobre 2002, l’ambassadeur des Etats-Unis au Nigeria, Howard F. Jeter, raconte une conversation avec Ibn Chambas. Au cours de laquelle il explique que l’obstacle à un cessez-le-feu rapide entre le gouvernement ivoiriens et les rebelles, c’est… Gbagbo ! Les rebelles, selon Ibn Chambas, sont «disciplinés et relativement flexibles». Ils nient toute intention de renverser le régime (sic !) Ibn Chambas affirme sans ciller qu’il n’a vu aucune preuve de l’ingérence des Burkinabés. Gbagbo, de son côté, est « têtu » et « réticent », selon le diplomate ghanéen.

Le ministère des Affaires étrangères ghanéen de l’époque, qui sera par la suite deux fois candidat malheureux à la magistrature suprême dans son pays, a également beaucoup œuvré pour « gâter le nom » de Gbagbo. Un câble daté du 3 juin 2004 permet de se rendre compte qu’il a profité du fait qu’un sommet de la CEDEAO qui devait se tenir à Abuja, au Nigeria, a finalement été annulé, parce que Gbagbo avait décidé d’aller à des réunions à New York pour casser violemment du sucre sur le dos de Gbagbo. « Nous nous demandons si Gbagbo s’amuse avec nous », lance-t-il lors d’une rencontre avec l’ambassadrice Mary C. Yates. Lorsqu’elle lui répond en disant que le chef de l’Etat ivoirien avait peut-être pris des rendez-vous au siège de l’ONU, Akufo Addo n’en démord pas. « Kofi Annan est au courant de cette rencontre et veut Gbagbo ici [à Abuja] », dit-il. Avant d’expliquer que les accords de Linas-Marcoussis ne doivent absolument pas être « revus » ou « renégociés », que « Gbagbo doit trouver un arrangement avec Soro, Bédié ou Ouattara » et qu’il n’y a « pas d’autre option ». « Alors que nous laissons à nos collègues le soin d’expliquer les véritables motifs pour lesquels Gbagbo a refusé d’assister à la réunion d’Abuja, Akufo-Addo a défendu une vision plein d’antipathie sur ce qui lui semble être les explications peu convaincantes de Gbagbo », peut-on lire dans le câble de l’ambassadrice Mary C. Yates.

Ce background permet, avec le recul, d’expliquer les rumeurs selon lesquelles Alassane Ouattara a financé la campagne d’Akufo Addo lors de la dernière présidentielle. Mais aussi de comprendre la portée des violentes diatribes de ce dernier s’adressant à John Dramani Mahama en disant : « Nous ne voulons pas d’un Laurent Gbagbo au Ghana ».

 Obasanjo, Kufuor et la France en Côte d’Ivoire : un rapport compliqué

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Au fil des « câbles » de Wikileaks, l’on se rend compte que si la position « naturelle » des présidents nigérian et ghanéen de l’époque, Olusegun Obasanjo et John Kufuor, était plus « équilibrée » que celles de leurs homologues francophones d’Afrique de l’Ouest, elle était aussi frileuse et influencée par un certain nombre de lieux communs. Un câble du 26 septembre 2002 indique déjà le « balancement » du Nigeria. Aliyu Mohammed, un des patrons du renseignement nigérian, informe les Etats-Unis que le Nigeria a envoyé des Alphajets à Gbagbo dans le cadre d’un arrangement bilatéral – ce qui est une forme de soutien – mais s’inquiète du « harcèlement » des partis et des figures de l’opposition, notamment Ouattara et Bédié. Obasanjo se plaint aux Américains de l’initiative française de reprendre les choses en main en interrompant les discussions de Lomé, et accuse Abdoulaye Wade d’avoir orchestré l’opération en raison de sa rivalité avec Gnassingbé Eyadéma. « Ils peuvent organiser le sommet, mais je n’y irai pas, le Nigeria ne sera pas représenté », indique Obasanjo au téléphone à l’ambassadeur américain. Quand les accords sont entérinés, il indique qu’il ne les endosse pas « de gaieté de cœur » et qu’ils « déshabillent Gbagbo », mais que le Nigeria ne peut pas être « plus saint que le pape ». Si les Ivoiriens acceptent Marcoussis, le Nigeria ne peut que les appuyer, dit-il en substance.

Un câble du 12 novembre 2004 raconte une réunion entre l’ambassadeur des Etats-Unis au Ghana et le président John Kufuor. Juste après la quasi-guerre ivoirienne qui a commencé avec le « bombardement » supposé de la base-vie française de Bouaké en pleine « opération Dignité ».  Kufuor explique que la « tuerie » des neuf soldats français est un « prétexte » qui permet à l’Hexagone d’engager des actions pour protéger « leurs concitoyens » et leur « business ». « Mais Kufuor n’avait pas une posture critique vis-à-vis des Français », indique le câble. A la même occasion, Kufuor considère que l’analyse – dont on ne sait pas qui la véhicule – selon laquelle Gbagbo serait devenu président après avoir été qu’un leader d’opposition de second ordre relève de l’intox. Cela dit, il estime que Gbagbo doit faire des concessions, cesser d’utiliser le Parlement comme « prétexte » pour ne pas appliquer les accords d’Accra III. Il finit par faire une proposition assez surprenante : il suggère que Gbagbo, Ouattara et Bédié, en raison de leur caractère clivant, soient écartés des élections à venir et qu’ils cèdent la place à la jeune génération.

Les Français acharnés contre Gbagbo

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Si les câbles que l’on peut consulter dans le cadre du projet « PLUS D » donnent à voir une administration américaine quelque peu circonspecte, plus ou moins équilibrée dans ses jugements, et une diplomatie française violemment anti-Gbagbo. La palme de la virulence revient à Michel de Bonnecorse, conseiller Afrique de Jacques Chirac. Dans l’un des câbles de Wikileaks, datant du 30 mars 2006, il affirme à un de ses interlocuteurs américains que « de plus en plus » de dirigeants africains estiment qu’il n’y aura aucune solution en Côte d’Ivoire tant que Gbagbo restera au pouvoir. Il demande aux Américains de s’impliquer dans le cadre du Groupe de travail international (GTI) pour soutenir Charles Konan Banny – qui apparaît véritablement comme le « chouchou » de la Chiraquie au fil des câbles. Au point de demander que les Casques bleus de l’ONU prennent le contrôle militaire de la RTI afin d’empêcher que les « foules » pro-Gbagbo s’en saisissent pour diffuser leur «propagande » en cas de troubles. Un câble du 9 décembre 2005 indique que Michel de Bonnecorse veut que la Constitution ivoirienne soit modifiée… par le Conseil de sécurité de l’ONU. Selon un câble du 9 février 2006, Michel de Bonnecorse décrit Gbagbo comme un « fasciste », qui « commande seulement une minorité de la population », qui utilise une « propagande de rues », des voyous armés et une propagande ciblée. Nathalie Delapalme, qui développe pourtant des vues anti-Gbagbo devant les diplomates américains, a été totalement mise à l’écart par le clan Chirac, dès lors qu’il est devenu évident qu’elle était « trop confortable avec Gbagbo et sa coterie », explique un officiel français aux Américains.

Quand la France de Sarkozy jugeait « ridicule » le désarmement des rebelles

La lecture des câbles publiés par Wikileaks permet d’entrevoir une certaine prise de distance passionnelle de Paris sur le dossier ivoirien avec le début du processus de Ouagadougou et le départ du pouvoir de Jacques Chirac. Mais la profonde acrimonie de la France envers Gbagbo demeure, sous Nicolas Sarkozy. Selon un câble daté du 4 septembre 2009, le conseiller Afrique de Sarkozy, Romain Serman, prétend, alors qu’une avocate de Gbagbo plaide pour que la France aide à désarmer la France, qu’il ne s’agit que d’une manière de gagner du temps, et que Gbagbo a conclu qu’il ne pouvait pas gagner les élections et veut « épuiser » ses rivaux Bédié et Ouattara. L’exigence du désarmement des rebelles, pourtant notifiée depuis les accords de Linas-Marcoussis, est « ridicule » selon l’administration Sarkozy. Le conseiller de Sarkozy va jusqu’à prétendre, devant les Américains, que Gbagbo veut organiser un faux coup d’Etat contre lui – selon des sources libériennes non clairement nommées, stipule le câble américain. Au final, la Côte d’Ivoire va aller à la présidentielle de 2010 sans désarmement, selon le vœu des Français. Et le « traquenard électoral », selon l’expression de Charles Blé Goudé, se refermera sur Gbagbo.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

vendredi, 07 décembre 2012

MENACES DE LA CPI: CE QUI FAIT PEUR AUX AVOCATS DE OUATTARA, SELON JEUNE AFRIQUE

 

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L’information est donnée par l’hebdomadaire Jeune Afrique, au détour d’un dossier de huit pages mi-admiratif mi-désapprobateur consacré à Simone Gbagbo, une «femme puissante» en qui «il y a du Winnie Mandela», un «roc» qui aurait «contribué à précipiter la chute du régime».

Lors de la formation de son dernier gouvernement, Alassane Ouattara a tenté de donner des gages à Guillaume Soro. «En confiant les clés de la Justice à Gnénéma Coulibaly, un ancien des Forces nouvelles (FN), Alassane Ouattara a visiblement voulu rassurer Soro», indique l’hebdo. Qui fait tout de même remarquer que «la position du pouvoir d’Abidjan est difficile à tenir». «S’il n’exécute pas le mandat, il devra contester sa recevabilité.

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L’avocat principal de Laurent Gbagbo, le Français Emmanuel Altit, n’attend que cela pour invoquer l’irrecevabilité du mandat contre son client et dénoncer le «deux poids deux mesures». Pour sortir de ce casse-tête, les avocats de l’Etat ivoirien, Mes Jean-Paul Benoît et Jean-Pierre Mignard, sont sollicités. Ils ont tenu une réunion à Paris le 26 novembre, multiplié les contacts et rédigé des notes destinées au président Ouattara et au ministre de la Justice», écrit Jeune Afrique. Qui pense savoir que dans un premier temps, «les autorités ivoiriennes cherchent à gagner du temps». 

Le temps de voir la requête en irrecevabilité déposée auprès de la Chambre d’appel par Me Altit rejetée et de voir l’audience de confirmation des charges commencée pour s’assurer que «le cas Gbagbo» est verrouillé avant de «saboter» le reste de la procédure? Peut-être. Le temps de «prendre par surprise» Soro et ses hommes, ou au moins quelques-uns d’entre eux? Peut-être aussi. En tout cas, à La Haye, on grogne. «Alassane Ouattara nous a demandé d’enquêter sur les crimes postélectoraux. (…) Ce n’est pas une justice à la carte dans laquelle on pioche ce qui nous arrange (…). 


Philippe Brou

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 17 octobre 2012

TORTURE A L'ECHELLE INDUSTRIELLE A SAN PEDRO - L'AGENCE AMERICAINE ASSOCIATED PRESS CONFIRME UNE ENQUETE DU NOUVEAU COURRIER



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Jeunes pro-Gbagbo prisonniers des FRCI


Le 6 septembre dernier, soit il y a plus d’un mois, Le Nouveau Courrier publiait, à la suite d’autres témoignages accablants du même type, un document d’investigation rapportant les sévices, mauvais traitements et tortures infligées à des honnêtes citoyens par la soldatesque du régime Ouattara, notamment dans un camp situé dans la ville de San Pedro. Samedi dernier, l’agence de presse américaine Associated Press confirmait nos informations dans un article qui a été publié par un grand nombre de médias au pays de l’Oncle Sam (Washington Post, Fox News, Yahoo, Salon.com, etc…). Il est frappant, bien entendu, que cette enquête ne soit pas l’émanation des médias français, pourtant les plus représentés à Abidjan et qui sont ceux qui envoient le plus grand nombre d’envoyés spéciaux en Côte d’Ivoire. Nous publions ici de larges extraits de la dépêche d’Associated Press traduits par nos soins. 

"Les soldats alignaient les détenus sur l'herbe au milieu de la nuit et les frappaient avec des bâtons. A certaines occasions, ils frappaient les prisonniers avec des ceintures et des fusils avec une telle force que les traces de leurs coups ont été apparentes sur les corps des infortunés pendant des semaines. Cédric Bao, 33 ans, qui a été détenu pendant deux semaines en août parce qu’on le soupçonnait de cacher des armes, a affirmé que les soldats «connectaient» les détenus avec des fils et leur administraient des décharges électriques au point qu’ils se tordaient de douleur sur le sol.  «Quand cela se produisait, les fils faisaient grand bruit, et les lumières clignotaient, une odeur de brûlé planait. On pouvait entendre les gens crier», raconte Bao. «Je priais Dieu pour ne pas y passer.» 

«Un gardien m’a mis le pistolet dans la bouche et m’a dit de parler»

(…) L’Opération des Nations unies dans le pays a déclaré, à la mi-août, que cent arrestations de personnes soupçonnées d’être impliquées dans ces attaques avaient été documentées. Un responsable onusien, qui n’est pas autorisé à parler au nom de la mission, a déclaré cette semaine que ce nombre avait plus que doublé. Alors que les allégations de tortures ont été documentées au sujet de multiples installations militaires, les fonctionnaires de l’ONU ont déclaré que les pires témoignages provenaient de détenus du camp de San Pedro, faisant notamment état de chocs électriques. Peu de détenus dans la ville ont parlé de leurs expériences dans ce camp en raison des menaces qu’ils ont reçues avant d’être libérés, a déclaré Serge Dagbo, représentant à San Pedro de la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme. Mais dans de récentes interviews avec Associated Press, quatre anciens détenus ont décrit des conditions difficiles marquées par des locaux exigus, de la nourriture minimale et l'utilisation fréquente de la violence pour extorquer des aveux. Comme les autres détenus, 40 ans, Plika Sokouli dit qu'il n'a jamais su exactement pourquoi il a été arrêté à la fin août sur le stand où il vendait des ananas et des liqueurs faites maison. Mais selon lui, les menaces de violente se sont manifestées dès son arrivée au camp. «Quand je suis arrivé, un gardien a pris un pistolet, l’a mis dans ma bouche et m’a dit d'en parler», a-t-il raconté. «J'ai dit que je ne savais rien.»

«Un policier devenu inconscient suite aux électrocutions»

Christian Hino, un ancien employé de station-service actuellement sans emploi, a déclaré que huit détenus ont été menottés avant d’être soumis à des séances de torture en tête-à-tête, qui ont duré jusqu’à 25 minutes. Quatre d’entre eux étaient maintenus sur le gazon devant le bâtiment principal du camp, et de longs fils étaient attachés à leurs pieds, aux sections médianes et à leur cou, et des chocs électriques leur étaient administrés. «Vers 4 heures, un policier qui a été arrêté est devenu inconscient suite aux électrocutions», a dit Hino. «J’avais vraiment peur. Il ne réagissait pas. Les gens se demandaient s’il était mort.»  Haut responsable du camp, le capitaine Sékou Ouattara Béma a nié les allégations de mauvais traitements physiques, et a affirmé que les prisonniers n’avaient jamais été détenus pendant plus d’une journée ou deux. Pourtant, il a justifié la campagne de l’armée pour extirper les ennemis de la population locale. «C’est à cause de notre détermination et de notre travail que San Pedro n’a pas été attaquée», a-t-il dit. 

Le lieutenant Aboubakar Traoré, commandant en second du camp, a également nié les violences physiques administrées au camp. Mais il dit que les soldats pouvaient avoir recours à la torture quand les commandants étaient absents. «Je ne veux pas dire que nous sommes parfaits», a-t-il dit. «Je ne dors pas ici. Je ne sais pas exactement ce que font les soldats quand je dors.» Mais selon un garde, qui s'exprimait sous couvert de l'anonymat, par crainte de représailles, ces prisonniers étaient régulièrement détenus pendant plusieurs jours d'enquête. Il a également déclaré que les coups étaient monnaie courante, prétendant qu'ils se sont produits en l’absence des commandants. Interrogé sur la sévérité des coups, il s’est mis à rire et a dit : «Il n'y a pas deux façons de frapper quelqu'un. Nous les avons battus sévèrement afin qu'ils se souviennent.»

La torture pourrait s’aggraver avec la nomination d’Ousmane Coulibaly

Les allégations de mauvais traitements à San Pedro doivent être immédiatement examinées, a déclaré Matt Wells, chercheur Afrique de l'Ouest à Human Rights Watch. «La nature et les caractéristiques de la maltraitance des détenus indiquent que, au minimum, les commandants du camp auraient dû avoir connaissance de tels abus et avoir pris des mesures pour les prévenir et de punir les soldats impliqués», a-t-il dit. «Les autorités ivoiriennes doivent enquêter immédiatement et veiller à ce que toute personne soit traduite en justice.» En attendant, la torture à San Pedro pourrait bientôt s'aggraver. Le gouvernement a confirmé cette semaine que Ousmane Coulibaly, un commandant de l'ancienne zone du groupe rebelle des Forces nouvelles, qui a contrôlé le nord de Côte d'Ivoire de 2002 à 2010, avait été nommé préfet de la région de San Pedro. Coulibaly a été mis en cause par Human Rights Watch dans des crimes graves durant la crise post-électorale, y compris la torture et les exécutions extrajudiciaires dans le quartier de Yopougon à Abidjan. Wells a déclaré que cette nomination «insulte les victimes de ces abus et la promesse du gouvernement d'offrir une justice impartiale.»

En attendant que Coulibaly soit installé à son nouveau poste, les anciens détenus de San Pedro se demandent si les mauvais traitements qu'eux ou d’autres ont enduré ont rendu la ville plus sûre. «Je ne crois pas aux aveux qu'ils ont obtenu», a dit Bao, «parce que ces aveux ont été obtenus sous la torture.»"

 

Source: Associated  Press

La titraille est de la rédaction du Nouveau Courrier

L'enquête du Nouveau Courrier à relire ICI.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

jeudi, 12 janvier 2012

GUY-ANDRE KIEFFER: LES DOCUMENTS EXPLOSIFS DE «GORGE PROFONDE»


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L'affaire Guy-André Kieffer a rebondi avec la diffusion dans Le Nouveau Courier du témoignage de «Gorge profonde», ex-rebelle qui affirmait avoir participé à l’enlèvement et à l’assassinat du journaliste franco-canadien et savoir ou se trouvait la dépouille.

Comme par enchantement, le juge Ramaël a conduit l'opinion vers un squelette à problèmes à Issia, à plus de 300 kilomètres d’Abidjan. Et la litanie accusatrice contre Gbagbo et ses proches a été relancée. Gorge profonde est-il une invention du Nouveau Courrier  ou un faux témoin ? En tout cas, nous avons la preuve qu’il a constitué un dossier à l'attention de Ramaël avec l’aide de Jean-Yves Garnault, agent de renseignement français. Nous avons pu en effet nous procurer des courriers électroniques qu'ils ont échangés. Notamment une partie de la confession de Gorge profonde à Ramaël rédigée avec l’aide de Garnault et d’un avocat, envoyée au juge Ramaël. Nous la publions ici, avec quelques retouches, pour protéger notre source.

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Et nous vous faisons partager la décharge que Garnault a donnée à «Gorge profonde» après avoir pris ce que ce dernier présente comme des effets personnels arrachés à Kieffer. Cerise sur le gâteau, Gorge profonde affirme avoir rencontré Ramaël dans la nuit du 2 au 3 janvier, soit quelques heures après l’arrivée du juge à Abidjan, dans un bar bien connu de la place, situé à Marcory. Au lendemain de la publication du témoignage de «Gorge profonde» dans les colonnes du Nouveau Courrier, nous sommes rentrés en contact avec le juge français, qui a prétexté d’une réunion pour botter en touche. Il avait promis de rappeler, ce qu’il n'a pas fait. De quoi crédibiliser Gorge profonde  et donner des sueurs froides au régime Ouattara. Le poker menteur continue.

"Monsieur le juge,

Je me nomme xxxxxxx xxxxxxx, je suis né le xxxxx xxxxx xxxx à Korhogo – j’ai été un élément actif et connu de ce qu’on a appelé « la rébellion » – J’ai occupé divers postes de responsabilités dont celui de chef du GIS (Groupe des Interventions Spéciales) qui est     directement lié à l’affaire Guy André Kieffer.

J’ai été un militaire sincère, croyant dans la finalité de la lutte armée contre notre ennemi de l’époque qui était le « clan Gbagbo » – Nous obéissions scrupuleusement aux ordres donnés soit par notre hiérarchie soit par les autorités politiques.

J’ai décidé de vous livrer toutes les informations relatives à l’affaire Kieffer et sur d’autres opérations du même type, car, comme beaucoup d’entre nous, je me suis senti trahi par nos hiérarchies, aussi bien politique que militaire. Notre chef, M. Soro  Guillaume, s’est rapproché de M. Gbagbo avec tous les avantages que lui conférait son poste de Premier Ministre … tandis qu’un autre s’est hissé à un très haut niveau de la Présidence !

J’ai décidé, après avoir été exploité, souvent humilié, qu’il me fallait prendre la décision de sortir de cet engrenage – J’ai quitté la rébellion et ai réussi à vivre aussi modestement que discrètement avant de me réfugier dans un pays voisin avec ma famille – Actuellement je ne vis que de l’aide du Haut Commissariat aux Réfugiés.

Le moment est venu de faire rendre des comptes aux différents responsables qui ont trahi notre cause.

C’est la raison pour laquelle, prenant conscience d’avoir été un instrument manipulé alors que j’étais sincèrement convaincu d’agir pour la bonne cause, j’éprouve aujourd’hui une réelle soif de Justice et je tiens absolument à ce que toute la Vérité soit dite pour que tous les niveaux de responsabilités répondent de leurs actes respectifs.

Je m’engage solennellement à pleinement collaborer pour que toute la lumière soit faite sur ces malheureuses affaires que je regrette aujourd’hui.

Permettez-moi de solliciter de votre bienveillance une attention particulière concernant mon épouse et ma fille pour qu’elles puissent vivre normalement durant mon absence et, dans la mesure du possible, faire en sorte que ma vie soit préservée en m’envoyant (de mon plein gré) en France pour que la Justice puisse rendre sa décision à mon encontre. Je souhaiterais, dans toute la mesure du possible, que mon nom soit préservé dans les procédures pour des raisons évidentes de sécurité.

Je tenais à vous remettre cette lettre au premier moment de notre rencontre pour démontrer dans quel état d’esprit je souhaite collaborer avec la Justice française.

Vous renouvelant mes regrets de cette conduite inexcusable qui est la résultante du contexte de guerre avec son cortège d’horreurs, je vous prie néanmoins de bien vouloir intercéder auprès de la famille pour leur présenter mes très sincères regrets.


Xxxxxx   xxxxxxxx

Courrier  rédigé par un tiers à ma demande".


Source: LE NOUVEAU COURRIER

samedi, 17 décembre 2011

CPI: LES MANOEUVRES CONTRE LA DEFENSE DE GBAGBO ONT COMMENCE


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Ocampo, très en verve tant qu'il s'agissait de déverser des généralités accusatrices sur le président Gbagbo, traîne des pieds pour transmettre les prétendues preuves dont il dispose à ses avocats, qui ne disposent pour l'instant pas des moyens généralement donnés par la CPI pour permettre aux accusés d'organiser leur défense.

La prévisible danse de sorciers autour de la procédure opposant, devant la Cour pénale internationale (CPI), le président Laurent Gbagbo à l'accusation représentée par Louis Moreno-Ocampo, a déjà commencé. L'avocat du plus célèbre prisonnier de La Haye a levé, hier, un coin du voile sur ces manoeuvres, lors d'une audience de «mise en état». En filigrane, l'on comprend que des obstacles logistiques mais surtout juridiques et judiciaires sont posés sur le chemin de la défense du fondateur du Front populaire ivoirien (FPI). «Nous n'avons pas encore pu commencer nos enquêtes en raison de l'absence d'aide judiciaire», a expliqué Maître Altit. «En ce moment, nous n'avons pas de bureau, pas d'ordinateur, pas accès au système informatique de la Cour, pas de moyens», a-t-il précisé.

Le porte-parole de la CPI, Fadi el-Abdallah, questionné par l'AFP, a affirmé que le greffe n'avait pas encore rendu de décision «quant à l'éventuelle indigence de M. Gbagbo». Très clairement, le greffe de la CPI se demande encore si un homme dont les biens, réels et supposés, ont été officiellement gelés en Côte d'Ivoire et à l'étranger, et dont les soutiens ont été persécutés et pourchassés à la fois par le régime Ouattara et par l'Union européenne, a les moyens financiers de se battre contre une machine politico- judiciaire constituée par la CPI ellemême, le régime Ouattara, et des grandes puissances comme la France et les Etats-Unis.

Au-delà de la question financière, qui peut être réglée par la mobilisation des patriotes ivoiriens et africains, qui attendent le top départ officiel pour mettre la main à la poche, ces lenteurs orchestrées et ces tracasseries administratives - il est en effet élémentaire que les avocats de Gbagbo aient accès au système informatique de la CPI, par exemple - témoignent une fois de plus d'une volonté de prendre de court l'adversaire, de l'empêcher de s'organiser à temps.

Les prétendues preuves d'Ocampo invisibles

Plus fondamentalement, Louis Moreno Ocampo traîne les pieds pour remettre à la défense du président Gbagbo des pièces clés, qui devraient notamment édifier tout le monde sur la solidité du dossier qu'il a ficelé pour obtenir le transfèrement du «prisonnier de la communauté internationale» à La Haye. «Nous n'avons pas reçu la requête du procureur aux fins de la délivrance de mandat d'arrêt. Nous n'avons pas reçu non plus les éléments de preuve qui appuient cette demande», explique Maître Altit. Qui ajoute quelque chose de fondamental : «ces éléments nous permettront de contester la légalité de la détention du président Gbagbo». Et appelle l'accusation à communiquer «au plus vite» à la défense les éléments de preuve dont elle dispose.

Dans une interview exclusive publiée par Le Nouveau Courrier du 6 décembre dernier, Maître Altit annonçait les couleurs. «Le procureur a obligation légale de nous transmettre tous les éléments en sa possession le plus vite possible». Le bureau d'Ocampo, pour faire diversion, affirme avoir déjà communiqué 36 documents au président Gbagbo. Des documents de toute évidence secondaires, et qui excluent la fameuse requête aux fins de la délivrance de mandat d'arrêt, visiblement goupillée à la hâte. Cette bataille judiciaire est d'une importance capitale. En effet, il est plus que vraisemblable qu'Ocampo et ses alliés français et américains, pour satisfaire à l'agenda de Ouattara, ont goupillé à la hâte un dossier quasiment vide contre le président Gbagbo.

Un dossier qu'ils comptent «remplir» au fur et à mesure d'ici le 18 juin prochain. Il faut donc perdre du temps pour empêcher la défense de tailler en pièces les éléments fragiles - voire fabriqués - présentés à la juge Silvia Fernandez de Gurmendi. Cette méthode de la prise par surprise a été, rappelons-le, utilisée pour empêcher les avocats de Gbagbo de contester, alors qu'il se trouvait encore à Korhogo, son transfèrement express maquillé sous de fausses procédures ivoiriennes.

Aujourd'hui, une audience à huis clos, durant laquelle la défense et le greffe discuteront des modalités de l'organisation de la défense du président Gbagbo, aura lieu. A la suite d'un ordre de la juge Fernandez de Gurmendi. Plus que jamais, la vigilance est de mise.


Philippe Brou, in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 392 du jeudi 15 décembre 2011.

mardi, 04 octobre 2011

LE SITE DU NOUVEAU COURRIER EST PRET!

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Je suis très fier de présenter à vous, lecteurs, et à toute la communauté, le tout nouveau site du "Nouveau Courrier". Nous avons longtemps hésité avant de le lancer. Parce que le modèle encore indéfini des médias en ligne en Côte d'ivoire fait qu'on se demande toujours si ce qu'on a à perdre n'est pas plus grand que ce qu'on a à gagner quand on plonge dans la grande marmite du numérique.

Plus qu'un site, nous espérons, à moyen terme, former une vraie et forte communauté autour du site du "Nouveau Courrier", qui sera un complément idéal à l'offre papier. La première chose que nous vous demanderons, c'est d'imposer le leadership de ce site en le faisant connaître. A travers un travail de diffusion des liens qui vous semblent le plus intéressants sur les réseaux sociaux, dans les forums et dans vos sites et blogs.

Mais arrêtons de parler. Cliquez ICI pour découvrir notre site. Que dis-je, votre site !


Source: Le blog de Théophile Kouamouo

lundi, 22 août 2011

L'INCULPATION DE GBAGBO EST 100% ILLEGALE: LA LOI DE 2005 QUI INVALIDE TOUT



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Même si l'on admet que Laurent Gbagbo était un ex-chef d'Etat au moment de la crise postélectorale, des dispositions légales très claires indiquent une procédure qui n'a pas du tout été respectée. Le ministre de la Justice Jeannot Ahoussou Kouadio est bien placé pour le savoir...


Dans notre édition d'hier, nous titrions, à propos des procédures ubuesques utilisées contre le couple Gbagbo : «Le Droit est mort en Côte d'Ivoire !» Un élément qui mérite d'être mis sur la place publique donne encore plus de force à notre constat. Il s'agit de la loi du 27 mai 2005, «portant statut d'ancien président de la République, d'ancien chef ou président d'institution nationale et d'ancien ministre». En effet, même si l'on admet que les faits supposés reprochés à Laurent Gbagbo ont été commis alors qu'il n'était plus président de la République - ce qui est une absurdité juridique puisque les pouvoirs d'un chef d'Etat s'éteignent au moment de la prestation de serment de son successeur, selon la Constitution -, si l'on élude le mystère qui est fait autour de la nécessaire autorisation du Conseil constitutionnel, on doit tout de même lire cette loi qui est très claire en son article 2. «Aucun ancien président de la République ne peut être poursuivi ou arrêté à raison des faits criminels ou délictueux par lui commis qu'avec l'autorisation de l'Assemblée nationale». L'institution parlementaire, à laquelle Ouattara a coupé les vivres en toute illégalité, n'a jamais donné aucune autorisation, qui ne lui a pas du reste été demandée.

En son article 3, la loi de 2005 dit :  «Lorsqu'un ancien président de la République est susceptible d'être poursuivi ou arrêté en matière criminelle ou correctionnelle, le Procureur général près la Cour de cassation, avisé des faits par tous moyens, saisit par requête le Bureau de l'Assemblée nationale». Autrement dit, Simplice Kouadio Koffi, qui va de conférence de presse en plateaux télé pour évoquer le dossier Laurent Gbagbo, n'était absolument pas compétent pour le poursuivre. A défaut d'un procureur général près la Cour de cassation - prévue par la Constitution mais pas encore mise en place -, seul un procureur relevant de la Cour suprême pouvait, plus ou moins à bon droit, se saisir du dossier. Puis le transmettre ou pas, par la suite, à la juridiction qu'elle estime compétente. Le vice de procédure est patent, voire grossier... Si la Côte d'Ivoire était un Etat de droit tout juste minimal, ce méli-mélo juridique aurait été forcément annulé. En effet, les poursuites contre Laurent Gbagbo n'auraient eu de vernis juridique acceptable que si au terme de la consultation de l'Assemblée nationale, les deux tiers des députés siégeant l'avaient validée.  Ce qui n'a pas été le cas.

Le camp Ouattara a certes déjà trouvé une pirouette. Ils évoquent, dans leurs salons, l'article 55 qui évoque un cas où ces dispositions ne valent pas. C'est-à-dire «pendant les campagnes électorales» ou à «l'occasion des élections». Mais les infractions économiques supposées imputées au président Gbagbo se situent bien après le processus électoral, sous le gouvernement Aké N'Gbo. L'article 55 ne saurait donc être brandi de bonne foi.

Ce qui est le plus piquant dans ce dernier épisode de la série « Le droit est mort en Côte d'Ivoire », dont le scénariste est le chef de l'Etat himself, est que la loi de 2005 qui invalide toute la procédure lancée par Simplice Koffi Kouadio est que l'un des rédacteurs de cette loi est... Jeannot Ahoussou Kouadio, député de Didiévi, et membre de la Commission des Affaires générales et institutionnelles du Parlement au moment de son adoption. On aura décidément tout vu en Côte d'Ivoire !


Par Philippe Brou, in le quotidien ivoirien « Le Nouveau Courrier »

samedi, 13 août 2011

DEMOLITIONS ET DEGUERPISSEMENTS TOUS AZIMUTS: THAT'S ALL?

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Ça n'en finit plus dans les forums de discussion sur internet et les points de causeries dans les quartiers. Les Ivoiriens se crêpent le chignon, s'empoignent à volonté et sans retenue. L'objet du scandale ? Le projet d'assainissement de la ville d'Abidjan entrepris depuis quelques semaines par la ministre Anne Ouloto.

 

Vérité pour les uns, erreur pour les autres, si seulement le débat se résumait à cette ambivalence. Dans le fond, tout le monde est d'accord sur la nécessité d'une pareille opération. Mais comment  assainir ? Où assainir ? Tout le débat se résume à la méthode et aux endroits choisis. Loin de l'opération de salubrité publique annoncée à grands renforts de publicité, l'on a plus l'impression d'assister à une chasse aux sorcières qu'à autre chose. Les premiers endroits cassés, rasés ont été les abords des cités universitaires et l'université de Cocody réputés Gbagboïstes. Après quoi, s'en est suivi la Sorbonne, accusé de véhiculer la pensée LMP. Nos pas résonnent encore sur les pavés d'une agora déserte. L'espace la Sorbonne, lieu de rassemblement, de ralliement même, carrefour d'informations et de réflexions, rasé, d'un coup. Chaque périmètre de l'endroit sentait le parfum d'un Laurent Gbagbo que ses adversaires parvenus au pouvoir s'échinent à gommer dans les esprits. Vaine entreprise mais tant qu'ils peuvent essayer... Les monuments, véritables fosses communes selon les légendes RHDP, sont tous passés à la trappe sans qu'on ne présente les ossements retrouvés après leurs destructions aux communautés nationale et internationale. Pour des personnes si friandes de coups d'éclat, déconcertant, non ?

Puis la situation a évolué et après les voies obstruées par les commerçants, ce fut le tour la semaine dernière des mythiques «Mille maquis» de Marcory et «Rue princesse» de Yopougon. Doit-on condamner un gouvernement qui essaie de mettre de l'ordre dans une cité où le désordre s'est érigé en valeur ? L'honnêteté intellectuelle commande de répondre par la négative. Dans ces conditions, où se situe le problème serait-on en droit de se demander ? Eh bien, dans un Etat de droit comme le défend le chef de l'Etat chaque fois qu'il en a l'occasion, on ne déguerpit pas les gens comme on se débarrasse des ordures domestiques. On leur délivre un préavis en bonne et dû forme, ensuite on discute les conditions de recasement et / ou dédommagement. La procédure engagée par les autorités actuelles a-t-elle suivi ce processus ? Une injonction, le terme qui convient le mieux en la circonstance qui nous réunit, a été faite aux responsables des maquis et boîtes de nuit de plier bagage car les sites qui abritent leurs PME seraient détruits. Rien que ça. Même les prisonniers ont des droits, voyons. D'autres avant nous on fait l'état des lieux en ce qui concerne les pertes que la ''mort'' de la seule Rue Princesse occasionnera. Alors, nous nous attarderons peu sur les serveuses de maquis, bars et boîtes de nuit sans salaires, des vendeuses de poissons, de kédjénou, des vendeurs de cigarettes, des portiers, des gérants, de la Solibra, de Canal Plus Horizons, des chauffeurs de taxis, des poissonneries, de Coquivoire, des employés de chawarmas, glaciers... Comme on le voit, cette décision prise sans étude préalable entrainera une réaction en chaîne dont la conséquence immédiate sera la  généralisation de la pauvreté (et dire que nous avons vu cela sans être des économistes).

Pourtant, face à un véritable problème de salubrité publique comme ce à quoi la mythique rue nous exposait, que fallait-il faire ? Régler une fois pour toute la question des nuisances sonores et tapage nocturne en prenant des mesures pour que les maquis soient des espaces non plus ouverts au regard des passants mais fermés (des bars géants). D'ailleurs pour qui a déjà visité la Rue Princesse, elle prenait tout doucement ce visage. Mais le gouvernement a décidé de passer par la force, restant sourd et insensible aux cris de tous ceux qui vivent et font vivre les leurs grâce à cet endroit. Ils persistent à meubler le temps en nous distrayant. Les problèmes urgents sont connus de tous, ils gagnent du temps en privant des familles de leurs sources de revenus. Meubler le temps, gagner du temps, mais qu'attendent-ils ? La pluie de milliards ? «La Côte d'Ivoire n'est ni la Grèce, ni les USA encore moins une entreprise du CAC 40», disait à juste titre un internaute, ils s'en rendront compte bien assez tôt. «Ça fait beaucoup marrer les gens de voir qu'on peut se moquer de la politique, alors que dans l'ensemble, c'est surtout la politique qui se moque de nous», disait Coluche.

Les déguerpis RHDP l'apprennent à leurs dépens, eux qui pleurent en silence, ''va y avoir des désabonnements''. Le plus drôle, c'est le silence étonnant des ambassades occidentales accréditées dans notre pays. Des familles sont jetées à la rue, des emplois sont détruits mais elles n'ont rien vu, elles n'ont rien entendu. Une médaille pour Philipe Carter III, une autre pour Simon alors. Une dernière pour la route, on espère tous que le projet Abidjan ville propre n'oubliera pas Bori Bana, Derrière rails, toutes les constructions qui ne respectent pas les normes, la gare d'Adjamé, la casse, l'abattoir, les véhicules trop âgés pour servir de moyens de transport, les ''apprentis'' accrochés aux portières. Pendant qu'on y est...


«L'humeur de Guy-Constant NEZA», in le quotidien ivoirien « Le Nouveau Courrier » N° 290 du jeudi 11 août 2011.

samedi, 23 juillet 2011

AFFAIRE «GBAGBO RECLAME NADY BAMBA»: UN CASQUE BLEU DENONCE UNE MANIPULATION DU CAMP OUATTARA

 

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In Le Nouveau Courrier N°272 du 20 Juillet 2011 par Gilles Naismon.


Les langues ont commencé à se délier pour prendre le contre-pied des allégations véhiculées sur le compte du président Laurent Gbagbo assigné à résidence surveillée au nord depuis plus de quatre mois. Et qui ont pour but de salir son image.

 

Ne dit-on pas, de façon triviale, que «qui veut tuer son chien l'accuse de rage ?» Les nouvelles autorités ivoiriennes veulent faire passer «leur» prisonnier politique, Laurent Gbagbo, pour un criminel, un époux irresponsable, un mauvais père... mais ils s'y prennent mal. Si bien que leur mensonge finit toujours par être rattrapé par la vérité. Que n'a-t-on pas entendu sur le traitement « princier » des Affi N'Guessan, Michel Gbagbo et autres véhiculés par Me Ahoussou Jeannot, ministre de la Justice ? Que n'a-t-on pas distillé dans les médias, à propos du « secours » apporté aux barons du Front populaire ivoirien (Fpi) mis en lieu sûr à l'hôtel Pergola pour leur propre sécurité ? Le temps a fini par révéler que ce n'était qu'une manipulation des nouvelles autorités pour se donner bonne conscience. Les organisations de défense des droits de l'Homme et des images parlantes qui font le tour de la planète... ont fini par révéler la face hideuse du camp Ouattara.

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Nadiana Bamba dite Nady Bamba

Dans la foulée, des propos selon lesquels «Gbagbo réclame Nady Bamba (du nom de sa compagne en secondes noces)» sont attribués à l'ex-chef de l'Etat capturé par les forces coalisées et déporté au nord.

Cette information publiée sur le site d'un confrère panafricain avait été relayée à profusion par des confrères sur la place.

Gbagbo, qui est difficile d'accès, a-t-il vraiment tenu ces propos ? Est-ce une manipulation des nouvelles autorités pour mettre en conflit Laurent Gbagbo, son épouse Simone et sa famille ?

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Heureusement qu'un soldat de l'Onuci, qui a dit avoir ressenti de «l'admiration» pour Gbagbo durant quelques moments de sa garde à la résidence qui abrite le président déchu, nous permet d'en savoir davantage.

Selon cet élément des casques bleus de l'Onuci, qui a eu «le privilège d'échanger quelques mots avec le président Gbagbo», ces propos distillés dans la presse ne sont pas de lui.

«Lorsqu'il a une opportunité de se détendre, de marcher un peu, le président vient de temps en temps nous taquiner, nous raconter quelques blagues. C'est l'occasion pour nous aussi de tester son moral. C'est un homme moralement fort, lui-même nous demande quelquefois de ne pas nous inquiéter pour lui et dit que si un besoin se fait sentir à son niveau, il n'hésitera pas à nous le signifier», révèle le soldat de l'Onuci, qui a voulu garder l'anonymat à l'issue de ce rendez-vous. «Vu qu'il avait besoin de s'informer régulièrement sur l'actualité, sur ce que nous apprenons de lui, nous lui avons dit un jour que des journaux ont écrit qu'il regrettait l'absence sa seconde épouse à ses côtés, et que sa première épouse l'aurait induit en erreur», nous a rapporté ce soldat. Qui a déclaré ceci : «Il (Gbagbo) a marqué une surprise, la main droite sur la bouche, les yeux fixés au sol un instant avant de déclaré que c'est du n'importe quoi. Les gens racontent n'importe quoi pour me salir. Je n'ai jamais parlé de ma vie de couple à qui que ce soit. Laissez les dire ce qu'ils ont envie que les journaux écrivent».

Après cet échange, le casque bleu de l'Onuci a fini par se rendre compte que le camp Ouattara utilise l'arme de la manipulation pour discréditer le président Gbagbo et ses proches.


Source : LE NOUVEAU COURRIER

mardi, 01 février 2011

COOPERATION COTE D'IVOIRE-FRANCE: VERS UNE REVOLUTION ?


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In Le Nouveau Courrier N°193 du 01 Février 2011 par Akré Essoh Lohouess


Irréversible ! Les relations entre l'Etat de Côte d'Ivoire et la France pâtiront de la crise postélectorale qui perdure depuis le 28 novembre 2010. De part et d'autre, les actes de défiance surabondent. La France, campée sur sa position, entend faire respecter sa volonté par tous les moyens. Depuis lors, Bouaké mais surtout Abidjan bruissent des pas de bottes de mercenaires, de barbouzes prêts à entrer en action le moment venu. De son côté, le Chef de l'Etat ivoirien, dont l'élection à la Présidence de la République est adossée au respect de la CONSTITUTION et bénéficiant du soutien inconditionnel de l'armée et d'une importante partie des populations civiles, se prépare à contrer cette menace même s'il garde toujours le secret espoir d'une résolution pacifique de la crise.

Dans cette crise postélectorale, l'Occident mais plus précisément la France a endossé un bien curieux et dangereux rôle. Curieux parce que ce pays qui prétend être la patrie des droits de l'homme fait fi des principes élémentaires de DROIT, incontournables dans toute société civilisée et ordonnée, pour tenter d'imposer un homme à la tête de l'Etat de Côte d'Ivoire. Mais pour les observateurs avertis de la crise ivoirienne, cette posture de la France n'est, en effet, que le prolongement de la tentative de coup d'état de 2002. Dangereux parce que cette énième tentative met en péril tous les efforts consentis par l'Etat de Côte d'Ivoire pour une sortie heureuse de la crise ; mais surtout, écorche encore plus l'image de la France et de l'Occident en Côte d'Ivoire et en Afrique. Car, cette crise ne saurait rester sans conséquences dans les rapports entre la Côte d'Ivoire et la France au triple plan politique, économique et culturel.

50 ans après les indépendances octroyées aux Etats africains dans le cadre de la « communauté franco-africaine », l'Histoire ouvre une nouvelle perspective à la Côte d'Ivoire afin de rompre définitivement les chaînes de l'asservissement. Aucune dérobade, aucune compromission ne peut plus être admise. La volonté de créer une Côte d'Ivoire, maîtresse de son destin, exige une remise en cause fondamentale de ses rapports avec la France. Car, à l'évidence, la France demeure attachée à la Françafrique et aux relations maître-esclave qu'elle affectionne dans ses relations avec ses anciennes colonies, et toujours à son unique avantage. Frantz Fanon en avait encore une fois la claire conscience. « Une fois de plus, le colonialisme français se ferme toutes les portes. Au lieu de convier les représentants authentiques des peuples qu'il domine à une discussion constructive qui débouche sur la fin du pacte colonial et la reconnaissance des souverainetés nationales particulières, il perpétue le cycle du mensonge, de la terreur, de la guerre, rendant par là extrêmement difficile la réconciliation des peuples. » « Nous avons dit plus d'une fois qu'avec le colonialisme, il était vain d'espérer un quelconque assouplissement. Le colonialisme français est une force de guerre, et il faut l'abattre par la force. Nulle diplomatie, nul génie politique, nulle habileté ne pourront en venir à bout. Incapable qu'il est de se renier, il faut que les forces démocratiques s'allient pour le briser. »

Peut-il y avoir un avenir pour la Côte d'Ivoire sans la France ? Absolument ! La Côte d'Ivoire et la France survivront aux hommes qui les dirigent. La seule voie viable et durable de coopération entre nos deux pays est celle fondée sur un partenariat équitable et non sur une plateforme de soumission. Cette dernière attitude ne peut qu'engendrer des crises à répétition, dommageables pour les deux parties. Les accords militaires ont montré leur caractère inopérant quand les intérêts français sont en jeu. Le refus de la France en 2002 d'activer les accords de défense qui la lie à la Côte d'Ivoire l'atteste. L'épineux problème de la souveraineté monétaire est aussi à l'ordre du jour. Est-il, en effet, concevable qu'en 2011 la monnaie des Etats de l'espace francophone africain soit gérée depuis le Trésor Public français ? L'intrusion de la politique dans le fonctionnement de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Bceao) prouve d'ailleurs son instrumentalisation par la France qui, dans les faits, dispose de moyens de contrainte pour sanctionner les élèves un peu trop récalcitrants. Pareil également pour la Francophonie, qui dans cette crise postélectorale, n'a fait que s'aligner automatiquement sur la position de la France.

Les réalités de 1960 ne sont pas celles d'aujourd'hui. Une profonde mutation est intervenue au cours de l'Histoire de la Côte d'Ivoire entre les différentes générations d'hommes politiques. Hier, la Côte d'Ivoire, notamment en politique étrangère, s'alignait systématiquement sur les positions françaises. Du coup, elle acceptait d'abdiquer toute souveraineté dans ce domaine au profit de la France. Ce qui fit dire à Marcel Amondji : « La substitution de volonté qui caractérise le système politique ivoirien fut permise par l'adhésion passive des « élites » ivoiriennes à toutes sortes d'idéologie du désespoir forgées dans les officines étrangères spécialisées pour être ensuite déversées à profusion sur ce pays après qu'on eût ôté à ses habitants la liberté de penser par eux-mêmes » ; « Cette règle se vérifie encore dans le cas d'actes de politique étrangère, tels la reconnaissance du Biafra et l'ouverture au régime de l'apartheid, etc. ; affaires lointaines dont les Ivoiriens sont peu ou mal informés et dont ils ne perçoivent pas les rapports avec leur propre existence, à moins qu'une expédition massive de riz au Zaïre ne les affame. »[1]

Pendant 40 ans, sous Houphouët et plus tard sous Bédié, une relative stabilité a régné en Côte d'Ivoire parce que les gouvernants ivoiriens étaient en parfaite symbiose avec la France et ses intérêts. « En Afrique Noire depuis 1947, selon Frantz Fanon, le colonialisme français doit sa quiétude à la trahison inqualifiable de certaines élites africaines. »

La Côte d'Ivoire est au carrefour de sa jeune histoire tourmentée. Il est temps, pour elle, de se libérer de toutes les chaînes qui entravent son développement. Parmi elles, l'intolérable ingérence française dans ses affaires intérieures. L'Histoire, dans cette bataille difficile, l'a dotée de toutes les armes pour arracher la victoire : un chef intrépide et clairvoyant en la personne du Président Laurent Gbagbo, une armée volontaire et disciplinée et un peuple à la détermination extraordinaire.


[1] Amondji, Marcel, Côte d'Ivoire : Le PDCI et la vie politique de 1944 à 1985, p.132


Source: LE NOUVEAU COURRIER

dimanche, 09 janvier 2011

INTERVENTION MILITAIRE CONTRE GBAGBO: L'AMBASSADEUR AMERICAIN CONFIRME LES PRESSIONS SUR L'UA ET LA CEDEAO



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In Le Nouveau Courrier N°173 du 08 Janvier 2011 par Emmanuel Akani

La communauté internationale ne lésine sur aucun moyen pour contraindre les pays africains à avaliser, à travers l'Ua et la Cedeao, une intervention militaire en Côte d'Ivoire dans le but de renverser le régime en place. Les confessions de Philip Carter III.


L'ambassadeur américain en Côte d'Ivoire, Philip Carter III, a réaffirmé hier à sa résidence la position de son pays dans la crise électorale que vit le pays depuis le deuxième tour de la présidentielle.

Selon lui, «la certification de l'Onuci a été faite de manière très indépendante et impartiale» et «le président Gbagbo doit accepter les résultats du scrutin (publiés par Youssouf Bakayoko au Golf Hôtel) et céder son fauteuil à Alassane Ouattara». Des résultats qui s'imposent aux Ivoiriens, selon lui, parce qu'ils ont été reconnus par la Cedeao, l'Ua, et les puissances occidentales, décidées à en imposer à la nation ivoirienne indépendante souveraine et indépendante.

Alors que les médiateurs africains ont écarté définitivement l'option militaire comme solution à la crise, Philip Carter 3 martèle que les Etats Unis et leurs partenaires occidentaux «vont réexaminer la question avec la Cedeao». Si le elle doit avoir lieu, et c'est très probable selon lui, «se sera une décision africaine» à travers les organismes régionaux du continent, c'est-à-dire l'Ua et la Cedeao. «Nous travaillons avec cette institution et nous y avons une délégation. Les États unis sont des amis de la Cedeao que nous soutenons depuis de longues années. Notre objectif, c'est d'éviter tout usage de la force mais si la décision est prise, nous agirons de concert avec l'Ue et le conseil de sécurité des Nations unies en appui à la Cedaeo», a déclaré le diplomate qui reconnait implicitement que les Etats unis, l'Ue et la France particulièrement, font des pressions énormes sur les institutions africaines : Ua et Cedeao, afin que l'option militaire soit maintenue et soit envisageable dans un cours délai. Pour lui, la seule possibilité d'éviter cette barbarie de la communauté internationale, si la décision était prise, c'est que le président Gbagbo accepte de quitter le pouvoir. Des propos qui traduisent clairement l'obstination des amis de Ouattara à l'aider à continuer de mettre la Côte d'Ivoire à feu et à sang. Sinon, pourquoi agiter le torchon de l'invasion militaire, comme en Irak, quand les Africains ont déjà décidé de trouver une issue pacifique à la crise.

« Je ne sais pas si Gbagbo a des avoirs aux Etats-Unis »

Interrogé sur le volume et la nature des avoirs de Laurent Gbagbo qui ont été gelés par les Etats Unis, Philip Carter 3 a balbutié qu'il n'en savait pas grand'chose. Il ne sait pas si le président Gbagbo, son épouse et ses trois proches touchés par la mesure, à savoir les ministres Tagro Dsésiré, Alcide Djédjé et Amani Michel, «ont des avoirs aux Etats Unis». «Je ne peux dire combien de comptes ils y disposent, où ils sont domiciliés et de quels fonds ils disposent aux Etats Unis. Mais les concernés ne peuvent plus utiliser notre système bancaire pour des opérations ou d es transactions », a-t-il expliqué.

Un mépris souverain pour les institutions ivoiriennes

Tout au long des échanges qu'il a eus avec les journalistes, l'ami d'Alassane Ouattara (ils étaient ensemble au Fmi) a multiplié les contradictions. Tantôt il soutient «que les Nations Unies, notamment avec la certification de l'Onuci, n'ont pas vocation à se substituer aux institutions nationales». Tantôt, il soutient qu'il était admis pour tous les candidats, aux termes de l'accord de Ouaga, «qu'en cas de problème entre la Cei et le conseil constitutionnel, c'est la certification des Nations Unies qui primerait». Le président Gbagbo, Alassane Ouattara,Guillaume Soro et le facilitateur, selon lui, étaient tous d'accord avec cette disposition. C'est pourquoi il pense que les résultats proclamés par le président de la Cei, au delà du délai légal et au Qg de campagne d'Alassane Ouattara, sont valables et devraient prévaloir à tout prix. «Le recomptage des voix n'est pas envisageable. Les questions relatives aux compétences de la Cei et du conseil constitutionnel sont dépassées», a soutenu le diplomate qui, manifestement, prend la Côte d'Ivoire pour un pays sous protection onusienne. Les révélations faites par Fréderic Lafont au sujet des 17 observateurs de l'Ue exfiltrés du nord du pays lors du second tour de la présidentielle, il dit ne rien en savoir. «Tout s'est bien déroulé au nord. Le grand problème, c'était plutôt dans le grand Ouest», martèle Philippe Carter III.


Source : LE NOUVEAU COURRIER

vendredi, 31 décembre 2010

LES OBSTACLES A LA REALISATION DU PROJET DE DESTABILISATION DE LA COTE D'IVOIRE


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In Le Nouveau Courrier N°166 du 30 Décembre 2010 par Allangomadji Hony, Tchadien vivant en Côte d'Ivoire


Nous l'avions déjà affirmé en décembre 2004 dans les pages de nos confrères de Le Courrier d'Abidjan de l'époque et Le Temps.


Notre intervention ici n'a rien de politique. C'est une lecture historique des faits. Nous avions donné les raisons en son temps, pourquoi cette transposition de l'opération Epervier au bord de la lagune Ebrié avec un nom qui tue le symbole de l'Etat de Côte d'Ivoire, ne peut réussir.

Mais il se trouve que rien ne semble marcher comme prévu par le plan. En effet, lorsque la France dirigeante de l'Elysée programme une rébellion qui a pour objectif d'enlever du pouvoir un président choisi par le peuple, comme c'est le cas pour le président Laurent Gbagbo actuellement, elle met tout en œuvre mais ne prévoit jamais de plan B. Elle est d'autant plus sûre d'elle dans sa programmation, que ses expériences du Tchad, du Congo, du Rwanda, de Centrafrique ne lui avaient jamais requis la nécessité de prévoir un second plan au cas où....Jamais, la France n'avait prévu qu'il y aurait une résistance en Côte d'Ivoire lorsqu'elle préparait l'opération Licorne, qui ressemble étrangement aux autres opérations aux mêmes intentions comme les opérations : Turquoise au Rwanda, Baracuda dont une poignée de soldats de l'armée française a renversé Bokassa, et surtout l'opération Epervier réussie au Tchad en 1980, soit 15 années après le début de la rébellion dans ce pays.

En effet, depuis le choix de la force dite impartiale ou d'interposition, jusqu'à celui du premier ministre (chef rebelle), en passant par l'abandon de position des forces impartiales - abandon qui devait permettre aux rebelles d'avancer vers la zone sous contrôle gouvernemental - toutes les étapes de l'opération Licorne ont coïncidé avec celles de l'opération épervier, sauf une : la présence dans la capitale Abidjan, des combattants rebelles avec leurs armes. Au Tchad, deux (2) armées aux intentions opposées ont fait subir durant six (6) mois, des atrocités aux paisibles populations de N'Djamena. Ce fut la période durant laquelle les armes ont été distribuées aux lycéens, collégiens et universitaires.

En Côte d' Ivoire, le plan n'avait pas prévu que les parrains (Licorne et ONUCI) arment des fauteurs de troubles qui ont infiltré Abidjan depuis les accords de Ouagadougou ou qui étaient sur place. Dommage. Le parrain n'a pas eu ce temps, et surtout, que l'unification des forces armées s'est faite, pas comme les rebelles le voudraient ; et mieux, le désarmement qu'ils ont refusé est en train de se faire progressivement...

Ces ingrédients qui ont fait défaut à l'Elysée dans son opération en Côte d'Ivoire, empêchant sa réussite.

1. La carte ethnique. C'est la carte mère des opérations françaises dans les conflits qu'elle crée dans ses ex colonies. Elle est la résultante de la balkanisation de l'Afrique faite à Berlin en 1884-85 qui a fait des Etats aux frontières artificielles, avec des civilisations morcelées et suspendues sur ces frontières - la même au Nord et au Sud, de même qu'à l'Est et à l'Ouest, et qui se sentent systématiquement concernées lorsqu'il y a un conflit sur l'une ou l'autre frontière. Cette carte a bien fonctionné au Rwanda parce qu'il n'y a que deux ethnies dans ce pays. Le calcul est facile. Le plan consistait à opposer la majorité à la minorité en faisant croire à cette dernière qu'elle est marginalisée ou exclue.

2. La carte religieuse. Elle est difficilement manipulable mais elle marche bien lorsque la géographie religieuse s'y prête comme ce fut le cas au Tchad. Ce cas est typique. Pour ceux qui ne le savent pas, lorsque vous voyagez du sud au nord du Tchad, vous vous rendez compte qu'il y a exactement deux grands peuples opposés à tous égards : depuis les habitudes vestimentaires, en passant par la langue et la culture dans son ensemble, il est très facile de distinguer un Tchadien du nord a priori musulman de celui du sud, chrétien. Ce qui fausse toutes les données de l'identification, c'est qu'il est difficile de distinguer un Mahamat tchadien d'un Mahamat soudanais ou libyen, ou même d'un Sani ou d'un Ibrahim nigerian ou nigerien d'un Sani ou d'un Ibrahim tchadien. Il est aussi vrai qu'on ne peut distinguer facilement trois Coulibaly du Mali, de la Guinée ou de la Côte d'Ivoire.

Cependant, nous allons voir pourquoi cette carte ne peut fonctionner dans ce pays qui a une longue tradition d'accueil.

Nous appuyant sur nos connaissances de ce peuple, nous pouvons affirmer, sans risque de nous tromper que l'Ivoirien, de façon générale éprouve une fierté à accueillir chez lui, celui qui vient d'ailleurs. Ainsi donc, le qualificatif ''xénophobe'' est méchamment attribué aux Ivoiriens. Nous savons par ailleurs que le monde entier se trouve en Côte d'Ivoire.

Les alliances interethniques ou parentés à plaisanterie : une valeur culturelle sûre en Côte d'Ivoire.

La Côte d'Ivoire, en tant que peuple, a une longue et riche expérience en matière de tolérance et de règlement de conflit entre groupes ou entre individus. Observons au quotidien les Ivoiriens pour nous rendre compte que ce peuple possède une capacité extraordinaire à gérer les conflits latents ou ouverts. Nous en voulons pour preuve le recours systématique aux alliances interethniques, cette pratique ancestrale, également appelée ''parentés à plaisanterie'', qui apaise de nombreuses situations de conflits entre les Ivoiriens. J'ai encore en mémoire mes souvenirs de nouvel arrivant en Côte d'Ivoire dans les années 80s quand mon frère qui s'y trouvait avant moi me disait : ''ici, on ne se bat pas.'' On pouvait voir des gens s'insulter, se cracher dessus, ou même s'empoigner, mais aucun des belligérants ne prenait l'initiative de porter la main à l'autre.

C'était beau tout cela. Sans risque de nous tromper, ceux qui créent des situations de conflits violents ne sont pas des Ivoiriens. ...Le vrai Ivoirien, pour éviter qu'un conflit latent ne devienne ouvert, évoque le Toukpê. Dès lors que l'un des antagonistes évoque cette alliance dont très souvent, les parties en conflits ne connaissent pas les circonstances historiques de leur existence, toute probabilité d'éclatement est écartée. Vous conviendrez avec moi que beaucoup d'ethnies ensemble, c'est une force. Et nous pouvons aisément comprendre la minutie avec laquelle la balkanisation de l'Afrique avait été faite...

Enfin, les Ivoiriens semblent être les seuls peuples en Afrique, ayant cette magie de transformer les situations dramatiques en faits banales, afin de les subir moins. C'est une grandeur d'esprit que peu de peuple au monde ont. Pourquoi les Nations Unies dont la Côte d'Ivoire est membre à part entière, peut-elle se permettre de mettre en cause une décision issue de la loi fondamentale, que cette organisation dite internationale reconnaît comme étant au dessus de ses textes, quels que internationaux soient-ils ?

Si un texte des Nations Unies passe avant une constitution, ce sera la preuve que les actes de l'ONU dans le monde sont des actes de terrorisme, et il n'y a pas d'autres termes pour le désigner. Ce sont les Etats qui font l'ONU, et non pas le contraire. Résistant, reste serein, ton combat est noble. Nous voyons bien que cette crise ne dure que par la volonté manifeste de ses commanditaires qui continuent de tirer sur la ficelle. Mais cette fois-ci, ils ont touché à la loi fondamentale que l'ONU est pourtant tenue de respecter. Cette forme d'agression ne laissera personne indifférent en Afrique. Ne l'oublions jamais : la liberté ne se négocie pas, elle s'arrache.

 

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER