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lundi, 24 juin 2013

JOSEPH TITI DEVOILE LA «LIQUIDATION» DE LA PRESSE DE L'OPPOSITION CONÇUE PAR LE REGIME OUATTARA

 

JOSEPH TITI GNAHOUA.jpg

 

Nous avions déjà perçu ce projet de «Liquidation de la presse bleue» se profiler dans la décision du Conseil National de la Presse (CNP) dès son annonce. Mais certains internautes nous avaient trouvés trop alarmiste. Voici que M. Joseph Gnahoua TITI, fondateur du quotidien «Aujourd'hui», vient de nous donner raison en dévoilant le projet lugubre conçu par le régime Ouattara pour faire taire la presse de l’Opposition ivoirienne.

Nous vous livrons l’intégralité de sa déclaration.

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Je m'appelle Joseph Titi Gnahoua. Je suis le fondateur du journal Aujourd'hui qui fait l'objet, depuis le 6 juin jour de son deuxième anniversaire, d'une mesure de suspension pour non conformité avec les articles 46, 47 et 70 de la loi No 2004-643 du 14 décembre 2004 portant régime juridique de la presse.

J'ai l'habitude des suspensions. Dans notre courte existence, nous avons déjà été suspendus quatre fois dont deux suspensions de deux semaines et deux d'un mois. Pire qu'un acharnement, le CNP n'a jamais eu un autre dessein que de détruire le journal Aujourd'hui. Je vous en expliquerai les raisons tout à l'heure.

S'agissant de la suspension qui nous frappe, elle a été motivée comme suit, je cite la décision No 034 du 06 juin 2013: "que ces obligations sont relatives au dépôt des états financiers de l'entreprise à la direction générale des impôts (DGI), à la déclaration de l'entreprise à l'inspection du travail et des lois sociales, à l'immatriculation de l'ensemble des journalistes professionnels à la CNPS, à la non production des copies des bulletins de salaires des journalistes professionnels... Que selon l'article 26 du code de la CNPS, tout employeur doit produire en fin d'exercice, une déclaration individuelle des salaires annuels (DISA)".

Trois jours plus tard, nous avons produit l'ensemble des documents qui nous étaient demandés et dont je pourrais publier des photocopies en cas de nécessité. Je me croyais donc en règle jusqu'à ce jour du 20 juin où le CNP a refusé de lever ma suspension parce que le rédacteur en chef et le secrétaire de la rédaction dont les cartes de journaliste professionnel n'ont pu être renouvelées, ont tous deux des cartes antérieures à l'année en cours.

Que cela ne soit pas conforme à la loi n'est plus ma préoccupation. En revanche, que pour ce seul motif et malgré tant d'efforts fournis pour régulariser notre situation, le CNP ait décidé de maintenir la suspension qui frappe le journal Aujourd'hui est plutôt révélateur de la répression dont fait l'objet la presse de l'opposition en général.

Car au moment où j'écris ces lignes, l'hebdomadaire satirique Bol'kotch fait l'objet d'une suspension de deux mois de la part du CNP. Qu'avant ces suspensions, le CNP a convoqué les quotidiens Le Temps, Le Nouveau Courrier et Aujourd'hui. Qu'à cette séance, les journalistes des dits quotidiens ont été sommés de justifier devant le conseil pourquoi ils écrivent dans leurs différentes publications qu'Alassane Ouattara est un dictateur, que le président Laurent Gbagbo a été renversé par l'armée française après avoir bombardé sa résidence, que pourquoi ils comparent les prisons du nord à des goulags... Que cette rhétorique relevait non seulement d'une stratégie de manipulation de l'information et qu'au surplus elle justifiait le surchauffe que le CNP percevait dans la vie politique nationale.

Pour ces raisons, le CNP nous interdisait désormais de reprendre les déclarations des partis politiques dans lesquelles ceux-ci faisaient allusion au renversement de Gbagbo par l'armée française ou à tout autre expression faisant croire que l'ancien président avait gagné les élections de 2010.

Qu'en ce qui concerne le journal Aujourd'hui, il fait l'objet d'une surveillance toute particulière du CNP qui l'a déjà suspendu quatre fois, toujours lourdement, et que chaque semaine nous faisons l'objet des menaces du CNP qui nous inonde d'avertissements.

Que ce harcèlement à nul autre pareil dure depuis deux ans,

Que pour ce qui est des dernières mesures, la rédaction du journal Aujourd'hui n'a pas été visitée par le CNP malgré ce qu'il fait croire,

Que le journal qui sort en outre d'une situation pénible où il ne trouvait pas d'imprimeur a dû patienter hors des kiosques pendant cinq mois, cherchait tout de même à trouver une date pour recevoir la délégation du CNP lorsqu'il a été confronté à la fin du moratoire,

Que compte tenu de ce qui précède, le journal qui avait demandé un délai supplémentaire pour régulariser sa situation sans succès, avait cependant réuni certaines conditions. A savoir la preuve de l'immatriculation de l'entreprise à la CNPS, à la production du document montrant que 51% de la rédaction était professionnalisée, sous réserve des deux cartes non mises à jour.

Que pour ces raisons et bien d'autres la rhétorique qui fait croire que les journaux suspendus sont ceux qui demeurent dans l'illégalité est purement mensongère parce qu'Aujourd'hui est bloqué dans son activité uniquement parce que deux de ses journalistes ont des cartes de journaliste de 2012,

Que dans les mêmes conditions des journaux comme Le Nouveau Réveil dont le rédacteur en chef n'avait pas renouvelé sa carte de journaliste professionnel et Le Temps dont le quota de journalistes professionnels n'était pas atteint ont tous les deux bénéficié d'une mise en demeure de deux semaines,

Que le CNP avait affirmé, pour justifier ses sanctions, que les journaux remplissant les 3/4 des obligations avaient été mis en demeure,

Que malgré ce qu'il fait croire, il n'y a aucune raison d'aller à pas pressés à la régularisation, y compris par la manière forte, soi-disant pour mieux protéger les journalistes contre des patrons véreux,

Qu'en définitive, le but du jeu est de mettre la presse bleue sous coupe réglée en la divisant dans un premier temps,

Que par ailleurs la mesure qui consiste à maintenir La Matinale proche du RDR et L'intelligent d'Abidjan pro-RHDP n'a qu'une visée évidente de rendre digeste cette mesure de liquidation de la presse bleue au moment où la perspective d'une libération de Gbagbo fait peur au régime qui veut couper tous les relais qui le propage,

Qu'étant donné que notre droit à la libre expression est menacé dans ce pays où pour exister il nous est commandé de servir de carpettes à M. Alassane Ouattara,

Je voudrais inviter tous nos lecteurs en particulier et l'opinion publique nationale et internationale en général à ne pas se laisser tromper.

D'ailleurs pour lever cet équivoque, j'organiserai, dans les prochains jours, une conférence de presse pour démontrer, preuves à l'appui, que le journal Aujourd'hui est parfaitement en règle. Et que sa suspension ne peut être légalement justifiée par le fait que deux de ses journalistes n'ont pas renouvelé leur carte dont le numéro matricule est par ailleurs le même après chaque renouvellement.

 

Joseph Titi

Fondateur du journal "Aujourd'hui".


Source: Le blog d'Alain Doh Bi

mardi, 16 octobre 2012

COTE D'IVOIRE: JUSTICE SELECTIVE DU POUVOIR

 ALASSANE OUATTARA - MESSAGE A LA NATION 6 AOUT 2012.JPG

 

Désiré Tagro, Boga Doudou, Colonel Major Ahouma et Babri Gohourou - A quand les poursuites contre les assassins de ces personnalités?


La Côte d’Ivoire vit  l’heure de la vendetta. Le régime l’ayant décidé ainsi. Tous ceux qui sont morts pour avoir défendu la République pendant le règne de Gbagbo et ceux qui sont tués par les Frci dans la crise postélectorale n’ont pas droit à la justice. Cela est d’autant plus vrai que Alassane Ouattara et son gouvernement ne voient les assassins que dans le seul camp de Gbagbo. On l’a vécu tout récemment encore avec le procès du général Dogbo Blé et de ses collaborateurs accusés d’avoir tué le colonel major Dosso Adama dans la guerre postélectorale. Jugés la semaine dernière par le tribunal militaire, l’ancien commandant de la Garde républicaine et ses hommes ont été condamnés à 15 années fermes d’emprisonnement. Pourtant, ils sont nombreux, les civils et militaires qui sont tombés sous les balles assassines, d’abord des soldats des Forces nouvelles et ensuite  des Frci dans la guerre postélectorale.

Les plus connus de ces morts que Ouattara et son régime ont décidé de jeter aux oubliettes sont entre autres, du côté militaire : Le colonel Dagrou Loula, le colonel Dali Oblé, le Colonel Yodé, le colonel major Ahouma Nathanaël et le colonel major Babri Gohourou, ancien porte-parole de l’armée ivoirienne, disons pour les plus connus. Au niveau des ministres de la République, ce sont Emile Boga Doudou et Désiré Assegnini Tagro qui ont été respectivement tués par les Force nouvelles de Guillaume Soro et les Frci. Les trois premiers colonels sont tombés le 19 septembre 2002. Alors que Dali Oblé était paisiblement chez lui, sans arme donc sans défense, il a été extrait de sa résidence à Korhogo où il était en fonction pour être froidement abattu par l’ex-rébellion. Il en est de même pour le colonel Dagrou Loula qui a trouvé la mort dans les mêmes circonstances à Bouaké où il était en service. Quant au colonel Yodé, c’est de sa résidence qu’il a été extrait dans cette nuit macabre pour être froidement abattu par la horde de rebelles qui avait envahi la ville d’Abidjan. S’agissant des deux colonels, ce sont les forces coalisées, Frci, Licorne et l’Onuci qui sont à la base de leur disparition tragique. Le colonel Babri Gohourou a été assassiné par ces trois forces militaires pendant la guerre postélectorale. C’est devant la résidence de Laurent Gbagbo qu’il a été abattu par les snipers de l’armée française postés sur la résidence de Jean Marc Simon, Ambassadeur de France en Côte d’Ivoire au moment des faits.

Pourtant il n’était pas armé et donc inoffensif. Le colonel major Babri Gohourou sortait d’une réunion au domicile du président Laurent Gbagbo quand les snipers l’ont abattu comme un vulgaire bandit près de sa voiture. Quant à l’assassinat du colonel major Ahouma Nathanaël, il intervient quelques semaines après l’arrestation de Laurent Gbagbo par l’armée française, le 11 avril 2011. Cela, dans des circonstances de vengeance indescriptible. Alors qu’il se reposait à Lozoua, son village natal, en attendant qu’une vraie accalmie revienne à Abidjan pour reprendre sa place au sein de l’armée, le 4 mai 2011, un commando de Frci, parti d’Abidjan et un autre en provenance de Divo encerclent son domicile d’où il est extrait de force. Les heures qui suivent, l’ancien commandant du palais présidentiel est froidement exécuté par ses ravisseurs. Depuis, personne, du côté des nouvelles autorités n’a levé le petit doigt pour réclamer une quelconque enquête sur les circonstances et les auteurs de sa mort comme Ouattara vient de le faire pour le colonel Dosso Adama.

S’agissant des deux ministres, Alassane Ouattara et son régime ne veulent même pas se donner la peine de diligenter une quelconque enquête sur les assassins qui peuvent être de leur camp. Parce que Désiré Tagro et Boga Doudou sont des gens dont les disparitions dans les conditions que l’on sait, ne revêtent pas la même importance que celle du colonel Dosso Adama ou celle du général Robert Guéi. Sinon comment comprendre qu’au moment où le chef de l’Etat décide de tout mettre en œuvre pour faire la lumière sur tous les crimes commis en Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002, il oublie de faire figurer sur sa liste ces personnalités qui ont servi ce pays au plus haut niveau de l’administration ivoirienne ? Est-il en train de dire que seuls ceux des Ivoiriens qui ont choisi de lui faire allégeance ou de militer pour sa cause ont droit à la vie ? Si non, à quand les poursuites contre les assassins de Boga Doudou, Dali Oblé, Désiré Tagro, Yodé, Ahouma Nathanaël et les autres ? Pourquoi cette justice sélective pour des gens qui sont morts dans les mêmes circonstances ? L’Etat de droit dont parle tant Ouattara pour flatter ses parrains occidentaux ne se construit pas avec une justice à double vitesse. Il se construit quand celui qui gère les affaires de l’Etat accorde une importance capitale à l’égalité des citoyens devant les lois du pays. Ce qui n’est pas pour le moment le cas pour ceux qui gouvernent actuellement la Côte d’Ivoire. Ivoiriens Yako !


Nicole Bantchi, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" du mardi 16 octobre 2012.

samedi, 04 août 2012

COUR PENALE INTERNATIONALE: ZONES D'ESPOIR

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L’audience de confirmation des charges censée mettre formellement en accusation le président Laurent Gbagbo, qui fait l’objet d’une inique déportation à La Haye, a connu, hier encore, un deuxième coup d’arrêt. Selon le communiqué officiel publié par la cour pénale internationale, « la Chambre préliminaire de la Cour pénale internationale (CPI) a décidé de reporter l’audience de confirmation des charges dans l’affaire à l’encontre de Laurent Gbagbo jusqu’à ce que l’évaluation médicale de son aptitude à y participer soit faite ». A la demande de la Défense, la Chambre avait, le 26 juin 2012, désigné trois experts médicaux pour procéder à un examen médical du président  Gbagbo à l’effet  d’évaluer son aptitude à participer à la procédure portée contre lui. « Les rapports médicaux confidentiels ont étés communiqués le 19 juillet. Dans sa décision du 2 août, la Chambre a ordonné au Procureur et à la Défense de soumettre leurs observations sur les rapports médicaux, respectivement, les 13 et 21 août. Au vu de l’importance de cette question, la Chambre a reporté l’audience de confirmation des charges jusqu’à ce que cette question soit tranchée », stipule le communiqué. Donc, tout va bien ; on est encore dans la routine du tribunal international qui joue notamment sur les nerfs des millions d’Ivoiriens et de démocrates Africains qui espèrent que le droit soit dit et que la vérité soit enfin sue sur ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire..

Cela dit, le contexte international mérite qu’on s’y attarde. Il a été notamment marqué par la tournée sino-européenne du chef de l’Etat ivoirien et par l’étape française au terme de laquelle Ouattara a eu un entretien de 75 minutes avec le président Hollande  à l’Elysée. Même si Alassane Ouattara ne veut en retenir que la cérémonie de signature officielle de l’annulation d’une partie de la dette ivoirienne, conformément aux promesses du ppte, et le fait de retrouver un partenaire commercial idéologique en dépit des changements majeurs intervenus en France, la diplomatie française n’a pas su user des circonlocutions habituelles pour masquer les exigences hexagonales en matière de réconciliation nationale. Ouattara, selon d’ailleurs ce que lui rappelle depuis hier l’universitaire Michel Galy, avait promis, à cette occasion, à François Hollande de libérer les prisonniers politiques. Mais aussi de mettre en place un gouvernement d’union nationale devant enclencher la réconciliation nationale. Et assurer la stabilité et la sécurité dans le pays.  Après les tueries de Duékoué et l’échec du désarmement qui a fait exploser toutes les statistiques de l’insécurité en Côte d’Ivoire, Ouattara ne peut  plus continuer à botter en touche. Ses propres soutiens n’en n’ont plus le temps et sont désormais d’avis qu’aucune réconciliation ne peut être possible sans Gbagbo.

Mais Ouattara comprend aussi sur le tard que la déportation de la quasi-totalité de la direction du FPI dans les goulags du nord n’a pas eu pour effet d’émietter la chaîne de commandement du parti et que les cadres du front populaire ivoirien ont continué à  voir en  Laurent Gbagbo leur unique chef. C’est donc dans ce contexte qu’intervient le deuxième report de l’audience de confirmation. Soit quelques jours seulement après l’intervention musclée de la nouvelle présidence de la commission de l’Union Africaine contre la CPI. L’opinion africaine ne supporte plus la position presqu’idéologique de la CPI qui semble destinée à juger les chefs d’Etat africains. Les aventures meurtrières de Georges Bush en Iraq, Nicolas Sarkozy et Barack Obama en Libye et en Côte d’Ivoire, où leurs avions ont semé la mort, n’ont pas l’air d’intéresser les juges de la CPI. En revanche, la CPI continue de demander aux chefs d’Etat Africains à coopérer pour l’arrestation puis le transfèrement d’Omar Al Béchir sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par ses soins. La position de la sud-africaine Dlamini Zuma rejoint largement l’opinion répandue parmi les chefs d’Etats africains.

C’est certainement l’ensemble de ces soutiens qui portent leurs fruits. A priori, on devrait aller vers une libération conditionnelle du président Gbagbo parce que les conditions de sa détention à Korhogo sont aujourd’hui admises comme celle d’une torture physique et morale. Il faudrait alors lui donner le temps de se soigner avant de répondre à une autre convocation. Mais au plan technique, l’absence d’auteurs à la barre de la CPI rend illusoire toute compréhension de ce qui s’est passé pendant la crise postélectorale. Dans les deux cas, il devient presque difficile de juger l’ivoirien. Surtout que sa détention n’a toujours pas apporté un début de paix et de réconciliation. Bien au contraire. A lundi peut-être, n’est-ce pas ?

                                                                                                                                                      

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" des samedi 4 et dimanche 5 août 2012.

vendredi, 27 juillet 2012

OUATTARA SOMME DE NEGOCIER LA PAIX AVEC SES OPPOSANTS

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Le président français a descendu quelques marches pour accueillir hier son homologue ivoirien à l’Elysée où les apparences ont été pour le moment préservées. Mais Ouattara sait désormais qu’il n’a plus tout à fait son destin entre les mains puisqu’il est sommé de négocier la paix avec ses opposants.


Un chef de l’Etat sur écoute, humilié la veille à l’aéroport parisien où François Hollande n’a daigné envoyer ne serait-ce que  le moins gradé de ses conseillers. Hier, l’opération était plus à soigner les apparences qu’à autre chose. Ainsi, le président français qui a ostensiblement boudé son homologue ivoirien durant de longues semaines, y compris sur des questions dont celui-ci avait directement la gestion comme celle du Mali, a tenté de jouer à l’acteur parfait devant un parterre de photographes qui n’ont sans doute pas oublié que des mois plus tôt, Ouattara était encore dans les mêmes murs, pour soutenir une dernière fois, l’ami Sarkozy sorti perdant de l’élection présidentielle. Signe des temps, les ministres des finances des deux pays ont signé le document annulant officiellement l’essentiel de la dette ivoirienne due à la France. Une opération-colifichet en fait pour laquelle Ouattara a usé de sa tendance chronique à la mystification. « Monsieur le président, je voulais vous remercier parce que nous avons signé avec le ministre des Finances avant hier (mardi) une annulation de la dette de la Côte-d’Ivoire à l'égard de la France de 99,5%, c’est-à-dire plus de trois milliards d’euros. Cela va nous permettre de renforcer les investissements dans les secteurs sociaux et je voudrais vous dire un grand merci ». Pourtant, rien de nouveau sous le soleil. La Côte d’Ivoire qui vient d’obtenir le point d’achèvement de l’initiative PPTE a déjà fêté cette décision qui devenait automatique. Ainsi tant qu’à rechercher les symboles, surtout de relations cordiales, le chef de l’Etat ivoirien n’a pas son pareil. Mais loin des yeux, les amabilités ont fait face à des visages plus graves. Car selon le journal français Libération, Ouattara a été sommé de négocier la paix avec ses opposants en relançant le processus de réconciliation nationale en panne depuis de longs mois. Il doit aussi former un gouvernement d’union nationale et collaborer avec la justice internationale en permettant le transfèrement des criminels de son camp. Une décision de la CPI rendue le 15 novembre 2011 par la chambre préliminaire III présidée à l’époque par la juge Silvia Fernandez De Gurmendi met en effet gravement en cause la responsabilité personnelle de Guillaume Soro dans la commission de crimes contre l’humanité et crimes de guerre en Côte d’Ivoire, notamment sur les événements de Duékoué. Coopérer avec la CPI signifierait procéder au transfèrement de l’actuel président de l’Assemblée nationale.

Ce n’est pas vraiment une surprise. Ouattara est accusé par les officiels français de se désintéresser de la réconciliation nationale et d’attiser les foyers de tension dans son pays. C’est ce qu’avait déjà dit Bernard Valero, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. La présidence française a d’ailleurs tenu à préciser que la coopération entre les deux pays se fera désormais à l’aune de ces questions. «la question de la réconciliation nécessaire entre les Ivoiriens, passe par le dialogue, la lutte contre l’impunité et la justice. A cet égard, le renforcement de l’Etat de droit et du système judiciaire en Côte-d’Ivoire fera aussi partie des priorités de la coopération bilatérale», a assuré la présidence française.

Pas d’autre façon de tordre le bras à quelqu’un qui avait jusque-là profité de la bienveillance de l’Elysée, y compris pour triompher du président Laurent Gbagbo. Alassane Ouattara a toujours freiné sur ces questions et notamment sur la libération des cadres du FPI qu’il continue de maintenir en prison et contre qui la justice ivoirienne invente chaque jour des délits. Par exemple,  Simone Gbagbo a été d’abord poursuivie pour vol en réunion avant que le Procureur de la République ne décide de lui coller le délit de crime contre l’humanité. D’ailleurs sur les plateaux de France 24, Alassane Ouattara a affirmé que s’il ne poursuit pas les criminels de son camp, c’est parce qu’eux n’ont pas été pris en flagrant délit de commission des actes criminels qui leur sont reprochés ; ce qui ne serait pas le cas des cadres du FPI qui ont généralement BAC + 10.

Comment Ouattara peut-il donc négocier la paix s’il développe une telle peur et une telle inhumanité et que la commission dialogue vérité et réconciliation n’a toujours pas reçu le moindre kopeck pour financer ses activités ? Interrogé d’ailleurs sur cette réalité avant-hier, le chef de l’Etat, comme à ses habitudes, a préféré verser dans la démagogie facile et accuser le FPI de ne pas vouloir qu’advienne la paix. Pendant ce temps, son parti le RDR continue de faire de la provocation en accusant journalistes proches de l’opposition et le FPI d’être les auteurs des massacres de Duékoué. Le gouvernement n’a d’ailleurs toujours pas esquissé le moindre acte de compassion à l’égard des rescapés que le régime lui-même  ne veut plus voir retourner sur le site de l’ancien camp. Leur déguerpissement était, pour ainsi dire, planifié. Comme l’est aussi sûrement le délitement de l’école publique dans notre pays puisque Ouattara y a augmenté les frais d’écolage, notamment à l’Université d’Abidjan où les inscriptions passent de 6000 f à 100.000 f pour le premier cycle, 200.000 f pour le second cycle et 300.000 f pour les troisièmes cycle. De quoi rendre perplexe tous ceux qui espèraient la fin de l’instabilité.  

                                                                                                                                                                 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" du 27 juillet 2012. 

jeudi, 26 juillet 2012

EN VISITE OFFICIELLE DEPUIS 48 HEURES, OUATTARA ACCUEILLI SANS HONNEUR EN FRANCE

 

ALASSANE OUATTARA - ARRIVEE SANS OFFICIEL FRANçAIS.jpg

 

Attendu hier matin par le ministre français des Affaires étrangères pour une séance de travail, Alassane Ouattara est arrivé un jour plus tôt  à l’aéroport de Paris où aucun officiel français ne l’attendait. Pour un homme à qui Nicolas Sarkozy a habitué aux flons flons et aux ors français, la descente aux enfers est pour le moins  terrible.

 

 Le chef de l’Etat ivoirien est arrivé deux jours avant son rendez-vous à l’Elysée où il doit rencontrer aujourd’hui François Hollande pour un premier tête-tête depuis l’arrivée de celui-ci au pouvoir. Sans doute pour cela, les apparences étaient donc d’une importance capitale parce qu’elles peuvent  permettre en outre de décrypter la suite des relations personnelles entre les deux hommes mais surtout aider à comprendre  si oui ou non les appuis forcenés de l’ivoirien à l’ex président ont été oubliés par le socialiste. Premiers frissons, l’arrivée à l’aéroport parisien, à quelques heures du tête-à-tête des ministres de l’Economie et des finances des deux pays pour une séance protocolaire d’annulation d’une partie de la dette ivoirienne obtenue, il faut bien le préciser,  dans le cadre du point d’achèvement de l’initiative Pays pauvre très endetté (PPTE). Mais on est aussi  à la veille de la rencontre avec le ministre des Affaires étrangères de François Hollande qui est une rencontre éminemment politique.

Un jour plutôt, Bernard Valero le porte-parole avait copieusement flingué le chef de l’Etat ivoirien en pointant du doigt l’instabilité et l’insécurité chroniques  en Côte d’Ivoire où la réconciliation est bloquée. « La sécurité en Côte d’Ivoire est étroitement liée au processus de réconciliation » que Ouattara a jeté aux orties. Retour sur terre. A l’aéroport  de Paris, justement. Pas une seule tête blanche à des centaines de mètres à la ronde. Aucun officiel et pas même un conseiller n’a daigné venir recevoir le chef de l’Etat ivoirien qui doit rencontrer le président français, ce matin à l’Elysée. La file de personnalités qui sacrifient au protocole sont plutôt les membres du gouvernement Ouattara. Ils étaient dans le même avion que lui. Cette visite en France est pourtant officielle et les thuriféraires du chef de l’Etat avaient été soulagés par son annonce. Mais visiblement, il est désormais périlleux d’y trouver quelques enjeux de communication interne, comme en Chine même si le résultat est le même.

En janvier dernier, Ouattara était sur le même aéroport qui avait affiché tous les ors de la République française en son honneur. Tapis rouge depuis la descente de l’échelle de coupée, garde républicaine en tenue d’apparat, Ouattara s’était offert une revue de troupes en compagnie de Claude Guéant, ami personnel de Sarkozy et ministre de l’Intérieur… Ce 23 juillet, seul le personnel de l’aéroport dévoile quelques têtes blanches sur le parcours de Ouattara qui entre dans le pavillon où il est attendu par les mêmes qui l’ont accueilli et une poignée d’Ivoiriens arborant de menus drapeaux tricolores aux couleurs ivoiriennes.

La déculottée diplomatique est terrible, surtout que la journée d’aujourd’hui réserve son lot d’hostilités à Ouattara sur le perron de l’Elysée. Les résistants ivoiriens composés de ceux de la diaspora française ont multiplié les appels sur les réseaux sociaux pour réserver un accueil inamical au chef de l’Etat ivoirien, fragilisé un peu plus par la tragédie des Wê de Duékoué. Selon la Croix Rouge qui table sur des bilans encore provisoires, 211 personnes ont été massacrées dans le camp de Nahibly et des milliers d’autres refugiés sont portés disparus. Mais alors que le monde entier condamne et appelle le gouvernement  à plus de responsabilité, celui-ci a fait une déclaration sur les antennes de la télévision nationale dans la soirée du 24 juillet pour menacer les journalistes de l’opposition qui auraient traité d’une façon politicienne l’actualité de ses massacres. Le gouvernement promet aussi de se rendre à Duékoué où aucun ministre n’a toujours pas mis les pieds. Même les cadres de cette région membres du RHDP ou du gouvernement n’ont pas daigné apporter la compassion fraternelle aux rescapés que le régime refuse par ailleurs de reloger sur un autre site.

Le jour de la tragédie, les premiers témoignages avaient indiqué que le gouvernement avait ciblé ce camp comme un repère de bandits. Ses pensionnaires qui se sont retrouvés là pour avoir tout perdu et en raison des menaces dont ils sont l’objet, avaient déjà subi une diminution de la ration alimentaire. Et le gouvernement maintient toujours son refus de les réinstaller alors qu’ils ont tout perdu et ne savent plus où aller.

Mais ces crimes risquent de laisser des traces profondes. Même les associations jusque-là tolérantes comme la Commission des droits de l’homme dirigée par l’épouse du président du Conseil constitutionnel, Françis Wodié, rallié à Ouattara pendant le deuxième tour de la présidentielle, s’est élevée publiquement contre la torture en Côte d’Ivoire « devenue une chose banale ». Mais ces FRCI qui sont au centre de toutes les condamnations, et notamment  françaises ont continué de faire parler d’elles les jours qui suivirent. Elles se sont affrontées entre elles dans la commune d’Abobo. Bilan : trois tués. Le lendemain, elles remettaient ça mais cette fois-ci en poignardant un chauffeur de gbaka ; ce qui a provoqué la grève de ces mini cars dans toute la commune.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd’hui » du 26 juillet 2012.

mercredi, 25 juillet 2012

NAHIBLY: INACCEPTABLE ET REVOLTANT!

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Ce qui se passe à l’ouest de la Côte d’Ivoire, depuis l’éclatement de la rébellion en 2002 jusqu’à ce jour, est atroce. Mais les tueries du camp de Nahibly, à Duékoué, sont révoltantes et inacceptables. Non pas qu’elles aient provoqué plus de morts que n’en a fait la guerre qui a servi de prétexte à l’occupation étrangère des terres de la région, mais elles interviennent dans des circonstances qui mettent au jour la responsabilité, la passivité, voire la complicité des autorités administratives, politiques et militaires.

Les massacres de Nahibly sont une confirmation grandeur nature du règne de l’insécurité pour les uns et l’assurance de l’impunité pours les autres. C’est surtout la confirmation que les populations autochtones de l’ouest de la Côte d’Ivoire ne sont plus chez elles sur leurs propres terres et qu’elles se bercent d’illusion lorsqu’elles espèrent que l’Etat, par les moyens qui sont les siens, les aidera un jour à être rétablis dans leurs droits.

Ces pauvres populations souvent chassées des villages, pourchassées à travers champs et forêts, ont pensé, pour les survivants, trouver asile dans ce camp de Duékoué, et se mettre à l’abri des violences, sous la protection de l’Etat et de la communauté internationale au travers de la présence des Forces Républicaines et de l’ONUCI. Mais l’Etat de Côte d’Ivoire et la communauté internationale ont assisté passivement au carnage pour se renvoyer, après coup, des accusations mutuelles. C’est tout simplement révoltant et inadmissible.

Toute mort provoquée, d’où qu’elle vienne, ne peut justifier la tentation d’instrumentaliser la violence. Or les habitants du quartier Cocoman qui se sont déchainés sur Nahibly le Vendredi 21 juillet dernier  ont pris prétexte de la mort de cinq des leurs, suite à un braquage, pour distribuer, sans discernement, la mort au sein d’une population dont la seule vraie richesse aujourd’hui reste justement le souffle de vie.

Et, malgré le caractère atroce des évènements, ils se félicitent, sans remord, d’avoir vengé d’autres morts tout aussi condamnables. Pire, face à cette bêtise humaine, le gouvernement ivoirien n’a pas compris que le temps est d’opportunité pour lui pour montrer son impartialité dans le traitement des questions sécuritaires à l’ouest. Bien au contraire, pris dans son propre piège de la politique de rattrapage, le gouvernement Ouattara  ne peut trouver la vigueur nécessaire au communiqué qui a pourtant  la prétention de stigmatiser les comportements négateurs des  lois de la République.

Croit-il apprendre une nouveauté aux Ivoiriens en affirmant que nul n’a le droit de se faire justice ? Mais il  n’est pas plus dissuasif que n’est aussi engagée l’ouverture d’une enquête à but de rechercher et de retrouver les auteurs des crimes collectifs et odieux sur les réfugiés du camp de Nahibly. N’ont-ils pas été commis en présence des autorités administratives et militaires ?  N’est-il pas  clairement établi par des témoignages concordants que l’action des pyromanes  du camp de Nahibly n’a pas été spontanée mais bien coordonnée par un système de ralliement et que l’exécution du massacre a bénéficié de la participation des dozos et des FRCI ?

La timidité de la réaction du gouvernement est en elle-même une explication qui confirme sa responsabilité et prolonge sa passivité devant le drame continuel des populations de l’ouest. Sa complicité se reflète dans son incapacité à distinguer dans ce no man’s land les plus faibles des plus forts. Cette complicité se remarque aussi dans son incapacité sinon son refus  de percevoir dans le tumulte des cris de détresse ceux qui viennent des nécessiteux absolus et ceux qui proviennent des gorges joyeuses. Cette complicité devient même agissante quand à travers son premier communiqué officiel relatif aux évènements le gouvernement semble comprendre la motivation des auteurs des atrocités de Nahibly. Inacceptable !

 

Dékos Badaud, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui".                             

jeudi, 08 décembre 2011

LES RAISONS DE LA SUSPENSION DU JOURNAL «AUJOURD'HUI»

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Le CNP (le Conseil National de Presse) a encore frappé dans le camp de la presse de l'opposition. Le journal Aujourd'hui a reçu hier matin sa troisième lettre de suspension dans un intervalle de quatre mois. Ce qui passe désormais pour un harcèlement s'est présenté cette fois sous la  forme d'une cascade de sanctions. Le journal est suspendu  pour 26 parutions et le directeur de publication l'est, à titre personnel, pour trois mois. Il y a un cran au dessus de tout ce que cet organe de presse a jusqu'à maintenant reçu comme sanction. Avant de faire un analyse de ce qui pourrait sous-tendre  cet acharnement, voici ce qui fait sortir le CNP de son lit :

Un avant papier sur la célébration de la victoire électorale de Laurent Gbagbo qui a eu lieu en France le 04 décembre dernier  et signé par Joseph Titi a été indexé par le CNP comme  « constituant  à l'évidence une remise en cause des résultats de l'élection présidentielle et qu'un tel traitement de l'information revêt un caractère subversif. »

Un papier publier le 30/11/11, rapportant l'appel lancé par Alain Toussaint  demandant aux compatriotes Ivoiriens et patriotes africains à empêcher par tout moyen légal la déportation  du président Gbagbo à la Haye a été pris par le CNP pour un message appelant à la révolte.

Un billet de Joseph Marat intitulé "Il est là, le débat sur la dévaluation aussi". Pour le CNP cet article « est de nature à inciter à la violence... »

Un autre billet de Joseph Marat intitulé « Koenders se croit en brousse » renferme pour le CNP des injures graves et intolérables à l'encontre du diplomate onusien.

Un autre article de Joseph Titi publié le 1/12/12 faisant cas de la scène des 7 femmes d'Abobo dont l'une s'était relevée devant une camera simulant une fausse mort est jugé par le CNP comme une manipulation intolérable de l'information et une apologie du meurtre.

Nous aurions aimé nous instruire de la sagesse du CNP dans sa volonté déontologique de nous redresser dans l'exercice de notre profession, mais hélas ! A la lecture de tous les griefs retenus contre le quotidien nous avons la nette impression qu'il a suffi au CNP de vouloir nous suspendre pour qu'il recherche les justificatifs pouvant motiver sa forfaiture. Parce qu'au fond il n'y a vraiment rien à fouetter un chat.  Il y a pire qui passe le corridor du CNP. C'est pourquoi nous sommes convaincus, au journal Aujourd'hui, que nous sommes victimes de notre positionnement dans l'espace médiatique ivoirien. Nous savons que le CNP dans sa configuration actuelle ne tolère pas que nous ayons contrarié le plan politique du nouveau régime de faire oublier totalement Laurent Gbagbo. Il est vrai qu'avant que nous ne paraissions dans les kiosques à journaux, on ne parlait plus du président Laurent Gbagbo. Notre péché originel est donc d'avoir sonné la mobilisation mondiale autour de ce chef d'Etat, qui pour nous, subit un sort injuste. Pour cela, nous comprenons qu'Eugène Kakou et son équipe veuille nous abattre au risque d'exposer au chômage et à la misère toutes les familles que cet organe permet de faire vivre.

Une autre raison quelque peu mesquine qui taraude le CNP est le sentiment d'avoir été floué dans son orgueil par le directeur de publication Joseph Titi qui enlève ici la palme de la sanction. Eugène Kakou aurait confié à ses proches que Titi ne lui lèche pas assez les bottes. Le refus de celui-ci, par principe de solidarité aux journalistes de Notre Voie emprisonnés, de faire participer son organe à un séminaire organisé par le CNP à Yamoussoukro a été pris par le sieur Eugène Kakou comme un crime de lèse majesté.

Bien pesé, tout le personnel du quotidien aujourd'hui décide d'attaquer cette décision illégale et de porter plainte contre le Conseil National de la Presse pour abus de pouvoir.


La Direction du journal "Aujourd'hui".

mardi, 01 novembre 2011

REVELATIONS SUR LES DERNIERES HEURES DU PRESIDENT GBAGBO AU PALAIS - CE QUI S'EST REELLEMENT PASSE



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Extrait du journal intime de D.D, Abidjan le 25 avril 2011.

 

Le 11 Avril, j'ai fait ma dernière prière. Il est 5h 30. La résidence présidentielle est sous les bombes depuis trois jours. Il y a trente minutes que les bombardements des français qui ont duré toute la nuit se sont arrêtés à 5h. La partie de la résidence où nous nous trouvons n'a pas encore cédé. D'ailleurs personne ne peut sortir pour voir les dégâts même si l'odeur de brûlé montre qu'une grande partie de la résidence a été dévastée. Le président Gbagbo est toujours d'un calme olympien. On le sent fatigué mais il n'a pas l'air d'avoir peur. Je pense que c'est à cet instant précis que chacun doit secrètement penser à sa mort. Moi, je pense à la mienne.

Le président a fini de prendre son bain et est à nouveau avec nous. La table est servie et nous déjeunons en compagnie du président qui plaisante et détend. Deux jours plus tôt, les français avaient envoyé un tel déluge de feu sur la résidence qu'il fallut protégé Laurent et sa femme. Toute modestie mise à part, la résidence est vraiment un bunker. Les bombardements visaient la chambre du Président principalement mais aussi son bureau, là où il a l'habitude de travailler. Grâce à Dieu, il n'y était pas à chaque fois. A un moment donné, tous les lieux ont été visés en même temps. C'était invivable. Parce que les français déversaient en plus un gaz dont l'odeur était suffocante. Parfois, nous nous demandions si ce n'était pas un gaz empoisonné parce qu'on n'arrivait plus à bien respirer. Nous avons pu nous déplacer un peu.

Nous n'avions pas dormi depuis plusieurs jours. Ce lundi n'a pas été différent. Nous sommes restés debout jusqu'à 5 heures du matin. En tout cas, c'était dur, mais si nous avons tenu, c'est grâce à Laurent, en raison de la sérénité dont il faisait preuve.

Reprise des bombardements

Un officier est venu nous dire que nous étions encerclés. Mais quand les soldats français et rebelles sont arrivés, les militaires qui étaient au palais, étaient tous partis. On était donc parqué quelque part. Le couple présidentiel avait été déplacé. L'officier nous disait, ne sortez pas, ne sortez pas. Et c'est en ce moment que Tagro est sorti. On a entendu des coups de feu. Je ne l'ai pas vu, mais je l'ai entendu dire, « on m'a tiré dessus ! On m'a tiré dessus ! Les rebelles sont alors entrés dans la résidence. Tous nous battaient.

En tout cas, je ne peux pas dire que ce sont les soldats français qui ont pris Laurent parce que nous n'étions pas dans la même cellule. Lorsque nous sommes sortis de la résidence du Chef de l'Etat, des soldats blancs qui étaient là, se sont repliés à la vue des cameras. Puis nous avons été transférés au golf.

Là bas, on nous a descendus d'un camion qui nous transportait. Il y avait un cordon de rebelles de part et d'autre de la route qui menait au golf. Nous avons été malmenés. Moi, j'ai reçu trois gifles. C'était de la barbarie sans nom. Et les soldats de l'ONU-CI qui étaient présents ce jour ne disaient rien. Ils regardaient avec beaucoup d'admiration les agressions des rebelles contre nous. Ils avaient des couteaux. On était tous assis. J'étais au milieu. Ceux qui étaient à portée de leurs mains ont été blessés au couteau. Moi j'étais au milieu et tous ceux qui étaient assis à droite comme à gauche ont eu le corps déchiré.

Arrivé au golfe, nous avons été parqués dans des cellules différentes de celle du Président Gbagbo et de sa femme. Donc, je n'ai pas suivi le traitement qu'on leur a infligé. Mais c'était dur. Il n'y a pas d'autres mots. Nous sommes restés au golf pendant une semaine. Nous étions constamment sous la menace des rebelles...

 

In le quotidien ivoirien "Aujourd'hui".


Source: COTE D'IVOIRE LA VRAIE

mercredi, 26 octobre 2011

ABIDJAN SOUS SURVEILLANCE AERIENNE - APPARENCE DE PROPRETE A ABIDJAN OU LE REGIME CRAINT TOUJOURS UN COUP DE FORCE

 


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A Abidjan, les balayeuses des rues n'ont plus la pêche. La plupart d'entre elles totalisent six à huit mois d'arriérés de salaires et celles qui n'en peuvent plus d'attendre ont dû retourner à leurs fourneaux habituels. Mais le régime n'abdique pas. Tous les arbres en bordure des axes empruntés par le Chef de l'Etat ont été systématiquement émondés de leurs branches ; ce qui donne à la ville un air de décoiffé. Comme si le pouvoir avait plus de choses à lui reprocher, l'Université nationale continue d'être remuée de fond en comble. Les gros arbres qui la couvraient de ses feuillages bienfaisants ont été déracinés, comme partout dans la commune de Cocody. Le régime veut voir à partir du ciel ce qui se trame sur le sol et les hélicoptères de l'organisation des nations unies et des forces Licorne tournent à plein régime. « Chez nous à Yopougon-Gesco, il passent deux fois : les matins à partir de six heures et les soirs, entre dix sept heures et dix huit heures ». Témoin des ballets aériens d'hélicoptères dont les bruits rappellent les bombardements de la résidence de Laurent Gbagbo et plusieurs semaines de terreur à Abidjan, Solé Dramane mime les bruits quand ils volent à basse altitude.

C'est la réponse la plus spectaculaire du régime aux tensions dans l'armée, en plus des arrestations tous azimuts qui se poursuivent encore et qui ne sont pas près de se terminer. Un journal pro-Ouattara qui continue d'enrager contre ces bruits dans les casernes affichait à sa manchette de samedi « où se cache Abéhi ? », la nouvelle terreur du pouvoir après avoir réussi le rapatriement du colonel Konan, ancien commandant du théâtre des opérations durant les dernières années de la présidence de Laurent Gbagbo et les événements postélectoraux. Un autre se demandait dans la même journée « où sont passés les officiers pro-Gbagbo ? » dans un article illustré par la photo du colonel Konan pour qui le pouvoir loue, comme pour les autres qui sont revenus d'Accra, des chambres d'hôtel dans la commune de Cocody.

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Le palais présidentiel au Plateau continue d'être surveillé par l'ONUCI dont les chars en bloquent les principaux accès. Quant au domicile privé des Ouattara, sa transformation se poursuit. Pendant que les murs montent, la voie qui passait juste derrière lui a été agrandie à quatre, deux en aller et deux au retour. L'ancien hôtel du golfe, lui, est devenu une caserne militaire. C'est là que sont stockés tous les chars de l'ONUCI chargés de sécuriser le couple Ouattara. Tout le périmètre jusqu'au golfe a été militarisé pour les mêmes raisons et abrite les hommes de Chérif Ousmane.

Le pouvoir se méfie de tout et après avoir empêché la jeunesse du front populaire ivoirien de tenir son meeting dans la commune de Yopougon, le FPI a été contraint d'annuler celui du Plateau, la semaine dernière. Les discussions avec la direction du parti encouragée par Ouattara lui-même est au poids mort, le pouvoir étant préoccupé par une chasse aux sorcières sans précédent dans l'armée nationale où avoir servi sous Laurent Gbagbo vous marque au fer comme élément dangereux pour la ouattarandie.

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Alors qu'il avait donné trois à quatre mois pour se débarrasser de ses Forces républicaines de Côte d'Ivoire, le régime vient de les déployer en grand nombre dans tout le district d'Abidjan où elles sont à nouveau visibles même dans les venelles des communes. Les commissariats ont aussi fini par s'accommoder des FRCI qui, elles, sont armées tandis que les policiers se contentent de l'administratif.

Le pays continue de tourner mais par habitude. L'argent manque et le régime a perdu le crédit qu'il s'était donné en affirmant que sa venue apporterait de l'oseille au pays. La lune de miel a été de courte durée et le gouvernement est désormais ouvertement accusé de s'approprier les chantiers de Laurent Gbagbo en souffrance en raison des divers blocages dont ceux liés à la fermeture des banques et à la désorganisation du système financier. Guillaume Soro a répondu la semaine dernière que la plupart des chantiers dont ils ont terminé les travaux avaient été négociés durant leur séjour mouvementé à l'hôtel du golfe, ce qui est bien surprenant puisque ces travaux avaient déjà leurs financements en place.

Pas très friand des contacts avec les populations, le chef de l'Etat, lui, limite au maximum ses sorties internes. Ce qui rend a priori l'ensemble de ces mesures presque dérisoires.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 82 du mardi 25 octobre 2011.

mercredi, 19 octobre 2011

MENSONGE ANESTHESIANT POUR GOGO

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Un ami m'a parlé d'une histoire. Je vous la raconte telle qu'il me l'a lui-même racontée. S'étant rendu à Adjamé pour des achats, mon ami s'est retrouvé avec un vieux commerçant qui devait lui vendre quelques colifichets comme on en trouve de milliers à Adjamé. Pour ne pas se faire avoir, il marchande et dans ces conditions, il évoque avec lui des thèmes généraux, l'actualité, l'économie... bref, les difficultés économiques. C'est là que mon ami va s'entendre dire qu'il y a beaucoup d'argent stocké quelque part dans le pays. Après les élections législatives, cet argent va être mis en circulation et tout le monde sera heureux. Il y croyait tellement le vieux que mon ami dit n'avoir trouvé aucune ressource pour essayer de lui expliquer que ce n'est qu'un vil mensonge.

C'est donc la trouvaille des gouvernants. Maintenant que chacun sait qu'il n'y a pas d'argent au pays, que les banques, comme si elles s'étaient passé le mot, affichent « guichet en panne », il ne reste plus que le mensonge, la seule chose dans laquelle le régime excelle.

Leur laboratoire tourne à plein régime et les prochains mensonges sont peut-être déjà prêts. Telle est la nouvelle gouvernance qui nous était promise : mentir, communiquer, servir de la démagogie même à ceux qui ont sérieusement cru à toutes ces sornettes de milliards à distribuer dans un élan de générosité inédit. Hier, le Premier ministre est allé inaugurer le pont de la 8ème tranche. Avant de s'y rendre, il avait déjà dit que ce que M. Dramane fait depuis cinq mois dépasse ce que Gbagbo a fait en dix ans. C'est à croire que le chef de l'Etat a préparé tous les dossiers qui sont nécessaires à de tels investissements, si ce n'est une autre facette de la triste démagogie à laquelle nous sommes livrée depuis qu'ils sont là.


Séverine Blé, in le quotidien ivoirien N° 76 du mardi 18 octobre 2011.

mercredi, 12 octobre 2011

LE FPI, UN OS DANS LA GORGE DE MONSIEUR OUATTARA


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Après les événements qui ont émaillé le dernier rassemblement du Front populaire ivoirien à Koumassi-campement, nous nous interrogeons. Alassane Dramane Ouattara a-t-il aujourd'hui, les ressources nécessaires pour réprimer son opposition ? Il peut en avoir la volonté parce que, pour ceux qui connaissent l'homme, c'est ce qu'il sait faire le mieux.  Le 18 février 1992, il était l'homme de main de Félix Houphouët-Boigny. C'est lui qui avait, sans vergogne, dit avoir vu Laurent Gbagbo  casser. La suite nous la connaissons. Laurent Gbagbo, toute sa famille et toute l'opposition significative de l'époque se sont retrouvés derrière les barreaux pour six mois. Il y a maintenant 7 mois, l'homme en tant que chef d'Etat cette fois-ci, a réédité l'exploit. Laurent Gbagbo, son épouse, son fils, le chef de son parti, et l'ensemble des dignitaires de son régime sont enfermés dans des goulags au nord du pays. On le voit bien, malgré les années, la volonté de réprimer l'opposition ne s'est point émoussée chez Mr Dramane. Au contraire, elle s'est aiguisée avec un goût macabre. Seulement les contextes changent et souventes fois, l'histoire, dans une sorte de mystique du temps, nous rappelle qu'elle a un sens et qu'on ne saurait indéfiniment ramer contre son courant.

Ce qui s'est passé à Koumassi-campement est le signe que le champion du Rhdp ne dort plus tranquillement du sommeil du juste contrairement à ce qu'il veut nous faire croire. A l'analyse, cela relève plus d'une intimidation que d'une véritable répression. Aujourd'hui l'ex homme fort de l'hôtel du Golf peut bouillir de colère contre ses opposants, mais les circonstances ne lui sont plus favorables. On se souvient qu'il y a plus de quatre mois que le FPI avait déposé une demande d'audience pour rencontrer ce dernier. Les frontistes ont longtemps rongé leurs freins avant d'être finalement reçus, fin septembre dernier au palais présidentiel. Ils y sont encore attendus les jours prochains. On le voit bien, le chef de l'Etat n'a pas envie de passer pour un dictateur aux yeux de ses soutiens occidentaux.

Autre chose et non des moindres, l'épée de Damoclès de la CPI qui plane actuellement dans le ciel politique ivoirien saurait difficilement s'accommoder d'une répression sauvage de l'opposition. Cela ne manquera certainement pas de faire beaucoup de bruits au sein de la communauté internationale qui pourrait être ainsi contrainte au lâchage du Prince d'Abidjan.

A coté de toutes ces observations qui fonctionnent comme des menottes au poignet d'un criminel, il y a la démobilisation que l'on note de plus en plus au sein des soldats FRCI désabusés par des promesses restées sans suite. En somme, le FPI apparaît aujourd'hui comme un os dans la gorge de Mr Dramane.

 

Joseph Marat, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 73 du mardi 11 octobre 2011.

 

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L'ESPOIR EST EN PRISON

 

Comme cela peut-être encore possible dans ce pays heureusement, je me suis retrouvé, un matin, dans une enceinte fermée à double tour, avec un ami, pour assouvir notre passion : débattre de politique. Les rues grouillent d'espions et les agoras de joutes politiques relèvent désormais de notre histoire récente.  Au fil de la causerie, mon ami m'avoue que, comme la plupart des Ivoiriens, il porte le deuil de l'arrestation du président Gbagbo. Seulement, il avait espéré que le pays ne perdrait pas au change. Alassane Ouattara est tout de même un nom connu dans les hautes sphères des finances du monde. Son carnet d'adresses devrait être insubmersible pour un petit pays comme la Côte d'Ivoire. S'il réalise, ne serait-ce que le 10ème de tout ce qu'il a promis, on ne devrait pas regretter trop longtemps le Woody de Mama. Mais, finit-il par dire, plus les jours passent, plus la désillusion fait place à ce qui aurait pu être une consolation.

J'ai dit à mon ami que c'est indéniable qu'il y ait eu dans ce pays plusieurs millions de personnes qui, de bonne foi, ont placé l'espoir en Alassane Ouattara. Mais ils ont eu tort ! Et le sentiment de désillusion n'est que le moindre mal. Quand un homme politique doit laisser des traces de progrès dans la mémoire d'un peuple donné cela se remarque dans ses prises de position. Ce n'est pas en distribuant des promesses de milliards qu'on impulse l'évolution à une société. Ce sont des prises de position idéologique, capable de façonner la mentalité des peuples, qui pistonnent le progrès. En France, nous avons De Gaule pour son appel à la résistance, en Inde, Gandhi pour son idéologie de non-violence contre l' impérialisme anglais violent, Luther King aux Etats Unis pour son rêve d'un Etat sans ségrégation, Nelson Mandela pour sa lutte contre l'apartheid, Laurent Gbagbo pour son combat pour la liberté et la démocratie. Quel acte peut militer en faveur de Ouattara dans cette constellation de géants. Les Programmes d'Ajustement Structurel? Le soutien à une rébellion sauvage? La culture de l'emprisonnement des opposants? Les privatisations abusives? Ouattara a-t-il une seule fois montré qu'il est capable de défendre un idéal progressiste? J'ai fini par dire à mon ami que l'espoir du peuple ivoirien est en prison à Korhogo. Prions pour que la descente dans les profondeurs de la déchéance ne soit pas longue.

 

Joseph Marat, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 73 du mardi 11 octobre 2011.

lundi, 10 octobre 2011

LE MENSONGE AU POUVOIR EN COTE D'IVOIRE

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Le gouvernement  célèbre ses 100 jours à la tête du pays en détournant à son profit les chantiers préparés sous la présidence Gbagbo. Il vient aussi d'annoncer que le prix du kilogramme de cacao coûtera 1000 F alors que la réalité est au désespoir, dans les champs comme dans les villes.


 Le rond-point de la riviera 2 a été émondé de ses revendeurs de téléphone portable habituels. Le ministère de la salubrité urbaine avait d'abord décoiffé les activités  de ces jeunes commerçants débrouillards en s'en prenant à leurs parasols défraîchis. Depuis sa mise en place, le gouvernement traque le petit commerce dans les rues abidjanaises sans avoir prévu le minimum pour son recasement. Alors qu'il reprochait d'ailleurs à Laurent Gbagbo de ne pas lutter contre le chômage des jeunes diplômés, réduits pour la plupart à se débrouiller dans les rues pour survivre, M. Dramane  a finalement jeté aux orties ses promesses électorales. Selon l'union générale des travailleurs de Côte d'Ivoire (UGTCI), proche du pouvoir, 80.000 emplois ont été détruits dès les premiers mois de l'arrivée du chef de l'Etat et rien n'est venu améliorer la situation. Le ministre de la salubrité publique, Anne Oulotto, s'est lancé à corps perdu depuis plusieurs mois dans une violente opération de déguerpissement du domaine public qui ruine les espoirs de survie d'une population qui paie un lourd tribut à la guerre et aux pillages systématiques ayant accompagné l'accession de M. Dramane au pouvoir au début du mois d'août.

La situation sociale est plus que stationnaire avec des guichets automatiques qui affichent « En panne » ou « Hors service ». Le gouvernement arrive encore à payer les salaires des fonctionnaires mais au prix de mille et un sacrifices, pendant que la pluie de milliards annoncés par M. Dramane se fait toujours attendre. Les fonctionnaires des cabinets ministériels, sous contrat, totalisent parfois jusqu'à huit mois d'arriérés de salaires et la plupart des travailleurs des principales institutions de l'Etat tirent le diable par la queue. Les services de recouvrement, pour leur part, se sont lancés dans une campagne de communication démagogique destinée à noyer une réalité catastrophique. Car la Centrale, le service de collecte des impôts de la zone CNO aux mains des Forces Nouvelles proches de Guillaume Soro, officiellement dissoute, tourne à plein régime. L'Etat même a du mal à recouvrer les taxes et les impôts à Abidjan, scindée en territoires rivaux par des chefs de guerre soucieux de se faire une petite fortune.

Le gouvernement fait mine d'avoir le sourire en faisant croire qu'il a initié de nombreux chantiers dans la ville d'Abidjan. Or   le troisième pont, par exemple, a une histoire qui part de la présidence d'Henri Konan Bédié et se termine sous la présidence de Laurent Gbagbo, dont l'activisme a permis la mise en place d'un fonds de près de 50 milliards de Fcfa, obtenus grâce à des appels à souscription internationaux notamment. Les voies de dégagement qui sont actuellement en chantier au rond-point de la riviera 2 avaient été programmées après les élections présidentielles avant d'être ajournées en raison des tensions politiques et les menaces ouvertes de bombardement proférées par M. Dramane.

L'université nationale dont les alentours ont été déblayés ressemble à un tombeau blanchi. Pillée dans le sillage des nouveaux gouvernants, elle manque désormais de tout : ordinateurs, climatiseurs, téléphone, photocopieurs, livres, papier... Pareil pour les résidences universitaires qui ont été la cible des forces républicaines de Côte d'Ivoire bourrées de préjugés sur le militantisme pro-Gbagbo des étudiants ivoiriens. Celles qui sont opérationnelles sont d'ailleurs occupées par ces bandes armées que l'Etat n'arrive toujours pas à faire partir des commissariats en dépit des promesses récurrentes de leur encasernement.

L'insécurité est toujours aussi problématique à Abidjan où les policiers officiellement de retour depuis deux mois sur les routes, ne sont plus armés. Les clans rivaux de FRCI se tirent régulièrement dessus sur le prétexte habituel que certains parmi eux se sont reconvertis en braqueurs.

Le gouvernement fait du surplace et multiplie les séminaires gouvernementaux dont l'utilité reste à démontrer, car les prix des denrées alimentaires de première nécessité ne cessent de flamber. Le ministre du commerce, acculé par les critiques des médias, a finalement concédé une diminution de 10 F du riz de grande consommation dont le kilogramme se négocie désormais à 500 F. Le régime a du mal à faire face aux problèmes qui s'accumulent si ce n'est qu'à les regarder sous le prisme de la communication. Alors que le cacao est vendu à 200 F bord-champ, le gouvernement vient de se lancer dans un autre pari médiatique en fixant des prix indicatifs de 1000F pour l'achat du kilogramme du cacao aux planteurs. Ce qui représente une belle gageure au moment où toutes les coopératives ont été liquidées par la nouvelle administration qui y voit des niches de détournement. Cette politique livre le planteur à la puissance des multinationales du cacao qui pourront toujours imposer le prix qu'elles veulent. On est loin des 3000 F le kilogramme de cacao annoncé lors de la campagne électorale, du million d'emplois à créer chaque année et des milliards à distribuer à chaque patelin du pays.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 72 du lundi 10 octobre 2011.

jeudi, 15 septembre 2011

COTE D'IVOIRE: LES FRANÇAIS D'ABORD!

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L'arrivée de Marcel Zady Kessy à la tête du conseil économique et social a propulsé dans l'administration de cette institution un secrétaire général de nationalité française. De manière générale, la prise du pouvoir d'Alassane Ouattara coïncide avec une poussée de « blanchisation » de l'administration publique. A la présidence notamment, mais aussi à la police.


Il avait tout promis. A savoir trouver l'argent qui manque tant aux ivoiriens pour mettre fin à la grande pauvreté ambiante. Donner surtout du travail à chaque ivoirien grâce à un ambitieux programme économique. Aux termes de cette foire aux promesses, Ouattara s'était engagé à créer un million d'emplois par an... En cinq mois, il en a pourtant détruit des milliers : 80.000 selon l'union générale des travailleurs de Côte d'Ivoire (UGTCI) proche du parti démocratique de Côte d'Ivoire et donc pro-Ouattara et près d'un millier d'employés de la présidence ont perdu leur poste depuis l'avènement du chef de l'Etat au pouvoir. Les nouveaux gouvernants se livrent même à une sordide chasse aux sorcières presque compréhensible pour placer leurs propres hommes mais recrutent aussi des blancs. Notamment à la présidence où le chef de l'Etat est « sous l'influence de ses sorciers blancs », selon l'expression de la Lettre du Continent. Les français travaillant à la présidence ivoirienne se chargent de tout : stratégie, budget, infrastructures...

Bref, ce sont ces conseillers français qui décident de tout au point d'agacer le Premier ministre Guillaume Soro. Recruté en mars pendant que les bombes tonnaient à Abidjan, Philippe Serey-Eiffel est perçu «  comme le grand vizir de la lagune Ebrié », selon La Lettre du Continent. Aucun dossier intéressant les finances ne peut arriver au chef de l'Etat sans passer par lui. Dans les faits, il est le vice-président chargé des finances. Ce qui est fort compréhensible.

Le principe de la françafrique est de coller aux bottes des gouvernants africains des conseillers techniques dont le rôle est de contrôler les entrées et sorties d'argent comme le démontre l'excellent documentaire de O. Cetaril. Guillaume Soro a beau tenter de délimiter son pouvoir, Philippe Serey-Eiffel reste droit dans ses bottes, sûr de ses moyens.

Il n'est d'ailleurs pas le seul à se croire à la maison à la présidence ivoirienne. Cédric Lombardo chargé des affaires climatiques va lui aussi proroger son bail. Les français ont la haute main sur les finances du pays mais aussi sur les questions de défense nationale. L'armée ivoirienne que la France a désarmée dans les bombardements de la résidence du président Gbagbo n'est plus qu'une armée d'opérette. Claude Réglat et Marc Paitier, deux officiers français à la retraite ont dorénavant du travail. Ils ont la responsabilité des écoutes dans les sous-sols du palais. Claude Réglat doit piloter la réforme de l'armée avec l'entrée des 10.000 rebelles reversés dans l'armée régulière. Pendant ce temps, Jean-Yves Garnault contrôle le trésorier payeur général de l'Armée et passe au crible les dépenses militaires engagées par l'Etat. Ouattara a aussi recruté Christian Delmotte pour les questions de santé. C'est lui, croit naïvement Alassane Ouattara, qui doit mettre en place une couverture maladie universelle en Côte d'Ivoire. Mais si Ouattara s'appuie sur les français pour faire fonctionner la présidence de la République, il a également recruté des français pour s'occuper de la cuisine. C'est Dominique Ouattara en personne qui supervise les entretiens d'embauche. L'épouse du chef de l'Etat a d'ailleurs rapidement jeté son dévolu sur Olivier Payet le chef de cuisine du restaurant de l'hôtel Tiama d'Abidjan.

Mais Ouattara a aussi embauché Jean-Louis Blanc pour gérer le parc-auto de la présidence et a pensé pour sa communication à une autre française Anna Méaux qui évince Patricia Balme, elle aussi de nationalité française. Quant à Frédéric Bedin qui est le directeur de Public Système Hopscotch, il a été imposé par Paris pour organiser les grands événements du pays. Comme s'il n'y avait aucune compétence sur place.
La police attend également son  lot de blancs. Pour l'instant, deux instructeurs blancs y font des évaluations au terme duquel un bon nombre de policiers français devraient arriver à Abidjan. Jusqu'à présent les deux instructeurs de la police nationale restent discrets. Personne ne connait leur nom, à part quelques directeurs avec qui ils sont en contact.

Alors que depuis les années 80, Houphouët-Boigny lui-même s'était lancé dans une politique d'ivoirisation des cadres et que Laurent Gbagbo a porté haut le combat de la souveraineté de notre pays, Alassane Ouattara nous ramène par sa politique de gouvernant complexé aux années où l'administration était sous la coupe des colons français. Cette attitude est d'autant plus incompréhensible qu'environ un millier d'ivoiriens viennent d'être renvoyés de la Présidence ivoirienne. Certainement pour faire de la place à une poignée de conseillers mieux rémunérés que le millier viré.

Laurent Gbagbo avait dit aux militaires : « si je tombe, vous tombez ». Les ivoiriens ne savaient à quel point la prophétie était aussi écrite pour eux.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui ».