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dimanche, 25 août 2013

DE LA PERGOLA A BOUNA: AFFI RACONTE SON SEJOUR CARCERAL

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Pour la première fois depuis sa sortie de prison, le 5 août dernier, le président du FPI, l’ex-Premier ministre Pascal Affi N’guessan, est revenu longuement sur les conditions de son arrestation à la Nouvelle Pergola à Abidjan-Marcory, de son transfert à la prison civile de Bouna. Nous vous livrons de larges extraits de son témoignage.


«Nous avons quitté le Golf Hôtel le lundi de Pâques à 13h. On ne savait pas où on allait. La guerre n’était pas totalement terminée. Est-ce qu’ils nous ramenaient à la Pergola ? C’était l’heure du déjeuner et Affoussi Bamba qui est venue nous chercher, nous a dit : «vous faites vos affaires, on s’en va». On lui a demandé : «on s’en va où» ? Mais, elle n’a pas osé répondre. On s’est dit, dans ce cas ce n’est pas la peine de manger. Arrivés à destination, on va manger. Chacun espérait une destination. Elle a dit : «Mangez un peu. On ne sait jamais».

Après, on nous a embarqués et nous sommes passés à la gendarmerie de Cocody où le lieutenant qui conduisait le convoi a fait monter deux ou trois éléments avec des RPG. Je me suis demandé si pour nous ramener à la Pergola, on avait besoin de RPG. Mais j’ai fini par me dire que comme il y a encore des combats en ville, peut-être que c’était dangereux. On a fini par démarrer et quand nous sommes arrivés à l’Indénié, le convoi a pris la route d’Adjamé au lieu de se diriger vers le sud. Nous nous sommes dit que c’était une manœuvre de diversion. Mais nous avons continué vers Yopougon. Arrivés au carrefour de la Maca, les combattants étaient éparpillés partout. Ils se sont arrêtés parce que ça tirait partout. Un moment, ils ont tenté de rebrousser chemin. Mais un des leurs a dit : «Allons-y. De toutes les façons, nous, nous sommes blindés. Ce sont leurs gars qui sont là-bas. S’ils les tuent, tant pis pour eux».

Ils ont alors repris la route et nous avons roulé jusqu’à Attinguié et on s’est arrêté. On a fait une petite bifurcation et ils se sont arrêtés. Nous nous sommes alors dit que c’est là qu’ils allaient nous fusiller et abandonner nos corps. On ne savait pas du tout dans quel film on était. Mais, nous étions des acteurs passifs. Curieusement, ils ont commencé à distribuer des bananes aux uns et aux autres. Trois ou quatre bananes. Après, on a repris la route jusqu’à Toumodi. Ils sont allés à la station, ils ont parlé et ils sont revenus et nous avons pris la direction de Yamoussoukro. Nous avons commencé à dire qu’ils nous envoient au camp pénal de Bouaké. Certains ont pensé à Bouaké, d’autres à Korhogo. Arrivés à Yamoussokro, ils ont pris du carburant et on a fait demi-tour. Arrivés à Toumodi, ils ont pris la route de l’Est. On a commencé encore à s’interroger sur notre destination. Un moment donné, le secrétaire général de l’université de Cocody a dit : «Peut-être qu’ils s’en vont nous enfermer chez le président Affi !».

Quelqu’un lui a dit : «Toi, tu es vraiment optimiste». On a continué à rouler, et on a traversé Bongouanou et arrivés à Kotobi, ils ont pris la route de Daoukro. En fait, ils s’étaient perdus. Quand ils s’en sont rendus compte, ils ont fait demi-tour et nous avons pris la route d’Abengourou. Arrivés à Bonahouin, ils ont commencé à distribuer des boites de sardine. Mais, moi, j’étais tellement fâché parce que ça n’avait aucun sens. On a repris la route et ils roulaient à tombeau ouvert. Nous étions dans des 4x4. Il y avait deux 4x4 doubles cabines et un pick-up où ils avaient mis les éléments armés. Dans chaque 4x4, il y avait deux gendarmes ou policiers qui nous encadraient. Michel Gbagbo, lui, ils l’ont mis carrément dans le coffre arrière du 4x4. Un moment, il pleuvait. Ceux qui étaient dans le pick-up sont donc descendus pour monter avec nous dans les 4x4. Nous étions donc serrés comme dans une boîte de sardine. Notre conducteur était tellement fatigué qu’il a fait deux sorties de route. Deux fois, nous sommes entrés en brousse avant de ressortir. Finalement, je ne pensais plus à rien. Parce que je me disais, pour un pouvoir qui s’installe, même s’ils veulent nous envoyer en prison, compte tenu de notre statut, ils pouvaient même prendre de bons véhicules et nous emmener. Mais agir ainsi montrait qu’ils n’accordent aucune importance à notre vie. Un moment même, notre chauffeur dormait. Or, nous étions sur un pont et il y avait un véhicule qui venait en face. Il s’est réveillé brusquement et il s’est rabattu à droite. On a failli basculer dans le vide. On est finalement arrivé à Bouna à 4h du matin. A Bouna même, les gens n’étaient pas informés de notre arrivée.

Ils couraient donc dans tous les sens, pour chercher le responsable du camp des Frci. Ils l’ont retrouvé et il est arrivé tout fâché parce qu’on lui a envoyé des gens sans le prévenir et surtout il ne savait pas quoi faire de nous. On le voyait donc courir partout pour trouver un lieu où nous enfermer. Un moment, ils ont dit qu’ils allaient nous enfermer à la résidence de Palé Dimaté. Mais certains d’entre eux ont dit que la clôture de la résidence n’était pas assez haute. En définitive, ils ont opté pour la prison civile. Et quand on partait, c’est Serges Boguhet qui, le premier, a fait la remarque en disant qu’ils nous envoient en prison. Quand par la suite, nous avons vu les barbelés, nous avons su que c’était effectivement la prison civile. C’était une prison abandonnée et désaffectée. Ils ont alors commencé à nous jeter dans des cellules insalubres.

Diabaté Bêh a été le premier qu’ils ont brutalisé. Ils donnaient le sentiment qu’ils lui en voulaient particulièrement. Ils l’ont jeté dans un coin très sale. Moi, ils m’ont dit : «Affi, passe ici». Ils m’ont jeté dans le parloir. Un endroit très étroit, où il y avait tout juste de la place pour un matelas. J’y suis resté près de deux mois. Ils nous ont enfermés et ils sont partis. Après, ils sont revenus et il y en a un qui a commencé à nous menacer. «Vous avez eu de la chance. Sinon, moi Chiquito, si j’étais descendu à Abidjan, aucun de vous ne serait vivant à l’heure actuelle. Vous allez mourir ici. On va vous nourrir avec tuyau», nous lançait-il à la figure.

On n’avait rien. Heureusement, assez rapidement, les prêtres et le responsable local de la Lidho sont venus nous voir. Ce sont eux qui nous ont donné les premiers draps pour la nuit. Nous sommes restés là sous la surveillance de deux hommes armés en permanence. On n’avait pas droit aux visites. On était enfermé. Le responsable de la Lidho a négocié pour qu’il puisse nous rendre visite une fois par jour. Ils le lui ont accordé.

Mais au bout d’un certain temps, ils lui ont dit qu’il n’aura que trente minutes pour nous voir. Donc, chaque jour, il pouvait nous voir 30mn. Mais il n’était pas question pour lui de nous envoyer des journaux, encore moins la radio. C’est donc lui qui a informé nos parents. Après un moment, on lui a dit qu’il n’avait plus que 15 mn. Et puis, on lui a interdit totalement de venir nous voir. Donc, on n’avait aucun contact tout ce temps. Jusqu’à ce qu’un jour, un Frci nous présente une dame Frci aussi pour nous dire que c’est elle qui allait préparer pour nous. On était obligé d’accepter. Et puis, progressivement, l’administration pénitentiaire a commencé à se mettre en place à partir du mois d’août. Mais, même là encore, il y avait, chaque fois, des incidents entre eux et les Frci. Et pendant tout ce temps, c’était le stress. Parce qu’on ne savait jamais ce qui allait se passer. Rien n’était prévisible. Ils vont et viennent. Et dès que tu entends un bruit, tu as peur.

Tu te demandes ce qui va se passer encore. On était dans cette situation, jusqu’à ce que l’administration s’installe définitivement. Et comme eux, ce sont des professionnels, ils ont commencé à avoir des rapports corrects avec nous. Nous avons donc commencé à déstresser et à nous organiser. On se réunissait tous les jours à 16 h, pour analyser la situation, les informations internationales, la politique nationale.

Nous étions censés être sous la protection de l’Onu

Nous avons gardé le moral parce que nous savions que c’était notre part de la lutte et nous avons positivé notre détention. Parce que le fait que nous soyons détenus était devenu une donnée de la crise. Nous savions que c’était par ça que les autres allaient se mobiliser. Ne serait-ce que nos parents, nos familles et nos camarades de lutte. Nous savions que le caractère injuste de notre détention ferait qu’au-delà de nos familles biologiques et idéologiques, beaucoup d’Ivoiriens se sentiraient interpellés et se mobiliseraient. Et cette mobilisation, nous savions qu’un jour où l’autre, elle allait triompher. Parce que c’est l’histoire. Les prisonniers politiques, ça peut prendre le temps que ça peut prendre, mais forcément, un jour on finit par sortir. Et comme l’a dit le doyen (Ndlr : Bernard B. Dadié), c’est une école, c’est un parcours initiatique.

C’est pourquoi, quelque part, nous étions fiers de jouer cette partition dans la lutte pour la libération du pays. Parce que dans tous les processus à travers le monde, ceux que le doyen a appelés les martyrs, ce sont eux qui ont consolidé les aspirations.

A la Pergola, nous étions censés être sous la protection de l’Onu. Après j’ai vu des gendarmes venir. J’ai vu notamment le colonel Ehoussou avec qui j’avais travaillé à la Primature et qui s’occupait déjà de la protection des personnalités. Donc, je me suis dit que c’était normal qu’il soit là. Du moment où ce n’était des Frci, je me suis dit qu’ils étaient venus pour compléter l’effectif de l’Onuci. C’est quand je devais faire la deuxième communication, parce que j’avais vu Mamadou Koulibaly et Yao N’dré chez Alassane Ouattara, que j’ai vu que les militaires qui étaient là cherchaient même à m’empêcher de parler que j’ai compris qu’il y avait quelque chose.

Dans les heures qui ont suivi, Soro a envoyé quelqu’un me voir. On était autour de 20 h. Il m’a dit que Soro voulait me rencontrer. Je lui ai demandé de me montrer ce qui prouvait qu’il venait effectivement de la part de Soro. Il l’a appelé et me l’a passé. Je lui ai dit qu’il faisait trop tard, que la ville n’était pas sécurisée et qu’il fallait qu’on remette la rencontre au lendemain. Mais quelques temps après, j’ai entendu des gens discuter. J’ai su qu’il y avait un deuxième groupe. Et je pense que ça devait être un groupe envoyé par Hamed Bakayoko. Un des officiers m’a dit de ne pas rester sur place parce que la façon dont les gens bougeaient, il y avait des risques qu’il y ait du grabuge. Je suis donc monté à ma chambre. Mais quelque temps après, j’ai entendu des coups sur la porte. Mais ce n’était pas des coups à la main. Mais des crosses de kalach. Ils défonçaient les portes. Ils ont défoncé la porte d’entrée. Et quand on dépasse cette porte, il y a une terrasse avant d’arrivée au salon. Ils ont commencé à défoncer la porte du salon et même les fenêtres. J’étais dans la chambre, donc je suis venu au salon pour voir ce qui se passe. Le temps d’arriver, ils étaient sur moi en train de me rouer de coups. Ils m’ont embarqué. Mais en bas, on est resté 15 à 20 mn. J’ai fini par comprendre qu’ils étaient en train de piller la chambre. Parce que pour les dernières missions que le président m’a confiées, il me restait un peu d’argent que j’avais pris sur moi. Et quand les camarades partaient, j’aidais certains. Mais moi, j’ai dit que je ne pouvais pas bouger. Parce qu’en tant que président du parti, je me suis dit qu’il fallait que les militants entendent notre voix. Pour qu’ils sachent que le parti est toujours là. Sinon, ce serait la débandade généralisée. C’est comme ça que quand Alcide est allé voir l’Onuci et qu’il a dit qu’ils avaient trouvé un endroit pour sécuriser les cadres Fpi et Lmp, j’ai accepté d’y aller. Peut-être qu’ils avaient déjà des plans pour nous arrêter. Parce que les autres qui sont restés, on les a quand même transférés à Boundiali.

Mais, moi personnellement, je n’ai jamais désespéré parce que je savais que nous avions gagné les élections. Donc, nous avions une base populaire. Et que cette base allait peser dans la balance».

 

Propos retranscrit par Guillaume T. Gbato

In le quotidien ivoirien "Notre Voie".

mardi, 30 avril 2013

ABSENCE AU 1er MAI - MAHAN GAHE BASILE: «OUATTARA A PEU DE CONSIDERATION POUR LES TRAVAILLEURS»

 

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Absence du chef de l’Etat à la célébration du 1er mai, Mahan Gahé Basile: «Ouattara a peu de considération pour les travailleurs»


Les absences récurrentes et injustifiées du chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara à la fête des travailleurs du 1er mai, la précarité du marché de l’emploi, les licenciements abusifs sur fond de règlement de compte et de rattrapage, les promesses de campagne non tenues par Ouattara.... sont disséqués par Mahan Gahé Basile, secrétaire général de Dignité.

 
Notre Voie : Mercredi prochain, c’est le 1er mai, la fête des travailleurs. Alassane Ouattara, pour la 3ème fois consécutive, sera absent à ce rendez-vous... Quel Commentaire faites-vous ?

Mahan Gahé : Les relations employeurs et travailleurs doivent être des relations saines. Et pour que ces relations soient saines, il faudrait un effort de part et d’autre. C’est-à-dire entre nous, partenaires sociaux. Le gouvernement, les employeurs du privé et tous les syndicats. Que ce soit la Fonction publique ou le privé. C’est cela, les partenaires sociaux. Nous nous devons respect mutuel. Le seul jour de rencontre des partenaires sociaux, c’est le 1er mai. Le seul jour où le chef de l’Etat doit être en symbiose avec les travailleurs, c’est le 1er mai. Je suis triste de constater que le 1er mai, Alassane Ouattara est absent. C’est tous les travailleurs de Côte d’Ivoire qui sont tristes. Le 1er mai, c’est le seul jour où les travailleurs sont en contact avec le chef de l’Etat. C’est ce jour là que le chef de l’Etat profite pour redéfinir sa politique sociale. En nous confiant à un premier ministre, c’est bien. C’est comme si vous allez à des négociations avec un employeur du privé et c’est un chef du personnel qui vous reçoit. Mais ce chef du personnel n’est pas le DG ou le PDG. Ce n’est pas lui qui a établi le programme de fonctionnement de l’entreprise. Il ne peut donc pas décider. Il ne peut qu’affirmer qu’il a pris bonne note et qu’il rendra compte à son DG ou à son PDG. Kablan Duncan, je le respecte beaucoup, mais il rendra compte au chef de l’Etat. Il sera obligé de recourir, de se référer au chef de l’Etat parce qu’il ne peut pas décider seul. Les promesses de campagne de Ouattara n’appartiennent pas à Duncan. En tant que syndicaliste, nous travaillons toujours sur le programme de campagne du chef de l’Etat.

N.V : Vous dénoncez donc un mépris pour les travailleurs ?

M.G : Je ne sais pas ce qu’Alassane Ouattara pense des travailleurs. Qu’est-ce qui est aussi pressé pour qu’il fasse une tournée à l’ouest. Pendant sa campagne électorale de 2010, il a fait des promesses aux travailleurs du secteur public et privé. Le 1er mai est une occasion pour un chef de l’Etat de faire le point de ses promesses sociales. Houphouët-Boigny, même dans sa vieillesse a toujours respecté les syndicats. Il nous a toujours reçus. Il a même offert un bâtiment au bureau international du travail (Bit) à Abidjan. Si ce siège est à Abidjan, cela veut dire que le président Houphouët a toujours respecté les travailleurs et les employeurs. Si ce n’est plus le cas, on risque de voir le siège nous échapper Le président Bédié a toujours placé les confédérations sur un plateau d’or. Il était toujours là, le 1er mai. Même le Général Robert Guéi, celui là même qui était militaire et qui pouvait dire qu’il s’en fout des syndicats a toujours reçu les syndicats. Je ne parlerai pas de Laurent Gbagbo pour qui la situation des travailleurs était au centre de ses priorités. Comme Ouattara banalise les travailleurs, qu’il ne s’adresse plus jamais à eux. Ou bien il veut que les travailleurs s’alignent derrière sa politique sociale. Ce n’est pas normal qu’il ait très peu de considérations pour les forces vives de ce pays.

N.V : Trois ans après la prise du pouvoir par Alassane Ouattara, quel regard jeté vous sur la situation des travailleurs et de l’emploi des jeunes ?

M.G : Rien n’a été fait par Ouattara ! La vie est devenue plus chère. Les jeunes sont toujours au chômage. Dîtes-moi quelles sont les ouvertures de certaines entreprises pour embaucher massivement les jeunes ? Il n’y en a pas ! Depuis la prise du pouvoir par Ouattara, nous sommes toujours dans l’instabilité. Ce qui préoccupe le pouvoir, c’est comment faire pour se réconcilier, commente faire pour que les élections municipales, législatives, des conseils régionaux aient lieu. Alors qu’en réalité, la cherté de la vie est en train de tuer des milliers de personnes. Alors qu’en réalité, l’ivoirien n’arrive plus à se loger, à se nourrir, à se vêtir. Ne parlons même pas de ses loisirs qui sont une vue de l’esprit. C’est vrai qu’Abidjan est en chantier. Mais est-ce que ce chantier embauche les jeunes. Non ! Le Smig est toujours à 36 mille Fcfa. La promesse du Smig à 60 mille Fcfa promis par le gouvernement est un leurre. On s’est permis de diminuer les salaires en augmentant les cotisations à la Cnps. Et c’est sur les salaires de nos camarades du privé. Quand aux enseignants du public, leurs revendications sont légitimes.

N.V : Depuis que Ouattara dirige ce pays, les licenciements abusifs font partie du quotidien des ivoiriens. Que font justement les confédérations syndicales pour arrêter l’hémorragie ?

M.G : C’est une grande préoccupation. Lorsque j’étais en prison à Boundiali, mon adjoint et tout le comité exécutif de la Centrale Dignité ont fait un travail formidable. Malgré mon arrestation, j’ai toujours lu leur déclaration. Ils ont dénoncé la cherté de la vie, tous ces licenciements abusifs. C’est lorsque je suis sorti de prison que j’ai entendu le mot rattrapage. On m’a fait savoir que c’est lorsqu’on remplace certains par d’autres originaires du nord. Je me suis demandé si certains sont ivoiriens et que d’autres ne le sont pas. Je me suis dit que s’ils ne sont pas tous ivoiriens, il faut faire en sorte qu’il n’y ait pas de frustrés. Cette histoire de rattrapage me gêne un peu. Qui peut répondre à cela ? C’était l’occasion pour Ouattara de se justifier le 1er mai. Sur les licenciements abusifs constatés, c’est un retour en force des programmes d’ajustement structurels (Pas). En 1990, lorsque le FMI l’imposait à la Côte d’Ivoire, l’objectif était de déréglementer le code du travail. Nous avions dénoncé en son temps ce code fabriqué de toutes pièces par un cabinet et soumis à l’assemblée nationale et appliqué aux travailleurs. Nous avions dénoncé ce code esclavagiste. Nous avions dénoncé dans les années 1990, les salaires à double vitesse. Ce sont malheureusement des choses qui reviennent. Lorsque j’étais en prison, j’ai pleuré lorsque j’ai appris qu’il y avait un recrutement d’enseignants contractuels qui seront payés à 100 mille Fcfa par mois. Un enseignant, c’est celui qui transmet son savoir à l’enfant. Comment voulez-vous transmettre sereinement votre savoir si vous êtes sous-payés, mal payés. Ne nous étonnons pas que cette jeunesse devienne de plus en plus violente.

N.V : Le futur code du travail est l’objet de vives controverses. Etes-vous partant pour l’adoption de ce code ?

M.G : Je suis partant pour la révision du travail mais à condition qu’il tienne compte de l’être humain. Ce code régit les rapports entre l’employeur et le travailleur. Déjà économiquement, l’employeur est fort. Pour des raisons économiques si vous donnez tous les privilèges à l’employeur, le travailleur n’est plus un travailleur. Il devient esclave. Et il ne peut plus satisfaire à ses besoins primaires. Se nourrir, se vêtir, se soigner, habiter dans une maison, se permettre des loisirs. Ce futur code fait malheureusement la part belle à l’employeur. La préoccupation de l’employeur et du gouvernement, c’est de faire en sorte que le délégué ne soit plus protégé. Au niveau des revendications, on affaiblit le délégué syndical pour qu’il cesse de revendiquer.. Il s’agit pour l’employeur et le gouvernement de faire en sorte que le délégué du personnel soit licencié. Nous devons empêcher l’adoption de ce code par la discussion et non par la violence. Nous demandons au gouvernement d’ouvrir les discussions. Vous aurez beau fait venir des travailleurs étrangers, mais cela ne marche pas toujours. Tôt ou tard, ils se rendront compte eux aussi qu’ils sont exploités et ils vont revendiquer. On doit être honnête avec son pays et les citoyens qui l’habitent.
Il est inadmissible qu’un élu licencie tous ceux qui ne sont pas de son bord politique. Il faut que le parlement vote une loi pour protéger les travailleurs. La seule loi qui les protège est la convention 87 du Bit qui protège les travailleurs et 98 pour les délégués.

N.V : Le siège de la Fesaci est toujours occupé par les FRCI. Le gouvernement a offert cette centrale syndicale à Traoré Dohia sur un plateau d’or…

M.G : Le chef de l’Etat doit savoir qu’un Etat qui méprise les syndicats a toujours des problèmes. Qu’il libère le siège de la Fesaci. Le choix d’un secrétaire général ou d’un président d’un syndicat est le choix exclusif des militants d’une organisation syndicale. Ce sont seulement les militants de ce syndicat qui à un congrès, ou en assemblée générale extraordinaire, peuvent élire ou défaire un secrétaire général ou un président d’un syndicat. Que le régime laisse tranquillement les militants de la Fesaci élire leur dirigeant. Il faut que la Cour suprême qui a pris cette décision en faveur de Traoré Dohia l’annule purement et simplement.

N.V : A quoi finalement peut-on s’attendre le 1er mai ?

M.G : Ce sera un 1er mai fade. Le gouvernement nous fait savoir que désormais, tous les 1er mai, c’est seulement le premier ministre qui nous reçoit. Lorsque nous rencontrerons le chef de l’Etat, nous lui dirons de ne plus mettre dans son programme social, la situation des travailleurs. C’est la seule chose qu’on peut lui dire. On demande 200 délégués par confédération à la primature, c’est très peu. C’est toujours difficile pour Dignité qui a ses délégués dans tous les secteurs d’activités. C’est la preuve manifeste du désintérêt total du régime envers les travailleurs. Nous ne sommes pas des chefs de guerre. Nous allons apaiser les cœurs meurtris de nos militants.

N.V : Comment se porte Mahan Gahié Basile après sa sortie de prison?

M.G : Je me porte bien. Comme le disent les ivoiriens, je me maintiens.

N.V : Vous avez donc repris la lutte syndicale ?

M.G : J’ai été toujours dans la lutte syndicale. C’est à cause de cette lutte que j’étais en prison. Sinon Mahan Gahié Basile assis dans son village à Diboké, je ne vois pas pourquoi on viendrait me chercher pour me mettre en prison. C’est parce que je suis à la tête d’une confédération syndicale que mes déclarations gênent et que ce régime m’a mis en prison. Ce régime a compris enfin de compte que je revendique beaucoup mais que je ne suis pas violent.


Entretien réalisé par Charles Bédé, in le quotidien ivoirien "Notre Voie".


vendredi, 29 mars 2013

LA MINISTRE DE L'EDUCATION NATIONALE KANDIA CAMARA RACKETTE LES FOURNISSEURS

 

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Le ministère de l’Education nationale et de l’enseignement technique est encore au centre d’un nouveau scandale financier. Dans un document dont nous avons obtenu copie, le ministère de l’Education nationale et de l’enseignement technique a, à travers son comité d’organisation de la célébration de la journée mondiale de la femme présidée par Mme Dosso Nimaga Mariam, adressé des « demandes d’appui » à des fournisseurs et autres entrepreneurs pour réussir cette manifestation.

En clair, ces personnes dont les entreprises travaillent régulièrement avec ledit ministère par rapport à des projets, sont contraintes, selon des sources bien introduites, de débourser des sommes d’argent allant de 500.000FCfa à 2.000.000FCfa comme « aide » au comité d’organisation de la journée mondiale de la femme que le ministère entend organiser le samedi 6 avril prochain. Une des personnes sollicitées a révélé qu’elle a été appelée récemment au ministère.

Alors que cette personne croyait à l’obtention d’un contrat pour réaliser des travaux, on lui tend un courrier dans lequel il est écrit ceci : « A l’occasion de la journée mondiale de la femme, le ministère de l’Education nationale et de l’enseignement technique a décidé de célébrer ses femmes. Cette cérémonie de grande mobilisation de toutes les femmes du district d’Abidjan et de celles en provenance des 40 directions régionales et départementales, aura lieu le samedi 6 avril 2013, sous le parrainage de Mme la Grande Chancelière de la République de Côte d’Ivoire. Pour la réussite de cet important événement, le comité d’organisation vous saurait gré de lui apporter une aide financière et ou matérielle. En outre, une belle opportunité vous est offerte de faire connaître davantage votre structure dans nos plaquettes destinées à plusieurs milliers de participants ». Edifiant non?

Ce n’est pas tout. Puisqu’il est demandé à la personne rançonnée de décharger le courrier dans un registre. A sa grande surprise, il est mentionné la somme d’un montant de 500.000F Cfa en face de son nom comme contribution à donner. Au risque visiblement de ne plus se voir attribuer des marchés par le ministère, à en croire nos sources. Cette forme de racket a provoqué une sourde colère des personnes victimes contactées.

Jointe hier matin, une dame membre du comité d’organisation et dont les contacts téléphoniques figurent sur le document compromettant en question a refusé de révéler son identité, et a affirmé ne pas se reconnaître dans ces accusations. « Nous n’avons jamais demandé de l’aide à quelqu’un mais si cette personne veut nous aider, ce sera le bienvenu. Nous voulons une confrontation avec celui qui nous accuse. D’ailleurs, la secrétaire va vous contacter pour que tout soit mis au clair ». Cette dame n’a pas voulu montrer le siège du comité d’organisation. Pire la secrétaire n’a jamais rappelé notre rédaction comme promis. La cérémonie officielle de la journée mondiale de la femme a eu lieu le 21 mars dernier.

Didier Kéi, in le quotidien ivoirien "Notre Voie".

mardi, 14 août 2012

LE PIEGE DE LA CPI SE REFERME SUR LE CAMP OUATTARA

 

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Le régime Ouattara croyait trouver en la Cpi, une arme fatale contre Laurent Gbagbo et ses partisans qu’il veut voir disparaitre à jamais de la vie politique nationale. Obnubilé par ce noir dessein, le nouveau pouvoir s’est empressé de transférer le Président Gbagbo à La Haye. L’opération a nécessité de gros moyens (avion présidentiel) et s’est faite avec une rare célérité qui traduit éloquemment la détermination du régime Ouattara à vouloir sceller définitivement le sort d’un adversaire redoutable, l’ancien chef de l’Etat.

Mis en confiance par leurs parrains et convaincus qu’ils ne se seront jamais poursuivis pour les nombreux crimes commis par leurs hommes, Ouattara et son régime ont promis de coopérer pleinement avec la juridiction internationale dans la gestion du dossier ivoirien. « Toute personne mise en cause devra répondre de ses actes devant la justice qu’elle que soit son bord », se plaisait à affirmer l’actuel chef de l’Etat à ceux qui doutait de sa capacité à garantir l’indépendance de la justice tout en le soupçonnant de protéger ses partisans.

Mais depuis quelque temps, cette disponibilité vis-à-vis de la Cpi s’est transformée en une hostilité. La complicité du début a tourné au vinaigre. La raison est que le parquet de la juridiction internationale, s’appuyant sur les résultats des enquêtes menées par ses services ainsi que ceux des organisations de défense des droits humains, réclame la tête des hommes de Ouattara qui ont commis des crimes graves dont le massacre de 1000 civils dans l’ouest du pays. Un rapport relatif aux conclusions des juges de La Haye sur le dossier ivoirien mentionne que des forces armées pro-Ouattara ont bel et bien commis des crimes de guerre ainsi que des crimes contre l’humanité et devront comparaitre devant leur Cour.

Des sources concordantes indiquent qu’au nombre des personnes recherchées figureraient en bonne place Guillaume Soro Kigbafori, chef de l’ex- rébellion armée de septembre 2002 rebaptisée Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) ; les chefs de guerre Chérif Ousmane, Fofié Koffi et Losseni Fofana. Face à retournement spectaculaire de situation, Ouattara et son régime voient le danger venir. Subitement, ils ne sont plus prêts à collaborer avec la juridiction internationale et ont changé de discours. Il faut plutôt trouver le moyen de contourner la Cpi. D’où la remise en selle de la justice nationale, présentée comme étant désormais apte à connaitre tous les crimes y compris ceux de génocide commis en Côte d’Ivoire.

La justice nationale déclarée ainsi compétente pourra juger les criminels du régime dont les têtes sont réclamées par la justice internationale. Les nouvelles inculpations infligées aux pro-Gbagbo détenus dans les camps de torture au nord du pays procèdent donc de cette volonté du régime Ouattara de contourner la Cpi. Alassane Ouattara pourra-t-il éviter la prison de La Haye à ses hommes ? En attendant le verdict de l’histoire, il apparait très clairement que la Cpi est devenue une source d’inquiétude pour le camp Ouattara. Autant dire que le piège se referme, de jour en jour, sur son auteur.



Jean Khalil Sella 

 

Source: NOTRE VOIE

mardi, 17 juillet 2012

OUATTARA SUR DES BRAISES: APRES LE PPTE, COUP D'ENVOI DE LA FRONDE SOCIALE

 

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Enseignement secondaire: 9 syndicats lancent un ultimatum au pouvoir

 

Le pouvoir a jusqu’à la fin de ce mois de juillet 2012 pour payer aux enseignants du secondaire général et technique la seconde moitié des effets financiers du reclassement et des arriérés dû à ce reclassement depuis novembre 2009. Ce, conformément aux engagements pris par l’Etat en 2009.


C’est l’ultimatum lancé, samedi dernier, à Yopougon par le Mouvement des syndicats de l’enseignement secondaire général et technique (Msesgt). Une structure syndicale qui comprend neuf syndicats. Les responsables de ce mouvement ont appelé tous les enseignants à rester mobilisés. «Les enseignants du secondaire général et technique de Côte d’Ivoire ont fait leur part de sacrifices. A l’Etat de Côte d’Ivoire d’honorer les siens envers les enseignants. L’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) est désormais une réalité pour notre pays. Ce résultat a pu être atteint grâce à l’effort de tous. Nos gouvernants d’une part et les travailleurs d’autre part qui ont accepté de consentir de nombreux sacrifices pour la reconstruction de notre pays» a indiqué le porte-parole de ce mouvement, Jean Yves Koutouan Abonga.

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Cette revendication sociale du Msesgt intervient trois jours après la sortie publique de la Confédération des syndicats de fonctionnaires de Côte d’Ivoire (Cosyfoci). Une confédération qui regroupe 40 syndicats et qui exige également le paiement de la seconde moitié des effets financiers du reclassement et des arriérés. Depuis l’annonce du point d’achèvement PPTE par le gouvernement, les syndicats de fonctionnaires mettent la pression sur ce régime afin que les engagements de l’Etat soient tenus. Les jours à venir s’annoncent très chauds puisque selon des sources dignes de foi, une nouvelle hausse de salaires à la Fonction publique n’est vraiment pas la priorité du gouvernement.

Des remous sociaux ne sont pas à exclure d’autant plus que les syndicats tiennent absolument à ces augmentations de salaires. Ils n’entendent pas lâcher prise.


Charles Bédé, in le quotidien ivoirien "Notre Voie" du 16 juillet 2012


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