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samedi, 17 août 2013

LES PAMPHLETS D’ALAIN BOUIKALO - Ô ROI, LE PEUPLE VEUT UN REFERENDUM

ALASSANE OUATTARA. YAKRO INVESTITURE.jpg

« On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps » Abraham Lincoln

 

Ô roi, valeureux descendant de Dieu. Digne héritier de Dieu. Peut-être, Dieu lui-même. Nous savons que ton règne fait le pied de nez au temps parce que tu es au dessus du temps. Tu t’éterniseras au trône. L’un de tes notables a eu la brillante idée d’écrire au fronton du palais ceci : « là, jusqu’en 2053 ». Il n’a pas seulement dit que tu t’enracineras au trône, il a surtout avoué que les fous déchainés qui s’aventurent à crier : « Mort à la dictature ! Mort au rattrapage ethnique ! Mort à la justice des vainqueurs ! Mort aux tortures ! Mort à la mauvaise gouvernance ! », continueront leur folie dans un cimetière. Tu es donc un puissant homme. Le peuple le sait.

Mais roi, vois-tu, te saluant en s’incliner ne veut pas dire que les intelligences sont inclinées. Secouer les mollets en amont et en aval de ton tapis rouge ne signifie pas que ces mollets ne savent que vénérer ta gloire. Non roi. L’intelligence du peuple est toujours en érection. Et les mollets suivent le rythme de l’intelligence. C’est pourquoi, au moment où tu exprimes l’inébranlable désir de disperser notre nationalité et éroder nos terres, le peuple que tu rassasies de souffrances te demande la parole. Ecoute-le roi. Il ne te demande pas des cargaisons de billets ni des pluies de milliards qui risquent de ne jamais mouiller nos poches. Il veut tout simplement que tu lui donnes la parole pour qu’il s’exprime. Oui valeureux roi, il veut ouvrir la bouche pour dire si oui ou non il adhère à ta généreuse idée de faire de tous les habitants de nos terres, des éburnéens. C’est la voie idéale pour légitimer ta bonté à l’égard de ces bénis dont les pieds sont fermement fixés sur le starting block électoral. Sa ferveur à vouloir s’exprimer n’est pas une défiance, roi. Il te sait un dieu ouvert, un dieu partageux, un dieu plongé au cœur du peuple. C’est la raison pour laquelle il voudrait te prouver son amour infini en te donnant son avis. Ô roi, le peuple veut un référendum. 

Valeureux roi, pourquoi ne coures-tu pas vers cette solution ? Tu ne diras quand même pas au peuple que son avis sur ce qui engage son avenir ne fait pas partie de tes solutions poreuses ! Non roi. Ecoute le peuple. Le peuple qui susurre dans les rues. Le peuple qui grogne des les couloirs pouilleux de la capitale. Le peuple d’en haut, le peuple d’en bas. Le peuple qui poursuit en vain sa pitance mille fois promise mais jamais donnée. Le peuple qui ne trouve aucun emploi mais qui, les yeux blafards, te regarde faire des apatrides, ta priorité. Le peuple qui n’a pas encore eu droit à ses soins gratuits, à ses cinq universités nord américaines, mais qui t’observe te défouler pour des choses de moindre importance. « Mais dans que monde suis-je ? », m’a demandé le peuple. Ne trouvant aucune réponse, je me tourne poliment vers toi. Ô roi, descend de ta gloire et donne la parole au peuple pour qu’il se prononce et tranche définitivement. Ô roi, le peuple veut un référendum.

Dieu-Roi, la voix du peuple n’est pas celle confinée entre les mains d’éternels diseurs de « Oui ». Des « Oui » dogmatiques que même le sommeil n’empêche. Ces mains rendues belles et vengeresses par l’eau du rattrapage ethnique et de la fraude électorale n’attendent que vienne, pour elles, l’occasion d’approuver mécaniquement ce qui a été goupillé durant des décennies dans l’antichambre de ton clan. Digne et valeureux roi, descend de ta super puissance et interroge le peuple qui piaffe d’impatience. Le peuple est très intelligent. Laisse-le décider de son sort. Laisse-le prendre le chemin qui semble bon à ses yeux. Le peuple n’est ni un mineur non émancipé, ni un incapable. Il est majeur. Il a aujourd’hui 53 ans. Ce peuple veut donc un référendum. Ne le musèle pas. Roi, tu dis sans cesse que tu aimes le peuple, alors, ne lui vole pas, son droit, ne lui vole pas sa volonté de s’exprimer. Il veut trancher directement. Tel est son choix. Il est fatigué d’être trompé tout le temps. Il est fatigué d’être abusé tout le temps. O roi, le peuple veut un référendum.

A tantôt!

 

Alain Bouikalo, Juriste-Consultant.

mardi, 28 août 2012

LA VIOLENCE L’ARME DES FAIBLES… ET SI NOTRE GUIDE PARLAIT DE NOUS?

 

UNE LE PATRIOTE N° 58 DU 13 SEPTEMBRE 1999.jpg


Lu sur Facebook:

''La haine et la violence ne résoudront rien. C'est l'arme des désespérés''. Alassane Ouattara, ce lundi 27 août 2012. Ça lui aura pris quand même 19 bonnes années pour le savoir! 

"La violence est l'arme des faibles…" dixit Alassane Ouattara. Juste une question: Est-ce que suite à cette déclaration de l'époque (Nous frapperons ce pouvoir au bon moment et il tombera), le concerné a été emprisonné pour "Trouble à l'ordre public"? C'est juste une question afin de mieux comprendre l'arrestation puis l'emprisonnement de Laurent Akoun.

Place maintenant à l'excellent article du jour de notre ami Alain Bouikalo. Bonne lecture!
 

 

Il est rentré. Notre guide est revenu avec des mallettes chargées de pétrodollars pour fermer le caquet aux éternels aigris qui ne manquent aucune occasion pour dire qu’il ne travaille pas. Pendant qu’il tire notre cher pays vers le cercle très fermé des pays émergents, des abonnés à la guerre prennent le malin plaisir de perturber sa sérénité. Ils attaquent son pouvoir conquis non dans la violence et le crépitement des canons, mais de façon excessivement régulière. Ces abonnés à la guerre veulent entretenir la violence parce qu’ils sont faibles et tous désespérés ! 

Notre guide a tapé du point sur la table et a mis un holà ! Assez. Il a été très clair envers ces assaillants, amis de la violence, ennemis de la paix: «la violence est l’arme des faibles…, l’arme des désespérés». Que c’est beau ça! Très beau quand cela sort des entrailles de notre guide. Nous ne lui dirons pas qu’il a oublié de faire rétroagir cette affirmation. Son propos est aussi vrai pour les faibles d’hier que pour les désespérés d’aujourd’hui. Notre guide s’est adressé à nous ses admirateurs. Il nous a précisé que la violence est multiforme et elle prend ses racines dans les cœurs et les esprits. Une fois les racines fortement fixées, la violence force la porte des lèvres pour prendre une forme verbale avant de s’exprimer par les armes. Après le dialogue des armes et une fois le pouvoir conquis, la violence prend une autre forme, on pourrait l’appeler la violence de la gouvernance. Voici donc en bref, le schéma de la violence, l’arme des faibles…des désespérés. 

Il se trouve que nous ne sommes pas nés le 11 Avril 2011. Nous, les vieux ivoiriens qui avons dansé «indépendance cha-cha», savons un peu comment la violence a été célébrée dans ce pays.

Heureusement que notre guide a aussi dansé avec nous, «indépendance cha-cha». Il a tellement bien dansé que nous avons eu la naïveté de croire qu’il exécutait des pas de Liwaga (1). Il sait donc parfaitement que la violence est une discipline sacrée qui a été enseignée à nous ses admirateurs. Il a donc raison quant il rappelle à l’ordre les nouveaux violents de 2012. Pensent-ils qu’ils peuvent nous voler la vedette? Jamais!

Pour donner plus de charme à l’affirmation, nous pensons qu’il serait intéressant de non seulement faire rétroagir la parole de notre guide, mais aussi de l’adresser aux esprits éclairés qui plastronnent dans les lambris dorés du pouvoir.

En effet, nous avons un doyen bien aimé qui nous a appris de belles choses dans cette République. Lorsqu’il nous parlait, nous le regardions avec une admiration inimaginable. Ecoutons-le: «… Ils ne nous font pas peur, ils ont dit que nous ne serions plus rien dans ce pays. Ensuite, ils ont renvoyé 267 de nos cadres. Ils ne veulent plus entendre l’appel du muezzin de la mosquée pour la prière. Ils ne veulent pas de l’Islam et des musulmans. Ils envoient les militaires les frapper dans les mosquées. Si nous acceptons ça c’est que nous ne sommes pas des musulmans, si nous les suivons, c’est que nous sommes des bâtards…. Nous avons les mêmes armes qu’eux. Nous avons aussi nos hommes dans l’armée. Nous ne voulons d’eux ni aujourd’hui, ni demain…». Ainsi s’est exprimé en 1995, à Odienné lors d’un meeting du RDR, notre doyen Lamine Diabaté. Ses conseils ont été suivis à la lettre et nous, les faibles d’esprit, avons frappé les pouvoirs moribonds. Nous l’avons fait parce qu’au sein de l’armée, nous avions « nos hommes». Ce n’est pas un secret puisque notre doyen l’avait déjà dit. Nous avons en outre usé de violence pour rendre « le pays ingouvernable », nous avons tout mélangé. Nous avons fait l’effort de passer de la parole à l’acte. La violence verbale, nous l’avons métamorphosée en guerre.

Pendant que nous agissions comme des désespérés, notre guide nous regardait sans rien dire. Nous ne comprenons pas encore pourquoi une telle passiveté. Pourquoi lui le candide, la colombe, le rameau n’a-t-il pas réagit? La question reste posée.

Quand vint le temps de la danse des armes, nous les faibles d’esprit et les désespérés n’avons ménagé aucun effort pour refuser la paix. Nous étions condamnés à faire la guerre parce que nous avons été conçus dans la violence. Et notre guide sait quel bien ça fait d’être un désespéré. Sur le terrain de la guerre, nous avons appris à ne pas accepter les solutions pacifiques. Lorsque notre «mongôdjougou» (2) nous parlait de recomptage des voix nous le regardions avec beaucoup de mépris. Nous avons même rangé dans les tiroirs la solution du Président Thabo M’béki, médiateur de l’Union africaine, Nous avons dit que le recomptage des voix n’était pas prévu par la Constitution, seule la guerre l’était. Cela est tellement vrai que notre ambassadeur-militant du Rdr au Cameroun, SEM. Dosso Adama, l’a démontré sur le plateau de Vox Africa. 

Lorsqu’on nous disait «Asseyons-nous et discutons», nos branches s’évertuaient à planter le commando invisible dans le cœur d’Abidjan. Lorsque le méchant Gbagbo nous tendait les mains en disant: «Rentrez dans la République», nous répondions «Si nous les suivons, c’est que nous sommes des bâtards…. Nous avons les mêmes armes qu’eux». Ah! Que c’est pénible d’être un esprit faible et désespéré. Nous avons tout fait pour gagner la guerre. C’est-à-dire que nous avons remporté l’Oscar de la violence, l’arme des faibles et des désespérés. Aujourd’hui nous sommes aux affaires et doucement, notre violence génétique nous suit. 

Lorsque nous tendons un dossier à notre guide, le contenu est violent parce que toute notre stratégie pèse un seul mot: Dictature. Or nous ne pouvons promouvoir notre dictature sans exercer la violence. C’est donc l’ère de la violence de la gouvernance. Notre violence a le vent en poupe. A gauche, on arrête des opposants! A droite, on torture des opposants! En face, on harcèle les exilés! Derrière, on bâillonne la presse libre! Au milieu, on rafle ceux qui ne sont pas des rejetons du rattrapage ethnique!

Quand un indésirable parle, si nous ne l’envoyons pas au cimetière, nous éradiquons son parti qui est du même champ lexical que Al Qaida, Mujao, Aqmi. Notre guide nous regarde, heureux de savoir que ses enfants ont bien été automatisés. Jamais il ne dira de nous que nous sommes des faibles et des désespérés, pourtant c’est bien nous qui avons introduit la violence politique dans ce pays. Nous savons que nous sommes des êtres faibles et désespérés, mais notre guide ne le sait pas encore.

Quand il le saura, nous perdrons notre qualité d’êtres violents. Nous deviendrons tout simplement des agneaux. 

En attendant que vienne ce jour, cherchons à trouver des poils sur les œufs.

L’histoire jugera chacun. 

 

Les Pamphlets d’Alain Bouikalo


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1. Liwaga: Danse traditionnelle burkinabè.
2. Mongôdjougou: Homme méchant, en langue Malinké. 
C'est ainsi que certains militants du Rdr nomment le Président Laurent Gbagbo.