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jeudi, 31 mars 2011

QUI EST JOSE BRITO, LE HAUT REPRESENTANT DE L'UNION AFRICAINE EN COTE D'IVOIRE ?

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LETTRE A ELISABETH SUR JOSE BRITO

 

Chère Elisabeth,

Le printemps approche, à grands pas, et les hommes et les femmes gaspillent déjà leur joie à cette rencontre avec le renouveau des saisons.  Car avril, qui porte si bien son nom, ouvre tout.

Vous m'avez fait parvenir, par courriel en date du 27 mars 2011, la lettre d'un inconnu à M. Jean Ping, pour l'envoi duquel je vous remercie. D'une manière générale, et par principe, je ne réponds pas aux « informations à caractère privé » non signé par un auteur et qui circulent sur le net. Il y en a tant, que l'on pourrait consacrer sa vie à courir électroniquement. Je ne suis pas Hermès. Cependant, et parce que vous m'interpeller aux fins d'éclaircissement et de précisions, je dérogerai à l'engagement que vous m'imposez si amicalement.  

Une première remarque. Cette lettre n'est pas conforme à son objet, tel que défini par son expéditeur. En effet, relatif à la nomination de M. José Brito comme Haut représentant de l'Union Africaine en Cote d'Ivoire, elle se donne plutôt comme une esquisse de biographie et un corps de jugements de valeurs très sévères. Une deuxième remarque : la légèreté de ton, l'emploi de mots familiers et la vulgarité affichée de son auteur sont les signes d'un manque d'égards à l'endroit du destinataire, M. Jean Ping, président de la Commission de l'Union Africaine. Je m'élèverai toujours et partout contre le déficit de savoir-vivre. Car le savoir-vivre commande à l'expression des idées,  non seulement pour des raisons d'ordre moral ou éthique, mais surtout pour une raison d'ordre cognitif (psychologie de la connaissance), dans la mesure où une idée ne s'exprime de manière correcte que si elle obéit aux critères d'éducation. Le raisonnement cohérent est le propre d'un esprit éduqué. C'est pourquoi les Grecs anciens ont un mot, pédagogie, pour désigner formation et éducation. Platon a amplifié et consacré philosophiquement cette attitude, dans tous ses écrits ou ses dialogues qui débutent et reposent sur la convivialité, mœurs adéquates qui conviennent au débat d'idées. Il n'y a aucun savoir constitué qui n'obéisse pas aux règles d'une éducation conquise. Sous le rapport de cette double remarque, je comprends bien que, avant d'accorder du crédit aux considérations de l'auteur inconnu, vous avez voulu vérifier leur authenticité, en me questionnant : « Voici un article que j'ai lu sur un site, m'écrivez-vous. Est-ce vrai ce qui y est dit ? ». Mais, avant de vous répondre, je voudrais formuler une première précaution. Vous me savez d'origine capverdienne, comme le mis en cause, M. José Brito. Aussi, dois-je d'emblée vous dire que l'appartenance commune à une origine ne détermine jamais mes réflexions. Il s'en faudrait même de beaucoup. Une seconde précaution : je connais bien José Brito, depuis mon enfance. Nos familles sont liées par des liens de compadrage, puisque son père, Nhô Loucs (Lucas), était le parrain de mon frère aîné. Par ailleurs, nos parents ont exercé leur profession respective au Plateau, le mien au marché, le sien en bordure de lagune. En outre, un laps de temps, nous fûmes habitants d'un même quartier, Marcory résidentiel. Cependant, ces indications n'infléchissent pas ce que je vous dirai de lui. Mieux, elle l'autorise et, comme telles, lui confèrent une part de vérité.

José Brito est né le 19 mars 1944, à Dakar (Sénégal), de parents capverdiens de l'île de Boa Vista, pour son père, et de Sao Vicente, pour sa mère, Nha Judith. Ses parents sont tous deux originaires des Îles-sur-le-Vent. Première certitude, José Brito n'est donc pas « ivoiro-capverdien », ni un « bété bon teint », comme le prétend l'auteur inconnu. La seconde expression, vous en conviendrez, est très choquante, et je n'entends pas ici discuter des thèses ethnicistes. Je vous engage même à éviter de diffuser ou de transférer des documents de ce type, qui propagent des idées racistes. La Côte d'Ivoire, plus que tout autre pays, a besoin d'un autre genre de discours.

L'auteur inconnu ajoute : «  Ce mec [José Brito] est un ami de Alcide Djédjé et ont fait Abidjan Marcory et la fac de Droit en France ». Qu'il soit « un ami de Alcide Djédjé », je ne le sais pas. Qu'ils aient été homologues et, à ce titre, travaillés ensemble, la Convention de Vienne et la Charte de l'Union Africaine l'édictent et le recommandent. En effet, jusqu'à une date récente, José Brito était ministre des Affaires Étrangères du Cap Vert. Qu'ils aient fait « la fac de Droit en France » ensemble est une contre-vérité manifeste. La biographie scolaire de José Brito indique des études en pétrochimie (Abidjan, France). Il est ingénieur de formation. Il n'a jamais été étudiant en droit, autant que je sache. Ses diplômes sont les suivants : 1965, Licence ès Sciences, Mathématiques, à l'Université d'Abidjan. 1967 : Maîtrise ès Sciences, Physique et Chimie, dans la même Université. Il conclut sa formation universitaire, en France, à l'Institut Français du Pétrole (IFP), en 1969, où il obtient son grade d'ingénieur. De 1970 à 1973, il est Professeur Assistant d'Université à Abidjan, et de 1970 à 1975, ingénieur chimique puis Responsable Technique à la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR). Tout cela, vous pouvez le vérifier, auprès de l'Université d'Abidjan et de la SIR.

1975 est l'année de l'indépendance du Cap Vert, une jeune république née de la lutte armée conduite par Amilcar Cabral dans les maquis de la Guinée-Bissau. José Brito, qui avait créé le club Claridade (Clarté) à Abidjan, se met au service de son pays d'origine. Et de 1977 à 1981, il est Ministre du Plan et de la Coopération du Cap Vert et membre du Bureau du PAICV[1], parti unique, qui est au pouvoir. 1991, marque la naissance du multipartisme et la première alternance démocratique au Cap Vert. Le PAICV devient parti d'opposition. Il passe alors dans le secteur privé (African Futures, PNUD, Ocean Energy Inc). De 2001 (retour du PAICV au pouvoir) à 2006, il est Ambassadeur de son pays aux États-Unis, au Canada et au Mexique. De 2007 à 2008, il est de nouveau ministre de l'Économie, de la Croissance et de la Compétitivité. Et de 2008 à mars 2011, il est aux responsabilités comme ministre des Affaires Étrangères. Ainsi, contrairement à ce qu'affirme l'auteur inconnu, il n'a jamais été militant du Front Populaire Ivoirien (FPI). Pourquoi l'auteur inconnu fabrique-t-il autant de contre-vérités ? Faut-il soupçonner un contentieux personnel, une pointe de jalousie ? Ou alors cette campagne de désinformation ne sert qu'à l'écarter du dossier ivoirien ? L'auteur inconnu croit servir la cause d'Alassane Ouattara et retirer quelque « profits de distinction », par le mensonge. Tout ce qui se construit sur cette base, comme l'enseigne l'histoire du monde, est éphémère, non durable. La vérité se fraie toujours un chemin. Pourquoi salir ses « adversaires » ? La Côte d'Ivoire a besoin de culture, de développement, d'un partage plus équitable de ses richesses, de justice sociale, de savoir-vivre et de culture démocratique. Pas d'autre chose. Surtout pas de mensonges. Voyez-vous, une fois qu'on a menti, on ne peut plus que mentir encore et encore. C'est la dialectique du Mensonge qui l'impose. Pour recouvrir ou envelopper un premier mensonge, il vous faut un autre mensonge un peu plus grand, et ainsi de suite. C'est le modèle sur lequel est construit la Lettre de l'auteur inconnu. 

Je voudrais à présent dire quelques mots rapides sur la famille de José Brito. Peu d'Ivoiriens le savent, elle a été très impliquée dans le lancement et la promotion du sport en Côte d'Ivoire, notamment du ski nautique (lagune Ébrié),  de l'athlétisme (Léon Brito) et de la boxe (Edmond Brito).

José Brito a effectivement grandi en Côte d'Ivoire, au Plateau d'abord, sur les bords de la lagune Ébrié, à côté des Tourelles (piscine), où son père dirigea le premier Club nautique (entretien et location des hors bords et course de ski), puis à Marcory à la limite sud du quartier résidentiel.

L'auteur inconnu ne connaît pas du tout José Brito. Mais il en parle, comme il est facile de dénigrer. Aussi, après avoir indiqué les grandes étapes de son parcours universitaire, professionnel et politique, je voudrais à présent laisser la parole à l'un de ses vieux amis qui, après avoir lu ma réponse initiale à votre question, m'a spontanément écrit. Au reste, cet ami  appartient à l'une des grandes familles ivoiriennes et il dit avec force ce que le jeune José Brito fut pour eux à l'époque : 

« Cher Monsieur Pierre Franklin Tavares,

La Côte d'Ivoire aurait mieux fait de susciter des milliers de José Brito. Lorsque ce dernier faisait MPC [Maths - Physique - Chimie] à l'université d'Abidjan, son aisance avec les mathématiques et les sciences physiques nous parvenait au Lycée Classique, et faisait l'admiration de ma génération.

Je suppose que vous êtes l'auteur de la réponse à « Élisa ». Cela fait pratiquement une cinquantaine d'années que j'ai entendu parler de José Brito pour la première fois. Depuis, j'ai eu l'occasion de le rencontrer et de le connaître, de lui rendre visite à Praia. J'ai pour lui la plus grande admiration et le plus profond respect. Merci d'avoir établi la vérité.

Daouda Thiam[2].

La qualité de la personne qui signe ce courriel suffit à elle seule à discréditer totalement l'auteur inconnu.  Cependant, il faut aller plus loin encore dans la défense de José Brito. Car, ce n'est pas seulement le rétablissement des faits qui nettoie l'opprobre et l'injure, mais aussi le raisonnement méthodique.  

José Brito est effectivement un « ami » de Laurent Gbagbo, qui n'a jamais été son professeur, comme le prétend un autre article mensonger. Mais il n'y a qu'en Afrique où l'on croit qu'être ami, c'est être nécessairement partial. Oui, il est de gauche. Est-ce un crime ? Plus exactement, c'est un social-démocrate, semblable à tous ceux qui ont lutté ou milité dans les ex-colonies portugaises. Quel mal ? Et s'il est une personnalité politique non ivoirienne qui peut "dialoguer" avec Laurent Gbagbo, c'est lui. À travers le monde, il est réputé pour son expérience et sa capacité à dénouer les crises et les tensions. Ces deux "qualités" sont certainement des facteurs qui ont conduit M. Jean Ping et quelques autres, parmi lesquels d'éminents Français, à lui proposer cette mission. Mais, que nul ne se trompe, je le connais bien, il n'insistera pas plus que de raison, pour effectuer cette mission de l'Union Africaine. Au reste, j'ai cru comprendre qu'il n'était pas demandeur. Platon disait que l'une des causes de l'instabilité des institutions publiques était le mauvais choix des hommes pour l'exercice de certaines fonctions. Par exemple, une âme de diplomate que l'on envoie au front militaire ne peut que produire des désastres. Croyez-moi, Élisabeth, José Brito est l'homme qu'il faut pour cette mission délicate et complexe. Il peut échouer, parce que, à l'impossible, nul n'est tenu. D'autant que, comme je l'ai toujours clamé depuis dix ans, c'est aux Ivoiriens eux-mêmes qu'il appartient de construire leur pays et de renouer les fils du dialogue. José Brito, lui, construit le Cap Vert. Et les résultats de l'équipe à laquelle il appartient sont probants et reconnus. Les derniers résultats des élections législatives sont une indication.

En outre, en matière politique, il n'est pas dans la tradition diplomatique ou ecclésiastique capverdienne de perdre son âme. La tradition consiste à toujours rechercher les compromis, sur le modèle du « consensus national » qui, solidement établi au Cap Vert, est un modèle du genre et est exportable. Bref, la tradition diplomatique capverdienne, qui date du 18ème siècle (dont il est l'héritier), la notoriété mondiale de l'état capverdien (voir Transparency, Mme Clinton, l'Élysée) et sa capacité à parler vrai, sont d'indéniables atouts pour le pays dans lequel il a grandi et à l'endroit duquel il a forcément une dette. Il connaît bien la Côte d'Ivoire, peut-être même bien mieux que la plupart des personnes jusqu'ici désignées pour aider les Ivoiriens à surmonter leur crise. Ce n'est pas seulement un esprit scientifique. Il est également de bonne éducation et est porté par la Morabeza, la convivialité capverdienne. Et en Côte d'Ivoire, pays de son enfance, de ses premières joies et des premières conquêtes féminines, il viendra comme Capverdien, autrement dit avec deux valeurs cardinales : la Sodade (Souvenir) et la Dignité (Respect), les deux fondements de la capverdianité. Or, ce souvenir de ce que fut la Côte d'Ivoire, de ce qu'elle a donné au monde, et être digne, c'est-à-dire ne pas transiger sur les valeurs humaines et la vérité, n'est-ce pas cela qui est aujourd'hui le nécessaire et le suffisant pour surmonter la crise postélectorale ? La qualité des cadres capverdiens ne souffrent pas de critiques absurdes. Leurs dossiers sont généralement bien préparés et ils ont le caractère et la formation pour les mener à bonne fin. Que l'auteur inconnu ne se trompe pas, ni ne se laisse aller au jugement précipité. Toutes les fois que José Brito a été désigné par une institution, il a accompli sa mission conformément à son mandat. En Côte d'Ivoire, il le fera, en adéquation avec la tradition dont il relève.

Mais que l'on m'entende bien. Je ne dis pas que José Brito n'a pas de défauts ou de faiblesses. Ici, je n'ai fait qu'essayer de défendre l'honneur d'un homme, d'une famille et d'un pays frère de la Côte d'Ivoire. Car il faut se garder de « toutmélanger », à l'instar de ce fameux personnage des caricatures ivoiriennes qui s'en est fait une spécialité.

Voyez-vous, chère Élisabeth, l'auteur inconnu s'est lui-même confondu. Si je puis vous faire une suggestion, demandez-lui donc de ne pas se laisser aller au dénigrement et d'écrire à José Brito. Car, chacun, sur soi-même, doit commencer à surmonter la crise ivoirienne. Alors, les politiques entendront qu'il n'est aucune élection, aucun enjeu de pouvoir qui vaut la destruction d'un pays.

En espérant que ces quelques informations et analyses vous servent dans vos réflexions. 

Bien cordialement,

 

Pierre Franklin Tavares

Mobile : +33 (0) 6-87-34-21-22

Courriel : tavarespf@hotmail.com



[1] Parti africain pour l'indépendance du Cap-Vert

[2] Daouda Thiam appartient à la grande famille Thiam (Houphouët-Boigny) d'Abidjan.