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vendredi, 24 février 2012

SOUTIEN AUX PEUPLES EN LUTTE: AU SENEGAL COMME AILLEURS, LA FRANCE DOIT CESSER SON AIDE AU «MAINTIEN DE L'ORDRE»


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Manifestant sénégalais anti-wade brutalisé par la police

 

ATTAC France tient à exprimer sa solidarité à l'égard du large mouvement populaire au Sénégal. Par sa résistance et la constance de sa mobilisation, le peuple sénégalais montre qu'il ne se laissera pas confisquer sa souveraineté par la mascarade électorale que tente d'imposer Abdoulaye Wade.

Plus largement, cela démontre, si besoin était, que l'exaspération face à des pouvoirs illégitimes et l'aspiration à une véritable démocratie dépassent les pays du Maghreb et du Machrek, et s'expriment indépendamment de l'agenda politique des grandes puissances occidentales. Alors que celles-ci prétendent exporter la démocratie par la guerre en Côte d'Ivoire ou en Libye, leur attitude face au hold-up électoral du Président Wade dira si elles continuent de fermer les yeux tant que le régime est un allié de leurs intérêts économiques.

La France est particulièrement concernée par ce qui se passe au Sénégal, comme partout en Afrique francophone, puisque dans le cadre de sa coopération militaire et policière, scellée par un accord en cours de renégociation, elle contribue à équiper et former les unités qui répriment actuellement les manifestations. À l'occasion de la semaine anti-coloniale et d'une campagne présidentielle dont ces questions sont absentes, il est urgent de le dire et de le répéter : Paris doit rompre toute coopération militaire avec des régimes illégitimes, et cesser toute présence et intervention militaire extérieure en dehors de mandats d'une ONU réformée, qui ne sera plus instrumentalisée par les grandes puissances.

Celles-ci doivent maintenant se positionner publiquement : reconnaîtront-elles la "victoire" de Wade dans de telles conditions?

Comme lors de la tenue du forum social mondial à Dakar (février 2011), la solidarité entre les peuples doit l'emporter.

Attac France


Paris, le 24 février 2012.

samedi, 19 mars 2011

LIBYE, UNILATERALISME ET NATIONS UNIES

 

DRAPEAU ONU 2.gif

Par Alain Gresh, le dimanche 13 mars 2011

Alors que les rebelles perdent du terrain en Libye, une réunion des ministres des affaires étrangères de la Ligue arabe au Caire le 12 mars a décidé de demander aux Nations unies d'imposer une zone d'exclusion aérienne au-dessus de ce pays (« Arab states seek Libya no-fly zone », Al Jazeera English, 12 mars). L'Algérie et la Syrie ont exprimé leurs réserves. La Ligue arabe a aussi confirmé que le gouvernement de M. Mouammar Kadhafi avait perdu sa légitimité et qu'elle ouvrait un dialogue avec l'opposition. Cette position est sans précédent dans l'histoire de la Ligue arabe : suspendre la participation d'un gouvernement à la suite de sa politique « intérieure » et entamer des contacts avec l'opposition. Par ailleurs, la Ligue s'est opposée aussi à toute intervention militaire en Libye, alors que de nombreuses inquiétudes s'expriment dans le Sud face à toute décision unilatérale occidentale.

Un sommet de l'IBAS (Inde, Brésil, Afrique du Sud) s'est tenu le 8 mars à New Delhi. Cette organisation, dont les activités sont peu couvertes par les médias occidentaux, symbolise pourtant la naissance de nouveaux acteurs sur la scène internationale (dans le cadre de sa série sur « les alliances insolites », Le Monde diplomatique de mars y consacre une double page). Déjà, on s'en souvient, le Brésil et la Turquie avaient tenté, sans succès, de contribuer à résoudre le dossier du nucléaire iranien (lire « Iran, vers une "communauté internationale" post-occidentale ? »).

Cette fois-ci, les trois puissances émergentes se sont penchées sur le Proche-Orient et la crise libyenne. Elles ont affirmé que toute mesure supplémentaire par rapport à la résolution 1970 du Conseil de sécurité (qui avait décidé de sanctions contre le régime de Kadhafi) ne pouvait être décidée que dans le cadre de la charte des Nations unies (lire Ranjit Devraj, « IBSA Together in Resisting No-fly Zone », IPS, 9 mars).

Le ministre brésilien des affaires étrangères a expliqué que la déclaration reflétait ce que pensait le monde non occidental : « Il est problématique d'intervenir militairement dans des troubles internes. Toute décision d'intervention militaire doit être considérée dans le cadre des Nations unies et en coopération étroite avec l'Union africaine et la Ligue arabe. » Une zone d'exclusion aérienne risque, a-t-il ajouté, de nourrir des sentiments anti-américains et anti-occidentaux qui ne sont pas présents pour l'instant (lire M K Bhadrakumar, « Arab revolt reworks the world order », Asia Times, 10 mars).

D'autre part, les trois pays ont souligné que la question palestinienne était au cœur des problèmes du Proche-Orient et qu'il fallait aller vers la création d'un Etat palestinien « souverain, indépendant, uni et viable, coexistant pacifiquement avec Israël, avec des frontières sûres sur les lignes de juin 1967 et avec Jérusalem-Est comme capitale ».Enfin, les trois pays ont confirmé leur volonté de coopération. L'Inde et le Brésil ont décidé de porter leur commerce de 7,8 milliards de dollars à 10 milliards et identifié des secteurs de complémentarité : l'énergie, le pétrole, le tourisme, l'industrie pharmaceutiques, les mines et l'agro-alimentaire. Les deux pays ont aussi signé un accord pour lever les restrictions sur leur compagnie aérienne respective.


Source: BLOG MONDE DIPLOMATIQUE.NET

jeudi, 17 mars 2011

LE MAILLON FAIBLE DE LA CHAINE IMPERIALISTE: LA CRISE ARABE

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Pour mieux connaître ou comprendre les fondements de la vague révolutionnaire dans les pays arabes et pour un regard critique sur leurs issues actuelles. Sans cautionner, pour autant, les thèses qui y sont défendues contre Israël, mon pays. Fernand Dindé.

 

 

 

Ode à la démagogie « démocratique »

 

La répression des révoltes spontanées aussi bien que des insurrections patentées est terrible, les morts sont nombreux et les blessés encore davantage, comme il sied dans ces pays « barbares » néo-colonisés qui doivent être mâtés par le fer et par le feu, disait l’éthylique Churchill (le même individu qui a proclamé que la démocratie était le pire des systèmes à l’exception de tous les autres). Cependant ce n’est pas le nombre de martyrs et de victimes collatérales qui détermine le caractère révolutionnaire d’un soulèvement populaire. (1)

 

Cette première phase de révolte de la rue arabe est pourtant absolument incontournable, voire indispensable, pour qui aspire à ce qu’une deuxième vague de révolte s’amorce enfin et au plus tôt. Il faut que le ressentiment instinctif et la colère réprimée s’expriment et projettent leurs vagues d’illusions jusque sur les murs de la répression où elles se  fracassent, déchirées par les armes des portefaix et des militaires chargés de maintenir le pouvoir des riches thuriféraires de l’impérialisme, et aussi le pouvoir des puissants qui en sous-main tirent les ficelles de ces polichinelles tenant lieu de chefs d’État, ces rois fainéants, ces sultans décadents et ces présidents tyrans. (2) Elle est en marche cette deuxième étape de la révolte arabe, elle éclate par intermittence à Tunis, à Amman, au Caire, à Sanaa, à Alger et à Rabat sans que les médias occidentaux n’en fassent état. Elle ressurgira à la face du monde dans un mois ou dans un an, car bien peu des exigences légitimes des insurgés n’auront été rencontrées.

 

Hillary Clinton, la première, aura lancé un leurre devant les yeux du pur-sang arabe hennissant, et toute la presse à la solde a repris cette billevesée perfide : « Nous soutenons l’aspiration des peuples arabes à la démocratie ». Ils chômaient, ils ployaient sous le joug, ils étaient affamés, emprisonnés injustement, battus, torturés, entassés dans des cars clinquants qui les transportaient dans la poussière vers leur misère, sans aide et sans soins médicaux. Pendant que leurs ressources naturelles, bradées, sortaient de leurs pays à vil prix, ils importaient au prix fort tout le nécessaire pour survivre, l’inflation rongeait leur maigre salaire, le coton égyptien pourrissait sur les quais déclassé par le coton américain subventionné; les paysans désœuvrés venaient s’agglutiner dans les villes surpeuplées alors qu’on aménageait leurs champs pour transformer la nourriture en carburant et que la crise économique les frappait de plein fouet. Ils se sont révoltés contre cette « fatalité », et la Secrétaire d’État Hillary, avec le plus grand mépris, leur a proposé de voter pour un plus grand nombre de ces satrapes dévoyés (car dans quelques pays arabes on votait déjà pour une liste restreinte de ces candidats à la dictature).

 

Les illuminés, les révoltés, les exploités, les aliénés ont tous pu constater au cours de cette première phase de la révolte (novembre 2010- mars 2011), au cours de ce premier round de la guerre des classes, les limites de ces revendications économiques pour le pain et le sel, pour le travail et l’équité. Les possédants leur ont jeté quelques ploutocrates à « démettre », ils leur ont accordé chichement quelques augmentations de salaires; ils ont réduit les prix des denrées de première nécessité et diminué la valeur de l’argent pour les acheter, ils ont promis des élections par lesquelles ces bons peuples pourront, à l’exemple des populaces du Nord, choisir l’État-major étatique de la classe dominante qui dirigera les destinées de chaque nation « démocratique » arabe. Enfin, la « liberté » de choisir son garde-chiourme frappe aux portes des pays arabes « modernisés et démocratisés »!

 

« Vos Révolutions victorieuses sont terminées : rentrez chez vous, il n’y a plus rien à voir », leur a-t-on fait accroire, puisque dorénavant il y aura dix, vingt ou trente candidats aspirant à s’emparer du pouvoir, dociles à rendre compte du bradage des ressources nationales au Président Obama et à ses acolytes. Pour ce qui est des hausses de salaires, elles seront temporaires; attendez que le FMI soit passé par ici une fois le calme rétabli. Ne restent que le royaume d’Arabie et quelques émirats à ne pas bénéficier de cette immense jouissance où pataugent ceux du Nord depuis leur enfance, sous le chômage, l’inflation, la déflation, la succession des crises économiques, les guerres sporadiques, l’insécurité des villes, la dégénérescence morale, la pollution, la drogue et la prostitution, le suicide des adolescents, les soupes populaires et la misère.

 

Peuples arabes, bienvenue dans la civilisation occidentale! Vous en aviez rêvé, ce sera pire que ce que vous pensiez. Vous êtes passés en quelques mois de la misère néo-coloniale à la mansuétude post-coloniale. Il vous faut dès à présent préparer la deuxième étape de votre révolte généralisée pour qu’elle donne lieu à de véritables révolutions, c’est-à-dire à des transformations radicales de vos sociétés par la prise entre vos mains de tout le pouvoir d’État, ce qui constitue la vraie démocratie.

 

Dignité bafouée

 

Et que dire de ce cancer impérialiste de souche européenne, implanté au cœur de la vie, au Levant d’une Méditerranée souillée par la pollution de ces colonisateurs industriels avides, arrogants et génocidaires! Cette « colonie colonisatrice » incrustée tout près du canal de Suez, entre le Golan syrien et les montagnes du Liban farouche, cette entité sioniste plantée entre la mer qu’elle a asphyxiée et Gaza la ville martyre indomptable. Cette plaie sioniste théocratique, terroriste, qui se complait à humilier tous les peuples arabes!

 

Depuis que l’impérialisme a découpé l’ensemble de la planète en zones d’exploitation et de concurrence qu’il se repartage et redistribue selon les puissances montantes ou déclinantes du moment (Grande-Bretagne, France, Italie, Allemagne, Japon, puis États-Unis, Russie, Chine, etc.), toute révolte populaire, toute résistance nationale authentique, est partie intégrante de la grande lutte anti-impérialiste mondiale. À titre d’exemple, quand le peuple palestinien arabe résiste au sionisme et tente de libérer toute sa terre occupée depuis 1948 par le colonisateur impérialiste israélien, il en vient très vite à lutter contre  la puissance de tutelle d’Israël, les USA. Les collaborateurs de l’Autorité de Ramallah le savent bien, ceux-là même qui quémandent à la puissance de tutelle de calmer les appétits de son protégé et de le contraindre à accepter la constitution d’un bantoustan à administrer par eux, les derniers supplétifs à ne pas bénéficier d’une zone de gestion partagée. Tous les autres pions arabes ont déjà reçu leur tribut et se sont vu attribuer une réserve à administrer; Mahmoud Abbas et sa coterie croient qu’ils y ont droit eux aussi. (3)

CARTE MAGHREB.JPG

Le maillon faible

 

Pourquoi cette première vague de soulèvements spontanés, généralisés à travers l’Afrique du nord et le Proche-Orient arabisé ? Qu’est-ce qui explique que tous ces peuples qui forment la grande nation arabe, de la frontière iranienne aux rives de l’Atlantique, protestent, s’agitent et se soulèvent à tour de rôle, parfois les armes à la main, le plus souvent le poing nu levé au ciel pour réclamer justice et équité, honneur et dignité,  travail et nourriture ? Les vicissitudes  de la crise économique et financière occidentale (2008), qui ont frappé tous ces pays expliqueraient-elles, à elles seules, ces soulèvements? Mais toutes les populations du globe n’ont-elles pas été frappées par la crise sans pourtant toujours se révolter de la sorte? Alors pourquoi ce tropisme arabe ?

 

Examinons de plus près la conjoncture politique, sociale, culturelle et idéologique particulière à ce ventre mou de l’impérialisme pour y trouver l’explication de ces insurrections à répétition qui ont pris l’allure d’une traînée de poudre sillonnant les déserts pétrolifères. Tentons de comprendre les raisons de cette révolte soudaine et inévitable sur cette terre qu’on aurait tort de réduire à un désert. Pourquoi donc le monde arabe se présente-t-il comme le maillon faible de la chaîne impérialiste ?

Le monde arabe est constitué d’une vingtaine de pays souverains mais pas indépendants (4), répartis sur 13 millions de km carrés s’étalant de l’Océan Atlantique à la frontière de l’Iran. Il compte 313  millions d’habitants de religion musulmane (90%), de langue et de culture arabe.  Le produit intérieur brut annuel moyen par habitant s’échelonne de 1000 $ en Palestine à 76 000 $ au Qatar - ils sont des centaines de milliers à survivre avec 2 $ par jour en Palestine occupée.

DIAGRAMME PAYS ARABES.JPG

« La population des dix-neuf pays du Maghreb et du Moyen-Orient a presque triplé au cours des quarante dernières années (1970-2010) pour passer de 112 à 313 millions d’habitants (+ 180 %). Mais, au cours des quarante ­prochaines années (2010-2050), elle va augmenter seulement de 62 %, soit trois fois moins vite. Ce simple constat signifie que la transition démographique est en marche dans l’une des régions les plus complexes du monde sur les plans politique, culturel, religieux, sécuritaire… et énergétique. Cette région, même si elle n’est pas homogène, abritera 6 % seulement de la population mondiale en 2050, contre 5 % actuellement et 3 % en 1970. Aujourd’hui, dans un monde qui a soif d’énergie, elle ­contrôle, selon la compagnie British Petroleum, respectivement 55 % et 30 % des réserves mondiales de pétrole brut et de gaz naturel. » (5)

L’ensemble du monde arabe est passé au cours des cinquante dernières années de la semi-féodalité au capitalisme, de l’artisanat à l’industrie et de l’agriculture de subsistance à l’agriculture industrielle. Au cours du dernier demi-siècle la population arabe, avec quelques écarts d’un pays à un autre, a migré de la campagne à la ville et du souk au supermarché; de l’analphabétisme généralisé à l’université; de l’organisation tribale à la technocratie bureaucratique. Au cours de ces quelques décennies, le monde arabe a connu un taux de natalité en recul; il est passé de la famille patriarcale clanique à la famille nucléaire éclatée; de pratiques religieuses de type médiéval à une diminution lente mais réelle des pratiques religieuses (les réminiscences des courants islamistes ne doivent pas faire illusion, elles pourraient bien n’être que les barouds d’honneur d’une sphère religieuse en déliquescence).

Au cours de cette brève période, l’ensemble du monde arabe est passé d’une pyramide des âges normale à un évasement pyramidal foudroyant (35 % de la population arabe a moins de 15 ans). Imaginons ce que ce rajeunissement prodigieux des couches populaires comporte de potentiellement révolutionnaire quand des millions d’adolescents et d’adolescentes se précipiteront tous ensemble sur un marché du travail exsangue.

 

Le bradage éhonté, rapide et sans retour de la plus importante ressource naturelle non renouvelable de la régionle maillon faible de la chaîne impérialiste. (pétrole et gaz naturel); la mise en coupe serrée des économies nationales arabes; l’endettement sévère de la plupart des pays de la zone; la dépendance de chacun de ces pays à l’égard de biens de consommation produits et achetés à grand frais à l’étranger; l’inflation qui découle de cette dépendance des approvisionnements en produits manufacturés; la destruction de l’agriculture nationale par la concurrence extérieure; la fuite des capitaux de la rente pétrolière vers les marchés boursiers spéculatifs où ils sont dilapidés dans chacune des crises monétaires qui frappent le monde impérialiste (lors de la crise de 2008 les princes arabes ont perdu sans sourciller 150 milliards de dollars); la paupérisation de couches entières de paysans, de petit- bourgeois et de travailleurs; la spoliation des ressources de l’État par les castes dirigeantes indignes qui dissimulent leurs trésors dans les paradis fiscaux sans impôts. Cette conjoncture de crise fait du monde arabe un foyer inévitable de révolte,

 

En plus de cette convergence de facteurs économiques, politiques et sociaux, la communauté religieuse, linguistique et culturelle de ces peuples engendre des rapprochements et suscite des échanges de renseignements (qu’Internet facilite grandement). Cette communauté linguistique et culturelle exacerbe le sentiment d’appartenance à une communauté de misère, d’injustice et d’iniquité, et facilite la mobilisation des citoyens, tout en favorisant l’émergence d’un vouloir-vivre collectif parmi ces peuples qui aspirent à mettre fin à ce sentiment de honte coupable d’être les témoins impuissants de cette gabegie.

 

La première vague de révolte populaire

 

Les puissances impérialistes occidentales ont eu beau soutenir fermement les régimes militaires parasitaires et oppresseurs, le couvercle posé sur ces jeunes marmites bouillantes de frustration et de désespoir sans perspective ne pouvait résister plus longtemps. L’étincelle tunisienne a suffi à mettre le feu à toute la plaine arabe sèche et amère. C’est le propre des oppresseurs de tenter de se maintenir à flot par tous les moyens qu’il faut. Quand une tactique de répression ne fonctionne pas les puissances impérialistes et leurs supplétifs locaux laissent échapper un peu de vapeur, et font quelques concessions mineures, le temps d’apaiser la rue en fureur, pour reprendre ensuite le terrain concédé. Mais comme rien n’est réglé, ni même vraiment amélioré, comme la misère et le chômage s’accentuent, comme la paupérisation s’accélère, comme la destruction des bases de l’économie nationale s’approfondit, comme l’humiliation arabe se perpétue, comme l’entité colonisatrice maintien son occupation illégitime avec la complicité des traîtres fratricides locaux, alors les forces révolutionnaires en état de latence reprennent leur souffle en préparation d’un nouvel assaut, d’un deuxième soulèvement contre la citadelle des exploiteurs et des spoliateurs. Le sirocco de la révolte couve dans les déserts arabes, des confins de l’Algérie aux dunes de l’Arabie, sur les massifs du Rif et en Kabylie, et il reviendra balayer les plaines du littoral.

 

Rapport de force au sein des bourgeoisies nationales arabes

 

Dans chacun des pays de la communauté arabe, la grande bourgeoisie nationale est divisée en deux sections, le segment compradore qui s'enrichit de la braderie des ressources naturelles et le segment « nationaliste » qui s'enrichit de l'exploitation de la main-d’œuvre et du développement du commerce national. Dans certains pays comme l'Égypte, la Syrie, l'Algérie les officiers de l'armée forment un contingent cohérent dans l'un ou l'autre de ces camps opposés. Profitant des révoltes spontanées des peuples arabes, un segment ou l'autre de la grande bourgeoisie de chacun des pays en profite pour remettre en cause le compromis historique en vigueur entre eux et tenter de s'accaparer l'hégémonie sur l'appareil d'État, source de pouvoir et de capital.

 

Ainsi, en Syrie et au Liban, où il n'y a pas de prébende pétrolière à partager, la situation est restée stable et les deux sections de la bourgeoisie sont restées sur leurs positions. Au Bahreïn, au Yémen, en Jordanie et en Irak, les sections « nationalistes » ont tenté de secouer le joug des sections compradores avec plus ou moins de succès jusqu'à présent.

 

En Arabie Saoudite, aux Émirats Arabes Unis, au Qatar, à Oman et au Koweït, où les sections compradores sont puissantes, les sections « nationalistes » ne sont pas encore parvenues à soulever la rue pour ébranler le pouvoir hégémonique de leurs concurrents.

 

En Égypte, où le colonel Nasser avait donné le pouvoir à la section « nationaliste », que Moubarak avait rendu à la section compradore, l'armée a réussi à se rétablir aux postes de commande de l'État et elle prépare l'élection « démocratique » de son dauphin. Pour cette raison l'armée égyptienne n'attaquera pas le représentant des clans de l'Ouest libyen basé à Tripoli. Il en est de même en Tunisie où le représentant de la bourgeoisie compradore ayant été démis, l'armée tunisienne n'est pas d'humeur à porter assistance aux clans royalistes de l'Est libyen.

 

En Algérie, la section compradore ayant déjà mâté sa section « nationaliste » lors de la guerre civile contre les islamistes au cours des années quatre-vingt dix, cette dernière regarde évoluer le mouvement populaire avant de relever la tête et de remettre en cause la trêve alors convenue. L'Algérie a suffisamment de difficultés pour ne pas même songer à une aventure militaire en Libye. Au Maroc, la section « nationaliste » de la bourgeoisie nationale devrait probablement être le prochain maillon faible de la chaîne impérialiste afin de repartager les prébendes du bradage du phosphate dérobé en partie au Sahara occidental.

 

Le rôle de la petite bourgeoisie « progressiste »

 

Faute d’orientation et d’organisation révolutionnaires pour diriger ces révoltes populaires, on  peut compter sur les « bobos » pour désorienter ces peuples, proposer des leurres, transformer un  soulèvement populaire potentiellement révolutionnaire en une lutte pour l’obtention d’un bulletin de vote en faveur de « la démocratie des riches » si chère à Hillary Clinton et à ces bourgeois bohêmes toujours prompts à vendre leur plume, leur pensée, leur travail intellectuel aux plus offrants et à diffuser vilenies, utopies, rumeurs, forfaitures et « solutions » bidon. (6)

 

L’effet de surprise passé, des « conspirationnistes » se sont récemment remis à l’œuvre  pour suggérer que tout ce mouvement de révolte spontané ne serait qu’une machination impérialiste-sioniste visant à remplacer la vieille garde prétorienne par une jeune garde modernisée. Les conflits de générations expliqueraient les tribulations au sein de l’État- major des larbins. Ces spéculations sont spécieuses. Les puissances impérialistes aiment la stabilité politique et exigent la sécurité de leurs investissements. Les révoltes populaires arabes les ont prises de court, mais sitôt revenues de leur surprise les unités militaires d’invasion de l’OTAN se sont mises en ordre de combat et les unités d’infiltration anti-insurrection ont pris position.

 

Les éléments « conspirationnistes » font partie de ce florilège voué à la liquidation des mouvements de révolte afin qu’ils ne deviennent jamais des mouvements révolutionnaires. Les rumeurs de conspiration, de manigance et de téléguidage des contestations ont fait leur apparition. (7) Ces « révélations » visent à créer confusion et suspicion et à diviser les peuples arabes. Chaque insurgé devrait maintenant se demander si celui qui est à ses côtés n’est pas un agent étranger et un manipulateur au service des impérialistes américains, israéliens, français ou britanniques, ces « forces invincibles » qui  dirigent et  contestent l’ordre établi tout à la fois. Plus de révolutions possibles  puisque « Big Brother » sait tout et dirige tout, même les révoltes qui visent à le renverser. Le « conspirationnisme » est une tactique visant à désarmer idéologiquement les peuples arabes et à saper la solidarité internationale en faveur des insurgés. En effet, pourquoi les organisations de solidarité internationale soutiendraient-elles la cinquième colonne de l’impérialisme infiltrée dans ces mouvements de révolte prétendument téléguidés de l’étranger ?

 

Il existe pourtant une technique toute simple pour départager les agents infiltrés dans les organisations d’insurgés des révolutionnaires authentiques, c’est la ligne politique. À titre d’exemple, quiconque soutient l’invasion militaire « humanitaire » de la Libye est un agent conscient ou inconscient des impérialistes. Tel  Bernard-Henri Levy qui s’excite à Benghazi en appelant l’OTAN à son « devoir de bombardement humanitaire » pour massacrer par les bombes à fragmentation les tribus de Tripolitaine lesquelles jusqu'à présent gobaient les prébendes et la rente pétrolière. L’OTAN souhaite, en effet,   favoriser les clans royalistes et les tribus de Cyrénaïque qui demandent à reprendre le contrôle de la rente pétrolière libyenne. Mais l’OTAN n’a pas encore suffisamment infiltré ces organisations pour être certaine de leurs orientations. Quoi qu’il en soit, les révolutionnaires ne font jamais appel aux dieux de la peste impérialiste et à la pseudo communauté internationale des riches pour mener leur combat; ils ne comptent que sur leur propre force pour renverser les tyrans. (8)

 

Le monde arabe souffre et pleure son humiliation non méritée. Il fut jadis une très grande civilisation qui voudrait aujourd’hui renaître et marquer le monde de son empreinte. Mais pour réussir cet exploit, il devra s’organiser, trouver en son sein, au sein de sa classe ouvrière révolutionnaire, les leaders, l’énergie et la direction politique capables de mener à bien son destin. Le lot de la grande nation arabe, scindée en une vingtaine d’entités nationales par les puissances coloniales, n’est pas de rester à la remorque de l’histoire, sous le joug de rois et de sultans dégénérés et de présidents tyrans qui la saignent à blanc.

 

Elle couve sous la cendre des trahisons récentes la flamme d’une deuxième révolte arabe.  Cette deuxième révolte sera plus terrible, plus radicale, plus violente et plus sauvagement réprimée que la précédente, car ceux qui ont été mystifiés par la trahison de clercs indignes auront appris de leur déception et seront beaucoup plus difficiles à berner lors de leur retour sur la scène de l’histoire.


 

Le 16 mars 2011, Robert Bibeau



robertbibeau@hotmail.com


 

Source : SAMIDOUN, le site de Robert Bibeau

 

 

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(1)  La révolution avortée. Robert Bibeau. 17.02.2011. http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid...

 

(2) La révolution égyptienne. L’armée va trancher. Robert Bibeau. 5.02.2011. http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article4956

 

(3)  Échec consommé des pourparlers directs. Robert Bibeau. 4.02.2011 http://www.michelcollon.info/Echec-consomme-des-pourparle...

 

(4) Algérie, République Arabe Unie (Égypte), Liban. Irak, Syrie, Soudan, Maroc, Mauritanie, Libye, Tunisie, Arabie Saoudite, Yémen. Djibouti, Émirats Arabes Unis, Koweït, Qatar,  Oman, Palestine (incluant Israël), Bahreïn et la Jordanie. http://www.cairn.info/revue-population-2005-5-page-611.htm

 

(5)  Démographie galopante et développement économique http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2554p042-043.x... . Démographie du monde arabe http://www.ceped.org/documentation/article.php3?id_articl...

 

(6) Monde arabe les raisons de la révolte.

http://www.rfi.fr/afrique/20110204-carte-interactive-mond...

 

(7)  http://www.presseurop.eu/fr/content/article/522941-la-rev...

 

(8) Le parricide. Robert Bibeau 3.03.2011.  http://bellaciao.org/fr/spip.php?article114352 http://www.vigile.net/Le-grand-dilemme-americain

LA DEMOCRATIE ET LES PAUVRES (OU LA DEMOCRATIE DES PAUVRES)

ARABES DES EMIRATS ARABES UNIS.jpg

Au lieu de s'attarder sur l'insondable attitude de deux monarchies, pas démocratiques du tout, l'Arabie saoudite et les Emirats, avec leur soutien empressé aux insurgés libyens, agrémenté d'un soutien au roi du Bahreïn contre ses insurgés, il sera peut-être plus rentable de défricher le concept de démocratie qui fait débat concernant les «arabes».

En cherchant un peu, loin des philosophies et de leurs circonvolutions, on peut trouver un éclairage qui touche intimement les contours de la «démocratie» telle qu'elle peut être vécue dans des pays similaires à l'Algérie. Le principe fondateur est que «la participation de la population au processus de décision est aujourd'hui considérée comme une des conditions de réussite des programmes de développement». Partant de là, une étude, qui repose sur un postulat dont on n'entend pas beaucoup parler, a été menée dans des pays africains entre 2001 et 2003. Ce postulat veut que la  «démocratie», que l'étude associe à l'économie de marché, rencontre des difficultés d'instauration à cause des réticences des pauvres. Ceux-ci sont plus portés à considérer que l'État, malgré ses déficiences, est plus susceptible d'assurer l'objectif d'équité que le marché. Il en est de même pour ceux qui dénoncent les inégalités comme une forme d'injustice. Mais, en réalité, les pauvres sont plutôt contre  la libéralisation et non contre la démocratisation. Les pauvres apparaissent, ainsi, comme plus pragmatiques par le contenu qu'ils mettent dans la démocratie. Elle  signifie, pour eux, que l'Etat ne peut gagner la confiance des citoyens que s'il œuvre concrètement contre l'exclusion, les inégalités et la corruption. Ce pourquoi ils rejettent le libéralisme dans lequel ils ne perçoivent que l'appauvrissement des plus faibles.

Ils doivent savoir de quoi ils parlent, pour vivre dans des pays où la richesse n'est pas assez abondante pour que des miettes arrivent en bas et atténuent la misère. Donc, les pauvres nous apprennent que la «démocratie» n'est pas aussi simple à comprendre et que tout dépend du point de vue à partir duquel on l'aborde. Ils disent clairement qu'ils ne veulent pas de ce qui leur est proposé, c'est-à-dire, pour paraphraser Jacques Higelin, une société qui serait un supermarché, et dont l'Etat serait un service des réclamations. Dans le langage des «experts», on parle de libre-entreprise, de marché et d'Etat régulateur.

Finalement, rien n'est aussi absolu qu'il y paraît. C'est dire que tout doit être discuté sérieusement, que  les slogans les plus répandus ne sont pas forcément ceux de tout le monde, qu'ils ne sont pas compris de la même façon et la «démocratie» est une chose suffisamment sérieuse pour qu'elle soit bien expliquée et non enfermée dans deux ou trois slogans, aussi clinquants soient-ils. Chez les «arabes» cela va être assez difficile. Pas chez nous où nous avons tout expérimenté et, par-dessus tout, les recettes du Fonds Monétaire International (FMI) et celles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), avec le «retrait de l'Etat». Il suffit de donner la parole, sans oublier, surtout, ceux qui ont patiemment attendu que l'Etat soit remplacé par le marché et qui n'ont rien vu venir et qui ne connaissent que l'émeute pour s'inviter sur la scène, au contraire de ceux qui disposent, pour se faire, de grands canaux nationaux et internationaux.


Par Ahmed Halfaoui


Source: LES DEBATS.COM

mercredi, 16 mars 2011

APRES LE MAGHREB, L'AFRIQUE NOIRE VA-T-ELLE S'EMBRASER?


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Immolation par le feu au Sénégal

 

Au Congo, au Cameroun et au Sénégal, les pouvoirs ont de bonnes raisons de craindre la « contamination » des révoltes qui secouent l'Afrique du Nord. La vie y est chère et le chômage endémique. Des tentatives y sont menées pour pousser les populations dans les rues. Les pouvoirs camerounais et sénégalais ont déjà réagi en baissant ou en régulant les prix des denrées de première nécessité. Par René Dassié.

 

Après le Maghreb, l'Afrique noire ? Les révoltes entamées en Tunisie, qui ont eu raison du régime de l'ex-président Ben Ali et qui font tanguer celui de l'Egyptien Hosni Moubarak pourraient bien s'étendre plus au sud du continent. De nombreux pays y rassemblent les conditions d'une explosion sociale majeure, similaire à celle qui secouent les pays arabes d'Afrique du Nord. De sorte qu'une certaine frilosité s'est emparée de quelques gouvernements qui, tout en épiant la rue, multiplient des mesures contre la cherté de la vie, principal ferment des soulèvements.


SIT-IN CONTRE DENIS SASSOU NGUESSO A PARIS

Samedi, « place Victor Hugo » dans le 16e arrondissement à Paris, une trentaine de Congolais ont bravé la météo peu clémente de l'hiver pour tenir sit-in contre le président Denis Sassou Nguesso. Si les manifestants emmenés par Bienvenu Mabilemono, secrétaire général du « Mouvement pour l'unité et le développement du Congo (MUDC) », qui ont affronté le froid pendant trois heures, sont conscients que leur action n'aurait que peu d'effet sur la conduite des affaires à Brazzaville, ils n'espèrent pas moins attirer l'attention du public français sur « l'oppression, la spoliation, la faim, la misère, le chômage et l'absence de perspectives dans des proportions bien plus effrayantes qu'en Tunisie, en Egypte ou en Algérie », tel qu'ils l'ont écrit dans le communiqué de presse annonçant leur projet.

« Nous avons expressément choisi la date du 5 février 2011 pour manifester. C'est le jour où Denis Sassou Nguesso est revenu au pouvoir par un coup d'Etat. Les gens au pays suivent de près ce qui se passe ici, et nous connaissons la capacité de nos compatriotes à se mobiliser. Ils l'ont déjà montré par le passé et nous travaillons à mettre en place des relais dans le pays », a expliqué Maurille Louzala, un des organisateurs de la démonstration. Conscient du rôle joué par les médias sociaux dans le déclenchement de la révolte tunisienne, Bienvenu Mabilemono a signé un document intitulé « Le Congo peut-il suivre l'exemple tunisien ? Si oui, le temps est-il notre ennemi ou notre allié ? » qu'il fait circuler par internet. Véritable concentré de charges contre le président du Congo-Brazzaville, le texte invite à suivre l'exemple tunisien pour chasser Denis Sassou Nguesso du pouvoir.

Une démarche qu'André Mba Obame, qui s'est proclamé président de la République du Gabon le 25 janvier 2011 dernier, appelle ses concitoyens à suivre pour renverser Ali Bongo Ondimba. « Comme en Tunisie, comme en Egypte, les Gabonais se battent pour que leurs droits fondamentaux soient respectés », nous déclarait-il dans une récente interview. Retranché au siège du « PNUD », à Libreville, il défie encore le président reconnu en 2009 par le « Conseil constitutionnel ». Depuis son appel, plusieurs manifestations, dispersées par les forces de l'ordre, ont eu lieu au Gabon.


TRACTS APPELANT A LA REVOLTE AU CAMEROUN

Au Cameroun, les tentatives visant à provoquer un soulèvement des populations se multiplient également. A Bafoussam et à Bamenda, respectivement chef-lieu de la région de l'Ouest et du Nord-ouest, les policiers, dont on sait qu'ils n'ont pas pour habitude de se montrer tendres envers les populations, ont reçu depuis quelques jours une mission bien particulière, nous apprend le quotidien Le jour. Ils doivent surveiller la rue, les photocopieuses du centre urbain et les personnes à l'allure suspecte, pour ramasser, empêcher de dupliquer ou confisquer des tracts qui ont récemment été déversés dans les deux villes.

Apparu dimanche dans les deux citadelles qui à chaque période de troubles au Cameroun se mettent en première ligne de la fronde sociale, le tract invite le « gouvernement néocolonial » de Paul Biya à démissionner au plus tard mercredi à minuit. Il demande aux Camerounais meurtris par la vie chère et victimes de la spoliation à grande échelle de leurs richesses, « d'arracher leur indépendance économique ». Il est signé du « Conseil national de la révolution », un mouvement inconnu de la rue camerounaise. Le discours est musclé et irréaliste. Cependant il ne manque pas de séduire. Le quotidien Le Jour rapporte ainsi qu'en dépit du travail de veille des policiers, le document, photocopié loin des centres-villes, continue de circuler, sous cape.


UN DEPUTE DE L'OPPOSITION APPELLE A MANIFESTER

Cependant, il n'y a pas que ce tract pour entamer la sérénité de Paul Biya. Dans une tribune reprise par des médias dont « Camer.be », Jean Michel Nitcheu, député du « Front social démocratique », le principal parti de l'opposition, invite ouvertement ses compatriotes à se soulever contre la précarité dans laquelle ils sont contraints de vivre. « La chute de M. Ben Ali devrait servir de leçon à son homologue siamois camerounais qui veut s'éterniser au pouvoir », écrit le député, qui poursuit : « Les Camerounais doivent aussi savoir que pour faire tomber les derniers vestiges de la dictature régnante qui sévit à la tête du pays, ils doivent organiser un front de mobilisation populaire et créer un rapport de force conséquent sur le terrain qui contraindra la clique gouvernante à renoncer ». Analysant la situation sociale dans son pays, Jean-Michel Nitcheu constate : « La dictature de M. Biya (...) est obscurantiste sur tous les plans : corruption institutionnalisée, détournements massifs des deniers publics, enrichissement illicite de M. Biya et de ses proches, gaspillage des ressources de l'Etat, interdiction de tenue de meetings, répressions permanentes des manifestations publiques, étouffement des libertés individuelles ». « Tout est donc réuni pour que le Cameroun sombre dans une déflagration de forte amplitude. Si rien n'est fait le plus tôt possible cette année, notre pays plongera dans une crise politique intense qui débouchera sur des tensions sociales indescriptibles », conclut-il.


INTERDICTION DE MANIFESTER AU SENEGAL

Au Sénégal règne la même frilosité. Fin janvier 2011, le pouvoir a interdit une marche nationale que la Coordination des centrales syndicales, un regroupement de 12 syndicats sur les 18 du pays, projetait de faire contre la vie chère. Pour le gouvernement Wade, la manifestation était « sans objet ». La Ligue sénégalaise des droits humains, organisation de défense des droits de l'homme, a vivement dénoncé cette mesure. Dans un communiqué, l'association a condamné « de la façon la plus ferme le gel des libertés publiques au Sénégal avec l'interdiction systématique des marches pacifiques envisagées par divers segments de la société ».


MESURES SOCIALES PREVENTIVES

En 2008, le Cameroun comme le Sénégal n'avaient pas échappé aux émeutes de la faim qui avaient secoué plusieurs pays du sud. Au Cameroun, la répression des manifestations avait fait plusieurs victimes, quarante morts selon le gouvernement, jusqu'à deux cents selon certains observateurs. Cette fois, les deux pays veulent pouvoir anticiper la réaction de la rue, en prenant des mesures contre l'inflation. Fin janvier 2011, Dakar a annoncé des baisses de 8 à 15% des prix de denrées de première nécessité comme le sucre, le riz, l'huile et le lait qui devenaient de plus en plus chères.

De son côté, Paul Biya a décidé de créer un organisme public chargé d'importer massivement les denrées alimentaires, de procéder à la régularisation des prix et de déclencher l'alerte en cas de pénurie ou d'inflation. La mesure n'arrange cependant pas les affaires de tout le monde. Certains milieux syndicaux et politiques l'ont en effet vivement critiqué, en pointant le risque d'asphyxier le système agricole local. Les mesures qu'il avait prises en 2008 pour endiguer la flambée des prix et calmer le mécontentement populaire au Cameroun n'avaient produit que peu d'effets.


NOTE:

La dernière tentative de soulèvement populaire s'est opérée au Burkina-Faso où à Koudougou, dans le centre-ouest, le décès d'un jeune dans les locaux de la police a mis le feu aux poudres. Depuis lundi 21 février 2011, la jeunesse est dans un état de révolte électrique dans la ville, où confrontée à la violence de la répression policière qui a fait de nombreux tués par balles dans ses rangs, elle a saccagé et mis le feu au siège du gouvernorat de la province. Sur place, les autorités locales s'employaient toujours à calmer l'inacceptable, par des mensonges et des omissions de responsabilités quant aux brutalités du régime Compaoré. Le bilan s'est alourdi : à ce jour, il est de 5 morts, en plus d'au moins, une centaine de blessés dont certains dans un état grave.


Source : NERRATI.NET

dimanche, 13 mars 2011

NON AU RETOUR DU COLONIALISME AU MAGHREB!

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Par Mohamed Bouhamidi

Le président français et le Premier ministre anglais veulent intervenir en Libye. Le prétexte sans cesse ressassé est le même que celui invoqué pour la Yougoslavie, la Serbie ou l'Irak : l'exécution de massacres. Toutes les raisons invoquées à ce jour furent mensongères : des armes de destruction massive en Irak aux massacres des Albanais au Kosovo en passant par le charnier de Timisoara en Roumanie ou le meurtre de bébés dans la maternité du Koweït. Toutes jouèrent sur deux facteurs-clés : l'émotion soulevée par l'horreur des images cyniquement fabriquées et l'accusation infamante et paralysante portée aux consciences libres  de soutenir des «dictatures» que par ailleurs ces mêmes puissances - singulièrement la France et l'Angleterre pour le cas de la Libye - ont soutenues, cajolées, flattées pour leurs ressources et leur argent. Nous, patriotes algériens, n'échappons pas à cette pression morale et hésitons à exprimer clairement et fermement notre réprobation de ces appels à l'intervention militaire et à l'ingérence tous azimuts. Nous sommes grandement paralysés par l'acceptation à la base de ces notions de démocratie et de dictature comme si elles désignaient naturellement une supériorité civilisationnelle, morale et politique des puissances, hier coloniales et aujourd'hui néocoloniales.

Nous devons récuser la base même de leurs concepts et rappeler à Sarkozy que c'est bien la grande démocratie qu'était la France coloniale qui nous a mené une sale guerre de sept ans. Nous devons rejeter ces pressions morales qui entravent notre riposte déterminée à ces menaces d'ingérence sous le couvert fallacieux de la démocratie et de la liberté des peuples qui a montré, en Irak  - un million de morts après et qui attendent toujours le TPI - en Afghanistan et en Amérique latine  qu'elles ne sont que plus de corruption, plus de morts, plus de soumission et toujours moins de dignité. Nous subissons ces pressions d'autant plus fort que les relais internes de ces puissances impérialistes ont marqué des points essentiels, voire décisifs, dans les médias et la vie politique.

Ces relais affichent fièrement leurs rôles et leurs missions, convaincus d'une victoire proche et certaine. L'ingérence européenne en Libye, française en particulier, est une menace directe et immédiate sur l'Algérie. Elle a pour but de mener une campagne de reconquête néocoloniale. Des alliés et des relais internes leur ont grandement facilité les conquêtes coloniales. Des relais et des alliés leur faciliteront la reconquête. Plus que jamais, les patriotes doivent se mobiliser comme ils le peuvent et où ils le peuvent pour afficher leur opposition à l'ingérence impérialiste en Libye. L'intervention en Libye est une menace directe contre notre souveraineté nationale. Elle est une tentative d'annulation des changements en Tunisie et en Egypte. Elle sera en revanche une menace sur la lutte anticoloniale et sur nos indépendances.

C'est au peuple libyen de résoudre ses conflits en fonction de ses intérêts nationaux et sans interférences étrangères. Il faut secouer l'hégémonie conceptuelle et politique acquise sur les consciences  par la vision impérialiste.  Il est temps pour nous de ne plus subir les termes du débat imposé par les dynamiques ultralibérales et de trouver les voies et les moyens de réhabiliter la défense de l'indépendance des peuples et des Etats nationaux face à l'ingérence permanente des puissances coloniales. Il est temps de penser à (re)construire  un  front (mouvement) patriotique et démocratique (le front  anti-impérialiste) disloqué par les offensives réformatrices dans la forme et contre-révolutionnaires dans le fond.  Non à l'ingérence politique et à l'agression militaire en Libye ! Non au retour du colonialisme au Maghreb ! Non au retour des canonnières ! Pour un rassemblement des patriotes autour de la défense de l'indépendance et d'un Etat véritablement national et démocratique.


Mohamed Bouhamidi


Source: LA TRIBUNE ONLINE

vendredi, 24 décembre 2010

CI: DES INGERENCES IMPERIALISTES INSOLENTES POUR PERPETUER DES RAPPORTS DE DOMINATION ANACHRONIQUES




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Une campagne de désinformation sans précédent est orchestrée pour justifier l'intervention étrangère en Côte d'Ivoire et placer à la tête de ce pays, Alassane Ouattara, un larbin totalement dévoué aux intérêts des multinationales. Ancien DG adjoint du FMI, ancien premier ministre d'Houphouët-Boigny, en 1990, exécutant à ce titre du plan d'ajustements structurels imposé par cette institution, plan qui a plongé, comme partout ailleurs, le peuple ivoirien dans une profonde détresse sociale, Alassane Ouattara est la marionnette nominée par les grandes puissances pour diriger la Côte d'Ivoire et veiller à ce que leurs juteuses affaires ne soient pas menacées par l'arrivée au pouvoir d'hommes incontrôlables. En dépit de leurs rivalités pour le contrôle du monde, les grandes puissances impérialistes française et américaine se sont entendues pour écarter Gbagbo coupable à leurs yeux de mener une politique nationale préjudiciable à leurs intérêts.

Après des années de tractations et de calculs savants les différentes forces en présence ont fini par accepter d'organiser une élection présidentielle dont le 2ème tour s'est tenu le 28 novembre dernier. Ces puissances ont au préalable manœuvré de sorte à placer au sein d'une commission électorale qualifiée d'indépendante une majorité de représentants ayant pour mission de valider par tous les moyens une prétendue victoire de Ouattara. Au mépris de la Constitution ivoirienne qui prévoit que la proclamation des résultats électoraux est du ressort du Conseil constitutionnel, c'est donc cette commission qui a proclamé Ouattara vainqueur. Qu'importe qu'aucune preuve sérieuse n'ait été avancée pour certifier l'absence de fraude et la sincérité des chiffres donnés ! Les USA, la France, suivis rapidement du SG de l'ONU se sont dépêchés de proclamer qu'ils ne reconnaissaient que Ouattara comme nouveau chef d'Etat. La machine de propagande internationale s'est aussitôt mise en route pour accréditer l'idée que cette décision soi-disant conforme à la volonté du peuple ivoirien est celle de la «Communauté internationale». Ni la Chine, ni la Russie, ni l'Inde, ni de nombreux pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, qui forment ensemble les 3 quarts de la population du monde n'ont droit au chapitre. Bref, ne sont éligibles au statut de «communauté internationale», dont la parole vaut ordre exécutoire, que les USA, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, en somme la même poignée de puissances coloniales et impérialistes qui ont précipité par deux fois les peuples dans une effroyable guerre mondiale pour faire main basse sur les marchés, les matières premières, le pétrole et le gaz.

Depuis la mise en route de leur machine de propagande et de mensonges, les agences de presse ne cessent de marteler les mêmes phrases stéréotypées que reprennent en boucle les télés, les radios et même les journaux algériens dans un réflexe aplaventriste devenu mécanique : «Ouattara est le président démocratiquement élu et reconnu par la communauté internationale après proclamation des résultats du scrutin par la commission électorale indépendante». Quand le Conseil constitutionnel est évoqué, les agences de presse ajoutent systématiquement la mention «acquis à Gbagbo» pour enlever tout crédit aux résultats qu'il a officiellement proclamés.

Tout y est dit et Gbagbo doit quitter les lieux « avant la fin de la semaine » en vertu de l'ultimatum de Sarkozy. Ce dernier qui veut jouer le rôle de va-t-en guerre en chef contre les peuples ne lui pardonne pas d'avoir joué en 2002 les multinationales pétrolières américaines contre leurs rivales françaises. Un crime que d'avoir ouvert la chasse gardée des capitalistes français à d'autres ! Autre crime encore plus insupportable de Gbagbo : il a cette fois-ci osé ouvrir les routes qui mènent au pétrole du Golfe de Guinée aux grands ennemis que sont la Chine et la Russie ! Pour lui infliger la correction méritée, Sarkozy s'est décidé à faire aujourd'hui cause commune avec les USA. Ces derniers acceptent le marché tant ils sont d'accord pour mener les peuples à coup de drônes et de missiles. Ils semblent d'autre part détenir des données qui les ont convaincus que Ouattara finira par échapper à l'emprise française et à basculer de leur côté. Sarkozy qui a reçu l'an dernier Ouattara pour finaliser le plan de «débarquement» de Gbagbo et de reprise en main de la Côte d'Ivoire par son entremise est au contraire persuadé que la bourgeoisie compradore inféodée à l'impérialisme français constituera le meilleur rempart contre l'entrée des USA sur les terres de la Françafrique. A condition cependant de commencer par nettoyer le terrain des «trublions» en obtenant dans l'immédiat l'éviction du président ivoirien actuel quitte à l'envoyer, s'ils persiste dans son nationalisme, dans une prison de La Haye pour «crimes contre l'humanité». Les services subversifs de l'impérialisme savent à perfection les provoquer comme ils l'ont montré en Yougoslavie au terme d'une série de manipulations de l'opinion internationale qui ont conduit à l'emprisonnement des dirigeants serbes opposés à la présence de l'OTAN dans leur pays.

Par son intervention inhabituelle sur la scène internationale et la mise en garde préventive contre des crimes «anticipés», le président de la Cour Pénale internationale n'aura fait que dévoiler un aspect de ce plan machiavélique étudié dans ses moindres détails.

On aura saisi l'essentiel de l'enjeu des luttes en Côte d'Ivoire quand on a compris que le fond du problème réside dans les questions suivantes : qui va contrôler les ressources pétrolières découvertes au large de ce pays ? Quel est l'homme sur qui compter pour la perpétuation de rapports de domination et le maintien de la Côte d'Ivoire dans son état de néo-colonie, 50 ans après une indépendance formelle obtenue sans luttes ni sacrifices ? Au-delà de la Côte d'Ivoire, les néo-colonialistes ont surtout peur que l'exemple ivoirien fasse tâche d'huile et que les peuples de la «Françafrique»  se mettent l'un après l'autre à affirmer leur aspiration à une véritable indépendance en commençant par chasser les marionnettes de la grande bourgeoisie française.

La référence «au respect du choix démocratique du peuple» est risible dans la bouche des dirigeants des puissances impérialistes qui ont couvert et soutenu sans état d'âme des dictatures cruelles dans le monde tant qu'elles font prospérer les affaires de leurs capitalistes.

Dans tous les cas, même si Gbagbo a des liens étroits avec les socialistes français, lesquels n'ont brillé que par leur zèle à défendre le système néo-colonialiste, même si ses alliances passées laissent planer un petit doute sur les objectifs qu'il défend, la lutte qui s'engage entre les puissances impérialistes et la grande masse du peuple ivoirien, révoltée par l'arrogance des anciens colonisateurs et décidée à ne plus tolérer les rapports de domination et d'exploitation, cette lutte est en train de créer un mouvement d'ensemble qui dépasse les calculs mesquins des hommes politiques. Ceux-ci n'auront servi en fin de compte qu'à jouer le rôle de détonateur dans une région devenue un enjeu stratégique dans la lutte pour le contrôle des ressources énergétiques africaines. L'impérialisme veut infliger une leçon aux peuples. Il veut couper court au processus libérateur ivoirien pour dissuader les autres peuples d'Afrique de prendre en main le contrôle de leurs ressources naturelles à un moment où la crise du capitalisme met aux abois la grande bourgeoisie.

Les peuples auront le dernier mot quelles que soient leurs éventuelles défaites temporaires dans la destruction d'un système impérialiste condamné par l'histoire.

A supposer que Ouattara ait remporté de quelques voix les élections grâce au formidable appui financier et médiatique de l'impérialisme, la légitimité historique n'est pas de son côté. Elle n'est pas du côté des larbins des classes possédantes quand bien même une masse plus ou moins importante de gens trompées par la propagande des nantis et rivées à l'intérieur d'un horizon tribal et confessionnel borné leur accordent leurs suffrages. Elle est du côté du peuple qui secoue les chaînes de la domination impérialiste et des chefs qui dirigent son combat dans cette voie. Les grands bonds en avant des peuples vers le progrès ne se décident pas dans les urnes. En général celles-ci ne font qu'entériner les processus d'émancipation déjà accomplis pour l'essentiel. Le devoir des forces de progrès est de soutenir la lutte des peuples pour leur libération nationale.

De toute évidence, celle-ci ne fait que commencer en Côte d'Ivoire.


Par Kader Badreddine in Alger Républicain (Algérie) le 23 décembre 2010


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