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jeudi, 28 juillet 2011

COTE D'IVOIRE: VOUS AVEZ DIT DEMOCRATIE?

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Alors que les combats au nom de la démocratie ont fait trembler la Côte d'Ivoire ces derniers mois ; alors que cette même démocratie a réuni un parterre impressionnant d'hommes d'Etat à Yamoussoukro autour de multiples personnalités venues du monde entier pour célébrer, le 21 mai dernier, l'investiture d'Alassane Ouattara ; alors que le Président ivoirien est reçu dans divers sommets internationaux et à la Maison Blanche en tant que démocrate modèle, que disent les faits en Côte d'Ivoire ? Où en sont la démocratie et l'Etat de droit tant annoncés et attendus ?


Le Président Ouattara, lors de sa prestation de serment, a juré solennellement de respecter et de défendre fidèlement la Constitution ivoirienne. Le bilan de ses premiers mois d'exercice du pouvoir conduit cependant à s'interroger car les irrégularités juridiques et les manifestations d'un glissement vers l'autocratie ne manquent pas d'éveiller l'attention et l'inquiétude.

En effet, la constitution ne l'autorise nullement à décréter la fin du mandat du Parlement. Cette dissolution de fait de l'Assemblée nationale est même totalement illégale, d'autant que la Constitution ivoirienne instaure une séparation rigide des pouvoirs au sens où l'Exécutif ne peut dissoudre le Législatif et inversement. Toutes les tentatives de justifications de cet acte grave, toutes tergiversations juridiques sont nulles et non avenues. Il s'agit bel et bien d'un viol de la Constitution. Cet évènement préoccupant qui marquait les prémisses de la nature autocratique du pouvoir ne semble pourtant pas avoir ému outre mesure les Ivoiriens ni le reste du monde. Sans Assemblée nationale, le pays est gouverné par des ordonnances totalement illégales et des décrets. Même le budget n'a pas été soumis aux représentants du peuple.

Les dernières nominations au Conseil constitutionnel vont également dans cette logique du non respect des textes fondamentaux car ni la durée des mandats, ni le quota de nominations qui revient au Président de l'Assemblée nationale n'ont été respectés. Le nouveau Président de l'institution a été nommé pour 3 ans alors que les textes prévoient un mandat de 6 ans. La situation est d'autant plus loufoque que le mandat de l'ancien président ayant pourtant investi Alassane Ouattara n'avait pas encore expiré.

D'autres faits méritent d'être soulignés car hautement inquiétants :

- Le gouvernement se permet de procéder à des nominations à des postes administratifs. A l'époque le l'ancien Président Gbagbo, on s'insurgeait, à juste titre, contre le favoritisme dans les concours administratifs, aujourd'hui nous en sommes à des nominations discrétionnaires ;

- Le chef de l'ancienne rébellion a été nommé chef d'état major des armées ce qui, indépendamment de toutes hypothétiques compétences, est moralement indéfendable. Cette récompense semble ostensiblement signer les accointances entre la rébellion et Alassane Ouattara ;

- Le protectionnisme économique s'enracine à travers des marchés de gré à gré protégés et réservés prioritairement à des entreprises françaises. Ce favoritisme constitue un brigandage économique grave qui exclut les Ivoiriens et les autres nations de la compétition. En période de reconstruction chacun devrait avoir une chance de conquérir une part du marché et le jeu de la concurrence permettrait de stimuler la qualité, la baisse des prix et l'esprit d'entreprise ;

- Le financement public repose essentiellement sur l'aide publique internationale ce qui brise la relation entre les dirigeants et les populations, sachant qu'ils sont plus soumis au diktat des prêteurs qu'à la volonté des Ivoiriens. De plus, cette augmentation massive du volume de la dette fragilise grandement les générations futures et l'indépendance de la Côte d'ivoire ;

- Le gel des avoirs des opposants qui se fait de manière totalement anachronique signe la volonté de liquidation de toute opposition ;

- La répression dans le milieu des médias se fait ouvertement. Le siège d'un journal pro-Gbagbo est toujours occupé par des hommes en armes. De nombreux journalistes figurent sur la liste des personnalités sanctionnées ou emprisonnées pour des raisons juridiques demeurant floues. On ne peut assoir la justice sur l'émotion. La liberté de la presse est un principe intangible. Il ne peut y avoir de décisions arbitraires à l'encontre des journalistes. Si leurs écrits sont contestables ou dangereux, il convient de s'appuyer sur des faits précis pour les traduire en justice. Le mélange de genre est inquiétant car il signe cette volonté de gouverner sans limite et sans contestation.

Est-ce pour ce modèle de société que tant d'Ivoiriens sont tombés ces derniers mois ? Tout cela pour ça ? Au-delà, le silence de la communauté internationale et singulièrement de la France et des Etats-Unis d'Amérique semble signer une vérité que tout le monde tait car elle n'est pas politiquement correcte à savoir que les grandes puissances ont intérêt à installer des dictatures tropicales. En effet, elles leur assurent des monopoles protégés dans les secteurs stratégiques de l'économie ainsi que la domination nécessaire à la perpétuation de leur impérialisme, synonyme de recul de l'envahisseur chinois. Quel investisseur étranger voudrait tenter sa chance dans un pays où l'Etat de droit est inexistant si ce n'est en ayant la certitude d'un marché protégé ? C'est ainsi la porte ouverte à une économie de réseau et à la corruption.

A ceux qui crient que le libéralisme est injuste car il favoriserait la domination des plus forts sur les plus faibles, la situation ivoirienne apporte concrètement un argument bien opposé car d'évidence, les monopoles ne peuvent exister que dans un environnement politique autoritaire dans lequel l'Etat a un pouvoir arbitraire. Cela est bien lointain du libéralisme qui favorise lui un secteur concurrentiel profitable au plus grand nombre et un Etat minimum qui limite son action à ses prérogatives premières : la justice et l'environnement sécuritaire pour tous.

La Côte d'Ivoire s'éloigne de l'Etat de droit et, osons dire, l'Etat de droit y est totalement inexistant actuellement. Le mot démocratie est totalement vidé de son essence sachant qu'une démocratie qui se limite à un simple bulletin dans l'urne ne représente rien et peut même devenir tyrannique si elle n'est enrichie de libertés et de contre-pouvoirs protégeant les populations des abus. Il est donc important de rester vigilant et de ne pas noyer pudiquement l'inacceptable dans une sorte de fatalisme compréhensif. « Nous n'y pouvons rien », « ça va aller ! » Certes ça va aller mais plutôt vers la dictature si le fatalisme anéantit toute volonté de combat pour la liberté. Cette liberté qui, partout ailleurs, permet à la pauvreté de reculer serait-elle interdite aux Ivoiriens ? Libertés individuelles, liberté d'entreprendre, droit de propriété, économie de marché, sont le véritable socle du progrès.

L'histoire nous enseigne que l'autoritarisme conduit toujours à la violence. La Côte d'Ivoire a suffisamment souffert depuis la mort de Félix Houphouët Boigny. Il est temps que les populations prennent conscience qu'un avenir meilleur est possible sur la voie de la liberté et que cet avenir ne pourra être arraché que dans l'effort acharné et déterminé d'une société civile qui se doit de devenir forte au nom des principes même de l'humanité et en la mémoire de tous ceux qui sont tombés au nom de la démocratie dans le pays.

La politique de l'autruche, le fatalisme, la complicité silencieuse, la complaisance malsaine, doivent faire place à une société civile forte qui dénonce les dérives de leurs dirigeants. Peu importe d'ailleurs la couleur politique, la roue tourne inexorablement et ceux qui profitent du pouvoir absolu aujourd'hui seront un jour dans le groupe des opposants. Cependant, si les fondements de la démocratie sont ébranlés et réduits à néant, ils le seront durablement et eux-mêmes en subiront les affres lorsqu'ils ne seront plus dans le clan des protégés. Dire Non, mettre en garde, dénoncer, c'est également aider le pouvoir à canaliser sa puissance. C'est aussi l'aider à résister aux tentatives hégémoniques de forces extérieures. Une société civile forte et active est un argument à disposition de l'Etat pour ne pas se laisser mener n'importe où par des puissances étrangères et singulièrement l'ancien colonisateur d'autant que celui-ci est intervenu activement dans la crise ivoirienne ce qui lui laisse penser que tout est désormais permis pour lui dans le pays.

Selon la Constitution de Côte d'Ivoire, le véritable souverain est l'individu. Le souverain est donc l'Ivoirien et à ce titre le gouvernement a des comptes à lui rendre. L'homme doit prendre conscience de sa place réelle au sein de son propre pays. La société civile doit agir en conséquence de manière responsable et se doit de dénoncer par la plume et la voix tant qu'il est encore temps. Lorsque les armes gronderont, il sera déjà trop tard. A cette heure, il ne restera face au peuple que de fades miroirs dont les reflets crieront : « Et si ! » Et si les abus étaient dénoncés aujourd'hui pour éviter le chaos de demain ?


Gisèle Dutheuil, directrice d'Audace Institut Afrique, in audace-afrique.net, le 27 juillet 2011

 

*Audace Institut Afrique est un think tank fondé et présidé par le Professeur Mamadou Koulibaly



Source: SAOTI, Le blog de Mahalia Nteby

samedi, 19 février 2011

MAHALIA NTEBY: « LES BANQUES QUI ONT FERME DOIVENT ETRE A JAMAIS INTERDITES D'EXERCER EN COTE D'IVOIRE »



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La fermeture de la BICICI et de Citigroup va-t-elle être suivie de celle d'autres banques et cela va-t-il porter le coup fatal à Gbagbo?


La stratégie de l'asphyxie financière du régime Gbagbo était annoncée depuis belle lurette. Cela aurait pu être étouffé dans l'œuf si les conséquences qui s'imposaient avaient été tirées de la guerre des 6 jours de la France contre la Côte d'Ivoire en Novembre 2004. Malheureusement, la solution de facilité a été privilégiée et le pays est resté accroché au franc CFA, comme si tout avenir en dehors de cette monnaie esclavagiste était impensable.  Ceci est assez incompréhensible quand on sait que la voix la plus autorisée en la matière, celle du Professeur Mamadou Koulibaly, économiste le plus brillant de Côte d'Ivoire et actuel président de l'Assemblée  Nationale, s'est toujours élevée pour combattre le franc CFA. Il faut croire qu'il n'a pas été assez écouté dans son propre camp et que certains doivent aujourd'hui s'en mordre les doigts. Enfin, mieux vaut tard que jamais ! Même s'il eut été souhaitable que la sortie de la zone franc se fit selon un calendrier défini par les autorités ivoiriennes, qui aurait permis d'éviter ou de mieux gérer certains des violents soubresauts traversés ces jours-ci, elle est aujourd'hui inéluctable. Le bras de fer dans lequel la France s'est engagée aura au moins servi à cela : pousser Laurent Gbagbo à tourner le dos au franc CFA auquel il était jusqu'alors très attaché. De cela, les Ivoiriens peuvent se réjouir.

Maintenant, il est évident que les décisions de fermeture de la BICICI et de Citigroup affectent le fonctionnement économique du pays. Tous les individus et sociétés qui y ont des comptes sont de facto pris en otage par ces banques, qui bloquent de façon tout à fait illégale leurs avoirs. Ceci est le résultat de l'immixtion de la politique dans le monde des affaires. Tous ceux qui doutaient du rôle d'agents de la politique française joué par les entreprises hexagonales ne peuvent plus nier l'évidence. Il semble certain que le gouvernement ne peut se contenter de « poursuivre en justice» ces banques, comme cela a été annoncé. Elles doivent aussi être purement et simplement fermées et à jamais interdites d'exercer sur le territoire ivoirien. D'autre part, il est temps que les Ivoiriens agissent de façon cohérente face à la situation à laquelle ils sont confrontés depuis une dizaine d'années. Au niveau de l'Etat, il est accablant de constater qu'aucun agrément bancaire n'a été accordé aux banques chinoises, indiennes, sud-africaines ou brésiliennes qui souhaitent pourtant s'implanter en Afrique subsaharienne, sous le prétexte jamais avoué de protéger les intérêts des banques françaises et donc de la Françafrique. Cela doit et va changer, car il est évident que l'Etat ivoirien  et les autres gouvernements africains ont compris, à l'aune de la crise traversée par la Côte d'Ivoire, qu'ils doivent privilégier les relations commerciales avec des Etats qui prônent et appliquent la non-ingérence dans les affaires intérieures de leurs partenaires.

J'ai aussi beaucoup de mal à comprendre qu'il y ait encore des Ivoiriens qui ont des comptes dans les banques occidentales. Au plus tard après l'alerte de décembre 2010, quand la SGBCI et la BICICI avaient déjà fermé leurs portes pendant une matinée pour empêcher les fonctionnaires de toucher leurs salaires, il y aurait du avoir un mouvement de foule pour procéder à la fermeture des comptes dans lesdites banques et la réouverture de ces derniers dans des établissements comme la SIB, Bridge Bank, la BNI... Dans le même ordre d'idées, Orange en Afrique n'hésite pas à écouter systématiquement les conversations téléphoniques de ses clients afin d'en faire profiter l'ambassade de France ainsi que les services de renseignement français et les collabos locaux à leur solde. En Côte d'Ivoire par exemple, le rebelle Hamed Bakayoko, lorsqu'il était ministre des NTIC dans le cauchemardesque gouvernement wouya wouya (de pacotille, ndlr) issu de l'accord politique de Ouagadougou, recevait fidèlement les écoutes des conversations de tous les acteurs du camp présidentiel. Aujourd'hui encore, Orange transmet les écoutes à Alassane Dramane Ouattara, qui est lui-même mis sur écoute afin que ses donneurs d'ordre puissent le contrôler. Dans ces conditions, il est difficile de comprendre qu'un citoyen qui se respecte puisse encore avoir un compte dans une banque non ivoirienne, téléphoner avec Orange, rouler en Peugeot ou faire le plein chez Total, d'autant plus qu'il existe une pléiade d'alternatives.

Quant à dire que ces mesures vont faire tomber le régime Gbagbo, je n'y crois pas. Ceux qui souffrent de ces mesures sont de tous les bords. Le dioula d'Abobo dont l'enfant malade va mourir parce que son père n'aura pu aller chercher 30.000 francs CFA au distributeur de la BICICI pour lui acheter les médicaments pour le sauver, comme le fonctionnaire lambda. Au contraire, je pense que bientôt, nous observerons un déferlement des populations vers l'hôtel du Golf et les ambassades des pays de l'Union européenne, pour chasser ceux que les Ivoiriens considèrent à raison comme responsables de leurs problèmes. Je pense également que le gouvernement ivoirien ne tardera pas à ordonner la fermeture immédiate des opérateurs économiques français en Côte d'Ivoire : d'ici peu, Bouygues, Orange, Total, CFAO, SGBCI et tous les autres seront contraints de mettre la clé sous la porte ou seront nationalisés et alors là, la partie deviendra vraiment intéressante...


Mahalia Nteby

Source: SAOTI, Le Blog de Mahalia Nteby

vendredi, 21 janvier 2011

L'ARGENT PEUT-IL RESOUDRE LES PROBLEMES DE DEVELOPPEMENT DE L'AFRIQUE ?

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PAS DU TOUT. Le problème en Afrique n'a jamais été le manque d'argent, mais plutôt l'incapacité à exploiter l'esprit africain. Imaginez un cultivateur de bananes dans un village rural d'Afrique avec un toit qui fuit et qui coûterait 100 $ à réparer. Si quelqu'un achetait pour 100 $ de ses bananes, l'agriculteur aurait le pouvoir et le choix de déterminer si le toit qui fuit est sa priorité de dépense. D'un autre côté, si on lui donnait 100 $ à titre de subvention ou de prêt pour réparer le toit, son choix serait limité à ce que le donateur voit comme une priorité. Sur 960 millions d'Africains dans 53 Etats, il y a les innovateurs et les entrepreneurs qui, s'ils sont récompensés par le marché, se pencheront sur les défis auxquels fait face le continent.

Si l'argent était la clé pour résoudre les problèmes, les banques enverraient des agents dans les rues pour fournir de l'argent aux personnes dans le besoin. Mais les banques n'offrent de l'argent qu'à des personnes qui ont réussi à traduire leurs problèmes en opportunités. Une aide britannique de 7 millions de $ à 228 éleveurs de Samburu au Kenya en 2002 ne les a pas empêché de se transformer en pauvres en 2007. L'argent en soi est neutre. Des montants importants d'argent considérés comme du capital ont conduit les stratèges (qui dépeignent l'Afrique comme prise au piège dans un cycle de pauvreté) à plaider en faveur de flux massifs de capitaux comme le seul moyen de sortir de la pauvreté. Au contraire, voir l'argent comme une valorisation, une création, un effet résultant de l'échange entre différentes parties, offre une occasion de traduire les problèmes africains en opportunités.

Comme Lord Peter Bauer l'a très bien fait remarquer : « l'argent est le résultat de la réussite économique et non pas une condition préalable.» Comment les Africains peuvent-ils s'engager dans des activités qui mèneront à la réussite économique? La clé est de transformer la mentalité des 50% de la population africaine de moins de 20 ans afin qu'ils se focalisent sur la conversion des problèmes de l'Afrique en opportunités. En Afrique aujourd'hui, il y a des occasions d'affaires pour nourrir 200 millions de personnes sous-alimentées, tuer des milliards de moustiques provoquant le paludisme qui menacent la vie d'environ 500 millions de personnes, et développer les infrastructures.

L'Afrique a un capital énorme sous forme de ressources naturelles qui comprennent le pétrole, l'énergie hydroélectrique, les diamants, l'uranium, l'or, le cobalt, 70% du coltan mondial et 34% de sa cassitérite. Le coltan et la cassitérite sont stratégiques dans la production de téléphones cellulaires, d'ordinateurs portables et autres produits électroniques. Si les Africains employaient le pouvoir de la raison, l'industrie mondiale des téléphones portables, qui débite 25 téléphones cellulaires par seconde, fournirait une énorme source de revenus aux pays respectifs; élargissant ainsi leurs choix possibles.

Mettre l'accent sur l'esprit humain africain comme capital permettra de traduire les ressources en richesses, contribuant ainsi à résoudre les problèmes de l'Afrique. L'utilité et la valeur de l'argent ne seront générées que par des réponses rationnelles aux défis qui interpellent le continent à travers l'échange de produits et de services au niveau du village, au niveau national, continental et international.

James Shikwati est le fondateur et directeur du Inter Region Economic Network et chef de la direction de la revue The African Executive business magazine.

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C'EST CE QUE JE PENSAIS... mais plus maintenant. Il y a cette maxime éculée qui dit : Si vous détenez un marteau dans la main, tout problème ressemble à un clou. Qu'advient-il alors, quand tout ce que nous tenons dans nos mains est un carnet de chèques ? L'approche «chéquier» du développement suggère que les nations pauvres ne peuvent pas développer les compétences nécessaires pour résoudre leurs propres problèmes. Il y a, cependant, une exception notable.

Le président du Rwanda, Paul Kagamé, m'a appelé à son bureau pour l'aider à renforcer les capacités du secteur privé et améliorer la compétitivité des exportations. Je l'ai informé que la somme d'argent et le temps qu'il avait budgétisés ne permettraient pas de réaliser à la fois mon travail et d'assurer la formation des Rwandais. Il me raconta l'histoire : quand il eut enfin accumulé assez d'argent pour régler les arriérés de salaire de ses troupes qui se battaient pour mettre fin au génocide, il leur  demanda si, à la place, il pouvait utiliser l'argent pour acheter des hélicoptères afin de mettre fin à la guerre plus rapidement. Pas un seul soldat ne s'y opposa.

Le Président Kagamé acheta les hélicoptères à des pays, à la condition qu'ils fournissent également des pilotes. Il a ensuite persuadé les pilotes d'effectuer des missions en territoire ennemi, et, en même temps, de former les Rwandais au pilotage. Sa tactique, dans un pays sans routes et aux milles collines, abrégea la guerre, et sauva des vies.

Chaque nation a besoin d'argent pour moderniser et améliorer la vie de ses citoyens, et c'est d'ailleurs positif quand une nation riche aide une nation pauvre après une catastrophe naturelle, ou pour répondre à un besoin humain fondamental. Mais, trop souvent, quand une nation aide une autre, cela est basé sur une injection massive de capital financier soumise à un changement des politiques monétaire, commerciale, d'investissement, budgétaire, sectorielle et salariale. Il s'agit souvent de bons conseils non dépourvus de compromission. La nation riche devient décisionnaire alors que la responsabilité de l'avenir d'une nation doit toujours rester entre les mains des citoyens de cette nation, et non celles de conseillers étrangers, et certainement pas celles de créanciers et de bailleurs de fonds.

Cette approche «chéquier» du développement confond compassion et générosité avec une sur-responsabilité pour les êtres humains. Explicitement ou implicitement, le donneur leur dit comment faire fonctionner leur pays, et ce processus, sans le vouloir, peut priver les citoyens des pays émergents de leur bien les plus précieux - la dignité et l'autonomie.

Le Rwanda reçoit peu d'aide étrangère. Les dirigeants de la Banque mondiale m'avaient présenté, avec plusieurs autres experts, au Président Kagamé et avaient promis de payer le coût de notre travail, mais ils avaient besoin de deux ans pour réaliser le programme, et le Rwanda ne pouvait pas attendre deux ans. Le Président Kagamé comprenait que la pauvreté détruisait les pierres angulaires de la société de son pays : la tolérance, la confiance, les aspirations et l'espoir. Il décida de payer nos salaires à partir du produit de son programme de privatisation, mais il a exigé que l'on commençât immédiatement, et que nous le remboursions, si nous ne faisons pas ce à quoi nous nous étions engagés. Il requit en outre : « Je veux que vous soyez comme ceux qui pilotaient les avions et formaient les Rwandais». J'ai demandé: «Voulez-vous que je vous aide à tuer l'ennemi, aussi?» Il a répondu : «Je veux que vous m'aidiez à tuer la pauvreté.»

Le Rwanda n'a pas d'argent, mais c'est une nation qui souhaite s'émanciper du fatalisme rampant souvent favorisé (mais de manière non intentionnelle) par des personnes dites bienveillantes. Son leadership a eu le courage de contester les hypothèses sous-jacentes de l'aide internationale, et cela a conduit à une croissance de près de 20% par an des salaires de subsistance dans ses principaux secteurs d'exportation. La responsabilité de son propre avenir repose entièrement sur les épaules des hommes et des femmes de son pays. Pas un seul Rwandais n'objecte.

Michael Fairbanks est le co-fondateur de la OTF Group, et le SEVEN FUND, qui accorde des bourses pour les solutions d'entreprise à la pauvreté.

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NON. En fait, après cinquante ans de tentatives et 600 milliards de dollars d'aide, avec une hausse presque nulle du niveau de vie en Afrique, je peux défendre la réponse «non» de manière assez ferme. Les avocats de l'aide parlent des solutions peu coûteuses comme les sels de réhydratation orale à 10-cents qui permettraient de sauver un bébé mourant de maladies diarrhéiques, le médicament contre le paludisme à 12-cents qui sauve quelqu'un atteint du paludisme ou les moustiquaires à 5 $ qui les empêchent de contracter le paludisme en premier lieu. Pourtant, malgré l'afflux de l'argent de l'aide, deux millions de bébés sont encore morts de maladies diarrhéiques en 2009, plus d'un million sont encore morts du paludisme, et la plupart des victimes potentielles du paludisme ne dorment toujours pas sous des moustiquaires.

De toute évidence, l'argent seul ne résout pas les problèmes. Ce qu'il faut au contraire, ce sont des entrepreneurs dans les domaines économiques, social et politique qui soient responsables, par exemple, de s'assurer que les médicaments arrivent aux victimes, plutôt que des slogans magnifiques pour des solutions administratives qui ne sont que des véhicules publicitaires servant à augmenter encore plus l'argent levé pour des bureaucraties de l'aide inefficaces. Les entrepreneurs seraient responsables des résultats, contrairement aux bureaucrates de l'aide et aux politiciens des pays riches qui font des promesses dont personne ne les tient pour responsables.

Quant à faciliter le développement en Afrique, la libre entreprise est le véhicule qui a fait ses preuves pour échapper à la pauvreté partout ailleurs (voir la Chine et l'Inde plus récemment) et il est tout simplement condescendant de prétendre que cela ne fonctionnera pas en Afrique. L'espoir de l'Afrique vient davantage de quelqu'un qui, comme l'homme d'affaires Alieu Conteh, a lancé avec grand succès en plein chaos de la guerre civile, une entreprise de téléphones cellulaires en République démocratique du Congo, que de célébrités défendant l'aide comme Bono. Les Africains sont loin d'être condamnés à demeurer les pupilles impuissantes de riches donateurs : les libertés économiques et politiques du cru permettront aux Africains eux-mêmes de résoudre leurs propres problèmes.

William Easterly est professeur d'économie à l'Université de New York, conjointement avec Africa House, et co-directeur de l'Institut de recherches pour le développement à NYU. Il est également membre non-résident du Center for Global Development à Washington, DC.



A Templeton conversation, in templeton.org / French translation from unmondelibre.org



Source: SAOTI, Le Blog de Mahalia Nteby

mercredi, 19 janvier 2011

PETITION: NON A LA PARTICIPATION DE NICOLAS SARKOZY AU SOMMET DES CHEFS D'ETAT DE L'UNION AFRICAINE

 

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Chers tous


Une pétition (publiée sur http://saoti.over-blog.com) a été initiée contre la participation de Nicolas Sarkozy au sommet des chefs d'Etat de l'Union africaine. Les destinataires de cette pétition sont lesdits chefs d'Etat et de gouvernement. Merci de bien vouloir signer et faire circuler cette pétition en cliquant sur le lien suivant, afin de faire comprendre à nos dirigeants que nous nous érigeons contre la soumission avilissante dont ils font preuve à l'égard de l'Occident en général et du locataire de l'Elysée en particulier :

Cliquer sur : PETITION DU WEB


Bonne journée.


Texte de la pétition



Les 30 et 31 janvier 2011 a lieu à Addis Abeba la Conférence des chefs d'Etat de l'Union Africaine. En toute arrogance, le président français Nicolas Sarkozy a décidé de s'y inviter et d'y prendre part.

A-t-on jamais vu un président africain invité ou s'inviter à un sommet de l'Union européenne ?
A-t-on jamais vu un président européen invité ou s'inviter à un sommet des chefs d'Etat d'Asie ou d'Amérique du Sud ?

Le 26 juillet 2007, ledit Nicolas Sarkozy avait, depuis Dakar, insulter la Jeunesse d'Afrique, en ces termes : « L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. (...) L'homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable, où tout semble être écrit d'avance. Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin. Le problème de l'Afrique, il est là.»

Douze d'entre vous ont néanmoins trouvé opportun nous couvrir de honte, nous, Peuples d'Afrique,  en allant célébrer le cinquantenaire de leur dépendance à l'ancienne puissance coloniale française à Paris, le 14 juillet 2010.

Cela suffit ! Le temps de la Dignité est venu !

Aujourd'hui, nous vous rappelons que votre devoir est de servir vos peuples et non de les asservir et les offrir pieds et poings liés à l'oppresseur occidental.

Nous disons NON à la participation de Nicolas Sarkozy au sommet de l'Union Africaine !




Signé : Les Peuples de l'Afrique Digne


Source: SAOTI, Le Blog de Mahalia Nteby

14:27 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : afrique, france, saoti, mahalia nteby, pétition contre participation sarkozy au sommet de l'ua | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 14 janvier 2011

FRANTZ FANON ET LA CRISE IVOIRIENNE

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Je viens d'achever la relecture d'un ouvrage du Dr Frantz Fanon, «Pour la Révolution Africaine», dans lequel je m'étais replongée à l'occasion des fêtes de fin d'année. J'en sors secouée ! Effarée par la pertinence, mais aussi et surtout l'actualité d'un des textes qu'il contient, intitulé «La mort de Lumumba : pouvions-nous faire autrement ?». On a l'impression glaçante que l'immense auteur martiniquais est sorti de sa tombe pour analyser la situation en Cote d'Ivoire. Cela en est presque cauchemardesque. Ah, si seulement Gbagbo s'était souvenu de Fanon ! Si seulement nous rendions l'étude de ce genre de livres et de textes obligatoire dans nos écoles.... Lisez vous-même. Mahalia Nteby.

 

(...) Le grand succès des ennemis de l'Afrique, c'est d'avoir corrompu les Africains eux-mêmes. Il est vrai que ces Africains étaient directement intéressés par le meurtre de Lumumba. Chefs de gouvernements fantoches, au sein d'une indépendance fantoche, confrontés jour après jour à une opposition massive de leurs peuples, ils n'ont pas été longs à se convaincre que l'indépendance réelle du Congo les mettrait personnellement en danger.

Et il y eut d'autres Africains, un peu moins fantoches, mais qui s'effraient dès qu'il est question de désengager l'Afrique de l'Occident. On dirait que ces chefs d'État africains ont toujours peur de se trouver face à l'Afrique. Ceux-là aussi, moins activement, mais consciemment, ont contribué à la détérioration de la situation au Congo. Petit à petit, on se mettait d'accord en Occident qu'il fallait intervenir au Congo, qu'on ne pouvait laisser les choses évoluer à ce rythme.

Petit à petit, l'idée d'une intervention de l'ONU prenait corps. Alors on peut dire aujourd'hui que deux erreurs simultanées ont été commises par les Africains.

Et d'abord par Lumumba quand il sollicita l'intervention de l'ONU. Il ne fallait pas faire appel à l'ONU. L'ONU n'a jamais été capable de régler valablement un seul des problèmes posés à la conscience de l'homme par le colonialisme, et chaque fois qu'elle est intervenue, c'était pour venir concrètement au secours de la puissance colonialiste du pays oppresseur.

Voyez le Cameroun. De quelle paix jouissent les sujets de M. Ahidjo tenus en respect par un corps expéditionnaire français qui, la plupart du temps, a fait ses premières armes en Algérie ? L'ONU a cependant contrôlé l'autodétermination du Cameroun et le gouvernement français y a installé un «exécutif provisoire». Voyez le Vietnam. Voyez le Laos.

Il n'est pas vrai de dire que l'ONU échoue parce que les causes sont difficiles.

En réalité l'ONU est la carte juridique qu'utilisent les intérêts impérialistes quand la carte de la force brute a échoué.

Les partages, les commissions mixtes contrôlées, les mises sous tutelle sont des moyens internationaux de torturer, de briser la volonté d'expression des peuples, de cultiver l'anarchie, le banditisme et la misère.

Car enfin, avant l'arrivée de l'ONU, il n'y avait pas de massacres au Congo. Après les bruits hallucinants propagés à dessein à l'occasion du départ des Belges, on ne comptait qu'une dizaine de morts.
Mais depuis l'arrivée de l'ONU, on a pris l'habitude chaque matin d'apprendre que les Congolais s'entre-massacraient.

On nous dit aujourd'hui que des provocations répétées furent montées par des Belges déguisés en soldats de l'Organisation des Nations Unies. On nous révèle aujourd'hui que des fonctionnaires civils de l'ONU avaient en fait mis en place un nouveau gouvernement le troisième jour de l'investiture de Lumumba. Alors on comprend beauc oup mieux ce que l'on a appelé la violence, la rigidité, la susceptibilité de Lumumba.

Tout montre en fait que Lumumba fut anormalement calme. Les chefs de mission de l'ONU prenaient contact avec les ennemis de Lumumba et avec eux arrêtaient des décisions qui engageaient l'Etat du Congo. Comment un chef de gouvernement doit-il réagir dans ce cas ? Le but recherché et atteint est le suivant : manifester l'absence d'autorité, prouver la carence de l'État.

Donc motiver la mise sous séquestre du Congo.

Le tort de Lumumba a été alors dans un premier temps de croire en l'impartialité amicale de l'ONU. Il oubliait singulièrement que l'ONU dans l'état actuel n'est qu'une assemblée de réserve, mise sur pied par les Grands, pour continuer entre deux conflits armés la "lutte pacifique" pour le partage du monde. Si M. Ileo en août 1960 affirmait à qui voulait l'entendre qu'il fallait pendre Lumumba, si les membres du cabinet Lumumba ne savaient que faire des dollars qui, à partir de cette époque, envahirent Léopoldville, enfin si Mobutu tous les soirs se rendait à Brazzaville pour y faire et y entendre ce que l'on devine mieux aujourd'hui, pourquoi alors s'être tourné avec une telle sincérité, une telle absence de réserve vers l'ONU?

Les Africains devront se souvenir de cette leçon. Si une aide extérieure nous est nécessaire, appelons nos amis. Eux seuls peuvent réellement et totalement nous aider à réaliser nos objectifs parce que précisément, l'amitié qui nous lie à eux est une amitié de combat.

Mais les pays africains de leur côté, ont commis une faute en acceptant d'envoyer leurs troupes sous le couvert de l'ONU. En fait, ils admettaient d'être neutralisés et sans s'en douter, permettaient aux autres de travailler.

Il fallait bien sûr envoyer des troupes à Lumumba, mais pas dans le cadre de l'ONU. Directement. De pays ami à pays ami. Les troupes africaines au Congo ont essuyé une défaite morale historique. L'arme au pied, elles ont assisté sans réagir (parce que troupes de l'ONU) à la désagrégation d'un État et d'une nation que l'Afrique entière avait pourtant salués et chantés. Une honte.

Notre tort à nous, Africains, est d'avoir oublié que l'ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas.

Notre tort est d'avoir cru que l'ennemi avait perdu de sa combativité et de sa nocivité. Si Lumumba gêne, Lumumba disparaît. L'hésitation dans le meurtre n'a jamais caractérisé l'impérialisme.

Voyez Ben M'Hidi, voyez Moumié, voyez Lumumba. Notre tort est d'avoir été légèrement confus dans nos démarches. Il est de fait qu'en Afrique, aujourd'hui, les traîtres existent. Il fallait les dénoncer et les combattre. Que cela soit dur après le rêve magnifique d'une Afrique ramassée sur elle-même et soumise aux mêmes exigences d'indépendances véritables ne change rien à la réalité.
Des Africains ont cautionné la politique impérialiste au Congo, ont servi d'intermédiaires, ont cautionné les activités et les singuliers silences de l'ONU au Congo.

Aujourd'hui ils ont peur. Ils rivalisent de tartufferies autour de Lumumba déchiqueté. Ne nous y trompons point, ils expriment la peur de leurs mandants. Les impérialistes eux aussi ont peur. Et ils ont raison car beaucoup d'Africains, beaucoup d'Afro-asiatiques ont compris.

Les impérialistes vont marquer un temps d'arrêt. Ils vont attendre que «l'émotion légitime se calme». Nous devons profiter de ce court répit pour abandonner nos craintives démarches et décider de sauver le Congo et l'Afrique. (...)

Car nul ne connait le nom du prochain Lumumba. Il y a en Afrique une certaine tendance représentée par certains hommes. C'est cette tendance dangereuse pour l'impérialisme qui est en cause. Gardons-nous de jamais l'oublier : c'est notre sort à tous qui se joue au Congo.

Dr Frantz Fanon, "La mort de Lumumba : pouvions-nous faire autrement ?", in Afrique Action, n°19, 20 février 1960, repris dans "Pour la Révolution Africaine" (1964)

 

"J'affirme mon soutien au combat du président Laurent Gbagbo pour une Afrique libre et indépendante."  Guy-Patrice Lumumba (23/12/2010).

 

Source: SAOTI, Le Blog de Mahalia Nteby

samedi, 11 décembre 2010

FISSURES DANS LA MANIPULATION MEDIATIQUE CONTRE LA COTE D'IVOIRE


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L'émission quotidienne de débat «Ce soir ou jamais» de France 3 du mercredi 8 décembre 2010 a consacré une bonne partie de son temps d'antenne à l'actualité ivoirienne dans une séquence intitulée: «Côte d'Ivoire: Vers plus de démocratie?».


Participaient à ce débat :


§  L'historien Pierre Rosanvallon, spécialiste de l'histoire de la démocratie, directeur de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESSS) et qui occupe également la chaire d'histoire contemporaine du politique au collège de France.

§  Le philosophe Yves-Charles Zarka, fondateur et directeur de la revue Cités, professeur à la chaire de philosophie politique de l'université de la Sorbonne (Paris) et directeur du Centre PHILéPOL (philosophie, épistémologie et politique) à l'Université Paris-Descartes ;

§  Jean-François Probst, consultant international auprès de chefs d'entreprises, d'hommes politiques et de chefs d'Etat notamment africains, ancien conseiller de Jacques Chirac puis d'Alain Juppé à Matignon, de Charles Pasqua au Sénat en tant que secrétaire général du groupe RPR, de Jérôme Monod au RPR ;

§  Rahmatou Keita, militante africaine engagée, fondatrice de « l'Association panafricaine de culture », ancienne journaliste aujourd'hui écrivaine et cinéaste dont le premier long-métrage « Al'lèèssi... », sorti le 15 novembre, est le premier film nigérien en sélection officielle du festival de Cannes ;

§  Alain Garrigou, agrégé d'histoire et sciences politiques, professeur de sciences politiques à l'Université de Paris X Nanterre, reconnu comme l'un des plus grand spécialistes du vote et des sondages en France, ayant participé à la création de l'observatoire des sondages ;

§  Jérôme Sainte-Marie, directeur général adjoint de l'institut de sondage CSA, il est à l'origine de plusieurs innovations méthodologiques telles que la conception des sondages dans les manifestations de rue, l'actualisation des critères d'échantillonnage, ou la mise en place des sondages d'opinion dans le cadre des programmes de «democracy building» ;

§  Alain Gresh, journaliste, directeur adjoint du Monde diplomatique, spécialiste du Proche-Orient, auteur de plusieurs livres dont « Israël, Palestine : Vérités sur un conflit » (2001) et plus récemment « De quoi la Palestine est-elle le nom ? » ;

§  Komandant Simi Ol, auteur, compositeur et interprète de reggae engagé, né en Côte d'Ivoire, vivant en France depuis l'adolescence et venant de sortir son premier album : «Libération», dans lequel il chante la citoyenneté, l'environnement, le désarmement et la décolonisation pour penser le contexte géopolitique mondial qui a vivement critiqué la façon dont l'Europe et les Etats-Unis «n'ont pas respecté le suffrage ivoirien et veulent imposer la victoire d'un candidat néo-libéral.»

§  Ghislaine Ottenheimer, journaliste politique et auteure, ancienne directrice de la rédaction de la radio BFM, rédactrice en chef adjointe de L'Express, rédactrice en chef de France Soir, grand reporter au Quotidien de Paris.


Hasard de la programmation ? Ce débat de haut-vol, qui a donné l'occasion aux participants d'échanger sur le double discours des Occidentaux sur la démocratie, l'attitude des (anciennes ?) puissances coloniales dans ce qu'elles considèrent comme étant leurs pré carrés historiques et la manière dont la presse occidentale a présenté Alassane Dramane Ouattara comme vainqueur légitime des élections en Côte d'Ivoire a eu lieu un jour avant la diffusion de la première partie du documentaire «Françafrique» de Patrice Benquet sur France 2, qui donne un sérieux coup de projecteur sur la politique occulte transcendant les clivages gauche/droite mise en œuvre afin de sécuriser l'approvisionnement énergétique de la France ; un monde secret, en dehors de tout contrôle parlementaire ou gouvernemental, usant de moyens légaux ou illégaux, le plus souvent amoraux, où tous les coups sont permis pour maintenir et installer au pouvoir des chefs d'Etat africains dévoués à la France.

La poussière finira par tomber des yeux de ceux qui ne veulent pas voir, les bouchons des oreilles de ceux qui ne veulent pas entendre. Le combat continue !

Pour voir l'émission, cliquez ici: http://saoti.over-blog.com/article-cote-d-ivoire-fissures...



Mahalia Nteby (mahalia.nteby@yahoo.fr)

lundi, 06 décembre 2010

COTE D'IVOIRE: BAN KI MOON, UN BON Y-VOIT-RIEN


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Dès que vous parlez d'élections en Afrique, les esprits les plus clairvoyants des civilisations occidentales échappent difficilement à l'idéologie et aux préjugés sectaires. Mais le plus grave, c'est que les journalistes ou politiques européens véhiculent une certaine idée de la pratique du droit, qui, ma foi, est toute contraire à l'idéologie de progrès chez les Africains. Un cas d'école vient de surgir : La Côte-d'Ivoire.

L'illusoire démocratie

Si les uns et les autres veulent galvauder l'histoire du peuple africain en matière d'organisation de la cité, de sa structuration, de son fonctionnement, alors il convient pour comprendre l'histoire de chaque peuple, de faire un bond dans sa société antique, celle qui est à l' originede la pensée cognitive structurée. Ceux qui tendent à donner des leçons au peuple ivoirien se sont-ils plongés, un tant soit peu, dans l'histoire et l'historicité du problème politico-ethnique ? Aujourd'hui, les voix s'élèvent pour fustiger une certaine manière de se conduire dans la démocratie en Afrique. Pourquoi le cas de la Côte-d'Ivoire suscite tant de convoitises et de hantises ?

Les puissances occidentales, à travers leurs lobbies, tendent à propager une absence de codification du Droit dans l'Afrique néocoloniale. Et pourtant, nul n'ignore que l'organisation des élections ivoiriennes est le résultat d'un large consensus et repose sur un code propre à tous les peuples : la Constitution ! C'est à dessein, parce que c'est un vieux combat historique qui s'agite depuis l'aube des temps, que l'on s'acharne à ne pas reconnaître aux Africains un droit à leur histoire, un droit à leur civilisation, un droit à leur culture, un droit à leurs libres élections, sans être sujets aux jugements et aux procès.

Pourquoi toutes ces voix qui s'élèvent aujourd'hui contre Gbagbo ne se sont-elles pas faites entendre sous d'autres cieux, en mal avec la démocratie ? Pourquoi les médias français ne se sont-ils pas faits l'écho de toutes les exactions dont sont victimes les Africains au quotidien ? Pourquoi ce secrétaire de l'Onu n'a -t-il pas condamné des victoires réellement truquées en Afrique ? Pourquoi lui est-il difficile d'admettre que dans toute démocratie, seul un organe de droit, à savoir le Conseil constitutionnel, peut valider ou invalider les résultats d'élections ? Pourrait-il admettre qu'il y a eu un délai de forclusion, et que selon la Constitution ivoirienne, passé le délai, seul cet organe institutionnel était habilité à publier les résultats ? Durant deux jours, où était passé le président de la CEI -commission électorale indépendante- avec les procès verbaux ? Tout cet angélisme de la communauté internationale qui se réveille sur le tard, fait simplement honte et nous réduit, peuples africains, en simple mendiants du droit d'exister.

Laurent Gbagbo n'est-il pas à l'image d'un certain Willem Amo, philosophe de la Gold Coast (actuel Ghana) qui fut banni par ses pairs européens pour avoir dit être le précurseur de la pensée historique africaine ? Oui, Alassane Ouattara a une épouse blanche, de surcroît une française. Cette simple contingence l'amnistie-t-il de tout précédent en Côte-d'Ivoire ? Ce qu'elle tend à oublier, cette communauté internationale, c'est que, sous d'autres cieux, Alassane Ouattara ferait l'objet d'un mandat d'arrêt, pour incitation à la haine raciale et tribale. Ces pacifistes de la nouvelle aube n'ont pas condamné, à une certaine période, ce qui s'est passé en Côte-d'Ivoire : un pouvoir légitime et légal qui s'est fait attaquer par les armes. Certains auteurs de ces forfaits jouissent d'ailleurs bonnement de l'asile politique dans certaines capitales occidentales.

Le combat du peuple ivoirien est celui de tout un continent, d'une civilisation jetée aux orties. Tout comme les Noirs portent tous les maux de la terre, il en a été de même en ce qui a concerné l'émergence de la pensée africaine ; on n'a pas reconnu aux philosophes et penseurs noirs la paternité d'être les précurseurs de la modernité et de la société évolutionniste. Hegel en son temps écrivait : « l'esprit égyptien s'est révélé comme enclos dans les caractères particuliers, comme amené en ceux-ci bestialement, mais aussi s'y mouvant dans une agitation sans fin».

Quand bien même, on ne serait pas passionné d'histoire, il nous revient, par rapport à la marginalisation tous azimuts de l'Afrique dans la civilité moderne, que si elle l'est aujourd'hui, ce n'est pas faute d'avoir pensé autrefois. C'est simplement parce qu'on veut confiner les Africains dans la pensée unique. Cette pensée unique s'établit dans une forme d'establishment normatif : médias, armes, argent...

Nul ne saurait être aveugle devant les Institutions qui régissent la Côte-d'Ivoire: Code électoral, Constitution etc. Si l'Onu décide aujourd'hui de faire preuve de bon sens, qu'elle déloge donc tous les dictateurs qui se sont emparés du pouvoir en Afrique! Que l'Onu aille dans tous les paradis fiscaux dénicher les biens mal acquis! Alors, nous croirons que ce « machin», comme l'appelait De Gaulle, sert bien à quelque chose.

Laissez les africains écrire leur histoire

Dans le domaine des droits humains, des libertés, dont le monde entier célèbrera la déclaration universelle ces jours, l'imposture et l'hibernation ne sont pas moins dévastatrices. Parce que pour la plupart des intellectuels, critiques et politiques occidentaux, être africain est synonyme de "primitif", vu que l'expression des libertés fondamentales, chez les Noirs d'Afrique, se manifeste par la violence et la brutalité. Si la violence semble traduire l'expression d'une accession à l'indépendance, toutes les parties belligérantes sont alors au même niveau. Puisque face à la violence des peuples insurgés, la réponse s'est faite par la violence.

Vivre, prouver qu'on a des droits suppose, dans cet unilatéralisme mondial, s'affirmer derrière un masque occidental. Que veut dire aujourd'hui pour un Occidental démocratie ou droits humains ? C'est l'affirmation aux peuples primitifs d'Afrique, la marque à suivre, le modèle unique, vers la norme suprême du beau, le modèle européen : l'illusion démocratique !

Une attention jetée sur la manière dont sont traités les problèmes des droits tant civiques que politiques en Afrique démontre, à n'en plus douter, que le modèle importé de liberté est celui que l'Afrique doit impérativement chanter, y compris avec ses intellectuels.

Ce qui, fort malheureusement, était la chasse gardée de l'intelligentsia dans notre société , à savoir les libertés, est aujourd'hui un champ de ruines ; parce que les détenteurs des savoirs, qui croyaient être les héritiers naturels du monde politique, sont passés à côtés de leur mission : celle de donner une orientation concertée. Il ne s'agit pas dans le cas espèce, de faire de Gbagbo un saint ou de penser que seule la dimension morale suffit à faire d'un homme politique,un véritable gardien des droits humains. Il s'agit plutôt, à mon avis, de redonner à la pensée politique, une physionomie humaine.

La classe politique africaine moderne dénonce, et cela est d'actualité, cette manière de vouloir penser le monde et de penser à la place du monde. Il faut qu'un droit, s'il est valable, soit le même pour tous: le respect des Institutions par la communauté internationale. Il n'appartient plus aux Africains, après tant d'années d'impostures et de falsification de l'histoire des libertés, de rester sous le joug de l'exploitation mercantiliste et dévotionnelle.



Aimé Mathurin Moussy in Agoravox le 4 décembre 2010

REELECTION DE LAURENT GBAGBO EN COTE D'IVOIRE: LETTRE A MONSIEUR NICOLAS SARKOZY DE NAGY-BOCSA


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Côte d'Ivoire: Suite à la réélection proclamée ce jour du président sortant Laurent Gbagbo, qui est dans le collimateur de la France depuis dix ans pour délit de non conformité aux règles de fonctionnement de la Françafrique, le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy a mis en branle toute l'artillerie lourde dont il dispose pour rendre caduque la volonté du peuple ivoirien exprimée par les urnes. A l'heure où il cherche fébrilement comment intervenir militairement en Eburnie sans mettre en péril les ressortissants français en Côte d'Ivoire et dans les autres pays africains, qui observent très attentivement ce qui se passe à Abidjan, nous nous adressons à lui à travers cette lettre ouverte.


Monsieur Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa,

Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, je trouve très horripilant d'être prise pour une cruche par un voyou, pour reprendre le terme utilisé par l'hebdomadaire français Marianne pour vous qualifier. Votre rapport entravé avec la vérité et votre addiction aux magouilles et tripatouillages en tous genres est historique, comme le prouvent votre implication dans les affaires Woerth-Bettencourt, l'attentat de Karachi, les cambriolages des bureaux et domiciles des journalistes enquêtant sur les casseroles qui vous collent aux talonnettes, sans parler de vos mensonges éhontés relativement à votre présence à Berlin le jour de la chute du Mur ou à propos de la soi-disant adhésion de la Chancelière allemande Angela Merkel à votre politique d'expulsion des Roms. Je ne mentionne même pas le jour où vous avez chapardé un stylo en Roumanie, ou celui où vous avez insulté l'un de vos concitoyens de « pauvre con»  en mondovision. J'observais toutes vos bouffonneries en spectatrice hilare, n'étant nullement concernée par tout ce qui touche à la Gaule. Je ne suis sortie de ma réserve que trois fois : en août 2006, alors que vous étiez encore ministre de l'Intérieur, je vous dédiais un édito à propos de votre politique d'immigration choisie, puis en juillet 2007, quand vous êtes venu insulter l'Homme africain à Dakar, et enfin en décembre 2008, lorsque vous avez cru bon de monter sur vos ergots pour «exiger le départ du pouvoir du président zimbabwéen Robert Mugabe».

Je ne vais rien vous cacher, monsieur Sarkozy de Nagy-Bocsa : je fais partie de ceux qui n'aiment pas la France. C'est comme ça : c'est viscéral, c'est génétique, c'est historique. Il faut dire que le passé colonial de la France en Afrique francophone a été suffisamment sanglant pour entacher négativement nos relations de façon durable et que la politique néocoloniale prévaricatrice à laquelle vous persistez à vous livrer à travers la nébuleuse de la Françafrique ne fait rien pour arranger cela, bien au contraire.

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Hier, dans un communiqué officiel relatif à l'élection présidentielle ivoirienne, vous avez dit que « la Commission électorale indépendante s'était acquittée avec rigueur de sa mission.» Monsieur Sarlozy de Nagy-Bocsa, je crois que nous avons une compréhension très différente de la notion de rigueur. Prenons au hasard les résultats de la région du Bandama, tels que mentionnés sur le procès-verbal officiel de ladite commission chargée des élections en Côte d'Ivoire, que vous avez félicité si chaudement. Pour une meilleure illustration, j'ai scanné le document. A ce stade, nous n'évoquerons pas les exactions qui ont pu être commises lors de cette consultation électorale, bien qu'il soit utile de préciser que le représentant du candidat de la LMP a été obligé de signer ce procès-verbal sous la contrainte. Des faits, rien que les faits. Regardons donc le travail rigoureux que vous avez tant apprécié chez les membres de la CEI. N'allons pas loin : dans un premier temps, additionnons simplement les chiffres colonne par colonne. Toutes les calculatrices de la planète trouveront qu'en lieu et place des 374.196373.834.
inscrits, les chiffres compilés dans le document ci-dessus donnent comme résultat réel
La deuxième colonne est encore plus savoureuse Monsieur Sarlozy de Nagy-Bocsa. Le total exact des «votants réguliers» résultant des chiffres immortalisés par vos amis de la CEI donne 178.555, en lieu et place des 292.702 mentionnés. Une différence de 114.147 votants. Rien que ça ! Quelle rigueur, quelle précision dans les calculs en effet.

Ca continue dans la colonne des « votants non inscrits ayant voté » : l'addition de leurs propres chiffres donne un résultat de 5.5225.612 (soit une différence de 90 voix).
personnes, mais chez eux cela devient
Là où ça devient carrément rocambolesque, c'est quand on arrive aux suffrages exprimés. Pour rappel, les suffrages exprimés représentent le total des votants (réguliers + ceux non inscrits ayant voté) duquel on soustrait le nombre de bulletins nuls. Prenons la ville de Bouaké. D'après le procès-verbal, il y a eu 48.301 votants réguliers + 2.761 votants non inscrits ayant voté, desquels on déduit les2.662 bulletins nuls recensés. Cela donne donc 48.400 suffrages exprimés, croyez-vous ? Que nenni ! A Bouaké, avec la méthode rigoureuse que vous avez louée avec tant d'empressement et de vigueur, cela donne subitement 159.588 suffrages exprimés. Sans blague. Il faut croire que qu'ils en ont été eux-mêmes tellement surpris  qu'ils ont « oublié » d'allouer ces 108.617 voix surnaturelles aux candidats. Ainsi, à Bouaké, le candidat Laurent Gbagbo a obtenu 22.845 votes, alors qu'Alassane Dramane Ouattara se retrouve crédité de 42.070 votes. Ce qui donne un total de 64.915 voix. Ce qui ne colle ni avec les 159.588 miraculeux suffrages exprimés selon la CEI, ni aux 48.400
suffrages exprimés réellement.
Que dire du total des voix d'Alassane Ouattara dans la région du Bandama ? Lorsque l'on additionne les chiffres des cinq circonscriptions électorales, on trouve un total de 149.598 voix.  Mais ce chiffre est subitement transformé en 244.471 voix, soit 94.873 voix providentielles apparues là comme par magie.

Le taux de participation réel est donc de 47,52%. Vous vous rendez compte des implications politiques de ce chiffre ? En clair, Monsieur Sarkozy de Nagy-Bocsa, cela signifie que les populations Baoulé n'ont pas suivi le mot d'ordre de vote d'Henri Konan Bédié. Elles sont massivement restées chez elles. Le taux de participation a donc chuté de 77,55% au premier tour à 47,52% au 2nd tour. Plus d'un tiers de ceux qui ont participé au premier tour se sont donc abstenus! Quel désaveu !

En conclusion, Monsieur Sarkozy de Nagy-Bocsa, rien que pour le procès-verbal de la région du Bandama, situé en zone CNO sous contrôle rebelle, et en tenant compte des chiffres mentionnés et additionnés correctement, le candidat RDR aurait obtenu 84,21% des suffrages exprimés, tandis que celui de la LMP en emporterait 23,52%. Ce qui donne un total de 107,74%, ce qui est un peu gênant, je suis sûre que vous en conviendrez avec moi. Nous savons votre notion de « rigueur » chancelante, mais à ce point...

Monsieur le président de la République française, il y a trois ans, votre serviteur Abdoulaye Wade vous a laissé venir à Dakar nous dire que nous, Africains, sommes des sous-hommes. C'est votre vision. Souffrez donc que nous vous réitérions la notre. La Côte d'Ivoire est un état de Droit, souverain, doté de lois et textes organiques que tous nos partenaires sont tenus de respecter, comme nous respectons les leurs. Pour nous, l'élection du président de la République de Côte d'Ivoire n'est pas l'élection d'un sous-chef de classe dans une école primaire à Issy-les-Moulineaux.

Dans votre communiqué officiel précédemment cité, vous faites référence à la proclamation des résultats provisoires du scrutin hier-après midi par le président de la Commission électorale indépendante et vous lancez un appel aux dirigeants et responsables ivoiriens concernés «pour que le processus électoral, si bien engagé, s'achève rapidement dans un climat apaisé et ouvre à la Côte d'Ivoire une nouvelle ère de paix et de prospérité».

En proclamant les résultats depuis le quartier général de la rébellion et du RHDP plus de 16 heures après l'expiration du délai légal prescrit par la Loi et en dehors des formes et du cadre prévus à cet effet, le président de la CEI Youssouf Bakayoko a enfreint non seulement la Constitution de notre pays, mais également le Code électoral ivoirien et le règlement intérieur de l'institution qu'il dirige, ce que vous n'êtes pas sans ignorer, puisque l'Elysée a été la première à pousser des cris d'orfraie à l'expiration du délai légal de proclamation des résultats provisoires par la CEI, qui était fixé au mercredi 1 décembre à minuit.

En validant ce comportement hors-la-loi et en vous en faisant le porte-voix, vous vous désignez comme l'instigateur et le parrain de cette ridicule et ubuesque tentative de coup d'Etat électoral, qui est, il faut l'avouer, bel et bien à votre image : vaudevillesque et pitoyable. Si la vie et l'avenir de millions de personnes n'étaient pas en jeu, on en rirait!

Hier, à peine trois minutes après l'annonce clandestine, illégale et donc non avenue des «résultats provisoires» par votre très rigoureux ami de la CEI, tous les  médias d'Etat français et affiliés avaient changé leur programmation, avec diffusion du portrait d'Alassane Ouattara, émissions spéciales, interruptions des émissions, identité graphique dédiée, et absolument aucune mention d'une quelconque appréhension sécuritaire ou de l'intervention du président du Conseil constitutionnel, pourtant antérieure à celle de l'ami Youssouf Bakayoko. Aujourd'hui, alors que le Conseil constitutionnel a annoncé la victoire définitive de Laurent Gbagbo depuis 15h30, nous sommes toujours en attente de la diffusion de son portrait ou d'émissions spéciales apologiques qui lui seraient consacrées. A la place de cela, nous avons droit à des prises de paroles haineuses et vindicatives (celle du journaliste Vincent Hugueux de l'Express sur France 24 devrait faire date en la matière) et du fait que depuis quelques minutes, vous semblez vous être souvenus qu'il y a 16.000 Français en Eburnie.

Compte tenu du refus constant de la France d'entamer une relation de partenariat équitable avec la Côte d'Ivoire et bien d'autres pays africains, couplée à votre incapacité à trouver des solutions au marasme socio-économique dans lequel vous avez plongé la France depuis votre élection en Mai 2007 ainsi que votre propension à user des mêmes méthodes que votre prédécesseur Jacques Chirac dans votre entreprise d'appropriation de la Côte d'Ivoire, la suite est connue. Peut-être aurez-vous l'amabilité de nous communiquer la chronologie qui vous sied pour l'édition 2010 de vos forfaits ? En attendant, voici la liste non exhaustive que nous connaissons par cœur, vous pensez bien : incitation aux troubles insurrectionnels urbains, attaques organisées par vos soins des intérêts économiques français et étrangers en Côte d'Ivoire, afin d'en faire porter la responsabilité au président Gbagbo, campagne médiatique anxiogène sur «Gbagbo et les jeunes patriotes-chasseurs-de-Blancs», résurrection des escadrons de la mort, manipulation de l'opinion internationale à travers des informations biaisées et fausses, disparitions opportunes de barbouzes, financement occulte des terroristes de la rébellion, résolutions fantaisistes au Conseil de sécurité de l'ONU, guerre, accords de «paix» obtenus sous la contrainte...

Votre façon, Monsieur Sarkozy de Nagy-Bocsa, de nous prendre pour des amputés du cerveau est crispante. Elle correspond au mépris que vous éprouvez à notre endroit, mais quand même ! Est-ce votre manque d'intelligence, de créativité ou tout simplement votre nature roublarde et brouillonne qui vous empêchent d'être un peu plus fin et discret dans l'élaboration et l'implémentation de vos stratégies de déstabilisation et de main mise sur la Côte d'Ivoire? Ce n'est pas faute d'avoir tenté, mais vous n'avez même pas réussi à imposer votre fils à la tête d'un simple établissement public pour l'aménagement d'une région parisienne et vous pensez pouvoir décider qui va présider la Côte d'Ivoire ? Je vous assure, Monsieur Sarkozy de Nagy-Bocsa, cela est vraiment vexant.

A cause de la guerre militaire, diplomatique, médiatique, politique et économique que votre pays mène au notre depuis maintenant 8 ans,  nous avons été contraints de vivre dans la peur et la pauvreté et de faire des concessions indigestes et avilissantes. A la prospérité et au bien-être ont succédé la mort, le viol, le pillage, la déchéance. Nous ne reprendrons plus cette route. Je pense que ce serait bien si vous vous le teniez pour dit, monsieur le président de la République française. Quiconque tentera d'entraver notre dignité, notre liberté et notre développement, nous le combattrons désormais, sans concession.

Il n'est cependant pas trop tard pour vous rattraper. Votre souhait a été exaucé. Le processus électoral s'est achevé dans le calme ce jour. Le 28 novembre 2010, le peuple ivoirien a voté. Le Conseil Constitutionnel, seul organe habilité à proclamer les résultats définitifs des élections en Côte d'Ivoire, vient de déclarer Laurent Gbagbo vainqueur de la présidentielle avec 51,45% des suffrages. C'est lui que les Ivoiriens ont désigné pour diriger leur pays pendant les cinq prochaines années et ouvrir « une ère nouvelle de paix et de prospérité». Vous pouvez nous féliciter ! Et rappeler au candidat Alassane Dramane Ouattara qu'il s'est engagé à respecter les résultats du Conseil constitutionnel. Pour finir, Monsieur Sarkozy de Nagy-Bocsa, ce serait vraiment très sympathique si vous pouviez informer vos amis de la communauté internationale que  ni eux, ni vous n'avez qualité pour parler ou décider au nom de la Côte d'Ivoire, et que Laurent Gbagbo a été mandaté par nous pour gérer notre pays dans l'intérêt bien compris des Ivoiriens, et non celui de la France, de l'ONU, du FMI ou d'autres puissances occidentales.



Mahalia Nteby (mahalia.nteby@ yahoo.fr)

Publié sur http://saoti.over-blog.com

lundi, 08 novembre 2010

PRESIDENTIELLE IVOIRIENNE : ABIDJAN CONTRE DAKAR

 

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Accusant Dakar de conspiration, Abidjan a rappelé, hier (vendredi 5 novembre), son ambassadeur au Sénégal. Les enjeux d'un esclandre.


«La Côte d'Ivoire a rappelé son ambassadeur au Sénégal. L'ambassadeur du Sénégal en Côte d'Ivoire a été convoqué au ministère des Affaires étrangères et a reçu une lettre de protestation des autorités ivoiriennes», a déclaré hier le conseiller diplomatique du président de la République de Côte d'Ivoire, monsieur Alcide Djédjé. Que s'est-il passé ?

Quelques heures après l'annonce des résultats du 1er tour de l'élection présidentielle ivoirienne, Abdoulaye Wade, chef de l'Etat sénégalais, a dépêché un avion à Abidjan pour venir chercher Alassane Dramane Ouattara et Henri Konan Bédié, respectivement en deuxième et troisième position à l'issue du scrutin, et par ailleurs alliés contre le président Gbagbo au sein du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix.

Ce comportement, considéré comme une ingérence intolérable du Sénégal dans les affaires intérieures ivoiriennes, intervient en pleine préparation du 2nd tour de l'élection présidentielle, prévu le 21 novembre 2010. Ne s'y trompant d'ailleurs pas, Henri Konan Bédié, grand perdant du scrutin au profit de Dramane Ouattara, a refusé d'obtempérer aux desiderata d'Abdoulaye Wade et de prendre part à une conspiration en vue de déstabiliser la Côte d'Ivoire.

Le Sénégal est l'un des pays les plus pauvres d'Afrique en ressources naturelles. Ses devises proviennent principalement de la pêche, du tourisme, de la culture de l'arachide et du soutien financier de la diaspora. En effet, confrontés à la misère ambiante, des milliers de Sénégalais choisissent chaque année la voie de l'exil, constituant une des plus fortes populations immigrées au monde. La gestion népotiste et approximative du pays par le géronte Wade, âgé de 84 ans et dont la dernière lubie consiste à vouloir imposer son fils pour lui succéder à la tête de l'Etat, a aggravé la situation économique déjà peu reluisante du pays de la Teranga.

Depuis quelques années, Abdoulaye Wade entretient des relations difficiles avec Laurent Gbagbo, difficultés décuplées par le refus du chef de l'Etat ivoirien de donner son accord à la requête insistante du patriarche sénégalais de puiser dans les réserves de la BCEAO à des fins autres que celles prévues. Il est donc impératif pour Wade d'avoir un homme à sa solde aux manettes à Abidjan. D'où son soutien peu discret à Ouattara, bien connu pour être très sensible aux intérêts géostratégiques, financiers et économiques français, burkinabés et sénégalais.

Faut-il rappeler que grâce à la guerre en Côte d'Ivoire et pour avoir accepté de servir de base arrière aux rebelles, le Burkina Faso, pays d'origine de Ouattara, est devenu un important exportateur de cacao sans que cette matière première ne soit cultivée sur son territoire ?!

Bien qu'il n'ait aucune intention de remettre en cause la politique étrangère néocolonialiste de la France en Afrique, Nicolas Sarkozy ne peut, à l'heure actuelle, se permettre d'avancer à visage découvert comme son prédécesseur Jacques Chirac l'a fait, en envoyant l'armée française bombarder les populations ivoiriennes à Abidjan et Bouake il y a exactement 6 ans, en novembre 2004. Empêtré dans des scandales politico-financiers et ratatiné sur le plan intérieur, Sarkozy, au vu de l'engagement grandissant des Etats Unis et de la Chine en Afrique, ne voit d'autre solution, pour financer la croissance française, que de maintenir les états africains de son «pré carré» loin de la mondialisation. En dehors des innombrables ressources naturelles dont dispose la Côte d'Ivoire, les immenses gisements de pétrole découverts au large des côtes ivoiriennes et ghanéennes suscitent d'autant plus sa convoitise que les entreprises françaises du secteur voient leurs concurrents russes, américains, brésiliens et chinois rafler la mise.

Blaise Compaoré, à qui Laurent Gbagbo avait habilement décidé de confier le rôle de médiateur pour l'empêcher de nuire, sur les conseils avisés de l'ancien président sud africain Thabo Mbeki, n'étant plus disponible, et Omar Bongo ayant passé l'arme à gauche, Sarkozy a trouvé son sous-traitant pour mener à bien son entreprise de déstabilisation d'un régime jugé récalcitrant en la personne d'Abdoulaye Wade, qui a certainement obtenu une contrepartie intéressante pour accepter d'être la face visible du complot visant à faire main basse sur la Côte d'Ivoire.

En se rendant toutes affaires cessantes à Dakar pour prendre les instructions de son mentor, Alassane Dramane Ouattara semble, quant à lui, décidé à tomber le masque, donnant ainsi raison au président Gbagbo qui l'a désigné tout au long de la campagne électorale comme «le candidat de l'étranger». Stratégie payante ? La Côte d'Ivoire au service de Wade, Compaoré  et Sarkozy: pas sûr que les Ivoiriens acceptent de confier les rênes du pouvoir à un homme qui ne se cache plus d'être la marionnette de la France, du Burkina Faso et du Sénégal.


Mahalia Nteby

 

Source: SAOTI, le blog de Mahalia Nteby

jeudi, 20 mai 2010

MONSTRUOSITE FRANÇAISE EN AFRIQUE : MASSACRE AU CAMEROUN

 

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«Ils ont massacré de 300 à 400 000 personnes. Un vrai génocide. Ils ont pratiquement anéanti la race. Sagaies contre armes automatiques. Les Bamilékés n'avaient aucune chance.[…] Les villages avaient été rasés, un peu comme Attila », témoigne le pilote d'hélicoptère Max Bardet. (Extrait de La Françafrique. Le plus long scandale de la République, par F-X Verschave)


J'appris avec ces phrases le massacre littéralement inouï d'une population camerounaise au tournant des années soixante. Je m'attachai à en savoir davantage. Ce ne fut pas facile, tant la terreur, là-bas, produit encore son effet. Ce n'est pas terminé. En 1938, de jeunes Camerounais formés à l'école française créent la Jeucafra, Jeunesse camerounaise française.

Parmi eux, un certain Ruben Um Nyobé, commis-greffier au tribunal de Yaoundé. Nettement pro-français, ce mouvement se pique au jeu de la conférence de Brazzaville où, en 1944, le général De Gaulle avait annoncé des libertés politiques nouvelles pour les peuples de l'Empire colonial.

Au même moment débouche le mouvement de syndicalisation suscité par des salariés français expatriés, travaillant dans l'enseignement et les chemins de fer. Ce mouvement est proche de la CGT française, à laquelle adhéraient la plupart de ses initiateurs. Il aboutit en décembre 1944 à la création de l'Union des syndicats confédérés du Cameroun (USCC). Ruben Um Nyobé s'y inscrit, avec plusieurs de ses amis.

L'injustice sociale et politique est alors criante. Les colonies ont connu l'«effort de guerre», l'austérité et une forte hausse des prix. A la Libération, les salaires des fonctionnaires de nationalité française sont augmentés, ceux des camerounais restent bloqués : la ségrégation continue !  Anticipant sur les libertés promises, la Jeucafra exige l'impossible : la liberté de parole et de presse, la participation des autochtones à la gestion des affaires publiques, etc.  Comme en Algérie, au Sénégal, ou plus tard à Madagascar, le refus est brutal : lors d'une grève le 27 septembre 1945, une bande de colons armés tirent sur une manifestation d'Africains. Il y a au minimum soixante morts. Ainsi restauré, l'« ordre » colonial engendre des frustrations considérables. En mars 1947, la Jeucafra se fond dans un front anticolonialiste, le Racam (Rassemblement camerounais), qui réclame carrément la création d'un État camerounais. Après la guerre 1914-18, le Kamerun détenu par l'Allemagne vaincue s'était vu placé par la Société des nations sous un double mandat : la tutelle de la France, pour la majeure partie du territoire, et celle de la Grande-Bretagne, pour la région Ouest limitrophe du Nigeria. Le Racam demande tout simplement la fin des mandats tutélaires, en application de la charte des Nations unies, et la réunification du Kamerun. On l'interdit au bout de deux mois. Ce n'est que partie remise. Avec les mêmes revendications, Ruben Um Nyobé fonde le 10 avril 1948 l'Union des populations du Cameroun (UPC). Celle-ci adhère bientôt au Rassemblement démocratique africain (RDA), créé par l'Ivoirien Houphouët-Boigny. Pour l'administration coloniale, pas de doute : non seulement la revendication d'indépendance sent le soufre, mais les fréquentations cégétistes d'Um Nyobé et l'adhésion de l'UPC au RDA portent la marque du complot communiste international. Certes, les députés du RDA à Paris se sont apparentés un temps au groupe communiste, avant d'être récupérés par le parti charnière de François Mitterrand, l'UDSR. Mais quand on voit l'évolution ultérieure d'Houphouët… Un multimilliardaire, pas vraiment rouge ! L'amalgame indépendantisme- communisme, plus ou moins délibéré, parfois machiavélique, fera des ravages. Bien qu'Um Nyobé ait toujours nié la filiation communiste de l'UPC, le dynamisme de ce parti naissant lui vaudra très vite d'être la cible d'une croisade - pour la «défense du monde libre», contre le «péril rouge». C'est la politique sans nuances du Haut-commissaire du Cameroun, André Soucadaux (1949-54). En face, Ruben Um Nyobé tient des propos qui font songer à son contemporain Mandela - ce Mandela qu'il aurait pu être :

«Les colonialistes ne veulent pas admettre qu'un Noir soit l'égal d'un Blanc. Cette conception se manifeste dans le domaine social, dans l'échelle des salaires, dans le traitement médical, dans le logement, dans la justice et hélas, à l'Église. Quelle est alors l'âme éprise de liberté qui resterait insensible devant ce fait révoltant d'un étranger qui traite les enfants de la terre comme des hommes de seconde zone ? La doctrine coloniale n'a jamais cessé de proclamer que le Blanc est un être supérieur et que le Noir, spécialement, ne possède que des capacités limitées […]. Une telle façon de ne rien faire pour modérer, sauf cas exceptionnel, la discrimination raciale fait beaucoup pour renforcer notre méfiance et notre combativité».

Un discours tellement vrai qu'il fait «exploser le conflit entre le système colonial et la condition faite au peuple came­rounais», observe le politologue Achille Mbembe. L'UPC attire la population pauvre des grandes villes, Douala en particulier. Elle convainc aussi une partie des élites. Elle s'implante progressivement à travers tout le Cameroun, mais connaît deux zones de prédilection.


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23:50 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Cameroun, France | Lien permanent | Commentaires (73) | Tags : afrique, cameroun, g. bediong à nyokon, saoti, mahalia nteby, um nyobe, moumie, ouandie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

dimanche, 22 mars 2009

L'INACCEPTABLE ARROGANCE DES DIRIGEANTS D'ENTREPRISES ETRANGERES EN AFRIQUE NOIRE FRANCOPHONE

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Image Histoire de l'esclavage en Martinique. Photos esclaves Antilles.

Lu sur SAOTI.OVER-BLOG.COM: "Les colonialistes ne veulent pas admettre qu'un Noir soit l'égal d'un Blanc. Cette conception se manifeste dans le domaine social, dans l'échelle des salaires, dans le traitement médical, dans le logement, dans la justice et hélas, à l'Église. Quelle est alors l'âme éprise de liberté qui resterait insensible devant ce fait révoltant d'un étranger qui traite les enfants de la terre comme des hommes de seconde zone ? La doctrine coloniale n'a jamais cessé de proclamer que le Blanc est un être supérieur et que le Noir, spécialement, ne possède que des capacités limitées... Une telle façon de ne rien faire pour modérer, sauf cas exceptionnel, la discrimination raciale fait beaucoup pour renforcer notre méfiance et notre combativité" (Ruben Um Nyobé).


L’information a été publiée avant-hier dans les colonnes du quotidien Notre Voie. L’opérateur de téléphonie mobile Orange Côte d’Ivoire a reçu, en date du 16 janvier 2009, un courrier de protestation de la part du directeur général de l’Agence des Télécommunications de Côte d’Ivoire (ATCI), en charge de la régulation du secteur des télécoms, pour «comportements et propos irrévérencieux envers les institutions ivoiriennes, y compris la Présidence de la République». L’individu incriminé est le français Charles Guéret, directeur commercial d’Orange Côte d’Ivoire, qui représente le directeur général Jean-Jacques de Pins lors des réunions de l’ATCI.

Cet avertissement n’est qu’un épisode de la situation sans précédent que traverse actuellement l’opérateur de téléphonie mobile hexagonal en Côte d’Ivoire. En effet, par courrier adressé au président du conseil d’administration de l’entreprise, les délégués du personnel d’Orange Côte d’Ivoire ont fait part de leur révolte contre les méthodes de gestion et attitudes arrogantes, irrespectueuses et malhonnêtes des français Jean-Jacques de Pins, Charles Guéret et François Couturier (directeur financier). Le point de non retour a été atteint lorsque les représentants du personnel ont décidé d’interdire l’accès à tous les sites d’Orange auxdits dirigeants et ont exigé de leur conseil d’administration leur départ de Côte d’Ivoire. Petite anecdote qui reflète bien l’état d’esprit colonialiste de sieurs concernés : face à l’impossibilité d’accéder à leurs bureaux, le trio, du haut de sa bulle impérialiste, a tout naturellement requis l’aide de l’armée française pour opérer un passage en force, ce que les éléments de la force d’occupation Licorne, qui ont remplacé les bidasses du 43ème BIMA démobilisés depuis plusieurs mois, ont décliné, pas fous et peu enclins à rallumer une insurrection qui dépasserait celle de novembre 2004.

Parallèlement, le vice-président pour la région Afrique du Centre et de l’Ouest de MTN, le dénommé Christian de Faria, lui aussi ressortissant français, se permettait, suite à l’arrêté d’expulsion pris par les autorités ivoiriennes à l’encontre du directeur général de MTN Côte d’Ivoire, le Canadien Aimable Mpore, de qualifier notre pays de «république bananière», avant d’aller signer une pétition contre la décision de l’Etat de Côte d’Ivoire, devant des membres du personnel estomaqués.

Que ce soit par racisme historique, comme dans le cas des sociétés occidentales en général et françaises en particulier, ou par ignorance de l’accablant traumatisme colonial imposé par la France et la Belgique aux pays d’Afrique francophone depuis l'époque de l’esclavage jusqu’à nos jours, pourtant si similaire à celui vécu par les Sud-Africains pendant l’oppressif régime de l’apartheid, il est indéniable que les opérateurs économiques étrangers ne font aucun effort pour promouvoir les talents nationaux au plus haut niveau au sein de leurs filiales africaines. Cela pourrait encore être acceptable, si les dirigeants étrangers nommés disposaient des compétences requises et nécessaires. Hélas ! Les critères de recrutement semblent plus être leur adhésion au colonial système françafricain ou leur racisme génétique que leurs qualifications professionnelles, leurs aptitudes techniques ou leur leadership. Et lorsque, une fois tous les trente-six du mois, il leur arrive de nommer un Noir à un poste de direction, ils sont suffisamment pernicieux, dans la plupart des cas, pour s’assurer qu’il ait soit fait allégeance à leurs objectifs de prédation économique, soit une tendance accrue à l’escroquerie, afin de disposer de moyens de pression sur lui, le cas échéant.

Si cet état de choses est à déplorer, il n’en demeure pas moins qu’il est facilité et encouragé par l’apathie de certains gouvernements africains, dans la plupart des cas des anciennes colonies françaises. Et cet attentisme complice et criminel contribue non seulement à annihiler les perspectives de développement des pays concernés, mais surtout l’émergence d’une classe moyenne et d’un capitalisme national solides. Comment un pays comme le Cameroun, qui dispose des textes relatifs à la nationalisation des cadres, peut-il autoriser des multinationales à employer des expatriés aux mêmes postes pendant cinq, six, voire dix ans, sans s’assurer qu’un transfert de savoir ou de compétences soit effectué au plus tard dans les trois années suivant l’arrivée de l’expatrié ? Comment les Etats concernés peuvent-ils permettre qu’une entreprise sud-africaine, elle-même créée grâce à la politique du Black Economic Empowerment (BEE) mise en place pour corriger les ravages et discriminations causées par l’apartheid, puisse, dans dix pays où elle est présente en Afrique centrale et de l’Ouest, n’avoir qu’un seul directeur général issu du terroir ? Est-il admissible que la législation ivoirienne ne dispose pas d’une obligation, pour tout investisseur étranger, d’ouvrir son actionnariat à des nationaux ? Est-il acceptable, compte tenu du nombre d’Ivoiriens et d’Africains hautement qualifiés qui exercent en Afrique et de par le monde, qu’une position comme celle de directeur financier d’une multinationale soit, en 2009 en Côte d'Ivoire, occupée par un Gaulois aux diplômes douteux et au parcours hasardeux? Les exemples du Nigeria et du Ghana, les deux meilleures références de réussite économique et de développement dans la sous-région, qui disposent tous deux d’une législation très protectionniste envers le savoir-faire local et la promotion des talents nationaux et qui veillent particulièrement à sa très stricte application, devraient suffire à faire taire tous ceux qui craignent que ce genre de réflexion ait pour finalité de faire fuir les investisseurs étrangers et inspirer les gouvernants hésitants de l’ex pré carré impérialiste français.

Une chose est sûre : si les entreprises étrangères n’arrivent pas à adapter rapidement leur politique managériale à l’évolution de la situation politique et socio-économique des pays d’Afrique francophone, elles devront faire face à une riposte de plus en plus radicale des autorités et populations locales: l’expulsion du fort indélicat directeur général de MTN Aimable Mporé par l’Etat de Côte d’Ivoire, la rébellion des employés d’Orange Côte d’Ivoire contre le triumvirat colonial commis par Paris pour les diriger, les protestations de l’ATCI contre les «frasques verbales» de Charles Guéret sont des signes annonciateurs d’un changement profond et irréversible. Un proverbe occidental dit que «tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se casse». Il semblerait bien que les colons dirigeants d’entreprise et leurs lamentables laquais locaux, dont l’arrogant et abject comportement de gouverneurs de plantations a trop longtemps été toléré, courent de plus en plus le risque de se voir renvoyés à leurs expéditeurs. Et que là où l’Etat a abdiqué ou tarde à réagir, les citoyens et salariés apparaissent bien décidés à prendre eux-mêmes les choses en main.

«Les républiques bananières» vous saluent!

Mahalia Nteby, le 18 mars 2009