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lundi, 09 novembre 2015

COUPS D'ETAT ELECTORAUX EN AFRIQUE: LE CAS OUATTARA EN COTE D'IVOIRE - PAR LESLIE VARENNE

 

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Après le coup d’Etat manqué du 16 septembre au Burkina Faso – dont il est encore impossible de mesurer les conséquences notamment en ce qui concerne l’implication de plusieurs pays étrangers dans cette affaire -, l’Afrique de l’Ouest vient de réaliser deux magistraux coups d’Etat électoraux. Le premier s’est déroulé le 11 octobre en Guinée Conakry, avec un passage en force d’Alpha Condé, élu en bourrant les urnes et en s’octroyant 60% des voix dès le premier tour. Le second vient d’avoir lieu en Côte d’Ivoire où Alassane Ouattara a violé, non seulement les lois du code électoral, mais aussi celles de l’arithmétique !

Le scénario d’une victoire écrasante du président sortant et d’un scrutin à un seul tour était prévu depuis fort longtemps. En février dernier, un spécialiste de l’Afrique de l’Ouest confiait déjà à IVERIS : « la seule crainte du pouvoir est le taux de participation. » Ces inquiétudes étaient fondées et se sont révélées plus désastreuses que ce que le Président sortant et son camp n’avaient anticipé : les Ivoiriens se sont abstenus massivement. C’est ce qui explique l’interminable attente des résultats finaux et surtout du taux réel de participation. Finalement, la Commission électorale indépendante a annoncé qu’il y avait eu 54,63 % de votants. Un chiffre contesté par l’opposition qui, elle, avance un nombre compris entre 15 et 18%. Pourtant ce taux n’aurait dû être l’objet ni d’une polémique, ni d’une attente prolongée, puisque le National Democratic Institute, (NDI), un organisme américain, financé par la NED, était présent en Côte d’Ivoire. En effet, grâce à son système PVT , le NDI a les moyens d’obtenir des données fiables transmises dès la fin du scrutin. L’ex Premier ministre, Charles Konan Banny, a demandé : « instamment au NDI de transmettre le taux de participation ». Il attend toujours. L’ambassadeur américain, Terence McCulley, et la sous-secrétaire d’Etat aux Affaires africaines, Bissa Williams, n’ont pas attendu, eux, les résultats du scrutin pour donner une conférence de presse dès le lundi 26. Ils ont tous deux félicité les Ivoiriens pour cette élection : « crédible, transparente et inclusive ». Alassane Ouattara fait donc mieux que son homologue Alpha Condé et obtient un score à la soviétique : 83,66% ! Petite cerise sur le gâteau, les trois candidats indépendants, Charles Konan Banny, Essy Amara – ancien ministre des Affaires étrangères et ancien président du Conseil de sécurité – et Mamadou Koulibaly, ancien président de l’Assemblée nationale -, qui s’étaient désistés avant le scrutin pour dénoncer l’escroquerie électorale qui s’annonçait, ont été comptabilisés dans le vote ! Bien entendu, ils obtiennent des miettes ; bien entendu, c’est illégal, mais puisque le scrutin a été déclaré crédible, transparent et inclusif … L’Afrique francophone est malheureusement habituée à ce genre de mascarades électorales : en avril dernier, Faure Gnassimbé, qui se représentait pour la troisième fois consécutive à la tête du Togo, a, lui aussi, été élu dès le premier tour avec 55% des voix. En réalité son opposant Jean-Pierre Fabre avait obtenu 60% des suffrages et le président sortant 35%. Mais l’ONU a immédiatement validé la victoire de Faure Gnassimbé…

Quelle légitimité ?

Le taux de participation en Côte d’Ivoire était un point crucial, pas seulement parce que l’opposition fidèle à l’ancien président Laurent Gbagbo avait appelé au boycott des urnes, mais parce qu’Alassane Ouattara était arrivé au pouvoir par les armes après une élection déjà contestée. Cette élection devait donc lui apporter une vraie légitimité afin d’en finir avec « le président reconnu par la communauté internationale[i] ». Avec la manipulation des chiffres, il n’obtient qu’une légitimité de façade. Personne n’est dupe, ni les Ivoiriens, ni les chancelleries qui connaissent les vrais chiffres. Mais surtout, ces coups d’Etats électoraux, à Abidjan comme ailleurs, ne règlent aucun des problèmes qui se posent à ces Etats : pauvreté, chômage, corruption, réconciliation nationale. Bien au contraire, ils accentuent les frustrations, le ressentiment, les divisions et laissent ces pays assis sur des poudrières. L’Afrique de l’Ouest n’est pas sortie de l’œil du cyclone…

 

[i] « Le Président reconnu par la communauté internationale » était l’appellation consacrée par la presse étrangère pour différencier les deux présidents Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara lors de la crise électorale de 2010. Le Premier avait été reconnu par le Conseil constitutionnel ivoirien, le second par la communauté internationale.

 

Une contribution de Leslie Varenne

Institut de Veille et d’Etude des Relations Internationales et Stratégiques (IVERIS).

 

Source: IVOIREBUSINESS.NET

lundi, 10 août 2015

COTE D’IVOIRE – ALASSANE OUATTARA: ARRET SUR IMAGE, ENTRE LE 121ème ET 122ème AVION

 

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A peine la mascarade du 7 août passée, notre président émergent s'envole pour la France... Petites vacances certainement avec un bilan médical à la clé, mais rien ne nous dit que le candidat Ouattara publiera son bulletin de santé, comme l'exigent les textes; d'ailleurs sa déclarations de patrimoine liée à la précédente "élection" attend toujours d'être publiée... Nous savons seulement que son patrimoine a très indécemment grossi depuis sa prise de pouvoir. Mais c'est normal, il travaille tellement; et que dire de son épouse, qui selon ses fans rivaliserait en actes et en miracles avec la sainte Vierge. Il est donc normal que la pluie de milliards tant attendue tombe dans leur escarcelle au lieu de tomber en dehors. 

L'exposition universelle fêtée à Milan cette année, notre élu se doit d'y présider la journée nationale de la Côte d'Ivoire, le mardi 11 août. D'ailleurs l’ambassadeur d’Italie en Côte d’Ivoire, SEM. Alfonso Di Riso a expliqué que cette "journée" sera une opportunité pour les investisseurs italiens de découvrir les potentialités économiques de la Côte d’Ivoire. Une Énième opportunité donc, Ouattara n'ayant pas arrêté de sillonner la planète pour tenter de débusquer enfin ces investisseurs, devenus tellement rares... Et pourtant à l'entendre parler, cette Côte d'Ivoire exceptionnelle louée le 7 août dernier, est un pays de rêve : les hôpitaux, écoles, industries, routes, infrastructures poussent comme des champignons. Plus besoin même d'évoquer le taux de croissance, il a littéralement explosé. Sa réélection est acquise, on se demande même pourquoi des élections sont programmées en pareilles circonstances, avec un "Grand Favori" comme lui à la tête du pays, comme l’annonce l'AFP, version ivoirienne dans son crédo quotidien. 

Et pourtant Pascal Affi N'guessan, lui aussi, croit que son jour de gloire est arrivée. Plus de 4000 personnes ont assisté à son investiture hier. Mamadou Koulibaly, Charles Banny, soutenu par Abou Cissé, -le parent de la mère d'Ado, née à Dabou, aux dernières nouvelles-, Essy Amara, encouragé par Mamadou Ben Soumahourou, KKB et d'autres y croient aussi...

Ainsi va la vie en Côte d'Ivoire. Pour l'instant le gouvernement rapidement expédie les affaires courantes. Tous les grands projets sont reportés après les élections, le métro aérien devrait être lancé pour 37 kilomètres de rails. A Jérusalem nous avons "subi" les travaux du tram pendant plus de 12 ans, sur une ligne de 13,7 kilomètres seulement. Mais chut, dans cette Côte d'Ivoire qui ne peut manquer son Émergence en 2020, il est évident que les travaux seront menés tambour battant, et terminés à cette date ! Il va sans dire que toutes les écoles promises ouvriront en septembre, que les professeurs seront trouvés et rémunérés, que les parents qui ne pourront envoyer leurs enfants à l'école faute de moyens financiers, trouveront une petite obole leur permettant de ne pas passer par la case prison, depuis que notre génie en Chef a lancé le décret de l'école obligatoire, reprenant les dispositions données en leur temps par Laurent Gbagbo qui  avait déjà rendu l'école obligatoire, mais gratuite. Ouattara ne garde que l'obligatoire, oubliant la gratuité. Gratuité des soins aux plus pauvres, un oubli aussi de sa part. 

Octobre sera bientôt à nos portes. La commission CDVR, remplacée par une autre commission, n'a pas accouché de grand-chose; nous n'avons lu aucun chiffre, aucune statistique fournie par Charles Konan Banny. Une cérémonie commémorative des victimes a rassemblé quelques 50 "cas" sur les 3500 recensées. Lors de cette cérémonie, le couple Ouattara a joué les pleureuses, puis les consolateurs, et enfin les artisans de paix. Quelques 1500 Euros ont été distribués aux familles présentes; bien sûr les autres devront attendre un peu, probablement après les élections... Pas un mot sur les morts au sein de l'armée, sur les jeunes qui ont été fait prisonniers, mis dans des containers, ceux qui ont disparu dans la forêt du Banco; pas un mot sur les exilés qui attendent toujours encore que ceux qui squattent leurs maisons et domaines partent pour pouvoir rentrer au pays dans la dignité. Pas un mot pour ces militaires qui pourrissent en prison, sans procès; pas un mot pour ceux qui sont morts de sévices et dérapages en tous genres de la part de cette gent militaire si zélée, appelée FRCI.

Les fournisseurs de l’État nous promettent une manifestation le 15 parce que l’État n'a toujours pas honoré les factures, en attente pour certaines depuis plus de 10 ans. Et pourtant l'état est une continuité, et le gouvernement en place a bien promis de faire le nécessaire. Quand 87% de la Côte d'Ivoire est électrifiée, selon les dires du mari, pourquoi certains beaux "cadeaux" de dame Ouattara à ses sœurs, payés sur les deniers publics, sont-ils encore des machines à coudre à pédalier? Pourquoi y a t-il toujours encore autant d'enfants esclaves, pardon d'enfants déscolarisés qui travaillent au lieu d'aller à l'école ? Madame Ouattara n'a -telle pas eu le temps de se pencher sur la question, elle qui préside une commission sur le travail des enfants?

Comment voteront tous les déguerpis? Il n'y a pas une semaine où les bulldozeurs se reposent : partout il faut présenter un "cadre de vie" exemplaire. La Côte d'Ivoire au travail, en bonne santé ne peut connaitre de quartiers misérables, les bidonvilles ne peuvent figurer sur les clichés de l’Émergence où tout le monde sourit et dit "Merci Ado, on rempile avec toi!"

En attendant, Ouattara va passer quelques jours de repos en France, avant de traquer les investisseurs du monde entier qui pourraient se trouver à Milan et visiter l'exposition universelle lors de leurs vacances. Ce sera son 121ème voyage, puis son 122ème. Avant de rentrer en France, suggérons-lui de faire un petit détour via Turin pour visiter son ami le président Faure Gnassingbé, spécialiste des bidouillages électoraux, qui a même manqué sa troisième investiture prévue pour le 27 juin dernier, un AVC massif l'ayant retenu dans un hôpital italien. Mais peut-être que le dicton "pas de nouvelles, bonnes nouvelles" n'est pas si exact le concernant... Si, bonne nouvelle : le Togo se gouverne tout seul, les petites mains invisibles françaises veillent au grain. Et leur vigilance au Togo confirme celle qui n'a jamais fait défaut en Côte d'Ivoire. Alors, vive la Dépendance présente et à venir !

 

Shlomit Abel, 9 août 2015.

 

Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

mercredi, 10 septembre 2014

SECURITE: LE QUESTIONNEMENT DU Pr MAMADOU KOULIBALY

 

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Que ce soit en tant que conférencier invité par l’Onuci et la Friedrich Ebert Stiftung pour disserter sur le rôle des partis politique dans le contrôle du secteur de la sécurité en Côte d’Ivoire ou lors de ses multiples rencontres avec les populations et la société civile, le président de LIDER, le Pr. Mamadou Koulibaly a pris l’habitude de poser une question à son auditoire : Que faire de la garde prétorienne de Ouattara à l’issue de l’élection présidentielle de 2015?

 

En effet, l’actuel président de la République, dans le sillage de la crise post-électorale, a mis en place une garde prétorienne de 5000 personnes environ. Cette garde issue des forces armées des forces nouvelles (Fafn) lui est rattachée par des liens privilégiés et fidélisés qu’elle a construits avec son arrivée au pouvoir. Ces forces sont donc politiquement liées à Ouattara plus qu’à son régime, au régime plus qu’à l’Etat et à l’Etat plus qu’à la République. Elles font office de forces de dissuasion du régime et semblent bien réussir, pour le moment, tant que le père fondateur est en place.

La garde prétorienne composée des forces spéciales et autres factions gérées par les ex-com’zones au cœur de la République et au service du sommet de l’Etat n’encourage pas les réformes de l’armée. Elle se comporte comme une compilation de milices privées au sein de l’armée et ressemble plus à des conquérants qu’à des soldats d’un état de droit. Mais le droit de l’Etat impose ces forces de sécurité, qui sont loin d’être républicaines, même si on les affublées de ce patronyme. Arrivées au pouvoir dans la dynamique de la crise ivoirienne, elles sont en effet liées non pas à la République, mais plutôt au président de la République qui est toujours président de son parti politique, en violation de la loi fondamentale, sans que cela ne gêne ni le Conseil constitutionnel, ni le Parlement.

On peut présumer que le système est sous contrôle du président-fondateur jusqu’en 2015. Mais que se passerait-il au cas où Ouattara perdait les élections? Que se passerait-il pour cette garde prétorienne et les autres forces pro-Ouattara au cœur de la machine sécuritaire de l’Etat si un membre actuel de l’opposition arrivait au pouvoir en octobre 2015? Comment une République dirigée par Mamadou Koulibaly s’accommoderait-elle des soldats qui ont juré fidélité et qui sont des militants avérés des différentes branches armées du Rdr, qu’on les appelle Fn ou Fafn ou Frci ? Comment s’accommoderait cette garde prétorienne avec un opposant devenu président de la République en 2015 ?

Mais, on peut admettre aussi que la présence même de ces forces pro Ouattara au moment des élections assure une dissuasion telle qu’aucun opposant ne puisse gagner ces élections de 2015. Cette hypothèse n’est pas moins probable que la précédente. Dans ce cas de figure, projetons-nous dans l’après 2015. Supposons que Ouattara gagne les élections et qu’il est dans son second mandat 2015-2020. Admettons qu’il n’envisage pas se représenter aux élections présidentielles de 2020. Cette hypothèse ouvre la perspective d’un renouvellement d’équipe gouvernementale. Il y aura donc un changement de président après 2020. Entre 2016 et 2020, nous entrerons ainsi dans une guerre de succession au cœur du système Ouattara. Le chef auquel les troupes constituées depuis 20 ans sont attachées, au point d’avoir conduit pour lui une rébellion de dix ans, doit laisser la place à un autre chef qui aura moins de légitimité et dans un parti politique en ébullition ou en reconstitution autour de ce nouveau messie charismatique et historique. Une guerre des héritiers de Ouattara est donc à envisager après 2016 et avant 2020. Quels en seraient les protagonistes dans le camp Ouattara? Avec quelles forces vont-ils mener leurs combats? Lequel de ces protagonistes contrôlera la garde prétorienne ? Comment les différentes factions qui composent cette garde prétorienne vont-elles se comporter dans ce «Game of Thrones» saison 2020 made in Côte d’Ivoire? Nous sommes au cœur de la question sécuritaire qu’aucune réforme actuelle du secteur de la sécurité ne peut éviter.

Le Rdr, aujourd’hui unifié autour de Ouattara, va-t-il résister aux guerres intestines que sa succession va déclencher ? Quelles conséquences ces guerres vont-elles avoir à partir de 2015 sur les Frci ? Sur les com’zones ? Sur l’armée ? Sur la police ? Sur la gendarmerie? La guerre des clans qui suivra va-t-elle ou non avoir un impact sur l’Etat ? Sur la République ? Sur les populations civiles ? La réforme du secteur de la sécurité (Rss) entamée peut-elle dès maintenant anticiper cette crise au sein des Frci ?

Dans tous les deux cas de figure, que Ouattara gagne ou perde les élections présidentielles à venir, la question se pose déjà de savoir ce que deviendra la garde prétorienne qu’il a constitué autour de lui et qui protège son régime comme une milice avec ses chefs de guerre directement attachés au président de la République lui-même.

Que deviendront les chefs de guerre dans une Côte d’Ivoire en émergence ? Peut-il y avoir compatibilité entre les chefs de guerre au service d’un président de la République et une prétendue émergence économique ? Faut-il dissoudre ces forces spéciales avant les élections et considérer qu’avec le second mandat de Ouattara ou bien avec le départ de Ouattara battu en 2015, leur mission serait terminée ? Et qui va les dissoudre, ces chefs de guerre qui depuis 2000 n’ont rien fait d’autre que la guerre, le trafic hors-la loi et l’affairisme ? Faut-il les mettre à la retraite et leur verser une rente viagère ? Ils seront de vieux soldats. Ils seront de riches rentiers. Mais ils resteront des militaires incompétents, claniques, violents et si on applique les résolutions 2151 et 2162, ils n’auront certainement plus leurs places dans l’armée nationale. Faut-il leur organiser des départs volontaires et à quel prix ? A quel coût ? Que va-t-on faire de ces autorités militaires devenus des militants politiques ou de ces militants politiques devenus entre temps autorités militaires ? Au-delà des chefs de guerre, des com’zones, que vont devenir leurs troupes ? Peut-on envisager renouveler leur encadrement et leur mise sous l’autorité du chef d’état-major des armées ? Faut-il envisager leur reprofilage et leur mise à disposition des futurs présidents de la République ? Peut-on construire une nouvelle armée, une nouvelle police et une nouvelle gendarmerie avec la logique des forces qui prétendent avoir gagné une guerre et avoir droit à un butin ?

Ces interrogations du Pr. Mamadou Koulibaly s’avèrent être un véritable casse-tête pour ses interlocuteurs. L’auditoire de la conférence du 5 août 2014 à l’Onuci, composé de députés de l’assemblée nationale, de membres du corps diplomatique, des forces armées nationales et internationales, de la société civile et des partis politiques, comme les populations avec qui il échange dans les communes d’Abidjan et à l’intérieur du pays se montrent souvent désemparés face à ce questionnement. Faut-il pour autant perdre espoir et accepter la situation actuelle comme une fatalité? LIDER, qui travaille depuis longtemps sur la question et pour qui il est urgent de construire une doctrine de défense et de sécurité qui soutiendrait un concept cohérent d’emploi des forces et une loi de programmation militaire, pense que non. Il va falloir aborder courageusement ce sujet et surtout mettre en œuvre les actions qui pourront ramener la sérénité et l’apaisement dans le quotidien des Ivoiriens.

La sécurité est l’affaire de tous et il est urgent que M. Ouattara et son gouvernement, qui jusqu’ici n’ont montré aucune motivation à apporter les correctifs nécessaires au dispositif sécuritaire et ont totalement failli à leur engagement d’organiser de grands débats nationaux sur les grandes questions de société, en particulier sur le rôle des institutions – l’armée en étant une –, commencent à faire preuve de volonté politique, de sérieux et de célérité dans le traitement de cette question. 

 

SourceLIDER-CI.ORG

MAMADOU KOULIBALY: CELA M'ATTRISTE TERRIBLEMENT...

 

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Interrogé par le quotidien L’Inter, le président de LIDER, le Pr. Mamadou Koulibaly, avec son franc-parler habituel, fait part de sa profonde déception au vu de l’attitude de certains représentants de l’opposition et évoque les conditions pour battre Ouattara dans les urnes, en dépit du déséquilibre des moyens, des forces et de la commission électorale inféodée.

 

Comment appréciez-vous la réélection de Youssouf Bakayoko comme président de la Commission électorale indépendante ?

Même si cet état des choses est décevant de la part d’un technocrate qui sort du consensus de Washington mais se comporte comme un potentat de village africain, il est dans la logique de l’action du candidat Ouattara qui consiste à verrouiller le processus et le système électoraux pour préparer, forcer et imposer sa victoire. Il faut quand même retenir que les choses ont commencé avec le Conseil constitutionnel anticonstitutionnellement installé, qui ferme depuis lors les yeux sur les violations flagrantes et récurrentes de la loi fondamentale par le président de la République, qui reste à la fois chef de l’Etat et président du Rdr. Il ne faut pas oublier que par la suite, entre autres actes illégaux, le président a installé une Commission électorale totalement à ses  ordres, en violation de la Constitution. Que Bakayoko soit de nouveau installé comme président de la Commission électorale inféodée (Cei) est dans l’ordre normal de la fraude électorale dont il représente les préliminaires. Et cela est dommageable pour nous qui voulons le renforcement de la démocratie et qui rêvons  de société ouverte, apaisée et tranquille. Dommage pour les gens de leur génération dont on se demande bien quelle leçon de morale ils donnent à leurs descendances, lorsque la triche devient officiellement leur mode de fonctionnement ? Après, comment s’étonner qu’aux examens, les enfants considèrent que la fraude soit moralement défendable ?

Vendredi dernier, lors des débats, cinq membres n’ont pas attendu l’élection du bureau de la CEI et ont claqué la porte. Que vous inspire cette situation ?

C’est à croire qu’en Côte d’Ivoire, les gens qui pensent que la norme de vie en société est la tricherie, la fraude, la violence et la lâcheté sont majoritaires. Il est décevant d’observer que le fait que la loi soit mauvaise ne gêne pas tant que cela, qu’on l’accepte parce qu’elle nous permet d’obtenir une rente, même si elle est anticonstitutionnelle. Désappointant tout ça. Il aurait fallu dénoncer la loi comme non conforme à la Constitution. Descendre dans les rues et exiger le respect de la Constitution. LIDER était seul à défendre de façon cohérente et rigoureuse le Droit et la Constitution avec ses amis de La 3ème Voie et des voix de la Convention de la société civile, de certaines associations de défense des droits de l’homme, ajoutées à celles de quelques députés courageux et de l’Udcy. Il faut croire que les défenseurs du droit sont très minoritaires dans notre pays, ce qui explique le règne des fraudeurs, de l’impunité et de la permissivité qui sont à la base de l’injustice. Ceux qui y sont allés et qui prétendent en claquer la porte sans vraiment en sortir maintenant vont préférer dénoncer les maigres parts qui leur ont été proposées pour leur participation à cette Commission, plutôt que le principe même de celle-ci: illégale dans sa conception, inique dans son organisation, déséquilibrée dans sa composition et évanescente dans ses attributions actuelles. Cela m’attriste terriblement. Ils croyaient probablement bien faire, mais ils doivent maintenant se rendre à l’évidence que Ouattara ne changera pas, ne changera plus dans sa logique de confiscation du pouvoir. Ils ont appelé leur attitude «la realpolitik». Ils se disaient opposés à la politique de la chaise vide, mais ne vont pas au bout de leur politique. Aucune conviction donc. Rien que de l’ambition ! Démoralisant tout ça! Et cela déprime l’homme que je suis et me blesse profondément dans mes amours pour la démocratie et pour la Côte d’Ivoire. Je n’ai même pas la force de commenter leurs attitudes ; celle de Ouattara est plus logique et a du sens. Je voudrais simplement réitérer mon souhait et mon appel à l’endroit de toutes ces personnes et leurs mouvements : Laissez vos illusions de côté, il est temps que nous nous engagions ensemble dans la mise en place d’une coalition pour le changement démocratique dans notre pays. Il n’y a que cette voie qui nous donnerait quelque chance de battre Ouattara aux prochaines élections, malgré ses calculs et ses moyens. Construisons ensemble la coalition de la victoire. Nous pouvons le faire si nous nous donnons un programme commun de gouvernement, un discours unique et simple, une équipe managériale cohérente et un candidat unique pour ce but commun. Faisons-le le plus tôt. Nous sommes à 13 mois des élections et il y a du travail à faire. Nous avons faim certes, mais oublions nos ventres pour le moment, serrons les ceintures, mettons-nous au travail et arrêtons de tergiverser dans des querelles de clochers. Il y a-t- il encore des hommes et des femmes de bonne volonté pour entendre cet appel et agir en conséquence? Oui, il y en a. Je continue de le croire.

Voyez-vous dans le couac observé, vendredi, un mauvais présage pour les futures élections ?

Oui. Un très mauvais présage. Nous ne sommes même pas encore à la phase de la liste électorale et voilà déjà les signes annonciateurs de la fraude et de la violence. Dois-je rappeler que c’est la commission électorale qui aura la charge d’établir cette liste? Dois-je rappeler que, de par les faiblesses du code électoral, c’est le président de la République qui est le vrai administrateur des élections chez nous? Les choses se présentent mal. Nous avons dénoncé et continuons de dénoncer une commission électorale qui ne peut avoir la forme de celle mise en place et éviter les conflits, car elle est une association de gens en conflits permanents. Elle devrait être indépendante des partis politiques et du gouvernement. Ce que nous voyons, ce sont des conflits avant même l’enjeu électoral. Que se passera-t-il quand nous serons dans la phase de la confection de la liste électorale ? Dans celle de la campagne électorale ? Le jour des élections ? Lors de la transmission des résultats ? Lors de leur proclamation ? Je pense que c’est clair. Non ?

LIDER a décidé de ne pas être dans la Cei alors que son président a annoncé qu’il se porterait candidat contre Alassane Ouattara. Quelle est cette logique ?

C’est la logique d’un parti qui, malgré tout, garde foi dans le fait que d’ici la date des élections, et avec les travaux engagés au sein de la coalition de La 3ème Voie, l’on arrivera à réveiller tous les démocrates de ce pays, à les remobiliser, à les mettre en ordre pour aller insuffler au pays profond que nous pouvons battre Alassane Dramane Ouattara, malgré les moyens infinis de l’État et les Frci dont il dispose. Mais pour cela, il faut que nous soyons logiques avec nous-mêmes. Si le matin nous sommes des opposants à Ouattara, il faut le rester jusqu’au soir. Si lundi, nous sommes des opposants à Ouattara, il faut le rester jusqu’à dimanche. Si en janvier, nous sommes des opposants à Ouattara, il faut le rester jusqu’en décembre. C’est seulement ainsi qu’ensemble, nous réussirons.

 

SourceLIDER-CI.ORG

samedi, 15 février 2014

LE COUP QUE NOUS FOMENTENT OUATTARA ET BEDIE POUR 2015

 

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Mamadou Koulibaly: "Le tripatouillage de la constitution est le prix à payer par Ouattara pour avoir une chance de se maintenir au pouvoir".

 

L’ancien président de l’Assemblée nationale, à la tête du parti d’opposition Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), évoque des arrangements politiques en cours censés profiter aux deux têtes fortes du Rhdp, Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara. Le Pr. Mamadou Koulibaly prévient contre les risques de nouvelles instabilités.

 

Depuis plus d’un an,  vous n’arrêtez pas d’attirer l’attention sur les élections à venir en Côte d’Ivoire. Quel est votre problème ?

Mamadou Koulibaly : Mon problème, ce sont les enjeux de ces élections. L’enjeu, c’est ce que l’on gagne ou perd lors d’un pari ou d’un engagement quelconque. L’enjeu peut être matériel ou moral aussi. Quand je regarde le jeu du gouvernement, je le vois prendre une voie qui mène en général, en Afrique, à des élections escamotées, prélude à des crises post-électorales violentes.

Pouvez-vous être plus précis sur ces voies que vous reprouvez?

Oui, je peux. Des élections démocratiques se déroulent dans des conditions très précises qui sont vraies partout dans le monde qui se veut libre et démocratique. Ici, dans notre cas, nous ne voyons pas ces conditions réunies. Quelles sont-elles? Il y en a six qui devraient mériter toute notre attention depuis plus d’un an maintenant, mais qui sont encore totalement négligées. Ce sont : le recensement général de la population et de l’habitat, la confection et la mise à jour de la liste électorale, la mise en place d’une nouvelle commission électorale, l’accès aux médias d’Etat de tous les partis politiques et pas seulement de ceux qui sont au pouvoir, la définition et l’adoption d’un statut clair pour l’opposition précisant ses droits et ses obligations, la définition et l’adoption d’un cadre de sécurisation des élections qui ne soit pas laissées aux mains de l’armée de réserve de Ouattara constituée par les dozos et les ex-combattants Frci et enfin la vigilance accrue autour de toute révision de la constitution.

Pensez-vous qu’il peut y avoir une révision de la Constitution avant les élections de 2015 ?

En fait, une révision n’est pas nécessaire avant nos élections, car ce n’est pas d’une révision que notre constitution a besoin, mais d’un abandon. Notre pays a besoin d’une nouvelle constitution qui nous sorte du présidentialisme fort et tyrannique instauré par l’actuelle. Cette nouvelle constitution peut être discutée après les élections, mais il me semble entendre que certains partis au gouvernement souhaitent faire des retouches à la constitution actuelle pour régler des problèmes ponctuels de personnes et leur éligibilité. En 2000, nous avons adopté une constitution qui a été présentée comme taillée sur mesure pour écarter Ouattara de l’élection présidentielle. L’arrêt de Tia Koné est encore là pour nous le rappeler. A la suite de cela, nous avons eu une rébellion montée au profit de Ouattara, la destruction du pays et la non-application de cette constitution, qui aurait dû alors être abandonnée officiellement depuis les accords de Marcoussis. Nous avons tous fait semblant de l’ignorer, nous avons fait comme si elle était encore en vigueur alors que nous savons tous que personne ne la respectait. Ça été une période de grosse hypocrisie et de démission totale du personnel politique. Aujourd’hui, au moment d’aller aux élections, après que le président nous ait assuré que nous sommes revenus à l’ordre constitutionnel normal, la question revient au sein du Rdr et du Pdci au pouvoir, qui veulent modifier de nouveau quelques dispositions de la constitution pour que quelqu’un qui ne peut être candidat puisse le devenir. Dans les marchandages politiciens en cours, il est en effet de plus en plus question, pour faire plaisir au président Bédié, que l’article 35 soit modifié dans sa condition d’âge limite pour être candidat. Bédié, avec plus de 75 ans, pourrait ainsi se présenter aux élections en tant que vice-président de Ouattara, qui serait alors le candidat unique du Rhdp. Notre régime aura alors un président et un vice-président, un premier ministre et des ministres d’Etat. Inscrire la vice-présidence, qui ne fait pas partie du dispositif actuel, nécessite une révision non pas seulement de l’article 35 de la constitution, mais de bien d’autres articles.

Mais alors, que gagnerait Ouattara à accepter cette révision ?

Hier, on a adopté une constitution pour bloquer Ouattara. Aujourd’hui, Ouattara ferait une modification de cette même constitution pour se maintenir au pouvoir. La vice-présidence est le prix à payer par Ouattara pour avoir, selon ses calculs, les voix du Pdci-Rda et sauver son alliance avec Bédié et son fauteuil présidentiel. Cela est totalement anormal et inacceptable. C’est de la tricherie d’adultes et une manœuvre malsaine pour la démocratie et les générations actuelles. Ouattara se maintiendrait au pouvoir de cette façon illégitime et illégale, avec ce que cela pourrait avoir comme conséquences. Ne dit-on pas que les mêmes causes conduisent aux mêmes effets ? Mais au-delà de cet aspect éthique, il y a le fait que cette révision nécessiterait un référendum après que le texte ait été rédigé, discuté et adopté en conseil des ministres et à l’Assemblé nationale. Nous sommes en février 2014 et si tout se déroule selon leurs plans, c’est en 2015 que ce référendum devrait donc avoir lieu. Mais la question se posera de savoir si nous pouvons, dans notre pays, faire une liste électorale à temps pour ce référendum, si nous pouvons faire le recensement général de la population à temps pour ce référendum, si nous allons nous doter d’une nouvelle commission électorale à temps pour ce référendum, si nous aurons suffisamment de moyens humains et financiers pour organiser ce référendum. En plus, peut-on organiser ce référendum en 2015 et en même temps faire des élections présidentielles la même année ? Un référendum constitutionnel mobilisera autant d’énergie électorale qu’une élection présidentielle. Cela reviendrait quasiment à faire deux élections présidentielles la même année, comme en 2000 pendant la transition du général Guei Robert, avec les conséquences que l’on connait. Devant ces questions, des voix s’élèvent du côté du gouvernement pour proposer que l’on prenne le temps de «bien faire les choses» sans précipitation. Ce qui voudrait dire de ne pas se presser et d’aller à un rythme qui permettrait de faire le référendum en octobre 2015 et de se donner par la suite le temps d’organiser les présidentielles quelques mois après. Pourquoi pas un an ou deux ans après 2015 ? Deux ans permettraient de répondre à un des vœux secrets du président Ouattara de nous faire passer du quinquennat au septennat. Cela arrangerait Ouattara, qui prétend  que la crise post-électorale lui a volé une partie de son mandat, alors que depuis l’hôtel du Golf, il gérait bel et bien le pays, recevant et nommant les ambassadeurs, fermant et ouvrant les banques, les ports et autres institutions de la république, imposant des embargos sur les médicaments, créant une télévision et une armée. A supposer même qu’il ait raison, combien de mois lui auraient été «volés» ? Entre la proclamation de sa victoire par la commission électorale en décembre 2010 et sa prestation de serment le 6 mai 2011, il n’aurait perdu que cinq mois. Le septennat lui permettrait ainsi de rattraper ces 5 mois perdus avec 2 années supplémentaires sur son mandat. N’est-ce pas de l’entourloupe politicienne à l’état pur? Quoi qu’il en soit, cette thèse, si elle prospère, demanderait que dans le deal entre le Pdci et le Rdr, l’on inscrive une révision constitutionnelle pour modifier aussi la durée du mandat présidentiel qui passerait de 5 à 7 ans. Ouattara y gagnerait énormément. Bédié y gagnerait énormément. La démocratie en Côte d’Ivoire y perdra énormément et les Ivoiriens voient les risques de nouvelles instabilités accroître énormément.

Qu’est-ce que votre formation entend faire pour empêcher cela, puisque vous semblez ne pas l’apprécier ?

A LIDER, nous parlons avec nos partenaires politiques, le corps diplomatique, les organisations des droits de l’homme, la société civile en général, les  journalistes et autres communicateurs pour les sensibiliser sur la question de l’état de droit et de la démocratie. Nous tournons partout dans le pays, non pas pour dire «voter pour nous», mais pour dire «Attention, voyez les nouveaux dangers qui nous guettent. Réveillez-vous et ne laissez pas faire ces types de tripatouillages qui conduisent inéluctablement à des crises graves lors desquelles seules les populations civiles se font massacrer impunément par des élites politiques qui s’amnistient entre elles juste après.»

 

Propos recueillis par Kisselminan Coulibaly. In le quotidien ivoirien Soir Info du 15 février 2014.

 

Source: LIDER-CI.ORG

vendredi, 07 février 2014

MAMADOU KOULIBALY: «LES THEMES AUTOUR DESQUELS L’ACD A ETE CREEE PERMETTRONT DE BATTRE OUATTARA EN 2015»

 

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Interview de Mamadou Koulibaly (LIDER) par Bidi Ignace, in le quotidien ivoirien "Nord Sud" du 05 février 2014.

 

Faut-il considérer la réunion tenue vendredi à Abidjan par certaines formations politiques dont la vôtre comme la réponse à l’appel que vous avez lancé à l’opposition à former une coalition le 2 janvier dernier?

Pr. Mamadou Koulibaly: En effet, cette réunion fait suite à l’appel que nous avons lancé le 6 mai 2013, lorsqu’à LIDER, nous avons dressé le bilan de l’an 2 du régime Ouattara. Nous n’avons eu de cesse de le réitérer depuis lors et nous sommes heureux de voir que nous avons finalement été entendus.

L’union fait la force, dit l’adage. Cela implique-t-il qu’en l’état actuel des adversités, l’opposition ne peut venir à bout  du pouvoir que si elle est unie?

Monsieur Ouattara, depuis trois ans qu’il est au pouvoir, n’a montré aucune volonté à aller à des élections transparentes et apaisées en 2015. Bien au contraire, il maille l’ensemble du territoire avec des milices, dozos et hommes en armes ; il maintient en place une commission électorale forclose, qui n’a jamais été capable d’organiser un scrutin sans violence ni mort d’homme et qui compte en son sein des groupements armés ; il refuse d’actualiser la liste électorale ; il envoie le recensement général de la population et de l’habitat aux calendes grecques ; il jette le statut et le financement de l’opposition à la poubelle et il empêche l’accès des partis d’opposition aux médias d’Etat. Si ces conditions perdurent, les échéances électorales à venir relèvent de la farce et il est impératif que non seulement les partis politiques, mais aussi la société civile et les populations s’unissent pour contraindre le régime à mettre en place un cadre pour des élections transparentes et crédibles. Si ces conditions sont réunies et que le peuple peut exprimer librement et en toute sécurité son suffrage, il n’y a aucun doute que le mandat de M. Ouattara prendra fin en octobre 2015.

Un regroupement des partis d’opposition n’est-il pas illusoire quand des individualités revendiquent ici et là un certain leadership?

C’est possible et c’est certainement le cas dans certains regroupements, mais en ce qui concerne l’Alliance pour le changement démocratique (ACD) que nous venons de mettre en place avec 9 formations politiques, ce problème ne se pose pas, parce que notre objectif n’est pas de choisir un leader ou de regrouper des faire-valoir autour d’une formation politique soit disant dominante, mais d’œuvrer ensemble pour contraindre le régime Ouattara  à mettre en place des conditions préalables aux élections : le recensement général de la population et de l’habitat, l’actualisation de la liste électorale,  le reformatage de la commission électorale, le statut et le financement de l’opposition, l’accès de l’opposition aux médias d’Etat et la sécurisation des populations, des candidats et des suffrages lors des élections. Il ne s’agit pas de désigner un candidat pour l’élection présidentielle ni même de tomber d’accord sur un programme commun de gouvernement. Il n’y a donc aucune place pour des guerres de leadership en notre sein. Vous le constaterez quand les structures mises en place seront rendues officielles par les instances de l’ACD. Nous unissons nos efforts afin d’obtenir que les élections se déroulent dans des conditions univoques de transparence.

A en juger par le nombre de partis présents à cette concertation du vendredi, il apparait que l’idée de la coalition n’a pas l’adhésion de toute l’opposition. Comment expliquez-vous que seuls les membres du Cadre permanent de dialogue (Cpd), en plus de l’Udl de Martial Ahipeaud, se sentent concernés par le projet?

Tout d’abord, il n’y a pas que des partis membres du Cpd dans notre coalition. L’Alliance pour le changement démocratique (Acd) regroupe, en dehors de LIDER, le Rpc-Paix d’Henriette Lagou, Cap-Udd de Gervais Coulibaly, Mnc Alternative de Kabran Appia, qui sont membres du Cpd, et les formations qui n’en font pas partie, telles que l’Udl de Martial Ahipeaud, le Congrès de la résistance ivoirienne de Jean Enoc Bah, le Congrès panafricain pour le renouveau de Doumbia Major, le Parti des démocrates républicains de Soko Gbalehi et l’Udt-Ci de Bertine Tia Monné. Par ailleurs, nous sommes confiants que cette alliance va s’élargir rapidement à d’autres participants, étant donné que les thèmes que nous défendons concernent toute la population et trouvent l’adhésion de nombreux acteurs politiques et de la société civile. Ceci n’est que le début.

Une coalition étant par tradition une union de partis qui l’allient contre un adversaire commun, la meilleure stratégie n’aurait-elle pas été que toute l’opposition se mette ensemble?

Pour s’unir, il faut avoir des objectifs communs. Il ne sert à rien de faire des coalitions de façade alors qu’il n’y a aucune convergence de combat, de principes ou de valeurs. Notre objectif immédiat est clair : nous voulons un recensement de la population, l’intégration des nouveaux majeurs depuis 2009 et des exclus du scrutin de 2010 sur la liste électorale, le reformatage de la commission électorale, le statut, le financement, l’accès aux médias d’Etat des partis d’opposition et la sécurisation des élections.

Considérez-vous  que l’opposition, c’est dorénavant un «front uni» et l’«Alliance pour le changement démocratique»?

Nous sommes heureux de constater que l’appel à la coalition que LIDER a lancé depuis l’année dernière semble avoir été entendu par tous. Même ceux qui voulaient faire cavaliers seuls en dénigrant l’utilité de ceux qu’ils qualifiaient de  «formations insignifiantes» semblent avoir compris la nécessité des «petits petits partis». C’est une avancée, même s’il y a encore du chemin à faire. Maintenant, le fond et la forme des deux entités sont pour l’instant très différents. Mais nous sommes ouverts au dialogue et dès lors que les interlocuteurs font preuve d’humilité et partagent une même volonté de rupture avec les systèmes et dérives qui ont mené la Côte d’Ivoire dans le chaos, il n’y a aucune raison pour que la situation n’évolue pas vers encore plus d’unité dans l’opposition. Vous savez, Ouattara et Konan Bédié, le créateur de la très funeste ivoirité mise en place pour écarter Ouattara du pouvoir et qui avait même lancé des mandats d’arrêt contre lui, ont réussi à devenir des grands alliés au sein du Rhdp pour chasser Gbagbo du fauteuil présidentiel. Quand le temps est mûr pour que les choses se fassent, elles se font.

La formation des  deux entités, "front uni" et "ACD", quoi que les dénominations ne soient pas définitives, n’est-elle pas l’illustration du refus d’un chef de l’opposition par des opposants?

Si les autres n’ont pas encore défini leur appellation, celle de notre groupement est bel et bien établie: c’est l’Alliance pour le changement démocratique. Nous ne nous sommes pas créés dans la précipitation, nous avons pris la peine de bien nous entendre sur le contenu avant de lancer officiellement notre alliance et avons peut-être pour cela quelques longueurs d’avance sur les autres. Maintenant, il n’a jamais été question d’avoir un chef de l’opposition. D’ailleurs, le projet de statut de l’opposition soumis il y a plus d’un an au gouvernement et signé par tous les partis membres du Cpd et le Fpi n’en faisait pas cas. Cette lubie est celle du gouvernement, qui souhaite voir ses adversaires se déchirer autour d’un fauteuil au lieu de préparer l’alternance. Elle n’a aucune chance de prospérer. Dans un régime parlementaire tel que nous le prônons à LIDER, le chef du parti qui arrive second aux législatives et qui ne fait pas partie de la coalition gouvernementale est d’office le chef de l’opposition parlementaire. Mais la vie démocratique ne s’arrête pas à l’hémicycle. Il y a des idéologies diverses, variées et qui n’ont pas vocation à se coaliser. C’est le peuple qui décide, pas des formations politiques ou un gouvernement.

En cette année 2014, des prétendants au fauteuil présidentiel affirmeront leur ambition. Parmi les opposants, faut-il d’ores et déjà compter Mamadou Koulibaly parmi les futurs candidats à l’élection présidentielle prochaine?

Ce n’est pas un scoop. Cela fait belle lurette que j’ai annoncé que je serai candidat contre Ouattara en 2015, sauf si à l’orée du scrutin, LIDER fait partie d’une coalition qui s’est entendue sur un programme de gouvernement commun, avec des réformes clairement définies à mettre en place et un calendrier d’exécution très précis. Dans ce cas, c’est la coalition qui décidera qui sera la candidate ou le candidat qui sera le mieux à même de porter le projet et de fédérer la majorité des votes pour mettre fin à cinq années traumatisantes et clivantes de gestion Ouattara.

Une opinion ivoirienne, et même des observateurs de la politique internationale, pensent que vous avez le profil idéal pour briguer la présidentielle. Ceux de vos admirateurs qui pensent aussi ainsi sont-ils excessifs?

Pourquoi voulez-vous qu’ils soient excessifs ? Si je ne pensais pas avoir le profil pour gérer la destinée de la Côte d’Ivoire, je n’aurais pas créé un parti politique ou alors annoncé ma candidature pour 2015.

Des voix s’élèvent de plus en plus sur l’échiquier politique pour demander la révision de la Constitution. Quelles raisons motiveraient-elles LIDER à soutenir une telle proposition?

Notre constitution a été taillée sur mesure pour qu’un homme fort se retrouve avec les mains libres et des institutions faibles, au lieu d’avoir un pouvoir limité au juste nécessaire. Pour LIDER, la constitution est avant tout un document qui empêche les hommes qui ont le pouvoir d’Etat de faire impunément mal à leur peuple. En outre, LIDER trouve inutile et inconséquent la présence d’un premier ministre dans notre régime hyper présidentiel où seuls les desideratas du chef de l’Etat ont valeur de loi. La gestion de notre Etat par les présidents et le fonctionnement des institutions de la République montrent de manière scandaleuse la surpuissance du chef de l’Etat qui est la source de tous les pouvoirs : administratif, exécutif, législatif, judiciaire, budgétaire, économique, financier et monétaire. Le président, chez nous, est un monarque doublé d’un pontife avec des prérogatives illimitées et sans contrepouvoir. A LIDER, nous pensons qu’il faut rompre avec ces pratiques. Il ne faut pas pour cela des modifications partielles de tel ou tel article pour faire plaisir à quelqu’un ou pour sanctionner qui que ce soit. LIDER est favorable à une révision totale de la loi fondamentale pour donner à cette coquille actuellement vide un contenu. Il faut rompre avec le régime présidentiel et instaurer un régime parlementaire sur le modèle britannique de Westminster. Il faut rendre sa souveraineté au peuple et mettre en place les mécanismes qui font des dirigeants politiques les serviteurs intègres de l’Etat et non les maîtres corrompus et tyranniques des populations de qui ils tiennent leur pouvoir.

Quel(s) article(s) de la Constitution poserait problème pour la future présidentielle et pourquoi?

Ce ne sont pas des articles qui sont en cause, mais le système que nous impose le régime présidentiel et qui fait que certains d’entre nous peuvent, sans conséquence, aucune infliger les plus grands maux à notre peuple, à notre pays, à notre économie : La constitution dans sa forme actuelle et le système qu’elle instaure impose la pauvreté, la guerre, la misère et toutes les frustrations qui vont avec à la population.

Entre autres réformes souhaitées par l’opposition et même des partis proches du régime, laquelle est la plus urgente? Et comment devrait se faire?

La réforme du foncier rural en premier. Il faut rendre la terre de Côte d’Ivoire aux populations qui en sont coutumièrement les premiers propriétaires et leur distribuer les titres fonciers négociables après un cadastrage systématique et propre de tout le territoire.

 

Source: LIDER-CI.ORG

vendredi, 04 octobre 2013

REPRESSION DE LIDER: LE REGIME OUATTARA INTERDIT A MAMADOU KOULIBALY DE SORTIR DU TERRITOIRE

 

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Lorsque le gouvernement a fait libérer quelques prisonniers politiques de la crise post-électorale et que de nombreuses personnes s’en sont félicitées, LIDER a fait savoir que cette libération n’enlevait rien au fait que nous étions tous, en Côte d’Ivoire, des citoyens en liberté provisoire, en liberté conditionnelle, en liberté sous surveillance. Le président de ce parti vient d’en avoir une belle illustration.

Le mercredi 2 octobre, alors qu’il voulait rendre visite à sa famille qui réside au Ghana depuis 2005, Mamadou Koulibaly a fait une demande de laisser passer auprès du ministère de l’Intérieur, par le biais de son service de la Direction de la surveillance du territoire (Dst), en remplacement de son passeport déposé dans une ambassade étrangère à Abidjan pour l’obtention d’un visa nécessaire pour un de ses prochains voyages en préparation.

A la Dst, pour obtenir ce sauf conduit, valable pour un aller-retour et délivré en lieu et place du passeport, il faut juste présenter la photocopie d’une pièce  et deux photos d’identité. Ces éléments déposés le mercredi 2 octobre 2013 en début d’après-midi, il a été signifié au Pr. Koulibaly de communiquer les motifs de son déplacement urgent au Ghana, la durée du séjour prévu en terre étrangère et le paiement d’une somme de 12 000 francs (douze mille francs) perçue par la Dst qui, soit dit en passant, ne délivre en retour ni reçu ni timbre fiscal.

Après avoir attendu toute la journée sans qu’une suite ne soit donnée à sa demande, le président de LIDER a été informé par les policiers de la Dst qu’en ce qui concerne les demandes de ce genre, formulées par un certain nombre de personnalités dont la liste est déposée à la police des frontières, il n’y avait que le directeur de la Dst lui-même pour donner les autorisations et signer le  sauf conduit. Il a donc fallu attendre. Monsieur le directeur est en réunion. Monsieur le directeur est trop occupé pour traiter le dossier de Mamadou Koulibaly, dont le nom se trouve pourtant sur une liste spéciale. Le mercredi, jusqu’à 21h, des dossiers descendent de la signature du directeur… mais aucune trace de celui de Mamadou Koulibaly. Il lui a été dit qu’il fallait que son émissaire se rende lui-même au bureau de monsieur le directeur pour le voir en personne. Mais, lorsque ceci fut fait, ce dernier était parti, comme s’il avait oublié qu’il avait demandé à voir quelqu’un. «Monsieur le directeur a eu une urgence, il est parti. Revenez demain pour voir s’il peut vous recevoir.»

Le lendemain jeudi 3 octobre 2013 dans la matinée, il est expliqué à l’émissaire du Pr. Koulibaly que le directeur de la DST refuse de signer un sauf conduit pour le président de LIDER. Les 12 000 francs sont remboursés et la photocopie de sa carte d’identité et les photos lui sont remises.

Mamadou Koulibaly, qui prépare plusieurs autres voyages à l’étranger et à l’intérieur du pays, attend de voir quel sera son degré et son domaine de liberté.

LIDER qui est un parti membre du cadre dit de dialogue permanent entre le gouvernement et l’opposition, note qu’au sein du Cpd, un traitement de faveur est réservé aux membres : la liberté sous surveillance. Ceci confirme que le peuple tout entier est effectivement, d’une façon ou d’une autre, en liberté provisoire. Mais malgré la répression organisée par le régime Ouattara, LIDER, sa direction et ses militants n’arrêteront pas de mettre à nu les abus dictatoriaux d’un régime qui se maintient fermement en dehors de l’Etat de droit et ne faibliront pas dans le combat des libertés dans lequel ils se sont engagés depuis la création du parti.

 

LIDER, 3 Octobre 2013.


Source: LIDER-CI.ORG

lundi, 29 juillet 2013

MAMADOU KOULIBALY: LA COTE D'IVOIRE, PAYS DES MERVEILLES SOUS OUATTARA

 

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Dans une homélie prononcée le samedi 29 juin 2013 à la cathédrale d’Agboville, Mgr Alexis Touably Youlo, l’évêque du diocèse, qui procédait à l’ordination du docteur en économie Abel Béranger Ndjomon comme prêtre de la «Compagnie de Jésus», nous a expliqué combien il était important pour la paix et la réconciliation en nous-mêmes, dans nos familles, dans nos villages et villes et dans notre pays, que nous nous émerveillions les uns les autres. «Emerveillez-vous !» nous a-t-il dit. Il nous a fait répéter à nos voisins «tu m’émerveilles». Il a conseillé que l’époux devrait en permanence s’émerveiller devant l’épouse et vice versa. Que l’homme du sud, du nord, de l’est, de l’ouest ou du centre devrait s’émerveiller devant son semblable d’ailleurs. Que l’Ivoirien devrait s’émerveiller devant le non Ivoirien. Tous, nous sommes des créatures différentes et nos différences doivent toujours être perçues comme des merveilles. En écoutant l’ecclésiastique, je me suis aperçu que nous pouvons tous nous émerveiller devant le personnel politique ivoirien.

Système D comme Démagogie, Déficit, Dette, Désespoir, Désastre, Discrimination, Détournements

N’est-ce pas que les hommes et les femmes qui font la politique chez nous nous émerveillent continuellement ? Mais de quoi viendrait cet émerveillement politique ? Emerveillons-nous devant ce que Jean-Gilles Malliarakis appelait, il y a dix ans déjà, le système D en parlant, à l’époque, dans un autre contexte et d’un autre pays. Pour cet auteur, le système D qu’il évoquait n’a rien à voir avec la débrouillardise et est «l’aboutissement de l’expression d’une démarche perverse à nos yeux mais parfaitement cohérente dans la réaffirmation de vieux dogmes que certains croyaient abandonnés». Hélas, les gouvernements se suivent et se ressemblent et il y a des raisons de s’émerveiller devant le statu quo dynamique qui permet à quelques politiciens de mener la danse, de nous entrainer dans des tangos infinis, de nous donner le vertige, de nous tourner la tête, de nous tourner en rond, toujours. Emerveillez-vous devant ce système D qui permet à ceux qui gouvernent l’Etat de Côte d’Ivoire de régner. Le système D en question se décline en plusieurs aspects tous liés et auto entretenus. D comme Démagogie, D comme Déficit, D comme Dette, D comme Désespoir, D comme Désastre, D comme Discrimination, D comme Détournement de fonds publics. Emerveillez-vous donc chaque jour de la semaine avec un D.

Lorsqu’il était candidat à la Présidence de la République, le programme du Dr Ouattara était celui du «vivre ensemble». Le semestre qui a suivi son arrivée au pouvoir, il a avoué qu’il ne s’attendait pas à trouver une situation plus catastrophique que celle qu’il avait anticipée. Ses calculs se sont donc révélés faux. Le dépérissement de l’Etat était, dit-il, plus profond. La défaillance de l’Etat était au-delà de ce qu’il avait cru, lui qui a été pourtant représenté au gouvernement par plusieurs ministres – et non des moindres –, qui a partagé le pouvoir depuis le 5 août 2002, date d’entrée de son parti au gouvernement ; lui qui a eu depuis janvier 2003 le statut de président d’Institution ; lui qui a participé à la cogestion du pouvoir et dont les hommes ont contrôlé un Etat parallèle à l’Etat de Côte d’Ivoire appelé à l’époque zone Cno ; lui enfin avoue n’avoir rien compris à ce qui se passait alors. N’y a-t-il pas de quoi s’émerveiller : constater qu’après dix ans de règne, Ouattara avoue ne rien comprendre au pouvoir en Côte d’Ivoire ? Dès le premier semestre, il a abandonné le programme du «vivre ensemble» pour la chasse aux sorcières de ses présumés adversaires et ennemis. Chasse qu’il a conduit jusqu’à ce qu’il se rende compte que la vengeance ne paye pas toujours en termes de stabilité, d’emploi et de croissance.

Il passe, pendant le second semestre, au programme du «rattrapage ethnique», pour constater, en fin de première année, que le chômage ne baisse pas, bien au contraire, il augmente avec le chômage ethnique et le coût de la vie de plus en plus élevée.

A 30 mois de la fin de son mandat, Ouattara a un nouveau programme de gouvernement: être candidat en 2015

Il abandonne ces premières logiques impuissantes pour passer au programme de «l’émergence de la Côte d’Ivoire à l’horizon 2020», grâce à de vieux programmes de dépenses publiques d’infrastructures de la fin des années 70 qu’il dénomme Pnd (plan national pour le développement). Il fait des campagnes de communication sur la croissance économique qui serait de retour avec des taux de 10%, mais constate que la pauvreté et le coût de la vie augmentent aussi dans des proportions incalculables. Comme les chiffres qui sont utilisés pour évaluer la croissance sont faux, il lui est difficile de dire que ceux utilisés pour évaluer la pauvreté, le chômage et le coût de la vie sont eux aussi faux. A faussaire, faussaire et demi. Une fois de plus, il change, le Pnd est oublié et on s’engage, trente mois avant les élections, avant même qu’il nous dise combien d’habitants il y a en Côte d’Ivoire, avant qu’il ne mette en place une commission électorale sérieuse, avant qu’il ne nous permette de reconstituer la liste électorale, dans son nouveau programme de gouvernement : il sera candidat en 2015, car il ne peut réaliser ses promesses électorales faites entre 1994 et 2010, en seulement 5 ans. Il lui faut un autre mandat et dans les trente mois à venir, tel sera son programme : convaincre les populations qu’il fera en sept ans ce qu’il n’a pas fait en trois ans. Il ira en campagne ici à l’intérieur du pays et aussi à l’extérieur car, à défaut de travailler pour avoir de l’argent, il ira s’endetter pour y arriver.

Devant notre émerveillement le président passe à la vitesse supérieure. Il faut trouver un thème de campagne qui paye, et qui, par le passé a bien payé. «Je vais régler maintenant les questions de nationalité et de foncier».

Juste pour détourner l’attention des populations sur la mauvaise gouvernance et les grandes déceptions, pour remobiliser un électorat qui, par le passé, a été très sensible à son discours identitaire, la candidature annoncée et appuyée par un projet de règlement présenté comme conjoint entre la nationalité et le foncier rural. Quel émerveillement, quand des gens qui nous disaient il y a quelques temps, lors du conclave de Bassam, être définitivement sortis du cadre de Marcoussis, se retrouvent à invoquer les accords de Marcoussis ! Ces accords, conçus pour un gouvernement de réconciliation nationale, avaient pour but de chasser le détenteur du pouvoir de l’époque. Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans le cadre d’un gouvernement de transition ou de réconciliation, du moins c’est ce que nous nous autorisons à penser. Marcoussis a été appliqué selon les désidératas de Ouattara et le dossier semblait clos, lorsqu’il est ressorti de nouveau d’une part pour la nationalité et le foncier et d’autre part pour l’âge limite autorisée par l’article 35 de la constitution pour briguer un mandat de la présidence de la république. Emerveillez-vous !

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Une lecture sélective de Marcoussis qui aboutit à la transformation d’une armée nationale en garde prétorienne privée de Ouattara

Marcoussis demandait le désarmement des rebelles dès la mise en place du gouvernement de réconciliation nationale. Ouattara ne l’a jamais accepté et aujourd’hui, pendant sa tournée dans les Savanes, non seulement il a justifié cette rébellion, mais il a proclamé en plus qu’il en est fier dans une région où plus de deux cents (200) personnes ont été assassinées dans un conteneur par le chef de guerre local, promu par Ouattara alors qu’il est sous sanctions onusiennes. Rien n’a été fait pour le désarmement et les élections se sont déroulées contre l’esprit et la lettre de Marcoussis. Les rebelles, après avoir pillé le nord, mettent maintenant à sac toute la Côte d’Ivoire. Le nord aurait donc oublié les crimes de la rébellion ? Quelle merveille !

Marcoussis voulait le désarmement des forces belligérantes, mais Ouattara, après sa victoire militaire, n’a désarmé que les Forces de défense et de sécurité (Fds) de l’Etat de Côte d’Ivoire. La retraite obligatoire et d’office a été imposée aux agents des Fds qui ne le souhaitaient pas. La retraite sans promotion pour certains qui en avaient atteint l’âge. La promotion à des postes diplomatiques pour d’autres enfin, qu’il aurait fallu maintenir pour la mise en place de la nouvelle armée. Le désarmement version Ouattara : transformer l’armée nationale en sa garde prétorienne privée. Quelle merveille !

Marcoussis voulait que les médias d’Etat ne soient pas caporalisés pour le compte d’un parti et qu’il leur soit donné impartialité et indépendance. Ils sont devenus, depuis Marcoussis, et le restent encore, des instruments de propagande du président de la République et du clan le plus fort du pouvoir en place. Quelle merveille !

On peut s’émerveiller de cette lecture sélective de Marcoussis par le personnel politique ivoirien. D’ailleurs , l’émerveillement ne date pas d’aujourd’hui quand on se souvient des métamorphoses des accords de Marcoussis signés le 24 janvier 2003. Aujourd’hui, en juillet 2013, plus de dix ans après, les accords sont passés par différents avatars. Le 30 juillet 2004, on les a renommés accords d’Accra, puis le 6 juin 2005, ils ont été rebaptisés accords de Pretoria, pour finir le 4 mars 2007 comme l’accord politique de Ouagadougou. Emerveillez-vous donc ! Avatars ? Quelle merveille !

Pillage systématique du sol et du sous-sol par des mafias politiques

Faire un traitement conjoint des questions de la nationalité et du foncier rural revient à se lancer dans une mission impossible, mais qui aura l’effet recherché de réveiller les vieux démons de l’ivoirité, de la xénophobie et de l’exclusion dans une ambiance qui suit l’annonce de la candidature du Dr Ouattara, président de la République en exercice.

Depuis les violences de la crise post électorale, de nombreux Ivoiriens sont rejetés par leur État et sont réfugiés au Libéria, en Guinée, au Mali, au Burkina Faso, au Ghana, au Togo, au Benin et bien plus loin encore. Non content de négliger le phénomène et de se montrer incapable de les rassurer et de les faire revenir, Alassane Dramane Ouattara propose plutôt de régler en urgence de prétendus cas d’apatrides, c’est-à-dire des gens qui vivraient en Côte d’Ivoire depuis l’indépendance de 1960 et qui ne seraient citoyens de nulle part. Alors qu’il interdit la nationalité à de nombreux citoyens ivoiriens en exil, il cherche de putatifs apatrides auxquels il voudrait donner la nationalité. N’y a-t-il pas de quoi s’émerveiller?

Le président Ouattara, face à la déperdition de sa popularité et pour remobiliser ce qui était son électorat traditionnel avant son arrivée au pouvoir, tente de ressortir les démons de la division qui lui avaient été tellement favorables par le passé. Ces démons collectivistes qui entraînent les populations à choisir non plus leurs destinées propres, en tant que citoyens, en tant qu’individus, en tant que personnes humaines, mais à se définir d’abord comme groupes plus ou moins homogènes. Pour Alassane Dramane Ouattara, les habitants de notre pays appartiennent à leurs langues, à leurs ethnies, à leurs tribus, à leurs religions ; ils ne s’appartiennent pas à eux-mêmes. Le démon du repli identitaire qu’il veut attiser est celui qui nous conduit à choisir notre groupe tribal et à nous identifier à ce groupe comme entité homogène autonome. Le résultat est que chacun de nous, les partis politiques en premier, doit définir le groupe qu’il aime et ceux qu’il n’aime pas selon l’humeur du moment, selon les alliances du moment, selon les tactiques politiques du moment. Le gouvernement doit en faire autant et même donner l’exemple. Cet holisme politique, qui instrumentalise l’ethnie, la tribu, la région, la religion en les mettant à la disposition des ambitions politiques, cultive la discrimination collective, oppose les groupes ethniques, nourrit les antagonismes de groupes, les envies, les jalousies, les conflits communautaires. Lorsque vous êtes dans une catégorie peu nombreuse ou peu appréciée par le pouvoir dont la détention donne des forces, vous serez brimé parce que votre seule valeur se trouve dans votre nombre et votre identité collective, tribale. Ce collectivisme définit des catégories importantes et fortes et les impose aux catégories classées comme peu importantes et faibles. Ce système discriminatoire et tribal conduit aux conflits tribaux et ethniques. Faut-il s’en émerveiller ?

Combiner cette approche discriminatoire et les questions foncières, c’est nous éloigner du fond du règlement des questions foncières et, pendant ce temps, mieux organiser le pillage systématique des ressources du sol et du sous-sol par le canal de mafias politiques. Ce constat pousse à espérer que les Ivoiriens prennent conscience des dangers du système D dans la république de Ouattara, et que l’émerveillement béat et fataliste fasse place à l’éveil des consciences et à l’action. Ensemble, nous réussirons.

 

Mamadou Koulibaly

Président de LIDER

vendredi, 26 juillet 2013

APATRIDIE - MAMADOU KOULIBALY: «IL N'Y A PAS D'APATRIDES EN COTE D'IVOIRE»

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Après avoir accusé le gouvernement de chercher des poux dans le code de la nationalité, Mamadou Koulibaly dénonce l’initiative gouvernementale de faire voter, par le parlement, «un projet de lois autorisant le président de la République à ratifier la convention de 1961 sur la réduction des cas d’apatridies signée le 30 Août 1961 à New York». «Ce débat, il est faux et il vient compliquer une situation précaire, sans que l’on sache quel est le but poursuivi. Il n’y a pas d’apatrides en Côte d’Ivoire», explique l’ancien président du parlement, dans un échange que nous avons eu avec lui. «La convention sur l’apatridie dit qu’il faut faire une demande mais il ne dit pas qu’il faut leur donner des nationalités», ajoute t il.

Pour lui, en effet, on ne peut parler d’apatridie qu’en cas de «succession d’Etats». Ce fut le cas en 1961, quand la Côte d’Ivoire s’est dotée d’un code de la nationalité offrant la latitude aux étrangers résidents d’acquérir la nation alité selon le droit du sol ou de conserver la nationalité de leurs pays d’origine.

En 1972, une révision du code a donné la possibilité à ceux qui n’avaient pas pu saisir la perche, de se rattraper, en acquérant la nationalité ivoirienne. «Les cas de ceux, qui jusque-là, n’avaient pas régularisé leur situation, ont été réglés en 2007, à travers l’identification opérée par la société Sagem et les audiences foraines, qui ont consisté à accorder la citoyenneté ivoirienne sur la base d’un simple extrait d’acte de naissance, la carte d’identité, la carte d’électeur», poursuit Mamadou Koulibaly qui rappelle également que les accords de Linas Marcoussis avaient abouti à la cessation des tracasseries dénoncées contre les étrangers ainsi qu’à la suppression de la carte de séjour controversée. «En réalité, l’Afrique n’est pas concernée par cette convention. Tous les codes que nos pays ont adoptés ne laissent personne comme apatride», insiste t il, indiquant que la question d’apatridie proprement dite, s’est posée en Europe, au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Il rappelle, à cet effet, que diverses conventions ont été concoctées pour résoudre la situation des «peuples dits « errants », tels que les Juifs, les Arméniens, les Romes et autres bosniaques. « Pourquoi vouloir ratifier une convention supplémentaire alors que le gouvernement, lui, cherche à nous détourner des vrais problèmes» ? Fulmine Mamadou Koulibaly. Et d’ailleurs, à l’en croire, la convention sur l’apatridie, même si elle est adoptée, ne sera qu’une convention de plus dans l’ordonnancement des traités non appliqués, tels que les engagements sur la protection de l’enfance ou les chartes des droits de l’homme et du citoyen.


Benoît Hili, in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Réveil" du 22 juillet 2013.

lundi, 01 juillet 2013

MAMADOU KOULIBALY: LA REFORME DE LA JUSTICE COMME ELEMENT D'UNE COALITION DE RUPTURE VICTORIEUSE

 

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L’intrusion brutale de la Cour pénale internationale (Cpi) dans le paysage politique ivoirien nous fait prendre conscience que nous n’avons pas de justice crédible, efficace et équitable. Depuis ces vingt dernières années, les gouvernements successifs ont pris l’habitude d’emprisonner des personnes sans jugements et sans que l’on ne demande de compte au système judiciaire.

Hier, c’était les gestionnaires de la filière du cacao, des journalistes et autres citoyens qui étaient incarcérés de longs mois, illégalement et sans procès. Aujourd’hui, c’est une partie du personnel politique qui se retrouve dans le même type d’incarcération. Dans les deux cas, les commentateurs regardent non pas la justice, mais le bureau du président de la République, qui est capable de dire si oui ou non, une personne peut être arrêtée, doit être arrêtée, quand il faut le faire et combien de temps la garder en prison sans jugement. En général, les prisonniers politiques libérés ont pour premiers mots la reconnaissance et des remerciements en l’endroit des autorités pour leur magnanimité. Dans les deux cas, c’est le président de la République qui est capable de dire si un prisonnier peut être libéré ou pas. Lui est au-dessus du code de procédure pénale, au-dessus de la loi. Le président n’est-il pas aussi le président du conseil supérieur de la magistrature ? N’est-ce pas lui qui fait la promotion des magistrats et qui peut leur dicter aussi sa volonté de justice, tout en proclamant aux esprits naïfs qu’il n’interférera jamais dans les procédures judiciaires ? Dans notre pays, être président, c’est être à la fois un roi et un pontife.

La justice dans notre pays est un sujet à problème qui mérite des solutions novatrices et révolutionnaires, si l’on souhaite construire une économie de progrès social et de liberté. L’opposition ivoirienne pourrait déjà se faire l’écho de réformes, compte tenu des expériences vécues par elle dans cette période où la justice est utilisée à des fins de vengeance. Plus une vengeance justicière qu’une simple justice de vainqueurs.

Nous nous plaignons tous de la justice, à commencer par les juges et les magistrats qui jugent sévèrement leurs conditions de travail. Les avocats, greffiers, huissiers, notaires et autres policiers et auxiliaires de justice sont tout aussi sévères avec le système judiciaire, qui ne traite pas les dossiers et va de renvoi en renvoi sans trancher de façon claire et définitive. Les justiciables ordinaires, individus, ménages et entreprises, affirment partout que notre justice est incompétente et corrompue.

Le personnel politique quant à lui n’a pas d’idées pour réformer cette justice au-delà des professions de foi et des vœux pieux, parce qu’il ne rêve que de mettre cette justice à son propre service, contre tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Le système judiciaire ivoirien va mal depuis très longtemps et a besoin de rupture et de réformes. Mais comment réformer en gardant en même temps le statu quo ? Toute idée de réforme est-elle irréaliste, idéaliste, théorique comme se plaisent à le dire tous ceux qui sont formatés pour cautionner la tyrannie de l’immobilisme et du désespoir?

Répondre à ces questions, c’est considérer sérieusement que les populations ivoiriennes ont besoin d’un bon système judiciaire et que pour cela, il ne faut pas hésiter à bouleverser les conformismes qui bloquent toutes les évolutions. Notre société ne peut avancer que si nos réformes nous empêchent de continuer de tourner en rond.

Cette rupture semble avoir été perçue par les rédacteurs de la constitution de 2000, qui ont décidé d’y inscrire notre passage d’une autorité judiciaire constitutionnelle à un pouvoir judiciaire et d’éclater la cour suprême d’antan en quatre différentes institutions, suivant en cela la tradition des institutions juridiques françaises. Cependant, la France, elle, n’a pas évolué dans une logique de pouvoir judiciaire constitutionnel, mais est restée avec une autorité judiciaire. En plus, en France, l’éclatement de la cour suprême en quatre instances est devenu tout de suite réalité.

Ici, en Côte d’Ivoire, après avoir inscrit que c’est d’un pouvoir judiciaire que nous voulons, nous avons continué, depuis 2000, à fonctionner avec une autorité judiciaire éclatée entre une cour suprême amputée du conseil constitutionnel et un conseil constitutionnel qui, depuis treize ans, n’a pas arrêté de nous surprendre, tant sa compréhension de la constitution est discutable, sectaire, controversée et marginale. La dernière crise postélectorale nous aura montré qu’en 2000 comme en 2010 et même en 2013, le conseil constitutionnel est loin de donner satisfaction. Les autres institutions éclatées issues de la disparition programmée de la cour suprême n’ont jamais été installées, treize ans après l’adoption de la constitution. Le conseil d’Etat, la cour des comptes et la cour de cassation n’ont pas été mis en place, parce que le gouvernement et le parlement ne se sont accordés, à l’époque, que sur la nécessité de régler les problèmes électoraux avec le conseil constitutionnel, les autres juridictions supérieures ayant été jugées peu importantes et moins urgentes jusqu’aujourd’hui. Comment s’étonner alors du biais judiciaire, si la législation elle-même au commencement avait biaisé le jeu ?

Maintenant, dans une logique authentique de rupture démocratique, l’opposition doit affirmer clairement ses choix et sortir des hésitations. Treize ans d’expérience suffisent pour comprendre que nous n’avons aucun intérêt à éclater la cour suprême et qu’au contraire, nous devons la réinstaller et la renforcer. Il nous faut une réforme constitutionnelle qui unifiera les juridictions administratives et judiciaires et remettra en place la cour suprême. Nous devons ainsi repositionner l’Etat, non plus comme un justiciable à part, mais comme un justiciable de droit commun. Autant le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif ont chacun un seul organe hiérarchique, autant pour l’équilibre des pouvoirs, il nous faut un seul organe suprême d’expression du système judiciaire. La cohérence d’ensemble de notre système politique l’exige, la démocratie et notre sécurité collective aussi.

Même si la nomination des magistrats peut rester dans les prérogatives du chef de l’exécutif, nous devons établir des balises pour éviter les abus de ces dernières années, œuvres de tous les bords politiques. D’abord, les nominations des magistrats à la tête des juridictions suprêmes devraient faire l’objet de ratification par l’assemblée nationale issue du nouveau régime parlementaire que la réforme constitutionnelle mettra en place. Les pouvoirs se contrôlent mutuellement, rendent des comptes et sont prêts à ce qu’on leur demande des comptes.

Ensuite, pour rapprocher les justiciables de leur justice, des juridictions suprêmes de second degré doivent être établies dans les différentes régions du pays. Aujourd’hui, nous avons 14 districts, dont deux districts autonomes, qui regroupent les 31 régions du pays. Il nous faudrait donc, à supposer que la loi d’orientation de la décentralisation garde le découpage actuel, 14 juridictions suprêmes régionales pour commencer, en plus de la cour suprême nationale qui serait l’organe de recours, d’appel et de censure à la disposition des populations. Enfin, il faut donner à l’opposition parlementaire ou non parlementaire la possibilité de saisir la cour suprême, et soumettre la loi de la majorité votée par le parlement à la sanction du droit, qui est supérieur à la loi. De même, les citoyens et les entreprises doivent aussi avoir la possibilité de se pourvoir devant les juridictions supérieures et devant celles de la Cedeao pour y chercher des remparts contre les risques totalitaires des législations adoptées par la majorité parlementaire dans un pays membre. Ainsi, les citoyens nationaux doivent pouvoir, par la voie de l’exception d’inconstitutionnalité soulevée devant les juridictions, demander une interprétation des lois adoptées et qui leur sembleraient abusives.

Au-delà de ces réorganisations institutionnelles, le fonctionnement de la justice nécessiterait des améliorations et donc des efforts budgétaires conséquents, non pas, comme d’habitude, seulement en termes d’équipements et de formation. Dans son fonctionnement il sera clairement établi que la police n’est qu’un moyen au service des tribunaux et que les tribunaux auront des pouvoirs renforcés pour les rendre capables de garantir l’ordre social et les droits individuels.

Plus de droits et plus de juges biens formés, des tribunaux fonctionnels, efficaces, rapides et accessibles à tous : telles devraient être les priorités pour nous en matière de réforme de la justice. Une telle démarche exige que nous nous mettions d’accord pour dire que dans une démocratie qui marche bien, le pouvoir judiciaire doit avoir la primauté sur l’exécutif et le législatif et avoir une indépendance absolue nécessaire à son bon fonctionnement. La constitution et les lois révisées devraient affirmer le substrat de valeurs morales qui garantissent cette vision des choses.  

Tel est le fond d’un vrai discours de rupture en matière judiciaire. Notre histoire récente nous prouve que sans justice stable, efficace et indépendante, nous devenons tous fragiles et ceux qui ont un brin de pouvoir l’utilisent tout de suite pour écraser les autres. Le juge est le meilleur garant des droits individuels et notre liberté est mieux assurée par les tribunaux indépendants que par les législateurs, qui souvent font des lois pour se venger de leurs adversaires.

Les lois sont toujours l’expression de pouvoirs politiques, qu’elles émanent du président de la République ou du parlement. Et, dans un tel contexte, les minorités politiques seront considérées comme ayant juridiquement tort. Les lois dans notre pays sont devenues des instruments que les majorités utilisent pour imposer leurs vues. Nos réformes et la rupture qui les inspire doivent être telles qu’aucun président ne puisse régner en violation des textes fondamentaux et qu’il n’y ait face à cela aucun recours autre que la violence. Nous devons utiliser la justice pour mettre fin au cycle de la violence et de l’insécurité.

Ces réformes exigent cependant que les convictions prennent le pas sur les ambitions personnelles. Elles pourraient être le socle d’un ensemble de valeurs morales et idéologiques d’une opposition unie derrière des idées communes, propices à la résolution des problèmes qui se posent avec acuité et urgence. La Côte d’Ivoire n’est-elle pas plus importante que nos destinées politiques individuelles ?


Pr. Mamadou Koulibaly, le 28 juin 2013.


Source: LIDER-CI.ORG (Page Facebook)

lundi, 13 mai 2013

LIDER DRESSE LE BILAN DE L'AN 2 DE OUATTARA

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Mamadou Koulibaly appelle à une coalition pour la rupture afin de donner un carton rouge à Alassane Dramane Ouattara en 2015.
 
 
C’est en lançant un appel pour une Coalition pour la rupture en 2015  que le Pr Mamadou Koulibaly, président de Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), a conclu la série de conférences -débats organisées par son parti pour dresser le bilan de la deuxième année d’exercice du pouvoir par  M. Alassane  Dramane Ouattara.
 
Devant un parterre de plus de 300 participants, parmi lesquels se côtoyaient les représentants des ambassades des Etats-Unis, d’Afrique du Sud, du Sénégal, de Palestine, du Nigeria, de la Friedrich Ebert-Stiftung, de la société civile, d’autres partis politiques ainsi que de nombreux militants et sympathisants LIDER venus de toutes les régions du pays, le Pr Mamadou Koulibaly a présenté ses propositions  pour une Côte d’Ivoire meilleure et son projet pour s’assurer que l’actuel chef de l’Etat ne fasse pas plus d’un mandat au pouvoir.  
 
«En Côte d’Ivoire, les 20% des Ivoiriens les plus pauvres doivent se partager 5,6% des revenus annuels du pays, pendant que dans le même temps, les 20% des Ivoiriens les plus riches se partagent 47% des revenus annuels du pays », a relevé M. Koulibaly, stigmatisant la pauvreté et la profonde injustice qui caractérisent la société ivoirienne. Il a également noté la fracture effective qui existe entre ceux qui veulent utiliser l’Etat et la politique pour s’enrichir, quitte à instrumentaliser les populations et utiliser la violence à cet effet, et ceux pour qui la réussite passe par l’effort personnel, l’initiative privée et l’esprit d’entreprise.   
 
C’est à ces derniers, ainsi qu’à tous ceux qui, dans la classe politique, la société civile, dans les villes et les villages, en Côte d’Ivoire ou à l’étranger,  ne veulent  plus se laisser abuser par le pouvoir de l’Etat, refusent d’abandonner la Côte d’Ivoire aux mains des politiciens menteurs et manipulateurs et aspirent à une société plus juste, plus tolérante et plus prospère que LIDER demande de se remobiliser autour d’un programme de rupture pour la victoire en 2015.
 
Ecartant fermement l’éventualité d’un vote électronique à la prochaine élection présidentielle d’octobre 2015 évoquée récemment par le chef de l’Etat, qui semble oublieux des pénuries d’électricité récurrentes dans lesquelles est plongé le pays, le président de Liberté et Démocratie pour la République a énuméré  quelques points de ralliement de la coalition qu’il appelle de ses vœux  et qui n’est pas un rassemblement sans contenu autour d’un homme (comme l’ex-Lmp) ou une superposition désorganisée de partis et associations politiques comme l’ex-Cnrd, mais une initiative visant à réunir tous les Ivoiriens de bonne volonté qui souhaitent construire une Côte d’Ivoire meilleure et apaisée.  
 
A court terme, la Coalition pour la Rupture s’unirait autour d’un agenda qui consiste à pousser Ouattara à effectuer d’urgence un recensement général de la population, sans mention de l’ethnie ; à adopter un statut pour l’opposition ; à procéder à l’actualisation de la liste électorale, pour y intégrer tous les exclus, notamment les quelques trois millions de jeunes, qui ont obtenu le droit de vote en atteignant leur maj orité depuis 2009 et à qui M. Ouattara refuse catégoriquement de donner leurs cartes d’électeur  ; et enfin à former une commission électorale efficace et crédible, au sein de laquelle l’opposition statutaire sera représentée de façon paritaire.   
 
Une fois le pouvoir conquis en 2015, les parties engagées dans la Coalition pour la Rupture en 2015 procéderont à une réforme du foncier rural, qui se ferait conjointement avec le désarmement, pour rendre les terres dont l’Etat ivoirien s’est accaparé depuis 1960 à  leurs propriétaires légitimes, les paysans. Le programme contiendrait la mise en place d’un cadre efficient pour la promotion de la libre entreprise, meilleure arme pour générer de la création d’emplois ; une réforme de la justice pour la rendre réellemen t indépendante et mettre fin à l’impunité, et surtout, la réforme constitutionnelle qui sonnerait le glas de l’hyper présidence pour la remplacer par un régime parlementaire, qui permet de mieux contrôler l’exécutif et de le contraindre à rendre des comptes au peuple. A moyen terme, la rupture avec la monnaie inique qu’est le franc Cfa et l’instauration d’un marché des capitaux en Côte d’Ivoire seraient également sur  sa feuille de route.  
 
L’un des projets principaux de la Coalition pour la rupture, à long  terme, serait la renonciation aux frontières héritées de la période coloniale et la marche vers une fédération d’Etats ouest africains prélude à une confédération africaine viable.    
 
Avant l’intervention du Pr Koulibaly, la Déléguée nationale aux Questions électorales Mme Monique Gbékia, avec son équipe, avait ouvert la journée à 10 heurs en analysant l’état de la Réconciliation, qui
est au point mort en Côte d’Ivoire. Puis ce sont le Délégué national aux Réformes institutionnelles, Mohamed Sylla, et son équipe, qui ont fait le constat de l’absence criante de l’Etat de droit sous Ouattara, avant de céder leurs places au Délégué national au Système monétaire et financier, le Dr Séraphin Prao et à son équipe, qui ont démontré la vacuité des promesses d’émergence et démonté les solutions économiques du Dr Ouattara. La quatrième intervention avait été assurée par le Dr Eblin Fobah, Délégué national aux Questions sociétales, qui, entouré de son équipe, a ausculté la dégradation des conditions de vie des population s depuis l’avènement du régime Ouattara.  
 

Par  LIDER News, le 7 mai 2013.


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samedi, 27 octobre 2012

QUI VEUT LA PEAU DU PROFESSEUR MAMADOU KOULIBALY?


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Le dimanche 21 octobre 2012, en début de soirée, à Cocody Ambassades, le Professeur Mamadou Koulibaly, Président de LIDER (Liberté et Démocratie pour la République), en compagnie de sa Conseillère exécutive, Nathalie Yamb, a été victime d'un grave accident de la circulation qui a vu son véhicule 4X4 littéralement réduit en épave, comme l'atteste ces images et ce témoignage de Nathalie Yamb sur sa page Facebook:

"Après une sortie de route à Cocody Ambassades, la voiture a heurté un poteau électrique, fait des tonneaux, glissé sur 29 mètres avant d’arrêter sa course couchée sur le côté gauche en heurtant un deuxième poteau électrique. La roue avant droite, le cardan, la crémaillère, le moyeu du véhicule ont été nettement sectionnés et complètement arrachés, les deux poteaux électriques totalement déracinés et le véhicule est une épave. Nous avions mis nos ceintures de sécurité, ce qui a été d’autant plus salvateur que les airbags ne sont pas sortis. Dieu est grand".

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L'épave de la 4X4 du Professeur Mamadou Koulibaly

Cause de l'accident: les premières informations sur le Net parlaient de l'explosion du pneu avant droit du bolide. Mais les précisions de la Conseillère exécutive nous situent plus exactement sur les raisons de cette sortie de route qui a failli leur coûter la vie:

"Ce n'est pas la roue qui a éclaté, c'est tout le dispositif qui a été "nettement sectionné" pour reprendre la formulation des agents de police qui ont procédé au constat. Le cardan, la crémaillère, le moyeu, tout a été arraché".

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Le dispositif sectionné de la roue: une véritable chirurgie du sabotage

Qui a donc "sectionné" le dispositif de la roue avant droite de la 4X4 du Professeur Mamadou Koulibaly? Qui veut, par cet acte évident de sabotage criminel, avoir la peau de l'ancien Président de l'Assemblée Nationale de la République de Côte d'Ivoire sous l'ère Gbagbo, actuellement Président de LIDER, parti qu’il a créé après avoir rompu avec le FPI de Laurent Gbagbo?

Après un bref séjour à la PISAM (Polyclinique Internationale Sainte Anne-Marie) de Cocody, où il a été opéré du bras gauche, le Professeur Mamadou Koulibaly s'en tire à plutôt bon compte avec sa Conseillère exécutive, grâce à DIEU.

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Indéracinables.

Si l'intention était de le neutraliser pour de bon ou d'intimider ce franc-parleur, éminence grise en économie internationalement reconnue, l'effet escompté a été un flop, comme en témoigne, ici, Nathalie Yamb: "Indéracinables. Deux jours après l'accident de voiture dont ils ont été victimes, le Pr. Mamadou Koulibaly et la Conseillère exécutive Nathalie Yamb se remettent au travail et assistent à une réunion des partis de l'opposition membres du Cadre Permanent de Dialogue à l'hôtel Belle Côte. Ils étaient accompagnés de Messieurs Lancina Karamoko et Stéphane Vangah, membres du Bureau du Président de LIDER".

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Quand on a souvenance des sorties caustiques de l'homme politique contre le régime actuel (la dernière en date, dans l'article "Mamadou Koulibaly déshabille Ouattara: le régime Ouattara dans toute sa laideur", à lire, ICI), on ne peut manquer de lorgner du côté du pouvoir que les diatribes de l'universitaire dérangent au plus au haut point et au plus haut niveau.

MK reste un grand-frère dans la lutte politique, quoi qu'on dise. Il est une valeur sûre de notre pays. Malgré tout.

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Toutes nos compassions au Professeur Mamadou Koulibaly et à Nathalie Yamb. YAKO!!!

 

DINDE Fernand AGBO

vendredi, 05 octobre 2012

MAMADOU KOULIBALY: «LE COEUR DE LA RECONCILIATION POUR LES POPULATIONS, C'EST LE FONCIER RURAL»

 

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Franc-parler et grandes propositions ! Dans cette interview qu’il a accordée à Le Nouveau Réveil, le président de Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), le Pr Mamadou Koulibaly, jette un regard sans concession sur les grands débats actuels : la fermeture de la frontière avec le Ghana, la polémique sur les Frci, la gouvernance du président Ouattara, les gouvernements de large ouverture, l’inefficacité institutionnelle de la Cdvr, l’université rénovée, la loi sur le foncier, les retraites. Et par-dessus tout, la réconciliation.


Interview réalisée par Benoit Hili - Le Nouveau Réveil - 27 & 28 Septembre 2012 (L’intégrale)
 
 
 
 
Professeur, on vous a vu très remonté après la fermeture de la frontière ivoirienne avec le Ghana. Cette décision vous parait-elle inappropriée ?
 
Mamadou Koulibaly : Oui, elle est à mon avis inappropriée. La Côte d’Ivoire est cernée par des pays qui sont déjà en relations difficiles avec nous. A l’ouest, la frontière avec le Libéria est l’une des frontières les plus insécurisées de notre pays. La Guinée, avec N’zérékoré, ne connait pas encore de sécurité complète. Le Mali est très perturbé avec la crise malienne et l’occupation d’une partie du pays par les Touaregs. Le Burkina a la réputation d’avoir été le pays sanctuaire de l’ancienne rébellion aujourd’hui Frci. Il ne restait que le Ghana qui pouvait donner l’impression d’avoir un voisinage avec lequel on n’avait pas de problèmes. Même si de nombreux Ivoiriens s’y sont réfugiés après la crise postélectorale, cela n’est pas propre au Ghana. Ils sont aussi refugiés dans tous les pays, au Libéria, au Mali, en Guinée, et même plus loin, au Sénégal, en France. Deuxièmement, notre président est quand même le président en exercice de la Cedeao. Il a été installé en grande pompe. Cela donne des responsabilités de bon voisinage, de meilleur encadrement et de meilleures relations avec les pays de la Cedeao. Troisièmement, les sources d’insécurité chez nous ne sont pas propres à la frontière ghanéenne. On a, dans le mont Péko, là-bas dans le Far West du pays, des gens qui, avec la complicité plus ou moins avouable du gouvernement, occupent des forêts entières, propriété de l’Etat et des individus qui molestent des populations, sans que les frontières n’aient été fermées pour cela. J’ai trouvé brutale la fermeture des frontières ghanéennes ; frontière aérienne, frontière maritime et lagunaire, frontière terrestre. En matière diplomatique je pense que notre Etat est allé trop vite et trop loin.
 
Qu’aurait-il fallu faire ?
 
Lorsqu’il y a des crises de ce genre-là, on commence par s’inquiéter du fait que les assaillants soient repartis de ce côté de la frontière, on contacte les ambassadeurs pour leur demander ce qui se passe. On appelle l’ambassadeur du Ghana et on demande à notre ambassadeur là-bas de voir avec les ministères de  l’intérieur et des affaires étrangères pour comprendre ce qui se passe. Puis, les deux chefs d’Etat se parlent, afin de trouver une voie qui rassure les deux Etats. La meilleure solution en la matière, c’est de mettre en place une équipe de soldats, de civils, de diplomates et de techniciens de la sécurité pour voir comment, ensemble, on peut sécuriser toute la frontière qui est longue de plus de mille kilomètres, s’il est établi entre temps que les assaillants sont passés effectivement par là. Tel que le gouvernement a procédé, si la tension remonte encore, il n’y aura rien d’autre à faire que de rappeler les ambassadeurs. On est allé trop loin et nous sommes maintenant proches de la rupture des relations diplomatiques. Et s’il y a encore tension même après la rupture des relations diplomatiques, alors ils n’auront d’autre choix que de déclarer la guerre au Ghana. Alors, pourquoi, être allés si vite et si loin alors que notre pays préside la Cedeao, que notre président a tout le mal du monde à résoudre le conflit malien et qu’en interne, nos équilibres socio-politiques sont très fragiles ?
 
Professeur, le fait est connu que plusieurs centaines d’ex-dirigeants de l’ancien régime sont exilés au Ghana. Le ministre de la défense Paul Koffi a eu à constater que les assaillants seraient venus du Ghana ou seraient retournés au Ghana. Ne pensez-vous pas que c’était là des faits suffisants, d’autant plus qu’on a l’impression que le Ghana n’est pas suffisamment coopératif ?
 
Tous les Ivoiriens exilés au Ghana ne sont pas des assaillants. Moi, ma famille y vit depuis 2005, mais on ne peut pas la qualifier de famille d’assaillants. Il y a bien d’autres Ivoiriens qui sont dans les affaires, dans les entreprises. Avec l’exploitation du pétrole ghanéen, combien de techniciens et experts ivoiriens ne sont pas à Takoradi, passant la semaine là-bas et le weekend end en famille ici ? Chaque semaine, ils font des allers-retours. Mais ils ne sont pas des assaillants. Ils ne sont pas des exilés. En allant brutalement comme cela fermer les frontières, on gène ces personnes là. En outre, même s’il était établi que les assaillants sont venus du Ghana, qu’ils ont attaqué et qu’ils y sont repartis, il n’est pas établi que ces assaillants ont fait aux postes de frontière, les formalités du côté ghanéen avec leurs fusils et autres armes, proclamant : «Nous, on s’en va de l’autre côté, on fait une attaque, on va tuer quelques Frci et on revient dans deux heures remplir les fiches de débarquement pour sortir de Côte d’Ivoire et rentrer au Ghana». Notez bien qu’à la frontière terrestre, les formalités se passent exactement comme à l’aéroport. Les assaillants n’ont pas fait ça ! Ils ont attaqué par surprise, ils ont disparu. Cet acte est condamnable et nous le condamnons. J’ai toujours été contre toute sorte de rébellion, celle d’hier comme celle de maintenant. Mais de là à dire, tout de go, que la frontière est fermée, comme si ceux qui ont attaqué ont rempli les formalités de police et de douane, sont allés attaquer et sont revenus faire les formalités pour sortir et on ferme la frontière pour pouvoir les attraper ! Je trouve que nos gouvernants avaient d’autres leviers plus subtils et plus efficaces qu’ils ont perdu de vue. D’ailleurs, nos frontières sont poreuses. A Bouna, Agnibilékro, Niablé et Noé, les gens vont au champ de l’autre côté du fleuve et reviennent. Il y a certaines plantations de cacao en Côte d’Ivoire qui se prolongent au Ghana. Le matin, le type commence à travailler côté Côte d’Ivoire et le soir, il termine du côté du Ghana. Fermer brutalement la frontière, c’est mettre tous ces gens-là dans une illégalité que nous ne pouvons contrôler. La mesure est gênante et inefficace pour des innocentes personnes. Je ne juge pas du fait que ce soit vrai ou pas qu’il y ait eu des assaillants venus du Ghana. Mon problème c’est la question de l’efficacité, celle du bon voisinage avec le Ghana, d’entretien des relations de courtoisie et de respect. En plus, nous avons la présidence de la Cedeao. Ce n’est pas à nous de rentrer dans une ambiance belliqueuse.
 
Vous parlez d’une frange des Ivoiriens. Mais il y a une autre catégorie d’exilés au Ghana qui se livre souvent à des déclarations virulentes contre le gouvernement ivoirien. Qu’est-ce que la Côte d’Ivoire doit faire par rapport à cette catégorie ?
 
Il faut créer une commission paritaire avec le Ghana, qui va siéger, réfléchir et discuter, conformément aux textes de la Cedeao, de l’Union africaine et des Nations Unies, pour savoir ce que l’on fait des résidents de part et d’autre de la frontière, surtout contre ceux qui peuvent être tentés de s’adonner à ce type de besogne. Mais il ne faut pas punir toutes les femmes qui, chaque jour, vont d’Aboisso ou de Port-Bouët à Elubo, la ville frontalière en face de Noé, ou à Takoradi, acheter des marchandises qu’elles viennent revendre ici pour gagner leur pain quotidien, toutes celles qui font le commerce du pain sucré et de diverses marchandises de part et d’autre de la frontière, tous les commerçants de cola d’Anyama. Aujourd’hui, ce sont des dizaines camions entiers chargés de cola qui sont bloqués à Anyama et sur la route de Noé. Ces chargements de cola vont au Nigéria en passant par le Ghana, le Togo et le Benin. Il ne faut pas sanctionner tous ces camions-citernes de pétrole et de carburant, ni tous ces automobilistes qui transportent chaque jour des hommes et des femmes au-delà de la frontière et qui ne vivent que de ces activités. Ces gens-là ne sont pas des assaillants, ce sont des opérateurs économiques. Si l’Etat de Côte d’Ivoire n’est pas capable de sécuriser ses frontières, que des bandes armées passent ces frontières pour attaquer les soldats ivoiriens, pourquoi faire payer cela aux populations civiles ivoiriennes, là où l’Etat lui-même a été défaillant ? C’est à l’Etat lui-même d’apporter la sécurité aux populations civiles et non de les punir pour des fautes qu’elles n’ont pas commises.
 
Est-ce que l’Etat ne sanctionne pas un manque de coopération du Ghana, puisque quand ça se passe au Libéria, il y a une réaction automatique des autorités libériennes qui procèdent à des arrestations d’assaillants et les livrent à la justice ivoirienne. Le Ghana, lui, n’a jamais fait pareil.
 
Vous avez très probablement raison. Je ne juge pas de l’action du gouvernement du Ghana. Je dis que c’est à l’Etat de Côte d’Ivoire, mon pays, au président en exercice de la Cedeao, mon président, de prendre des initiatives dans le sens de poser des actes de bon voisinage aves ces autres voisins. Si on ne le fait pas, alors que c’est nous qui avons le plus à gagner de ce bon voisinage, on ne peut pas faire payer aux populations civiles là où l’Etat n’a pas fait son travail ! Qu’il y ait de bonnes relations entre les gouvernements ivoirien et ghanéen, cela dépend des gouvernants, pas des commerçants, des étudiants, des civils. Eux, ils n’ont rien fait du tout. Mon problème, ce n’est pas de savoir si le Ghana est coupable de quelque chose ou pas, je dis que dans le cas d’espèce, c’est l’Etat qui n’a pas fait son travail et la sanction doit être contre l’Etat et non contre les citoyens. C’est d’ailleurs très souvent la société civile qu’on tue. Pour une fois qu’elle n’est pas tuée, on peut regretter les personnes tuées par toute cette violence qui depuis de longues années ambiance notre quotidien ; on doit condamner l’assassinat des Frci. Mais on ne doit pas sanctionner les populations civiles. Fermer les frontières, ce n’est pas bien socialement et diplomatiquement et même, pourquoi pas, économiquement.
 
En parlant des Frci, certains estiment qu’il y a un manque de coordination, un déficit du renseignement militaire, voire de professionnalisme au niveau de l’armée, ce qui expliquerait que ces attaques puissent survenir. Est-ce également votre avis ?
 
C’est possible étant donné l’évident malaise que nous percevons tous au sein des Frci. Les Frci sont une armée créée à la va-vite pour pousser l’accession du président Ouattara au pouvoir. C’est une armée très hétérogène au commencement. Au commencement, c’était le Mpci plus le Mpigo plus le Mjp. Puis ce groupe s’est appelé Fafn pour finir, grâce à une ordonnance, par se donner un statut officiel et se désigner Frci. Mais une fois qu’il est arrivé au pouvoir, le président doit reconstituer une armée nationale, républicaine et non partisane, une gendarmerie nationale, une police nationale. Et cela n’a pas encore été fait. Les Frci, pour beaucoup, sont des guerriers et non des soldats. Un militaire, ça va à l’école, ça apprend le métier. Mais tous ceux qui portent des fusils et qui sont capables de tirer pour tuer ne sont pas forcement des militaires, des gendarmes ou des policiers ! Faire la guerre, ce n’est pas un métier. Mais être militaire, c’est un métier. Notre situation aujourd’hui, c’est de passer de la situation de guerriers que nous avons à une situation d’armée nationale qui respecte la république et la protège sans parti pris et à priori. C’était prévu dans les textes des différents accords, ça fait partie des engagements pris à Marcoussis, Pretoria et Ouagadougou, mais on n’a pas encore cette armée nationale, cette gendarmerie nationale et cette police nationale. La sécurité nationale ne peut donc pas être garantie, c’est difficile. Vous voyez le problème ?
 
Il y a quand même eu une restructuration, il y a eu des changements dans la chaine de commandement, tout cela pour vous n’est pas satisfaisant ?
 
Non, mais alors pas du tout ! On a cassé la logique du commandement. L’armée qui a gagné la guerre a imposé sa dénomination à toutes les autres forces vaincues. Nommer des hommes ne fait pas pour autant la force de l’institution, comme vous le constatez vous-même depuis Duekoué, Arrah, Azaguié, Sikenssi, Port-Bouët et partout ailleurs où l’on nous parle sans cesse d’éléments non contrôlés des Frci. Et je ne parle même pas des supplétifs Dozos et autres qui, chaque jour, occupent de plus en plus de terrain. C’est la mission que l’on assigne à l’institution, le cadre que l’on lui trace, les limites, les droits et les obligations que l’on lui fixe. Sinon, nommer les hommes, cela peut se faire. Pourquoi, avoir envoyé Philippe Mangou et Edouard Kassaraté en postes diplomatiques, alors que ces personnes-là représentent une partie de l’armée ivoirienne ? On les aurait laissés là, ils auraient coopéré avec les personnes nouvellement nommées, cela aurait rassuré les anciens et les nouveaux militaires et on aurait eu un état-major multicolore avec pour mission de construire un nouvelle armée. Et peut-être qu’on aurait de meilleures chances vers une réunification de l’armée. Mais on a expédié les chefs de cette armée dans des carrières diplomatiques, et puis les troupes sont là, les nouveaux arrivés n’ont aucune confiance aux anciens, les anciens ne font aucune confiance aux nouveaux, les uns sont hyper armés, les autres sont totalement désarmés, les nouveaux soupçonnent les anciens d’être dans des postures de vengeance, les anciens soupçonnent les nouveaux d’être dans des postures de revanche ; ce n’est pas avoir une armée ! C’est un assemblage de factions. L’armée, ce n’est pas seulement les troupes, les fusils, les bâtiments ! Il y a une intelligence militaire, stratégique, si on ne l’a pas, on ne peut pas être performants, on ne peut pas s’organiser convenablement. Et cette intelligence nécessite un ingrédient unique : la confiance. Or nos troupes vivent dans la méfiance. Regardez comment les chefs militaires se sécurisent eux-mêmes et laissent les populations exposées à l’insécurité.
 
Ce sont seulement ces deux généraux Mangou et Kassaraté qui ont été nommés à des postes d’ambassadeurs. Beaucoup d’autres hauts cadres de l’armée sont en poste, au niveau du dg de la police, du chef d’état-major adjoint des Frci etc. Ils sont tous là. On ne peut pas dire qu’on a muté ailleurs les anciens dirigeants de l’ancienne armée.
 
Dans ce cas, pourquoi sont-ils aussi inefficaces ? J’ai pris ces exemples, pas pour plaider pour des postes ou des hommes, mais pour poser la question de la confiance sans laquelle les factions assemblées ne peuvent être une armée républicaine. Vous savez, un tas de briques, de fer à béton et de sable ne fait pas une maison.
 
N’est-ce pas par exemple, le problème de l’embargo ?
 
L’embargo sur les armes ? Mais moi, je vois plein de gens en ville avec des kalachnikovs. Je les vois en train d’arrêter les gbakas, les wôrô wôrô, les taxis, de contrôler les voitures, d’ouvrir les coffres, et de regarder là-dedans. Ces armes-là sont déjà là. Si on les utilisait pour la sécurité des gens, ça ne serait déjà pas mal. Il y a beaucoup trop d’armes en circulation dans notre pays. Et ce n’est pas maintenant que nous sommes mis sous embargo. Depuis novembre 2004, j’étais à Abuja à un sommet où j’étais allé représenter le président Laurent Gbagbo, c’est en ce moment qu’Obasanjo, Bongo, Compaoré ont décidé de l’embargo, alors que Albert Tévoédjré était le représentant du secrétaire générale des Nations Unies en Côte d’Ivoire. Et depuis, la violence qu’il y avait à cette date a beaucoup changé comparé à aujourd’hui. A l’époque, il y avait beaucoup plus de violence. Si on a passé les périodes les plus violentes avec cet embargo, pourquoi aujourd’hui, au moment où tout le monde dit que la guerre est finie et que la paix est revenue,  faut-il qu’il y ait plus d’armes pour faire face à l’insécurité ? D’ailleurs, les responsables onusiens reconnaissent que pour la sécurité, l’Etat peut se procurer ce qu’il faut, à certaines conditions bien connues des autorités. Ou bien alors, on nous a menti quelque part, ou bien il y a quelque chose qui n’est pas totalement clair dans ce qu’on nous dit au sujet des idées selon lesquelles la guerre serait terminée, la paix retrouvée, la Côte d’Ivoire rassemblée, enfin toutes ces idées passe-partout qui souvent ne veulent rien dire.
 
Qu’est-ce qu’il faudrait faire?
 
Moi je pense qu’il faut réconcilier cette armée avec elle-même.
 
C’est-à-dire ?
 
Il faut prendre le taureau par les cornes. Il y a une armée avec différentes couleurs qui est un enchevêtrement de troupes, mais pas du tout intégrée. Toutes les Frci qui ont été recrutées au dernier moment pour faire la guerre d’Abidjan ne sont pas toutes entrainées pour être soldats. Elles sont là. Certaines ont été intégrées dans l’armée, d’autres ont été éjectées. Les Forces nouvelles de l’autrefois, qui étaient à Bouaké et qui sont venues, sont également là. Certaines ont eu des grades, d’autres pas du tout. Certaines ont abandonné leurs kalachs sous le lit et ont repris leurs commerces habituels. Il y a tous les miliciens de tous les bords, que ce soit ceux de l’ouest ou d’Abidjan, qui ont eu des armes, à qui ont a promis des jobs militaires, de police et de gendarmerie, tous ces groupes sont là. Il y a des pro-Gbagbo, il y a des pro-Ouattara. Le fait commun, c’est qu’ils ont tous été armés pour venir se battre.  Aujourd’hui, il y a plus de cent mille de ces gens-là en circulation. Je ne compte pas ceux qui sont officiellement dans les missions de sécurité. Peut-être qu’il faut voir comment intégrer toutes ces personnes. Le président de la République a le gros avantage d’être en même temps le ministre de la défense, il a donc la puissance gouvernementale et la puissance militaire dans les mains, puisqu’il est aussi le chef suprême des armées. Qu’il fasse l’intégration de cette armée. C’est son travail en tant que chef suprême des armées. Nous, nous attendons qu’il nous offre une sécurité et une tranquillité universelle, pour tous. Pas seulement pour ceux qui ont les armes et leurs patrons. Sécurité pour tous.
 
Intégrer cent mille personnes ?
 
Si déjà les gendarmes, les militaires, les policiers en exercice sont intégrés, je pense que ce serait bien. Un militaire, sa fonction ce n’est pas de faire la sécurité dans les rues de la ville. Ils sont là pour assurer la sécurité des frontières, pour assurer la défense du pays. Mais, nos militaires, on les retrouve, avec les kalachs, sur le boulevard Valéry Giscard d’Estaing, à Cocody, entre le carrefour de la Riviera II et Riviera III, à Yopougon en train de contrôler. Ce n’est pas la fonction de l’armée. Ça, ce sont des missions de police. Où se trouve notre police, si c’est l’armée qui fouille dans les coffres des voitures ? Est-ce que nous sommes en situation de d’état de guerre, d’état d’urgence ou d’état d’exception, ou sommes-nous dans un état normal ? Si on est dans un état normal, que les militaires et les soldats de l’armée regagnent leurs casernes, à Akouédo, Bouaké, Daloa. Que la gendarmerie fasse son travail de sécurité publique, que la police fasse son travail de sécurité publique. Mais si ce n’est pas le cas, l’embargo ne peut pas être un argument, parce que pendant que vous contrôlez les rues de Cocody, vous êtes attaqués à Port-Bouët. Pendant que vous contrôlez Port-Bouët, vous êtes attaqués à Noé. Vous êtes à Noé, vous êtes attaqués à Sikenssi. C’est quelque chose de bizarre ! Vous n’avez pas le temps de sécuriser les populations.
 
Vous ne pensez qu’il puisse s’agir d’un déficit d’effectif que des soldats viennent accomplir des tâches traditionnellement réservées à la police ?
 
Vous voulez dire que la police n’est pas suffisante ? La gendarmerie n’est pas suffisante ? Si on compte les troupes aujourd’hui, il y a beaucoup trop d’hommes, et dans la police, et dans la gendarmerie. Ce n’est pas un déficit d’effectifs. C’est un déficit d’organisation, un manque de confiance entre les anciens policiers et gendarmes et les nouveaux policiers et gendarmes. On considère que les anciens sont des pro-Gbagbo, donc on ne leur fait pas confiance, et que les nouveaux sont des pro-Ouattara, donc on leur fait confiance. Mais comme entre policiers et gendarmes, anciens et nouveaux, on ne se fait pas confiance, on ne se donne pas la main pour travailler. On a quand même vu des Frci tuer des commissaires de police. Trop de gendarmes et policiers sont payés à ne rien faire par manque de confiance et non par manque d’effectifs.
 
Vous étiez présent aux assises de Bassam sur le dialogue politique entre le gouvernement et les partis politiques. Depuis ces assises les 27 et 28 avril 2012, on a l’impression que le train est en panne sèche ou technique. Est-ce votre avis ?
 
Oui, c’est mon avis. Je pense qu’il y a une panne quelque part.
 
C’est dû à quoi ?
 
Je crois que le premier ministre qui avait initié cette rencontre pour que gouvernement et opposition se parlent, a dû trouver des chantiers plus urgents que la réconciliation ou le dialogue avec l’opposition. Ils ont arrêté, y compris le premier ministre qui s’était fortement engagé sur ce dossier. Si le conclave de Bassam avait donné naissance à un Cadre Permanent de Dialogue, nous aurions eu à discuter et des questions sécuritaires et judiciaires, électorales et du statut de l’opposition. Aujourd’hui, la confiance serait revenue entre le gouvernement et son opposition, d’autant plus qu’elle est extraparlementaire, cette opposition. On se serait parlé, de sorte que beaucoup de malentendus se seraient évanouis. D’ailleurs, quand ce dialogue a commencé, il y a eu une sorte de détente. Le gouvernement nous nous avait même demandé à ce moment-là, de passer à la télévision pour rendre compte des discussions que nous avions eues. On ne passe à la télé ici que sur demande expresse du gouvernement. Et nous avons joué le jeu, parce que le gouvernement nous a expliqué à Bassam qu’il veut bien lever le pied, mais qu’en retour, les opposants aussi devaient lever le pied. Nous avons tous joué le jeu. Malheureusement, une fois que nous avons joué le jeu, le gouvernement s’est replié dans sa gestion quotidienne et a oublié ce chantier là. Le dialogue est bloqué jusqu’aujourd’hui par son désintérêt. Après, il est difficile de venir dire aux Ivoiriens que nous voulons la réconciliation, si nous ne sommes même pas capables de nous parler.
 
Il est difficile de dire que tout le monde parmi vous a joué le jeu. Le Fpi, par exemple, qui est une formation qui compte sur la scène de l’opposition, a participé en qualité de simple observateur. Ce qui voulait dire qu’il n’était pas partie prenante du conclave et jusqu’à ce jour, il maintient ses préalables.
 
Si vous raisonnez comme ça, pour dire qu’ils n’ont pas joué le jeu, je tiens à vous dire que la Cdvr (Commission dialogue, vérité et réconciliation) était aussi invitée à Bassam, mais elle n’est pas venue. Pensez-vous que cela voudrait peut-être dire que la Cdvr est contre la réconciliation ?
 
Que faire, dès lors, pour réconcilier le gouvernement et son opposition ?
 
Il faut reprendre tout de suite le chantier du conclave de Bassam. D’ailleurs, la dernière résolution 2062 du Conseil de sécurité est revenue là-dessus. Il faut reprendre la démarche qui a été initiée à Bassam. Elle avait trois grands thèmes qui sont au cœur de la situation nationale: les questions de sécurité et de justice. Qu’est-ce qui entraine les attaques par les Frci et contre les Frci ? Si on discute entre nous, si on voit ce qu’il y a à faire de façon collégiale et qu’on trouve des solutions, cela va peut-être atténuer les tensions qui sont d’abord, à mon avis, politiques avant d’être militaires. La résolution dit également qu’il faut reprendre immédiatement les débats autour des questions électorales. Ce sont des débats que le gouvernement et les opposants prennent au sérieux : la forme de la commission électorale et le contenu de la liste électorale, notamment. C’est important de sortir les militaires de la commission électorale et de n’y avoir que des civils. Pour le moment, il y a des Frci dans la commission électorale. Ça n’a pas de sens, d’autant que vous dites qu’ils ne sont pas nombreux pour assurer la sécurité du pays. Il faut aussi discuter du statut de l’opposition. C’est un point important. Le gouvernement soupçonne une partie de l’opposition de vouloir le déstabiliser et une partie de l’opposition soupçonne le gouvernement de vouloir la détruire. Il faut un texte clair qui dise quels sont les droits et les obligations des partis d’opposition, qui précise dans quelles limites on est opposants, assaillants, terroristes ou rebelles. Dès cet instant, on aura des lois qui vont peut-être cadrer tout cela et les discussions pourront avancer vers la réconciliation.

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mardi, 18 septembre 2012

MAMADOU KOULIBALY: «LA CRISE POSTELECTORALE N'EST PAS TERMINEE»


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Mamadou Koulibaly, le président de Liberté et démocratie pour la République (Lider) a été reçu, lundi 17 septembre 2012, en fin de matinée, par le président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (Cdvr). L’audience a eu lieu à la Riviera-Golf au cabinet privé de Charles Konan Banny. A la sortie de l’entretien, qui a duré 1h 45mn, le leader de Lider s’est confié à la presse. Voici l’intégralité de ses propos.

 

Vous venez d'avoir une rencontre avec le président de la Cdvr, de quoi a-t-il été question? 

Mamadou Koulibaly: Je voulais d'abord corriger quelque chose qui s'est passé la semaine dernière. J'ai vu une réaction dans la presse disant que Lider avait boycotté une rencontre avec la Cdvr. Ce n'était pas vrai du tout. On n'avait pas rendez-vous ce jour-là. Et les journalistes devaient être mal informés. Nous sommes venus à l'invitation de la Cdvr pour, quatre mois après, faire le point. La Cdvr nous a informés de l'évolution de son travail. Et nous lui avons posé des questions sur les raisons des difficultés et ce que, en tant que parti politique, nous pouvions faire pour aider à lever ces difficultés. Il semble, après les échanges, qu'aujourd'hui, la Cdvr manque de moyens, manque d'argent pour faire avancer le processus de réconciliation. Son président nous avait expliqué qu'ils avaient pris quelque retard, mais qu'ils tenaient à respecter leurs engagements et à déposer le rapport final aux dates indiquées. Mais pour cela, il faut de l'argent. 

Il faut que l'Etat de Côte d'Ivoire, la communauté internationale, enfin tous ceux qui pensent que la réconciliation est une chose importante mettent la main à la poche. Pour le reste, nous lui avons suggéré de faire redémarrer - de notre point de vue la première étape de toute cette réconciliation -, les discussions entre les hommes politique. Les hommes politiques et les femmes qui font de la politique dans notre pays ne se parlent pas. Ils s'ignorent royalement. Ils vivent dans la méfiance, dans l'injure, dans l’anathème. Peut-être que si eux ne sont pas capables de s'asseoir et de se parler, nous pensons que, conformément à la mission qui a été confiée à la Cdvr en son article 5, ils peuvent créer un cadre pour recevoir tous les partis politiques et qu'on se parle. 

Si les hommes politiques se parlent, ils ne mettront plus leurs injures dans la bouche des journalistes et peut-être qu'ils pourront se regarder droit dans les yeux et se dire ce qui ne va pas et puis sortir la Côte d'Ivoire de cette léthargie. Parce que, si nous, hommes politique, ne sommes pas victimes, il y a de nombreux jeunes en ville qui n'ont pas d'emploi, qui sont au chômage, de nombreuses familles qui ont du mal à se nourrir. Et c'est de notre responsabilité d'offrir cette réconciliation, pas pour nous, mais pour ceux qui nous ont fait confiance. 

Il y a le Fpi qui dit que pour se parler, il faut que leurs dirigeants, et l'ancien président (Laurent Gbagbo, Ndlr) soient libérés. Le Rdr dit que pour se parler, il faut que le Fpi reconnaisse la légitimité et la légalité du pouvoir en place. Entre les deux positions, quelle est la solution? 

Mamadou Koulibaly: Lider n'a aucun commentaire. On constate simplement que la crise post-électorale n'est pas terminée. 



Propos recueillis par SYLLA A. 

 

Source: AFRIK53.COM

lundi, 13 août 2012

MAMADOU KOULIBALY: ET POURTANT LES COUPABLES SONT CONNUS, LES RAISONS AUSSI

 

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Analyse de la situation sécuritaire en Côte d'Ivoire et propositions de sortie de crise

 

« C'est ainsi que les gens travaillent à leur propre confusion. »
In Franz Kafka. (1926), Le Château.


La semaine de la fête du 52e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire a été l’occasion de violences meurtrières. Cette fois, les attaques n’ont pas visé les populations civiles ni les forces onusiennes en Côte d’Ivoire, mais elles étaient essentiellement dirigées contre les forces armées, les FRCI. Les casernes militaires, les commissariats de police et les points de contrôle routiers ont fait l’objet d’attaques de bandes armées qui ont tué et ont été capables de disparaître tout de suite après leurs forfaits. Avec émotion, les camps politiques adverses s’accusent mutuellement d’être les auteurs de ces attaques meurtrières. Encore une fois, les partisans du président Ouattara soutiennent la thèse que ce sont les partisans de l’ancien président Gbagbo qui sont les criminels assaillants. Mais les partisans de Gbagbo ne se laissent pas faire et accusent les pro-Ouattara d’être des tueurs armés itinérants. 

Une chose est sûre, il y a eu mort d’hommes et donc pertes en vies humaines. Des enquêtes sont annoncées et en attendant leurs conclusions, si conclusions il y a un jour, nous devons nous rendre à l'évidence: chacun des deux camps tue et, en définitive, seules les populations civiles voient leurs droits de vivre en liberté, en sécurité, dans la poursuite de leur bonheur individuel et collectif, violés. Les populations civiles sont les victimes de deux camps qui continuent de se haïr et de se positionner dans une logique d’intimidation, de chantage, de belligérance, de répression, de revanche et de vengeance.

Une commission d’enquête, visant à établir les responsabilités dans les crimes de la période ayant suivi les élections présidentielles de 2010, a été mise en place il y a quelques mois par le gouvernement. Ses conclusions mettent en évidence que les pro-Gbagbo et les pro-Ouattara ont tous été criminels. Ils ont tué des hommes, des femmes et des enfants pour des raisons politiques, ethniques, religieuses et régionales. Sur les 2.264 cas ayant fait l’objet des investigations, les pro-Gbagbo, identifiés sous la dénomination "éléments des ex-Forces de Défense et de Sécurité"(FDS), sont accusés de 1.452 crimes, tandis que les pro-Ouattara, identifiés sous les appellations "Forces Nouvelles"(FN), "Forces Républicaines de Côte d’Ivoire"(FRCI) et "Dozos", arrivent en seconde place avec 927 crimes. Nous étions, dit-on, en période de guerre lorsque ces crimes ont été commis. Qui est le plus coupable ? Ceux qui ont tué le plus ou ceux qui ont tué tout simplement ? Au total, quelque soit le plus coupable, d'après cette commission d'enquête, ce sont 2.264 vies humaines qui ont été fauchées par des haines réciproques.

Une question demeure au-delà de ces chiffres : pourquoi autant de crimes avec des victimes connues mais sans coupables reconnus ? Dire des pro-Gbagbo et des pro-Ouattara qu’ils ont tué donne certes quelques indications, mais cela reste insuffisant pour comprendre qui tue en réalité. Tous les pro-Gbagbo ne sont pas des criminels et tous les pro-Ouattara non plus. Il faudra être un peu plus clair si l’on veut aller à la vérité ; cette vérité qui libère des haines et réconcilie les cœurs. 

Inventaire de l'armée et des forces de sécurité


D’abord, il convient d'établir que les populations, malgré le grand nombre d’hommes armés en circulation, ne sont pas en sécurité. Il n’y a pas de forces qui assurent la sécurité au sens traditionnel du terme. Aujourd’hui, l’armée ivoirienne de terre, de mer et de l’air compte, entre autres, environ 14.000 hommes non réformés, non équipés. Il s’agit de ce qu’il reste des anciennes FANCI (Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire). Ces hommes sont démotivés, désarmés, payés à ne rien faire, frustrés par une défaite programmée mais inattendue et méprisés par les autorités politiques actuelles du pays simplement parce qu'ils ont appartenu à l’armée sous l'ancien régime. Ils étaient les forces dites loyalistes du régime de Laurent Gbagbo. Cela leur est préjudiciable aujourd’hui et le régime ne leur fait pas confiance.

Il faut ajouter à ce groupe environ 17.000 gendarmes. Ce corps dit d’élite s’est taillé en Côte d’Ivoire la réputation d’être républicain mais n’est nullement utilisé pour le maintien de l’ordre public dans la nouvelle gendarmerie. Plusieurs de ses membres ne sont pas intégrés dans la fonction traditionnelle de la gendarmerie. Ils sont payés à ne rien faire, vivent dans la terreur et le soupçon d’être capables de déstabiliser le régime à tout moment. Ils s’ennuient, sont démotivés et frustrés. Ils faisaient eux aussi partie des loyalistes de l’ancien régime. Et cela leur est préjudiciable aujourd’hui car le régime ne leur fait pas confiance.

Nous devons aussi prendre en compte 18.000 policiers non réformés, eux aussi, c'est-à-dire non réorganisés et non réemployés dans les fonctions habituelles et normales de la nouvelle police. Ils sont en permanence soupçonnés d’avoir été proches de l’ancien régime Et cela leur est préjudiciable aujourd’hui car le régime ne leur fait pas confiance. Ils travaillent sous le regard, le contrôle et la suspicion des forces mises en place par le régime actuel. Ils s’ennuient, sont démotivés et frustrés.

Ces trois groupes constituent ensemble une équipe de 49.000 personnes environ qui, formées en principe pour la sécurité et l’ordre public, vivent dans le non-emploi, le chômage déguisé, la suspicion et la frustration de ne pouvoir exercer leur métier dans des conditions normales de l’Etat de droit. Ces hommes et ces femmes, harcelés de temps à autre, constituent un cocktail dangereux pour la stabilité du régime qui en est conscient et qui déploie des efforts énormes de surveillance, de contrôle, d’arrestations et de tracasseries. Toutes choses qui ne rassurent pas mais au contraire stressent et créent des tensions psychologiques intenses.

Mais, surveiller les militaires, policiers et gendarmes des ex-FDS ne laisse pas suffisamment de ressources pour assurer la sécurité des populations et garantir l’ordre public, aussi bien dans les villes qu’en milieu rural. L’insécurité commence avec l’idée que l’autre nous veut du mal. Et à vouloir trop le surveiller, nous ne voyons pas arriver les autres dangers. 

Que faire dans ce cas ? Réinsérer ces éléments dans l’ordre normal des forces qui assurent la sécurité, la protection civile et l’ordre public en Côte d’Ivoire. Cela voudrait dire redonner à la police et à la gendarmerie les moyens de leur activité. Seuls les policiers et gendarmes peuvent assurer l’ordre public et rassurer les populations. Si l’Etat doit redevenir normal, ce sont les forces normales et non des forces d’exception qui doivent s’occuper de la mission du service public de la sécurité et de la protection des droits et des libertés. La condition normale d’un Etat exige des institutions normales. L’armée, la gendarmerie et la police sont des institutions qui doivent reprendre leur service normalement si bien entendu nous recherchons la normalité qu’impose l’Etat de droit. Si bien entendu nous voulons mettre fin à l’Etat d’exception.

Mais que faire avec une armée de 11.000 FRCI, loyalistes d’aujourd’hui, en plus des 14.000 loyalistes de l’ancien régime? Cela fait quand même 25.000 militaires payés. Avec le budget actuel du ministère de la défense, estimé à 188 milliards de fcfa, si leur traitement est assuré convenablement (131 milliards fcfa), alors cette armée n’a aucun moyen pour s’équiper et s’entraîner. Si elle devait avoir les moyens de son équipement, alors les soldes ne seraient pas payées. Si l’Etat devait assurer pour ces hommes, à la fois l’équipement et la solde, le budget militaire exploserait. Alors qu’il a déjà du mal à faire face, entre autres, aux exigences de la dette due aux caisses de retraite (CGRAE, CNPS) ainsi qu’à celles des salaires des travailleurs de la Poste de Côte d’Ivoire, il serait obligé de fermer des hôpitaux ou des écoles à cause du manque de moyens financiers. Ainsi, nous vivons en insécurité permanente avec une armée pléthorique, mal équipée, mal encadrée, mal payée, bien frustrée et avec de bonnes raisons de ne pas pouvoir assurer sa mission de sécurisation des populations civiles sur l’ensemble du territoire et dans les casernes, les gendarmeries et les commissariats.

Le gouvernement, pendant ce temps, est en sécurité grâce à 3.000 hommes minutieusement triés parmi les FRCI pour la défense de l’Etat et d’Abidjan. Ces hommes, qui ont l’entière confiance du gouvernement, viennent de l’ex-rébellion du MPCI, MPIGO, MJP et des FN et assurent la sécurité du président de la République et des institutions de l’Etat. Ces hommes sûrs du régime en sont aussi les hommes forts, car commandés par les ex-com zones. Notons que certains des chefs de ce groupe de privilégiés ont été promus à des grades supérieurs au moment où des soldats se faisaient tuer par des inconnus armés sortis de nulle part au début du mois d’août 2012. 

Mais peut-on croire à la thèse des hommes sortis de nulle part pour perpétrer ces attaques ? Non pas vraiment. Car, à y regarder de près, il y a dans notre pays des populations à haut risque qui peuvent avoir de bonnes raisons de fomenter ce type de guérilla.

Qui pourraient être les guérilleros?

Au lieu de s’accuser mutuellement, la classe politique pourrait faire une introspection et analyser froidement la situation. Parmi les populations à risque et capables de fomenter des guérillas, il y a plusieurs cas à distinguer. 

Le premier groupe est constitué des FRCI frustrés et déçus, auxquels l’on avait promis des carrières militaires sécurisées. Dans le cadre de l’Accord Politique de Ouagadougou (APO), le volet militaire qui était en négociation concernait 32.000 éléments des FN qui rêvaient d’obtenir une situation de fonctionnaire. Mais, lors de la mise en place définitive des FRCI, seuls 9.000 de ces combattants ont été retenus. Alors qu’elles étaient en possession d'armes et de munitions, ce sont 23.000 personnes qui ont été refoulées, dégagées des rangs ou mises à la porte des FRCI. Ces ex-combattants FN non retenus dans les FRCI vivent dans la rancœur et la frustration et sont en attente de toutes les bonnes occasions qui pourraient leur permettre d’exprimer leur colère vis-à-vis de ceux qui leur ont menti, les ont utilisés et les ont rejetés au moment du partage du butin. Ces 23.000 personnes sont autant de dangers potentiels à ne pas oublier lorsque l’on cherche qui accuser après les attaques comme celles perpétrées contre les FRCI en ce début du mois d’août 2012.

La seconde catégorie identifiée comme dangereuse est constituée des 36.000 supplétifs issus des jeunes combattants recrutés à tout va au moment où il a fallu que les FN se préparent à la bataille d’Abidjan lors de la dernière crise post électorale. De nombreux combattants ont été encouragés à s’enrôler pour «la cause». Ils étaient environ 38.000 supplétifs pour les FRCI, parmi lesquels seulement 2.000 ont été retenus pour une éventuelle intégration dans les forces régulières actuelles. Que faire des 36.000 restants ? Ils ont été purement et simplement oubliés. Eux aussi fulminent de colère et de désir de revanche sur ceux qui les ont manipulés. Ils sont des agents à risque, capables, pour des raisons évidentes, de s’attaquer à leurs anciens frères d’armes, du temps des durs combats d’Abidjan, qui les ont trahis et abandonnés par la suite. Il ne faut pas les oublier lorsque l’on se pose la question de savoir qui s’attaque aux FRCI et pourquoi ?

La troisième catégorie à risque est composée de 38.000 personnes issues des groupes d’autodéfense et autres miliciens de l’ancien régime. Il avait été question que, dans le cadre du service civique proposé par l’APO, ces supplétifs des FDS de l’époque puissent être intégrés à des structures de réinsertion et d’emploi dans la fonction publique. Mais rien n’a été fait et plusieurs d’entre eux sont réputés avoir des armes, sont frustrés de savoir que l’âge d’or est terminé et que si les choses redeviennent normales, eux s’en sortiraient sans rien, bredouille. Eux ont du mal à accepter cette perspective. Ce groupe est tout aussi dangereux que les deux premiers et il ne faut pas l’oublier lorsque la question se pose de savoir qui attaque les FRCI. Pour ce groupe, l’avènement des FRCI ayant mis fin aux privilèges dont ils bénéficiaient, il est inacceptable de laisser les choses en l’état et laisser le triomphe facile à leurs adversaires d’hier.

Au total, ce sont donc au bas mot 97.000 guérilleros potentiels, sans compter les opportunistes et autres bandits habituels, les frustrés et les haineux occasionnels qui ont de vieux comptes à régler avec de vieux copains maintenant membres de la nouvelle nomenklatura, les nouveaux combattants, ceux de la 25ème heure qui ne sortent que lorsque les champs de bataille sont vides. Si nous prenons en compte tout ce beau monde «de super vilains» ou de «super héros», on peut arriver à 100.000 personnes à risque, déçues par les promesses non tenues, ballottées entre des décisions contradictoires, endoctrinées par des états-majors politiques réciproquement haineux, encasernées, pour certaines, avec leurs armes dans des conditions inacceptables, comme par exemple les 1.500 retenues dans le tristement célèbre camp de la Gesco à Yopougon. Toutes ces personnes sont de véritables dangers pour la sécurité des populations civiles, pour les FRCI elles-mêmes et pour les forces impartiales également, et l'on ne peut pas dire qu’elles ont tort d’être en colère. Et si l’on traitait plus sérieusement leurs cas ?

Ces 100.000 jeunes qui voient l’avenir en noir ne se fient qu’au pouvoir que leur donnent leurs armes. Ils n’ont pas d’emploi, pour plusieurs d’entre eux, pas même de qualification ni de métier. Ils ont la hantise du chômage et voient leur vie comme un drame dont les seules lueurs ne sont que trahisons, manipulations. La haine envers leurs anciens mentors et le mentor adverse alimente leur quotidien. Ils croient avoir tout perdu, sauf leurs armes avec lesquelles ils peuvent se faire entendre, se faire respecter et même faire fortune ou simplement obtenir à manger. Il ne faut pas les oublier au moment où l’on se pose la question de savoir qui organise la guérilla. 

Quelles solutions pour sortir du bourbier insécuritaire?

D’abord, le gouvernement doit cesser de pratiquer la politique de l'autruche et regarder enfin le problème en face. La communication de monsieur Bruno Koné, ministre et porte-parole du gouvernement, après le conseil des ministres du 15 février 2012, à la suite de toutes les tueries de la période post électorale et depuis la création des FRCI démontre, si besoin est, son fourvoiement et la marge de progression analytique qu'il nous offre pour comprendre la situation :

«Les Frci, c’est l’armée régulière de Côte d’Ivoire. Il est important que notre armée soit respectée. L’armée représente la souveraineté du peuple ivoirien. Il n’y a pas de raison que ce soit les populations qui décident ou pas d’avoir l’armée sur un territoire. Nous sommes tous à un âge où nous avons vu les Fanci et les Fds. Je crois qu’il faut qu’on revienne au principe de base du civisme. C'est-à-dire le respect de nos institutions. Dans le respect des institutions, il y a le respect de l’armée. L’armée de Côte d’Ivoire a eu à mener des opérations de sécurité publique tout simplement parce que la police et la gendarmerie n’étaient plus opérationnelles. Il a fallu attendre plusieurs mois avant que les commissariats ne soient regarnis et il a aussi fallu attendre plusieurs mois avant que les policiers ne soient dotés d’armes et de munitions. Pendant ce temps, les militaires ont eu à les suppléer. A partir du moment où nous sommes arrivés progressivement à une situation normale, il leur a été demandé de se retirer de ces activités pour que la police et la gendarmerie prennent le relais. Mais cela n’est pas fait partout, d’une part. D’autre part, même si la police et la gendarmerie sont de retour, rien n’interdit que les militaires soient apportés en renfort à tel ou tel endroit. C’est une décision du commandement militaire. (…) Quand on parle de cantonnement, j’ai l’impression que pour les Ivoiriens cela veut dire qu’il faut que les militaires disparaissent du paysage. (…) Les Frci, c’est plusieurs milliers de personnes. Donc il peut arriver qu’un élément des Frci ait un problème avec un élément civil, cela peut arriver partout, il peut y avoir des cas d’indiscipline, il peut y avoir des agressions contre les uns et contre les Frci. Mais de grâce, ne transformons pas tout en conflit ethnique ou intercommunautaire. S’il y a des erreurs de la part des Frci, ils peuvent être sanctionnés par leur hiérarchie

Puis, la classe politique, gouvernement en tête, doit arrêter de détourner l’attention du problème principal par des accusations mutuelles insensées. 

Ensuite, elle doit accepter sa propre défaillance dans la façon de faire la politique et reconnaître que c’est elle qui, par ses discours, ses ambitions, ses inconséquences, a conduit de nombreux jeunes dans l’impasse, et toute la Côte d’Ivoire avec.

Enfin, elle doit s’engager tout de suite dans des discussions sur la réconciliation politique et envisager un programme de fin de crise conforme à la résolution 2062 du Conseil de sécurité des Nations-Unies et rendre opérationnelle cette dernière. Ceci suppose de:

  • Prioriser la question du désarmement et de la réforme du secteur de la sécurité dans l'agenda du président de la République - ministre de la défense et chef suprême des armées.
  • Retirer des rues les FRCI et y installer la gendarmerie et la police nationales.
  • Organiser le départ à la retraite des combattants et autre miliciens non retenus dans les forces actuelles.
  • Dégager des économies budgétaires pour financer cette retraite supplémentaire par la réduction du niveau de vie de l’Etat.
  • Redéployer l’administration civile et l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire ivoirien.
  • Reprendre et approfondir le dialogue entre l’opposition et le gouvernement dans le cadre défini par le conclave de Bassam.
  • Ne pas se précipiter pour organiser les élections locales dans les conditions actuelles d'insécurité.

Nous avons une population ivoirienne de 20 millions d’habitants environ, qui vit, sans protection de qui que ce soit, avec 100.000 ex-combattants armés et frustrés se sentant trahis par ceux qui, de part et d’autre, avaient fait d'eux des héros à coup de fausses promesses d’intégration dans la fonction publique; une soldatesque de 25.000 hommes, sans équipement ni entrainement qui ne peut exercer sa mission par manque de cohésion; 35.000 gendarmes et policiers prévus pour le maintien de l’ordre public et la sécurité civile mais qui ne sont ni organisés ni employés à cette fin car désarmés par manque de confiance et 3.000 éléments des FRCI, commandés par les anciens com zones, sélectionnés parmi l’ensemble pour assurer la sécurité du président de la République et des institutions à Abidjan. Cette population civile, totalement laissée à elle-même, devient la cible de chacun de ces dangereux groupes adverses qui, à travers les cruautés commises à son encontre, peut vouloir attirer l’attention sur lui. 

A ce jour, la Côte d'Ivoire n'a plus d'armée - ni ancienne, ni de nouvelle -, mais elle est entre les griffes de plusieurs bandes armées qui se ciblent les unes les autres tout en prenant la population civile en otage. L’ordonnance illégale prise par le président de la République le 17 mars 2011 pour créer les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), mélange composite des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) et des Forces armées des Forces nouvelles (FAFN), dans le but, selon les propres termes de M. Ouattara, de «protéger les populations civiles, pacifier le pays et rétablir la légalité» est loin d’avoir été efficace. Bien au contraire, cette ordonnance est à la base de la désorganisation de la sécurité et de l’ordre républicain. La question est du domaine de la loi c'est-à-dire du débat public républicain. Une ordonnance ne suffit pas à créer une armée (article 71 de la constitution d’août 2000). La preuve est maintenant faite. La recrudescence des braquages dans tous les quartiers d'Abidjan, et des coupeurs de route dans l'ensemble du pays, est la manifestation directe de la mauvaise gestion des questions militaires et sécuritaires par l'Etat, qui a trop souvent recours à des ordonnances illégales et des décrets inutiles pour résoudre un problème sensible qui requiert bon sens, clairvoyance et courage. Aujourd’hui nous en payons le prix. Et pourtant, les coupables sont connus, les raisons aussi.

 

Abidjan, le 13 août 2012

 

Mamadou KOULIBALY, président d'Audace Institut Afrique.


Source: INSTITUT AUDACE AFRIQUE

jeudi, 09 août 2012

LETTRE AUX IVOIRIENS DU Pr MAMADOU KOULIBALY - FETE DE L'INDEPENDANCE ENTRE PROBLEMES ET SOLUTIONS

 

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«Sans la propriété individuelle, nul n’est affranchi; quiconque n’a pas de propriété ne peut être indépendant.» - F.R. de Chateaubriand

 

Chers Ivoiriens,

Pour la 52ème fois, nous célébrons l’anniversaire de l’indépendance de notre pays. Cette année, à l’invitation du préfet, je l’ai passé à Agboville. Le regain de tension qui accompagne cette célébration m’attriste et suscite en moi émotion et condamnation. Cette recrudescence d’insécurité, qui est partie de Duékoué pour se signaler à Akouédo, en passant par Abengourou, Agboville, Sinfra, Yopougon et bien d’autres lieux de notre patrie, est préoccupante, et pourtant elle était prévisible. Les plaies qui balafrent notre pays et notre quiétude aujourd’hui sont dues à l’impunité érigée en mode de gouvernance. Depuis quelque temps, la règle d'or semble être que le vainqueur a toujours raison, et c’est ainsi que des frustrations tenaces sont nées du côté des vaincus, animés par des sentiments de revanche et de vengeance. C’est ainsi aussi que des troupes qui ont contribué à l’avènement du pouvoir actuel et qui sont aujourd’hui frustrées d'avoir été éjectées de l'armée et laissées pour compte, exigent pour elles-mêmes une justice de vainqueur. Ces troupes de tous bords harcèlent le ministre de la défense,qui n’est autre que le président de la République, chef suprême des armées, chef de l’administration, président de conseil supérieur de la Magistrature et chef du pouvoir Exécutif, mais évitent une guerre ouverte avec lui. Et ce dernier de promettre une sécurité qui ne vient pas, de promettre des enquêtes dont on n’a jamais aucun résultat, de promettre une transparence et une équité qui n’arrivent pas... bien au contraire.

Je crains fort qu’un jour, l’intégrisme des vainqueurs déçus et l’extrémisme  des vaincus frustrés ne se coalisent contre un pouvoir autiste qui refuse toute discussion et ne voit de solution que dans l’usage de la force brutale, de l’intimidation, de la corruption et de la menace. Chers Ivoiriens, à un moment donné, l'heure du Dialogue sera passée. Il faudra alors des négociations entre les guérilleros de tous les bords – car nous avons bien à faire à une guérilla – avant de revenir à la solution d’un gouvernement de transition, quand ils auront compris qu'il n'y a pas de solution militaire et quand, encore une fois, il y aura de nouveau eu trop de pertes de vies humaines. La vie des autres, pas celle des instigateurs, ni celle de leurs familles. Comme d'habitude. J’attire votre attention là-dessus, en espérant cette fois être mieux entendu que lorsque j’avais vainement mis en garde les hommes politiques et les populations de Côte d’Ivoire sur les conséquences profondes, durables et générales qu’entrainerait une escalade militaire de la crise postélectorale de 2010.

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Le 7 août de chaque année, nous célébrons l’indépendance de notre pays. Je préfère parler d’aspiration à l’indépendance, parce que si notre dépendance par rapport à l’ancien colonisateur est partiellement avérée, notre indépendance vis-à-vis de notre propre Etat reste quant à elle bel et bien à conquérir entièrement. Depuis 1960, l’Etat de Côte d’Ivoire détient par devers lui des terres qui appartiennent aux paysans et propriétaires coutumiers. Dans une interview radiophonique que je viens d’accorder à l’occasion de notre fête nationale, je me suis attelé à démontrer un autre intérêt de la réforme du foncier rural au cœur du programme de LIDER – en plus du marché hypothécaire et du libre échange de la terre qui vont enrichir le monde paysan et développer l'agriculture. Si l’on tient compte des cours d'eau, des terres non arables, des villes, villages et autres lieux habités, des routes et autres servitudes et remembrements et qu'on ne retient, par exemple, que 200 000 km² de terres pouvant faire l’objet d’attribution de titres fonciers ruraux sur les 322 000 km² de terres de Côte d’Ivoire, et sachant qu’un kilomètre carré (km²) représente 100 hectares soit 1 million de mètres carrés, si l'Etat ne prenait que 1 fcfa par m²,  on aurait 200 milliards de francs de recettes fiscales par année au titre de l'impôt foncier rural. Si la taxe foncière rurale était fixée à 5 fcfa par m², l'Etat pourrait encaisser annuellement 1.000 milliards de fcfa. Et si l’Etat se contentait de faire payer aux propriétaires des terres 10 fcfa par m², il encaisserait 2.000 milliards de fcfa de plus par an pour le budget. Vous conviendrez avec moi, chers Ivoiriens, qu’avec de telle sommes, il y a de quoi financer des infrastructures routières en zones rurales et rembourser la dette intérieure de l'Etat sans pour autant se surendetter auprès de bailleurs de fonds internationaux.  Cette stratégie est non seulement réaliste, mais elle créerait en plus de nombreux emplois pendant toute sa phase de réalisation, mettrait fin aux risques de conflits fonciers et sécuriserait l'investissement dans l'agriculture. La propriété privée de la terre entraine l'envol, autant pour les individus que pour notre nation. C’est cet envol vers la liberté et la prospérité que je vous souhaite en cette occasion de célébration.

La Côte d’Ivoire est notre pays. Nous devrions la chérir, en prendre soin et compter sur notre créativité pour la développer et nous sortir de la pauvreté. A LIDER, nous n'avons certes pas d'argent, mais nous avons des idées opérationnelles, efficaces et réconciliatrices pour une Côte d’Ivoire meilleure. Ensemble, nous réussirons.

 

Fait à Abidjan, le 7 août 2012.

 

Mamadou KOULIBALY

Président de LIDER


Source: Liberté et Démocratie pour la République (LIDER)

mercredi, 11 juillet 2012

INTERVIEW: «LA DEMOCRATIE SE CONSTRUIT AVEC LES IDEES DE L'OPPOSITION ET PAS AVEC LE SANG DES OPPOSANTS»

 

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Alors que Liberté et Démocratie pour la République (LIDER) s’apprête à fêter sa première année d’existence, nous nous sommes entretenus avec la Conseillère exécutive du président de LIDER, Nathalie Yamb. Elections municipales, statut de l’opposition, critique du gouvernement, bilan du parti, personnalité de Mamadou Koulibaly, un entretien sans tabous et sans langue de bois.


Dans quelques jours, le 14 juillet 2012, LIDER soufflera sa première bougie. Quel bilan tirez-vous ?

Nathalie Yamb : Un mois après la création de LIDER, nous avons procédé au lancement officiel du parti. Au bout de quatre mois, après l’obtention du récépissé du ministère de l’Intérieur, nous avons organisé notre premier congrès, au cours duquel les textes du parti et sa structure ont été adoptés. Nous avons commencé l’installation du parti sur le territoire national. Nous avons participé aux élections législatives en présentant douze candidats dans huit circonscriptions. Certes, nous n’avons eu aucun élu, mais le parti en a profité pour se faire connaître. Nous étions le seul parti qui expliquait aux électeurs que le rôle du député n’est pas de construire des routes et des hôpitaux, mais de contrôler l’activité gouvernementale. Malheureusement, nous n’avons pas été entendus et le résultat est que nous nous retrouvons avec un parlement monocolore qui ne touche à aucune loi alors que le gouvernement prend des ordonnances à tour de bras. Nous avons organisé la critique gouvernementale, dénoncé l’hyper-présidence d’Alassane Ouattara, proposé une réforme constitutionnelle pour passer au régime parlementaire, proposer un statut de l’opposition, proposé un chronogramme de dialogue gouvernement / opposition pour aller à la réconciliation. Nous avons organisé et réussi le bilan de l’an 1 de gouvernance RHDP. Nous avons lancé notre site web, notre page Facebook, notre compte Twitter. Le 14 juillet prochain, le Pr. Koulibaly lancera sa propre page Facebook et ouvrira son propre compte Twitter et d’autres innovations suivront. A ce jour, nous avons plus de 50.000 adhérents, même s’il n’y a qu’environ 2.000 qui paient leurs cotisations. Nous avons participé à différents séminaires ici et à l’étranger. Nous avons présenté le parti à la communauté internationale, avons eu des rencontres fructueuses et intéressantes avec les ambassadeurs d’Allemagne, de Suisse, des Etats-Unis, d’Arabie Saoudite, du Japon, de Belgique, du Burkina Faso, du Nigeria, de Chine, de Russie etc. et nous continuons cette intense activité diplomatique. Nous organisons des formations pour nos militants, car il faut savoir que 60% de nos adhérents n’ont jamais fait de politique et trouvent à LIDER le discours et le cadre idoines pour sortir du carcan triangulaire Bédié – Gbagbo – Ouattara qui ne propose que querelles, haine et tribalisme. Nous avons distribué des milliers de manifestes afin de disséminer nos idées et nos propositions aux populations. Nous avons investi des coordinations à Abidjan et à l’intérieur du pays et travaillons à l’implantation du parti sur l’ensemble du territoire national et dans la diaspora, toute chose nécessaire pour réussir l’alternance en 2015.

Le président de la République vient de saisir le conseil de sécurité de l’ONU afin d’obtenir l’appui de l’ONUCI pour l’organisation des élections municipales avant la fin de l’année 2012. Quel est votre avis là-dessus ?

NY : Il y a deux mois, à Grand-Bassam, nous sommes tombés d’accord avec le gouvernement pour convenir que des questions vitales devaient être réglées en urgence afin de paver la route de la réconciliation et de la paix en Côte d’Ivoire, qui sont les conditions nécessaires à la tenue de consultations électorales sereines, inclusives et crédibles. Il s’agissait entre autres, d’effectuer un recensement de la population, à propos duquel le gouvernement nous a informé qu’il serait terminé avant fin 2012 ; d’actualiser la liste électorale élaborée en 2009 en y incluant les nouveaux majeurs ; de recomposer la CEI, au sein de laquelle siègent encore des forces militaires ;  de réaliser effectivement le désarmement et de sécuriser réellement les biens et les personnes sur l’intégralité du territoire national et de mettre en place le statut de l’opposition. Nous pensons qu’il n’y a aucune urgence à organiser les élections municipales en l’absence d’unenvironnement serein et d’un cadre démocratique réel. S’il est vrai que les scrutins locaux n’ont pas un enjeu aussi vital que les élections nationales, les municipales à venir seront considérées par tous comme le socle d’une élection présidentielle de 2015 apaisée. Nous ne comprenons donc pas la volonté du chef de l’Etat à courir aux élections avant la fin de l’année, sauf à penser qu’il a un agenda caché et table à nouveau sur un boycott des élections de la part de l’opposition pour rafler intégralement la mise lors du scrutin, alors que la coalition gouvernementale assure déjà la gestion de la majorité des municipalités depuis 2001.

On sent une obsession et un besoin de statut de l'opposition et de financement public de la part de LIDER.

NY : Le statut de l’opposition n’est pas agencé uniquement autour du financement des partis. Il est construit autour de l’idée que ceux qui gagnent les élections gouvernent et que ceux qui les perdent ont également un rôle à jouer dans la construction démocratique. L’opposition a des droits et des devoirs qui s’exercent dans un cadre spécifique et suivant des règles bien précises. C’est parce que l’opposition n’a pas de statut clair, cohérent, connu et reconnu que la défaite électorale est souvent vécue comme une disgrâce ultime et que les conflits sanglants et crises meurtrières naissent, durent et perdurent en Afrique noire dite francophone. Sous Ouattara, l’opposition  a disparu du parlement ivoirien, pourtant il ne peut y avoir de démocratie s’il n’y a pas d’opposition. La démocratie se construit avec les idées de l’opposition et pas avec le sang des opposants. L’opposition est interdite d’accès aux média d’Etat. Les opposants sont étouffés financièrement. Les salaires et indemnités des députés de la législature sortante sont toujours retenus illégalement par le président de la République. Leur droit à la retraite, pour laquelle ils ont pourtant cotisé, n’est pas encore reconnu. Les avantages liés au statut d’ancien président d’institution, qui fait l’objet d’une loi, sont refusés au président de LIDER, ancien président de l’Assemblée nationale, alors que d’autres en bénéficient sans problème. Pour jouer pleinement leur rôle, les partis d’opposition ont besoin d’un financement clair, pour lequel ils doivent rendre compte. Nous rappelons que le RDR, bien que non représenté au Parlement de 2001 à 2011, a été financé sur fonds publics. Monsieur Ouattara souhaite sûrement que Mamadou Koulibaly vienne nuitamment lui demander de l’argent, comme le font bien d’autres acteurs politiques. Cela nous a d’ailleurs été fortement suggéré, mais nous disons clairement que cela n’arrivera pas. A LIDER, nous disons qu’il faut cesser de nier le rôle de l’opposition. Nous refusons sa clochardisation et la compréhension opportuniste que le gouvernement en a. Le chef d’Etat préfère de loin avoir quelques opposants comme ministres afin de les avoir à sa merci. Tous ceux qui ne sont pas à sa solde courent le risque d’être présentés comme des putschistes putatifs, agents de l’étranger, déstabilisateurs... A LIDER, nous disons que la Côte d’Ivoire n’est pas un gâteau et que les motivations des hommes et femmes politiques ne doivent pas être comment se partager les richesses entre eux, mais comment mettre en place un cadre de développement qui profitera à toutes les populations.

Pourquoi LIDER prend un savant plaisir à critiquer Ouattara et ses actions, plutôt que de mettre l’accent sur ses propres propositions?

NY: En tant que parti d’opposition, le rôle de LIDER est d’informer les Ivoiriens sur ce que le président Ouattara leur cache ou ne leur dit pas et de proposer un programme d’alternance. Notre programme n’a pas à se superposer au sien. L’alternance implique l’altération de la politique du gouvernement. A chaque fois que nous avons critiqué les «solutions» du gouvernement Ouattara, nous avons énoncé les propositions de LIDER comme le meilleur choix alternatif.

Nous avons critiqué les ordonnances illégales dont il raffole, et nous avons recommandé de prendre le chemin de l’Assemblée nationale. Nous avons critiqué son hyper-présidence qui a fini par plonger dans la tyrannie, et nous avons proposé le régime parlementaire pour limiter les dérives de ce genre à l’avenir. Nous avons dénoncé sa vengeance justicière et avons proposé une justice équitable et un système judiciaire réformé et crédible. Nous avons dénoncé sa gouvernance obscure et avons proposé de passer aux appels d’offre ouverts à tous et transparents. Nous avons dénoncé vivement sa politique de rattrapage ethnique et disons que chez LIDER, nous voulons construire une nation cohérente et prospère. Nous avons fait le bilan de sa première année de gouvernance et avons critiqué sa propension systématique à étouffer les Ivoiriens. En parallèle, nous proposons de libérer les énergies. Nous avons critiqué son fourvoiement dans la gestion de la crise malienne en suggérant dès le départ que l’on puisse considérer comme prioritaire la question de la rébellion Touareg et sa résolution. Nous dénonçons le fait que Ouattara fasse croire aux Ivoiriens que l’obtention du PPTE est la panacée et nous expliquons qu’il va falloir rembourser quand  même, autant sinon plus qu’avant et qu’aucun pays émergent n’est jamais passé par le PPTE. Nous critiquons sa politique de décentralisation et nous suggérons un débat public sur le découpage, ce qu’il s’était engagé à faire mais semble avoir oublié. A propos de son programme du «Vivre ensemble», nous disons que les Ivoiriens vivent déjà ensemble, mais que ce qu’il manque, c’est le savoir-vivre.

Ceci ne nous empêche pas, lorsque le gouvernement fait quelque chose de bien, de le reconnaître. Ainsi, lorsqu’il a invité les partis d’opposition au conclave de Grand-Bassam, nous avons salué son initiative et participé aux travaux, qui ont été francs et productifs. Force est cependant de constater que tout cela n’était pas bien sérieux et que le gouvernement cherchait simplement à obtenir une photo de famille pour faire croire à l’opinion publique ivoirienne et à ses créanciers et donneurs d’ordre internationaux qu’un semblant de cadre démocratique existe en Côte d’Ivoire. Deux mois après Grand-Bassam, alors que le gouvernement s’est inscrit aux abonnés absents et qu’aucune des résolutions convenues à l’unanimité n’a été mise en œuvre, nous pouvons affirmer que le président de la République ne veut pas du dialogue républicain et que la perspective d’une décrispation réelle et d’une réconciliation profonde ne l’arrange pas. Mais ne pensez surtout pas que cela nous fait plaisir. A chaque fois que nous devons tirer ce genre de conclusion ou avons matière à critiquer l’action gouvernementale, cela nous attriste parce que cela signifie que les populations sont encore maintenues en otages dans l’insécurité et la pauvreté qu’elles n’ont que trop endurées.

Certains voient en Mamadou Koulibaly une sorte de Bayrou local, c'est-à-dire, un fort en thème et agitateur d'idées, peu enclin à être plus que le troisième homme...

NY : L’analogie avec Bayrou ne me paraît pas claire, mais je suis toujours étonnée quand l’on met idées et actions en opposition. C’est très dramatique, parce que c’est ainsi qu’on voit des gens qui, dans l’opposition, promettent des actions et des solutions irréfléchies, et qui, une fois arrivés au pouvoir, mélangent tout, tournent en rond, ne savent plus quoi faire et se réfugient dans une communication vide de contenu ou dans la violence et l’intimidation.

Mamadou Koulibaly a l’avantage de brasser des idées, des propositions, mais en même temps, il a été ministre du Budget, ministre de l’Economie et des Finances, président de l’Assemblée nationale de ce pays. Il a, en tant que ministre du gouvernement de transition, dans une situation de crise et de tension de trésorerie, conçu et fait exécuter le budget de l’Etat et réussi à organiser les élections de 2000 sans un centime de financement extérieur. C’est du concret. Il a défendu la souveraineté de la Côte d’Ivoire quand elle était mise en danger à Marcoussis ou par le GTI en 2004. C’est du concret. Certaines personnes s’irritent quelques fois du fait que Mamadou Koulibaly a souvent raison, et que si on l’avait écouté, on n’en serait pas là où nous sommes aujourd’hui. Mais ce n’est pas un sorcier. C’est simplement qu’en prenant le temps de réfléchir à une situation, on en cerne tous les contours et on se prépare en conséquence. Et que si on choisit, en tout connaissance de cause, d’entrer dans un tunnel, alors qu’il y a plein de chemins et d’avenues en plein air qui sont disponibles, alors il ne faut pas s’étonner que la seule voie de sortie, c’est le bout du tunnel, sans possibilité de retour.

A LIDER, nous sommes très à l’aise avec le fait de que le programme, les idées et la vision que nous proposons sont pensés, débattus, planifiés. Nos idées font l’objet d’échanges constants avec la société civile : c’est ainsi qu’on a rencontré les quatre grandes centrales syndicales (Ugtci, Fesaci, Dignité, Humanisme), pour exposer notre stratégie de création d’emplois pour les jeunes et de modernisation du système de retraite en Côte d’Ivoire pour les moins jeunes, et recueillir en retour leurs suggestions et conseils au vu de leur plus grande connaissance du terrain. C’est dans le même esprit que nous avons rencontré les associations de commerçants, grossistes et détaillants pour discuter avec eux de notre stratégie de réduction du coût de la vie et des contraintes qui sont les leurs. La réforme du foncier et la remise de la terre kidnappée par l’Etat aux paysans étant au cœur de notre programme, nous nous sommes rapprochés des acteurs majeurs, comme les géomètres-experts de Côte d’Ivoire, qui, bien qu’ils soient les seuls habilités à délimiter le cadastre, n’ont jamais fait l’objet d’aucune consultation par le gouvernement, qui s’est pourtant réuni à Yamoussoukro en séminaire il y a quelques jours pour ne rien dire. Chez nous, les politiques sont agencées sur des idées opérationnelles capables de résoudre effectivement les problèmes qui accablent les Ivoiriens. La liberté et la démocratie sont des thèmes trop importants pour ne pas faire l’objet de profondes et sérieuses réflexions.

Peut-on envisager un retour de Mamadou Koulibaly au FPI, ou à défaut un rapprochement ? D’aucuns évoquent cette perspective parce qu’ils estiment que le FPI n’a plus de candidat de poids.

NY : Non, un retour de Mamadou Koulibaly au sein de son ancienne formation politique est exclu. Par contre, ceux qui disaient au FPI «après Gbagbo, c’est Mamadou Koulibaly», ceux qui se reconnaissaient dans ses idées, dans son franc-parler, dans sa façon de faire la politique, ceux qui sont prêts à laisser les stratégies divisionnistes et les discours sectaires, vindicatifs et violents derrière eux et qui partagent notre vision pour le progrès social en Côte d’Ivoire, tous ceux-là sont les bienvenus à LIDER.

Qui est Nathalie Yamb? Est-il exact que vous avez tout laissé et abandonné pour suivre Mamadou Koulibaly et ensuite LIDER ?

NY : (Rires). C’est bien la première fois que j’entends cela. Le suivisme n’est pas quelque chose qui me caractérise et ce n’est pas une valeur LIDER. On ne vient pas à LIDER pour suivre Koulibaly, mais parce que l’on partage les mêmes idéaux et le même projet de société et que l’on veut contribuer à sa réussite. Si demain, Koulibaly s’éloigne de notre combat, nous ne le suivrons pas dans ses bifurcations et continuerons tout droit, sans lui. 

 

Interview réalisée par Charles Kouassi pour L’Intelligent d’Abidjan le 10 juillet 2012.

 

Source: LIDER-CI.ORG

samedi, 14 avril 2012

RESISTANCE A LA RESIDENCE DE COCODY, ARRESTATION DE GBAGBO, SEJOUR AU GOLF: CE QUI N'A JAMAIS ETE DIT

 

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Mystères et questionnements. Les derniers jours passés par le président Laurent Gbagbo dans sa Résidence présidentielle de Cocody encerclée par des troupes pro-Ouattara incapables de venir à bout de la résistance de quelques centaines de loyalistes mais surtout par l’armée française dont les bombardements ont fini par incendier quasi-totalement l’édifice, continuent d’alimenter rumeurs, fantasmes et interrogations. Parce que de nombreux acteurs de ces moments terribles sont aujourd’hui embastillés, donc privés de leur droit à la parole et de toute possibilité de raconter.

Mais également parce que ces jours de feu et de sang témoignent de la vraie nature des relations entre la France et ses ex-colonies plus de cinquante ans après les indépendances formelles. A l’occasion de ce triste anniversaire, Le Nouveau Courrier révèle quelques-uns des secrets de cette période peu ordinaire.

 La force mentale et les interrogations de Laurent Gbagbo 

«Tant qu’il était là, nous n’avions pas peur. Jusqu’à ce qu’on vienne le prendre, le président Gbagbo était égal à lui-même. Avec son même sens de l’humour. C’est vrai qu’il était sérieux, mais détendu.

Jusqu’à la fin, il a cherché à comprendre l’acharnement toujours plus grandissant de la France. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a envoyé Alcide Djédjé à l’ambassade de France pour savoir pourquoi la France nous bombarde parce qu’il n’était pas en guerre contre la France», raconte une des personnes qui l’ont accompagné jusqu’au bout.
 
Ces snipers français qui ont commis des homicides en toute connaissance de cause

Bien entendu, Louis Moreno-Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale (CPI) et Fatou Bensouda, qui va bientôt le remplacer, n’ouvriront jamais d’enquête sur l’armée d’un des principaux Etats bailleurs de fonds de leur institution. Mais des témoignages concordants attestent de la présence de snipers français dans le périmètre de la Résidence de Cocody, plus particulièrement sur le toit de la Résidence de France, où s’est trouvé par moments l’ambassadeur Jean-Marc Simon. Ce sont ces snipers qui ont tué le colonel-major Hilaire Babri Gohourou, ex-porte parole des FDS à la grande entrée de la Résidence présidentielle, qui donne sur l’ambassade de France. Bloqué par de jeunes militaires accusant les généraux et les hauts gradés qui leur sont proches d’avoir «trahi», Babri, qui se trouve en dehors de toute position de belligérance, reçoit une balle dans la cuisse gauche. Puis une deuxième dans le dos. Il décède de ses blessures à l’infirmerie. A quoi répondaient ces crimes crapuleux de militaires français absolument pas mandatés pour faire directement la guerre, surtout à des personnes ne combattant pas? Bien entendu, tout cela relevait d’une bataille psychologique totale, et avait pour objectif de créer une psychose et empêcher l’afflux toujours plus grandissant de militaires à la Résidence, où un commandement cohérent se réorganisait après le lâchage d’une hiérarchie militaire travaillée au corps pendant des mois, souvent directement par des ambassadeurs accrédités à Abidjan.

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Simone Gbagbo ne contrôlait pas tout dans le «bunker», loin de là…

Pendant le siège de la Résidence de Cocody et même après, la Première Dame Simone Ehivet Gbagbo a été décrite par certains médias comme une sorte de Messaline mystique et hystérique régnant impitoyablement sur la Résidence et radicalisant un époux sous influence. On peut aujourd’hui dire qu’il s’agissait de fausses informations, maintenant que des ex-pensionnaires de ce que l’on a appelé le «bunker» peuvent parler sous couvert d’anonymat. «C’est vraiment n’importe quoi. Simone était en retrait. Elle passait tout son temps dans la prière. C’est seulement le soir qu’elle rejoignait son époux. C’est le ministre Désiré Tagro qui était vraiment opérationnel. Il faisait le gros du boulot. Quand chacun finissait ce qu’il avait à faire, on rendait compte au chef. Qui décidait seul, sous le regard d’Aboudrahmane Sangaré et non de Simone. C’est clair qu’elle pouvait donner son avis, mais elle ne validait rien. Elle n’avait pas le rôle qu’on lui prête. Les gens racontent n’importe quoi», nous révèle un témoin.
 
La ministre Christine Adjobi confondue avec Simone Gbagbo

Une double ration de coups. Parce que son visage en sang a souvent été pris pour celui de Simone Gbagbo au Golf Hôtel, la ministre Christine Nebout Adjobi a été particulièrement malmenée. Malmenée par ceux qui la reconnaissaient, quasiment déchiquetée par ceux qui la prenaient pour Simone, elle a été battue au point d’être laissée pour morte. Comme Simone, ses cheveux ont été arrachés, ses vêtements ont été enlevés et déchirés. Elle a été poignardée d’un coup de couteau avec lequel ses bourreaux ont sectionné une de ses cuisses. Mais c’est aussi la confusion avec Simone qui l’a sauvée.

C’est parce qu’un FRCI l’a prise pour Simone devant un militaire de la force Licorne que ce dernier a arrêté la voiture qui la menait à Anyama pour être éliminée selon toute évidence. Devant les réticences du soldat pro-Ouattara, le Français a prononcé des mots très clairs, le renvoyant à son statut de supplétif. «Ici, l’autorité, c’est nous», a-t-il dit.
 
Un Casque bleu au moins parmi les tortionnaires du Golf

Les photos et les vidéos diffusées depuis un an ont très clairement établi que les Casques bleus de l’ONUCI, présents de manière massive, ont oublié leur fameuse «responsabilité de protéger» les civils pro-Gbagbo (dont Simone et Michel Gbagbo) contre la furia des FRCI et de leurs auxiliaires civils pro-Ouattara à l’hôtel du Golf. Mais un témoignage troublant nous est parvenu. Un Casque bleu au moins (au profil «asiatique») a prêté main forte aux bourreaux de cette journée atroce du 11 avril. Comment en avoir le cœur net? En ouvrant une Commission d’enquête, ce que l’ONU ne fera pas.
 
L’hypothèse d’une transition avec Mangou ou Koulibaly

Désespérés par l’incapacité des FRCI à prendre le contrôle d’Abidjan malgré l’aide multiforme reçue de la part de l’armée française et de l’ONUCI et inquiets du manque de coopération des Chinois et des Russes au Conseil de sécurité (avant leur assouplissement), certains «réseaux» parisiens au sommet ont évoqué, alors que la Résidence était assiégée, une sortie de crise «par le haut» qui verrait le président Gbagbo abandonner le pouvoir au profit soit de Mamadou Koulibaly, alors dans les bonnes grâces des patriotes, soit de Philippe Mangou. L’hypothèse a été vite abandonnée au profit d’un schéma maximaliste mais l’évolution de la situation en Côte d’Ivoire lui donne du piquant a posteriori.
 
Le dévouement émouvant de la garde rapprochée de Gbagbo

Dans sa prison de La Haye, Laurent Gbagbo se remémore sans doute les trahisons d’un certain nombre de généraux croulant sous les honneurs et les privilèges. Mais il sait aussi l’héroïsme d’un certain nombre de «corps habillés» ivoiriens. Au moment où il devait finalement être pris, son aide de camp, Dua Kouassi Norbert, s’est couché sur lui, pour prendre l’éventuelle balle lui étant destinée.

Tandis que des membres de sa garde rapprochée dont l’adjudant Zokoubi et les lieutenants Kobly Rémi et Guédé Zagahi se sont levés pour dresser un ultime bouclier humain autour de leur chef. Fidèles jusqu’au bout, même face à la mort.
 
 
Philippe Brou


vendredi, 16 mars 2012

MAMADOU KOULIBALY: LA PRIMATURE D'AHOUSSOU JEANNOT, UNE COQUILLE VIDE

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"Je souhaite bonne chance à Ahoussou Jeannot parce qu'on lui a donné un portefeuille duquel sont sorties des valeurs qui réduisent nécessairement la valeur du portefeuille de Premier ministre. Quand le président de la République devient lui-même ministre de la Défense, cela signifie qu'il a dépouillé le... Premier ministre de toutes les questions de défense et de sécurité.

Quand en plus, le président de la République nomme son petit-frère, ministre chargé des questions présidentielles, c'est l'administration du gouvernement, et c'est comme s'il dépouille le Premier ministre de ce qui est gestion des autres portefeuilles ministériels et la coordination de l'action gouvernementale revient de nouveau à son petit-frère. Et donc naturellement, le Premier ministre se trouve dépouillé. La défense et le gouvernement général vont être gérés en famille chez le président de la République.

Troisièmement, le fait de nommer un ministre délégué opérationnel auprès du Premier ministre qui doit être chargé de l'action gouvernementale, le ministre délégué dépouille le Premier ministre de son pouvoir de ministre de la Justice. Donc on se retrouve là avec un Premier ministre, qui est un ami, que j'encourage, mais en même temps je crains fort, avec toutes les pièces qui ont été enlevées de son portefeuille et qui se retrouve avec le titre de Premier ministre qui n'a pas le pouvoir.

Et ça, c'est relativement dommage. Moi je l'ai fréquenté pendant les premiers moments de la crise postélectorale. C'est avec lui que j'ai négocié et obtenu la libération des premiers prisonniers détenus au Golf Hôtel et à la Pergola après le 11 avril 2011. Je me dis donc que c'est quelqu'un qui est capable de par sa compréhension de mener progressivement la machine de la réconciliation et cela suppose qu'il ait de l'autorité.

Mais si on lui enlève la justice, la défense et les autres manteaux gouvernementaux qu'on a confiés au petit-frère, je crains fort que la Primature qu'on lui a donnée ait été vidée de son contenu. Quand Soro était Premier ministre, toutes ses valeurs là étaient dans le même portefeuille. Quel est le besoin aujourd'hui de le dépouiller de tout cela ?"

Mamadou Koulibaly

Source: Service Communication Lider.

jeudi, 23 février 2012

ALASSANE OUATTARA, L’HOMME PAR QUI LE CHOMAGE ETHNIQUE EST ARRIVE


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Le 6 mai 2012, Alassane Dramane Ouattara achèvera sa première année à la tête de la Côte d'Ivoire. Dans le microcosme RHDP en général et RDR en particulier, l'on pourrait s'attendre à de nouveaux feux d'artifice dans le ciel abidjanais, à l'image de la «fête des lumières» célébrée par le couple présidentiel à l'occasion de la fin d'année 2011.

Un constat s'impose pourtant: Au lieu du million d'emplois promis lors de sa campagne électorale de 2010, ce sont plutôt des milliers de chômeurs en plus qu'Alassane Ouattara a déversé en Côte d'Ivoire depuis son accession à la magistrature suprême il y a près d'un an maintenant. En effet, à peine installé au pouvoir, le nouveau président a procédé à des purges impressionnantes dans l'Administration et les entreprises publiques, sous prétexte d'en réduire les effectifs jugés pléthoriques. Cela pourrait être louable si les personnes licenciées ou mises au chômage n'étaient pas automatiquement remplacées par des militants nordistes de Ouattara et de son clan, ou par des membres de leurs familles. Il ne s'agit donc pas de nécessaires opérations de dégraissage ou de mises au chômage technique, mais bel et bien d'un nouveau concept créé par le pouvoir en place, qui se fait au nom des nordistes de Côte d'Ivoire : le chômage ethnique. Selon le secrétaire général adjoint de l'Union Générale des Travailleurs de Côte d'Ivoire (UGTCI), ce sont près de 80.000 employés qui avaient, au mois d'août 2011, perdu leurs emplois des suites de la crise postélectorale.

La tribu comme premier critère qualifiant

Les dernières manœuvres en date sont celles opérées, entre autres, au sein du Port Autonome d'Abidjan, de la Radio Télévision Ivoirienne (RTI), du ministère de la Construction, de l'Assainissement et de l'Urbanisme et de la Société des Transports Abidjanais (SOTRA), où plus d'un millier de personnes ont été mises sur la touche pour être supplantées par des gens qui partagent tous des caractéristiques communes : avoir la bonne religion, être originaire de la bonne région, militer au bon parti et appartenir au bon clan.

Ce tribalisme d'Etat domine également l'affectation des cadres politiques aux dépens de la compétence et de l'éthique : après plusieurs dizaines de nominations ethniques, Ouattara, lui-même originaire du Septentrion, envisage ainsi installer un autre nordiste au perchoir de l'Assemblée nationale. Confronté à ce sectarisme par des journalistes français, le président ivoirien a, sans sourciller, admis qu'il était au pouvoir pour faire du rattrapage ethnique. Loin de s'offusquer de ces propos outranciers et dangereux, le partenaire gouvernemental du RDR se mure dans un silence d'autant plus complice que son président Henri Konan Bédié est l'inventeur du pernicieux concept de l'ivoirité, totalement en phase avec le principe de la préférence ethnique pratiqué par son ex-adversaire.

Les Ivoiriens et la communauté internationale mesurent-ils la gravité des propos tenus par le Président Ouattara et sont-ils conscients des conséquences des politiques qui s'en suivent ? Ceux qui se réjouissent de l'apartheid tribal pratiqué par Ouattara et les nordistes qui assistent en silence à l'instrumentalisation de leur groupe ethnique se rendent coupables de complicité de purification et de division durable de la Nation ivoirienne en construction. Ce genre d'attitudes et de paroles maintient les populations dans un cercle vicieux de violence et de vengeance. Il est important de rappeler aux partisans du repli identitaire qui s'apprêtent à célébrer bruyamment et en grande pompe l'an Un de l'accession de leur champion à la présidence que le plus fort d'aujourd'hui ne demeurera pas indéfiniment en position d'écraser tous les autres. Nul ne peut se maintenir éternellement au pouvoir. Un jour, le règne de Ouattara prendra fin. Et après lui, les Dioula sont-ils prêts à affronter le regard et la revanche des autres Ivoiriens contre lesquels la politique de rattrapage ethnique a été élaborée et mise en place ? Sont-ils amnésiques au point d'avoir oublié comment les Baoulé ont plus ou moins disparu du paysage lorsque Bédié a perdu le pouvoir ou comment les Bété se terrent depuis la chute de Gbagbo ?

Les graves dérives langagières et politiques du gouvernement mettent en danger le peu de cohésion sociale qui subsiste et hypothèquent l'avenir des populations qui aspirent enfin au progrès, à la paix et à la prospérité. Afin d'éviter les ravages d'une nouvelle poudrière identitaire plus meurtrière que celle que le pays vient de connaître, il est donc plus que temps que les Ivoiriens responsables refusent de se laisser instrumentaliser par des individus pernicieux, uniquement préoccupés par le bien-être de leur clan, et rejettent sans ménagement tous les partis politiques au sein desquels le repli ethnico-tribal n'est pas inlassablement combattu.


Abidjan, le 22 février 2012

 

Mamadou Koulibaly

Président de LIDER


Liberté et Démocratie pour la République

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER

mardi, 17 janvier 2012

DECES BOHOUN BOUABRE: EN COLERE, MAMADOU KOULIBALY S’EN PREND AU GOUVERNEMENT, IL DEMANDE LA LIBERTE PROVISOIRE POUR GBAGBO




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Dire de Mamadou Koulibaly qu’il est apparu affecté par la nouvelle de la disparition de Paul Antoine Bohoun Bouabré relèverait d’un doux euphémisme : les deux personnalités avaient tellement de choses en partage. « J’ai appris avec tristesse (son) décès. Il a été mon collègue à la faculté, mon directeur de cabinet aux ministères du Budget puis de l’Economie et des Finances. Nous avons été camarades de parti pendant deux décennies. C’est avec peine que j’ai pris note des accusations portées contre lui ces dernières années. Je présente mes sincères condoléances à son épouse, ses enfants et toute sa famille et leur souhaite de trouver la force de surmonter l’épreuve douloureuse qu’est la perte d’un être cher », nous a signifié Mamadou Koulibaly, dans un message écrit.

L’ancien président de l’Assemblée nationale et ami du défunt apprécie modérément l’attitude des autorités ivoiriennes : « Au-delà (de ce décès), je pense à tous les Ivoiriens qui sont morts ou en train de mourir en exil ou dans des camps de réfugiés, en silence et dans l’indifférence la plus totale, sans que le gouvernement de Côte d’Ivoire ne se sente concerné ou ne s’en préoccupe ».

Koulibaly pense intimement que quelque chose aurait pu être fait pour sauver un Bohoun Bouabré qu’on savait très malade et dont les avoirs étaient gelés. Au gouvernement et à la Communauté internationale, Mamadou Koulibaly a lancé un appel pressant « pour que toutes les conditions soient mises en œuvre afin que les exilés puissent rentrer rapidement et en toute quiétude en Côte d’Ivoire ». Koulibaly plaide enfin pour que l’ancien chef d’Etat incarcéré à La Haye bénéficie de la liberté provisoire. L’ancien n°2 du régime de la Refondation croit cette mesure possible.

Il dit : « Je plaide ainsi en faveur d’une libération provisoire du Président Gbagbo et je souhaite que le gouvernement se fasse l’avocat de cette requête auprès de la Cour pénale internationale. Cela contribuerait grandement à la détente et à l’accalmie nécessaires à la réconciliation des Ivoiriens ». Mamadou Koulibaly presse les autorités de son pays pour qu’elles mettent tout en œuvre afin d’éviter que le fossé ne se creuse davantage entre Ivoiriens.



Kisselminan Coulibaly


Source: SOIR INFO