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dimanche, 22 juillet 2012

FRAYEUR EN COTE D'IVOIRE - OUATTARA A ENCORE TUE A DUEKOUE: 73 MORTS!


DUEKOUE - CAMP DES REFUGIES.jpg

 

Je dis bien 73 et non 13. Un chiffre que le gouvernement veut cacher et sur lequel le Conseil de sécurité de l’ONU, la Commission des droits de l’homme de l’ONU, Amnesty International, Human Right Watch, se taisent.


Censé être protégé par l’ONU, le camp de déplacés de Niambly, voisin de Duékoué et abritant surtout des autochtones d’ethnie Guéré, a été attaqué très tôt aux environs de 8H, par des FRCI, des dozos et de jeunes malinkés, en représailles, disent-ils, à la mort de quatre personnes tuées durant la nuit par des inconnus, dans un quartier de Duékoué.

Selon de nombreux témoignages concordants, on dénombre 73 morts. Il faut signaler que Ouattara, lors de sa tournée dans cette zone, avait demandé la fermeture de ce camp et qu'Amadou Soumahoro le Secrétaire général de son parti, le RDR, avait publiquement juré de «nettoyer» tout l’Ouest de la Côte d’Ivoire.

Pour notre malheur, les menaces proférées sont mises à exécution sous les yeux complices de l’ONU et de toutes les ONG et organisations de défense des Droits de l’homme.

Ci-dessous, quelques photos de l’horreur: (Ames sensibles, s'abstenir)

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samedi, 21 juillet 2012

DUEKOUE - UN CAMP DE REFUGIES ATTAQUE PAR LES FRCI, LES DOZOS ET LA POPULATION, AU NEZ ET A LA BARBE DE L'ONUCI

 

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Duékoué: Un camp de réfugiés attaqué par les FRCI, les dozos et la population, au nez et à la barbe de l’ONUCI. 13 morts et des dizaines de blessés

 

Une attaque de grande envergure perpétrée par les FRCI, les chasseurs dozos, et la population, contre le camp de réfugiés de Nahibly à l’entrée de Duékoué, s’est soldée hier par 13 morts et plusieurs blessés.

Cette attaque s’est opérée au nez et à la barbe des soldats de l’ONUCI, pourtant chargés de la sécurisation de l’Ouest ivoirien.

L'ONU, à la manière d’un pompier après le feu, a condamné ces attaques perpétrées hier par les FRCI, les dozos, et la population, contre le camp de Nahibly. Le représentant spécial du secrétaire de général de l’ONU en Côte d’Ivoire, Bert Koenders n'a pas expliqué pourquoi le contingent de Casques bleus chargé de protéger le camp n'avait pu empêcher cette expédition punitive.

Il a juste "déploré cet acte criminel perpétré en violation flagrante du droit humanitaire international et souligné encore une fois la gravité de la situation dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire".

Il a tenté de dédouaner son organisation de la façon la plus maladroite en appelant à la responsabilité des autorités nationales et locales de faire plus d’efforts pour assurer la sécurité sur place, alors que c’est bien les casques bleus qui étaient chargés de protéger le camp de Nahibly.

"Je n'arrive pas à comprendre ce qui a pu se passer pour que l'ONU n'ait pas réussi à maintenir (à l'extérieur, ndlr) la foule venue se venger", a confié le père Cyprien Ahouret, curé de la mission catholique de Duékoué. Il a regretté qu'un "braquage" ait mené à ce drame: "Ici, lorsqu'il y a une crise, les ethnies se l'approprient".

Les Malinké sont considérés comme des soutiens d'Alassane Ouattara, tandis que les Guéré sont vus comme favorables au Président Laurent Gbagbo.

Que fait donc l’ONUCI en Côte d’Ivoire si les FRCI, les dozos, et les populations peuvent mettre à feu et à sang, un camp de réfugiés sous leurs yeux ?

Comment en est-on arrivé-là?

Selon nos sources, tout serait parti d’attaques perpétrées dans la nuit du jeudi au vendredi par des bandits à Duékoué, quartier résidentiel extension II, et causant la mort de quatre personnes. C’est aux environs de minuit à 2 heures du matin que l’attaque a eu lieu.

En représailles, les populations de ce quartier également appelé "Kokoma", ont décidé de se faire justice elles-mêmes.

Ainsi, accompagnées de FRCI et de chasseurs Dozos, elles ont lancé une expédition punitive sur le camp des réfugiés de Nahibly, car selon eux, les bandits viendraient de ce camp.

Tout s’est passé au nez et à la barbe des casques bleus de l’Onuci, pourtant commis à la sécurité du camp. Le portail du camp a été forcé et la clôture mise à terre. Le camp ensuite mis à feu et à sang. Les 5.000 réfugiés de ce camp prennent la clé des champs. C’est le branle-le-bas de combat. Des coups de feu fusent de partout ainsi que les coups de machettes, de gourdins, etc…

Après, c’est au tour du petit camp qui abrite 3.000 personnes, et qui est situé derrière la Mission catholique, d’être attaqué par la population, les FRCI et les dozos.

Bilan de la razzia d’hier : 13 morts parmi les réfugiés des deux camps et des dizaines de blessés.

Nous y reviendrons.

 

Serge Touré

mercredi, 25 mai 2011

AMNESTY INTERNATIONAL DENONCE LES EXACTIONS DES COMBATTANTS DE OUATTARA

Amnesty international a dénoncé mercredi dans son rapport, les exactions des combattants de Ouattara Alassane contre des populations notamment celles du Président Laurent Gbagbo.

Selon l'organisation, les combattants de Ouattara continuent de pourchasser les partisans du président Laurent Gbagbo. Amnesty international a demandé aussi à Alassane Dramane Ouattara, président installé par la coalition, ONUCI-Licorne- FRCI, à mettre un terme aux exactions qui se poursuivent dans certaines communes.

Dans son dernier rapport l'organisation des défenses des droits de l'homme demande à Alassane Ouattara  » de donner un ordre immédiat à ses forces afin de mettre un terme à ce qui se passe et à juger les auteurs ».

Amnesty international prévient que si Ouattara ne prend pas ses responsabilités, la Côte d'Ivoire risque de basculer vers de nouvelles violences. « On est loin d'une réconciliation. Que Ouattara reconnaisse la responsabilité de ses forces et qu'il suspende les responsables dans l'attente d'un procès. Qu'il protège la population encore en brousse dans les camps de déplacés qui n'osent pas rentrer chez elles, » averti, Salvador Sagès, porte-parole de l'organisation.

Revenant sur l'implication des combattants d'Alassane Ouattara dans les massacres de Duekoué, ouest de la Côte d'Ivoire, Salvador a été ferme. « Nous avons interrogé plus de 100 personnes. Elles ont tous dit que les gens qui ont tué avaient des uniformes des rangers avaient des voitures. Le jour du massacre de Duékoué, le 29 mars, toute la ville était aux mains des Frci. Ils étaient responsables de ce qui se passait là. La responsabilité des Frci n'est plus aucun doute ».

Ce rapport d'Amnesty international intervient alors que les combattants d'Alassane Ouattara sont indexés par l'association française reporter sans frontière (RSF)  dans l'assassinat d'un journaliste à Yopougon. RSF affirme que Sylvain Gagnéto journaliste de « radio Yopougon », connu pour être proche de l'ancien régime, aurait été arrêté et tué avec d'autres personnes par des éléments des FRCI.

 

Source: DIRECTSCOOP.NET

mardi, 17 mai 2011

ENQUETE SUR UN MASSACRE - ALASSANE DRAMANE OUATTARA A ORGANISE DES CRIMES CONTRE L'HUMANITE, AVEC LE SOUTIEN DE NICOLAS SARKOZY




MASSACRES A DUEKOUE.jpg

 

L'enquête que vous allez découvrir plus bas a été menée par un journaliste de l'hebdomadaire français Le Nouvel Observateur. Il y a deux raisons pour lesquelles je vous invite à prendre le temps de la lire. Depuis le début de la crise postélectorale ivoirienne, et même avant, l'ex-président Laurent Gbagbo a fait l'objet des pires portraits et assertions caricaturesques dans les medias occidentaux, totalement acquis à l'entreprise de diabolisation qui le visait. Gbagbo dictateur, Gbagbo mauvais perdant de l'élection présidentielle, on était habitué.

Cette enquête faite par un organe de presse européen peu réputé pour sa propension à l'exagération, et qui se greffe aux rapports accablants d'organisations humanitaires que l'on ne peut soupçonner de collusion avec l'ancien pouvoir ivoirien, comme Human Rights Watch, Amnesty International, La Croix Rouge, Caritas etc., ruine définitivement ce qu'il restait de la réputation de technocrate bien propre sur lui d'Alassane Ouattara, construite à coup d'articles laudateurs, d'omissions opportunes et de contrevérités savamment distillées. Jean-Paul Mari dépeint ici une fresque hideusement magistrale des exactions organisées par Alassane Ouattara, un homme banal cruellement mortel, dont l'Histoire retiendra qu'il a été capable d'enjamber des dizaines de milliers de cadavres pour s'asseoir dans le fauteuil présidentiel ivoirien.


La lecture de ce document va certainement vous soulever le cœur. Il faut vous forcer à aller jusqu'au bout, même s'il est plus agréable d'ignorer certaines choses. La narration claire et ciselée ne laisse aucune marge au flou. C'est inexorable, insoutenable, sans ellipse, sans pardon. L'opinion publique française et occidentale ne pourra pas échapper au malaise, même si elle est habituée à couvrir du voile de l'ignorance tout ce qui peut lui donner mauvaise conscience: L'horreur de la guerre est arrivée à son comble avec Alassane Dramane Ouattara, soutenu et épaulé par Nicolas Sarkozy, président de la république française.

Mahalia Nteby


Pour voir des photos du massacre de Duékoué, cliquez ici: link


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1.ooo, 2.ooo morts ? On ne sait pas. Mais la grande tuerie de Duékoué a duré toute une semaine, dans la ville, les villages, la brousse.
Accusées : les Forces du Nord du président Ouattara qui ont lancé leurs supplétifs à l'assaut. Jean-Paul Mari a reconstitué sur place la mécanique d'une bataille qui a tourné à l'épuration ethnique.

Duékoué est une ville infecte. L'endroit pue la crasse, la sueur, la peur, la haine, la mort. Ce matin, il fait déjà bien trop chaud et l'humidité trempe le corps. Dans l'église incendiée du quartier Carrefour, il faut marcher entre les cadavres encore frais d'hommes abattus à bout portant, découpés à la machette ou la gorge tranchée, à même le sol, mains liées dans le dos, comme des animaux de ferme.


Dans l'air, il reste cette odeur pois­seuse, reconnaissable entre toutes, mélange de mort, de métal, de sang caillé et de brasier mal éteint, et ces cendres noires aussi collantes que les mouches sur l'ordure. Il y avait un quartier, une population de 10 000 personnes, il ne subsiste plus grand-chose d'humain. Sinon l'église Jésus-Sauveur, carbonisée, les mai­sons noircies, les allées défoncées en terre ocre, le sol noir couvert de gra­vats et de vêtements sales, dispersés. Un cyclone de violence a tout emporté, les abris de bambou, les toits en tôle, les murs de ciment, les fils électriques qui pendent des pylônes et les portes arrachées à mains nues. Restent les pancartes du restaurant Nid d'Abeilles, du salon Hip-Hop Coif­fure, de la pharmacie Médicaments chinois et un poster déchiré d'un foot­balleur africain. Même les arbres ont brûlé, leurs branches basses encore lourdes de mangues. Un gosse traîne dans la ville fantôme, trouve un fruit pourri, le suce. Un homme, un balai de paille à la main, contemple les ruines de sa maison. Un vélo passe, chargé d'une chaise en plastique épar­gnée.

Tuer, tuer, tuer, la solution est tou­jours la même. La solution à quoi ? D'abord à un conflit politique. Entre les Forces du Nord, ex-rebelles devenus l'armée du nouveau président Ouattara, et les Forces du Sud, l'armée de l'ancien président déchu Laurent Gbagbo. Une solution aussi au conflit ethnique qui oppose les Malinkés ou Dioulas du Nord et les Guérés du Sud. Une solution, enfin et surtout, au conflit foncier, la guerre pour la terre, la guerre dans la guerre, pour un village, une ferme, un champ de cacao. Tuer l'autre, le grand propriétaire, le fermier, c'est laisser la terre vide, comme un cimetière fertile, à prendre là, maintenant. Un conflit politico-militaire et la revanche des métayers, cela suffit pour justifier le massacre des innocents. Cela s'appelle une épuration ethnique.

Tout près d'ici, il y a trois grandes fosses communes, de la terre fraîche retournée sur des monceaux de cadavres. Dans l'une d'elles, près de la rivière Guémon, les pieds des morts baignent dans le marécage. Les survivants hésitent à revenir, un œil sur leur passé, l'autre sur la brousse toute proche et la masse sombre des taillis d'où les massacreurs ont surgi. Et s'ils revenaient ?

Duékoué est une ville abandonnée de Dieu et du gouvernement, à sept heures de route et vingt-deux check-points d'Abidjan. Un gros bourg laid, sans âme et sans monument, doté d'une poignée de missionnaires héroïques mais sans conseil général. Personne ne s'y intéresse, sauf quand surviennent les massacres, et l'on vole à son secours quand tout est accompli. Pour son malheur, Duékoué est un carrefour stratégique. Qui tient Duékoué contrôle la circulation régionale, le chemin du cacao jusqu'au premier port du pays, San Pedro, et tout le flux humain et commercial entre le Grand Ouest et ses frontières.

Autre malédiction, la région est riche, la terre fertile, bien arrosée et les prix du café et du cacao ont flambé. Comme par hasard, les grands massacres dits politiques se produisent l'hiver, précisément à l'heure de la récolte. Les grandes terres appartiennent depuis toujours aux Guérés, réputés peu enclins à défricher leur brousse. Depuis une vingtaine d'années, certains ont vendu, loué ou concédé, souvent sans contrat écrit, une parcelle aux Malinkés venus du Mali, du Burkina Faso. Des immigrés durs à la tâche qui ont labouré, pris racine, se sont multipliés. « La terre est à celui qui la travaille», disait Houphouët-Boigny, le vieux sage. C'était avant le débat sur l'«ivoirité», une saleté théorique inventée à Abidjan pour fabriquer des castes. Le prix du cacao a augmenté, les métayers Malinkés sont devenus riches, grignotant parfois les champs au-delà du permis, le propriétaire guère est mort et ses enfants ont voulu réviser, voire annuler les contrats : les conflits ont éclaté.

En 2002, quand le Nord et le Sud se séparent, les premiers massacres renvoient opportunément chez eux une foule de métayers malinkés, leurs fils, leurs voisins, des paysans sans terre mais pleins de rage. On trace sur la carte une belle ligne de démarcation qui passe... juste au-dessus de Duékoué. L'ONU compte les coups, la Force Licorne patrouille, les ONG désertent le coin. Trop compliqué ! Entre les « coupeurs de route», bandits de grand chemin, le groupe d'Amandé, un seigneur de guerre venu du Burkina, fort de 300 hommes, qui s'est adjugé tout le parc naturel du mont Péko, la flopée de milices d'autodéfense, hommes de main des politiques ou simples voyous, dotés de «généraux» et de noms flamboyants de mouvements de libération, les commandos de quartier, les mercenaires du Libéria... la région devient une poudrière. Tous sont armés jusqu'aux dents, menacent, rackettent, volent, saignent, violent et tuent à l'occasion.

Dans le quartier Carrefour, il ne fait pas bon être Malinké et pas une semaine ne passe sans que l'on retrouve un corps ou deux dans les fossés. Face aux Guérés, au nord, existe une variante locale de miliciens, les Dozos, des chasseurs traditionnels malinkés, armés de fusil calibre 12 et de chiens de brousse. Les mystiques guerriers, initiés au grand secret de la forêt, portent des coiffes décorés de dents d'animal et ont le corps bardé de gris-gris supposés les rendre invulnérables aux balles invisibles face à un fauve ou capable d'occire un éléphant d'un seul coup de lance. Avec le temps, la farouche confrérie du Nord s'est dévoyée, agrégeant les jeunes enragés malinkés, faisant une milice de plus. Dix ans plus tard, à l'hiver 2011, quand les Forces du Nord, rebaptisées FRCI, lancent la grande offensive en direction d'Abidjan, la capitale tenue par Laurent Gbagbo, tout est prêt pour la grande revanche. « Vers quatre heures du matin, j'ai été réveillée par des lueurs et des explosions terribles. J'ai hurlé, croyant à un cauchemar. J'avais raison», dit Clémentine Don. A 53 ans, violée deux fois, sa maison pillée, son village dévasté, son mari humilié, encore terrorisée et obsédée par la tache de sang qui profane l'herbe au pied de l'arbre sacré du village, Clémentine est une femme brisée : «Nous sommes souffrants, vous comprenez...» Elle a pourtant tout fait pour échapper à l'horreur.

Née à Carrefour, elle a quitté son quartier dès les premiers incidents en 2001 pour s'abriter dans ce paisible village de Dahoua, à 5 kilomètres au sud de Duékoué. Clémentine, devenue présidente de l'Union des Femmes, a créé une coopérative Contre la Famine ! Tout s'effondre avec les premiers tirs, ce lundi 28 mars. Tremblante, elle suit les combats qui mettent Duékoué à feu et à sang. L'armée régulière du Nord a franchi la ligne rouge de démarcation. Pour en finir au plus vite, les rebelles du Nord ont lancé tous leurs supplétifs dans la bataille, les Dozos, leurs miliciens et même la bande de tueurs du chef de guerre Amande. Ils descendent des montagnes, s'infiltrent par la brousse, dévalent de tous les côtés à la fois, balaient les Forces de Sécurité présidentielles et taillent les milices Guéré en pièces. Ils prennent Duékoué en quelques heures puis... s'arrêtent, font la fête et pillent. C'est l'erreur. Venue du sud, une unité pro-gouvernementale, dotée d'un tank, contre-attaque et reprend le centre-ville. Au passage, les soldats en profitent pour assassiner les civils malinkés et égorgent un imam. Dans l'après-midi, le gros des troupes régulières du Nord, armées de mitrailleuses lourdes et de canons, arrive en renfort, désintègre le tank et met un terme à vingt-quatre heures d'une bataille confuse et sanglante. Au petit matin du mardi 29 mars, des dizaines de cadavres couvrent les trottoirs de Duékoué, les vaillants miliciens Guérés ont déguerpi en laissant leur population sans défense, face à des combattants ivres de bataille.

Carrefour est le premier quartier sur leur chemin. Ils encerclent les maisons. Les hommes sont triés, leur carte d'identité examinée. Un nom malinké : la vie sauve. Une carte d'identité ivoirienne, un nom guère : une balle dans la tête. Dehors, les femmes sont à genoux. « Ils nous forçaient à chanter leur gloire, à répéter : « Guerriers ! Guerriers !», dit Julie, une habitante. Les assaillants se divisent en trois groupes : «Les tueurs, les pilleurs et les gâteurs... Les gâteurs, c'est ceux qui arrosaient nos maisons d'essence avant de mettre le feu.» Un curé et ses enfants de chœur sont surpris devant l'église : «Quel est ton parti ? - Le parti de Jésus-Christ. - Jésus-Christ ? C'est pas un parti !» Ils sont abattus. Au milieu des cris et des explosions, les assaillants insultent leurs victimes : «Vous avez voté Gbagbo ! Traîtres !» Et les anciens métayers exultent : «Vous nous avez pris pour des domestiques. Nous sommes revenus en maîtres. Nous prendrons vos femmes, vos terres, vos champs. Et vous mangerez de la boue !» Et ils tuent. En fin de matinée, Carrefour est en feu. Et les supplétifs commencent à envahir les villages alentour.

A Bahé-B, à quelques kilomètres de Duékoué, Denis bêche son champ de manioc. Il entend du bruit, se dirige vers sa ferme, voit huit hommes en treillis, foulard rouge sur le front et sandales en plastique aux pieds. « Qui est là ?» Trois coups de feu lui répondent. La première décharge de chevrotine le manque, la deuxième lui loge un plomb dans le cou, la troisième lui crible l'épaule. Il tombe, laissé pour mort. Au troisième jour des massacres, les tueurs ne trient plus leurs victimes. «Ma femme, Hélène, mes jumeaux de 4 ans et demi, mon fils de 2 ans... Ils ont tué neuf personnes de ma famille», dit Denis. Couché dans les herbes hautes, paralysé, en sang, Denis entend l'appel au secours de sa nièce, sa fille adoptive, âgée de 13 ans : «Papa ! Au secours ! Ils sont en train de me violer !» Denis aperçoit plusieurs hommes autour de l'enfant, les cris durent une éternité. Puis ils cessent. Et Denis découvrira le corps de sa nièce, abattue d'une décharge dans la poitrine. Toute la nuit, Denis entend les aboiements des chiens des Dozos qui entrent dans la brousse, chassent les rescapés, les paysans dans leurs campements.

Une nuit de chasseurs, d'aboiements, de coups de fusil. Au petit matin, Denis se traîne vers la route et croise une colonne de l'Onuci. Après une longue inertie, les casques bleus commencent à patrouiller, enterrent les morts et cherchent des survivants.

Dans son village, Clémentine a compris que la brousse ne la protégerait pas de la folie de Duékoué. Au moment de fuir, elle est arrêtée par des Dozos et des hommes en armes. Parmi eux, une femme militaire en treillis. Ils parlent dioula, la langue du Nord, et poussent vers l'arbre sacré du village trois hommes, entre 18 et 20 ans, les mains attachées dans le dos. « J'ai entendu des cris bizarres, des couinements, comme si on égorgeait un porc», dit Clémentine. Quand les hommes s'en vont, les paysans se précipitent et trouvent les trois hommes au sol, la gorge tranchée au couteau de chasseur. «Ces cris... je les entends encore, chaque nuit !» Elle appelle l'Onuci, trois fois, au secours, en vain : «Venez ! Ils sont train de tuer dans les campements !» Le lendemain, le groupe d'assassins revient, avec des chiens «pour chercher les fusils cachés», disent-ils. Ils mitraillent un homme sur le palier de Clémentine. Nouvel appel de détresse. Cette fois, un camion blanc arrive. 300 personnes veulent fuir. C'est trop pour le véhicule. On forme une longue colonne de civils à pied qui suivent au pas le camion des casques bleus, sous les cris de rage des Dozos : «Pourquoi les laissez-vous partir ? Laissez-nous faire ! On va en finir avec ces agoutis [rongeurs] !» Clémentine, elle, reste, «pour continuer à informer les autorités». Samedi 2 avril, en fin de matinée, trois autres hommes en treillis, la trentaine, arrivent à mobylette, fusil de chasse à la main, ils cherchent de l'argent, arrachent ses vêtements. Clémentine les supplie : «Je suis vieille. Je suis votre maman.» Ils la violent à tour de rôle. Pillent la maison. S'en vont. Reviennent. Clémentine est surprise de nouveau à 300 mètres de là, dans la maison de sa sœur, 56 ans. Elles sont violées toutes les deux : «On va tuer Laurent Gbagbo, prendre vos femmes ! Vous deviendrez nos domestiques !»

Depuis, Clémentine parcourt Duékoué et la campagne environnante, le souvenir des cris des suppliciés et des violeurs dans la tête, avec un carnet à la main où elle note tout, les morts, les viols, les campements dévastés. Parfois, elle vient à pied jusqu'au camp de réfugiés de la mission catholique du père Cyprien. Ils sont 30 000, venus de Carrefour ou des villages environnants, serrés jusqu'à étouffer dans une enceinte faite pour une paroisse de campagne. 30 000 personnes, dans l'odeur des feux de bois vert, des excréments et du désinfectant, de la misère, de la promiscuité, de la maladie. «La semaine dernière, nous avons perdu 14 enfants à cause des diarrhées, dit le père Cyprien, et 15 de plus ces trois derniers jours.»

Dans la nuit africaine, quand l'orage finit par éclater, c'est toute l'eau d'un ciel peu miséricordieux qui s'abat d'un coup, comme un rideau de plomb glacé, sur des femmes et des enfants debout, tendant une bâche de plastique à bout de bras. Le camp est protégé par une unité de Marocains de l'Onuci, mais il manque de place, vivres, de médicaments, d'eau potable, de tout. 30 000 réfugiés dans un jardin ! Parfois, même le père Cyprien sent le courage lui manquer. Surtout dans la nuit noire, quand il entend les rôdeurs assassins continuer à hurler des menaces sous le nez des survivants : «On vous tuera tous, jusqu'au dernier !» Oui, le père Cyprien tremble lui aussi. Le grand massacre, qui a duré plus d'une semaine, a sans doute fait bien plus de mille morts. Il sait que Duékoué la maudite est un point rouge sur la carte du pays, une ligne de front des ethnies, un laboratoire du Mal, un lieu emblématique de ce que la Côte d'Ivoire pourrait devenir si elle ne trouvait pas, vite, très vite, le chemin de la réconciliation.




Jean-Paul Mari in Le Nouvel Observateur, le 12 mai 2011


Source: SAOTI, Le blog de Mahalia Nteby