topblog Ivoire blogs

lundi, 19 août 2013

APATRIDIE, FONCIER RURAL, NATIONALITE - ANAKY KOBENAN A OUATTARA: «POURQUOI TANT DE PRECIPITATION?»

 

côte d'ivoire,anaky kobena,mfa,apatridie,foncier rural,nationalité,anaky kobenan à ouattara,«pourquoi tant de précipitation?»

 

Il y a environ un mois (18 Juillet – 12 août 2013), que l’examen par les Parlementaires des projets de lois sur la nationalité et le foncier rural notamment, tient tout le pays en haleine.
 
Le Président Alassane Ouattara fait revenir les textes de loi sur l’apatridie, la nationalité et le foncier rural un mois après que l’Assemblée Nationale ait préféré les retirer de son ordre du jour parce que les Elus ont bien senti que ces sujets sensibles avaient un impact particulier sur les populations.
 
En effet, le projet de loi présidentiel portant dispositions spéciales, en matière d’acquisition de la nationalité vise, en clair, à octroyer à un certain nombre d’étrangers vivant en Côte d’Ivoire, par une procédure dite d’urgence – la voie déclarative simple – la nationalité ivoirienne. Dans une interview accordée à la RTI le 7 août dernier, le Président de la République a fait l’exposé qui suit : « La crise politique qu’a traversée notre pays, et qui a abouti à un conflit armé en septembre 2002, a remis à l’ordre du jour, quelques carences du code de la nationalité, qui avait préoccupé les signataires de l’Accord de Linas-Marcoussis, notamment le traitement différent des hommes et des femmes de nationalité étrangère, dans les modes d’acquisition de la nationalité, à l’occasion du mariage avec un conjoint ivoirien (…).»
 
La session qui s’est ouverte le 12 août 2013, va donc statuer sur cette loi et d’autres de la même lignée : le Foncier Rural et la loi autorisant le Président de la République à ratifier la Convention sur la réduction des cas d’apatridie, adoptée le 28 septembre 1954, à New-York.
 
De toute évidence, l’Apatridie et le Foncier Rural apparaissent comme des sujets à controverses, et même passionnels qu’il conviendrait de traiter avec énormément de retenue et un sens politique très élevé.
 
De fait, en Côte d’Ivoire, il existe une intimité manifeste entre apatridie et nationalité, d’une part, et entre nationalité et foncier rural, d’autre part. Cette réalité explique la prudence et le pragmatisme qui habitèrent, en la matière, tous les dirigeants et décideurs ivoiriens depuis l’indépendance jusqu’à maintenant. Alors, l’on est en droit de susciter les questionnements suivants :
 
1. La citoyenneté, (sa définition et son octroi) est-elle un fait nouveau chez nous ? Notre pays, en accédant à la souveraineté nationale et internationale, ne s’est-il pas doté depuis 1961 d’un code de nationalité, consensuel, crédible et responsable ?
 
2. En quoi les dispositions de la Convention Internationale de 1954, votée à New-York, sont-elles conformes aux normes ivoiriennes sur la nationalité ? N’y a-t-il pas nécessité de faire appel au peuple à se prononcer par voie référendaire ? Il y va, non seulement de notre souveraineté nationale, mais de la cohésion sociale.
 
3. Par rapport aux objectifs de l’OMD (Objectif du Millénaire pour le Développement) a-t-on suffisamment tenu compte des incidences d’une naturalisation automatique, massive et incontrôlée sur les multiples compartiments de la vie nationale (santé, éducation, emplois, divers droits…).
 
4. Pourquoi cette précipitation ? est-ce que des personnes vivant en Côte d’Ivoire n’arrivent pas à travailler, se nourrir, se soigner, etc., en un mot, à vivre normalement du fait de la nationalité, de l’apatridie ou du Foncier Rural ?
 
5. En ce qui concerne plus spécifiquement l’apatridie, s’est-on suffisamment interrogé sur le cas particulier de la Côte d’Ivoire, pays qui, depuis plus de 4 décennies, enregistre sur son sol un des taux d’immigration parmi les plus élevés au monde (plus de 26 %) ? Qui sont-ils, ces apatrides, dont on parle tant dans un pays dont le dernier Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) remonte à 1998 ?
 
6. Le Président Alassane Ouattara a-t-il eu le souci d’écouter les groupes parlementaires, les partis politiques, les autorités traditionnelles, les syndicats, les autorités religieuses, la société civile, etc., sur des sujets aussi importants pour l’avenir de notre Nation ? Pourquoi ne pas mettre en place une grande commission nationale, sous la responsabilité de l’Assemblée Nationale, intégrant des représentants de toutes les forces vives de la nation, qui sillonnerait le pays profond pour travailler sur le sujet en vue de faire des propositions comme ce fut le cas en 1998 avant l’adoption de la loi sur le Foncier Rural?
 
7. L’entêtement, pour ne pas dire l’obstination impatiente du Chef de l’Etat à faire adopter ces textes ne risque-il pas de mettre à mal son image vis-à-vis du peuple de Côte d’Ivoire ? Si la nationalité et le Foncier Rural au bénéfice évident des populations immigrées est, à ce point, un enjeu fondamental du mandat du Président Alassane Ouattara, pourquoi ne nous le déclare t-il pas de manière ouverte, et pousser la logique jusqu’à déclarer mettre fin à son mandat si l’Assemblée Nationale ne le suivait pas?
 
8. Le Chef de l’Etat n’est-il pas, sans en avoir conscience, en train d’éveiller un sentiment d’inquiétude et de repli sur soi des Ivoiriens, qui risque de dégénérer en xénophobie généralisée ? Ce qui est aux antipodes de ce que lui-même et nous souhaitons tous !!!
 
La multiplication des conflits intercommunautaires : à l’Ouest (Duékoué, Guiglo) au Nord (Touba Séguéla, Mankono) et au Centre (Angbovia, Béoumi), ne devrait-elle pas l’interpeller, tout comme tous les ivoiriens?
 
Généralement, le Gouvernement d’un pays s’emploie à appliquer le programme pour lequel le Chef de l’Etat a été élu. Nous nous souvenons qu’en 2010, les partis issus du RHDP se sont accordés sur un programme commun de gouvernement qui portait, entre autres, sur les problèmes de création d’emplois (200 000 par an), de réalisation et d’entretien des infrastructures économiques, scolaires, sanitaires et sécuritaire des biens et des personnes, de démobilisation et de réinsertion des ex-combattants, ainsi que de la réconciliation nationale. À aucun moment il n’a été question de la modification de la loi sur la nationalité.
 
D’où vient donc l’obsession du Pouvoir actuel à légiférer, de façon brutale et inopportune, sur des questions aussi vitales et sensibles que la nationalité et le foncier rural, en faisant manifestement fi de la volonté du peuple de Côte d’Ivoire ? D’un côté, on affirme avec force que la crise ivoirienne est née des questions liées à la nationalité, et de l’autre, on veut les résoudre à la hâte et sans précaution. Quelle délirante contradiction !
 
De plus, pour faire passer la modification envisagée, le Gouvernement se réfère aux Accords de Linas-Marcoussis. Ce faisant, il oublie de préciser qu’il s’agissait d’une entente politique de circonstance par rapport à la crise que vivait la Côte d’Ivoire, et la nécessité d’un retour à la normale. Le cycle électoral étant achevé, et l’accord de Linas-Marcoussis devenu caduque, n’est-il pas judicieux de revenir à la normalité constitutionnelle?
 
Plus précisément, qu’est-ce qui peut justifier que la nationalité et le foncier rural soient une urgence pour la Côte d’Ivoire en cette période de sortie de crise ? Peut-être veut-on, à travers ce projet de loi sur la nationalité, contourner la loi sur le foncier, ou encore octroyer massivement la nationalité dans un but électoraliste? Si tels sont les buts visés, mais non-avoués, alors les Représentants de la Nation doivent prendre leurs responsabilités en demandant le retrait pur et simple de ces projets de lois potentiellement conflictuels.
 
Par rapport à ce que la Côte d’Ivoire attend de son nouveau Président, qu’est-ce qui a été réalisé à ce jour du point de vue de l’économie, des infrastructures et de la création des emplois, de la sécurité des biens et des personnes, de la réconciliation nationale, de la démobilisation et de la réinsertion des ex-combattants…?
 
Ne seraient-ils pas les défis prioritaires de la Côte d’Ivoire en ce moment ? En tous les cas, il y a matière à réflexion et à actions.
 
 
Fait à Abidjan, le 14 août 2013.
 
 
Pour le MFA

Anaky Kobena

jeudi, 13 décembre 2012

VISITE DE OUATTARA DANS LE ZANZAN: VAINE TENTATIVE D’EFFACER GBAGBO DE LA MEMOIRE DES POPULATIONS

 

LAURENT GBAGB0 22.jpg

 

Les candélabres se sont éteints sur la première visite d’état de l’homme fort d’Abidjan dans le district du Zanzan. Après le festival de promesses et de discours digne des campagnes électorales, place à la réalité. Le bilan en termes de retombées et de bien-être pour les populations reste mitigé. L’euphorie et le rêve font place à la déception de plus en plus grandissante d’une partie de la population de cette région abreuvée de mensonges et de chimères.

Vaste région riche de sa diversité culturelle et naturelle, le Zanzan a toujours été l’objet de toutes les convoitises et le théâtre de confrontations souvent tragiques. Les principaux groupes ethniques qui peuplent cette région sont les Agni (Bona, Bini et Barabo), les Bron, les Koulango, les Lobi et les Malinké. Depuis la fin des conquêtes, ces groupes vivent en bonne intelligence malgré quelques frictions observées de temps à autre entre Lobi et Koulango. Au plan politique, après avoir été traversé par plusieurs courants politiques le Zanzan a constitué l’un des bastions sûrs du PDCI jusqu’à la fin de la première République qui a mis un terme au long règne du parti du père fondateur, Félix Houphouët-Boigny. Les élections législatives, communales et départementales organisées après la présidentielle de 2000 ont bousculé le vieux parti qui a dû céder du terrain à d’autres formations politiques dont le Front Populaire Ivoirien (FPI) qui a fait élire deux maires, deux députés et un président de Conseil général.

Dans son souci d’apaiser le climat politique empoisonné par la gestion scabreuse de Konan Bédié ainsi que par le coup d’état qui en a résulté, le Président Laurent Gbagbo a ouvert son gouvernement aux principaux partis politiques que sont le PDCI, le RDR, le PIT et le MFA. Cette politique salutaire pour la réconciliation nationale n’a pas permis au Président Gbagbo de nommer des militants FPI originaires du Zanzan au gouvernement jusqu’en 2007. Ce sont le PDCI et le MFA qui ont eu le privilège d’avoir des militants originaires du Zanzan au gouvernement de 2002 à 2010. Ce n’est qu’en 2007 après l’Accord Politique de Ouaga (APO) qu’un cadre FPI originaire du Zanzan a fait son entrée au gouvernement pour la première fois.

Pour montrer l’intérêt qu’il porte à cette région, le Président Gbagbo y a effectué de nombreux déplacements et est allé à la rencontre des populations dans les endroits les plus reculés et les plus difficiles d’accès. En 2010, c’est dans le Zanzan que le candidat de LMP a lancé sa campagne électorale. A l’occasion du meeting qu’il a animé à Bondoukou le 28 septembre 2010, le Président Gbagbo a situé les Ivoiriens sur les raisons de son attachement à cette région. «…Nous voici à Bondoukou pour faire le discours de campagne électorale du Zanzan… Mais nous sommes là pour parler de la Côte d’Ivoire et des élections qui vont arriver bientôt. Oui, chers frères, je suis venu ici en 1990, je suis venu ici en 1993, je suis venu ici en 2006, je suis venu ici en 2008 et me voici ici aujourd’hui. Pourquoi ? Cette région, le Zanzan, est l’une des régions les moins développées de Côte d’Ivoire. Vous vous souvenez des incendies de 1984 qui ont fait disparaitre ici les cultures de cacao et de café… ». 

Revenant  sur la tentative de coup d’état de 2002 muée en rébellion, le Chef de l’État a tenu à rendre hommage une nouvelle fois au Zanzan, en ces termes : « …Bondoukou a résisté. A 11 reprises, des attaques ont été lancées contre Bondoukou ; mais, à 11 reprises, Bondoukou a repoussé ces attaques. Je voudrais remercier et féliciter les femmes qui ont cotisé, ont fait la cuisine pour nourrir les militaires, les jeunes. Je voudrais féliciter les jeunes, les dignitaires religieux et les Chefs traditionnels de cette Région qui se sont mobilisés pour que Bondoukou soit épargné… ».

C’est un truisme de dire que Gbagbo connaît le Zanzan et reconnaît l’apport de cette région dans l’équilibre de la société ivoirienne. Toutefois, il n’ignore pas le rôle pernicieux joué par des fils de cette région dans la déstabilisation du pays. Pour autant, soucieux d’avancer, il ne s’y attarde pas. Mieux il n’en fait jamais cas. L’essentiel pour le Président Gbagbo était de créer les conditions de vie meilleure pour permettre à chaque Ivoirien de vivre heureux dans sa région d’origine ou partout ailleurs en Côte d’Ivoire. Pour cela et contrairement à ses adversaires qui promettent des milliards de francs grâce à leurs relations, le Président Gbagbo agit en bon père de famille en donnant filets, barques et instruction pour la pêche à ses enfants, plutôt que de leur offrir du poisson. C’est pourquoi « …Nous avons créé les conseils généraux pour faire le développement à la base. Nous avons créé les communes pour faire le développement à la base. Tout est communalisé aujourd’hui. Vous avez 84% d’augmentation du nombre des communes. Ici dans le Zanzan, c’est la région où j’ai créé le plus de départements. J’ai créé le département de Koun-Fao, Transua, Sandegué, Nassian, Doropo, Téhini... ».

Au niveau de la promotion des cadres de la région, en dix années de pouvoir, Gbagbo a nommé Cinq (5) ministres, soit le même nombre que le pouvoir PDCI en quarante années de règne. Il apparaît utile de noter que sous Gbagbo, ces promotions ne tiennent pas compte de la famille politique des intéressés. Il en est ainsi des deux ministres issus du MFA, du ministre issu du PDCI, de la Haute Autorité pour le Développement de Bouna, des Présidents de Conseils d’administration de sociétés d’État (Côte d’Ivoire Télécom, SICOGI, etc.), des Directeurs généraux (GESTOCI, SODEFOR, INSAAC, etc.), sans oublier les nombreux Directeurs et Sous-directeurs d’administration centrale.

côte d'ivoire,visite de ouattara dans le zanzan,vaine tentative d’effacer gbagbo de la mémoire des populations,alassane ouattara,laurent gbagbo,rdr,fpi,pdci-rda,henri konan bédié,pit,mfa,côte d’ivoire télécom,sicogi,gestoci,sodefor,insaac,fodjo kasabi laurent sociologue

Alassane Ouattara dans le Zanzan

Malgré la crise qui a déstructuré le pays et qui a privé l’économie de ressources conséquentes, les trois Conseils généraux de la région, dont deux sont présidés par des militants du PDCI,  ont réalisé un certain nombre d’infrastructures sociales, contribuant ainsi à l’amélioration des conditions de vie des populations. Un programme spécial d’électrification rurale a été confectionné pour cette région qui enregistrait en 2000 un taux d’électrification rurale de moins de 5%. En 2010 ce sont plus de 100 localités qui ont goûté au plaisir et au confort de l’électricité, et plus de 90 autres en cours d’électrification. Mieux, le Zanzan qui est une des régions les plus pauvres du pays occupe une place de choix dans le Document de Stratégie pour la  Réduction de la Pauvreté (DSRP) validé par le président Gbagbo et les institutions financières internationales en 2009.

Le PDCI, visiblement gêné par les actions concrètes touchant au quotidien des populations, n’a eu d’autre choix que de diffamer le Président, l’accusant d’avoir créé la guerre en Côte d’Ivoire. Ces accusations aussi irresponsables qu’absurdes n’empêcheront pas le Président Gbagbo d’avoir la faveur du Zanzan. Il en est de même des promesses farfelues de distribuer des milliards de francs et d’acheter les noix de cajou à 2 000 F le kilo que le RDR et le PDCI ont servi à profusion au mépris de la souffrance des populations.

Au premier tour du scrutin d’octobre 2010, le Président Gbagbo est arrivé en tête avec 36,21% des voix dans toute la région, suivi du Président Bédié avec 30,38% et enfin de Monsieur Ouattara avec 24,95%. Malgré la violence qui a émaillé le second tour du scrutin à Bouna, la coalition du RHDP (PDCI, RDR, UDPCI, MFA, PIT, etc.) n’a eu qu’une courte avance (53%) sur le candidat de LMP (47%). Le Président Gbagbo a battu son adversaire dans les départements du sud de la région : Tanda (50,98%), Koun-Fao (57,60%) et Transua (60,25%).

Dix huit mois après la capture du Président Gbagbo et l’installation de Monsieur Alassane Ouattara au pouvoir, le Zanzan vient d’accueillir l’homme fort de la Côte d’Ivoire. En réalité, en allant dans cette région, le Chef de l’État avait à cœur d’accomplir un devoir de reconnaissance à l’égard de ses chefs de guerre qui ont occupé depuis le coup d’état manqué de 2002 l’ancien département de Bouna. Il est bon de rappeler qu’au nombre des têtes fortes de la rébellion figurent Ouattara Issiaka dit Wattao, Kouakou Fofié, Mourou Ouattara, tous originaires du Zanzan. N’ayant pu prendre Bondoukou, la rébellion s’est installée dans cette partie de la région déjà éprouvée par la rigueur du climat et par le manque de vision de développement du PDCI au cours de son long règne de quarante ans. C’est en réalité cette partie du Zanzan qui intéresse Ouattara, pour des raisons d’affinités ethniques et idéologiques, mais aussi pour celles évoquées plus haut.

Le conquistador ivoirien sait en effet que cette région ne lui est pas acquise, à défaut de lui être hostile. Les résultats de la dernière présidentielle sont là pour montrer la préférence du grand peuple du Zanzan. Ouattara ne pèse que 25% dans la région. Dans les départements situés au sud de la région il a obtenu au premier tour moins de 8% des suffrages.  Mais curieusement, c’est le RDR, qui a raflé la quasi totalité des sièges de la région à l’occasion du « désert électoral » boycotté par le FPI en décembre 2011, au grand dam de son allié PDCI réduit aujourd’hui à sa plus simple expression. Piètre politicien, Ouattara qui connaît les chiffres de l’élection présidentielle de 2010, ne pardonne pas aux populations des régions qui lui ont fait mordre la poussière. Même dans les localités où le RDR s’est donné, sans compétition, des députés, Ouattara sait qu’il n’a aucune audience réelle.

Par ailleurs, les populations du Zanzan savent que c’est Ouattara qui est responsable de l’accroissement de la pauvreté dans la région. Non seulement il n’a aucun plan crédible de développement, mais il est en outre incapable de restaurer ce que sa rébellion a détruit depuis 2002.

C’est pourquoi, bien que réduits au silence, les partisans de Laurent Gbagbo auxquels se joignent de nombreux déçus, n’en demeurent pas moins convaincus de la justesse de la vision du fondateur du FPI. Aujourd’hui, dans le Zanzan comme partout en Côte d’Ivoire, les Ivoiriens regrettent Laurent Gbagbo. L’avenir reste incertain en dépit du soutien massif de la communauté internationale qui porte le régime à bout de bras et couvre ses nombreux crimes. Les propos de Gbagbo relatifs aux vendeurs d’illusions et aux agents de l’étranger sonnent aujourd’hui comme une prophétie qui s’accomplit, malheureusement. Dans ces conditions, espérer effacer le souvenir du héros ivoirien de la mémoire des populations du Zanzan est une entreprise vouée à l’échec.

 

Fodjo Kasabi Laurent

Sociologue

vendredi, 07 décembre 2012

LES DINDES DE NOEL DU PDCI ET DE L'UDPCI

 ALASSANE OUATTARA 15.jpg


Après une crise stratégico-artificielle en vue de procéder au nettoyage de son gouvernement, Alassane Ouattara a nommé en la personne de son vieil et fidèle ami Daniel Kablan Duncan, un nouveau Premier Ministre. En remplacement de Jeannot Ahoussou-Kouadio, appelé à aucune nouvelle fonction.

Jeannot Ahoussou-Kouadio rattrapé par l'opportunisme

Les choix d'Alassane Ouattara, ces deux dernières semaines, sont riches en enseignements car pleins de renseignements sur le cap de ses prochaines relations avec l'Opposition qu'il n'a toujours pas réussi à dompter. (Mal)Heureusement…

Nommé le 13 mars 2012, Jeannot Ahoussou-Kouadio aura passé 8 mois à la Primature sans que l'on puisse dire s'il était à la tête de la Primature, encore moins chef du Gouvernement. Dans son cas, nul n'est même en mesure de certifier qu'il était le premier des ministres (comme les Ivoiriens aiment à railler tout premier ministre sans grand pouvoir), tant les conseillers et d'autres centres de décision avaient plus d'influence sur le fonctionnement de l'état.

On retiendra de l'ex-Premier Ministre qu'il a joué très à fond la carte Alassane Ouattara, préférant l'accompagner à Dakar, solliciter et officialiser le soutien de Wade, alors qu'il lui incombait, entre les deux tours, d'acheminer les réclamations de Bédié, au Conseil Constitutionnel. Nul doute que l'issue de ces réclamations, si elles avaient été transmises au Conseil Constitutionnel comme le prévoit le code électoral ivoirien, aurait donné le cours de l'histoire du pays.

Ministre de la Justice dès la formation du premier gouvernement, puis Premier Ministre cumulant le portefeuille de la Justice après avoir rongé ses freins dans l'attente d'un point de chute à Guillaume Soro, Jeannot Ahoussou-Kouadio a aussi appuyé à fond sur l'accélérateur de la justice des vainqueurs. Cet avocat pour lequel "le premier des droits est le droit de la force" n'a pas fait dans la dentelle dans l'instrumentalisation de la justice contre tout ce qui pouvait rappeler Laurent Gbagbo.

La mise en congé du Gouvernement de Loma Cissé, sa ministre déléguée à la Justice, en même temps que lui, situe sur le niveau des dégâts de la justice des vainqueurs sur l'image d'Alassane Ouattara dans l'opinion occidentale. Toutefois, fidèle à sa politique ségrégationniste appelée de son propre terme "rattrapage", Ouattara a quand même vite fait de nommer Loma Cissé au poste de Conseillère Spéciale aux Affaires Judiciaires.

Mis en mission par Alassane Ouattara, celui qui a justifié l'emprisonnement de Michel Gbagbo par sa seule filiation, n'a pas su s'envoyer. Cela se paie cash dans un régime qui prend de l'eau de toutes parts au point de nommer Coulibaly Gnenema, ex-chargé des droits de l'homme de l'ex-rébellion des Forces Nouvelles au Ministère de la Justice en signe de gages à Soro Guillaume, qui pourrait difficilement échapper à la CPI, son cauchemar du moment.

Enfin de la flexibilité politique…

De 38, le nombre des membres du Gouvernement passe à 30. Alassane Ouattara se sent plus à l'aise avec des équipes restreintes. Ce Gouvernement porte donc enfin sa marque mais en même temps il lui laisse de la flexibilité. Notamment de la flexibilité politique avec la possibilité d'y faire entrer 3 à 5 ministres supplémentaires, surtout que des personnalités maintenues dans le dernier Gouvernement sont assises dans des fauteuils rendus éjectables par leur corruption. En sortir 2 ou 3 pour une nouvelle équipe de 32 membres, en scindant de gros ministères lui laisse donc une marge de 5 à 6 portefeuilles, au cas où il convaincrait l'opposition à participer à une "aventure ambigüe". Les "Patriotes" l'auraient-ils compris ainsi, eux qui mènent déjà la vie dure à Sylvain Miaka Ouretto, président intérimaire du FPI en «mission de repositionnement du FPI» en Europe?

Le prix du zèle

Le Gouvernement enregistre 4 entrants et 11 partants. Au nombre des partants, l'Ouest perd 3 ministres dont Banzio, Albert Flindé et Konaté Sidiki auxquels on pourrait ajouter Charles Legré (l'homme à la révérence renversante lors de la dernière CAN) et Clément Nabo.

Les 5 personnalités ont en commun d'avoir renié les leurs.

Ainsi, pressenti pour représenter le MFA au Gouvernement dans les premières heures de l'ère Ouattara, Philippe Legré s'est vite débarrassé de son téléphone portable, confié à un assistant, avec pour consigne de ne lui passer aucune communication de tout pro-Gbagbo, de loin ou de près. La mystification du chef et le reniement ne lui ont pas suffi pour rester au Gouvernement.

Quant à Banzio, approché en mai 2011, par les doyens des cadres du Cavally en vue de discuter des souffrances des populations et des exilés de cette région, il aurait opposé une arrogance stupéfiante, avant de "livrer" ensuite, Mao Glofiehi, pieds et mains joints aux FRCI. Il s'agissait pourtant d'un projet de simples échanges avec un collectif informel de ministres de l'ancienne région du Moyen-Cavally, à savoir Adama Toungara (Duékoué!), Anne Ouloto (Toulepleu), Mamadou Sanogo (Guiglo), Banzio (Bloléquin). La suite, on la connaît… On pourrait multiplier les exemples sur chacun de ces partants, histoire de rappeler qu'une fonction politique appelle d'abord le soutien des siens.

Le PDCI et l'UDPCI, les dindons de la farce?

Au 1er tour de l'élection présidentielle, l'UDPCI est arrivée en 4ème position, derrière la LMP, le RDR et le PDCI avec environ 3% des suffrages. 3ème force politique du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix, l'UDPCI passe de deux à un seul portefeuille ministériel. Mais à l'UDPCI, tant que le seigneur Albert Mabri Toakeusse est servi, l'essentiel est sauf.

Quant au MFA, il n'en fait plus partie et c'est sans doute tant mieux pour son président Anaky dont chaque représentant au Gouvernement finit toujours par se retourner contre lui, depuis que lui-même a été éjecté des Gouvernements "Marcoussistes" par Banny en 2006, à la suite de la crise des déchets toxiques. Alassane Ouattara ayant confié, lors de sa visite dans le ZANZAN s'être réconcilié avec Anaky, attendons les retombées pour le dernier nommé, car au RHDP seul compte le partage du gâteau, fut-il de plus en plus cramé au four de la haine.

Daniel Kablan Duncan, ami de longue date de Ouattara depuis la BCEAO et dont il fut le ministre de l'Economie et des Finances à l'époque d'un Félix Houphouët-Boigny (FHB) au soir de sa vie et diminué par la maladie, aura une grande marge de manœuvre. Au contraire de Jeannot Ahoussou-Kouadio.

Seulement vêtu du maillot PDCI sans obligation de dépendance, Daniel Kablan Duncan qui doit tout à Alassane Ouattara et presque rien au PDCI de Bédié, inspire confiance pour n'avoir pas été de la galerie des faucons tout au long de la honteuse période que nous vivons depuis avril 2011. Ni pendant celle de la conquête du pouvoir depuis le Golf. Duncan est donc pour Ouattara un espoir. Encore que (…)

Même registre politique pour Jean-Claude Brou, proche parmi les proches d'Alassane Ouattara dont il était membre du cabinet à la Primature. Actuel Ministre de l'Industrie, Jean-Claude Brou qui a été, comme Alassane Ouattara, fonctionnaire du FMI a raté de justesse la primature. Ce cadre d'Aboisso, de la même région que l'épouse du président du PDCI, sera moins société civile que compté sur le quota du PDCI sans devoir vraiment lui rendre des comptes.

Le richissime Charles Koffi Diby transféré des Finances aux Affaires Etrangères, le PDCI perd la "Caisse du Gouvernement". La Primature qui lui revient par alliance électorale et cette caisse, sont désormais dans l'escarcelle directe d'Alassane Ouattara à travers son ami de longue date, Daniel Kablan Duncan qui cumule à la fois la Primature et le Ministère de l'Economie et des Finances.

Aux Infrastructures économiques, Achi Patrick s'est vu retirer les juteuses tutelles. Accrédité d'une longue participation au Gouvernement qui dure depuis octobre 2000, Achi Patrick semble pourtant affaibli, suspecté de peu de fidélité quand ses intérêts sont en jeu. Intelligent, technocrate doté d'une capacité d'argumentation, il traîne hélas l'image d'un homme calculateur. Ce qui le fragilise vis-à-vis du RDR qui n'oublie pas qu'il faisait valider ses décrets dans la chambre de Laurent Gbagbo, avant de se retourner contre lui dès après septembre 2002.

En plus des analyses sur les fourberies du PDCI qui s'est déculotté à l'Assemblée Nationale dès la petite "lame de Ouattara" sous la forme de la menace de la dissolution du Gouvernement, ce parti demeure le grand perdant de ce remaniement. Le PDCI qui a cogéré à la fois avec le président Laurent Gbagbo et maintenant avec le RDR a désormais sur la tête plus qu'une lame, mais une véritable épée de Damoclès avec toutes les casseroles de ses cadres. Avec en prime un Bédié humilié! A défaut d'être les dindons de la farce, le PDCI et l'UDPCI seraient-ils les dindes de Noël du RDR?

Face à un RHDP divisé et un RDR sonné par les tortures, les exécutions sommaires et le boulet nauséabond du génocide WE, les démocrates ivoiriens ont de la marge pour garder le cap de la dignité.


Nelson Degol, le 3 Décembre 2012.

mardi, 13 décembre 2011

ELECTIONS LEGISLATIVES: KOULIBALY MAMADOU, GERVAIS KOULIBALY, ANAKY KOBENAN ET LES EX- DEPUTES FPI, TOUS BATTUS

 

MAMADOU KOULIBALY 9.jpg

Une Assemblée nationale monocolore, à forte dominance Rrd. Tel est le schéma qui se dessine, au sortir des législatives du 11 décembre. En attendant la proclamation des résultats officiels par la Cei dans les heures à venir, les tendances recueillies ça et là dans les Etats-majors des différents candidats annoncent une très large victoire du Rdr. Ces résultats provisoires font état de plusieurs « grosses victimes » dans les rangs de l'opposition. Ce sont, Mamadou Koulibaly, président de Lider. Il aurait été battu avec un score peu honorable ; Gervais Koulibaly ; Anaky Kobénan, président du Mfa ainsi que la dizaine d'ex- députés Fpi qui sont allés en indépendants.

Dans les rangs du pouvoir Ouattara, on note également des surprises, notamment, Marcel Amon Tanoh, directeur de cabinet d'Alassane Dramane Ouattara, qui a été battu à Aboisso malgré tous les moyens colossaux dont il disposait. Si ces tendances se confirment, il est clair que le nouveau Parlement sera qui le réflète pas l'opinion ivoirienne dans sa diversité. Ce qui ne correspond en rien à celui annoncé par Ouattara comme un hémicycle démocratique et consensuel. Le parlement pourrait être composé à 90% d'élus du Rhdp. Rien de surprenant ! Avant le scrutin, le régime a fait un découpage que certains avaient qualifié d'arbitraire, parce que, octroyant plus de nouvelles circonscriptions au nord, le fief du Rdr. Dès lors, le Rdr partait aux élections avec une avance de plus de 74 postes de députés.

César Ebrokié


Source: NOTRE VOIE

jeudi, 03 novembre 2011

LEGISLATIVES 2011: RHDP, LA LUNE DE MIEL TOURNE AU FIEL


RHDP.jpg

Trahison, frustration, abus de confiance.., les militants et avec eux, la presse proche du Pdci-Rda n'avaient pas assez de mots pour exprimer hier, leur déception, leur révolte devant la gestion ''scandaleuse'' du dossier de candidature des cadres RHDP aux élections législatives à venir. Ils estiment avoir été lésés dans la répartition des cartes. Tenez, à Abidjan, par exemple, sur 27 postes de députés que la coalition des houphouétistes s'engage à briguer, seulement 8 cadres du parti sexagénaire sont en piste contre 19 pour le Rdr. Une arithmétique squelettique qui rappelle celle toute aussi dérisoire du partage des portefeuilles ministériels de la fin avril dernier et qui avait déjà suscité la même réaction dans les rangs des ''pédécéistes''.  Sur les 36 postes à pourvoir, le PDCI s'était contenté de 8 strapontins contre une vingtaine pour le principal allié, le Rdr.

A l'époque, le président Aimé Henri Konan Bédié, avait dû se reprendre à plusieurs fois, déployant au passage, un trésor de diplomatie et des promesses de rachat pour calmer la grogne des siens. C'est donc à juste titre que les cadors du vieux parti, attendaient le  temps des  législatives pour couronner leurs ambitions personnelles contenues ou refoulées depuis plus d'une décennie pour la plupart, pour exister de nouveau, politiquement s'entend. C'est pourquoi,  ils fondaient beaucoup d'espoirs en la foi de leur patron, le ''sphinx'' de Daoukro, consacré entre temps, inspirateur théorique de la présidence de M. Alassane Dramane Ouattara. Un titre que Bédié lui-même étrenne fièrement et ne manque aucune occasion de le faire savoir à tous ceux qu'il a l'amabilité de recevoir chez lui, entre deux petits verres.

Ils pensaient logiquement donc, que passé le coup tordu de la formation du gouvernement, les choses rentreraient dans l'ordre avec notamment un Rdr moins arrogant et moins boulimique. Mais à l'arrivée, rien de tout cela. La part congrue du gâteau a été une fois de plus réservée aux ''vert et blanc'' pendant que la vague orange des ''ouattaristes'' se déploie et tourne même à l'humiliation pour l'allié Pdci. Et rien n'indique que la tendance pourrait s'améliorer dans les jours à venir ou à l'occasion des futures joutes électorales,  pour  cette dernière formation politique. On se demande bien comment ''N'zuéba'', s'y prendra cette fois, pour refroidir la rage des mécontents.

Hier une rencontre houleuse sur le sujet a eu lieu à la maison du Pdci, à Cocody. De bonnes sources, les proches collaborateurs de Bédié qui dirigeaient les débats, ont eu du mal à contenir les éclats de voix qui fusaient de partout. Ce n'est pas tout, puisque l'autre question à résoudre par les pontes du Rhdp est celle des candidats indépendants qui se recrutent parmi les recalés des listes communes présentées par la coalition au pouvoir. Un dossier, qui, s'il n'est pas géré avec beaucoup de tact pourrait contrarier bien des calculs. Au vu de ce qui précède, c'est peu d'affirmer que le bel unanimisme affiché depuis le second tour de la dernière présidentielle ivoirienne par les houphouétistes est en train de voler en éclats, si ce n'est déjà fait. Car il ne se passe pratiquement plus de jour sans qu'un des farouches défenseurs d'hier, de cet accord, ne porte de violents coups de canif à celui-ci. La dernière sortie en date est celle de Jean Blé Guirao de l'Udpci qui, en des mots bien choisis, a exprimé son blues face aux nombreuses promesses non tenues par M. Dramane Ouattara  à l'endroit des formations politiques alliées du Rdr.

Pour mémoire, cet ancien Secrétaire général de la puissante fédération estudiantine de Côte d'Ivoire (Fesci) avait déjà pesté contre le régime actuel, dans un passé récent, pour le  poste de directeur général (DG) de l'Agefop qui à l'en croire, lui tendait les bras et qui, en définitive a été attribué à un proche du chef de l'Etat. Au total, c'est à une belle ambiance de déchirement, une météo exécrable que l'on assiste actuellement au Rhdp, où visiblement, la lune de miel a pris un sacré goût de fiel.


Yves De Séry, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 89 du jeudi 3 novembre 2011.