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samedi, 13 octobre 2012

POURQUOI LES MALIENS ONT RAISON D'AVOIR PEUR

 

GAO - NORD DU MALI.jpg

 Ville de Gao, nord du Mali, le 10 septembre 2012. REUTERS


Une intervention militaire dans le nord du Mali pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour ce pays.

 

Le «Malian bashing» est à la mode dans le petit cercle des commentateurs de l’actualité africaine. Si on n’écoutait que certains d’entre eux, on se convaincrait assez rapidement que le seul et unique problème du Mali est sa classe politique irresponsable, bien décidée à se battre jusqu’à la dernière goutte de sang pour des lambeaux de pouvoir. Ou alors que la malédiction de ce pays est son armée, qui refuse de verser son sang pour Tombouctou ou pour Kidal, mais qui s’arc-boute sur son orgueil outragé quand les âmes vertueuses de la communauté internationale veulent venir mettre de l’ordre là où il y a le chaos.

Cette façon de voir les choses a «l’avantage» d’éluder une question fondamentale: le scepticisme profond d’une grande partie de l’opinion publique malienne quant à la capacité et à la volonté des pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de la France et plus globalement la communauté internationale, d’aider sincèrement le pays sinistré de Soundjata à se tenir de nouveau sur ses deux jambes. De nombreux Maliens se méfient, et ils ont des raisons de se méfier.

Raison numéro un: la sécession du Nord-Mali a d’abord été une perspective acceptable pour la France

Souvenons-nous. Tant que c’était le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, estampillé laïc) qui faisait la conquête du Nord du pays et y installait sa loi, tout ce que Paris compte d’officiels, d’analystes et de brillants rhéteurs considérait qu’il n’y avait pas de solution militaire à la crise malienne.

Qu’il fallait entendre le message des Touaregs, dont le lamento identitaire était reçu avec compassion et commisération. Il a fallu que le MNLA se fasse rouler dans la farine par ses alliés circonstanciels islamistes pour que les points de vue changent du tout au tout et que la diplomatie hexagonale se démène pour débarrasser son pré carré d’un impérialisme concurrent du sien sur ce terrain particulier: celui du salafisme international. Mais, vu de Bamako, la question fondamentale était l’intégrité territoriale, et rien ne ressemble plus à un barbu d’AQMI (Al Qaïda au Maghreb islamique) qu’un imberbe azawadien dont le visage buriné est camouflé par le burnous bleu.

Raison numéro deux: la CEDEAO a été maladroite voire sadique avec le Mali

Très clairement, pour les chefs d’Etat de la région – en tout cas pour certains d’entre eux –, l’avancée des rebelles était moins importante que l’urgence d’imposer un «nouvel ordre politique», à la fois sans Amadou Toumani Touré (l’ex-président renversé en mars 2011) dont ils ont regretté le règne avec de trop apparentes larmes de crocodile et sans la junte dirigée par Amadou Sanogo, qu’il fallait marginaliser afin de placer les petits et les grands copains réunis dans le cadre d’un gouvernement de transition. Afin de gouverner le Mali par procuration. Afin, ont dit certains intellectuels mauvais coucheurs, de «recoloniser» le Mali pour le compte de grandes puissances en embuscade.

Pour arriver à ses fins, le chef de l’Etat de Côte d’Ivoire Alassane Ouattara est même allé jusqu’à fermer d’autorité la frontière avec le Mali pendant quelques jours. Ce qui revenait à asphyxier, dans tous les sens du terme, le pays qu’il prétendait sauver. Il est vrai que Ouattara peut considérer que cette méthode sadique lui a réussi dans sa guerre de quatre mois contre son prédécesseur, Laurent Gbagbo. Mais tout de même! Difficile de faire du chantage à vos voisins, même si c’est pour leur bien à vos yeux, sans vous aliéner définitivement un grand nombre d’entre eux.

Raison numéro trois: les forces d’interposition règlent fort mal les crises

Fort peu solidaires pour une majorité d’entre eux de Laurent Gbagbo quand il subissait sa rébellion à lui, les Maliens se sont tout de même rendu compte que la MICECI (on parle aujourd’hui de MICEMA (Mission de la Cedeao au Mali), ancêtre de l’ONUCI, n’a rien réglé mais a coupé la Côte d’Ivoire en deux pendant près de dix ans, laissant macérer les racines de la haine et d’une confrontation finale (?) qui a été bien plus violente que celle du 19 septembre 2002.

Et si les «forces impartiales», étaient, comme on dit à Treichville (quartier d’Abidjan), des «aggravaffaires»? En plus, quand elles viennent, elles ne partent plus. L’ONU et ses fonctionnaires surpayés sont toujours là au Liberia, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, en République démocratique du Congo, au Soudan… Conflit internationalisé un jour, conflit internationalisé toujours?

Raison numéro quatre: la France et les islamistes ont les mêmes «meilleurs amis»

Si la Côte d’Ivoire a été l’obsession des exécutifs Chirac et Sarkozy (au pouvoir jusqu’en mai 2012), la «reconquête» du Sahel malien semble être la priorité des priorités de l’administration Hollande. Il n’empêche qu’il est difficile de ne pas tiquer lorsque l’on sonde la profondeur des alliances des uns et des autres. C’est un secret de polichinelle : la France réac et la France baba cool se retrouvent unies dans une fascination pour les «hommes bleus» des dunes dont le MNLA est la figure emblématique.

Mais alors que Paris hausse le ton contre les islamistes liés à la nébuleuse Al Qaida qui coupent les mains et manient le fouet plus que de raison, comment oublier tout à fait que, selon de nombreux spécialistes du renseignement, une partie de l’approvisionnement des salafistes provient de réseaux qataris? Ce n’est pas un détail, puisque le Qatar d’aujourd’hui est dans le monde arabe, pour Paris, ce qu’était la Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny dans les années 1960 et 1970 en Afrique: un allié sûr, un pivot stratégique, un partenaire central.

Le Qatar est même plus que cela, puisqu’il met la main à la poche pour financer le Paris-Saint-Germain (club de foot de la capitale française) ou pallier aux défaillances de l’Etat français dans les banlieues.

Mais pourquoi, au lieu de financer une invasion militaire du pays qui pourrait le transformer en une sorte de lieu de cristallisation de longue durée des forces en présence dans le cadre d’une guerre froide qui ne dit pas son nom, François Hollande – qui n’a pas un sou en poche, dit-on – ne prend-il pas son téléphone pour appeler ses amis les émirs? Pourquoi les Etats-Unis ne sont pas «chauds» pour une intervention? Iront-ils jusqu’à la saboter si elle a lieu?

Pourquoi les salafistes sont-ils les alliés, voire la force virile de l’Occident en Syrie, comme hier en Libye, quand il s’agit de chasser de vieux régimes «laïcs», et deviennent en Afrique subsaharienne la menace absolue?

Les Maliens ont l’impression d’être les victimes d’un grand jeu qui les dépasse. Ils n’ont pas sollicité la guerre de Libye menée par l’OTAN sans aucun souci de l’après-Kadhafi, mais ils sont obligés d’en subir les conséquences, dans un contexte où ils sont divisés, mal préparés militairement, et persuadés d’avoir fort peu d’amis dans la grande épreuve qui les étreint. C’est pour cette raison qu’ils se méfient. Et ils ont bien raison.


Théophile Kouamouo

 

Source: SLATE AFRIQUE

jeudi, 16 août 2012

MALI: LE MINISTRE MALIEN DE LA DEFENSE RECADRE LA CEDEAO ET SES CHEFS D'ETAT

  

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L’intervention du ministre malien de la défense Yamoussa Camara (ici avec le colonel major de l’école de maintien de la paix, Alioune Blondé), devant les chefs d’état-major de la Cedeao, a tout d’un discours à inscrire dans les annales du patriotisme Malien! Aux chefs d’état-major représentant l’organisation sous régionale et leurs chefs d’état respectifs, il a tenu un langage de vérité sur un style et un ton à faire baisser la tête de honte à bien de dirigeants de l’organisation!

Sur la question des dérives «impérialistes», il n’a pas manqué, évoquant le problème de la force en attente de la Cedeao, de l’offre d’aide des voisins,  de remarques  allusives bien emmenées: «Nous l’acceptons de bon coeur tout en vous demandant de ne pas chercher à vous substituer, ni aux forces de défense et de sécurité du Mali, ni au peuple malien dont vous mesurez la sensibilité… Il s’agit de problèmes existentiels de la nation malienne! Tout ce que vous poserez comme actes, au Mali, sera retenu par l’histoire, en bien et en mal, comme jurisprudence à travers l’espace de la Cedeao!»

Voilà qui,  de manière générale, remet en lumière les nombreuses critiques portant sur la tendance des chefs d’états de la Cedeao à agir avec le Mali comme on le ferait d’un incapable, ou d’un territoire sous tutelle. Le colonel Camara a  parlé comme les ex-éléments de la junte l’ont toujours fait. Son propos emprunte aux accents de celui du président intérimaire à son retour de Paris. «Je fais entièrement confiance aux services de sécurité maliens, ils sont plus que compétents pour assurer la sécurité du Président de la république et celle des institutions de la République».

Le message ici est sans équivoque, et si le ministre de la défense se voit contraint de s’exprimer de la sorte, avec un ton incriminateur, c’est justement en raison du manque de modestie, d’humilité, de tact, de nombre d’intervenants étrangers dans la crise, qui ont pris l’habitude de se comporter en terre malienne comme en pays conquis! Ne venez pas au Mali pour faire aux maliens ce que vous n’aimeriez pas que l’on fasse à vos pays et ressortissants respectifs! C’est, en substance, ce conseil qui a été donné, sur un air moralisateur, par le ministre en ces termes: «Agissez, je ne puis résister à la tentation de le dire, comme vous aimeriez que l’on vous traite dans des circonstances similaires».

A l’écoute de ce discours de consensus, pour ainsi dire, sans rentrer dans ses petits souliers, la Cedeao devrait au moins se racheter une autre conduite, une attitude plus digne envers le Mali et les maliens.

Elle devrait parler moins doctement au sujet de ce pays fier, abandonner son  ton comminatoire, ses ultimatums qui ressemblent toujours plus à de vulgaires punitions et qui ont le don d’irriter même les non maliens. Cette fixation insensée,  sur la necessité de venir sécuriser les institutions au sud, doit être remisée, rangée au placard pour de bon.

Il convient de laisser de côté l’appellation de la mission de la cedeao au Mali, «Micema», et de lui en préférer une autre qui intègre le nécessaire élargissement à l’Union africaine, aux Nations unies.

De cette force d’intervention au Mali. La facilitation de Blaise Compaoré doit être également revue et quelque peu corrigée. Placée sous mandat des Nations unies et ramenée, à l’appui a un dialogue inter-malien pour préparer les conditions d’une meilleure relance démocratique au sortir de la guerre de libération. Et…, cela semble pourtant une évidence, cette facilitation doit être également basée à Bamako même.

Quoiqu’il en soit, cette déclaration choc du colonel sera-t-elle entendu à sa juste tonalité? Certains en doutent qui jugent,  au regard des bruits qui courent autour d’un coup de force de la Cedeao au Mali,  que les patrons de l’organisation, prenant la mouche, optent  pour la correction! D’autres estiment plus sagement, et il faut les y encourager, que la voix du Mali doit être entendue et que les chefs de la Cedeao, ne pouvant pas aimer plus le Mali que les maliens eux-mêmes, doivent éviter d’en rajouter à la crise en rentrant à leur tour dans une crise avec le Mali.

Alors croisons les doigts en souhaitant une pluie de raison sur nos décideurs.

 

Victory Toussaint


Source: SAN FINNA

15:03 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Mali, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, mali, mali le ministre malien de la défense recadre la cedeao et ses c, micema, ua, cedeao, onu | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |