topblog Ivoire blogs

dimanche, 02 décembre 2012

COTE D'IVOIRE: L'ARMEE FRANÇAISE FACE AUX MYSTERES DE BOUAKE

 

côte d'ivoire,france,barys smahine,brigitte raynaud,colonel mangou,général poncet,laurent gbagbo,michèle alliot-marie,président gbagbo,l'armée franÇaise face aux mystères de bouaké

Destruction d'une école française en 2004 après les affrontements de Bouaké et Abidjan. REUTERS - Luc Gnago 

 

Des soldats français, rescapés du bombardement de Bouaké qui avait fait neuf morts en 2004, viennent de déposer plainte contre Michèle Alliot-Marie, l’ex-ministre française qui est aussi citée comme témoin dans une autre affaire ivoirienne.

 

10 novembre 2004. Neuf cercueils sont placés en un demi-arc de cercle dans la cour des Invalides. Ils contiennent les corps déchiquetés de neuf militaires tués le 6 novembre par des roquettes tirées par deux Soukhoï, pilotés par deux mercenaires biélorusses employés par l’armée ivoirienne fidèle au président Gbagbo. Ce jour là, Jacques Chirac leur rend un hommage national tandis qu'à Abidjan, des milliers de Français sont évacués par pont aérien après les émeutes anti-françaises du week-end. La Côte d'Ivoire vient de vivre quatre jours de folie où tout aurait pu basculer.

Huit ans après, les familles des soldats tués et aussi celles de la quarantaine de blessés, dont certains très gravement, n’ont toujours pas de certitudes sur l’origine de ce bombardement. L'Etat français a tout fait pour empêcher les juges du Tribunal aux armées de Paris (TAP) de mener l’enquête à son terme, pour ensevelir le dossier sous le secret-défense, pour escamoter les témoins, à commencer par les deux pilotes slaves, Barys Smahine et Youri Souchkine, dont on a perdu complètement la trace au point de se demander s’ils n’ont pas été liquidés.

En déposant une plainte contre Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense à l’époque, pour «parjure et complicité d’assassinat» devant la cour de Justice de la République, les familles meurtries espèrent ainsi connaître la vérité sur ce bombardement. Et répondre à cette question: qui en est vraiment le commanditaire?

Mettre à l'abri la Force Licorne

Tout commence le 2 novembre 2004 quand Laurent Gbagbo informe les autorités françaises que son armée va engager une offensive visant à libérer le Nord du pays, occupé depuis le 19 septembre 2002 par les rebelles des Forces Nouvelles dirigés par Guillaume Soro. Faute d’avoir pu dissuader le président ivoirien de mener cette attaque, la France a reçu l’assurance que ses troupes ne seront pas visées.

L’état major de la Force Licorne, déployée sur place sous un mandat de l’ONU qui ne lui permet pas de s’opposer par la force, obtient du colonel ivoirien Mangou, qui dirige les opérations ivoiriennes, d’être informé une demi-heure à l’avance des cibles visées par les Soukhoï et les hélicoptères de combat Mi24, pour permettre aux troupes françaises, situées à proximité des combats, de se mettre à l’abri.

Le 3, alors que les premiers avions commencent à décoller de l’aéroport de Yamoussoukro, entièrement sous contrôle de l’armée française, Jacques Chirac décroche son téléphone pour intimer l’ordre à Laurent Gbagbo de faire cesser l’offensive. La conversation, très sèche, dure quelques instants.

Les mercenaires biélorusses bombardent la base française

Jusqu’au 6, les bombardements de cibles rebelles se poursuivent avec des résultats pas toujours convaincants. Côté rebelles, on fait état de deux ou trois victimes. L’AFP annonce, par exemple, que le camp de Korhogo, dans l’extrême nord du pays, a été victime d’une attaque. En fait, les mercenaires biélorusses ont «tué les morts» en déversant leurs bombes sur le cimetière voisin. Cela n’empêche pas une colonne ivoirienne, dirigée par le capitaine Konan, de se présenter le 6 novembre aux portes de Bouaké pour libérer la capitale rebelle. Ils sont attendus par les troupes de Guillaume Soro. Mais les combats n’auront jamais lieu.

Vers midi, deux Soukhoï survolent le lycée Descartes, où la Force Licorne a établi sa base avec plusieurs centaines de militaires et une soixantaine de blindés sous le commandement du colonel Destremau. Les avions volent si bas que les pilotes ne peuvent manquer de voir les drapeaux tricolores flottant sur les lieux et sont parfaitement visibles du sol. Au deuxième passage, ils lâchent leurs roquettes sur le foyer du régiment. L’attaque est parfaitement délibérée. Des dizaines de soldats se sont regroupés derrière le bâtiment, fermé pour «inventaire» ce samedi là, devant l’attitude manifestement agressive de Soukhoï. Parmi eux, on relève une quarantaine de blessés et dix morts, neuf Français et un citoyen américain.

Dans le camp, c’est la panique. L'incendie qui a gagné un char est éteint avec des pelletées de sable. Dans les minutes qui suivent, le général Poncet, qui commande l’opération Licorne ordonne de détruire tous les "aéronefs ivoiriens", quatre Soukhoï et plusieurs hélicoptères d'attaque Mi24. Il appelle des renforts au Gabon pour sécuriser Abidjan car toutes ses troupes sont disposées sur la ligne de front entre rebelles et loyalistes.

L’armée française laisse filer les équipages

De retour de leur «mission», Barys Smahine et Youri Souchkine posent leurs deux appareils sans encombres sur l’aéroport de Yamoussoukro, rejoignant la douzaine de techniciens biélorusses chargés de la maintenance. Sous les yeux de militaires français qui, depuis plusieurs jours, ont dépensé des kilomètres de pellicules pour les filmer et les  photographier sous toutes les coutures. Une vraie cinémathèque!

Si les deux Soukhoï sont détruits à coups de hache, l’armée française laisse filer leurs équipages vers Abidjan sans tenter de les arrêter.  Avant de se raviser dans la soirée sous la pression des soldats de base qui ne comprennent pas qu’un tel crime reste impuni. Pendant quatre jours, ils seront gardés au frais par les forces spéciales avant d'être expédiés dans un bus, sans autre forme de procès, au Togo où Robert Montoya, un ex-gendarme élyséen sous Mitterrand, reconverti dans «l'import-export», est chargé de les réceptionner.

C'est lui qui a livré à Gbagbo les Soukhoï et leurs équipages, au vu et au su des militaires français stationnés à Lomé, la capitale togolaise. C'est donc un retour à l'envoyeur. Montoya dépêche sa secrétaire récupérer au poste frontière le minibus et son contenu de Biélorusses. Mais François Boko, alors ministre de l'Intérieur du gouvernement togolais, ne se montre guère coopératif et fait arrêter les mercenaires au poste frontière.

Interrogée par les juges du Tribunal aux Armées de Paris (TAP), Michèle Alliot-Marie a benoîtement expliqué que la France ne disposait que «de présomptions que des pilotes pouvaient peut-être se trouver dans ce groupe.» Pourtant, le ministre de l'Intérieur togolais se souvient d'avoir remis les photocopies des passeports des deux pilotes au représentant local de la DGSE dès leur arrestation au poste frontière:

«Dix jours après, il a dit qu'il n'en voulait pas parce que Paris n'en voulait pas.»  De guerre lasse, Lomé les a alors renvoyés en Biélorussie.

Blé Goudé, le «général de la rue», chauffe les «patriotes»

Ce 6 novembre, alors que la nouvelle du bombardement de Bouaké et de la destruction des premiers aéronefs se répand, les premiers incidents ont lieu à l’aéroport d’Abidjan où un Transall de renforts français atterri au mépris de toutes les règles de sécurité, au milieu de quelques dizaines de «patriotes» qui ont déjà envahi la piste. Des tirs font plusieurs morts parmi les soldats ivoiriens, les «aéronefs» présents sont détruits, eux aussi, à coups de haches et dans la soirée, la Force Licorne est maîtresse des lieux. Mais Abidjan s’est embrasé. Chauffés par Blé Goudé, le «général de la rue» qui s'est installé devant les caméras de la télévision nationale, des dizaines de milliers de personnes déferlent dans les rues. Posté dans la soirée sur le toit de son ambassade, Gildas Le Lidec expliquera plus tard n’avoir jamais vu une telle marée humaine.

Le soir, des hélicoptères français tirent à balles réelles sur la foule qui tente de franchir les deux ponts sur la lagune pour atteindre le bataillon d'infanterie marine (Bima) et le quartier français où les expatriés doivent être évacués à la hâte. Ils seront sept mille à fuir ainsi. Dans la nuit du dimanche 7 au lundi 8 novembre, les renforts arrivent enfin de Bouaké. Le régiment commandé par le colonel Destremau a forcé sur ses 350km de route plusieurs barrages tenus par des «patriotes».

Sa destination officielle, l'hôtel Ivoire, à quelques centaines de mètres de la résidence de Laurent Gbagbo, que, malgré ses dénégations, la France rend responsable de la mort des neuf soldats. Mais la colonne de soixante blindés rate le palace décrépi et sa tour de 24 étages au bord de la lagune, visible à des kilomètres à la ronde, et "se perd" pour se retrouver dans l'allée qui conduit au domicile présidentiel.

Pour les familles françaises commence un long calvaire judiciaire

Elle finit par se retirer pour s'installer à l'Ivoire où elle est prise au piège de milliers de manifestants. Le mardi 10, vers 16h, des snipers français embusqués dans des étages de l'hôtel, ouvrent le feu, tuant plusieurs «patriotes». Profitant de la panique qui s'empare de la foule ivoirienne, le régiment français plie bagages et se replie sur le Bima (le 43e bataillon d'infanterie de marine stationné en Côte d’Ivoire).

Pour les familles des soldats tués ou blessés, commence alors un long calvaire judiciaire. Les parents n'ont jamais pu voir les corps de leur fils qui n’ont pas été autopsiés comme la procédure le prévoit. «Ils n'étaient pas présentables», a justifié Alliot-Marie.

Lors d'une première réunion de la juge du TAP (Tribunal aux armées de Paris) avec les familles en 2005, une des mères, demandant à consulter le dossier de son fils, fait une découverte ahurissante: le corps photographié avant la mise en bière n'est pas celui de son enfant. Lors de l’exhumation, on découvre que deux dépouilles avaient été inversées. Plus choquant encore, des mères ont alors constaté que les corps avaient été jetés dans les sacs plastique tels qu'ils avaient été trouvés sur le terrain: couverts de sang, de poussière, vêtements déchirés, sans être lavés ni habillés. «Jetés là comme des bêtes», dira un témoin.

Huit ans de déceptions en désillusions

Sur le terrain de l’instruction, les familles vont depuis huit ans de déceptions en désillusions. Avec des témoins amnésiques à commencer par Michèle Alliot-Marie et Dominique de Villepin, qui, longuement interrogés par les juges du TAP, ne sont au courant de rien. Le témoignage de Villepin, qui, depuis 2002, suivait de très près l'évolution de la crise ivoirienne, est un monument. A l’entendre, il connaîtrait à peine l’existence de la Côte d’Ivoire…

Les plus hauts gradés de l'armée française, les patrons de l'opération Licorne, Poncet et Thonier, celui de la DRM, Masson, le directeur de la DGSE, Pierre Brochant ont affirmé, dans un même chœur unanime, ne rien savoir notamment sur l'audition des mercenaires slaves par les forces spéciales. Ce qui conduira Brigitte Raynaud, la première juge du TAP, à rendre son tablier.

Avec ce testament à l’adresse d’Alliot-Marie:  

«Je relève qu'à la fin de ma mission aucun renseignement ne m'a été fourni sur les raisons pour lesquelles les mercenaires et leurs complices, identifiés comme auteurs de ce crime, bien qu'arrêtés immédiatement ou dans les jours qui ont suivi les faits, avaient été libérés sur instruction ou avec le consentement des autorités françaises sans avoir été déférés à la justice.»

Le général Poncet s’est attiré les foudres d’Alliot-Marie

Seul le général Poncet brisera la loi du silence en évoquant un jour de 2006 l’hypothèse d’une «bavure manipulée», sans pousser plus loin les révélations. Selon cette hypothèse, l’armée ivoirienne aurait été informée par les services secrets français de la tenue dans le bâtiment bombardé à Bouaké d’une réunion de rebelles. D’après le scénario prévu, les Sukhoï de Gbagboauraient dû atteindre un local vide et justement fermé ce jour-là pour «inventaire». Il n’était pas prévu que des soldats iraient s’abriter derrière. L’objectif poursuivi était de stopper l’offensive ivoirienne (il a été atteint) et de mettre le président ivoirien en grande difficulté.

En s’épanchant dans la presse, le général Poncet s’est attiré immédiatement les foudres d’Alliot-Marie qui l’a brutalement limogé… Pour une autre affaire qui dormait depuis plusieurs semaines dans les tiroirs du ministère de la Défense, celle d’un coupeur de routes ivoirien, Firmin Mahé, étouffé avec un sac plastique par des militaires français au cours d’une mission de maintien de l’ordre dans l’ouest du pays. Accusé d’avoir couvert cet assassinat, Poncet a finalement été blanchi par le juge instructeur.

Les quatre auteurs présumés comparaissent à partir de ce mardi devant la Cour d’assises de Paris. Poncet et Alliot-Marie sont cités comme témoins.


Alexandre François

 

Source: SLATE AFRIQUE

samedi, 01 décembre 2012

POURQUOI LES SOLDATS FRANÇAIS PORTENT PLAINTE CONTRE ALLIOT-MARIE

MICHELE ALLIOT-MARIE.jpg


Slate Afrique a pu se procurer la plainte contre l'ex-ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie pour «faux témoignage sous serment» et «complicité d’assassinat». Elle vient d’être déposée par des soldats rescapés du bombardement de Bouaké en 2004.


Huit ans après, le bombardement, le 6 novembre 2004 à 13h20 du camp militaire français de Bouaké par deux soukhoï de l’armée ivoirienne, reste entouré de quelques énigmes, même si les faits sont désormais établis. 

Deux juges du Tribunal aux Armées de Paris ont enquêté pendant des années sur cette attaque qui avait neuf morts et une quarantaine de blessés dans les rangs français. Ils ont rassemblé une collection impressionnante de témoignages de soldats du rang, mais se sont souvent heurtés à l’omerta de la haute hiérarchie militaire et politique. Les deux juges ont fini par rendre leur tablier, l’une d’elles reprochant directement à Michèle Alliot-Marie, l'ancienne ministre de la Défense, son manque évident de collaboration.

L’an passé, le TAAP a été supprimé et l’affaire confiée au Tribunal de grande instance de Paris où elle a continué à avancer à petit pas. Mais pas assez vite pour des familles de victimes qui viennent de déposer plainte, avec leur avocat Me Jean Balan, devant la commission des requêtes de la Cour de justice de la République. Cette instance, après avoir évalué le sérieux de la plainte, devra saisir ensuite le procureur de la Cour de cassation qui engagera des poursuites devant une cour composée de trois membres de la Cour de cassation et de douze parlementaires (sept socialistes, quatre UMP et un centriste).

Pourquoi Alliot-Marie est-elle visée?

Elle était ministre de la Défense à l’époque des faits et est souvent montée au feu en s’exprimant publiquement pour minimiser le nombre de victimes ivoiriennes (une soixantaine au total lors de ces journées de novembre 2004), pour justifier la remise en liberté des mercenaires biélorusses, pour limoger en 2006 le général Poncet, patron de l’opération Licorne, qui évoquait alors l’hypothèse d’une «bavure manipulée» à Bouaké, et également pour multiplier les chausse-trappes dans l’enquête…

Elle s’est comportée en bon petit soldat, à la différence de Dominique de Villepin qui est resté prudemment dans l’ombre alors qu’il était depuis 2002, le principal metteur en scène de la crise ivoirienne comme ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac, poste qu’il venait de quitter en 2004 pour l’Intérieur, avant d’être nommé Premier ministre en 2005.

Que lui reproche t-on?

Le 7 mai 2010, Michèle Alliot-Marie a été entendue par la juge Florence Michon du Tribunal aux Armées de Paris. À l’issue d’une audition de plusieurs heures, la ministre a signé un procès verbal de 22 pages qui comporte plus de 1100 lignes dactylographiées, dont les trois quarts sont consacrées aux questions très précises de la juge. Ses réponses sont souvent laconiques:

«Je ne me souviens plus qui j’ai eu en ligne»… «Je ne peux répondre car je n’en ai pas le souvenir»… «Il faut poser la question à ceux qui étaient sur le terrain. Moi, j’étais dans mon bureau à Paris»… «Je n’en ai pas le souvenir» …

Et quand elle retrouve la mémoire, elle n’hésite pas à se contredire ou à livrer des contrevérités. Exemples.

L’épisode de la fuite des mercenaires biélorusses

Rappel des faits: après avoir bombardé le mess des officiers de la base française de Bouaké, les deux Soukhoï, pilotés par Youri Suchkine et Boris Smahine, des mercenaires biélorusses employés par le gouvernement ivoirien, comme la douzaine de techniciens de maintenance qui les accompagnent, atterrissent sur l’aéroport de Yamoussoukro, sous contrôle de la Force Licorne.

Depuis quatre jours et le début de l’offensive des troupes du président ivoirien Laurent Gbagbo, ils sont surveillés, photographiés et filmés 24 heures sur 24. Au lieu de les arrêter, on les laisse regagner Abidjan, où, pour calmer la colère des soldats de base, on les met finalement au frais pendant quatre jours sous la garde de membres des forces spéciales. Avant d’enfourner huit d’entre eux dans un minibus à destination de Lomé au Togo, où Robert Montoya, un ex-gendarme élyséen sous Mitterrand est chargé de les réceptionner. Mais François Boko, ministre de l’Intérieur togolais, les fait arrêter et pendant deux semaines, il propose à la France de lui remettre les mercenaires. En vain. En désespoir de cause, il les expulse.

Dans une question, la juge Michon fait remarquer à Michèle Alliot-Marie que les huit mercenaires biélorusses détenus au Togo, auraient pu alors être auditionnés par des magistrats ou enquêteurs venus de France, qui auraient pu ensuite demander leur extradition. Réponse de la ministre:

«On m’a indiqué qu’il n’y avait pas de base juridique puisque pas de mandat d’arrêt international. C’était un membre de mon cabinet qui m’a répondu».

Interrogé en 2012, le conseiller juridique en poste en 2004 au ministère de la Défense a déclaré sous serment que non seulement, il n’avait pas été consulté, mais que s’il l’avait été, il n’aurait certainement pas donné cette réponse. En réalité, tout a été fait pour que les mercenaires s’évanouissent dans la nature.

côte d'ivoire,france,michèle alliot-marie,plainte de soldats français,pourquoi les soldats français portent plainte contre alliot-mari,slate afrique,abidjan,armée française,bouaké,conflit en côte d'ivoire,dominique de villepin,général poncet,jacques chirac,laurent gbagbo,lomé,mathias doué,opération licorne,yamoussoukro

L'ancienne ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie lors d'une visite en Côte d'Ivoire le 31 décembre 2003. AFP-Georges Gobet
 

Pourquoi alors ne pas les avoir interceptés à leur descente d’avion? «Il s’agissait d’une zone de combats. On ne pouvait pas mettre la vie de nos soldats en danger, explique Alliot-Marie sans se démonter. Ce qui n’a pas empêché les militaires français d’effectuer une action bien plus dangereuse: la destruction à coups de hache des deux appareils.

Dans d’autres déclarations à la presse, la ministre a affirmé qu’il n’y avait parmi eux «ni pilote, ni militaire» et qu’il s’agissait «d’ouvriers de maintenance». Une affirmation contredite par plusieurs témoins, Boko, en premier lieu, qui a remis la photocopie des passeports des deux pilotes au conseiller technique français au Togo lequel les a transmises à son collègue attaché militaire. «Toutes ces informations ont été transmises à Paris», confirme ce dernier. «J’ai eu des instructions verbales, des directives précisément de ne rien faire», révèle le conseiller.

«Il aurait été intéressant de les interroger», a déclaré le général Poncet devant la juge. «Je n’avais pas envie de lâcher ces personnes. Moi je ne demandais pas mieux que de les mettre dans un avion pour les envoyer en France. J’ai obéi aux ordres».

Tout a été fait, dès les premières minutes qui ont suivi le bombardement, pour que la justice ne soit pas saisie. Les mandats d’arrêts contre Suchkine et Smahine n’ont été lancés que le 15 février 2006, soit quinze mois après les faits. Paris disposait pourtant d'un triple arsenal pour agir sur le champ. D'abord la loi Pelchat, datant du 14 avril 2003, qui réprime l'activité des mercenaires. Ensuite, l'article 65 du code de justice militaire prévoyant que sont justiciables du Tribunal aux Armées tous auteurs ou complices d'une infraction contre les forces armées françaises. Enfin, l'article 113-7 du code pénal indique que la loi pénale française est applicable à tout crime commis par un étranger hors du territoire de la République lorsque la victime est de nationalité française.

Pourquoi a-t-on visé le mess des officiers?

Rappel des faits: selon tous les témoins, l’attaque du camp français de Bouaké par les deux Soukhoïs ivoiriens a été totalement délibérée. Les deux pilotes ont parfaitement identifié l’objectif, le mess des officiers, qui était exceptionnellement fermé pour inventaire ce jour-là et aurait donc dû être vide. Il l’était, mais devant l’attitude manifestement agressive des avions lors de leur premier passage, plusieurs dizaines de soldats se sont mis à l’abri derrière le bâtiment. C’est là qu’ils ont été tués ou blessés.

Lors de son audition du 7 mai 2010, la juge Michon pose la question suivante à Alliot-Marie: «Un témoin affirme que l'attaque du camp français est le résultat d'une manoeuvre élyséenne, mise en place par la "cellule Afrique", et dans laquelle vous êtes directement impliquée, visant à faire "sauter" le président Gbagbo. Cette manoeuvre consistait à fournir à l'armée de l'air ivoirienne une fausse information sur l'objectif à bombarder (..) Le but poursuivi par l'Elysée était de faire commettre une erreur monumentale aux forces loyalistes, afin de déstabiliser le régime et de faire sauter le président Gbagbo, que les Français voulaient remplacer, peut-être par un général ivoirien réfugié à Paris (...), secrètement ramené en Côte d'Ivoire par Transall (NDLR: avion de transport), et se trouvant dans l'un des blindés du convoi qui s'est rendu jusqu'à la porte du palais». Réponse de la ministre : «Cela me paraît du pur délire».

Le général Poncet a évoqué l’hypothèse d’une «bavure manipulée». Pour l’heure, l’instruction n’a pas permis de déterminer qui avait ordonné la fermeture du mess, peu de temps avant le bombardement. 

La France a-t-elle voulu déposer Gbagbo?

Rappel des faits: le 7 novembre, le régiment bombardé la veille à Bouaké arrive peu avant minuit à Abidjan avec ses six cent hommes et sa colonne de soixante blindés. Selon les déclarations officielles, il a pour mission de prendre possession de l’hôtel Ivoire, situé à quelques centaines de mètres de la résidence de Gbagbo. Mais elle «rate» l’immeuble de 24 étages et va «se perdre» dans l’entrée présidentielle. Le face à face avec l’entourage du chef de l’État ivoirien dure deux heures avant que les militaires français ne décident de se replier vers l’Ivoire.

Cette version officielle est totalement démentie par le carnet de route du régiment de Bouaké. La colonne est bien arrivée vers 23h30 pour se diriger vers la résidence présidentielle, où elle a stationné jusqu’à 2h30 avant de mettre le cap vers son cantonnement, le Bima, situé près de l’aéroport d’Abidjan.

Vers 5 heures, elle a pris de nouveau le chemin de l’Ivoire où elle s’est installée. Son objectif originel était donc la résidence présidentielle. La présence aux côtés des militaires français du général Mathias Doué, chef d’état major de Gbagbo, est attestée par les comptes-rendus de l’armée, notamment à partir du 8 novembre. Surnommé «le chinois», Doué a été limogé de son poste par Gbagbo le 13 novembre.

La plainte de soldats devant la Cour de justice de la République comporte d’autres éléments troublants, rapportés par l’enquête de la justice française. On apprend ainsi que les aéronefs ivoiriens (Soukhoï et Mi 24) n’ont pas été détruits sur instruction de Jacques Chirac, mais ont commencé à être démolis à la hache 43 minutes après l’attaque meurtrière, sur un coup de colère, bien compréhensible, de militaires apprenant la mort de leurs camarades. Le bombardement de Bouaké est donc loin d’avoir livré tous ses secrets.


 
Alexandre François, le 27 novembre 2012.

 


vendredi, 06 avril 2012

LA CPI: TRIBUNAL POUR AFRICAINS SEULEMENT

Fichier:International Criminal Court logo.svg

La C.P.I. ne juge que les Africains. Triste palmarès. Certains répondront, avec beaucoup de naïveté d'ailleurs: « C'est en Afrique que sont commis les crimes les plus horribles contre l'humanité». La simplicité de cette affirmation ne mérite ni le temps, ni l'examen d'un homme sage. Mais si pour les besoins actuels de notre réflexion nous élevions cette incongruité à la dignité d'une vérité axiomatique; qui seraient alors, comme l'est le Président GBAGBO dans la crise ivoirienne, les co-auteurs indirects de ces crimes contre l'humanité ?

La C.P.I. condamne pour la nature du crime et non pour son lieu de commission. C'est en raison de cette prétention à l'universalité, qu'elle peut traduire le Président GBAGBO dont le pays n'a pas encore ratifié les statuts instituant la C.P.I. C'est pour ces mêmes raisons qu'OMAR  EL BECHIR du Soudan, et plus récemment son ministre de la défense, se voient inculpés par cette même cour  sans que leur pays ait reconnu sa compétence.

Voilà des exemples de co-auteurs indirects dans les crises du monde : Georges Bush en Irak, dont le pays n'a pas ratifié les statuts de Rome comme GBAGBO, et dont l'engagement militaire en Irak contre le veto onusien à fait un million de victimes. Une plainte a osé être déposée contre lui dans un tribunal belge dit à compétence universelle. La fermeté de la mise en garde américaine contre la Belgique a entrainé la dissolution de ce tribunal par le parlement de ce pays.

Il faut rappeler ici que ce tristement célèbre tribunal, en devenant le réceptacle de toutes les plaintes des partisans du devoir d'ingérence, a tant inquiété des dirigeants africains (HISSEN HABRE...) dont les pays n'ont pas été pourtant parties à sa constitution. La liste suivante de co-auteurs indirects n'est pas exhaustive, elle est plutôt indicative: CHIRAC, SARKOZY, ALLIOT MARIE sont des co-auteurs indirects de crimes contre l'humanité dans la crise en Cote d'Ivoire. SARKOZY, JUPPE et DAVID CAMERON sont co-auteurs indirects de crimes contre l'humanité pour la LYBIE. OBAMA est aussi coupable en SYRIE et dans le monde arabe.

Pour les africains qui en sont restés à l'idéalisme de l'enfance juridique, il faut qu'il soit su ce qui suit. Au fond, ce n'est jamais l'acte matériel commis qui  nous condamne, mais bien plutôt celui qui le qualifie (l'apprécie). Voilà pourquoi, différents juges peuvent porter un jugement différent sur un même acte commis. Ce sont alors ces juges (ceux de la chambre III de la C.P.I. devenue maintenant la chambre I dans le cas de la C.I.), qui déterminent au fond (en réalité) qui est criminel.

Et c'est justement parce que ces juges là ne sont pas toujours saints que les recueils d'erreurs judiciaires ne cessent de croître en volume. Le droit français est clair: la qualification juridique des faits appartient souverainement au juge (son intime conviction). Aux Etats Unis, c'est pire : John Marshall, ancien président  de la cour suprême,  dit que l'interprétation juridique est du ressort exclusif de l'autorité judiciaire, et que le droit est ce que le juge en dit (JUDICIAL REVIEW). Ces enthousiastes africains doivent alors apporter un peu de relativisme dans leur notation de l'infaillibilité de la C.P.I.

Quand un homme, par le biais d'une déportation, sort de l'orbite de ses juridictions naturelles, de ses repères (le droit civil français requiert la comparution obligatoire de ses justiciables devant leurs seuls tribunaux naturels), et est exposé  à l'étranger à des juges et à des procédures inconnus de sa culture, de sa cause, il subit une dislocation psychologique, un malaise de fond qui ne peut faire l'objet d'une estimation objective, tant le dommage se trouve situé dans des domaines inaccessibles à la réparation humaine. Et quand il est un chef d'Etat, en l'occurrence le premier dans ce cas, il connait triplement la solitude du pionnier, dépourvu de tous les attributs et prérogatives de son rang, au point  de sentir un point d'ironie même dans les politesses des gardes pénitentiaires.

Sachez qu'aucune forme d'esclavage n'est possible sans dislocation psychologique, donc sans déportation. Ce transfèrement dit judiciaire, est en fait un acte politique, une  déportation qui en rappelle d'autres ; celle de TOUSSAINT LOUVERTURE (à Fort de Joux, dans le Jura, l'Architecte de l'indépendance de l' Haïti) ; celle de  L'ALMAMY SAMORY TOURE (au Gabon, Chef de la résistance anti coloniale), celle de GBEANZIN AHIDJERE (en Martinique, Roi du Dahomey).

Quand les projecteurs de l'histoire se poseront un jour sur ce pan de notre histoire, nous en aurons honte, comme nous avons honte aujourd'hui de ce que nos ancêtres ont fait à nos frères les noirs du continent américain. AIME CESAIRE avait raison, notre vision doit cesser d'être « partial, partiel et parcellaire ». Ces déportations récurrentes ne sont pas le fait d'un hasard, elles sont conformes à un dessein : la décapitation psychologique par dislocation et l'esclavage.

Observez vous-mêmes les manigances ci-dessous : Sous forte pression française la C.P.I. arrête GBAGBO, mais elle ne doit pas arrêter pour l'instant SORO; SARKOZY en serait contrarié. Pour éviter un peu cette forte pression la C.P.I. place le procès le 18 Juin 2012, soit quelque temps après les élections françaises, après le départ de SARKOZY. Seulement après ces élections peuvent ils décider du sort de la paire OUATTARA-SORO, et voir quel verdict les nouvelles autorités françaises demanderaient pour GBAGBO. La France est contributrice au budget de la C.P.I. La C.P.I., comme tout autre institution internationale  (O.N.U, U.A., la LIGUE ARABE...) doit vivre avant de prendre des décisions. Pour cela, leur processus décisionnel est empreint de réalisme. Et pourtant, la vérité, elle, n'est pas réaliste. Et Gandhi dit que ce n'est pas parce qu'on s'en détourne qu'elle devient mensonge.


Séry Zadi Gboziagnon

Juriste, Politologue, Traducteur.

mardi, 10 janvier 2012

L'INVESTIGATION ET NOUS, PAR THEOPHILE KOUAMOUO


UNE N° 043 LE NOUVEAU COURRIER.jpg

La semaine qui vient de s’achever a été une semaine d’émotions assez fortes pour la rédaction de votre quotidien Le Nouveau Courrier. Et pour cause : nous avons été pris, à notre corps défendant, dans le tourbillon de la «résurrection» de l’affaire Kieffer, avec tous les risques que cela comporte. C’est en effet après la publication dans notre quotidien du témoignage d’un homme que nous avons surnommé «Gorge profonde», et qui affirmait être en mesure d’indiquer l’endroit où a été inhumé Guy-André Kieffer il y a plus de sept ans pour avoir été un des éléments du commando rebelle l’ayant assassiné pour le compte des ennemis du pouvoir d’alors, soucieux de l’accabler, que le juge Patrick Ramaël, flanqué d’éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, dominées par les ex-rebelles, a «découvert» un squelette. Qui pourrait être, dit-on, celui du journaliste franco-canadien. «Petit» problème : le squelette en question ne se trouve pas sur la route entre Abidjan et Sikensi, mais dans le village de Zega, près d’Issia, à plus de 300 kilomètres d’Abidjan. Que penser de cet incroyable imbroglio ?

- Premièrement, nous ne sommes ni les «amis» ni les «garants» de «Gorge profonde». Si nous avons choisi de publier son témoignage pour le moins troublant, c’est parce que nous avons eu la preuve de ce qu’il était en relation suivie avec à la fois un homme politique ivoirien de premier plan, Jean-Yves Garnault, spécialiste français du renseignement au profil trouble vivant à Abidjan et les services du juge Patrick Ramaël. Il savait depuis le mois de décembre  au moins que Ramaël arriverait le 2 janvier à Abidjan, avait son contact et devait le rencontrer quand il a reçu, finalement, des coups de fil menaçants de «sécurocrates» du régime Ouattara. Au final, nous avons perdu sa trace. Que lui est-il arrivé ? Nous n’en savons rien. Mais tous les éléments qu’il nous a fournis nous ont convaincu de l’utilité de publier son témoignage.

- Deuxièmement, il faut absolument qu’une presse critique «surveille» le travail du juge Ramaël sur ce dossier Guy-André Kieffer. Pour des raisons citoyennes évidentes. Depuis sept ans, ce magistrat a en effet suivi de nombreuses pistes, donc de fausses pistes, en utilisant abondamment les médias, rendant publiques des séries de noms de suspects sans relation les unes avec les autres. Il a, et c’est évident, bafoué les règles de son métier qui lui demandent d’enquêter à charge et à décharge, pour se mettre au service de l’obsession anti-Gbagbo des exécutifs Chirac et Sarkozy. Même en France, les méthodes de Ramaël ne font pas l’unanimité. C’est pour cette raison qu’il a été visé, fin juin, par une enquête administrative sur ses activités. Une procédure «assez rare», indiquait Le Monde en octobre 2010, rappelant que «l’inspection [générale des services judiciaires] est saisie dans les cas les plus graves, insuffisance professionnelle, manquement à la délicatesse, à la probité, à la loyauté, ou plaintes répétées des justiciables». Les nombreuses zones d’ombre qui entourent le dernier épisode de l’affaire Kieffer devraient renforcer les interrogations sur les méthodes et les objectifs de Ramaël. Le squelette supposé du journaliste aurait été localisé par un témoin qui a assisté à son inhumation et vu précisément son visage, au point de le reconnaître sur des photos de presse, sans être membre du commando qui l’a tué et enterré en catimini, donc dans la plus grande discrétion. Curieux. Le témoignage était disponible depuis le temps où Laurent Gbagbo était au pouvoir, et la vérification n’a pas pu se faire, nous dit-on, en raison des entraves de son régime. Pourquoi avoir donc attendu neuf longs mois pour confirmer cette piste ? Pourquoi Ramaël ne s’est-il pas rendu sur les lieux, alors que l’AFP nous indique qu’il est venu «au moins trois fois» en Côte d’Ivoire depuis la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara ? Encore plus curieux.

- Troisièmement, si nous ne sommes pas étonnés du peu de cas que fait la presse «internationale» de notre travail, nous sommes surpris de la réaction de certains Ivoiriens qui nous encourageaient au moment où nous étions emprisonnés pour notre travail d’investigation dans le cadre des détournements dans la filière café-cacao, et qui aujourd’hui veulent nous ensevelir sous un torrent d’injures. Nous voudrions leur dire que le journalisme d’investigation, si dangereux en Afrique – il a coûté la vie au Burkinabé Norbert Zongo qui s’était rapproché de trop près, dans ses enquêtes, de la famille de Blaise Compaoré – est dans notre ADN. Depuis que notre équipe, qui s’est déplacée du quotidien Le Temps ancienne formule au Courrier d’Abidjan puis au Nouveau Courrier, existe, nous nous sommes efforcés de bâtir notre crédibilité sur notre capacité à enquêter. Nous avons été les premiers à dévoiler, en 2003, le divorce définitif entre Guillaume Soro et son rival décédé Ibrahim Coulibaly, lié à l’histoire vraie de l’arrestation en France de ce dernier, rendue possible grâce à un «coup de main» de l’actuel Premier ministre, alors en alliance objective – et exclusivement tactique –  avec  le président Gbagbo. L’ONG Global Witness et plusieurs journalistes et analystes se sont fondées sur nos révélations exclusives sur les réseaux de contrebande du cacao ivoirien à travers le Burkina Faso et le Togo, dans lesquels on retrouvait la société française Soeximex et l’actuel ministre Adama Bictogo, pour mener leurs propres enquêtes. En novembre 2004, nous avons été les premiers à solliciter le témoignage du colonel Guiai Bi Poin sur ce qui s’est vraiment passé devant l’Hôtel Ivoire : c’est à la suite de notre interview que Canal + l’a contacté – ce qui a fait sauter Michèle Alliot-Marie au plafond. Par la suite, nous avons été les premiers à relever les incohérences et les mensonges de la version française officielle sur le bombardement de Bouaké. Aujourd’hui, Mediapart et Le Canard Enchaîné, vitrines françaises du journalisme d’investigation, défendent la thèse d’un «complot d’Etat» ourdi à Paris contre Gbagbo, d’une manipulation qui aurait mal tourné. Nous avons été le seul journal à publier le rapport d’expertise sud-africain qui prouve de manière claire que ce sont les soldats français qui ont tué les jeunes Ivoiriens devant l’hôtel Ivoire. Nous avons publié en juin 2010, avant de nombreux journaux français, l’essentiel du mémorandum explosif de Jean Balan, avocat des familles des soldats français tués à Bouaké. Nous avons secoué le cocotier de la filière café-cacao, ce qui nous a valu des persécutions et un emprisonnement. Nous avons publié, le 17 août 2010, une enquête complète sur la mutinerie meurtrière – et étouffée – de la MACA en décembre 2008. Nous avons publié, en exclusivité, le témoignage du général Dogbo Blé sur les tortures qu’il a subies et les derniers mots du président Gbagbo avant son arrachement à la terre ivoirienne. Nous avons donc fait nos preuves par le passé. Nous n’avons pas attendu l’affaire Kieffer. Cela ne coûte rien à personne de nous le reconnaître.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER