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mardi, 11 juin 2013

APPEL A TOUS LES DEMOCRATES CONTRE LA REPRESSION DU REGIME DE OUATTARA

ALASSANE OUATTARA. UNESCO.jpg


COMITE POUR LA LIBERATION DES PRISONNIERS POLITIQUES IVOIRIENS - COMMUNIQUE

Appel à tous les démocrates

Manifestons massivement notre soutien au peuple ivoirien victime de la répression du régime de Ouattara


Cette semaine, en Côte d'Ivoire, une nouvelle arrestation de responsable politique a frappé. Cette fois-ci c'est la jeunesse militante qui est criminalisée.

M. Koua Justin, Secrétaire National par intérim de la JFPI (Jeunesse du Front Populaire Ivoirien), a été arrêté le vendredi 7 juin 2013, en début de soirée. Il se trouvait en réunion au siège provisoire du FPI dont nous rappellerons au passage que les locaux furent pillés et brûlés en août 2012 par les milices ouattaristes.

Selon plusieurs sources, des FRCI («l’armée» créée par Alassane Ouattara) ont envahi les lieux en brandissant des armes, et l’ont emmené de force sans mandat d'arrêt ni motif officiel. Peu de temps auparavant, Koua Justin avait révélé sur Facebook et lors d’une conférence de presse, la traque dont il était victime de la part de l’appareil militaire et policier du régime.

Selon les dernières informations, il se trouverait actuellement aux mains de la DST ivoirienne, enfermé dans un conteneur exposé à la chaleur et à la déshydratation.

A la détention politique, s’ajoute donc une grave mise en danger de son intégrité physique.

Connaissant les méthodes de torture utilisées de manière généralisée par le régime de Ouattara, nous avons toutes les raisons d'être inquiets pour sa vie.


Cet événement intervient :


- Après que la CPI se soit  déclarée dans l’incapacité de confirmer les charges présentées par le Procureur à l’encontre du Président Laurent Gbagbo; ce cinglant désaveu pour le pouvoir d'Abidjan semble accentuer une répression ininterrompue depuis plus de deux ans.

- Au moment où la JFPI, avec Koua Justin, prépare une grande campagne de mobilisation, à travers des tournées "éveil des consciences" dans tout le pays, et où un meeting était prévu dans les jours à venir.

Par ailleurs, Charles Blé Goudé, ex-Ministre de la Jeunesse, détenu lui aussi, a entamé depuis huit jours une grève de la faim pour dénoncer ses conditions inhumaines de détention.

Depuis le 15 mai, une trentaine de personnes proches de l'opposition ou supposées l'être ont été incarcérées à la MACA.

On estime actuellement le nombre des prisonniers politiques à plus de 700 sur le sol ivoirien.

 

CELA NE PEUT PLUS DURER !


Le gouvernement français (pour mémoire le Président François Hollande s'est vu remettre à l'UNESCO le prix Houphouët-Boigny pour la paix) doit sur le champ:


- CONDAMNER publiquement le régime de Ouattara et son mode de gouvernance par la terreur.

- EXIGER LA LIBERATION immédiate de tous les prisonniers politiques, en vertu du caractère universel de l’application des droits de l’homme et des Conventions de Genève.

- OBTENIR PAR LA VOIE DIPLOMATIQUE la libération et le rapatriement sanitaire du franco-ivoirien Michel Gbagbo, détenu depuis le 11 Avril 2011 pour délit de patronyme.


Nous appelons tous les démocrates à intervenir auprès du gouvernement pour qu'il agisse au plus vite et à alerter massivement les organisations des droits de l'homme en leur transmettant le présent communiqué.


COMITE POUR LA LIBERATION DES PRISONNIERS POLITIQUES IVOIRIENS

(contact: prisonnierspolitiques.rci@gmail.com)


 LE DIMANCHE 9 JUIN 2013


Pour écrire au Président de la république:

http://www.elysee.fr/ecrire-au-president-de-la-republique/

Pour écrire à Amnesty International France:

http://www.amnesty.fr/Contact/AI-France

vendredi, 21 septembre 2012

GUERRE A L’AFRIQUE: LA FRANCE EN RETARD D’UNE DECOLONISATION

 

CASQUE DE COLON FRANçAIS.gif

 

A force de critiques et d’enterrements annoncés, on pourrait croire finie la « Françafrique », ce système d’exploitation et de violence qui a régi les relations internationales entre le continent et l’ancien colonisateur. Des changements de langage et d’hommes ne suffisent pas, comme le démontre déjà la gestion de la crise malienne par le président Hollande - et l’intervention militaire annoncée risque d’être son premier acte marquant en politique extérieure. Comme ses prédécesseurs, depuis un demi-siècle…

L’arrivée au pouvoir d’un nouveau président à Paris marque aussi le début d’une série de rituels et de signaux destinés à l’Afrique francophone: qui reçoit-on le premier, et qui ne reçoit-on pas? Quel voyage fondateur effectuera en Afrique le nouvel élu, quel discours et quelles promesses affichera t-il? A cette aune, que les africanistes détaillent avec gourmandise comme autrefois les kremlinologues savouraient les détails de la Nomenklatura, que de changements symboliques! Le démocrate Macky Sall du Sénégal reçu le premier, fraîchement élu contre Abdoulaye Wade à Dakar par un scrutin incontestable. Début juin, le tapis rouge déroulé à M. Yayi Boni du Bénin, président en exercice de l’Union Africaine, consulté es qualité pour la résolution de la guerre au Nord Mali. Encore plus significatifs ceux que l’Elysée se refuse à inviter, malgré leurs demandes réitérées: ni Bongo du Gabon, non plus qu’Eyadema du Togo, tous deux héritiers de dynasties autoritaires; non plus que Blaise Compaoré du Burkina, autoproclamé sage et doyen de l’Afrique de l’Ouest, non plus que l’ivoirien Ouattara, orphelin du sarkosysme et pourtant actuel président de la Cedeao.

Mais qu’importent les symboles et les discours, si les actions restent les mêmes, notamment l’envoi de l’armée française à chaque crise? Quel Etat en effet maintient des bases militaires permanentes en Afrique (Sénégal, Djibouti, Gabon)? Quel pays est capable de lancer en quelques heures des « opérations extérieures » (Epervier au Tchad, Licorne en Côte d’Ivoire)? Qui contrôle la masse monétaire de ses anciennes colonies par le jeu d’une monnaie issue de la colonisation, le franc CFA[i]? Baptisé laudativement « Françafrique » par le président ivoirien Félix Houphouët Boigny, dénoncé dès les années 1990 par le fondateur de « Survie », François Xavier Vershave, ce système occulte de domination, violent et pervers, a survécu à ses fondateurs.

En 1960 le premier ministre Michel Debré a vendu la mèche en déclarant à Léon M’Ba, président du Gabon: la France « donne l’indépendance à condition que l’État une fois indépendant s’engage à respecter les accords de coopération signés antérieurement. Il y a deux systèmes qui entrent en vigueur simultanément: l’indépendance et les accords de coopération. L’un ne va pas sans l’autre [ii]. » Et de fait, cette sujétion étatique, à la fois militaire et économique, est déclinée par des « accords de défense » aussi secrets que sommaires, entre les gouvernements français et africains – accords en fait à géométrie variable et parfois non appliqués selon l’opportunité décidée à Paris. Ainsi, les troupes françaises sont intervenues pour conforter des régimes souvent douteux comme au Tchad, Togo, Zaïre, Gabon tandis qu’elle se refusait à des interventions conformes aux accords, comme au Congo en 1963, au Niger en 1974, au Tchad en 1975, ou au début de la rébellion ivoirienne contre le régime du président Laurent Gbagbo, téléguidée depuis le Burkina Faso en septembre 2002… Et cette série d’interventions devient une sorte de conflit permanent, en continuité avec les guerres coloniales : selon l’historien italien Chalci Novati1, un décentrage nécessaire par rapport à un débat trop français montre une longue « guerre à l’Afrique » continue, dont les relations franco-africaines – et ses scandales récents ne sont qu’une partie.

Après le « containment » du communisme dans les années cinquante 2 (ou « endiguement », cette doctrine officielle des administrations américaines successives), n’assiste t on pas à la même politique de l’Europe devant les migrations du continent noir d’une part, et contre ses velléités d’autonomie de l’autre? Il faudrait replacer alors exploitation des matières premières, coups d’Etats et soutien des « dictatures à la française »du pré carré – l’ancien espace colonial, dans un système d’actions comprenant aussi la répression des flux humains vers l’Europe, la répression de la piraterie maritime à l’Est, le combat interminable contre les mouvements fondementalistes anti- occidentaux. Tout cela dans une désinformation continue et des « rideaux de fumée » médiatiques: « défense des ressortissants », si ce n’est des «intérêts français». Les médias français, privés ou publics, ne participent-ils pas plus souvent qu’à leur tour de cette Françafrique aussi discrète que puissante? L’ordinaire du « journaliste spécialiste de – l’Afrique » n’est-il pas trop souvent de voyager dans l’avion ministériel ou présidentiel français, de recueillir confidences et parfois subsides du dictateur local – le maréchal président zaïrois Joseph Mobutu s’en vantait, lui qui avait d’abord été journaliste – quand ils ne sont pas invités dans les palais des despotes africains? Sans compter la corruption ordinaire de tel hebdomadaire panafricain bien connu des dirigeants du Sud – qui ont investi volontiers dans la radio Africa N°1 ou plus récemment la télévision Africa 24[iii] Car la « conquête des coeurs et des esprits » passe par des médias sous contrôle, rebaptisant « fasciste » un régime populiste, et « démocrates » les dictateurs.

Ainsi, en juillet 2011, une campagne sourde a commencé à Paris [iv] au moment où le nouveau président guinéen, le politologue Alpha Condé, a failli être abattu à coups de roquettes dans le palais présidentiel de Conakry. Les éditoriaux vertueux de la presse parisienne condamnent-ils l’attaque qui a failli tuer le premier président élu de Guinée? Bien au contraire, ils sont axés sur le refus du nouveau pouvoir d’autoriser la presse guinéenne d’envenimer la situation (l’interdiction a été très vite levée). A croire qu’il y un rapport avec la volonté de M. Condé de renégocier les contrats léonins avec les sociétés étrangères et de se tourner, à son tour, vers la Chine…

Au moment où la crise électorale ivoirienne focalisait l’attention de la « communauté internatinale », M. Blaise Compaoré se succédait à lui-même au Burkina Faso, avec un score de 80 % en novembre 2010, tandis que M. Paul Biya du Cameroun, qui gouverne depuis la Suisse la moitié de l’année, vient d’être « réélu » à Yaoundé après 29 ans de règne (octobre 2011), sans que l’Elysée, l’Union africaine ou la presse occidentale y trouve à redire… Il est vrai que les pseudo-élections des dictateurs à vie sont souvent cautionnées par des juristes ou des hommes politiques complaisants venus de Paris. Ainsi la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a-t-elle vertement tancé, en 2009, le député Jacques Toubon et… le président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et vice-président de la commission des droits de l’homme au Parlement européen, M. Patrick Gaubert, dépêchés sur place pour cautionner le régime du président congolais Denis Sassou N’Guesso ! [v]

Bien sûr tous les « chevaliers blancs » ne sont pas exempts de partialité, y compris les organisations internationales comme Reporter sans frontières (RSF) pour la presse et « Transparency international » pour la corruption. Leurs liens financiers ou politiques avec le département d’Etat américain sont bien connus des spécialistes [vi]. La crise en Cote d’Ivoire a fait toucher du doigt « l’honneur perdu d’ « Human Right Watch », ouvertement financée pour ce pays par la « Fondation Soros » – et menant de manière éhontée campagne sur campagne en faveur de M. Ouattara, identifié comme le défenseur de l’«open society» contre le contestataire Laurent Gbagbo, dès lors voué aux gémonies. Pour ne pas parler des silences d’Amnesty International sur les milliers de morts sudistes du régime Ouattara depuis avril 2011(Plus de 3000 « victimes oubliées »), ou la présence à la FIDH du négationniste Florent Geel qui refusant de dénoncer le millier de morts guérés de Duékoué, ville de l’Ouest ivoirien martyrisée à deux reprises par les milices ethniques pro Ouattara – est dénoncé de manière récurrente par les associations de victimes! L’Histoire jugera-t-elle ceux qui gardent les yeux fermés devant les massacres, qui savent et ne protestent pas? Trafic d’influence et corruption ne sont-ils pas que la conséquence de la doctrine du « pré carré » et du monopole de ses richesses? Ce qui est au fond l’équivalent de la « doctrine Monroe » pour les Etats-Unis sur le continent américain serait au fond soutenable si sa pratique était équitable pour les deux parties et si elle n’était violemment imposée par des interventions armées à répétition: quarante-trois depuis 1960!

Entre violence militaire et mise en condition médiatique le système françafricain subsiste aussi par une perversion continue des institutions démocratiques. Bien évidemment, la corruption ordinaire va bien plus loin que les mallettes de billets qui circulent dans les deux sens [vii] : le financement des campagnes électorales françaises n’est que la contrepartie des pourcentages sur les contrats ou les versements dans les paradis fiscaux sur les ventes de matières premières, en faveur des dirigeants africains.

L’association Sherpa, qui s’est fait une spécialité de la dénonciation des « biens mal acquis » des autocrates africains, a par exemple détaillé, selon une instruction en cours, le patrimoine de la famille Bongo du Gabon: «Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou à sa famille, et 18 autres dont le président congolais et ses proches sont propriétaires. Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M. Bongo lui-même. Son nom est associé à pas moins de 17 propriétés immobilières, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement. A Nice, une propriété est constituée de deux appartements (170 m2 et 100 m2), trois maisons (67,215 m2 et 176 m2) et d’une piscine [viii]»…

Mais les richesses du couple Ouattara sont curieusement des « taches blanches pour Sherpa, cornaquée par Maître William Bourdon, comme si certaines indignations étaient très selectives… Les néoconservateurs français (chiraquisme et sarkosysme ne sont sur ce point que des bushistes néocoloniaux…) ont contribué à adapter un « modèle interventionniste », qui fait se succéder attaques médiatiques puis « humanitaires », enfin diplomatiques: les corps expéditionnaires – où l’ONU est désormais impliquée: l’ONUCI, combien de mort civils en 2011 à Abidjan? – sont bien l’ultima ratio de la Françafrique jettant son masque dans la terreur et sous les bombes! Le continent attend-il trop d’une révolution sur le modèle arabe, qui briserait d’abord le lien ambigu avec l’ancien colonisateur? Sur cette contagion démocratique éventuelle, mettant fin à la Françafrique, la Toile africaine fourmille de théories et de rumeurs: « descente » depuis l’Afrique du Nord de mouvements de libération, aide de démocrates occidentaux via les nouvelles technologies, et plus probablement insurrections de jeunesses urbaines au chômage, alliés à des paysans sans terre et des cadres nationalistes trouvant insupportable le train de vie des nouveaux maîtres. Le risque serait grand alors pour la France – et les ressortissants français, de « perdre l’Afrique » –, et les matières premières convoitées.

C’est sans doute cette inquiétude de se couper de ressources essentielles tout autant que d’alliés historiques qui pousse le gouvernement de M. Hollande à s’ingérer certes avec précaution, dans la crise malienne. L’embrasement du Nord Mali est tout d’abord l’héritage prévisible du reflux des guerriers touaregs de Libye, tandis que l’armement bradé aux factions combattantes permettait aussi aux groupes islamistes de s’étendre. Et certes l’héritage est lourd: à la fin du régime précédent, les stratèges du café de Flore ont été relayés par des machiavels manqués, au Quai d’Orsay ou à la défense qui ont voulu jouer les touaregs pour «liquider Aqmi».

Mais l’intervention militaire prônée par les relais de la Françafrique habituels, rhabillée par le président français aux couleurs de l’Union africaine et de l’ONU aurait , même appuyée par des supplétifs ouest africains le plus grand mal à lutter sur deux fronts: réduire les putschistes de Bamako-qui ont trouvé une certaine base populaire indignée par la corruption de la classe politique, et mettre fin à l’alliance MNLA/Ansar el Dine/Acqmi qui contrôle l’Azawad, ce foyer national touareg qui est aussi le no-man’s-land de djihadistes attirés de loin par ce nouvel « Afghanistan nomade ». Pourtant des responsables politiques civils, comme Ibrahim Boubacar Kéita – leader de l’opposition civile, ou Aminata Traoré – sociologue de renom et ancienne ministre de la culture, mettent en garde contre une intervention qui mettrait à bas la légitimité de l’Etat, comme déjà en Libye ou en Cote d’Ivoire. Déjà affaiblis par une corruption généralisées et des élections de façade, ces Etats déjà fragilisés et appauvris par des décennies d’ajustement n’ont vraiment pas besoin d’une recolonisation armée ! D’autant que poussé par des présidents africains mal élus ou arrivés au pouvoir par des rebellions sanglantes, le gouvernement français semble ne pas se rendre compte d’une extension probable du domaine des luttes sahariennes.

Le Niger et la Mauritanie seraient sans doute les premiers concernés, comme le Nord du Nigéria, le Sud de la Libye et même l’Algérie: après les armes libyennes, veut-on vraiment disséminer indépendantistes touaregs et combattants islamistes ? Se rend on vraiment compte à Paris que devant ces interventions anachroniques – de pareilles interventions militaires britanniques dans leurs anciennes colonies sont impensables!, le système de violence la Francafrique développe une détestation, voire une haine croissante envers la France et ses ressortissants, dont tous pâtissent, jusqu’aux missions humanitaires? L’élection de François Hollande, si elle suscite bien des espérances sur le continent, amènera-t-elle bien rupture et changement, ou une « Françafrique repeinte en rose »?

François Mitterand, et même Nicolas Sarkozy avaient déjà annoncé en leur temps la fin de ce système maffieux: un an après 1981, les chefs d’Etats africains les plus corrompus avaient obtenu la tête de Jean Pierre Cot, tandis qu’en 2008 le président Bongo avait provoqué la chute de Jean Marie Bockel, deux ministres chargés de la Coopération qui se targuaient -autant pour la droite que pour la gauche, de mettre fin à la « Françafrique »! Sans souhaiter à Pascal Canfin, le tout nouveau « ministre du développement », le sort de ses prédécesseurs, si rapidement biodégradables, on peut s’inquiéter des amitiés africaines des hiérarques du P.S. (illustrées par la visite au Gabon, en janvier dernier, de Laurent Fabius…)

Le temps où une réelle rupture est possible risque d’être bref et demande des décisions courageuses – comme le retrait des forces militaires françaises, ou la répudiation publique des dictatures. Le nouveau régime va-t-il, selon son slogan, décider le changement maintenant… ou jamais? Révolutions africaines à venir ou non, les vraies ruptures et les changements efficaces viendront certainement du continent lui-même: il n’y aurait qu’un mot à dire à Paris pour les encourager et provoquer des évolutions majeures.


Michel Galy

Politologue, Paris.


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[i] François Kéou Tiani, Le Franc Cfa, La Zone Franc Et L’Euro, l’Harmattan, Paris, 2002.

[ii] Lettre du 15 juillet 1960 de M. Debré, citée par Albert Bourgi : « La crise globale et l’Afrique : quels changements ? », colloque de la fondation Gabriel Péri à Dakar les 18 et 19 mai 2010.

[iii] Respectivement avec des capitaux étatiques du Gabon et de Guinée équatoriale.
[iv] Cf. par exemple : « Guinée: sévère rappel à l’ordre de la France au président Alpha Condé » , L’Express, 28 juillet 2011.

[v] « Congo-Brazzaville, que cherche Patrick Gaubert ?», communiqué de la FIDH du 3 mars 2005.

[vi] Voir pour Transparency International : Une ONG contestée, par Pierre Abramovici, Monde diplomatique, novembre 2000 ; pour RSF : Financements sans frontières, Monde diplomatique, Hernando Calvo Ospina, juillet 2007.

[vii] Lire Pierre Péan, La République des mallettes, Fayard, Paris, 2011.

[viii] Sherpa, « Restitution des avoirs détournés : Chronique 2009-2010 d’un engagement qui patine », novembre 2010.

1- «Aujourd’hui, c’est l’intervention néo-impériale qui est l’instrument utilisé pour «contenir» les pays qui peuvent fuir le contrôle du système capitaliste mondial» Gian Paolo Chalchi Novati, L’héritage de la colonisation, in « les défis de l’Etat en Afrique », Michel Galy et Elena Sanella eds., l’Harmattan, 2007.

2 - Dont on peut trouver une curieuse analyse, idéaliste, in : Raymond Aron, « En quête d’une philosophie de la politique étrangère », Revue française de science politique, 1953, Volume 3, Numéro 1.


Michel Galy, Politologue, Paris

 

In le quotidien ivoirien «Notre Voie» du 19 septembre 2012.

 

Source: IVORIAN.NET

mardi, 31 juillet 2012

ALASSANE OUATTARA, LE TEMPS DE L'ISOLEMENT DIPLOMATIQUE

 

ALASSANE OUATTARA 5.jpg

 


Au-delà des flonflons de la communication officielle et des images de poignées de main avec les grands de ce monde, il est aujourd’hui évident que le régime d’Alassane Ouattara vient d’entrer dans une nouvelle phase dans son rapport avec ce qu’il est convenu de nommer «la communauté internationale». Très clairement, l’actuel maître d’Abidjan est mis à l’épreuve par les puissances qui l’ont soutenu et ont participé à le hisser sur le trône sur lequel il siège depuis le 11 avril 2011. Le temps des complaisances est fini. Vient celui du doute, de la prise de distance voire de l’isolement.

Alors que tous les regards ivoiriens étaient fixés sur Paris, scrutant avec angoisse les moindres paroles de François Hollande, c’est de New York, le siège des Nations Unies, que sont venus les signes les plus pertinents. Ainsi, le Conseil de sécurité a refusé d’accéder au souhait du régime d’Abidjan de voir maintenus les 10 968 Casques bleus présents sur le sol ivoirien, et a réduit leur nombre à 8 837. Le message est limpide : «Débrouillez-vous pour assurer progressivement les missions régaliennes dévolues à chaque Etat. Nous en avons fait assez pour vous. Prenez vous désormais en main.» En cette époque de crise financière mondiale, le gaspillage de l’argent du contribuable mondial au profit d’un exécutif qui préfère armer des milices ethniques – les Dozos – plutôt que de travailler à la mise en place des conditions d’une paix durable est de plus en plus difficile à admettre.

Une feuille de route impérative du Conseil de sécurité

Vendredi dernier, il s’est passé quelque chose d’assez inhabituel. Lors d’un point de presse, Bert Koenders, le patron de l’ONUCI, a utilisé un ton particulièrement dur pour transmettre «les grands messages du Conseil de sécurité de l’ONU». Des messages qui ont tout l’air d’une feuille de route impérative.

- Le Conseil de sécurité «prie instamment le Gouvernement ivoirien de veiller le plus rapidement possible à ce que, quels que soient leur statut ou leur appartenance politique, tous les auteurs de violations graves des droits de l’homme ou d’atteintes au droit international humanitaire, en particulier celles commises pendant la crise postélectorale en Côte d’Ivoire, soient traduits en justice, comme le lui imposent ses obligations internationales». Haro sur la justice des vainqueurs ! Le régime doit désormais livrer, pour sa survie, ses propres enfants ! Tous aux abris !

- Le Conseil de sécurité prie également le Gouvernement de veiller, le plus rapidement possible, «à ce que tous les détenus soient informés de leur statut en toute transparence et engage le Gouvernement ivoirien à continuer de coopérer avec la Cour pénale internationale». Koenders précise : «Je lance donc un appel au Gouvernement ivoirien à mettre fin à l’impunité». Guillaume Soro et les com’zones ont du souci à se faire ! Ils risquent de payer par leur incarcération le choix de Ouattara d’envoyer Gbagbo à La Haye.

- Le Conseil de sécurité estime qu’il faut en faire plus pour la réconciliation. «Il y a une certaine demande du Conseil de sécurité d’accélérer le processus», commente Koenders. Il faut faire «participer activement les groupes de la société civile», pour «remédier aux causes profondes des crises que connaît la Côte d’Ivoire». Il faut «dégager un large consensus national sur la façon de régler les questions d’identité et de propriété foncière», ce qui signifie que l’Assemblée nationale monopolisée par la coalition au pouvoir n’est pas l’endroit le mieux indiqué pour trancher ce sujet. Le gouvernement doit «ménager un espace politique à l’opposition», en particulier celle qui n’est pas représentée à l’Assemblée nationale. Il doit clarifier ses intentions en matière de DDR, et l’ONUCI doit avoir un droit de regard sur ce chantier.

- Pour les élections locales et régionales, le gouvernement doit favoriser «la représentation politique», c’est-à-dire convaincre l’opposition d’y participer. Il doit faire «les réformes électorales utiles», notamment, on l’imagine, en rééquilibrant la Commission électorale indépendante (CEI). Il doit faire régner la «sécurité» et choisir une «date opportune». La participation de l’opposition représentative, c’est-à-dire le FPI, est clairement un enjeu.

C’est l’ONU qui a accompagné la mascarade électorale qui s’est déroulée lors des dernières législatives, alors que ce qu’elle décrie aujourd’hui était déjà en place ; c’est l’ONU qui s’est félicitée de ce scrutin vicié d’avance ; c’est l’ONU qui reprend aujourd’hui implicitement à son compte les arguments de l’opposition complètement ignorés hier. Ainsi, dans une récente dépêche, IRIN, service de nouvelles dépendant du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA) évoque les «enlèvements», les «arrestations» et les mauvais traitements infligés par les FRCI et les Dozos à des jeunes, notamment ceux qui ont été présentés comme «des mercenaires fomentant un coup d’Etat».«Nous n'avons pas vu la lumière du soleil pendant dix jours. Des hommes armés nous ont attaché les mains et les pieds. Parfois, nous n'avions que de l'eau et des biscuits (…) Lorsque nous sommes arrivés, une dizaine d'autres personnes étaient enfermées dans une autre cellule dans des conditions difficiles (…) Les deux premières fois, j'ai eu de la chance, car j'avais ma carte d'identité professionnelle, mais cette fois-ci, mon nom était associé avec la région de l'ancien président. Les soldats nous ont humiliés. Je ne crois pas à la réconciliation dans notre pays dans les conditions actuelles», témoignent des personnes dont les propos sont repris par la dépêche de l’agence onusienne. N’est-ce pas ce type de récits qu’une partie de la presse ivoirienne, notamment Le Nouveau Courrier, relaie depuis des mois dans l’indifférence internationale ?

Profiter des frémissements en cours pour re-démocratiser le pays

Pourquoi la «communauté internationale» se rebiffe-t-elle aujourd’hui ? Les changements à la tête de l’ONUCI y sont sans doute pour quelque chose. Le temps de Young Jin Choi, qui aurait pu prendre sa carte au RDR tant il roulait pour Ouattara, est passé ; et un certain nombre d’informations remonte jusqu’à New York désormais. Les mauvaises manières du régime, qui s’est défaussé sur l’ONUCI lors du massacre de Nahibly, y sont aussi pour quelque chose. Au sein de la communauté diplomatique d’Abidjan, l’ambassadeur américain, Philip Carter III, a pris ses distances depuis plusieurs mois, même s’il envoie épisodiquement des signaux contraires. La France a désormais «honte» de son «homme à Abidjan», même si des réseaux puissants continuent de le soutenir, y compris et surtout au Quai d’Orsay, où règne le Françafricain Laurent Fabius.

Plus profondément, l’incapacité pratique de Ouattara à stabiliser durablement la Côte d’Ivoire et à servir – comme Félix Houphouët-Boigny hier – d’efficace relais en Afrique de l’Ouest le rend, au fond, presque «inutile». Dans un premier temps, les Occidentaux lui ont donné tous les moyens pour réussir une pacification «à l’ancienne», c’est-à-dire par la terreur puis la fabrication de «l’unité nationale». Mais il n’a réussi qu’à établir un système violent, porteur de risques pour l’avenir proche, garanti par une force armée disparate, illettrée et criminalisée, et qui ne peut survivre en dehors de la présence structurelle de forces internationales mises en situation de soutien à une dictature qui n’est plus si naissante que cela. Intronisé chef de la Françafrique par Nicolas Sarkozy, il n’a pas d’armée et ne peut donc pas fournir de troupes pour aller, par exemple, au Mali – et doit subir les sarcasmes d’un Idriss Déby qui explique très clairement qu’il faut arracher le dossier à la CEDEAO donc au couple ivoiro-burkinabè si l’on veut qu’il envoie ses hommes au combat. Au-delà des aspects «logistiques», Ouattara ne semble pas particulièrement briller par son habileté manœuvrière et sa capacité à trouver des solutions ingénieuses aux problèmes sous-régionaux en dehors d’un bellicisme de mauvais aloi. L’insécurité et la corruption compromettent une véritable reprise économique dans l’ancien poumon de l’Afrique de l’Ouest francophone. «Tout ça pour ça ?», soupirent les chancelleries.

Les mois qui viennent s’annoncent politiquement passionnants en Côte d’Ivoire. Le régime peut-il abandonner sans s’affaiblir profondément la «gouvernance par la violence» décryptée avec talent par le politologue Michel Galy, et qui lui a jusqu’ici si bien réussi ? Alors qu’il est mis au pied du mur par ses alliés internationaux, peut-il s’en sortir par la pratique de la seule politique et de la négociation, qu’il répugne profondément ? Le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), d’abord soudé par une allégeance commune à la France et à la «communauté internationale», survivra-t-il alors que le PDCI se soumet au RDR d’abord et avant tout parce qu’il croit que c’est ce que Paris veut de tout son cœur ?

Alors que des signes montrent qu’une partie de la «communauté internationale» parie désormais sur une normalisation démocratique, n’est-il pas temps qu’une vaste coalition allant des partis politiques aux activistes des droits de l’Homme, en passant par les syndicats et les associations de jeunesse, se mette en place sur la base d’une plateforme minimale de re-démocratisation du pays afin de profiter au maximum des frémissements que l’on peut observer sur l’échiquier diplomatique ? Le débat est ouvert.

 

Théophile Kouamouo

 

SourceLE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 09 mai 2012

UNE AUTRE AFRIQUE EST POSSIBLE!

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Et maintenant ? Passée l'illusion lyrique du soir de la victoire, il devient urgent de réévaluer l'impact de l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement de gauche à Paris sur les relations internationales, particulièrement africaines. Même si l’Afrique, et singulièrement la Cote d'ivoire, n'a pas été citée durant la campagne et durant les débats entre les deux principaux candidats.

Trois écueils me semblent à éviter: celui d'une évaluation de la situation franco-africaine en soi - alors que la politique étrangère est toute d’interdépendance. Celui d'un optimisme excessif - quand l'histoire d'une persistance de la Françafrique à travers les régimes pourrait désespérer les adeptes de l'incantation du changement, maintenant et partout ! Mais aussi celui d'un afropessimisme exagéré, car rien ne sera pire que la présidence précédente, et que de nouveaux acteurs peuvent forcer le destin de l'Afrique.

UNE NOUVELLE POLITIQUE ETRANGERE FRANÇAISE ...

Moins atlantiste, plus progressiste ? Plus européenne, moins africaine ? Plus démocrate, moins françafricaine ? Sans doute, mais encore ?

Un premier constat : celui d'un désengagement progressif, lent et chaotique de l'Afrique - au profit des intérêts européens, d'autant qu'un François Hollande, contrairement à Ségolène Royal n'a pas de passé ni de tropisme africain - non plus que de passif ou de volonté interventionniste, comme son prédécesseur. Et ce désengagement peut être une chance.

En effet, le désengagement en question s'inscrit en principe dans une opposition au courant « néoconservateur » et interventionniste, tant américain que français, qui prétend imposer « la démocratie par les bombes », si ce n'est procéder à des « guerres humanitaires » - en Irak, en Libye, en Côte d'Ivoire, et peut être bientôt en Iran.

Mais que ce soit sur le plan militaire, économique (par exemple la suppression du franc CFA), la diplomatie d'un pays européen se réoriente lentement : le retrait d'Afghanistan, le renouveau d'une relation équilibrée entre Israël et le monde arabe, la redéfinition d'une politique envers les pays du Sud prennent du temps, des années sans doute.

De la retenue, de la neutralité, voire du retrait: voilà ce qu'on peut raisonnablement espérer, sans trop d'illusion, d'un pouvoir socialiste à Paris. Ce que Jospin avait maladroitement baptisé « ni ingérence, ni indifférence », et qui lui avait permis, à la chute de Bédié, de s'opposer à Jacques Chirac – alors que ce dernier aurait voulu - déjà !, faire intervenir pour le pire le 43ème BIMA. Ce qui n'est pas rien. Qui ne voit ce qu'un retrait ou une neutralisation de la Force Licorne permettrait comme évolution à Abidjan ?

... OU UNE FRANÇAFRIQUE REPEINTE EN ROSE ?

Pour autant, l’expérience mitterandienne rappelle, hélas, qu'attendre des socialistes un bouleversement dans les rapports avec l'Afrique participe plus des promesses électorales que des réalités. En 1984, trois ans après la prise de pouvoir de la gauche, l'africaniste Bayard dénonçait « la politique africaine de François Mitterrand » : pour le « noyau dur » francophone africain, les réseaux « à la Foccard » et les liens de sujétion s’étaient maintenus.

Les affaires continuent, certes - et sous Laurent Gbagbo les intérêts des grands groupes français comme Bouygues et Bolloré ont été maintenus, et les structures de dépendance persistent, ou au mieux évoluent lentement. C'est aussi qu'ils sont portés par des hommes : des liaisons sulfureuses existent autour de Hollande;ainsi l'avocat Jean Pierre Mignard et ses fructueux contacts africains ; ou Maître Jean-Paul Benoît, défenseur de Ouattara. La « commission Afrique » du PS est tenue par la droite du Parti, notamment un certain Melonio, employé de son état à l' « Agence française de développement », grande institution progressiste comme on le sait... L'ancien premier ministre Laurent Fabius (ami personnel d'ADO autant que Strauss Kahn) s'il était nommé aux Affaires étrangères terminerait de dresser un tableau très sombre des dérives potentielles des socialistes à venir.

Car nous ne nous y trompons pas : au delà des anecdotes et des individus, c'est une dérive constante, à certains moments de notre histoire, des socialistes les plus droitiers vers le néocolonialisme, voire la répression armée. Le nom de Guy Mollet est attaché à cette politique paradoxale, qui peut tenir un discours progressiste, voire marxisant, et mener une répression féroce comme ce dernier l'a fait en Algérie.

Déjà Laurent Fabius n'a t-il pas fait un voyage exploratoire au Gabon ? Est ce par hasard - et je parle d’expérience, jusqu’à en prendre congé ! - que la « commission Afrique » du PS se refuse à nommer dictature une dictature et à faire une analyse politique des régimes francophones africains ?

DES ALLIANCES TRANSNATIONALES POUR LE CHANGEMENT

Alors, que faire ? Quoi d’autre que de combattre ces forces de l'ombre et de passer des alliances, définition même du politique. Partant des recherches novatrices de Marc Augé, anthropologue des alladian ivoiriens, j'ai proposé une « politologie des mondes contemporains » qui replace les enjeux nationaux ou de relations internationales dans un aller et retour constant entre l'ici et le là bas, entre l'Afrique et l’Europe, la Côte d'Ivoire et la France pour l'exemple.

Oui, il y a des internationalistes et des démocrates français opposés aux réseaux Foccard et à un retour impérial dans la terreur et les massacres, au Sud du Sahara, - comme en avril 2011 à Abidjan, mais aussi dans les 47 interventions armées françaises depuis 1960, sous des prétextes divers et variés !

Non, François Hollande ne sera pas seul à décider : lui aussi, dans la perspective des législatives, doit passer des alliances et prendre des engagements : avec la gauche du PS comme Benoît Hamon. Avec le Front de gauche et Jean-Luc Melenchon, qui ont soutenu la résistance ivoirienne, appelé à la libération des déportés politiques des geôles nordistes et à la dissolution des milices tribales FRCI, condamné l'intervention de la Licorne et de l'ONUCI et l'arrestation par les Forces spéciales françaises du président Laurent Gbagbo.

Et tout cela, après un an, va sortir dans les grands médias français, et devant l'opinion publique africaine : cette vérité politique que l'on nous a trop caché va être révélée - maintenant que les dossiers vont être découverts par le nouveau pouvoir et que l'ancien président ne sera plus là pour travestir les réalités de la guerre franco-ivoirienne.

Quant au pouvoir ivoirien, ce n'est pas par hasard si son éminent représentant nomadise entre hôpital et résidence, entre Mougins et Paris, entre XVIème arrondissement et Élysée. Cette fébrilité n'indique pas seulement une panique certaine devant l’alternance à Paris, ne signifie pas seulement que sa sécurité est plus assurée dans la capitale française que parmi ses compatriotes abidjannais, ni que ses affinités sont plus occidentales qu’africaines.

Car on peut caractériser la relation sarko-outtariste comme un pouvoir hybride, transcontinental, un pouvoir double. Non pas « en double », comme aiment le dire les africains se référant à la sorcellerie (quoique à décrypter les massacres d'avril, on se demande de quel exorcisme relèvent leurs auteurs - faute de justice), mais duel, caractérisé par « l'assimilation réciproque des élites », pour repolitiser une formule politologique à succès.

C'est une des premières choses que la gauche doit faire cesser : un général français à la présidence ivoirienne, un Serey Eiffel grand maître de la coopération, une force Licorne en pleine régression coloniale. Tout cela est aussi dangereux qu'anachronique et devra s’arrêter au plus vite.

Au delà, les démocrates africains et occidentaux demanderont des comptes au pouvoir socialiste pour que soient retirés au plus vite les corps expéditionnaires franco-onusiens, que soient jugés les crimes de guerre de quelque bord ou nationalité qu'en soient leurs auteurs.

Que les élections ne soient plus sous tutelle et la « continuation de la guerre par d'autres moyens » - et que des négociations s'engagent sérieusement avec l'opposition, le retour de Laurent Gbagbo et des formes d'union nationale que les intéressés définiront eux mêmes. Que les fauteurs de guerre, comme l'actuel responsable du Burkina, soient arrêtés dans leur déstabilisation de l'Afrique de l'Ouest - si son propre peuple ne se charge pas de l'alternance à Ouagadougou.

En Mai 1981, nous nous souvenons que François Mitterrand n'avait qu'un mot à dire pour encourager les oppositions démocratiques et que tombent les partis uniques et les dictatures africaines : il ne l'a pas dit, et tout a continué.

En Mai 2012, François Hollande n'a qu'un mot à dire, et il n'est pas sûr qu'il le dise. Et ce n'est pas grave : c'est nous tous qui le dirons, au nom des révolutions africaines encore à venir.

 

Michel Galy

 

Lu sur RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

 

Source: Le blog de Delugio

jeudi, 19 avril 2012

LA COTE D’IVOIRE SELON LE «RISQUE PAYS»: UN DEVENIR GEOPOLITIQUE INCERTAIN ET DES INVESTISSEMENTS A DIFFERER

 

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Le régime de monsieur Ouattara, notamment pendant sa visite récente en France et son discours au Medef, assure que dans la «nouvelle Côte d’Ivoire», la guerre est finie et que le «temps béni d’Houphouët-Boigny» est de retour pour les investisseurs extérieurs.

Est-ce si sûr? Procédant par scénarios géopolitiques et projection sur les prochaines échéances, on peut remarquer que l’hypothèse évoquée – de la fin de la violence et de la prospérité retrouvées est quelque peu hasardeuse, et sans doute peu probable si les rapports de force actuels persistent.

Les études de «risque pays», si utiles pour les banques et les industriels, par exemple, s'efforcent au-delà des discours, propagande et alliances immédiates, de discerner à des dates différentes, l'évolution probable d'un régime et d'un pays, pour conseiller les acteurs extérieurs dans leurs investissements, et la note ci-dessous se distingue de la propagande officielle ou de la méthode Coué des milieux d’affaires franco-ivoiriens comme par sa dimension géopolitique, dans la durée.

Endettement et fragilité

La situation actuelle d'un petit pays comme la Côte d'Ivoire en phase de post-conflit dépend en effet fortement des appuis internationaux, pour la dette et la reconstruction du pays, mais aussi pour le développement de projets de coopération et d'investissement privés.

Sa fragile économie détruite par 10 ans de sanctions internationales, aggravées par les destructions des quatre mois de crise dite «postélectorale» est-elle relancée par les massifs investissements extérieurs, comme l'affirme le régime Ouattara? La sécurité des investissements est-elle garantie par un retour à la paix civile et à l'ordre constitutionnel? Quelles sont les alternatives au régime, notamment après le possible changement de majorité à Paris, la complexité de la situation régionale (Mali), le jeu des acteurs ivoiriens eux même?

Les investissements internationaux en question sont tout d'abord des prêts et le niveau d'endettement de la Côte d'ivoire atteint des chiffres record: 4,5milliards d'euros. Il est vrai que l'ambition du régime Ouattara, comme celui de Laurent Gbagbo qui avait préparé cet allègement massif de la dette est d'obtenir dans les 6 mois le point d’achèvement du programme PPTE (Pays pauvres très endettés).

Par contre si son allié géopolitique à Paris, le président Sarkozy, avait l'intention de remettre la dette ivoirienne, il est douteux que l'opinion publique française et les adversaires du locataire de l'Elysée, acceptent un cadeau de 2 milliards d'euros en pleine campagne électorale ou durant la période de transition en cas de victoire de François Hollande.

Si les fondamentaux: café, cacao, pétrole, peuvent rester au même niveau (bien que soumis aux fortes fluctuations des marchés) que sous le régime précédent, du moins si les infrastructures routières et portuaires sont reconstruites, c'est pour des motifs géopolitiques internes et externes que les investisseurs et «développeurs» étrangers sont tentés de s'abstenir tant que la situation ne sera pas éclaircie.

Sociologiquement deux types d'entreprises françaises sont diversement vulnérables aux aléas apolitiques, et ont des politiques d'investissement, de maintien ou de retrait opposées: les grandes entreprises comme Bolloré ou Bouygues qui ont collaboré à tous les régimes et risquent au pire, en cas de changements, de perdre leur monopole; et les Pme françaises, qui représentent un certain archaïsme (50%des emplois formels à Abidjan leur sont dus), bien plus vulnérables devant le chaos et concernées par une ivoirisation de l'économie ou un nationalisme anti-français, dénonçant leur présence comme un reliquat néocolonial.

Violence et insécurité

Paradoxalement, l'insécurité qui préoccupe les investisseurs et l'importante communauté française (environ 7000 français venus de métropole, autant de binationaux) est le fait des forces pro Ouattara, qui dans une certaine mesure restent incontrôlables. A cet égard, le Nord de la Côte d'ivoire (qui reste une zone d'arbitraire, où aucun investisseur sensé ne devrait entreprendre), de 2002 à 2011, a servi de banc d'essai à cette «gouvernance par la violence», le racket et les exactions étendus par les Frci (Forces Républicaines de Côte d’Ivoire, favorables à Ouattara) et dozos (chasseurs traditionnels supplétifs des forces rebelles) à Abidjan et au Sud après avril 2011.

Juridiquement, la situation est celle d'une violation massive et continue des lois constitutionnelles, d'une «justice de vainqueurs» et d'une inquiétante illégalité foncière, jointe à des tensions ethnopolitiques exacerbées, qui augurent mal de l'avenir.

Sans revenir sur le contentieux électoral, le fait que monsieur Ouattara ait été à la fois le candidat et «élu» de l'étranger (ou «candidat étranger», par allusion aux querelles sur sa nationalité d'origine, pour la moitié du pays) contre l'avis du Conseil constitutionnel ivoirien constitue la tare fondamentale de son régime. Un régime qui a vu les forces spéciales françaises arrêter après une série de bombardements le président dans sa résidence, tandis que l'Onuci (force onusienne de maintien de la paix en Côte d’Ivoire) sortant de son rôle et de son mandat, bombardait d'un côté des civils et aidait de l'autre les rebelles.

Le nombre de civils victimes des deux corps expéditionnaires reste inconnu, et au-delà de la Cour Pénale Internationale (CPI) (auprès de qui aucun acteur pro-Ouattara n'a encore été inculpé) de nombreuses actions judiciaires sont en cours, et pourraient empêcher bientôt les dignitaires du nouveau régime de séjourner sans problèmes juridiques en Europe.

Les violations mineures des lois ou de la Constitution sont légion, tandis que le retour à une forte présence de «coopérants» français dans l'administration lui retire encore de son peu de légitimité, (y compris un général à la présidence!). Ainsi la nomination de Guillaume Soro, poursuivi pour crimes de guerre et passible de la CPI, comme président de l'Assemblée nationale n'a pu se faire qu'en violant les dispositions constitutionnelles sur son âge ; l'obligation faite à l'ancien président du conseil constitutionnel monsieur Yao N'dré, de se déjuger, puis de se démettre, comme la nomination de monsieur Wodié, son successeur, est plus digne d'une république bananière que d'un Etat de droit.

Les fraudes multiples du RDR (Rassemblement des républicains), aux législatives de décembre 2011, pour l'emporter sur le Pdci (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire, parti de Henri Konan Bédié) corroborent comme pratiques les accusations de fraude massive au Nord pour les présidentielles, tandis que le retrait du FPI (Front Populaire ivoirien, parti de Gbagbo) transforme l 'Assemblée en «chambre introuvable» à la dévotion de M. Ouattara, obérant une fois de plus sa légitimité.

L'échec de la réconciliation est principalement dû au transfert (déportation pour ses partisans) du président Laurent Gbagbo à La Haye et à l'incarcération sans jugement des élites sudistes, gouvernementales et universitaires (notamment le premier ministre Gilbert Aké N'gbo ou le franco-ivoirien Michel Gbagbo détenu et maltraité pour «fait de parenté»: son père étant l'ancien président Laurent Gbagbo!), dans des camps ou prisons au Nord, au maintien de nombre d'exilés au Ghana et au Libéria; le fait que son président, monsieur Konan Banny, soit très marqué coté RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la paix, coalition qui a amené Ouattara au pouvoir) et que sa «commission» soit sans budget autonome ni autonomie réelle explique techniquement son insuccès.

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Un pays sous tension: la construction d'un «Etat dioula»?

La géopolitique interne de la Côte d'ivoire traduit ce que les observateurs étrangers, notamment les économistes, n'ont pas voulu, avant les élections et après, reconnaître: il s'agit, dans une vie politique marquée par les trois grands «blocs ethno régionaux» d'une victoire du Nord dioula sur le Sud, en particulier le Sud-ouest. Construction de l’État dioula et politique de discrimination positive (dite de «rattrapage ethnique» par monsieur Ouattara) créent de fait une tension extrêmement forte au Sud et dans la capitale (majoritairement acquise électoralement à monsieur Gbagbo), tandis qu'étrangers à cette région, les 30% de nordistes dioula se comportent en pays conquis. De manière bien plus dangereuse, à l'Ouest, les problèmes fonciers redoublent les conflits ethniques et politiques, et plus que la vengeance individuelle ou les plaintes juridiques, le combat des Guérés autochtones contre les migrants dioulas pro-Ouattara est vital pour leur propre survie collective.

Cette situation explosive, déniée par les autorités politiques actuelles, est pourtant relevée par toutes les ONG et «organisations des droits de l'homme» occidentales: devenues minoritaires sur leurs propres terres, les Guérés sont exilés en grande partie au Libéria (65000 sont dans les camps du HCR, beaucoup plus chez leurs «frères» krahn (il s’agit en fait d'un même peuple, séparé par la frontière coloniale).

Bien plus grave encore est l'installation, par les Frci, dozos ou allogènes eux même, de milliers de migrants agricoles burkinabè (et maliens, en augmentation depuis la conquête du Nord de ce pays par les diverses rebellions) sur les rares forêts encore libres (jusqu'aux «bois sacrés» ou forêts classées!).

Bien entendu, aucun investissement ne semble possible dans le grand Ouest, et les grandes plantations d'hévéa, les entreprises forestières, les plantations de café et cacao risquent de faire les frais d'un conflit de plus en plus menaçant dans cette région poudrière.

Géopolitique régionale et internationale

En un an l’évolution régionale de l'Afrique de l'Ouest a connu des éléments déstabilisateurs pour le régime ivoirien, surdéterminés par un possible changement de régime à Paris (J.L. Mélenchon, acteur montant de la gauche française s'est publiquement déclaré contre l'intervention néocoloniale et le «coup d’État franco-onusien» à Abidjan). Jusque-là en phase avec son «parrain français» comme avec ses homologues régionaux du Sénégal ou du Burkina, le président ivoirien risque, en cas d’alternance à Paris d'être lâché par l'Elysée, en butte à un régime sénégalais opposé à celui de son partenaire Wade, tandis que son homologue burkinabé pourrait connaître le sort du président malien.

Dans ce scénario catastrophe pour monsieur Ouattara (ou de l’alternance pour les partisans de monsieur Gbagbo, qui reprennent déjà des thématiques et des slogans anti dictature du type: «Ouattara, dégage!»), l'élection de François Hollande pourrait être, bien au-delà de la Côte d’Ivoire, celui d'un «printemps des peuples» africains, voire des «révolutions africaines» (sur le modèle évidement des révolutions arabes) qui lui serait fatal.

Des scénarios intermédiaires pourraient toutefois s’articuler à cette hypothèse de la chute d'un régime ouattariste assimilé à un exemplaire produit des réseaux françafricains: une négociation avec son opposition, alliée avec une libération de Laurent Gbagbo pourrait aboutir à des changements d'alliances (par exemple par un retournement du PDCI, ou son éclatement), comme l’histoire de la Côte d'Ivoire en a donné nombre d'exemples, à un gouvernement d'union nationale, voire à une «cohabitation à l'ivoirienne»)

Des éléments contingents sont évidemment difficiles à prévoir; si la CPI, qui jusqu'ici n'a inculpé que des acteurs africains en fonction des desiderata des pouvoirs occidentaux ou de leurs affidés, suivait un pouvoir de gauche à Paris, des partisans de M. Ouattara (ou lui-même, comme responsable politique des crimes de guerre), pourraient être concernés: notamment Guillaume Soro et ses comzones (commandants de zone, les chefs militaires de la rébellion), pour crimes de guerre ou actes de génocide, comme les 1000 morts de Duékoué le 29 Mars 2011. Plus encore une «solution biologique» comme en Tunisie (l'expression vient du sort de Bourguiba) ou au Malawi pourrait toucher certains grands acteurs ivoiriens (âgés et en mauvaise santé notoire pour les deux gérontes du RHDP), et leur succession amènerait inéluctablement à une période de troubles.

De la résistance non violente à la guérilla hypothèses de changement politique en Côte d’Ivoire

Dans la perspective d'un changement de régime à Paris, il est probable que la gauche française, comme lorsque Jospin a empêché Jacques Chirac de rétablir par la force Konan Bédié, la «Force Licorne» serait retirée ou neutralisée, ainsi que les «coopérants» militaires ou civils (comme Serey Eiffel) trop liés au régime Ouattara et à la répression de l’opposition ; les 10 000 hommes de l'Onuci, suivant ce scénario, seraient aussi retirés ou verraient leur mandat redéfini, de sorte que les régulations politiques et militaires puissent agir librement.

Il est alors probable que dans l'Ouest , en milieu rural, on assiste à un retour massif des réfugiés Guérés du Liberia et à un reflux du colonat agricole baoulé et dioula du nord de la Côte d'ivoire mais surtout à un retour des migrants sahéliens vers leur pays d’origine, comme le Burkina ou le Mali; si l'on peut souhaiter que cette alternance après un «génocide par substitution» se fasse pacifiquement, de violents troubles ne sont pas à exclure; de même en pays attié, au Nord d'Abidjan ou bété (ethnie d'origine de Laurent Gbagbo à l’Ouest) qui ont été décimées par les FRCI.

De même à Abidjan ou des tueries dans le quartier pro Gbagbo de Yopougon ont été nombreuses d'avril à juin 2011, après le retour possible des exilés du Ghana : ce serait lors la population dioula des quartiers comme Abobo qui seraient dans l'insécurité.

On ne peut exclure ce à quoi se sont toujours refusé les fidèles de Laurent Gbagbo (qui quoiqu'en disent les travestissements médiatiques occidentaux, a toujours privilégié la voie pacifiste et électorale pour la résolution des conflits): un début de guérilla armé, venant notamment de la zone forestière libérienne, ou les Guérés peuvent compter sur l'appui des Krahns du Liberia, peuple frère à la forte tradition guerrière.Les évolutions chaotiques de la dernière décennie se sont faites, notamment à cause de la présence du corps expéditionnaire Licorne, et du caractère pacifique des revendications sudistes, sans prise à partie des communautés occidentales, en particulier française.

Cependant, comme lors de l'exil de 2004, il est probable qu'en cas d'alternance violente à Abidjan, une «exfiltration» des ressortissants soient nécessaire, ce qui concernerait notamment les familles et les employés des nombreuses PME françaises, et les ressortissants dispersés en brousse.

Quant aux conséquences pour les investissements privés, il est évident qu'un lien trop étroit avec les acteurs de l’«Etat dioula» et les dignitaires du régime Ouattara exposerait les entrepreneurs français à de lourdes pertes en cas d’alternance. Certes, selon les options ou sympathies politiques, la bouteille ivoirienne peut aussi bien sembler à moitié pleine (une croissance de 6% en 2012) qu'à moitié vide. Mais il s'agit ici, plus qu'un diagnostic de l’existant, d'une anticipation des possibles: en raison des échéances à venir, on ne peut que conseiller de temporiser des investissements à risques dans un pays qui connaît des retournements de situation rapide, des alternances chaotiques, toujours au bord d'une guerre civile larvée.

Au fond, pour les six prochains mois après les présidentielles françaises, réduire la voilure et se retirer des zones à risques, être prêt à faire partir les familles et retarder les investissements. Le doute ne peut que conduire à la prudence, et pour le reste, comme disent nos voisins anglo-saxons, Wait and see...


Michel Galy

Politologue français.

vendredi, 27 janvier 2012

SCANDALE HUMANITAIRE A PARIS: DEUX VICTIMES AU PS!


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Jean-Pierre Bel, Président socialiste du Sénat français

 

Quand Jean-Pierre Bel et Bertrand Delanoë organisent la réception d'Alassane Ouattara, responsable de crimes de guerre, au Sénat et à la Mairie de Paris.


Que Sarkozy reçoive Ouattara (et ses collaborateurs français et africains) c'est dans l'ordre des choses : liés de longue date, le premier a provoqué un coup d'Etat franco onusien en avril dernier, pour mettre le second au pouvoir, devenu le relais françafricain par excellence ; le retour à l'ordre colonial, malgré la présence de l'armée française et de nombreux coopérants civils et militaires, se fait dans le sang !

Les responsables socialistes savent il réellement qui est Ouattara ? On peut en douter- et on peut espérer que s'ils étaient réellement informés,  petits fours et champagne  soient immédiatement annulés ! Quel responsable de gauche, juste avant les élections, peut se permettre de recevoir un responsable de crimes de guerre, passibles des tribunaux français, internationaux et de la CPI ? A défaut d'éthique, que nos amis socialistes pensent aux centaines de milliers de voix perdues, à s'aligner aveuglement sur les interventions militaires sarkozystes...

L'alliance Ouattara - Soro (son « chef de guerre ») se poursuit depuis 2002, date d'un coup d'Etat manqué , favorisé par la droite française ; on estime à plusieurs milliers de  civils les victimes causées par la violence de la rébellion ouattariste au Nord de la Côte d'ivoire de 2002 à 2010.

Le chiffre souvent cité par M. Ouattara - 3000 victimes de la crise électorale entre décembre 2010 et avril 2011 - omet un élément important: les 2/3 au moins de ces victimes ont été massacrés par ses milices et  ses  partisans !

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Bertrand Delanoë

D'après la Croix Rouge et Amnesty, le crime de guerre ou de génocide de Duékoué - 800 civils hommes, femmes et enfants de cette ville de l'Ouest ivoirien assassinés en 24h, est le fait des FRCI du bon docteur Ouattara.

Mais qui sait à Paris qu'après l'arrestation par les forces spéciales françaises du président Laurent Gbagbo - le 11 Avril 2011- que pendant les trois mois consécutifs, c'est entre 3.000 et 5.000 victimes civiles que déplore le peuple ivoirien ? Tous ont été causés par l'armée de Ouattara, sous sa responsabilité politique ! Les peuples bété, attié, et guéré ont été décimés par cette politique ethnogénocidaire - alors que 300.000 habitants de l'Ouest ont du s'enfuir au Libéria, sous peine de mort. Et aujourd'hui, la violence politique continue, chaque jour, en Côte d'Ivoire...

Que nos brillants élus socialistes, à l'heure des inculpations et de la recherche des complicités ne viennent pas dire : « Nous ne savions pas... ». Toutes ces données sont publiques, même si les médias de droite ou la propagande Ouattariste (y a-t-il vraiment une différence ?) les refusent  avec obstination.

Pendant cette « visite d'Etat », en vous attablant avec des négationnistes sanglants, bon appétit, Messieurs !

Mais peut être que, comme l'argent, le sang n'a pas d'odeur...


Michel Galy, Politolgue, Paris.

vendredi, 25 novembre 2011

LA MISE A MORT DE L'UNIVERSITE IVOIRIENNE

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Pour l'universitaire Michel Galy, l'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara met en danger l'enseignement supérieur en Côte d'Ivoire.

 

Les malheurs de l'université ivoirienne, en passe d'être détruite aujourd'hui, remontent pourtant plus loin: comme pour l'ensemble du pays, la zone rebelle a servi, depuis le coup d'Etat manqué de 2002, de banc d'essai; l'université de Bouaké, dans le fief de la rébellion ouattariste, a en effet été complètement pillée et rendue à ce point inutilisable qu'étudiants et professeurs se sont retrouvés à ...Abidjan, squattant au début amphis et cours du campus de Cocody la nuit ou le dimanche -puis se retrouvant dans de nouveaux locaux construits malgré la guerre civile.

Une dégradation progressive de l'université

Que faire d'autre quand livres, bancs, équipements -jusqu'aux huisseries et métaux de construction ont été volés, pillés ou incendiés? Cette libérianisation de l'université ivoirienne a été appliquée à grande échelle pendant et après le coup d'Etat franco-onusien d'avril 2011.

Tout se passe comme si l'Université ivoirienne, ses professeurs et ses étudiants étaient devenus l'ennemi collectif du nouveau régime; dans une déclaration faite à Lomé, Alassane Ouattara ne vient-il pas d'annoncer la fermeture pour deux ans des établissements publics ivoiriens d'enseignement supérieur! La Côte d'Ivoire, entre maîtres de guerres et technocrates, sera-t-elle le seul pays au monde à avoir détruit sa propre Université?

Le contraste est patent avec le régime précédent qu'on a pu nommer (en référence malicieuse à la III ème république française), la «République des professeurs». De l'historien Laurent Gbagbo à l'économiste Aké N'gbo Gilbert- tous deux en déportation sans inculpation ni jugement à Korhogo et à Bouna, du philosophe Voho Sahi à l'historien Pierre Kipré- en exil quant à eux à Accra, capitale du Ghana, tous ont exercé, revanche sur l'affairisme houphouétiste et «l'idéologie du planteur», des responsabilités politiques; on aura reconnu, dans l'ordre cité, le président et le premier ministre ivoirien, le ministre de la Culture et l'ambassadeur de Côte d'ivoire en France.

Et certes, contrairement aux calomnies, cette république des professeurs et des chercheurs, bien qu'en butte à une rébellion armée aidée par la droite française dans sa prise du pouvoir a bien été, par certains côtés, celle de l'intelligence.

J'en voudrai pour preuve ce formidable effort de réflexion national (et même panafricain) qu'a été en 2010 la commémoration des 50 ans des Indépendance, pauvre indépendance bafouée et humiliée lors du putsch sanglant de 2011! Ce qu'on pourrait nommer, en termes heideggériens, l'auto-affirmation de l'université ivoirienne, s'est notamment traduit par cinq colloques successifs, établissant l'état des lieux, prospectant les futurs possibles, cherchant les voies d'une «seconde indépendance».

Et si c'était cette intelligence collective, critique et rebelle, mais en même temps porteuse des luttes des Indépendances comme des révolutions africaines encore à venir, qu'on a voulu, qu'on veut toujours anéantir?

La France, allié de poids de Ouattara

Car du point de vue géopolitique, un tournant était en cours, vers une pluralité d'acteurs, notamment la Chine- ce qui n'était nullement exclusif avec une collaboration franco ivoirienne soucieuse des intérêts communs et du respect de l'autre; y a-t-il d'ailleurs des dirigeants plus francophones et francophiles par certains côtés que ces professeurs ayant pour la plupart fait leurs études dans les universités françaises, continuant à produire articles et ouvrages avec leurs collègues français- ceux-là même qui les ont abandonnés, reniés et parfois insultés quand ont commencé les temps mauvais de la délégitimation politique et des campagnes médiatiques préalables?

Il y a bien eu, hélas trahison des clercs et forfaiture médiatique! Il faudra bien, un jour, faire l'inventaire des délateurs de la presse et des intellectuels organiques des Services ou du sarkosysme, intoxicant l'opinion publique internationale, jusqu'au monde intellectuel français qui connaissait pourtant les acteurs ivoiriens et, pour certains, le pays...

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Un pays laissé à l'abandon

Le silence des intellectuels, lorsque tombaient les bombes franco onusiennes sur la présidence et la résidence, mais aussi campus et cités, CHU et camps militaires habités par des familles entières, tuant des centaines de civils (dont nombre d'étudiants engagés) semble, depuis avril, assourdissant.

A quoi bon disserter sur les «guerres humanitaires» au Kosovo, en Irak et en Libye- demain en Syrie ou en Iran, rappeler les immenses massacres du «Cameroun» sans voir que le même modèle d'intervention a été mis en œuvre en Cote d'ivoire- et que quelque part la mise à mort de l'université  parachève les massacres?

L'écrivain espagnol Miguel de Unamuno, depuis son université de Salamanque affirmait déjà qu'en entendant les franquistes louer la mort et la fin de l'intelligence («Abajo la inteligencia!», A mort l'intelligence!, osait clamer le général Millan Astray) c'était bien, au-delà du fascisme, le glas de toute civilisation qui se manifestait! Ses paroles de 1936 ne sont-elles pas, encore, prophétiques -pour d'autres temps et d'autres lieux:

«Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous possédez une surabondance de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader. Et pour persuader, il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat».

Que dire des institutions internationales en charge de la Culture, de l'Education ou de la langue? Si des «organisations des droits de l'homme» se sont définitivement discréditées par leur engagement partisan en Côte d'ivoire (cf. le dernier rapport de Human Rights Watch...), si est patent l'honneur perdu de la Cour Pénale Internationale (CPI) dont Jean Ping, président de la commission de l'Union Africaine, a publiquement dénoncé l'instrumentalisation et le rôle de «néocolonialisme judiciaire» (le procureur Ocampo a récemment serré la main, à Abidjan, de criminels de guerre notoires), on attend encore un plaidoyer fort et des actions effectives de l'Unesco, Unicef ou Francophonie, en faveur de l'université d'Abidjan.

Mais ne s'agit-il pas en fait d'une punition collective contre un milieu intellectuel sudiste largement favorable au président Laurent Gbagbo?

Un clivage Nord/Sud de l'enseignement universitaire

Démontrant que le régime Ouattara est plus fragile que sa propagande l'affirme, cette tentative de mise à mort de l'université rencontre pourtant des résistances inattendues; syndicats d'étudiants et de professeurs, partis politiques et journalistes qui commencent à tisser des liens par-delà les frontières.

Le régime, par le biais d'une ministre dont l'incompétence, voire le semi analphabétisme provoque des gorges chaudes à chaque intervention, a cru faire une concession majeure ces jours-ci; après l'annonce depuis Lomé de la fermeture universitaire et des deux «années blanches», on a cru bon d'en excepter l'université de Bouaké et de Korhogo: en somme les ex-rebelles à Abidjan, et les étudiants sudistes en ré-éducation au Nord ?

Il est plus probable que si elle était maintenue, cette surprenante décision se traduirait par une partition de fait du système éducatif, régionalisation et ethnicisation provoquant une «université dioula» (une langue très parlée dans la région) au Nord et ... l'absence de tout enseignement supérieur au Sud!! Double peine pour une capitale qui a voté à 54% pour le candidat Gbagbo, toutes ethnies confondues...

Politique éducative au fond suicidaire pour le régime: exclus par les droits d'inscription d'une université désormais privatisée, que feraient les centaines de milliers d'étudiants désespérés et paupérisés, sans autre issue que la lutte politique et le combat de rue?

Le régime Ouattara qui ferme sa seule université alors qu'il se targuait d'en construire «une par an» s'est lancé dans un projet aussi symbolique que caricatural: enfermer d'un mur d'enceinte le campus de Cocody- plutôt que de le réhabiliter; à grand frais ce «mur de Berlin» (déjà «mur de la honte» pour la débordante inventivité langagière d'Abidjan) pourra peut-être ceinturer l'immense espace universitaire, peut-être le cacher aux nouveaux maîtres; on doute qu'il enferme qui que ce soit, notamment les étudiants et la turbulente jeunesse abidjanaise. Quant à enfermer intelligence universitaire et esprit critique, mur ou pas mur, la tâche semble tout simplement impossible...


Michel Galy, sur Slate Afrique.

 

Source : INDIGNEZ-VOUS HAUT ET FORT

mardi, 04 octobre 2011

MICHEL GALY: POURQUOI OUATTARA ET SORO RISQUENT LA CPI


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Après l'intervention militaire d'Abidjan en avril dernier, l'Onuci, et au-delà le système des Nations unies, ont renoué avec leur pire histoire : ainsi l'Histoire rappelle que l'action du contingent international au Congo a été, en 1960, extrêmement ambigu, notamment en se faisant le relais des intérêts américanos belges, et contribuant à créer la situation qui a livré Patrice Lumumba à ses bourreaux.

Poussant à des élections mal préparées et sans désarmement des rebelles (l'ONUCI a tenu sous le boisseau un rapport interne qui dès fin 2010 dénonçait cette situation) le représentant du secrétaire général de l'Onu en Côte d'Ivoire, M. Choi, a fait plus : proclamant dans une séquence bien réglée par les ambassadeurs de France et des Etats-Unis M. Ouattara élu (au lieu de certifier l'élection comme le prévoyaient les accords de Ouagadougou) depuis son quartier général du Golf, il a monté une sanglante opération militaire pour renverser le régime de Laurent Gbagbo sous les bombes. La « responsabilité de protéger »est bien morte début avril : détournant la résolution 1975 lui permettant de détruire les armes lourdes menaçant les civils, l'ONU est intervenu par des hélicoptères d'assaut en tuant, à l'inverse de son mandat et à l'encontre du droit international, des civils désarmés -quelques centaines ou quelques milliers ? En même temps que la résidence et la présidence, les hélicoptères de M. Choi ont en effet délibérément bombardé des camps habités par des familles de militaires (Agban et Akouédo), un supermarché, une université et un hôpital- puis ont tiré sur des civils proches du président Laurent Gbagbo, qui essayaient de faire autour de lui un bouclier humain, pour protéger leur régime et leur Constitution.

Transformant en cibles vivantes les personnels occidentaux et même africains des agences des Nations unies, cette forfaiture risque d'avoir de très graves conséquences pour l'institution et l'idéal de concorde entre nations égales, qu'elle a autrefois représenté : déjà au Nigeria, le mouvement fondamentaliste Boko Haram s'en est pris violemment aux membres des Nations unies (18 morts à Abuja, fin août dernier), et il est à craindre que ces actes se multiplient.

Crimes de guerres que partagent les militaires français de Licorne, forces spéciales faisant prisonnier un président nommé par son Conseil Constitutionnel en déployant chars et hélicoptères pour participer au même massacre : quand les donneurs d'ordre rendront-ils des comptes ?

Mais ce sont surtout Alassane Ouattara et son chef de guerre, Guillaume Soro, qui pourraient dans l'immédiat relever de la Cour pénale internationale, pour le « massacre d'Abidjan » commis pendant les mois d'avril et mai dans la capitale, l'épuration ethnique en brousse contre les peuples Guéré, Bété et Attié, faisant suite au massacre de Duékoué -plus de mille victimes hommes, femmes et enfants- à tel point que le CICR est sorti de sa neutralité pour condamner implicitement le camp Ouattara pour cet acte qui pourrait être qualifié de génocidaire.

Quelle retenue des chancelleries, des médias et des « organisations des droits de l'homme » devant ces crimes de guerre - et pour certains, de génocide ! Il apparaît que les FRCI pro Ouattara ont exterminé en deux mois plus de 3000 ivoiriens au bas mot, le massacre étant « protégé » par les patrouilles de la force Licorne et de l'ONUCI qui, au lieu de sauvegarder les civils, ont laissé faire - et pourraient logiquement être poursuivis pour cette passivité ou même pour leur complicité.

Les ONG et le CICR n'en sortent pas indemnes : ils ont les chiffres et des morts civils de la « bataille d'Abidjan » (la Croix rouge ivoirienne ayant, par exemple, ramassé les cadavres) et des milliers de morts de la conquête de la capitale ou des colonnes infernales en brousse- et se refusent à les communiquer, renforçant par leur silence la gouvernance Ouattara.

Qu'ils aient ordonné ou échoué à empêcher ces massacres - l'instruction le dirait -, Guillaume Soro et Alassane Ouattara en portent la responsabilité politique- ni plus ni moins que Jean Pierre Bemba ou Charles Taylor dans leurs procès respectifs. Si leur menace perpétuelle est actuellement de déférer Laurent Gbagbo à la CPI, leurs actes les rendent eux aussi passibles du même tribunal : nul doute que cette institution internationale, suspectée et même accusée d'être un relais des intérêts occidentaux et de pratiquer le « deux poids deux mesures »  en Afrique voudra pour une fois équilibrer les inculpations.

Bien plus, depuis 2002, ces deux leaders du RDR et de la rébellion (dont 2011 a démontré la complicité active depuis leur coup d'Etat, en 2002) sont judiciairement comptables du « système de violence continue » qui a livré Bouaké, Korhogo et la partie septentrionale du pays à l'arbitraire total d'une guérilla sans foi ni loi, si ce n'est aux exactions bien pires des Dozos. Combien de milliers de morts (sans doute plus de 8000 cadavres au passif des rebelles !), viols, ou exactions criminelles sont impunis et parfois méconnus ? Leur défèrement éventuel à la CPI sera l'occasion de faire la lumière sur ces violences et de les punir enfin, tout en révélant les bailleurs de fonds, instructeurs et complices occidentaux (et sans doute français !) de la déstabilisation, depuis une décennie, de la Cote d'Ivoire.

Il est cependant une autre voie : devant cet équilibre de la terreur judiciaire, un pas vers la libération des prisonniers et des déportés politiques, une annulation de toute procédure judiciaire permettant leur réintégration dans le jeu politique en vue des législatives de décembre.

Bien sûr, cela suppose aussi que des conditions équitables soient remplies : les partisans de Laurent Gbagbo ont actuellement 3 délégués sur 31 (à la Commission Electorale Indépendante, Ndlr), les mouvements fantômes rebelles en possédant autant ! Présidée par Youssouf Bakayoko par qui le coup d'Etat franco-onusien a été légitimé, cette institution très contestée prévoit de réintégrer des dizaines et peut-être des centaines de milliers d' « électeurs » pro Ouattara sur les listes électorales (sans compter les milliers de sahéliens s'installant dans la « nouvelle Cote d'ivoire », selon eux, le « pays de tous ») : qui peut aller aux élections avec une commission électorale partisane et des listes d'électeurs truquées ?

Et que se passerait-il si l'Elysée cessait d'être un protagoniste et arrêtait de souffler sur les cendres du conflit ? Les élections françaises de 2012 pourraient être l'occasion pour une majorité de gauche de rompre avec le camp du néolibéralisme et de la Françafrique la plus sanglante, ce qu'incarne Alassanne Ouattara. Si l'Occident retirait ses deux contingents militaires, Licorne et Onuci, la régulation du conflit se ferait spontanément- et sans nul doute, pour Abidjan et le Sud, au profit des partisans de Laurent Gbagbo.

Une solution négociée n'est elle pas meilleure que ces perspectives ? Une judiciarisation du conflit, au lieu de conduire à la réconciliation, serait à coup sur le signal du retour à la violence, si ce n'est à la guerre civile.

 

Par Michel Galy


Source : LE GRI-GRI INTERNATIONAL

samedi, 13 août 2011

COTE D'IVOIRE: UNE INFORMATION SOUS INFLUENCE


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Selon le politologue français Michel Galy, les médias occidentaux n'ont pas pris la juste mesure de la crise ivoirienne.


Pour l'Elysée, le Quai d'Orsay et... la presse française, «Laurent Gbagbo doit partir» et «Alassane Ouattara est le président reconnu par la communauté internationale» (en particulier, ces «éléments de langage» officiels sont repris en boucle par RFI). Cette étonnante et suspecte unanimité fait problème et on en vient presque à regretter la presse de combat d'Abidjan, dans laquelle, au moins, le lecteur a le choix entre les polémiques des deux camps «bleus» et «verts»!

Le formatage des esprits

Dans la durée, cet alignement des médias sur les positions officielles a déjà été fortement critiqué, et toujours a posteriori... Ainsi, en 2004, Daniel Schneidermann, réalisant au jour le jour une insolente et indispensable critique des médias (au point qu'il a été licencié de l'émission de télévison Arrêt sur images) ironisait déjà, à propos des massacres de civils ivoiriens (à propos d'une presse française «embarquée», comme en Irak ou en Afghanistan) qu'il fallait trois semaines pour rétablir la vérité, connue sur place, y compris des occidentaux. Pour avoir vu à l'époque des confrères littéralement happés dans les hélicoptères de la force française Licorne vers Bouaké, «retour à 16 heures à l'Ivoire», on peut garantir qu'il ne s'agit pas que de métaphores...

Dans le temps... et l'espace. En ce moment la Libye, hier la Côte d'Ivoire, autrefois l'Irak. Dans l'urgence, les emballements de la presse se déclinent sur trois axes: unanimité politique, ethnocentrisme franco-français, alignement sur des positions militaristes. A vrai dire, ce dernier point résume souvent les précédents: c'est ce que Schneidermann nomme heureusement la «kakisation des esprits», en 2004 comme aujourd'hui!

Pour autant la presse, enfin toute la presse, n'est pas «aux ordres». Pas tous et tout le temps en tout cas. Comment s'explique alors cet alignement, si ce n'est par ces «présupposés» que Pierre Bourdieu opposait aux journalistes dans un débat célèbre et un livre stimulant (Sur la télévision)? Ici et maintenant la «fabrique de l'opinion» formate les esprits, sur la Côte d'Ivoire comme sur d'autres sujets, mais selon des topoï repérables et des processus souvent inconscients. Tout se passe comme si, à un moment donné, le courant dominant produisait un consensus idéologico-médiatique dont il est alors extrêmement difficile de sortir, quitte à ce qu'il vole en éclat quelques mois ou années plus tard, voire s'inverse!

Est-on si loin de 1984? Un social-démocrate devient «un dictateur»; un légaliste forcené se retrouverait pris à son atavisme pour redevenir un «guerrier bété»; ou un libéral du FMI un grand démocrate... Qu'il ait depuis 2002 (comme Foday Sankoh ou Charles Taylor en leur pays) mis la Côte d'Ivoire à feu et à sang par rebelles interposés ne compte pas, ne compte plus. Ces soldats perdus ne sont-ils pas des «rebelles qui sourient», et qu'importe si, dans ces guerres nomades, ce sont littéralement les mêmes qu'à Monrovia ou Freetown. De toute façon, si des exactions et même une violence continue comme «méthode de gouvernement» se produisent au Nord, les journalistes sont au Sud, et dénoncent vertueusement les contre-violences causées par le «coup d'Etat permanent» et la déstabilisation continue. Et alors? «La guerre c'est la paix», comme le savaient déjà les héros d'Orwell -et notre presse française, forcément libre et objective, est bien sûr composée de journalistes héros, intègres et clairvoyants!

Pour La Boétie déjà, l'énigme du pouvoir était non la sujétion au Prince, mais le plaisir, voire le désir des sujets à se soumettre...

Une presse africaniste en question

A l'occasion du printemps arabe, un certain nombre de désinformateurs ont été pris la main dans le sac; patrons d'hebdomadaires «africains», directeurs de «revues» panarabes ont dû reconnaître qu'ils étaient redevables au dictateur Moubarak, à M. Ben Ali -et pas que moralement! Les mêmes ou d'autres écrivent des dossiers systématiquement favorables à M. Ouattara, qui a toujours su traiter les journalistes et les directeurs d'organes de presse -et pas qu'en tenant table ouverte à Paris, Mougins ou Abidjan!

Dans ce contexte de corruption des esprits généralisée se posent des interrogations sur la «presse Rothschild» -pour inverser le stigmate que ses «experts» ont publiquement affiché sur la «presse Bolloré», jugée par eux non pas tant favorable à Laurent Gbagbo que trop tiède dans ses condamnations.

Depuis les années 90, le journaliste Stephen Smith, successivement responsable Afrique à Libération, puis au Monde, a mené une campagne acharnée contre Laurent Gbagbo et en faveur d'Alassane Ouattara. Dénoncé par les intellectuels africains pour ses écrits méprisants, il fut un temps soutenu par des politologues africanistes qui lui ouvrirent leurs colonnes.

Quand, dans un procédé digne d'époques que l'on croyait révolues (procédés typiques de la presse factieuse d'entre deux guerres), on amalgame hommes d'affaires et intellectuels, politiques et militants, pour les dénoncer coram populo, on doit s'attendre à rendre des comptes.

Sans être des admirateurs sans faille de Roland Dumas et de Jacques Vergès, l'un ancien ministre des Affaires étrangères et président du Conseil constitutionnel, l'autre brillant et inlassable avocat «de rupture» depuis la guerre d'Algérie, est-il inadmissible de traiter leur séjour à Abidjan comme «les deux grigous de Gbagbo»? On atteint là des sommets d'une certaine ignominie médiatique... Listes noires et insultes dépassent les bornes de la déontologie ordinaire des journalistes.

Le plus étonnant aujourd'hui: des trois grands quotidiens français, le Figaro est certainement le plus modéré dans son approche du conflit ivoirien.

La rhétorique de la désinformation

La désinformation n'est pas un discours intellectuellement construit: c'est une série de pratiques plus ou moins visibles (plus ou moins conscientes d'ailleurs dans leurs effets de falsification, répétition et mimesis), articulée dans une rhétorique d'inversion ou de déplacement.

On a fait allusion à une «politique de l'information» qui va de la ligne plus ou moins explicite d'un organe de presse, s'inscrivant dans un champ médiatique, dominé à un moment donné par une idéologie consensuelle. Cette politique se décline dans le nombre des articles et leur place, envoi (ou non) d'envoyés spéciaux (et leurs pratiques de terrain), l'acceptation ou le refus de tribunes ou d'entretiens extérieurs, les analyses «maison» des événements culminant dans des éditoriaux parfois signés, souvent courageusement anonymes...

Le recyclage des acteurs, intellectuels ou journalistes étrangers constitue une tactique de choix dans la propagande de masse, à laquelle la blogosphère n'échappe pas; suffit-il, comme Venance Konan par exemple, d'être une «bonne plume» ivoirienne pour pouvoir écrire n'importe quoi (et faire oublier son passé de chantre de l'ivoirité et son militantisme actuel pro-Ouattara)? Loin de tout devoir de réserve (les amis du Prince, réfugiés ou étrangers, n'y sont bien sûr pas tenus!), on peut se permettre ainsi d'user des procédés les plus classiques de l'extrémisme: tribune ignoble sur le physique ou la vie privée du «dictateur» dénoncé; lettre collective dans Le Monde un jour, personnelle dans Libération le lendemain -toujours dans des termes où l'insulte ne cède qu'à l'outrance.

Le sommet a sans doute été atteint en reprochant à Laurent Gbagbo la responsabilité de la guerre urbaine d'Abidjan: tous les observateurs savent que le «commando invisible» d'Abobo vient de la rébellion et de la mouvance Ouattara. Ou encore d'indexer les morts civils de 2000 qui affrontèrent les militaires soutenant le putschiste R. Gueï, se faisant massacrer pour un régime civil et le respect des élections. Ici, l'ironie n'est plus de mise: attribuer les victimes du général Gueï à Laurent Gbagbo est ignoble et digne des procédés de Goebbels: «plus c'est gros, plus ça passe»! Tout comme un quarteron de chercheurs sous influence, ayant en commun de ne pas avoir connu la Côte d'Ivoire depuis dix ans, recyclent l'ivoirité ou attribuent ce faux concept, «l'ethnocratie», à celui qui a un électorat multiethnique! La responsabilité dans ces cas est partagée entre les auteurs et ceux qui laissent passer ces textes: à supposer que la presse se relise, dans quelques années, le rôle des rédactions n'en sortira pas grandi.

Les procédés de désinformation sont légion, et l'ignorance du terrain ne saurait les résumer. Certains sont conscients et servent de marqueur, de repérage dans le champ médiatique: ainsi entendre un «expert» journaliste évoquer sciemment 2004 en déplorant les 10 morts et les 30 blessés de l'armée française à Bouaké sans citer les 60 morts et plus de 1.000 blessés ivoiriens semble significatif. Plus récemment, dans les pseudo débats télévisés (on pense par exemple à un débat de «spécialistes» à 100% ouattaristes: si la conversation manquait de diversité, le forum en ligne était plutôt animé, ayant sans mal remarqué le procédé...), le fait de citer le Conseil constitutionnel ivoirien constitué de pro-Gbagbo (sans d'ailleurs faire référence à l'identique situation française) sans mettre en regard la composition de la CEI à plus des deux tiers pro-Ouattara parait un marqueur évident de partis pris tout à fait voulus.

Les procédés d'inversion, plus scandaleux, ne manquent pas: on se souvient de Jacques Chirac -lui qui a 2004 sur la conscience- traitant Laurent Gbagbo de...  «fasciste»! On a pu récemment entendre des journalistes prendre les commandos d'Abobo pour le «soulèvement du peuple» ou la «désertion de l'armée ivoirienne».

La diabolisation de l'adversaire se fait par calomnies successives, procédant de l'inversion systématique, ou du déplacement victimaire: tactique langagière courante chez les promoteurs de génocide, si l'on en croit les analyses de Jacques Semelin.

Tout ne ressort pas cependant d'une diabolique volonté de désinformation, de la corruption des esprits ou d'une obéissance à des rédactions inféodées: même si cela existe et si l'Afrique, depuis longtemps, a servi de miroir déformant à nos turpitudes. Notons au passage ce que l'on pourrait nommer le «rendement décroissant de l'information», qu'il faudrait approfondir: de la télévision, à la radio et à la presse écrite occidentale, la désinformation régresse, ou se fait moins flagrante; d'autres ont pu travailler bien mieux sur les procédés de «construction» audiovisuelle, qui concernent aussi les réseaux sociaux ou les blogs (comme la fiction, bien écrite et entièrement inventée, du décès de Ouattara au Val-de-Grâce).

Beaucoup vient, au-delà de l'ethos (qui n'est pas qu'une absence d'éthique ou de déontologie!), d'un certain habitus journalistique: pour en avoir partagé quelques épisodes au plus fort des événements de décembre et janvier, on peut assurer de l'intérêt d'une recherche anthropologique sur le journalisme occidental à Abidjan...

Ni presse locale, ni profondeur historique, ni éclairage socioanthropologique: faute de mise en perspective, les journalistes occidentaux interagissent sur le terrain, vivant dans un monde d'autoréférencement. Leur dépendance des «fixeurs» autoproclamés n'en est que plus flagrante, et parfois pitoyable; demi-journalistes, demi-informateurs fonctionnant eux aussi en réseaux (d'ailleurs très majoritairement pro-Ouattara), ces derniers fonctionnent eux aussi en réseaux et jouent un rôle aussi important dans la désinformation que dans l'information.

Il est vrai que le milieu politique ivoirien est préstructuré, dans une inégalité flagrante devant les attentes, collaboration ou refus avec la presse occidentale; globalement tenus pour des ennemis virtuels par le camp Gbagbo -avares de contacts et de données-, les journalistes  venus d'Europe sont accueillis à bras ouverts... et désinformés à proportion par le camp Ouattara... depuis 2002! Ce sont d'ailleurs les supplétifs, on veut bien croire involontaires, de la rébellion: quant au mythe du «smiling rebel» de 2002, lui correspond celui du «commandant du Vent», chef du commando invisible de 2011; et qu'importe si ce sont les mêmes guerriers nomades ayant mis à feu et à sang Liberia, Sierra Leone et Nord de la Côte d'Ivoire, qui s'apprêtent à des massacres de masse à Abidjan et dans le Sud: ce n'est que trop tard que les mêmes s'apercevront que le sourire n'était qu'un rictus complaisant et que le vent d'Abobo ne charriait que l'odeur des cadavres. Aucun mea culpa à attendre de ce que Sartre nommait les «belles âmes», ces idiots utiles de la sanglante Histoire à venir. «On ne savait pas...» diront-ils, comme toujours. Pour autant, à écrire une prose éphémère, faut-il encore qu'elle soit irresponsable?


Michel Galy


Source : SLATE AFRIQUE

mardi, 22 mars 2011

ABIDJAN BRULE-T-IL ? - OUATTARA LECTEUR DE MALAPARTE

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Par Michel Galy, politologue

Qui dirige la guerre civile contre le régime de Laurent Gbagbo ? Peut être faudrait il dire « Guillaume Soro », tant l'option militaire lui reste assignée, dans un jeu de rôle peut être réglé avec son mentor et « président », Alassane Dramane Ouattara, si ce n'est le nouveau « général » Ibrahim Coulibaly, selon la dernière rumeur (ex-garde du corps d'ADO et éphémère leader de la rébellion) ? Ou bien faut il mettre aussi en ligne ONUCI et surtout « Force licorne » ? Tant certaines techniques de guérilla urbaine se trouvent alliées visiblement à cette vieille tradition de la « guerre révolutionnaire » , tout ce savoir pratique sur les émeutes- et comment les réprimer, le contrôle des communautés villageoises- et le perpétuel renseignement, lié - via l'Infanterie de Marine, à la tradition coloniale la plus classique ; considérons donc « Ouattara » comme un emblème, le Signifiant d'un « intellectuel collectif » et voyons comment il applique la théorie à la chose militaire.

 

Alassane Ouattara et la conquête du pouvoir

La phase actuelle de tentative de contrôle d'Abidjan peut être mise en perspective par la longue durée de la conquête du pouvoir par Alassane Ouattara, depuis sa nomination « sous influence »par Félix Houphouët Boigny, en 1990, comme Premier ministre (et gouvernant de fait, les derniers temps, par substitution à un vieux président très affaibli).

Au delà des controverses sur sa nationalité d'origine, il faut bien reconnaître son extériorité culturelle et personnelle au monde politique ivoirien (et à la connaissance en profondeur de ses modes de vie) jusqu'à la fondation du RDR.

A cause du poids minoritaire du « bloc ethnico régional » qui le soutient (« dyoula », ce nouvel ethnonyme contemporain, regroupe les originaires du Nord de la Cote d'Ivoire, principalement Malinkés et Senoufo- mais aussi, et c'est bien le problème fondamental de la nation ivoirienne, les quelques 27% d'étrangers migrants, issus surtout du monde sahélien mandingue), M. Ouattara se trouve devant une alternative constante: soit passer des alliances, soit trouver une voie parallèle d'accéder au pouvoir.

Il adoptera en fait les deux : d'un côté son alliance implicite avec la communauté « dyoula » non ivoirienne (comme les très nombreux ressortissants du Mali et du Burkina : 3 à 4 millions dans le Sud ivoirien) en fait le candidat naturel d'une minorité migrante qui même à la troisième génération ne peut obtenir la nationalité ivoirienne : un changement législatif ou réglementaire les concernant lui donnerait (aux Nordistes en général) une majorité automatique à l'avenir.

En attendant que ces règles de nationalité soient revues (les étrangers ne votant évidemment pas) une alliance interne Ouattara-Bédié (et au-delà électorat dyoula-akan) a été rendue possible par une exclusion progressive du pouvoir et des prébendes du vieux parti , le PDCI RDA. Ce qui peut paraître une erreur stratégique majeure de la part de M. Gbagbo et de son parti, le FPI, était basé sur une analyse classiciste de la société ivoirienne. Analyse juste dans la capitale (où la population nordiste, toutes nationalités confondues, représente au moins 50 % de la population et le bloc akan- dont les baoulé, environ 20%), erronée dans les campagnes (où les akan et les dyoula ont voté sur des bases très ethnicistes) d'après les résultats des dernières élections de décembre 2010. Si on considère en effet que chacun des trois grands « blocs ethnico- régionaux » contrôle environ 1/3 de la population (et de l'électorat), seule une alliance bloc krou-bloc akan(en somme les « sudistes ») pouvait empêcher l'hégémonie d'ADO et du bloc « dyoula » - alors que en septembre 2002, devant l'invasion rebelle, l'union sacrée des sudistes ralliait bété et baoulé, FPI et PDCI autour des institutions républicaines - et implicitement contre Ouattara et son parti, le RDR.

Le pari risqué du Fpi et les alliances du Rdr

Le FPI, malgré les analyses politiques de terrain, a fait pour les dernières élections (malgré les avertissements des sociologues connaisseurs du « pays réel ») le pari risqué  d'une nouvelle Côte d'ivoire débarrassée du « joug ethnique » qui serait remplacé autour de Laurent Gbagbo, à la fois par un pouvoir charismatique amplifié par les médias d'Etat et à ses côtés par une alliance interclassiciste et « progressiste ».

La tactique classique des « technologies électorales à l'ivoirienne »  du parti présidentiel, a aussi échoué : malgré les traditions bien houphouétistes des cadeaux préélectoraux, de la conquête des populations par le ralliement (souvent intéressé !) des leaders. Le « réflexe légitimiste » autour du président en place n'a pas non plus fonctionné, tandis que l'analyse politologique appliquée en termes de néopatrimonialisme, voire de caciquisme local (chaque notable drainant sa « clientèle » , qui n'est pas qu' électorale) a échoué pour l'électorat baoulé et dyoula : la conquête à la marge de l'électorat Pdci (et singulièrement baoulé) s'est traduite par des cooptations individuelles, des rachats de notables , des mesures de développement ponctuelles (du genre des sous préfectures multipliées sans nécessité administrative), des tentatives de casser l'unité du parti d'Henri Konan Bédié, des mesures symboliques fortes - comme le maintien artificiel de Yamoussoukro comme capitale politique - tout cela en vain !

La politique d'Alassanne Ouattara, de son coté, a été bel et bien inverse : ralliement de M. Konan Bédié et du PDCI, alliance depuis 2002 avec la diplomatie française (et plus généralement appui sur ses réseaux internationaux personnels, notamment ceux du FMI) et la presse internationale (en particulier la « presse Rothschild », systématiquement favorable: cf l'étonnante et intrigante filiation Stephen Smith -Hoffnung - Cessou de Libération), qui en fait effectivement le candidat de l'étranger (et non « étranger » - comme s'en est ancrée pourtant la croyance au Sud).

Objectivement, l'étonnant formatage des médias occidentaux et la mise en condition des opinions publiques est le meilleur appui du leader du RDR à l'étranger, et si l'on suit les analyses gramsciennes, le préalable idéologique aux appuis politiques, puis militaires - ce qu'a longtemps sous-estimé le régime de Laurent Gbagbo, faisant à l'inverse le choix d'un repli sur la scène nationale.

Les solidarités ethniques et les « technologies électorales » ont fait le reste : en décembre, l'électorat baoulé et plus généralement akan a voté Konan Bédié comme un seul homme, puis - et c'est là le plus étonnant, s'est reporté massivement sur ADO : la persistance de ce que Mémel Foté nommait « destinée manifeste » pour les akan à gouverner[1] avait fait minimiser leur amertume d'être exclus du pouvoir et de ses prébendes. La « gouvernance par la violence »[2] au Nord rendant impossible toute opposition et élection démocratique a été illustrée jusqu'à la caricature par des scores « à la soviétique » portant M. Ouattara à plus de 95% dans certaines localités, éliminant le FPI (ce qui est possible) et même l'électorat PDCI (ce qui est une preuve de fraude, si l'on considère les élections précédentes ) ; par ailleurs les chiffres des électeurs dépassant souvent ceux des habitants, seule la nationalité accordée dans les zones rebelles à des Sahéliens et/ou des fraudes massives peuvent expliquer d'étonnants et univoques résultats.

Un conflit en trois temps

En 2000, la décision pour le moins paradoxale d'ADO de faire voter ses partisans en faveur de la Constitution -prévue pour l'exclure, n'avait qu'un but : empêcher le pays- et les observateurs extérieurs, de réaliser les 30% environ des votes qu'il aurait enregistrés s'il avait été le seul à préconiser le « non ».

Des lors de 2000 jusqu'à aujourd'hui M. Ouattara a développé une stratégie en permanence double : d'extraversion et d'alliances ouvertes à l'intérieur, d'instrumentalisation de l'ethnicité et de conquête militaire de l'autre.

Le premier temps est bien évidemment, en 2002, celui de la conquête du Nord -faute on le sait de conquérir l'ensemble du territoire, objectif initialement prévu.
Pour un observateur sur la longue durée, sa proximité avec les acteurs du coup d'Etat est suffisamment probante pour le lui attribuer avec une forte probabilité, même si les commanditaires extérieurs- à l'exception de M. Compaoré (qui a fourni la « base arrière » du Burkina, des instructeurs, du matériel militaire et peut être des soldats), et les financiers restent mal connus.

Une phase parallèle serait la série des « négociations internationales » où le pouvoir de Laurent Gbagbo a tout cédé, sans contreparties : notamment la composition déséquilibrée de la CEI, la candidature et la nationalité même de M. Ouattara, la composition du corps électoral et l'organisation des élections, la mise sous tutelle rampante du pays loyaliste par les deux corps expéditionnaires: force Licorne et ONUCI. L'extraversion du combat politique a fonctionné à l'avantage d'ADO, avec l'aide de la diplomatie française.

La deuxième phase est elle d'un processus électoral conçu comme la « continuation de la guerre par d'autres moyens », notamment dans la partie Nord occupée par un régime rebelle qui n'est autre que racket, violence arbitraire et élimination de toute opposition.

Or, «  une élection n'a de sens que si elle est approuvée comme mode de régulation politique par tous ceux qui y participent. Autrement dit : pas d'élection sans démocratie instituée, pas de démocratie possible sans Etat installé, et pas d'Etat concevable sans nation construite autour d'un contrat social. On voit bien, par exemple dans le cas ivoirien, que le vrai défi d'une élection est de faire en sorte que la minorité battue tienne son échec pour légitime », affirme le spécialiste Bertrand Badie de l'Institut d'Etudes politiques de Paris, dans un entretien qui pourrait constituer la base d'une analyse théorique de la situation politologique ivoirienne.

Il conclue significativement sur l'échec récent, en réinterprétant pour l'occasion la « formule canonique » de Clausewitz: « En Côte d'Ivoire, l'élection n'apparaissait que comme le prolongement de la guerre intestine amorcée en 2002 en mobilisant d'autres moyens ; on ne s'étonnera pas que les résultats électoraux soient eux aussi le prolongement de la guerre civile par d'autres moyens ».

La cause profonde n'est pas que l'adoption d'une tactique volontariste et militariste, mais d'un échec structurel, toujours d'après Badie du « système de gouvernance mondiale » : d'un interventionnisme sans précédent des Nations Unies qui ont en quelque sorte « pris le pouvoir par le haut » dans la dernière décennie - comme auparavant les institutions de Bretton Woods(dont se réclame M. Ouattara) l'avaient fait dans les « deux décennies perdues du développement », pour toute l'Afrique sub-saharienne, y compris la Cote d'Ivoire.

Allant plus loin, Bertrand Badie pointe l' impossibilité d'organiser des élections libres et représentatives sous contrôle et occupation internationale, si certaines conditions n'ont pas été remplies ;au Mozambique, au Liberia, en Sierra Leone, « au-delà du travail déjà souligné de démilitarisation, un vrai effort de réintégration nationale a été accompli, de renouvellement des administrations rendues plus civiles et davantage plurales, de mise à l'écart des seigneurs de la guerre, souvent, comme en Sierra Leone ou au Liberia, grâce aux tribunaux spéciaux, d'un réel effort de conviction pour que les adversaires d'hier deviennent des partenaires politiques aujourd'hui. Bref, on a à un moment su faire l'effort d'aller vers les sociétés en crise et de leur redonner un minimum de vie et d'intégration. Aujourd'hui, il ne semble rester que des obsessions de puissance ou de micropuissance, une survalorisation du politique et du militaire, c'est-à-dire tout ce qu'il faut pour aboutir à l'échec ».

Erreurs qui discréditent définitivement l'ONU en Cote d'Ivoire, notamment le représentant spécial du secrétaire général, M. Choï : pour le politologue parisien en effet, « il faut bien admettre que les Nations unies se sont placées dans une impasse qui, en l'occurrence, a de multiples facettes. D'abord, l'ONU s'est piégée par excès de confiance : une authentification de résultats électoraux obtenue dans un contexte si tendu aurait dû mobiliser davantage de moyens, plus de temps, et plus de garanties qui auraient ainsi désarmé par avance d'éventuelles contestations. En allant trop vite dans cette œuvre périlleuse de substitution à un souverain national, elle s'oblige maintenant à ne pas se dédire et se place objectivement dans une situation conflictuelle. Les Nations unies perdent une bonne partie de leur légitimité, comme tout médiateur, dès lors qu'elles ne sont pas reconnues comme acteur impartial par les deux partenaires ».[3]

La bataille d'Abidjan

La troisième phase est en effet celle de la « conquête du Sud » et de la « bataille d'Abidjan » qui n'en est qu'un épisode. Les buts et les méthodes de la guérilla urbaine, replacée dans le recommencement d'une guerre civile à outrance sont plus complexes qu'il n'y parait.

Dans le contexte politico-militaire déjà analysé, la « bataille d'Abidjan »s'appuie à la fois sur le Nord et les troupes rebelles, sur le noyau de combattants regroupés à l'hôtel du Golf, mais aussi, indirectement ou directement, sur la force Licorne et l'Onuci (et peut être , mais cela reste à prouver, sur un « commando ECOMOG » formé de militaires de pays CEDEAO, comme le Burkina ou Nigeria, et encore Libéria); et enfin le « milieu » sociétal de la guérilla urbaine semble bien les quartiers « dyoula », nordistes ivoiriens et étrangers mêlés, à savoir Abobo et Anyama, Adjamé et les quartiers mixtes comme Koumassi ou Marcory.

Il s'agit moins d'ailleurs de conquêtes territoriales que de ségrégation et purification ethnique, pour aboutir à des quartiers homogènes, sur le « modèle de Brazzaville », par référence à la guerre au Congo (1997-1999[4]). Elargir la base sociale de la rébellion à partir d'un groupe restreint de combattants : telle parait être la tactique, qui a si bien réussi au Nord, et qui est tentée dans les quartiers « dyoula » d'Abobo et Anyama - puis étendue à d'autres quartiers de la capitale, en s'appuyant notamment, comme en 2002, sur les micro quartiers précaires e t les bidonvilles.

Enfin, et ce but n'est nullement incompatible avec le premier, il s'agit aussi de rendre la capitale littéralement ingouvernable, à la fois pour démontrer l'incapacité du camp Gbagbo à gouverner, faire tomber les couches moyennes et les Akan côté ouattariste, et à terme de provoquer une intervention internationale dans la capitale.

Sur le plan militaire, le « centre de commandement de la République du Golf » coordonne les actions dans la capitale, avec les troupes rebelles du Nord - tout en restant en liaison permanente avec les chancelleries occidentales et les corps expéditionnaires

Le premier assaut frontal contre les sièges des media (RTI) et du pouvoir (Présidence, Primature) ayant échoué dans le sang le 16 décembre, d'autres cibles moins classiques des coups d'Etat sont visées, avec des succès inégaux ; la double stratégie déjà analysée se reproduit : extraversion diplomatique d'un côté, subversion localisée en « tache d'huile » et descente du Nord de l'autre.

Curzio Malaparte conseille en effet dans son célèbre ouvrage sur la «  Technique du coup d'Etat »[5] un mode d'intervention innovant: «  La clé de l'Etat, ce n'est pas l'organisation bureaucratique et politique, mais l'organisation technique, c'est-à-dire les centrales électriques, les chemins de fer, les téléphones, le port, etc. »

On remarquera en effet que le relais de la RTI, opportunément situé à Abobo a été touché dans les combats récents autour de ce quartier rebaptisé « Bagdad », privant le pouvoir de M. Gbagbo de son arme médiatique la plus efficace. Mais depuis l'hôtel du Golf et son contre-gouvernement s'est mis en place une tactique d'étouffement économique qui au-delà de l'infrastructure physique de la Ville, vise à paralyser tous les secteurs, appareils techniques, organisations d'Etat, parfois réels, parfois virtuels - et qui n'est objectivement possible qu'avec l'alliance et la complicité des puissances africaines et occidentales alliées à M. Ouattara.

Effectivement, l'étau se resserre pour les couches urbaines moyennes qui voient arriver leur propre destruction : fin des comptes en banque, des transferts d'argent de la diaspora et de la monnaie, télévision et radios subverties ou supprimées, pénuries multiples (alimentation, essence, gaz, bus, etc)...

C'est que les buts visés sont la paralysie du système bancaire (mise au ban de la Cote d'Ivoire hors de la BCEAO par la CEDEAO ; décision rapide de la BNP et Société générale de fermer leurs filiales ivoiriennes, vraisemblablement sur ordre), du système d'exportations du café cacao (injonction du gouvernement américain à des multinationales comme Cargill), du réseau diplomatique (reconnaissance d'ambassadeurs parallèles et retrait de l'agrément aux anciens).

Le danger sociétal de la destruction de la Ville elle-même en tant qu'infrastructure : eau, électricité, habitat, transports, est aussi d'abattre tout ce qui fait le quotidien possible - et les conséquences à terme touchent la nature du pouvoir lui-même. On peut se souvenir qu'en Amérique Latine, les pronunciamentos et les dictatures ont provoqué cette même érosion, voire la destruction des classes intermédiaires, et la solution par une dictature militaire à l'ivoirienne et un pouvoir très coercitif n'est pas exclu.

Mais en fait apparaît aussi dans le camp Ouattara une « stratégie nihiliste » (voire terroriste : c'est ainsi qu'une désinformation médiatique classique met en avant la violence effective de la répression, quand la déstabilisation de la capitale est le fait des attaquants) qui à terme est incompatible avec les voies diplomatiques et militaires, même si tactiquement elle semble hâter la victoire. C'est celle de la « terre brûlée » ou au mieux ce que ses adversaires nomment ironiquement « dyoulaisation » du pays, en référence à la destruction de l'Etat et de ses appareils techniques (notamment des infrastructures urbaines), et de la formidable régression structurale de la partie Nord, sous contrôle rebelle.

Cette démarche « destructrice - régressive » correspond à la formule peut être apocryphe que prêtent ses adversaires à M. Ouattara : « La Cote d'Ivoire peut brûler si je ne suis pas président ... »

Extension du domaine de la lutte

La suite de cette troisième étape du conflit, qui dans sa phase élargie, pourrait mener le Sud au bord du génocide, serait celui de l' instrumentalisation des identités ethniques en brousse, et en ville, qui pourrait amener une ethnicisation totale des quartiers et des affrontements à l'arme lourde, suivis de transferts de populations, ce que nous avions d'ailleurs prévu depuis décembre 2010.

Comme au Nord en 2002, la Conquête du Sud prend les civils pour cibles, ou plutôt, en dehors d'Abidjan, comme masse de manœuvre. Le but est moins de tuer que de terroriser. L'armée rebelle, ou « Forces nouvelles » selon l'acronyme de Marcoussis qui tient autant de l' « agit- prop » (comme « forces impartiales » ou  « zone de confiance »...), chasse devant elle les autochtones guéré, la guerre se greffant en partie sur les conflits fonciers qui les opposent aux migrants dyoula- provoquant déjà 50.000 réfugiés au Liberia.

Les forces en présence tiennent compte en effet des populations migrantes, qui comme à Abidjan, servent de « réserve civile », d'asile et d'appui à la progression rebelle, ainsi qu'à sa gouvernance.

Certes électoralement Laurent Gbagbo maîtrise à 54% la capitale, et dans les campagnes du Sud l'autochtonie krou est d'une grande force symbolique. Mais démographiquement les nordistes dyoula représentant environ la moitié de la population de la population d'Abidjan, et autant dans les grandes villes de l'Ouest comme Daloa ou Gagnoa : ce sont sans doute les prochaines cibles pour faire « exploser » la paix civile au Sud- tandis que les attaques entre Duékoué et Toulepleu visent dans l'immédiat une « libérianisation de la guerre » (dans ses formes et dans ses alliances avec les nomades guerriers de ce pays, en attendant Sierra Leone, Guinée, etc.. dans un cycle connu). Et par ailleurs, dans une visée géopolitique constante, la prise du Port de San Pedro, sans lequel le « Ouattaraland » du Nord, enclavé, n'aurait d'autre ressource à terme, pourrait n'avoir pour objectif qu'une réunification avec le Burkina Faso.

Cependant l'offensive rebelle, et son long cortège de violences dans la capitale ou en brousse, a peut être un but plus perver s: provoquer l'intervention internationale que l'état major ouattariste demande de manière récurrente.

Dans cette perspective, des « violences extrêmes » (le modèle rwandais semble inadapté, malgré les massacres envisageables, quand la moitié d'une population est opposée à une autre...), une décision de l'UA, cautionnée par l'ONU, justifierait les positions interventionnistes de la CEDEAO. Sous influence nigériane, une nouvelle ECOMOG deviendrait une nouvelle « faction combattante » comme au Liberia ou en Sierra Leone et viendrait, dans cette hypothèse, de Bouaké.

Feraient-ils la jonction, comme le souhaite le camp Ouattara, avec les forces Licorne et ONUCI ? Ceux ci sont on le sait, dans la capitale, alors que leur mandat est la protection des civils: seraient-ils attirés par exemple dans les combats de l'Ouest, ou assureraient-ils, comme dans la paradoxale alliance autour de la « République du Golf », la coordination d'une force armée multiforme : ECOMOG, Licorne, ONUCI et... Forces rebelles?

Une escalade meurtrière pourrait s'ensuivre, cauchemar des stratèges étrangers : si les partisans civils de Laurent Gbagbo, les corps francs de l'Ouest et les alliés extérieurs comme l'Angola ou l'Afrique du Sud entraient en lice, la Cote d'Ivoire serait finalement à feu et à sang et deviendrait dès lors ingouvernable pour longtemps ! Bien que le modèle rwandais ne soit pas pertinent, celui des violences extrêmes n'est pas exclu : se sentant le « dos à la mer » devant l'offensive dyoula, les sudistes et les partisans de M. Gbagbo dans la capitale pourraient se transformer en contre guérilla ; les partisans occidentaux de M. Ouattara le voient-ils vraiment gouverner sur des monceaux de cadavres, répétant la fameuse formule russe à Varsovie : « l'ordre règne »  dans la capitale ?

Appliquer les règles de Curzio Malaparte semble facile au « commando » pro-Ouattara d'Abobo ; devenir le Bonaparte ivoirien et administrer des ruines serait autrement plus complexe, dans le résistible avènement d'Alassane Ouattara ...

Reste à comprendre la stratégie militaire et politique de Laurent Gbagbo et de ses alliés : ce qui n'est pas « une autre histoire », mais bien, dans une interaction permanente, l'autre versant, l'autre version de la même Histoire.




[1] : MEMEL-FOTE, H., «Un mythe politique des Akan en Côte d'Ivoire : le sens de l'Etat», in : Mondes Akan. Identité et pouvoir en Afrique occidentale, P. VALSECCHI et F. VITI (sous la direction), Paris, L'Harmattan

[2] Cf. Michel Galy, « Politologie d'une rébellion. Une « gouvernance par la violence » au Nord de la Côte d'Ivoire ? », Cultures & Conflits, 65, printemps 2007.

[3] Bertrand Badie, 20 janv. 2011, entretien publié sur Le Monde.fr -

[4] Voir : Patrice Yengo, Dans La Guerre civile du Congo-Brazzaville - 1993-2002 - Chacun aura sa part, Paris, Karthala, 2006.

[5]Curzio Malaparte, Technique du coup d'Etat, Paris, Grasset, 2008.


Source: Le Blog de Théophile Kouamouo

jeudi, 30 décembre 2010

COTE D'IVOIRE: DES INTELLECTUELS CONTRE LE RECOURS A LA FORCE


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Une trentaine d'intellectuels, surtout français et africains, ont appelé mercredi dans une lettre ouverte à "enrayer la menace de guerre" qui pèse sur la Côte d'Ivoire, rejetant toute intervention armée dans ce pays en crise, un mois après l'élection présidentielle.
Ces intellectuels, parmi lesquels le sociologue suisse Jean Ziegler, le politologue français Michel Galy, l'écrivain d'origine camerounaise Calixthe.


Une trentaine d'intellectuels, surtout français et africains, ont appelé mercredi dans une lettre ouverte à "enrayer la menace de guerre" qui pèse sur la Côte d'Ivoire, rejetant toute intervention armée dans ce pays en crise, un mois après l'élection présidentielle.
Ces intellectuels, parmi lesquels le sociologue suisse Jean Ziegler, le politologue français Michel Galy, l'écrivain d'origine camerounaise Calixthe Beyala et l'auteur malienne Aminata Dramane Traoré, se déclarent "profondément convaincus qu'une intervention militaire en Côte d'Ivoire serait de nature à aggraver une situation qui est suffisamment tragique, et plongera à coup sûr le pays et la sous-région dans la tourmente".
Le texte est aussi signé par l'un des plus proches soutiens de Laurent Gbagbo en France, Guy Labertit, ancien délégué pour l'Afrique du PS.
"Les signataires de la présente lettre ouverte en appellent aux opinions publiques de toutes les nations et aux gouvernements de tous les pays épris de démocratie, de paix et de liberté, afin d'enrayer la menace de guerre qui plane sur ce pays", poursuivent-ils.
"L'histoire de l'Afrique de l'Ouest et de la Côte d'Ivoire montre qu'une telle intervention à Abidjan se traduirait par une résistance civile et des actions sanglantes devant une armée d'occupation; puis certainement des massacres urbains entre Ivoiriens et/ou entre Ivoiriens et étrangers", mettent en garde les signataires, qui appellent à une "solution pacifique".


Source: Le Blog de KKJ