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samedi, 11 août 2012

LA COMMISSION D'ENQUETE DE OUATTARA A RENDU SES CONCLUSIONS - LA COMEDIE DE LA LUTTE CONTRE L'IMPUNITE

 

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Du grain à moudre pour la grande machine à «storyteller». En recevant hier les conclusions de sa Commission personnelle d’enquête sur les violations des droits de l’Homme et du droit humanitaire international, Alassane Ouattara a voulu adresser un signal à ses amis occidentaux, qui ne sont en général pas très exigeants avec lui, et qui pourraient bien – espère-t-il – se satisfaire à court terme d’une opération de communication.

L’analyse profonde de la cérémonie organisée hier au Palais présidentiel, qui consacrait la remise à Alassane Ouattara du rapport de la Commission d’enquête sur les graves exactions de la guerre post-électorale, permet d’écarter toute conclusion grandiloquente sur la fin de la logique de l’impunité qui caractérise le régime qui domine sur les Ivoiriens. Des organisations internationales de défense des droits de l’Homme avaient déjà, en amont, critiqué la composition et la méthodologie de la Commission nationale d’enquête (CNE). Dirigée au départ par Matto Loma Cissé, tellement indépendante qu’elle est devenue assez rapidement ministre de la Justice, la CNE est aujourd’hui pilotée par Paulette Badjo, et en son sein siègent des gens exclusivement choisis par Ouattara de manière discrétionnaire. La CNE n’a jamais révélé sa méthodologie, ni pris des mesures particulières pour protéger les victimes qui vivent toujours dans la peur de leurs bourreaux. Qui peut par exemple imaginer qu’à Duékoué l’on peut s’exprimer librement alors que FRCI, Dozos et miliciens burkinabé ont droit de vie et de mort sur les civils, comme le montre la dernière équipée sanglante de Nahibly ? La CNE est-elle allée enquêter dans les camps de réfugiés au Liberia et au Ghana, où se trouvent ceux qui ont fui les meurtriers de leurs parents, notamment dans l’Ouest ? Non. Bien entendu.

Quand un suspect a la haute main sur l'enquête…

La CNE a travaillé de manière très peu transparente, et a rendu ses conclusions dans la plus grande opacité. En général, les Commissions d’enquête rendent leurs conclusions publiques, ce qui permet aux observateurs et aux victimes de se faire une idée du sérieux de leur travail – et ce qui peut contribuer à la réconciliation. La CNE du régime a quant à elle choisi de remettre son texte de manière quasi secrète à Alassane Ouattara. Et de livrer au grand public des chiffres qui participent une fois de plus de la diabolisation du président Laurent Gbagbo, sans se soucier d’être crédibles. En effet, le seul massacre du quartier Carrefour, commis par les forces pro-Ouattara, a fait au bas mot 800 morts, selon les organisations internationales de défense des droits de l’homme. Quelle est la principale «information» qu’on tire de l’opération de propagande d’hier ? «Les pro-Gbagbo ont tué deux fois plus que les pro-Ouattara». Circulez, y a plus rien à voir. Mais d’où sortent les chiffres qui nous sont assenés ? 3 248 morts, dont 1 452 sont le fait  de forces armées pro-Gbagbo, 727 de FRCI pro-Ouattara, 200 de Dozos, etc… Peut-on sérieusement, par exemple, dissocier les Dozos des FRCI ?

De toute façon, même si l’on fait semblant de croire aux chiffres truqués qui nous ont été servis, un débat doit forcément s’ouvrir sur la suite des procédures. Alassane Ouattara, se drapant dans ses oripeaux de défenseur de la veuve et de l’orphelin, a demandé à son Premier ministre Jeannot Ahoussou Kouadio de prendre des «mesures». Quelle crédibilité ces «mesures» peuvent-elles avoir quand on sait qu’elles se prendront sous le contrôle exclusif d’un des belligérants qui est lui-même naturellement suspect, puisqu’il était le chef suprême de troupes qui, nous dit-on, ont tué plusieurs centaines de personnes ? L’on peut aujourd’hui déduire que les forces de Ouattara ont commis, selon Ouattara, le même type d’exactions que celles de son rival. Cela signifie que si l’un est à La Haye, c’est que l’autre pourrait bien l’y rejoindre. Tant que le régime Ouattara aura la haute main sur le processus de justice transitionnelle ou de justice tout court sur les exactions de la guerre post-électorale, l’impunité de certains relèvera de la fatalité.

Une fois de plus, le régime gagne du temps, à travers la mise en scène de ce qu’il faut bien appeler la comédie de la lutte contre l’impunité. Il sera toujours urgent d’attendre des inculpations des pro-Ouattara indexés dans le rapport de la CNE, puisque personne en dehors de leur chef hiérarchique ne connaît leur identité. On tourne en rond. On ruse. On diabolise. On se protège. On ne travaille pas à la réconciliation.


Philippe Brou


Source: LE NOUVEAU COURRIER

vendredi, 10 août 2012

CRISE POST-ELECTORALE: POLEMIQUE SUR LE RAPPORT D'ENQUETE DE LA CNE

 

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A peine est-il disponible que le Rapport de la Commission nationale d'enquête (CNE) fait déjà débat. Le document remis officiellement, le mercredi 8 août 2012, au chef de l'Etat, Alassane Ouattara, doit-il être publié en intégralité dans sa mouture initiale?

 

Telle est la polémique qui semble naître de ce Rapport ; polémique ouverte par un journal américain, le Washington Post. Faut-il le signaler, ce quotidien généraliste très influent aux États-Unis d'Amérique, a été fondé en 1877, et tire à  750.000 exemplaires par jour. Ce journal a notamment révélé le scandale du « Watergate », qui a valu la démission du président américain Richard Nixon, en 1972. Dans son édition en ligne du mercredi 8 août (avec Associated Press, AP), le Washington Post traduit les différentes opinions qui se sont exprimées concernant la mise de ce Rapport à la disposition du grand public.

Deux opinions s'affrontent. D'une part, il s'agit des organisations de défense des droits de l'Homme, dont Human Rights Watch se fait le porte-voix, qui réclament la publication intégrale du Rapport de la Commission nationale d'enquête sur les événements post-électoraux en Côte d'Ivoire (période de référence de la CNE : du 31 octobre 2010 au 15 mai 2011). « Pour garantir la transparence et contribuer à l'éclatement de la vérité au profit des victimes du conflit, le Rapport doit être publié dans son intégralité », a estimé Matts Wells, chercheur pour l'Afrique de l'Ouest pour Human Rights Watch.

En face, des voix officielles du Gouvernement ivoirien, notamment le ministre des Droits de l'Homme et des Libertés Publiques, s'opposent à la publication du rapport intégral. « Le Rapport ne sera pas publié en intégralité. Nous devons prendre en compte la sécurité des témoins. Ce ne sera pas une bonne chose de les exposer à d'éventuelles représailles », s'est justifié Coulibaly Gnénéma Mamadou. Le débat est donc ouvert. Et afin de permettre aux lecteurs de se faire leur propre opinion de cette controverse, nous publions ci-dessous, l'article en question du Washington Post (seulement les trois derniers paragraphes ont été amputés, car n'ayant pas un rapport direct avec le sujet).

 

Anassé Anassé

 

Ci-dessous, l'article publié sur le site Internet du Washington Post, daté du mercredi 08 août 2012 (avec Associated Press, AP) et traduit en français.


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Un rapport détaille les crimes commis par des forces pro-Ouattara durant la crise post-électorale en Côte d'Ivoire

 

ABIDJAN, Côte d'Ivoire (Washington Post, avec Associated Post) – Plusieurs centaines d'éléments des forces fidèles au président (ivoirien) Alassane Ouattara ont commis des crimes, dont des exécutions sommaires et des actes de torture durant les violences consécutives à la récente crise post-électorale (décembre 2010 – mai 2011) dans le pays, selon le Rapport final de la Commission nationale d'enquête (CNE) officiellement remis au président le mercredi (08 août 2012).

Malgré le fait que le rapport (de la CNE) n'a pas encore été publié, son contenu mérite d'être salué par les organisations de défense des droits de l'Homme, qui ont accusé l'administration du président Ouattara de pratiquer une justice à sens unique. Les crimes commis par les forces pro-Ouattara ont été bien documentés aussi bien par les ONG internationales de droits de l'Homme et par les journalistes qui se sont intéressé au conflit (post-électoral ivoirien). Mais en dépit de nombreux rapports détaillant ces violations, après un an de pouvoir du président Ouattara, seul les partisans du président déchu (Gbagbo) ont jusqu'à ce jour été arrêtés.

Mme Paulette Badjo, la présidente de la Commission, a déclaré mercredi que les enquêtes ont révélé que 545 éléments des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), l'armée créée et installée par Ouattara, ont commis des exécutions sommaires, dont 54 actes de torture. A l'opposé, le Commission a découvert que 1.009 éléments des forces pro-Gbagbo ont également commis des exécutions sommaires et 136 cas de torture. Le Rapport documente aussi plusieurs autres crimes, dont des viols et des destructions ou extorsions de biens.

En définitive, plus de 3.000 personnes ont été tuées suite aux violences qui ont éclaté après (...) l'élection présidentielle de novembre 2010 (2nd tour). Laurent Gbagbo (le président sortant, Ndlr) a été arrêté en avril 2011 et transféré à la Cour Pénale internationale à La Haye (en novembre 2011), où il attend l'audience de confirmation des charges de crimes contre l'humanité alléguées contre lui. Depuis lors, plus de 100 partisans de Gbagbo, dont le fils de l'ex-chef de l’État ivoirien et son épouse (Simone Gbagbo), sont détenus en Côte d'Ivoire (…). Pendant ce temps, aucun soldat pro-Ouattara n'a encore fait l'objet de procédure judiciaire, ce que dénoncent certains comme étant une « justice des vainqueurs ».

Des membres du Gouvernement (ivoirien) ont justifié l'absence de poursuites contre les forces pro-Ouattara, par la nécessité de laisser la Commission finir son travail. Mme Badjo a déclaré que la Commission (qu'elle préside) n'a pas de prérogatives judiciaires et n'a pas pour objectif de poursuivre qui que ce soit. « Notre rôle n'est pas d'engager des poursuites judiciaires contre les auteurs de crimes », a-t-elle affirmé. « Notre rôle est d'identifier les auteurs de ces crimes afin que la justice puisse faire son travail ».

Cependant, après la cérémonie de mercredi la ministre déléguée à la Justice, Matto Loma Cissé, a fait savoir que des poursuites pourraient être engagées très rapidement. « Maintenant que les enquêtes sont terminées, nous pouvons faire le lien entre les enquêtes et les poursuites », a-t-elle indiqué. Le président Ouattara s'est encore prononcé en faveur de poursuites contre des présumés criminels des deux camps. « C'est en laissant la justice faire son travail que nous pouvons combattre l'impunité », a-t-il réaffirmé.

L'intégralité du rapport n'a pas été rendu public mercredi, mais le président Ouattara a déclaré que cela sera fait sous peu. Toutefois, dans une récente interview, le ministre (ivoirien) des droits de l'Homme, Gnénéma Coulibaly a précisé que le Rapport ne sera pas mis à la disposition du grand public, sans y apporter de retouches significatives (nouvelle rédaction), en vue de protéger l'identité des personnes qui ont fait des témoignages à la Commission. « Le Rapport ne sera pas publié en intégralité », a-t-il déclaré. « Nous devons prendre en compte la sécurité des témoins. Ce ne sera pas une bonne chose de les exposer à d'éventuelles représailles ».

Matts Wells, Chercheur pour l'Afrique de l'Ouest pour Human Rights Watch, et auteur d'un rapport sur les violences post-électorales (en Côte d'Ivoire), a quant à lui déclaré que le Rapport devrait être mis à la disposition du grand public dans son entièreté, et que cela devrait déboucher sur les poursuites à l'encontre des forces pro-Ouattara. La crédibilité de la Commission sera déterminée par les suites judiciaires qui seront promptement accordées aux crimes commis par les pro-Ouattara, ce qui assurera une justice impartiale – et non une justice à sens unique », a-t-il indiqué. « Pour garantir la transparence et contribuer à l'éclatement de la vérité au profit des victimes du conflit, le Rapport doit être publié dans son intégralité » (…).

 

Traduction réalisée par Anassé Anassé


Source: L'INFODROME.COM