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dimanche, 09 juin 2013

LA BELGIQUE MENE ENCORE LA DANSE AU CONGO

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Patrice Lumumba, libérateur du Congo, assassiné en 1961.


Après avoir vécu 18 ans en Belgique, il m’a paru opportun de me pencher sur son passé colonial qui est peut-être encore son présent. Mes recherches n’en sont qu’à leur début, mais une chose est évidente : les hauts responsables belges se comportent encore comme s’ils tiraient les ficelles au Congo.

 
 
L’hebdomadaire « Marianne » vient de publier les noms de 10 personnes impliquées dans l’assassinat de Patrice Lumumba, le premier des premiers ministres congolais depuis. Cette liste, établie par les membres de la famille Lumumba dans le cadre d’une plainte en justice déposée à Bruxelles il y a deux ans, comporte le nom d’Étienne Davignon, ancien membre de la Commission européenne et membre du groupe de Bilderberg, cercle restreint en faveur de la globalisation des marchés. Davignon travaillait au ministère belge des Affaires étrangères à l’époque de l’assassinat de Lumumba et transmit alors un télégramme recommandant la « mise à l’écart » du premier ministre.
 
Aujourd’hui octogénaire, Davignon reste un lobbyiste de haut vol du milieu des affaires. Sa présence sur la liste établie par les héritiers de Lumumba m’a amené à voir si ses activités commerciales actuelles avaient encore à faire avec le Congo. La réponse est manifestement : oui !
 
Davignon est répertorié par le « Business Week » comme ancien titulaire des fonctions de directeur et vice-président d’Umicore, société minière anciennement connue sous le nom d’Union Minière du Haut-Katanga qui avait entrepris dès le début du vingtième siècle l’exploitation des fabuleuses richesses minérales du Congo. Davignon a aussi d’excellents contacts avec Jean-Luc Dehaene, inusable premier ministre belge, également membre du conseil d’administration d’Umicore.
 
Patrice Lumumba avait eu l’audace de prétendre que les richesses du Congo devraient d’abord bénéficier à ses enfants. C’était en juin 1960. Cinquante-trois ans plus tard, le sous-sol de la province du Katanga est toujours exploité pour le plus grand bénéfice d’Umicore. Il y a de bonnes chances pour que mon smartphone, ou le vôtre si vous en avez un, contienne des minerais d’origine congolaise.

Umicore s’approvisionne en Cobalt auprès des mines et creuseurs du Katanga pour alimenter le marché des batteries, ordinateurs, voitures et produits chimiques. Umicore se targue de détenir avec une autre firme 50 % de marché des produits de base pour les batteries au lithium (une ressource essentielle pour les équipements électroniques).
 
Corporate Knights — une rubrique du Washington Post — qui soutient le capitalisme propre (que voilà un bel oxymoron !) a classé Umicore parmi ses 100 entreprises les plus transparentes pour 2013.

Il faut avoir un certain sens de l’humour pour oser qualifier de transparentes les entreprises actives dans le secteur minier au Congo. Le Fonds Monétaire International, qui ne partage pas ce genre d’humour, a estimé le montant des exportations du Congo en pétrole et minerais pour 2009 à 4.2 milliards de $ US. Le gouvernement de Kinshasa ne percevant que 155 millions de $ US en taxes pour cette année, soit 4 % de la valeur exportée.
 
Cela dans un pays où, comme le relève récemment l’ « Africa Progress Report » publié par Kofi Annan, sévit une des pires malnutritions au monde et où sept millions d’enfants ne sont pas scolarisés. Le Congo est au fond du classement de l’Index du Développement Humain établi par les Nations Unies, il est aussi ravagé par une guerre où le contrôle des richesses minières du Katanga joue un rôle déterminant.

Loin d’être discréditée par son implication dans les tragédies congolaises, l’expertise d’Umicore est volontiers sollicitée. Ainsi, la Commission européenne a adjoint Christian Hagelüken, représentant d’Umicore, à un « groupe d’experts » chargé de garantir l’accès des entrepreneurs aux matières premières. Un rapport de 2010 établi par ce groupe a identifié le cobalt et le tantale congolais comme deux des quatorze éléments critiques essentiels au développement de l’industrie électronique. Ce rapport insistait pour que soient prises des actions en vue d’empêcher les « distorsions commerciales », expression utilisée pour définir l’obligation d’utiliser ces ressources en priorité pour les enfants du Congo, comme le voulait Lumumba, plutôt que pour les utilisateurs de MP3.
 
Inutile de dire à quel point ces « experts » ont fait du battage autour de leur apparent souci de transparence, de développement durable et de protection de l’environnement. Cela mis à part, la détermination des Européens à maintenir le Congo sous contrôle n’a pas changé.
 
Quand la Belgique se résolut à céder son indépendance au Congo à la fin des années cinquante, elle décida aussi de garder la main sur les ressources minières du Katanga. Ce qu’elle fit en encourageant Moïse Tshombe, rival de Lumumba et gouverneur de cette province puis en soutenant la sécession du Katanga du reste du Congo.
 
La demande de Davignon pour la mise à l’écart de Lumumba ressemble furieusement au message de Dwight D. Eisenhower, président des États-Unis, à Allen Dulles, patron de la CIA, suggérant « l’élimination » de Lumumba.
 
En 1884, l’Amérique fut le premier pays à reconnaître les prétentions de la Belgique sur le Congo. Le déclenchement de ce processus entraîna, selon l’anthropologue spécialiste de l’Afrique Centrale, Jan Vansina, l’extermination d’une bonne moitié de la population congolaise entre 1884 et 1920. Cela signifie que 10 millions de vies furent supprimées sous le règne de Léopold II, souverain de l’état du Congo, et pendant les dix années qui suivirent.
 
Le livre « Congo » de David Van Reybrouck, récemment paru, montre comment le géant de l’agroalimentaire UNILEVER s’est développé à partir de l’exploitation de l’huile de palme congolaise. Des fortunes colossales se sont constituées au détriment des populations congolaises. Si la Belgique s’est excusée il y a une dizaine d’années pour son rôle dans l’assassinat de Lumumba, elle ne s’est jamais épanchée sur les souffrances infligées aux Congolais. Elle ne risque guère de le faire aussi longtemps que des Belges affairistes continuent à s’enrichir en pillant allègrement les ressources du Congo.
 
 
*Le livre de David Cronin « Corporate Europe : “How big business sets policies on food, climate and war” sera publié en août chez Pluto Press (www.plutobooks.com). Une version de cet article a été publiée récemment par New Europe (www.neurope.eu)


David Cronin
 

Traduit par Oscar Grosjean, à la demande d’Investig’action.
 
 

vendredi, 03 février 2012

BOMBARDEMENTS DU 11 AVRIL: L’ASSASSINAT DE GBAGBO ETAIT PREVU, VOICI COMMENT LA FRANCE COMPTAIT LE FAIRE



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Sur la crise ivoirienne, il faut le dire, il y à beaucoup à dire et à écrire sur l'attitude partisane de la France de Nicolas Sarkozy. A la vérité, ce monsieur a beau se donner bon jeu pour s'offrir une bonne conscience, le monde découvre qu'il fait du faux sur la lagune Ebrié. En réalité dans la crise post-électorale provoquée et orchestrée par la France, l'assassinat du président Laurent Gbagbo était à l'ordre du jour. Pour les conséquences, ce n'était pas important. « On pouvait gérer le reste, le temps que la situation se stabilise ». S'est-on dit dans les rangs de l'Etat major français chargé de mener les opérations de déstabilisation du régime du président Laurent Gbagbo.

Comme au Zaïre, aujourd'hui RDC, Lumumba avait gagné les élections organisées par la puissance coloniale. Mais il n'était pas le choix de la couronne Belge qui voyait en lui, un anarchiste à la solde des communistes. On sait ce qui est arrivé. Lumumba a été assassiné sur ordre des Belges, Américains...En somme des occidentaux qui, plusieurs décennies après, se sont contentés de simples excuses envers le peuple congolais. Mais le mal est déjà fait. Et surtout les énormes richesses de ce pays ont été pillées par l'Europe et les Américains, avec la complicité du roi « Mobutu » qu'ils ont rejeté et humilié par la suite.

C'est en fait ce schéma que Paris a voulu appliquer en Côte d'ivoire, quitte à s'excuser un peu plus tard, auprès du peuple ivoirien.

Pour que cet assassinat passe facilement dans l'opinion internationale, il fallait présenter le président Laurent Gbagbo comme l'horrible dictateur qui ne veut pas quitter le pouvoir après avoir perdu les élections. Dans la presse française, la consigne était donc bien claire ; le dépeindre autant que se peut en noir. Ce qui a été fait, et bien fait. Alain Juppé, le ministre des affaires intimement anti-Gbagbo ne s'est pas empêché de révéler dans la presse hexagonale, « c'est fini pour Gbagbo ». Cette phrase était plein de sens. A quelques jours 11 Avril, les bombardements se sont intensifiés sur la résidence présidentielle de Laurent Gbagbo à Cocody et certains symboles de l'Etat.

Le président ivoirien qui se demande si la Côte d'ivoire est en guerre contre la France, appelle alors l'ambassadeur Jean Marc Simon qui, à Abidjan, répond au nom de l'Elysée. En ce moment les snippers français et les forces rebelles pro-ouattara avaient paradoxalement entouré sa résidence.

C'est vrai que dès le début de cette crise, ce diplomate répétait en privé qu'il ne comprenait pas l'acharnement de son président contre les institutions ivoiriennes. Mais il était dans le coup contre le président Gbagbo. Lorsqu'il l'appelle, il se fait compatissant et lui demande de sortir pour brandir le drapeau blanc. Etait-ce un piège?

Le ministre Tagro Désiré qui était à la résidence avec lui, sort avec le drapeau blanc qu'il brandit. Mais il reçoit vite plusieurs décharges de plombs. Tagro s'écroule sur le champ. Il est très vite ramené dans la résidence. Entre temps, dehors, c'est la joie entre les rebelles pro-ouattara et les snipers français. « Chef, on l'a eu », téléphonent alors quelques uns à la hiérarchie en croyant avoir tué le président Gbagbo. « A l'ambassade de France, juste à côté de la résidence, c'était déjà la joie », révèle un chef de guerre qui a pris part à l'expédition.

Lorsque le président Laurent Gbagbo voit son collaborateur agonisant, il s'écrit, « tout ça à cause du pouvoir ». Il prend alors son téléphone pour appeler Jean Marc Simon. Mais au bout du fil, le diplomate marque d'abord son étonnement avant de lui rire au nez. Ça voulait tout dire.. « il a été étonné que ça ne soit pas Gbagbo, parce que c'est lui qu'il cherchait » fait-on remarquer dans l'entourage du président. Paris venait ainsi de rater son coup...du siècle.

Alors qu'avant ça, la France s'était donné tous les moyens de réussite, en s'offrant les services de certains collaborateurs directs du président ivoirien. C'est ainsi que le Général Touvoly s'est retrouvé à l'ambassade de France, en lâchant son bienfaiteur au dernier moment. Et il n'y est pas allé sans rien. Le général est parti avec la voiture blindée, plus précisément le véhicule de commandement du président Laurent Gbagbo qu'il leur a remis. « La France pensait que le Président allait fuir du palais. C'était une manière de l'empêcher de sortir », confirme un officier de l'armée ivoirienne. « Jusque là, ajoute un autre, je n'arrive pas à m'expliquer le comportement de Touvoly. Parce que ce monsieur doit tout à Gbagbo. C'est lui qui l'a fait. Je me rappelle même qu'il lui a demandé de l'argent pour construire une maison à son père au village. Et Gbagbo lui a donné... ». On ne sait jamais, peut-être qu'il avait peur de la France.


In le quotidien ivoirien "Le Temps" du jeudi 2 février 2012.


Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

mardi, 04 octobre 2011

MICHEL GALY: POURQUOI OUATTARA ET SORO RISQUENT LA CPI


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Après l'intervention militaire d'Abidjan en avril dernier, l'Onuci, et au-delà le système des Nations unies, ont renoué avec leur pire histoire : ainsi l'Histoire rappelle que l'action du contingent international au Congo a été, en 1960, extrêmement ambigu, notamment en se faisant le relais des intérêts américanos belges, et contribuant à créer la situation qui a livré Patrice Lumumba à ses bourreaux.

Poussant à des élections mal préparées et sans désarmement des rebelles (l'ONUCI a tenu sous le boisseau un rapport interne qui dès fin 2010 dénonçait cette situation) le représentant du secrétaire général de l'Onu en Côte d'Ivoire, M. Choi, a fait plus : proclamant dans une séquence bien réglée par les ambassadeurs de France et des Etats-Unis M. Ouattara élu (au lieu de certifier l'élection comme le prévoyaient les accords de Ouagadougou) depuis son quartier général du Golf, il a monté une sanglante opération militaire pour renverser le régime de Laurent Gbagbo sous les bombes. La « responsabilité de protéger »est bien morte début avril : détournant la résolution 1975 lui permettant de détruire les armes lourdes menaçant les civils, l'ONU est intervenu par des hélicoptères d'assaut en tuant, à l'inverse de son mandat et à l'encontre du droit international, des civils désarmés -quelques centaines ou quelques milliers ? En même temps que la résidence et la présidence, les hélicoptères de M. Choi ont en effet délibérément bombardé des camps habités par des familles de militaires (Agban et Akouédo), un supermarché, une université et un hôpital- puis ont tiré sur des civils proches du président Laurent Gbagbo, qui essayaient de faire autour de lui un bouclier humain, pour protéger leur régime et leur Constitution.

Transformant en cibles vivantes les personnels occidentaux et même africains des agences des Nations unies, cette forfaiture risque d'avoir de très graves conséquences pour l'institution et l'idéal de concorde entre nations égales, qu'elle a autrefois représenté : déjà au Nigeria, le mouvement fondamentaliste Boko Haram s'en est pris violemment aux membres des Nations unies (18 morts à Abuja, fin août dernier), et il est à craindre que ces actes se multiplient.

Crimes de guerres que partagent les militaires français de Licorne, forces spéciales faisant prisonnier un président nommé par son Conseil Constitutionnel en déployant chars et hélicoptères pour participer au même massacre : quand les donneurs d'ordre rendront-ils des comptes ?

Mais ce sont surtout Alassane Ouattara et son chef de guerre, Guillaume Soro, qui pourraient dans l'immédiat relever de la Cour pénale internationale, pour le « massacre d'Abidjan » commis pendant les mois d'avril et mai dans la capitale, l'épuration ethnique en brousse contre les peuples Guéré, Bété et Attié, faisant suite au massacre de Duékoué -plus de mille victimes hommes, femmes et enfants- à tel point que le CICR est sorti de sa neutralité pour condamner implicitement le camp Ouattara pour cet acte qui pourrait être qualifié de génocidaire.

Quelle retenue des chancelleries, des médias et des « organisations des droits de l'homme » devant ces crimes de guerre - et pour certains, de génocide ! Il apparaît que les FRCI pro Ouattara ont exterminé en deux mois plus de 3000 ivoiriens au bas mot, le massacre étant « protégé » par les patrouilles de la force Licorne et de l'ONUCI qui, au lieu de sauvegarder les civils, ont laissé faire - et pourraient logiquement être poursuivis pour cette passivité ou même pour leur complicité.

Les ONG et le CICR n'en sortent pas indemnes : ils ont les chiffres et des morts civils de la « bataille d'Abidjan » (la Croix rouge ivoirienne ayant, par exemple, ramassé les cadavres) et des milliers de morts de la conquête de la capitale ou des colonnes infernales en brousse- et se refusent à les communiquer, renforçant par leur silence la gouvernance Ouattara.

Qu'ils aient ordonné ou échoué à empêcher ces massacres - l'instruction le dirait -, Guillaume Soro et Alassane Ouattara en portent la responsabilité politique- ni plus ni moins que Jean Pierre Bemba ou Charles Taylor dans leurs procès respectifs. Si leur menace perpétuelle est actuellement de déférer Laurent Gbagbo à la CPI, leurs actes les rendent eux aussi passibles du même tribunal : nul doute que cette institution internationale, suspectée et même accusée d'être un relais des intérêts occidentaux et de pratiquer le « deux poids deux mesures »  en Afrique voudra pour une fois équilibrer les inculpations.

Bien plus, depuis 2002, ces deux leaders du RDR et de la rébellion (dont 2011 a démontré la complicité active depuis leur coup d'Etat, en 2002) sont judiciairement comptables du « système de violence continue » qui a livré Bouaké, Korhogo et la partie septentrionale du pays à l'arbitraire total d'une guérilla sans foi ni loi, si ce n'est aux exactions bien pires des Dozos. Combien de milliers de morts (sans doute plus de 8000 cadavres au passif des rebelles !), viols, ou exactions criminelles sont impunis et parfois méconnus ? Leur défèrement éventuel à la CPI sera l'occasion de faire la lumière sur ces violences et de les punir enfin, tout en révélant les bailleurs de fonds, instructeurs et complices occidentaux (et sans doute français !) de la déstabilisation, depuis une décennie, de la Cote d'Ivoire.

Il est cependant une autre voie : devant cet équilibre de la terreur judiciaire, un pas vers la libération des prisonniers et des déportés politiques, une annulation de toute procédure judiciaire permettant leur réintégration dans le jeu politique en vue des législatives de décembre.

Bien sûr, cela suppose aussi que des conditions équitables soient remplies : les partisans de Laurent Gbagbo ont actuellement 3 délégués sur 31 (à la Commission Electorale Indépendante, Ndlr), les mouvements fantômes rebelles en possédant autant ! Présidée par Youssouf Bakayoko par qui le coup d'Etat franco-onusien a été légitimé, cette institution très contestée prévoit de réintégrer des dizaines et peut-être des centaines de milliers d' « électeurs » pro Ouattara sur les listes électorales (sans compter les milliers de sahéliens s'installant dans la « nouvelle Cote d'ivoire », selon eux, le « pays de tous ») : qui peut aller aux élections avec une commission électorale partisane et des listes d'électeurs truquées ?

Et que se passerait-il si l'Elysée cessait d'être un protagoniste et arrêtait de souffler sur les cendres du conflit ? Les élections françaises de 2012 pourraient être l'occasion pour une majorité de gauche de rompre avec le camp du néolibéralisme et de la Françafrique la plus sanglante, ce qu'incarne Alassanne Ouattara. Si l'Occident retirait ses deux contingents militaires, Licorne et Onuci, la régulation du conflit se ferait spontanément- et sans nul doute, pour Abidjan et le Sud, au profit des partisans de Laurent Gbagbo.

Une solution négociée n'est elle pas meilleure que ces perspectives ? Une judiciarisation du conflit, au lieu de conduire à la réconciliation, serait à coup sur le signal du retour à la violence, si ce n'est à la guerre civile.

 

Par Michel Galy


Source : LE GRI-GRI INTERNATIONAL

vendredi, 21 janvier 2011

LA MORT DE LAURENT GBAGBO: POUVIONS-NOUS FAIRE AUTREMENT ?


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Il n'est pas question de politique fiction. Il ne s'agit pas non plus de revenir sur le contentieux électoral en Côte d'Ivoire. D'autres l'ont déjà fait ici ou ailleurs. Il est question du sort d'un pays, la Côte d'Ivoire et au-delà d'un continent, l'Afrique.

« A mes enfants que je laisse et que je ne verrai plus, je voudrais dire que l'avenir du Congo est beau. J'attends de vous, comme de tous les Congolais, d'accomplir votre devoir sacré. »

Cette dernière lettre de Patrice Lumumba, écrite dans la province de Katanga, quelques heures avant son exécution, nous parvient cinquante ans plus tard.

Elle nous interpelle, non pas parce que le projet d'assassinat de Lumumba fut rédigé par la Belgique et les Etats-Unis, avec la complicité des Nations unies, mais parce qu'il fut exécuté par des Congolais, des Africains.

L'incapacité des Nations unies à régler les conflits n'est pas nouvelle. Cela s'est vu en Irak et au Rwanda notamment, avec au bout des millions de morts. Que Messieurs Ban Ki Moon et Choi se rassurent, la Côte d'Ivoire, ne leur offrira pas ce triste spectacle.

Etats-Unis d'Afrique vs Afrique de la coopération

Pauvre Afrique, pauvre continent. Plusieurs décennies plus tard, des milliers de kilomètres plus loin, se réécrit le scénario katangais. Un très mauvais polar d'une expédition punitive encouragée pour rétablir la « démocratie » dans ses droits dans un petit pays.

Afrique mon continent, tu ratais à Addis-Abeba en 1963, lors de la création de l'OUA, un tournant décisif. Et au bout de ce virage manqué, des millions de morts.

En effet au moment de la constitution de cette organisation, deux thèses s'affrontent. D'un côté, l'Afrique panafricaine et révolutionnaire des Nkrumah et Jomo Kenyatta, partisans d'une Afrique fédérale, les Etats-Unis d'Afrique. L'Afrique de la rupture avec les anciennes puissances coloniales.

Et de l'autre, l'Afrique des modérés d'Houphouët et Senghor, adeptes d'une confédération dans laquelle devraient s'exprimer la souveraineté des Etats et l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation. L'Afrique de la coopération.

Et si la conférence d'Addis-Abeba a, dans une forme de mixture des deux thèses, adopté les trois principes fondamentaux suivants : l'africanité, la négation du colonialisme et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, la pratique et le temps ont joué en faveur des modérés.

Les mises en garde de Kwamé Nkrumah n'y ont rien changé. Il estimait que si l'Afrique ne parvenait pas rapidement à une véritable unité, les différences et les conflits entraîneraient le continent tout entier dans les filets du néocolonialisme. Avait-il tort ?

L'Afrique se cherche de nouveaux héros

On reproche souvent à notre génération de regarder de façon nostalgique le passé. Autour de nous, il est vrai, les Nkrumah, Senghor, Lumumba, Sankara, Moumié ne sont plus là. En ces temps de disette, l'Afrique se cherche de nouveaux héros. Et hormis Nelson Mandela, les nouveaux mythes africains se font désirer.

Si pour couronner le tout, interdiction est faite de regarder dans le rétroviseur, il ne reste plus que l'écriture d'un présent imparfait, et l'espoir d'un futur commun plus que parfait.

Eluder à Addis-Abeba, 48 ans auparavant, le débat entre révolutionnaires et modérés revient comme un boomerang sur la scène politique ivoirienne et oppose les héritiers d'Houphouët à Laurent Gbagbo. Et espérer voir enfin triompher les thèses de Nkrumah n'est pas faire injure au père de la nation ivoirienne.

Dos au mur, Gbagbo ne peut plus reculer

Gbagbo est ce qu'il est, avec de redoutables qualités mais aussi ses défauts. Le voir ainsi acculé, honni, menacé mais résister, seul face à la puissante communauté internationale, avec autant de courage, suscite en Afrique beaucoup de sympathie et de respect à son égard. Mais ce n'est pas suffisant, Laurent Gbagbo ne peut se contenter d'une forme de « panafricanisme de résistance » ; il doit aller plus loin.

Dos au mur, il ne peut de toute façon plus reculer. L'occasion est belle de solder cet héritage colonial. De renier ses symboles qui pèsent encore sur les frêles épaules des jeunes nations africaines. Et il n'est pas seulement question de la présence militaire française en Afrique.

Gbagbo n'est plus reconnu, par la communauté internationale, comme président de la Côte d'Ivoire ? Il peut devenir le premier président de l'Eburnie. Nkrumah et Sankara l'ont fait avant lui. The Gold Coast est devenu le Ghana, le 6 mars 1957. La Haute-Volta est devenue le Burkina Faso, le 4 août 1984. La Côte d'Ivoire peut devenir l'Eburnie, terre d'ivoire, terre de nos ancêtres.

Il n'a plus la signature à la BCEAO ? Gbagbo peut sortir du franc CFA - franc des anciennes colonies d'Afrique - et s'allier par exemple à ce grand pays voisin le Ghana en vue d'une union monétaire.

Un gouvernement d'union nationale avec Ouattara

Les chantiers qui attendent nos pays, notre continent, sont immenses. Pour cela, avec Ouattara, il doit entamer un dialogue direct ou négocier un gouvernement d'union nationale. Et si un troisième tour est nécessaire pour parvenir enfin à cette réconciliation en Côte d'Ivoire, allons-y sans hésitation. C'est au bout de la nuit que renaissent la lumière et l'espoir.

« Combien de temps passerons-nous à pleurer nos mythes ? Combien de temps devrons-nous encore compter nos morts ? » s'exclamait récemment un ami de la mouvance « houphouétiste ».

Il n'a pas tort mais, sur les bords de la lagune ébrié, s'écrivent l'avenir d'un pays, et peut-être celui d'un continent. Cet avenir ne concerne pas les seuls Ivoiriens, c'est aussi celui des Camerounais, des Gabonais, des Congolais, des Angolais, des Burkinabés, des Sénégalais, de tous les Africains.

« La mort de Lumumba : pouvions-nous faire autrement ? » écrivait le célèbre penseur antillais Frantz Omar Fanon. Il est de notre devoir de faire en sorte que le titre de cette contribution ne soit pas dans cinquante ans à la une d'un quotidien africain. Autrement, notre continent aura encore perdu un demi-siècle dans de stériles querelles intestines.


Par Anicet Djéhoury, Essayiste ivoirien, le 19 janvier 2011.



Source : RUE89

vendredi, 14 janvier 2011

FRANTZ FANON ET LA CRISE IVOIRIENNE

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Je viens d'achever la relecture d'un ouvrage du Dr Frantz Fanon, «Pour la Révolution Africaine», dans lequel je m'étais replongée à l'occasion des fêtes de fin d'année. J'en sors secouée ! Effarée par la pertinence, mais aussi et surtout l'actualité d'un des textes qu'il contient, intitulé «La mort de Lumumba : pouvions-nous faire autrement ?». On a l'impression glaçante que l'immense auteur martiniquais est sorti de sa tombe pour analyser la situation en Cote d'Ivoire. Cela en est presque cauchemardesque. Ah, si seulement Gbagbo s'était souvenu de Fanon ! Si seulement nous rendions l'étude de ce genre de livres et de textes obligatoire dans nos écoles.... Lisez vous-même. Mahalia Nteby.

 

(...) Le grand succès des ennemis de l'Afrique, c'est d'avoir corrompu les Africains eux-mêmes. Il est vrai que ces Africains étaient directement intéressés par le meurtre de Lumumba. Chefs de gouvernements fantoches, au sein d'une indépendance fantoche, confrontés jour après jour à une opposition massive de leurs peuples, ils n'ont pas été longs à se convaincre que l'indépendance réelle du Congo les mettrait personnellement en danger.

Et il y eut d'autres Africains, un peu moins fantoches, mais qui s'effraient dès qu'il est question de désengager l'Afrique de l'Occident. On dirait que ces chefs d'État africains ont toujours peur de se trouver face à l'Afrique. Ceux-là aussi, moins activement, mais consciemment, ont contribué à la détérioration de la situation au Congo. Petit à petit, on se mettait d'accord en Occident qu'il fallait intervenir au Congo, qu'on ne pouvait laisser les choses évoluer à ce rythme.

Petit à petit, l'idée d'une intervention de l'ONU prenait corps. Alors on peut dire aujourd'hui que deux erreurs simultanées ont été commises par les Africains.

Et d'abord par Lumumba quand il sollicita l'intervention de l'ONU. Il ne fallait pas faire appel à l'ONU. L'ONU n'a jamais été capable de régler valablement un seul des problèmes posés à la conscience de l'homme par le colonialisme, et chaque fois qu'elle est intervenue, c'était pour venir concrètement au secours de la puissance colonialiste du pays oppresseur.

Voyez le Cameroun. De quelle paix jouissent les sujets de M. Ahidjo tenus en respect par un corps expéditionnaire français qui, la plupart du temps, a fait ses premières armes en Algérie ? L'ONU a cependant contrôlé l'autodétermination du Cameroun et le gouvernement français y a installé un «exécutif provisoire». Voyez le Vietnam. Voyez le Laos.

Il n'est pas vrai de dire que l'ONU échoue parce que les causes sont difficiles.

En réalité l'ONU est la carte juridique qu'utilisent les intérêts impérialistes quand la carte de la force brute a échoué.

Les partages, les commissions mixtes contrôlées, les mises sous tutelle sont des moyens internationaux de torturer, de briser la volonté d'expression des peuples, de cultiver l'anarchie, le banditisme et la misère.

Car enfin, avant l'arrivée de l'ONU, il n'y avait pas de massacres au Congo. Après les bruits hallucinants propagés à dessein à l'occasion du départ des Belges, on ne comptait qu'une dizaine de morts.
Mais depuis l'arrivée de l'ONU, on a pris l'habitude chaque matin d'apprendre que les Congolais s'entre-massacraient.

On nous dit aujourd'hui que des provocations répétées furent montées par des Belges déguisés en soldats de l'Organisation des Nations Unies. On nous révèle aujourd'hui que des fonctionnaires civils de l'ONU avaient en fait mis en place un nouveau gouvernement le troisième jour de l'investiture de Lumumba. Alors on comprend beauc oup mieux ce que l'on a appelé la violence, la rigidité, la susceptibilité de Lumumba.

Tout montre en fait que Lumumba fut anormalement calme. Les chefs de mission de l'ONU prenaient contact avec les ennemis de Lumumba et avec eux arrêtaient des décisions qui engageaient l'Etat du Congo. Comment un chef de gouvernement doit-il réagir dans ce cas ? Le but recherché et atteint est le suivant : manifester l'absence d'autorité, prouver la carence de l'État.

Donc motiver la mise sous séquestre du Congo.

Le tort de Lumumba a été alors dans un premier temps de croire en l'impartialité amicale de l'ONU. Il oubliait singulièrement que l'ONU dans l'état actuel n'est qu'une assemblée de réserve, mise sur pied par les Grands, pour continuer entre deux conflits armés la "lutte pacifique" pour le partage du monde. Si M. Ileo en août 1960 affirmait à qui voulait l'entendre qu'il fallait pendre Lumumba, si les membres du cabinet Lumumba ne savaient que faire des dollars qui, à partir de cette époque, envahirent Léopoldville, enfin si Mobutu tous les soirs se rendait à Brazzaville pour y faire et y entendre ce que l'on devine mieux aujourd'hui, pourquoi alors s'être tourné avec une telle sincérité, une telle absence de réserve vers l'ONU?

Les Africains devront se souvenir de cette leçon. Si une aide extérieure nous est nécessaire, appelons nos amis. Eux seuls peuvent réellement et totalement nous aider à réaliser nos objectifs parce que précisément, l'amitié qui nous lie à eux est une amitié de combat.

Mais les pays africains de leur côté, ont commis une faute en acceptant d'envoyer leurs troupes sous le couvert de l'ONU. En fait, ils admettaient d'être neutralisés et sans s'en douter, permettaient aux autres de travailler.

Il fallait bien sûr envoyer des troupes à Lumumba, mais pas dans le cadre de l'ONU. Directement. De pays ami à pays ami. Les troupes africaines au Congo ont essuyé une défaite morale historique. L'arme au pied, elles ont assisté sans réagir (parce que troupes de l'ONU) à la désagrégation d'un État et d'une nation que l'Afrique entière avait pourtant salués et chantés. Une honte.

Notre tort à nous, Africains, est d'avoir oublié que l'ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas.

Notre tort est d'avoir cru que l'ennemi avait perdu de sa combativité et de sa nocivité. Si Lumumba gêne, Lumumba disparaît. L'hésitation dans le meurtre n'a jamais caractérisé l'impérialisme.

Voyez Ben M'Hidi, voyez Moumié, voyez Lumumba. Notre tort est d'avoir été légèrement confus dans nos démarches. Il est de fait qu'en Afrique, aujourd'hui, les traîtres existent. Il fallait les dénoncer et les combattre. Que cela soit dur après le rêve magnifique d'une Afrique ramassée sur elle-même et soumise aux mêmes exigences d'indépendances véritables ne change rien à la réalité.
Des Africains ont cautionné la politique impérialiste au Congo, ont servi d'intermédiaires, ont cautionné les activités et les singuliers silences de l'ONU au Congo.

Aujourd'hui ils ont peur. Ils rivalisent de tartufferies autour de Lumumba déchiqueté. Ne nous y trompons point, ils expriment la peur de leurs mandants. Les impérialistes eux aussi ont peur. Et ils ont raison car beaucoup d'Africains, beaucoup d'Afro-asiatiques ont compris.

Les impérialistes vont marquer un temps d'arrêt. Ils vont attendre que «l'émotion légitime se calme». Nous devons profiter de ce court répit pour abandonner nos craintives démarches et décider de sauver le Congo et l'Afrique. (...)

Car nul ne connait le nom du prochain Lumumba. Il y a en Afrique une certaine tendance représentée par certains hommes. C'est cette tendance dangereuse pour l'impérialisme qui est en cause. Gardons-nous de jamais l'oublier : c'est notre sort à tous qui se joue au Congo.

Dr Frantz Fanon, "La mort de Lumumba : pouvions-nous faire autrement ?", in Afrique Action, n°19, 20 février 1960, repris dans "Pour la Révolution Africaine" (1964)

 

"J'affirme mon soutien au combat du président Laurent Gbagbo pour une Afrique libre et indépendante."  Guy-Patrice Lumumba (23/12/2010).

 

Source: SAOTI, Le Blog de Mahalia Nteby