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lundi, 03 janvier 2011

QUI EST PEDRO PIRES ?

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Dans sa livraison du jeudi 30 décembre 2010, Le Nouveau Réveil a commis un article « tendancieux » et désobligeant, à l'endroit du Commandant Pedro Pires, président de la République du Cap Vert. Dans un souci d'équité et pour une appréciation correcte des réalités, nous livrons aux lecteurs deux types d'informations. D'abord, quelques éléments de biographie, afin que soit apprécié au mieux le style (sobriété et honnêteté), la démarche (consensus par le dialogue) et la posture (l'objectivité par l'impartialité) du président Pedro Pires. Ensuite, quelques données sur la brillante réussite macro-économique et la remarquable stabilité politique (régime démocratique) de la jeune République du Cap Vert ; double succès universellement reconnu et qui constitue l'arrière-fond historique de l'implication diplomatique du Cap Vert dans la plus grande crise politique que traverse l'Afrique de l'ouest depuis 50 ans, le Cap Vert dont la présence au sein de la délégation augmente, de facto, les chances de succès de la médiation en cours.


Pedro de Verona Rodrigues Pires est né le 29 avril 1934, à São Filipe, commune-capitale de l'île de Fogo, une des dix îles de l'archipel du Cap Vert, de parents aisés. Il se signale, à Lisbonne, comme étudiant en chimie, à la fin des années 50, et, appelé sous le drapeau portugais, il y effectue son service militaire avec rang de sous-officier. Peu après, il déserte (1961), et avec d'autres indépendantistes, fuit la capitale de l'Empire pour rejoindre Amilcar Cabral dans les maquis de la Guinée-Bissau, et participer, ainsi, à la Guerre du peuple, que le grand politologue français Gérard Challiand a qualifié comme « la guerre la plus juste et la plus rationnelle du XXe siècle » et que Polybe eut qualifié de guerre humaniste[1]. Pedro Pires devient commandant de front, mais se fait surtout remarquer par ses qualités de grand diplomate et d'habile négociateur. Amilcar Cabral en tire aussitôt le meilleur usage pour la lutte, au plan diplomatique. Étudiant, militaire, puis « militant armé » (comme Cabral définissait les membres de son parti engagé au front) et diplomate, Pedro Pires foulera le sol ivoirien en 1963-64, en mission clandestine à Abidjan et logera dans un hôtel situé sur l'actuel Bd Giscard d'Estaing non loin du Palais des Sports. C'est à lui que Cabral confiera la délicate tâche de préparer le déclenchement de la lutte armée dans les Îles du Cap Vert. Le projet ne vit pas le jour, en raison des conditions spécifiques de l'archipel. En tous les cas, au terme des succès militaires et diplomatiques du PAIGC[2], il sera désigné chef de la délégation du PAIGC habilité à aller conclure, avec la nouvelle deuxième République portugaise née du coup d'Etat du 25 avril 1974 (Révolution des Œillets), le fameux « Accord d'Alger » (26 août 1974) qui reconnaît l'Indépendance (de fait) de la Guinée-Bissau et l'Autodétermination du Cap Vert, sous l'égide exclusive du PAIGC. Pedro Pires sera le « premier » Premier ministre du Cap vert, de 1975 (proclamation de l'indépendance, le 5 juillet) à janvier 1991 (première alternance démocratique au Cap Vert en pleine Guerre du Golf) et deviendra alors membre de l'opposition, jusqu'aux élections présidentielles de Mars 2001 qui le désigneront président de la République, fonction qu'il occupe depuis et quittera bientôt (2011), après un second quinquennat (mandat).

Beaucoup l'ignorent, mais au 18ème siècle, l'autorité ecclésiale du Cap Vert s'étendait jusqu'en Côte d'Ivoire. Les relations entre les deux pays sont donc anciennes. Elles se développeront, par la suite, avec l'immigration capverdienne des années 1940 en Côte d'Ivoire, avec l'arrivée d'une première vague d'artisans capverdiens. Mais c'est surtout la lutte armée de libération nationale de Cabral qui renforcera les liens entre l'archipel du Cap Vert et la Côte d'Ivoire, qui aidera financièrement et diplomatiquement la lutte d'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert. En s'impliquant donc, Pedro Pires paie une dette ancienne au pays d'Houphouët-Boigny. Et le Cap Vert, qui se range parmi les pays les moins intéressés à la déstabilisation de la Côte d'Ivoire, le fait avec le sérieux et la neutralité de sa diplomatie qui sied à sa tradition républicaine dans la conduite de ce difficile dossier. Le Nouveau Réveil ne fait pas dans la nuance, mais par simple ignorance des faits. Un exemple : la composition de la délégation capverdienne en Cote d'Ivoire. Tout observateur attentif aura remarqué que le Ministre des Affaires étrangères, José Brito, un capverdien qui - comme moi-même a grandi en Côte d'Ivoire - n'en faisait partie. Cela justement pour anticiper tout malentendu, tant la crise ivoirienne a rendu facile les accusations publiques. Pour qui sait lire ou est instruit des usages diplomatiques, c'est un grand signal de neutralité envoyé par le Cap Vert. Si tous les pays africains pouvaient s'inspirer de tels exemples. Ce seul indice devrait donc suffire. Mais le Nouveau Réveil ne sait pas lire les nuances, aussi voudrais-je apporter quelques données macro-économiques et sur la vie démocratique au Cap Vert, pour indiquer que c'est un démocrate qui vient à Abidjan. En 2008, sortant du statut des Pays les Moins Avancés (PMA), l'Organisation des Nations Unies à classé le Cap Vert comme Pays à Revenu Intermédiaire (PRI), au regard de ses performances macro-économiques qui sont le résultat d'une stabilité politique et d'un plan de développement cohérent. En effet, depuis l'Indépendance (1975), le PIB a été multiplié par quatre, la pauvreté a reculé de 70% à 25%, la scolarisation a atteint un niveau très élevé. Pour toutes ces données, les lecteurs peuvent se reporter au Document de Stratégie-Pays 2009-2012 BAD, République du Cap Vert[3]. Cette ascension historique repose sur un ressort particulier : la constante recherche du consensus national[4] de la classe politique capverdienne, qui fait que lors des deux dernières présidentielles Pedro Pires l'a remporté sur son adversaire Carlos Veiga, en 2001, avec 12 (douze) voix d'écart, et, en 2006, avec 3200 (trois mille deux-cents) voix, sans que les Institutions de la République n'en soit affectées.

Bien plus que la Convention de Vienne qui édicte la nature des rapports entre les nations, ou de la Chartre de l'Union Africaine, c'est riche d'une expérience personnelle tout à fait exceptionnelle, d'une grande tradition militante, porteur de brillants résultats macro-économiques et à la tête du pouvoir politique le plus démocratique et le plus stable d'Afrique de l'ouest que Pedro Pires vient à Abidjan aider, du mieux qu'il le pourra, un pays frère qui, hier, apporta tant au Cap Vert dans le soutien pour son accession à l'indépendance. C'est pourquoi les leaders de l'opposition capverdienne du MPD[5] eussent adopté pratiquement la même démarche, s'ils étaient actuellement aux affaires.

Méditons ! En règle générale, ceux qui allument le feu ne savent pas l'éteindre. Mais si celui qui a été militaire, militant armé, signataire de deux accords d'indépendance, qui dirige l'un des pays les moins corrompus au monde[6], si celui-là conseille d'éviter la guerre et qu'il n'est pas écouté, alors c'est la guerre. Et même là, mieux que d'autres, il saura donner des conseils. L'heure élue peut beaucoup, affirme Hölderlin. Et Cabral disait, en Afrique on n'a pas besoin d'être révolutionnaire, il suffit d'être honnête. Pedro de Verona Rodrigues Pires est l'un des dirigeants les plus auréolés d'Afrique. Il est objectif parce qu'impartial. Il est sobre, parce qu'honnête. Il prêchera le consensus national par le dialogue, comme il le pratique chez lui. Et si l'exemple ne suffit pas, c'est que certains veulent détruire la Côte d'Ivoire. Lors de mon premier séjour au Burundi, je fis la question suivante à un ami, Hussein Radjabu (CNDD FDD) : « Mais Hussein comment se fait-il qu'après 10 années de guerre civile, Bujumbura ne porte pas de traces de destruction et très peu d'impact d'obus dans les murs ? Pierre, me répondit-il, nous avions la certitude de gagner la guerre, pourquoi donc détruire la capitale que nous entendions diriger ? ». D'autres capitales africaines ont un fait un choix différent. Depuis, elles ne se sont pas relevées. Alors, qui donc est le meilleur disciple d'Houphouët-Boigny, Pedro Pires ou les incendiaires ? Le Nouveau Réveil devrait faire amende honorable. Son directeur gagnerait à aller saluer Pedro Pires, en formulant un grand « akwaba ». Au reste, pour Laurent Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara, et plus encore pour « notre » chère Côte d'Ivoire, cette présence est plus qu'une chance. Mais, pour le comprendre, encore faut-il que les paroles sublimes du haut chant Ivoirien, L'Abidjanaise, inspire chacun des protagonistes et des médiateurs. En effet, si dans la paix la liberté a été ramenée, comment la démocratie, qui en est le corollaire, pourrait-elle s'ériger autrement que sur les fondements de la Paix ?  Jadis mon visage s'élargissait, quand je regardais Abidjan.


Dr Pierre Franklin Tavares

Mobile: +336-87-34-21-22

Courriel : tavarespf@hotmail.com




[1] Polybe, Histoire, t. 1, Livre 5, Garnier Frères, Paris, 1921, p. 118 - 119.

[2] Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap Vert.

[3] B.A.D., Mémorandum, ADB/BD/WP/2900/184

[4] Carlos Veiga, Cabral e a construção do Estado em Cabo Verde, uma apreciação crítica, Cabral Symposium 2004, Praia, Cap Vert. Carlos Veiga est le leader de l'opposition.

[5] Mouvement Pour la Démocratie dirigé par Carlos Veiga.

[6] Transparency International, Corruption perceptions index results 2010 : le Cap Vert est le 45ème pays le moins corrompu sur 178 pays et, en Afrique, 3ème pays le moins corrompu, après le Botswana et Maurice.

jeudi, 30 décembre 2010

APRES LE COMPTE RENDU DE LA MISSION A ABUJA, HIER : LA CEDEAO EXCLUT L'INTERVENTION MILITAIRE



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In Le Nouveau Courrier N°166 du 30 Décembre 2010 par Gilles Naismon


Les présidents Ernest Koroma de Sierra Leone, Pedro Pires du Cap-Vert et Yayi Boni du Benin, ont fait le compte-rendu de leur mission, qui les a conduites à Abidjan, à Abuja, hier. Après concertation des chefs d'Etat de la communauté sous-régionale, une intervention militaire n'est plus envisagée.


Après s'être entretenu avec deux de ses émissaires arrivés à Abuja, qui a fait un compte rendu de la mission auprès du chef de l'Etat ivoirien et d'Alassane Ouattara, le président nigérian, Jonathan Goodluck, a annoncé que ses envoyés retourneraient à Abidjan le 3 janvier. Refusant de donner des précisions sur le contenu des discussions à venir, Goodluck Jonathan a souligné l'importance de poursuivre le dialogue. «Quand il y a une dispute, c'est le dialogue qui résout tous les différends, ce dialogue est en cours», a-t-il dit, à l'issue de l'entretien avec les deux émissaires. La Cedeao, notamment Jonathan Goodluck qui en est le président en exercice, n'est plus chaud pour une intervention militaire en Côte d'Ivoire, lui qui en était le plus farouche initiateur. Le compte rendu de la délégation de haut niveau, qui a séjourné à Abidjan mardi dernier, y est pour quelque chose, après avoir échangé avec le président Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara.

La sagesse après l'euphorie

Le président Laurent Gbagbo ne dit-il pas que «le temps est l'autre nom de Dieu ?» 30 jours après le deuxième tour du scrutin présidentiel, le temps est en train d'avoir progressivement raison de la précipitation de la «nébuleuse» qui avait un agenda caché, avant même la tenue de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire. De plus en plus des voix s'élèvent pour dénoncer l'implication hâtive du président français, Nicolas Sarkozy, et la précipitation de la Cedeao qui avaient préconisé une action militaire dans la crise post-électorale. Sans même tenir compte du rapport de Thabo Mbeki, médiateur de l'Union africaine dès les premières heures, et des appels incessants au dialogue du gouvernement angolais et de l'ancien président ghanéen Jerry Rawlings.

Selon le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères du Cap Vert, Jorge Borges, dont le président, Pedro Pires a fait partie de la délégation de haut niveau de la Cedeao à Abidjan, une «intervention militaire» des pays d'Afrique de l'Ouest en Côte d'Ivoire «semble heureusement écartée pour le moment». «On ne parle plus d'intervention militaire de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao)», a-t-il poursuivi. Encore que les preuves dont dispose le chef de l'Etat ivoirien, et sur lesquelles il fonde son argumentaire, font de lui le nouveau président élu démocratiquement, à l'issue de l'élection présidentielle. Plus le temps passe, plus l'horizon s'éclaircit pour les démocrates, pour l'Afrique digne, et un voile épais s'affaisse sur les partisans des pratiques dignes de l'époque coloniale.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 29 décembre 2010

RENCONTRE AVEC LES EMISSAIRES DE LA CEDEAO AU PALAIS : GBAGBO MARQUE DE BONS POINTS



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In Le Nouveau Courrier N°165 du 29 Décembre 2010 par Benjamin Silué


Ernest Koroma, Yayi Boni et Pedro Pires ont rencontré, successivement, Young-Jin Choi de l'Opération des Nations en Côte d'Ivoire, le chef de l'Etat Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, hier.


L'occasion était donnée, hier, aux émissaires de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) pour donner les raisons de leur présence en terre ivoirienne, mais surtout de prêter une oreille attentive à leur hôte, Laurent Gbagbo qui les a reçus «en frère» à son palais, au Plateau.

Après avoir «menacé» le chef de l'Etat ivoirien d'un recours à la force, la Cedeao a donc décidé d'envoyer les présidents du Bénin, de la Sierra Leone et du Cap-Vert en Côte d'Ivoire comme émissaires chargés de remettre un ultimatum à Laurent Gbagbo. L'un des émissaires, membre de la délégation d'Abidjan, Pedro Pires du Cap Vert, connaissant certainement le dossier ivoirien, avait déjà écarté l'usage d'une «intervention militaire», et opté pour la négociation. Bien plus, le dialogue, comme l'a toujours préconisé le président Laurent Gbagbo. Ce qui sous-entend que chaque acteur aura à exposer ses griefs.

Hier, déjà, selon une source crédible, le chef de l'Etat ivoirien, durant plus de 2 heures d'horloge, a brandi les preuves qui le donnent gagnant de l'élection présidentielle, mais surtout qui le motivent à faire face à l'adversité de la communauté internationale cornaquée par Sarkozy, parrain de Ouattara. De la traque de ses représentants dans les bureaux de vote au nord par les pro-Ouattara, appuyés d'hommes armés de la rébellion des Forces nouvelles, aux fraudes massives, le chef de l'Etat ivoirien, proclamé vainqueur par le Conseil constitutionnel, seule institution habileté à le faire, n'a pas laissé ses hôtes sur leur faim. Les homologues de Laurent Gbagbo sont restés pantois, rapporte notre source. Démontrant que la distance et le lynchage médiatique, orienté, d'une partie de la presse occidentale, à l'agenda caché, a eu raison de personnes naïves. En témoigne les propos du président béninois Yayi Boni, qui a noté, au sortir de cette rencontre, que «les choses se sont bien déroulées». Le président Laurent Gbagbo, qui les a reçus avec les accolades, tout sourire, les a raccompagnés le visage très rayonnant. Pour qui connaît le chef de l'Etat ivoirien, les nuages se dissipent progressivement. Comme quoi, le mensonge court plus vite que la vérité qui finit par le rattraper.

Notre source indique que les présidents Sierra Léonais, Ernest Koroma, Béninois, Boni Yayi et le Capverdien Pedro Pires ont décidé de jouer la carte politique pour régler le différend né au lendemain du second tour du scrutin présidentiel en Côte d'Ivoire. A l'issue de la deuxième rencontre qui a eu lieu tard dans la nuit, le chef de l'Etat ivoirien a espéré recevoir ses homologues dans les prochains jours. Il reste à espérer que les énormes pressions qu'ils subissent de la part d'acteurs étrangers à l'Afrique n'auront pas raison de leur option pleine de sagesse.


Source: LE COURRIER D'ABIDJAN