topblog Ivoire blogs

mardi, 22 avril 2014

TENTATIVE DE CONFIRMATION DE CHARGES CONTRE GBAGBO: LE REGIME JETTE EN PRISON UN TEMOIN-CLE, FATOU BENSOUDA LE COUVRE

 

 

BENSOUDA ET OUATTARA.jpg

 

C’est une histoire dont le récit nous est offert par les observations de Maître Emmanuel Altit, avocat principal du président Gbagbo, qui a transmis ses observations à la Cour pénale internationale (CPI) suite à la remise, par la procureure Fatou Bensouda, de son document contenant les charges (DCC) amendé, censé combler les lacunes du DCC initial, qui avait été purement et simplement rejeté par les juges pour « preuves insuffisantes ».

C’est l’histoire de « P 44″, un des témoins-clés de Fatou Bensouda, censé accréditer la thèse selon laquelle Gbagbo est coupable de graves crimes contre l’humanité. Si l’on suit la trame de son témoignage, « P 44″ doit être un ancien membre de la « galaxie patriotique » retourné pour les besoins de la cause. Seulement, voilà ! Son témoignage est « insuffisant ». Il n’accuse pas assez Gbagbo, au point que Bensouda, dans sa synthèse, lui fait dire ce qu’il n’a pas dit en espérant que les juges, débordés par des milliers de pages de textes ardus, n’y verront que du feu. Mais Emmanuel Altit, avocat principal de Gbagbo, veille. « Comme la défense le relevait lors de l’audience de confirmation des charges, plus précisément les 22, 25, 26 et 27 février 2013, le Procureur a mésinterprété nombre de déclarations de P-44. Surtout, il a trahi le sens de ce que lui disait P-44 (…) précisant que le Président Gbagbo n’était pour rien dans la crise », indique-t-il dans ses dernières observations. Les observateurs les plus attentifs se souviennent des propos paradoxaux de P-44, drôle d’accusateur, disant que « l’entourage de Gbagbo était composé de gens du Nord » (ce qui affaiblit la thèse du « plan commun » éradicateur), que Gbagbo était rassembleur, qu’il n’a procédé à aucune discrimination, ni avant ni après les élections.

Sont-ce ces propos qui ont irrité le pouvoir Ouattara ? Une chose est sûre : P-44 a été arrêté, dans l’indifférence totale du bureau du procureur auprès de la CPI. En effet, il avait commencé par tirer la sonnette d’alarme, faisant état « de menaces pesant sur lui émanant des nouvelles Autorités ivoiriennes ».

Cyniquement, l’Accusation avait répondu que ces allégations étaient « infondées » et devaient être « rejetées ». Tout en prenant bien soin de ne pas mentionner ce problème devant la Chambre, parce qu’il fragilisait son argumentaire juridique, qui reposait en grande partie sur les propos, certes librement interprétés, de P-44. « Le Procureur a laissé emprisonner son témoin sans réagir. (…) Ce faisant, le Procureur semble avoir «couvert» une opération d’intimidation et de sanction contre un témoin qui n’avait pas obéi aux ordres des nouvelles Autorités (…). Il convient que le Procureur s’explique sur cette question très importante », affirme Maître Altit. Qui s’indigne des méthodes à travers lesquelles le bureau du procureur exerce des pressions inacceptables sur les témoins.
 
« Probablement conscient de la faiblesse de sa preuve et de son incapacité à trouver de nouveaux témoins utiles, le procureur tente de faire pression sur ses témoins », indique Altit. Quand un témoin ne dit pas ce qu’il veut qu’il dise, le procureur « perd patience ». Il pose à plusieurs reprises et de diverses manières les mêmes questions, tente de « souffler » des dates auxquelles certains événements sont censés s’être noués.
 
 
Philippe Brou
 

mardi, 19 novembre 2013

INCAPABLE DE PROUVER SES ACCUSATIONS CONTRE GBAGBO, BENSOUDA «PLEURNICHE» AUPRES DU POUVOIR FRANÇAIS

 

FATOU BENSOUDA 7.jpg

 

En dépit de plus de trois ans d’enquête et d’accusations péremptoires, l’Accusation n’a rien trouvé contre le président Laurent Gbagbo. En désespoir de cause, elle se tourne vers l’Etat qui a, sous un précédent exécutif, tout fait pour tuer Gbagbo, sinon physiquement, du moins politiquement : la France. C’est en tout cas ce que révèle La Lettre du Continent. « Priée, en juin, de revoir sa copie à la demande des juges de la Cour pénale internationale (CPI) à l’issue de la première audience de confirmation des charges pesant sur Laurent Gbagbo, la procureure Fatou Bensouda aurait – entre autres – approché le ministère français de la défense pour muscler son dossier. L’ex-ministre originaire de Gambie souhaite notamment entrer en possession de la liste établie par la force française Licorne détaillant par le menu l’arsenal d’armes lourdes qui aurait été découvert dans les sous-sols de la présidence ivoirienne au lendemain de la crise postélectorale de 2011 », écrit le périodique édité à Paris.

La démarche est curieuse. En effet, des informations de première main nous permettent d’affirmer que les services de l’Etat à leur plus haut niveau, sous Nicolas Sarkozy, ont activement participé à l’opération « ferrer Gbagbo ». Si Sarkozy et la force Licorne n’ont pas apporté des informations décisives sur une éventuelle implication du chef de l’Etat ivoirien en exercice d’alors dans la commission de crimes contre l’humanité alors que « le fer était chaud », que peut bien faire Hollande aujourd’hui, avec autant de… retard ? De plus, si des armes lourdes ont été découvertes dans le sous-sol de la présidence ivoirienne, c’est bien parce qu’elles n’ont pas été utilisées pour commettre des crimes. Et posséder des armes dans un contexte de guerre civile et de guerre sournoise menée par des pays tiers, ne signifie pas qu’on a l’intention de commettre des crimes contre l’humanité ! Cette logique conduirait à traduire devant la justice internationale à peu près tous les chefs d’Etat du monde ! Il est tout de même important de noter, audelà de l’anecdote, qu’il était a priori facile de « coincer » Gbagbo, si les crimes qu’on lui attribue sans pouvoir les prouver avaient vraiment été planifiés par lui.

En effet, la guerre postélectorale ivoirienne était une guerre « avec observateurs ». L’armée française était là, et avait les moyens humains, logistiques et scientifiques de recueillir un nombre important de preuves – surtout que le pouvoir politique de l’époque avait déjà clairement exprimé son intention de conduire Gbagbo à La Haye ; celui de Chirac aussi, et ce depuis 2003. Les capacités françaises en matière d’espionnage et d’écoutes téléphoniques sont grandes, surtout dans son pré carré, littéralement quadrillé par les câbles de fibre optique d’Alcatel Lucent – dont une ministre française a révélé récemment qu’elle était une entreprise stratégique pour des raisons relevant du renseignement – et par les installations des filiales de France Télécom, société d’Etat. L’ONUCI était là, et avait elle aussi à sa disposition des experts aux compétences avérées. Les organisations de défense des droits de l’Homme étaient présentes. Pourtant, aucune étude balistique sérieuse, aucune autopsie, aucun témoignage de première main étayé par des données matérielles, n’ont pu être fournies jusqu’à présent par le bureau du procureur auprès de la CPI. Vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre !


Philippe Brou, in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier".


Source: CONNECTION IVOIRIENNE

jeudi, 06 juin 2013

COMMENT OUATTARA CEDE LES TERRES IVOIRIENNES AUX MULTINATIONALES


OUATTARA ET DREYFUS.jpg

L’audience entre Alassane Ouattara et Margarita Louis-Dreyfus a effectivement eu lieu.


Alors que la patronne du groupe français Louis-Dreyfus, qui contrôle déjà la majeure partie des importations de riz en Côte d’Ivoire, doit rencontrer aujourd’hui Alassane Ouattara pour mieux finaliser le projet d’acquisition de 100 000 hectares de terres en Côte d’Ivoire, focus sur une ruée qui menace les petits paysans ivoiriens et la souveraineté nationale.


Le grand mercato autour des terres arables de Côte d’Ivoire est-il engagé ? Selon toute évidence, oui. «Attendue en Côte d’Ivoire fin janvier, la patronne du groupe Louis Dreyfus, Margarita Louis-Dreyfus, doit profiter de son séjour pour signer un accord avec le ministre de l’agriculture, Sangafowa Mamadou Coulibaly, autorisant la mise à disposition, par l’Etat ivoirien, de 100 000 hectares de terres au nord du pays (Korhogo, Ferkessédougou, Boundiali, Tengrela…). Outre un accroissement prévu de la production rizicole ivoirienne, ce projet permet au groupe international diversifié (négoce, transport maritime, immobilier) de distancer ses concurrents dans le pays (Mimran, Olam, Singapore Agritech, etc.).

Localement, ce dossier est piloté par le Français Olivier Santin, chargé de mission au sein de la filiale Louis Dreyfus Commodities (LDC)», écrit ainsi La Lettre du Continent dans une alerte publiée hier à destination de ses abonnés. La Lettre du Continent nous indique qu’un entretien doit avoir lieu entre Margarita Louis-Dreyfus et Alassane Ouattara ce jeudi 31 janvier. Et ajoute que Nicolas Sarkozy, reconverti dans les affaires et la finance, a «intercédé» auprès de son obligé ivoirien pour que la rencontre se fasse. Le groupe Louis-Dreyfus, qui contrôle plus 60% de l’importation de riz – avec ses partenaires locaux Soukpafolo Koné (proche d’Amadou Gon Coulibaly) et Carré d’Or (fondé par le Libanais Ibrahim Ezzedine, considéré comme proche de Gbagbo, persécuté par le fisc ivoirien dès le 11 avril 2011, et qui est finalement mort d’un arrêt cardiaque, laissant le champ libre aux prédateurs) – veut visiblement mettre la main à moyen terme sur toute la chaîne de valeur rizicole ivoirienne, de la production à la distribution.

«Il faudra délocaliser des milliers de paysans»

Derrière l’audience de luxe accordée à celle qui est aussi la veuve de l’ancien actionnaire principal de l’Olympique de Marseille, c’est la ruée sur le foncier rural ivoirien qui s’engage. Et elle a des racines profondes. Tout a commencé avec le sommet du G8 en 2012, et la mise en place d’un vaste projet dénommé «New Alliance for Food Security and Nutrition». Un projet financé principalement par la France et l’Union européenne, et de manière bien plus modeste par les Etats-Unis et l’Allemagne. Ambition déclarée ? Mettre en place un cadre entre les gouvernements de six pays – dont la Côte d’Ivoire –, les institutions multilatérales et un certain nombre de multinationales triées sur le volet.

En Côte d’Ivoire, les multinationales qui sont dans les rangs vont investir près de 800 millions de dollars. Le Singapourien Olam entend mettre 50 millions de dollars sur la table, le Français Louis-Dreyfus 34 millions, le Français Mimran 230 millions de dollars, l’Algérien Cevital 150 millions de dollars, le Suisse Novel 95 millions de dollars, le Suisse CIC 30 millions de dollars, etc…

Ces investissements ne vont pas sans certaines contreparties foncières. Selon des sources spécialisées que Le Nouveau Courrier a interrogées, Novel demanderait 15 000 hectares, Mimran entre 60 000 hectares et 182 000 hectares, Cevital 300 000 hectares, etc… «Evidemment, il faudra délocaliser des milliers de paysans pour avoir accès à ces montants de terres», s’alarme le responsable d’une ONG internationale qui suit de près le dossier.

La loi sur le foncier rural de 1998 sera sans doute abrogée

A quelle sauce les petits agriculteurs ivoiriens seront-ils mangés ? Bien entendu, le régime Ouattara, spécialiste du marketing politique, se fait mielleux. «Nous avons une approche pragmatique. Lorsqu’une entreprise arrive avec un projet, l’État se porte garant et clarifie la situation foncière des superficies requises. (…) Quand les villageois voient leur intérêt, ils se dépêchent de normaliser la situation foncière de leurs terres. D’autant que, dans leurs projets, les entreprises industrielles associent les populations villageoises installées autour de l’unité de production. C’est un modèle dont nous faisons la promotion car il permet une croissance partagée. C’est le cas de Dekel Oil (filiale du groupe israélien Rina Group, ndlr), qui ne possède en propre que 5 000 hectares, mais travaille avec des petits producteurs d’huile de palme installés sur 45 000 hectares», a ainsi dit Mamadou Sangafowa Coulibaly, ministre de l’Agriculture d’Alassane Ouattara, dans le cadre d’une interview accordée à Jeune Afrique. Bien entendu, l’explication est un peu courte. La loi sur le foncier rural sera-t-elle réformée pour plaire aux multinationales ? En tout cas, un document relatif au projet que Le Nouveau Courrier a pu consulter prévoit le vote, en juin 2015, d’un «Rural Act Land», une «loi sur les terres rurales», destinée à «délimiter les terres des villages» et l’octroi de «certificats fonciers» aux entreprises qui veulent manifestement sécuriser leurs «acquisitions» avant la prochaine élection présidentielle.

Selon toute évidence, la loi sur le foncier rural votée en 1998 et qui sécurisait la propriété villageoise et le droit coutumier, va voler en éclats. Les paysans ivoiriens, qui n’ont pas accès au crédit bancaire et aux technologies contrairement aux agriculteurs israéliens avec lesquels le ministre Sangafowa Coulibaly les compare, pourront-ils survivre en étant autre chose que des métayers d’un nouveau type alors qu’ils seront en collaboration/concurrence avec des mastodontes pouvant lever des capitaux de manière illimitée sur les marchés boursiers du monde entier, employant une batterie d’ingénieurs… et qui achèteront sans doute leur production ? Le fait que les multinationales contrôlent l’ensemble de la chaîne agricole d’un pays dont la souveraineté économique est déjà fort dégradée est-il une bonne nouvelle ? En tout cas, au Liberia, pays dont la présidente Ellen Johnson-Sirleaf a cédé une grande superficie de terres à des multinationales en 2010 (avant d’avoir son Prix Nobel de la Paix !), des résistances paysannes s’organisent déjà. Et la dénonciation de «l’esclavage moderne» bat son plein, sur fond d’arrestations et d’intimidations des récalcitrants.


Philippe Brou


Source: Le Nouveau Courrier

vendredi, 07 décembre 2012

MENACES DE LA CPI: CE QUI FAIT PEUR AUX AVOCATS DE OUATTARA, SELON JEUNE AFRIQUE

 

SIMONNE GBAGBO 3.jpg


L’information est donnée par l’hebdomadaire Jeune Afrique, au détour d’un dossier de huit pages mi-admiratif mi-désapprobateur consacré à Simone Gbagbo, une «femme puissante» en qui «il y a du Winnie Mandela», un «roc» qui aurait «contribué à précipiter la chute du régime».

Lors de la formation de son dernier gouvernement, Alassane Ouattara a tenté de donner des gages à Guillaume Soro. «En confiant les clés de la Justice à Gnénéma Coulibaly, un ancien des Forces nouvelles (FN), Alassane Ouattara a visiblement voulu rassurer Soro», indique l’hebdo. Qui fait tout de même remarquer que «la position du pouvoir d’Abidjan est difficile à tenir». «S’il n’exécute pas le mandat, il devra contester sa recevabilité.

LAURENT GBAGBO 23.jpg

L’avocat principal de Laurent Gbagbo, le Français Emmanuel Altit, n’attend que cela pour invoquer l’irrecevabilité du mandat contre son client et dénoncer le «deux poids deux mesures». Pour sortir de ce casse-tête, les avocats de l’Etat ivoirien, Mes Jean-Paul Benoît et Jean-Pierre Mignard, sont sollicités. Ils ont tenu une réunion à Paris le 26 novembre, multiplié les contacts et rédigé des notes destinées au président Ouattara et au ministre de la Justice», écrit Jeune Afrique. Qui pense savoir que dans un premier temps, «les autorités ivoiriennes cherchent à gagner du temps». 

Le temps de voir la requête en irrecevabilité déposée auprès de la Chambre d’appel par Me Altit rejetée et de voir l’audience de confirmation des charges commencée pour s’assurer que «le cas Gbagbo» est verrouillé avant de «saboter» le reste de la procédure? Peut-être. Le temps de «prendre par surprise» Soro et ses hommes, ou au moins quelques-uns d’entre eux? Peut-être aussi. En tout cas, à La Haye, on grogne. «Alassane Ouattara nous a demandé d’enquêter sur les crimes postélectoraux. (…) Ce n’est pas une justice à la carte dans laquelle on pioche ce qui nous arrange (…). 


Philippe Brou

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER

lundi, 22 août 2011

L'INCULPATION DE GBAGBO EST 100% ILLEGALE: LA LOI DE 2005 QUI INVALIDE TOUT



LAURENT GBAGBO 6.jpg

Même si l'on admet que Laurent Gbagbo était un ex-chef d'Etat au moment de la crise postélectorale, des dispositions légales très claires indiquent une procédure qui n'a pas du tout été respectée. Le ministre de la Justice Jeannot Ahoussou Kouadio est bien placé pour le savoir...


Dans notre édition d'hier, nous titrions, à propos des procédures ubuesques utilisées contre le couple Gbagbo : «Le Droit est mort en Côte d'Ivoire !» Un élément qui mérite d'être mis sur la place publique donne encore plus de force à notre constat. Il s'agit de la loi du 27 mai 2005, «portant statut d'ancien président de la République, d'ancien chef ou président d'institution nationale et d'ancien ministre». En effet, même si l'on admet que les faits supposés reprochés à Laurent Gbagbo ont été commis alors qu'il n'était plus président de la République - ce qui est une absurdité juridique puisque les pouvoirs d'un chef d'Etat s'éteignent au moment de la prestation de serment de son successeur, selon la Constitution -, si l'on élude le mystère qui est fait autour de la nécessaire autorisation du Conseil constitutionnel, on doit tout de même lire cette loi qui est très claire en son article 2. «Aucun ancien président de la République ne peut être poursuivi ou arrêté à raison des faits criminels ou délictueux par lui commis qu'avec l'autorisation de l'Assemblée nationale». L'institution parlementaire, à laquelle Ouattara a coupé les vivres en toute illégalité, n'a jamais donné aucune autorisation, qui ne lui a pas du reste été demandée.

En son article 3, la loi de 2005 dit :  «Lorsqu'un ancien président de la République est susceptible d'être poursuivi ou arrêté en matière criminelle ou correctionnelle, le Procureur général près la Cour de cassation, avisé des faits par tous moyens, saisit par requête le Bureau de l'Assemblée nationale». Autrement dit, Simplice Kouadio Koffi, qui va de conférence de presse en plateaux télé pour évoquer le dossier Laurent Gbagbo, n'était absolument pas compétent pour le poursuivre. A défaut d'un procureur général près la Cour de cassation - prévue par la Constitution mais pas encore mise en place -, seul un procureur relevant de la Cour suprême pouvait, plus ou moins à bon droit, se saisir du dossier. Puis le transmettre ou pas, par la suite, à la juridiction qu'elle estime compétente. Le vice de procédure est patent, voire grossier... Si la Côte d'Ivoire était un Etat de droit tout juste minimal, ce méli-mélo juridique aurait été forcément annulé. En effet, les poursuites contre Laurent Gbagbo n'auraient eu de vernis juridique acceptable que si au terme de la consultation de l'Assemblée nationale, les deux tiers des députés siégeant l'avaient validée.  Ce qui n'a pas été le cas.

Le camp Ouattara a certes déjà trouvé une pirouette. Ils évoquent, dans leurs salons, l'article 55 qui évoque un cas où ces dispositions ne valent pas. C'est-à-dire «pendant les campagnes électorales» ou à «l'occasion des élections». Mais les infractions économiques supposées imputées au président Gbagbo se situent bien après le processus électoral, sous le gouvernement Aké N'Gbo. L'article 55 ne saurait donc être brandi de bonne foi.

Ce qui est le plus piquant dans ce dernier épisode de la série « Le droit est mort en Côte d'Ivoire », dont le scénariste est le chef de l'Etat himself, est que la loi de 2005 qui invalide toute la procédure lancée par Simplice Koffi Kouadio est que l'un des rédacteurs de cette loi est... Jeannot Ahoussou Kouadio, député de Didiévi, et membre de la Commission des Affaires générales et institutionnelles du Parlement au moment de son adoption. On aura décidément tout vu en Côte d'Ivoire !


Par Philippe Brou, in le quotidien ivoirien « Le Nouveau Courrier »

samedi, 12 février 2011

POURQUOI LES EUROPEENS DOUTENT DE OUATTARA

 

EUSECSTU logo.svg

 

In Le Nouveau Courrier N°202 du 11 Février 2011 par Philippe Brou


Un think tank européen composé de diplomates et d'experts militaire dresse un diagnostic lucide de la posture stratégique des dirigeants de la « République du Golf ». Le temps de la grande confiance semble passé. Le doute quant aux capacités réelles d'ADO émerge. Lancinant.


Le temps qui passe va-t-il avoir raison de l'enthousiasme immodéré des décideurs occidentaux pour Alassane Ouattara, qui entrera dans l'Histoire comme l'opposant africain le plus soutenu par les grandes puissances depuis les indépendances ? Plus le temps passe, plus les ultimatums du plus illustre locataire de l'Hôtel du Golf font « pschitt ». Et plus ses alliés doutent.

Un document de l'European Union Institute for Security Studies (EUISS, Institut européen pour les études de sécurité), constitué d'experts en matière de stratégie, de diplomates et d'attachés militaires, témoigne d'un nouvel état d'esprit. Il s'agit du compte-rendu de l'Africa Briefing de ce cénacle prestigieux, qui a eu lieu le 25 janvier dernier. Le document se focalise, entre autres, sur les échecs et les impasses de la stratégie de prise de pouvoir du président du RDR. « M. Gbagbo tire enfin sa force de la relative faiblesse de son adversaire, M. Ouattara, qui n'a que peu de prise sur la situation, particulièrement à Abidjan, où il vit retranché à l'Hôtel du Golf avec son équipe et son Premier ministre Guillaume Soro. M. Ouattara ne dispose par ailleurs pas de moyens médiatiques équivalents à ceux de son adversaire, ce qui se traduit par un manque de lisibilité et de cohérence de sa stratégie de communication. Son appel à marcher sur le siège de la RTI le 16 décembre, maladroit pour certains, n'a pas eu les effets escomptés et a surtout permis aux forces acquises à Laurent Gbagbo d'organiser leur riposte. Bien que le parti de Ouattara soit bien structuré, il ne dispose pas des relais nécessaires, la plupart de ses soutiens étant au nord du pays », évaluent les experts de l'EUISS.

Des experts qui mettent aussi en doute la capacité de la rébellion d'avoir le moindre impact sur le rapport de forces - un jugement conforté par le choix désespéré de Guillaume Soro, qui brandit pourtant son « armée », de faire appel aux « nouveaux tirailleurs » de l'ECOMOG. « Les Forces nouvelles n'ont semble-t-il pas la capacité d'intervenir militairement, ni l'envie, dans la mesure où une grande partie des membres des FN a su profiter du statu quo qui a prévalu jusqu'aux élections de novembre, et de la partition de fait du pays. Les Forces nouvelles sont composées d'un agrégat de personnalités aux parcours très divers : anciens militaires en rupture, membres de la diaspora, universitaires, leaders militaires locaux (comzones), etc. Ces derniers forment également un ensemble hétérogène, et une bonne partie ne semble pas prête à reprendre les armes comme en 2002 », jugent ces spécialistes.

Sur le long terme, l'attelage formé entre l'ancien secrétaire général de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI) et l'ex directeur général adjoint du FMI - dont l'addition des personnalités et des postures créent un équivalent ivoirien de Jonas Savimbi -, est-il viable ? Pas vraiment, jugent les membres de ce think tank européen très influent. «  Les relations entre Guillaume Soro et le président Ouattara sont par ailleurs ambivalentes : Alassane Ouattara est désormais redevable vis-à-vis de son Premier ministre, lequel lui garantit sa protection armée. Les deux hommes ont suivi des trajectoires très différentes : celle de la lutte syndicale puis armée pour Soro, et celle des grandes organisations internationales pour Ouattara. Sur le terrain, les relations entre le RDHP et les FN sont parfois tendues : les rivalités intergénérationnelles autour de l'accès au pouvoir et aux ressources économiques qui en découle, ne sont pas étrangères à ces tensions », écrivent-ils. Quand on y ajoute le rôle de « garant d'influence » que joue Guillaume Soro auprès d'ADO pour le compte de son mentor Blaise Compaoré, mais aussi de la France - qui a toujours peur que le président du RDR roule à terme pour les Etats-Unis, amis-rivaux -, l'on se rend de la fragilité de la coopérative d'intérêts que constitue la République autonome du Golf.


Source: LE NOUVEAU COURRIER