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lundi, 09 juillet 2018

CRISE DU PARTI UNIFIE AU PDCI - LA POLITIQUE DU VENTRE VA PERDRE LA COTE D'IVOIRE

 

ADJOUMANI KOBENAN KOUASSI.jpg

 

C’est hallucinant de voir presque tous les cadres du PDCI en poste dans l’administration, basculer du côté d’Alassane Ouattara, c’est-à-dire du nouveau mouvement créé par le ministre Adjoumani Kobenan Kouassi, « Sur les traces d’Houphouët-Boigny ». Un courant visant selon son auteur, à œuvrer à la mise en place d’un parti unifié du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix, RHDP, alors même que son parti, le PDCI, membre de ce groupement politique, « ne permet pas et n’admet pas en son sein des courants formellement constitués ». Et plus, il a déjà clos ce débat à l’occasion du Bureau politique du 17 juin 2018 où, « démocratiquement et souverainement » les militants ont statué sur l’Accord Politique pour la création d’un Parti Unifié dénommé RHDP (…) et il a été demandé « que chacun des militants observe, de façon scrupuleuse, dans la discipline et le respect, les décisions des organes du Parti. » Et la décision majeure, c’était que le PDCI voulait demeurer PDCI et non disparaître et ne parlera de parti unifié qu’après les élections de 2020. Parce que le PDCI aura son candidat à ces joutes.

Mais voilà qu'Adjoumani Kobenan Kouassi, ministre des Ressources animales et halieutiques et ses amis, qui veulent effacer le PDCI, formation mythique d’où est sorti le RDR de Djéni Kobena, au profit du RDR d’Alassane Ouattara, ce dernier candidat présumé à un troisième mandat, créent un courant, pour faire ce que leur parti ne veut pas : "Nous nous engageons à sensibiliser les bases du PDCI pour adhérer au parti unifié", explique Adjoumani le mardi 3 juillet 2018, à l'Ivoire golf-club, à Cocody, au lancement de son mouvement. 

Il s’agit de forcer la main à leur parti ou de le déstabiliser de l’intérieur. Et cela, parce qu’ils veulent faire carrière dans la jouissance étatique grâce à une reconnaissance bien rémunératrice de Ouattara. Et ils étaient nombreux, les ministres PDCI, directeurs, diplomates, etc., à la cérémonie de présentation de « Sur les traces d’Houphouët-Boigny ». Car Ouattara ne cesse d’agiter le spectre d’un remaniement ministériel visant à écarter des éléments qui ne seraient pas favorables au parti unifié, garant de sa longévité à la tête de la Côte d’Ivoire. Alors on renie son parti et on est même prêt à le combattre pour le bonheur de Ouattara qui tient pour l’heure, le cordon de la bourse. Oui, la bourse ! C’est elle qui est si capable de faire perdre son âme à un intellectuel supposé.

Sur les traces de quel Houphouët-Boigny ?

Sur les traces d’Houphouët-Boigny ? Mais sur les traces de quel Houphouët-Boigny ? Quel Houphouët-Boigny n’aurait pas craint de liquider sa propre œuvre, le PDCI-RDA, pour de l’aventure ? Quel Houphouët-Boigny se serait renié aussi aisément ? Quel Houphouët-Boigny se ferait hara-kiri en détruisant sans regret, son instrument de combat historique, qu’il a construit au prix de mille efforts et pendant un demi-siècle ? Sur les traces de quel Houphouët-Boigny Adjoumani prétend être, en semant la zizanie dans sa famille politique ? N’est-ce pas là, une injure à Houphouët-Boigny que de faire croire que le premier Président de la Côte d’Ivoire serait capable d’effacer le PDCI-RDA, l’œuvre de sa vie, héritage de millions de générations, au profit d’Alassane Ouattara ? De quel Houphouët-Boigny parle Kouassi Adjoumani avec une telle légèreté ? On comprend que par ces temps difficiles, l’on peut se tromper de « traces ». Et Adjoumani s’est certainement trompé en prenant les traces d’un caméléon, d’un félon, pour celles d’Houphouët-Boigny, un homme resté constant toute sa vie. La direction du PDCI a bien raison de s’indigner de l’acte de l’ancien porte-parole du président Bédié. 

Les moyens de ses convictions

Voilà l’un des problèmes majeurs que connaît la Côte d’Ivoire ! Des cadres qui, pendant plus de dix ans pour certains, gèrent librement, et même « goulûment » des affaires de l’Etat, mais n’ont pas su épargner ou investir pour financer plus tard leur autonomie, leur fidélité à leur parti et à leurs convictions politiques… Les voilà donc qui chavirent massivement, pour leur confort digestif, sans considérer qu’ils mettent ainsi en difficulté leur président, Henri Konan Bédié. Quand ils agissent ainsi, ne voyant que leurs intérêts matériels, alors que Ouattara, pour lequel ils n’ont plus de lucidité, plonge le pays dans le 36e dessous, que peut-on espérer de cette catégorie de cadres ? Que Ouattara brade la Côte d’Ivoire, qu’il la donne à un franc symbolique à des amis d’ici et d’ailleurs, cela ne les offusque aucunement pas, tant que leurs avantages seront saufs. 


A qui irions-nous donc, comme dirait l’autre, si le pays finance les études de ses enfants pour l’aider à soigner ses intérêts, sauver son honneur, sa souveraineté, assurer son développement et le protéger en toutes circonstances, et qu’au lieu de cela, ceux-ci le trahissent de la sorte ? A qui irions-nous ? 

C’est là, la différence entre les cadres pro-Gbagbo et certains qu’on peut trouver dans tous les partis politiques, citoyens véritablement de conviction, et ces personnes guidées par autre chose : le diktat de la panse. Car ils sont nombreux ces cadres qui, depuis le 11 avril 2011, sont écartés de l’activité rémunératrice, et même jetés en prison ou en exil. Ils sont maltraités, affamés, parce que FPI et/ou pro-Gbagbo, mais ils restent fidèles à leur parti, leurs convictions et leur combat aux côtés de leur leader Laurent Gbagbo.

C’est du côté de cette catégorie de cadres que se trouve l’espoir. Sinon, cette crise du parti unifié à laquelle nous assistons au PDCI-RDA, bâtie autour de la politique du ventre, risque de perdre toute la Côte d’Ivoire.

 

Eugénie Dallo

 

Source : L'Horizon Info

mardi, 30 avril 2013

1er MAI 2013: OUATTARA FUIT ENCORE LES TRAVAILLEURS

 

UNE DU QUOTIDIEN LE TEMPS N°2889.jpg


La fête du 1er Mai restera décidément un cauchemar pour Ouattara qui n’aura sans doute jamais le courage de regarder les travailleurs en face. En effet, que pourra-t-il bien leur dire? Qu’il est incapable de régler leurs problèmes? Que son régime n’est pas en mesure de tenir ses nombreuses promesses et les engagements de son gouvernement en dépit de l’atteinte du Point d’achèvement de l’initiative Ppte? Le dictateur ne veut certainement pas vivre l’humiliation d’avoir à balbutier et bégayer devant les travailleurs à qui, il ne saura quoi dire. Sinon que de reconnaitre son incompétence. Aussi Ouattara, après s’être adroitement esquivé le 1er mai 2012, en improvisant à dessein un voyage en France, a encore choisi d’éviter les travailleurs de Côte d’Ivoire en se débarrassant d’eux par la même manœuvre. Il préfère les confier à un Premier ministre sans réel pouvoir. En effet, le mardi 1er Mai 2012, un an après l’arrestation du Président Laurent Gbagbo que les travailleurs et les masses ouvrières de tous les secteurs d’activités regrettent aujourd’hui, Ouattara, prend la poudre d’escampette, laissant les travailleurs de Côte d’Ivoire à un Ahoussou Jeannot Kouadio dépassé par l’ampleur de la tâche.

Des Premier ministres dépassés par l’ampleur de la tâche

Révolté par cette fuite en avant, les centrales syndicales (Ugtci, Fesaci, Dignité et Force ouvrière) refusèrent d’aller perdre leur temps au palais dans une cérémonie qui n’avait plus de sens, du moment que le dictateur avait pris la clé des champs. «Pour éviter la douche froide qui lui était réservée par les syndicats», soupçonne-t-on. Ahoussou Jeannot Kouadio dû donc vivre seul ce désaveu cinglant des travailleurs. «Aucun leader des centrales syndicales en Côte d’ivoire ne s’est senti concerné par le 1er Mai de Ouattara. C’est la célébration des licenciements et du chômage», avaient-ils répliqué. Pour rappeler à Ouattara les vagues de licenciements collectifs, la politique de «rattrape ethnique» dans l’Administration et les entreprises publiques, la hausse du taux du chômage, la flambée du prix des denrées et services, la pauvreté croissante… Zadi Sességnon, le secrétaire général de la Centrale syndicale Force ouvrière (F.O), n’avait pas, nous l’avons écrit, effectué le déplacement du palais, pour commémorer le 1er Mai 2012. Il n’y était pas invité.

De toutes les façons, il ne s’y serait certainement pas rendu. Ses camarades et lui s’étaient plutôt retrouver au siège de la F.O au Plateau, pour un point de presse, ce mardi 1er mai 2012. Pour saluer la mémoire des travailleurs et leurs familles tombées sous les balles lors de la crise postélectorale. Avant de dénoncer la pauvreté organisée que vivent les Ivoiriens. «Nous ne nous sentons pas concernés par ce 1er mai», avait-il dit. Pour marquer son indignation quant au mépris que le régime actuel observe vis-à vis des travailleurs dont les préoccupations sont aujourd’hui royalement ignorées par Ouattara. Le Sg de Force ouvrière avait rappelé: «Les cascades de licenciements à la Sotra, à la Présidence de la République, à la Rti, à l’Agefop, au Port… ainsi que dans le privé, les mauvais aspects de la réforme du système de retraite qui touchent à la Cgrae, aux cotisations à la Cnps et l’inadaptation des lois du travail, la reprise en main de la Mugef-ci par l’Etat alors qu’elle n’était pas en faillite, par l’Etat. L’urgence de préserver les acquis des travailleurs ivoiriens et de se pencher sur les revendications, tout en réglant les problèmes du chômage, des licenciements en masse et de la cherté de la vie». Hélas, pour la commémoration de la fête du travail, le mercredi 1er mai de cette année 2013, le tyran ne changera pas sa façon de fuir les problèmes des travailleurs.

Cette fois, c’est son nouveau Premier ministre, le docile Kablan Duncan, qui va servir de valet du roi dans ce jeu. Le communiqué du Conseil des ministres du mercredi 24 avril 2013, a déjà annoncé que Ouattara va encore se défiler. «La cérémonie officielle du 1er mai 2013 sera organisée dans les jardins de la Primature à Abidjan, sous la Présidence de Monsieur le Premier ministre, Chef du Gouvernement. Sont invités à cette cérémonie, outre les travailleurs des cinq centrales syndicales identifiées, les Présidents des Institutions de la République, les membres du Gouvernement, les partenaires au développement, les représentants des partis politiques représentés à l’Assemblée nationale, les responsables des Administrations publiques etc. A cette occasion, Monsieur le Premier ministre délivrera le message du Gouvernement aux partenaires sociaux». Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’on ne serait pas surpris que «les partenaires sociaux», pour ce qui concerne les travailleurs, après avoir décliné l’invitation d’Ahoussou Jeannot en 2012, donnent la même suite à Kablan Duncan, dans deux jours.

Une mise en scène, pour amuser la galerie, dans «les jardins de la Primature»

On comprendrait qu’ils ne veuillent pas s’associer à une mise en scène grotesque organisée, pour amuser la galerie, dans «les jardins de la Primature à Abidjan par un pouvoir qui méprise les travailleurs et les jette à la rue depuis sont installation. Dans un contexte où de nombreuses entreprises ont été contraintes de mettre la clé sous le paillasson, en raison de la crise économique à laquelle Ouattara s’avère incapable de trouver les solutions promises. Les travailleurs de Côte d’Ivoire vont-ils boycotter cette année encore la cérémonie officielle du 1er Mai, pour exprimer leur mécontentement à Ouattara? Ce ne sont en tout cas pas les sujets de discorde qui manquent. De nombreux problèmes en suspend qui peuvent s’abattre à tout moment sur la tête de Ouattara : les ponctions illégales sur les salaires des enseignants grévistes, les revendications salariales du personnel de santé, la question de la revalorisation salariale et des avancements indiciaires des fonctionnaires et agents de l’Etat, la question des redevances et les salaires non payés des agents qui asphyxient les formations et établissements de santé communautaires (Escom-Fsucom) …. Entre autres dossiers urticants. Qui pourraient relancer, si ce rendez-vous du 1er Mai 2013 était manqué, la fronde sociale qui risque de s’engager dans les jours à venir. On le voit, Ouattara qui joue avec l’avenir de la Côte d’Ivoire, fuit les travailleurs. Peut-être se payera-t-il encore un séjour doré à Paris où dans une autre capitale occidentale, avec l’argent du contribuable ivoirien, l’argent des travailleurs a qui, il n’accorde aucun égard. Après avoir vendu illusions sur illusions.



K. Kouassi Maurice, in le quotidien ivoirien "Le Temps" du lundi 29 avril 2013.

OUATTARA CONTINUE DE CATEGORISER LES IVOIRIENS: LE RATTARAPAGE ETHNIQUE GAGNE L'ECOLE DE GENDARMERIE


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Cet homme est en train de détruire la Côte d'Ivoire!


C’est vendredi dernier 26 avril 2013 que les résultats du concours des sous-officiers de la gendarmerie nationale ont été proclamés, après un an d’attente (depuis 2012). Ils sont actuellement affichés au Commandement supérieur de la gendarmerie nationale au Plateau où les candidats viennent consulter le tableau d’affichage pour connaître leur sort. Certains repartent heureux parce que admis, d’autres attristés ont du mal à quitter les lieux. Ce qui est choquant et regrettable à la lecture de noms des admis au nombre de 1400, c’est le déséquilibre ethnique et régional qui accroche.

Et pourtant, la Côte d’Ivoire compte plus de 60 ethnies. Seules deux régions se partagent le gâteau. Le nord et le centre. Une véritable razzia des baoulé et des Malinké. La grande majorité des admis a des noms à consonance nordiste et centriste. Presque la moitié des admis est originaire du nord de la Côte d’Ivoire quand les noms baoulé inondent toutes les listes. Des listes Rhdp pourrait-on relever sur ce tableau. Ce qui heurte surtout les consciences en lisant attentivement les noms des admis, c’est pratiquement la quasi-absence des jeunes originaires de l’ouest. Moins d’une quarantaine sur 1400 admis. Un rattrapage ethnique comme le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, l’avait appelé devant la presse française lors d’une de ses visites en France. Apparemment, le seul but de cette opération est de reconstituer une nouvelle gendarmerie composée d’éléments pro-Ouattara. Surtout que les gendarmes que Ouattara a trouvés en fonction après sa prise du pouvoir le 11 avril 2011 sont toujours soupçonnés d’être des pro-Gbagbo. Faire de la gendarmerie nationale, une gendarmerie aux ordres de Ouattara, tel semble être l’objectif poursuivi par le chef de l’Etat. C’est pourquoi aussitôt les résultats proclamés, le régime s’empresse de lancer un autre concours cette année pour mettre en minorité les gendarmes trouvés en place. Alors que l’une des missions de la gendarmerie nationale est de défendre la République menacée dans ses fondements et non un individu.

Charles Bédé, in le quotidien ivoirien "Notre Voie" du 30 avril 2013.


Source: ABIDJAN.NET

jeudi, 30 août 2012

INSECURITE GALOPANTE EN COTE D'IVOIRE: LA FRANCE INTERPELLE SES RESSORTISSANTS

 

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«Les conseils de prudence qui s’applique en province sont maintenus en raison de la présence possible de délinquants appelés coupeurs de route sur certains axes. Les déplacements commerçant ou se commerçant ou se terminant de nuit sont également fortement déconseillés». Cette recommandation est adressée aux ressortissants Français vivant en Côte d’Ivoire. Elle figure dans l’édition du vendredi 24 août 2012 du Bulletin d’information consulaire et de sécurité de la communauté française.

Un périodique édité par le Consulat général de France à Abidjan. Les nouvelles autorités françaises qui n’ignorent pas que la situation sécuritaire et sociopolitique en Côte d’Ivoire s’est fortement dégradée depuis l’installation au pouvoir, dans les conditions que l’ont sait, d’Alassane Dramane Ouattara, avec le soutien militaire du régime de Nicolas Sarkozy, demandent explicitement à leurs ressortissants d’éviter de sortir la nuit à Abidjan et à l’intérieur de la Côte d’Ivoire. Au quel cas, ils s’exposeraient à la violence des « coupeurs de route ». Mais également (cela le Consulat français ne l’a pas écrit) aux Frci et aux dozos, des forces armées pro-Ouattara qui commettent des exactions en toute impunité.

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Autres consignes livrées par la France à ses ressortissants : ne pas tenir compte des rumeurs, éviter les lieux de rassemblements et être particulièrement vigilant dans les zones festives et se tenir informé en consultant le site de l’Ambassade de France. «Les exactions dont vous avez été victimes doivent être déclarées auprès des autorités ivoiriennes (police ou gendarmerie)», mentionne le consulat français. Sans évoquer curieusement les Frci, ces forces armées rattachées à M. Ouattara. Qui se substituent quotidiennement pourtant à la police et la gendarmerie. Comment interpréter cette attitude de la France ?

Prudence ou déception à l’égard du régime Ouattara qu’elle a activement contribué à installer ? Un fait demeure certain, selon des sources diplomatiques, Paris est inquiet par la tournure des choses en Côte d’Ivoire. Même son de cloche pour l’Union Européenne dont le chef de délégation, M. Thierry De Saint Maurice, l’a signifié au Premier ministre ivoirien, Jeannot Ahoussou-Kouadio, lors d’une rencontre, lundi dernier, à la Primature (Abidjan-Plateau).

 

Didier Dépri


didierdepri@yahoo.fr


Source: 2IVOIRES ACTUALITES

mercredi, 26 août 2009

EN ATTENDANT GODOT

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Lu sur ABIDJAN TRIBUNE. Par Serge GRAH.

L'élection présidentielle va avoir lieu le 29 novembre prochain. C'est ce qui est dit. Et à entendre et à voir le roulement des tambours médiatiques des différents états-majors politiques, on peut croire que ce qui est dit va être dit. Finalement. On assiste donc à une campagne de séduction. Pendant ce temps, le peuple, lui, gémit de son trop-plein de misère. Il ne sait plus à quel saint se vouer. Mais, comme on lui demande d'attendre et de patienter, alors il attend. Qui ? Quoi ? La fin de sa souffrance ? La mort ou un Dieu dont il espère le salut ? En tout cas, il attend certainement qu'un démiurge pense vraiment à lui et veuille bien le sortir de cette ornière. Enfin. En attendant, le système s'écroule sous son regard indifférent et lui laisse toutes ses nuisances.

Cette attente absurde du peuple me fait penser à celle de Vladimir et d'Estragon, les deux clochards de Samuel Beckett, qui attendaient Godot. De même, le peuple attend. Non pas le jour où il sera enfin libre, le jour où il pourra enfin manger à sa faim, se soigner, se loger convenablement, mais la venue d'un Messie. Pendant ce temps, les hommes politiques, eux, s'agitent et courent dans tous les sens. Offrant un spectacle ennuyeux et vide, mais qui fait quand même passer le temps. Jour après jour. Année après année.


On en arrive alors à se demander ce que représente réellement une élection pour le peuple. Qu'est-ce qu'il y gagne concrètement ? En effet, c'est quoi une élection quand le peuple voit mourir au quotidien tous ses espoirs ? C'est quoi une élection, en définitive, quand les jeunes, désespérés, se laissent conduire à la mort ? Dans une telle angoisse, l'éducation, la nourriture, le travail, la santé, le social, la sécurité… deviennent pour le peuple des priorités d'un ordre bien plus prioritaire qu'une élection. Parce qu'une fois le scrutin passé, tous ces courtisans vont s'en retourner à leurs occupations. Renvoyant aux calendes grecques toutes leurs promesses. Les licenciements vont se poursuivre. Les prix sur les marchés vont continuer de flamber… Et, ils vont commencer à préparer les échéances électorales à venir en expliquant que le peuple est souverain. Et que c'est ça la démocratie. Le pouvoir est au peuple. Que ce qui importe, surtout, c'est d'attendre. Alors, le peuple attend en se donnant l'impression d'exister. En s'exténuant pour gagner sa croûte. Parce que, de toute façon, qu'est-ce qu'il y a à espérer… avec ou sans Godot ?


Les prétendants au trône suprême y vont donc de leurs plus beaux discours et de leurs promesses électoralistes : transformer notre vie en Paradis, le temps d'une campagne électorale. Tout le monde se fait donc poli, docile et candide. Mêmes les loups, pour la circonstance, se couvrent de la peau de l'agneau. Si l'habit ne fait pas le moine, il permet quand même d'entrer dans le monastère. L'enjeu du jeu en vaut vraiment la chandelle. Permettre à la petite bourgeoisie artificielle de continuer de manger. Et partout, on mange. On mange même plus que de raison. On mange indécemment. Du coup, on a dû mal à parler. On ne peut pas manger et parler en même temps. C'est vrai. Seulement, il y a quelques esprits chagrins qui s'efforcent à regarder dans la bouche de ceux qu'on n’entend plus parler, parce qu’occupés à manger. « On ne regarde pas dans la bouche de celui qui grille des arachides », avait prévenu le sage. Sagement d'ailleurs.


Mais en attendant… Quelle vie ! Une vie rythmée par le spectacle piteux d'un pays qui vogue à-vau-l'eau. Et un peuple en proie aux affres de toutes sortes. Un peuple livré à l'effronterie des blakoros. Le décor est mortifiant et effrayant. Hallucinant et révoltant. La vie a été tout simplement abandonnée au « tout marchand du tout profit » porteur de mort et de désolation. Finalement, à l'analyse, cette crise n'a été que la conséquence d'une commutation des valeurs, au fil d'une déliquescence incontrôlée de l'éthique. Parce que dans notre pays, le vice a fini par se suppléer à la vertu, dans une indifférence totale et dans la plus nauséeuse des désinvoltures.


Ainsi la principale préoccupation de nos chers — comprenez coûteux — hommes politiques est-elle d'un autre ordre. Garder le pouvoir pour ceux qui le détiennent… Et pour les autres, être les prochains locateurs du Palais. C'est devenu classique tout ça. C'est si beau de se partager un pays entre petits copains : « Un coup c'est toi, un coup c'est moi. Mais de toute façon, c'est nous ! » Ils se battent, en fait, pour le beurre, l'argent du beurre et, très certainement, pour les fesses de la crémière. Et le peuple dans tout ça ? Eh bien, il doit patienter. Continuer d'attendre. Il n'a rien à faire d'autre qu'attendre.

Ah, ce peuple ! Au lieu de rester là à attendre, il pourrait quand même relever un peu la tête et se tenir debout… Car comme le dit si bien Étienne de La Béotie dans Discours de la servitude volontaire ou Contr'un, « Si ils sont grands, c'est que nous sommes à genoux ! ».


Le peuple doit, cependant, se méfier aussi de ses propres idéologies. Trop souvent défaitistes, victimaires et suicidaires. Sinon comment peut-il briser cette exténuante attente s'il continue, par exemple, d'être profondément engagé dans la lutte contre ses meilleurs ? Dès que vous essayez de briller, vous avez toutes sortes d'ennuis et d'ennemis. Même dans les milieux dits d'intellectuels, c'est une insulte que de faire honneur à quelqu'un qui a mieux réfléchi. Dans nos villages, les sorciers ne tuent jamais les cancres. Leurs victimes sont toujours les meilleurs éléments. Or, ce sont ceux-là, propulseurs de progrès, qui peuvent mettre un terme à cette vaine attente... Créateurs, à vos plumes et pinceaux ! Délégitimez le pouvoir de l'argent et de l'apparence factice. Donnez force aux valeurs et levez l'autocensure. Débarrassez-nous du modèle destructeur de l'argent facile et rapide. Pour revenir à celui du travail créateur, de la saine compétition, du civisme, de la morale, etc., qui est le seul sur lequel le peuple peut se construire et se bâtir un meilleur avenir.

Il y a au sein de ce peuple éburnéen des hommes de probité capables de susciter de grandes vocations. Sortir des chemins balisés : « Mange, danse, vibre et… tais-toi ! » Une fatalité à laquelle, dit-on, le peuple ne peut se soustraire ! Il est condamné à survivre.


En attendant Godot, il faut que le peuple s'arrache les paupières, pareil à Zakwato, pour rester éveillé. Pour voir, ne serait-ce qu'arriver Godot.. Et surtout, garder à l'esprit que ces idéologies publicitaires dont on l’abreuve n'ont pour seul objet que de l'inciter à vivre sans réfléchir. Le noyer dans une profusion de divertissements insipides et stupides, de vibrations hystériques. Le tout, pour qu’il ne se satisfasse que des appétits de ses instincts et de ses besoins artificiellement créés. Le peuple ainsi paralysé a fini par perdre tout sens du jugement et du discernement. Toute capacité à la critique qui, seule, peut susciter des changements porteurs de progrès.


Toute l'absurdité de notre vie est là. Ne riez pas devant cette condition du peuple : rêver l'espoir… Il faut bien qu'il l'attende, ce Godot. Sait-on jamais, le miracle pourrait-il se produire après ce fameux 29 novembre. Afin que Godot arrive effectivement et que quelque chose se passe enfin dans la vie de ce brave peuple… Mais En attendant Godot, il vaut mieux renoncer au bonheur pour vivre heureux.

Serge Grah

Source: ABIDJAN TRIBUNE