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mardi, 11 décembre 2012

ECONOMIE D'ENDETTEMENT ET EMERGENCE: MODE D'EMPLOI

 

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Par Mamadou Koulibaly - LIDER - 11 décembre 2012


EN ARRIVANT à Paris pour la rencontre avec le groupe consultatif sur la mobilisation des ressources pour le financement de son plan de développement, le président Ouattara, le libéral, avait un programme d’investissement sur quatre ans (2012 / 2013 / 2014 / 2015).

Ce plan appelé Plan national de développement (Pnd) devrait lui coûter un peu plus de 11.000 milliards de francs CFA, à décaisser d’ici fin 2015 au moment des élections présidentielles.

Le Dr Ouattara est allé à Paris avec un chapelet de projets de dépenses à faire, et comme c’est la période festive, il a trouvé sur place un arbre de Noël et des Pères Noël qui lui ont promis le financement complet de son plan et même plus, semble-t-il.

Selon le premier ministre, la Banque Mondiale a pris l’engagement ferme de participer pour environ 500 milliards de francs CFA, de même pour la BAD et la Banque Islamique de Développement. Ces trois agences à elles seules couvrent 1.500 milliards de francs CFA. Les organisations du système des Nations Unies et les autres amis de la Côte d’Ivoire compléteront, aux dires de M. Kablan-Duncan.

Aucun problème en vue, donc, pour le gouvernement, dont 12 membres au moins avaient effectué le déplacement à cette cérémonie de la planification de l’aide publique au développement. Et le premier ministre de conclure: «Rien qu’avec les trois premières banques, nous couvrons les besoins». Ainsi, la Côte d’Ivoire sera émergente à l’horizon 2020, par la magie de l’aide et de la dette publiques.

Soit nous avons mal entendu le premier ministre, soit nous ne savons pas lire le contenu du Pnd. Mais 1.500 milliards de promesses pour un besoin exprimé de 11.000 milliards font à peine 13,6%. Et on dit que les besoins sont comblés ?

Il faut se rappeler que sur l’année 2012, le plan de Ouattara prévoyait un financement d’investissement à hauteur de 1.500 milliards environ et qu’il avait, à l’époque où le gouvernement était à l'hôtel du Golf, obtenu sans problème la promesse de financements et que par la suite, non seulement le gouvernement n’a pas pu mobiliser les ressources internes programmées, mais les promesses des financements extérieures sont restées lettres mortes du fait de la mauvaise gouvernance qui caractérise le régime de Ouattara.

Au-delà du caractère illusoire de ces plans de développement, nous restons admiratifs devant l’héroïsme de Ouattara qui a obtenu le Ppte sans en remplir les conditions, qui se fera financer son plan sans avoir une stratégie claire de développement et d’endettement, et qui vit depuis deux ans bientôt dans une ambiance de promotion de la violence, de l’insécurité et de l’impunité, érigées en mode de gouvernement. Tout cela avec les encouragements d’une communauté internationale qui ferme les yeux sur la corruption et les avatars de mauvaise gouvernance dont le plus grand est l’impunité.

Quel dommage et que de regrets pour les quelques 20.000 morts des crises ivoiriennes. Ils seront morts pour rien… Heureusement que les vivants seront émergents à l’horizon 2020 avec l’aide publique au développement. La grande invention du Dr Ouattara sera pour nous une expérience toute particulière, car jusqu’à présent, aucun pays émergent n'est jamais passé par la case Ppte. Aucun pays émergent ne l’a été sans marchés de capitaux émergents, sans technologies émergentes, sans produits émergents. 

Avec Ouattara, la Côte d’Ivoire sera émergente avec des marchés traditionnels, des produits traditionnels, des technologies traditionnelles et même une armée composée de chasseurs traditionnels. Bravo Docteur! Après les ordonnances illégales, vive l’émergence illusoire. Et dire qu’ils veulent qu’on y croit!

 
 
Mamadou KOULIBALY
 
Président de LIDER


Source: LIDER-CI.ORG

lundi, 17 septembre 2012

COTE D'IVOIRE - PPTE, BCEAO: LA FACE ECONOMIQUE DE LA GUERRE


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Un document d'une importance majeure, à lire absolument et à conserver!

 

Le 11 avril 2011, Laurent GBAGBO, dont les performances économiques ont permis d’avoir le point de décision du processus PPTE est arrêté avec Mr DACOURY TABLEY, l’ancien Patron de la BCEAO, emprisonnés entre autre pour crimes économiques. Tous les membres du gouvernement dirigé par l’un des plus grands économistes d’Afrique, le professeur Gilbert Marie AKE NGBO, Président élu de l’université d’Abidjan, sont poursuivis et d’autres arrêtés pour crimes économiques. La dernière arrestation à ACCRA par Interpol pour crime économique est celle du Ministre délégué au BUDGET, Justin KONE KATINAN, maitre d’œuvre de la réquisition de la BCEAO et de la remise en route des banques fermées par SARKOZY pendant la période de crise.

De quels crimes économiques s’agit-il?

Washington, le 26 juin 2012, le Fonds Monétaire International (FMI) et l’Association Internationale de Développement (IDA) de la Banque Mondiale ont activé l’ardoise magique de l’initiative PPTE en vue d’un super cadeau par un allègement de la dette.

L'application intégrale de l'allègement de la dette permettra de passer d'environ 6000 milliards de FCFA de dette à un stock résiduel de 2 500 milliards de FCFA environ.

Toutefois, il est à remarquer que ce stock résiduel de 2 500 milliards de FCFA aurait été de 1 100 milliards de FCFA si l’accord avait été obtenu en 2010 sous la Présidence GBAGBO. En l’absence de données sur la situation actuelle des finances publiques, l’hypothèse la plus probable est qu’en moins d’un an, près de 1 400 milliards de FCFA de dettes nouvelles se sont ajoutés au stock résiduel.

L’emprunt obligataire, lancé trois mois après le point d’achèvement, démontre le peu d’influence du PPTE sur l’état de santé financière du pays et prouve que la pluie de milliards n’a été qu’une tornade ayant emporté tout sur son passage. La Côte d’Ivoire doit donc continuer de tendre la main pour survivre. Le récent voyage au pays de la Mecque avec tam-tam et bol en main, faisant suite aux nombreux autres voyages, démontre le retour de la politique de la main tendue. À ce rythme, la dette de la Côte d'Ivoire atteindra très rapidement  le même niveau qu’avant l’allègement sans effet sur la réduction de la pauvreté.

En considérant cette ardoise magique comme ayant permis un « super cadeau », comme de coutume, commençons d’abord par dire merci à ceux qui ont œuvré pour l'avoir : les bailleurs de fonds, BEDIE l’initiateur, GBAGBO le maître d’œuvre, OUATTARA le finaliste; mais comme nous évoluons dans une économie de marché et non dans une économie de pitié, nous savons tous que les  cadeaux n’existent pas !  Combien ce « cadeau » a-t-il véritablement coûté aux ivoiriens? Et quel est le véritable crime économique commis par le régime du Président GBAGBO jugé pourtant indigent par la Cour Pénale Internationale?

Pour répondre à ces questions, nous allons examiner l’origine des sommes prêtées à la Côte d’Ivoire, les principaux bénéficiaires des investissements effectués avec cet argent, les conséquences et  aussi les perspectives.

DE L’ORIGINE DE LA DETTE

Le 19 septembre 1946, le député HOUPHOUET BOIGNY, affirmait, lors des premières discussions sur la constitution de la communauté Franco-africaine au palais BOURBON en France :

« La France n’a aucun intérêt à nous laisser dans les bras de la misère et de la pauvreté »

Le 28 septembre 1958, Félix HOUPHOUET BOIGNY, ministre d’Etat de la République Française, vote la constitution de la Communauté Franco-africaine instituant une fédération entre la France et ses colonies.

En 1959, les pays d’Afrique de l’Ouest s’associent au sein de la BCEAO (Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest). Les quatre (4) principes de la coopération monétaire entre la France et les États membres de la zone Franc ont  épousé l’esprit de la fédération, à savoir la mise en commun des ressources financières depuis cette date jusqu’à ce jour:

  • la garantie du Trésor français à la convertibilité en euros des monnaies émises par les trois instituts d´émission de la zone ;

  • la fixité des parités entre l’euro et le franc CFA;

  • la liberté des transferts au sein de chaque sous-ensemble ;

  • la centralisation des réserves de change

Les indépendances de 1960 ont conservé l’esprit et la lettre de la communauté Franco-africaine avec la ferme conviction que « La France n’a aucun intérêt à nous laisser dans les bras de la misère et de la pauvreté ». Toutefois, la foie du Père de la nation avait un prix. Car, en contrepartie de ces principes et de cette profession de foi, les  banques centrales de la zone Franc sont tenues de déposer une partie de leurs réserves de change (65%, révisée à 50% en 1999) auprès du Trésor français sur un compte d’opérations.

Le fonctionnement du compte d’opérations a été formalisé par des conventions successives entre les autorités françaises et les représentants des banques centrales de la Zone franc. Le compte reçoit des dépôts à vue ou à terme en provenance des pays de la zone. La France place ces ressources qui rapportent des intérêts par des opérations de crédit (en partie à l’Afrique). Une partie des intérêts sert à rémunérer le compte d’opérations et l’autre partie est à la discrétion du pouvoir français que l’on retrouvera sous forme d’aides diverses (Ministère de la coopération, assistance militaire au pouvoir ou aux rebelles, Banque Mondiale, FMI, AFD, UE-ACP, UA, BAD, CEDEAO etc.). Par rapport au compte d’opérations ; le trésor français, fonctionne donc comme une banque d’investissement et de commerce pour l’Afrique. Il aurait été plus simple de créer une telle banque dans la zone UEMOA pour disposer de ces énormes ressources en toute indépendance. Mais la France a su sans aucun doute user des arguments tels que les bases militaires pour protéger les États, l’aide, le déficit de cadre au moment des indépendances. Une telle banque aurait eu l’avantage d’être présente partout où le besoin de commercer se ferait sentir notamment dans les pays émergeants.

La confiscation systématique de 50% des avoirs extérieurs de la Côte d’Ivoire par le Trésor français et le libre transfert des avoirs des opérateurs économiques de la Côte d’Ivoire vers la France favorisé par le code d’investissement qui exonère d'impôts les bénéfices des multinationales, réduisent  de manière drastique l’épargne publique et privée. Cette confiscation institutionnelle et systématique de l’épargne oblige la Côte d’Ivoire à emprunter ses propres ressources ainsi confisquées.

A titre d’exemple, le rapport annuel de la Banque de France sur les comptes de la BCEAO indique pour l’année 2010 (en milliards de FCFA) :

- Compte d’opérations: 3 048. 978  FCFA

- Créances sur les banques: 335. 184FCFA

- Créances sur les trésors: 887. 886 FCFA

Ces chiffres démontrent avec éloquence, que depuis toujours, l'apport fait par la zone Franc au trésor français par l’intermédiaire du compte d’opérations est trois fois plus important que le concours fait aux banques et aux trésors de la zone UEMOA. Il faut ajouter à cela la balance au titre des revenus transférés qui est de 735,6 milliards de FCFA favorisée par les codes d’investissements. Pour la France et les françafricains, remettre en cause cette manne tombée du ciel des anciennes colonies, c’est être un criminel.

Par contre, le financement extérieur net de l’économie de la zone UEMOA pour la même année  s’élève à868.6 milliards de FCFA selon la même source. Le montant total des dons est de 870.5 milliards de FCFAsoit au total (financement + aide) 1738 milliards de FCFA. Cela constitue à peine 50% des sommes séquestrées au titre des accords de l’UEMOA.

Il apparaît clairement que, par la BCEAO et le code d’investissement, le FCFA est exporté  en France et nous revient en euro ou en dollar sous forme de dettes et d’aide.

A l’heure de cette mondialisation où tous les pays cherchent à améliorer leurs leviers économiques pour éviter à leurs peuples de subir la crise, continuer à entretenir un pacte qui coûte si cher n’a plus de sens. En tout état de cause, les peuples souverains de la zone UEMOA n’ont jamais donné leur avis sur ces accords qui engagent leur destin après les indépendances, à l’instar des Européens qui se sont prononcés par référendum sur l’adhésion à l’Euro. Ses montagnes de fonds séquestrés par la France depuis les indépendances sont donc frappées d’illégitimité. Cela s’apparente à un bien mal acquis par la France sur ses anciennes colonies dans le cadre d’une fédération qui a disparu depuis 1960 et dont les fondements sont devenus obsolètes.

La dette contractée par la Côte d’Ivoire auprès de la France, est donc une partie de l’argent pris dans les caisses de la Côte d’Ivoire dans l’obscurité des accords signés dans le cadre de la fédération Franco-africaine pour lui faire crédit sous le « soleil des indépendances ». Il en est de même des aides directes et indirectes aux travers des institutions communautaires (Banque mondiale, FMI, UE-ACP, UA, BAD, CEDEAO, etc.). Chaque année, la Côte d’Ivoire indépendante consacre, pour le remboursement de cette « dette » prise dans ses poches, près de la moitié de ses recettes budgétaires faisant progressivement obstacle à toute possibilité d’investissements publics. L’augmentation des charges de l’État due au service de la dette,  combinée à la baisse des recettes d’exportation du cacao, ont fini par rendre l’état insolvable. L’impossibilité de l’état à faire face au service de la dette a engendré, depuis 1982 jusqu’en 2002, neuf (9) plans d’ajustement structurel pour trouver une solution au fardeau de la dette. Le caractère drastique des mesures prises a engendré des crises sociales et une crise politique en 1990. La Côte d’Ivoire est donc mise sous tutelle directe des bailleurs de fonds qui dépêchent en1990 M. Alassane Dramane OUATTARA auprès du Président HOUPHOUET dont l'état de santé ne lui permettait pas le suivi de la gestion quotidienne du pays.

La tornade des mesures prises par les bailleurs de fonds sous la houlette de M. OUATTARA Dramane a eu des conséquences dramatiques dans tous les secteurs économiques et a abouti à l’expropriation économique de l’Etat.

Examinons dans un premier temps le contenu de la solution OUATTARA et ensuite, à travers l’examen de certains secteurs clés de l’économie nous allons mettre en évidence les faiblesses et les conséquences de cette solution.

LA SOLUTION OUATTARA: LE VERITABLE CRIME ECONOMIQUE

Modifier la structure de l’économie ivoirienne était l’objectif affiché des plans d’ajustement structurel. Les années 90 ont accéléré la modification de la structure de l’économie pour faire du secteur privé, entendez des investissements étrangers, le moteur de la croissance là où la Chine et plus généralement des pays d’Asie et d’Amérique du Sud, faisaient le choix de la stratégie combinée « un pays deux systèmes ».

Le programme de privatisation a été la solution OUATTARA.

Le diagnostic effectué à l'époque par  M. Alassane OUATTARA pour proposer ce remède miracle qui a été exposé le 28 novembre 1990 au journaliste du quotidien gouvernemental fraternité-matin suite à un conseil des ministres est le suivant :

« Actuellement, le secteur parapublic compte 140 entreprises et établissements dans lesquels l'État a investi plus de 1.300 milliards de FCFA dans les années 80. Ce chiffre représente aujourd'hui près de 50% du Produit Intérieur Brut, c'est-à-dire la moitié de la production nationale.

Les résultats d'exploitation de certaines de ces entreprises n'ont pas été à la mesure de l'effort d'investissement exceptionnel qui a été consenti par le Gouvernement pour constituer cet important patrimoine.

Les entreprises dans lesquelles l'État détient au moins 51% du capital, ont dégagé des pertes nettes cumulées de 10 milliards de FCFA au cours de la même période.

Par contre, les entreprises du secteur parapublic dans lesquelles l'État est minoritaire, ont globalement dégagé un bénéfice net cumulé de 144 milliards entre 1982 et 1988, soit plus de 20 milliards en moyenne par an. »

L’erreur de diagnostic réside dans  la non-prise en compte de la réalité des rapports non mercantiles entre les sociétés d’État et l’État central à cette époque. En se contentant des données purement comptables sans rentrer dans les mécanismes de gouvernance des entreprises, l’erreur devenait alors inévitable pour un fonctionnaire international non au fait des réalités nationales. Prenons cet exemple simple, pour illustrer l’erreur, tiré de mon expérience de Directeur Général du BNETD (Société d’État au capital de 2 milliards de FCFA) et de membre du comité de privatisation de 2000 à 2010. Le BNETD, en charge de l’étude et du contrôle des grands travaux de l’État, réalisait pour le compte de l’État des études et contrôles pour 7 milliards de FCFA environ et l’État décidait, en fonction de ses ressources financières, de ne payer que 2 milliards de FCFA sous forme de subvention, ce qui avait un impact sur les résultats financiers de l’entreprise qui affichait un déficit cumulé de plus de 9 milliards de FCFA en 2000 et un découvert bancaire de 9 milliards de FCFA cette même année. Au lieu de liquider le BNETD ou de réduire de moitié l’effectif comme le recommandait les bailleurs de fonds, l’État sous le régime du Président GBAGBO, ayant pris la décision d’éviter la privatisation des secteurs stratégiques, a opté pour une restructuration en contractualisant les prestations du BNETD avec l’État et en accroissant son autonomie sur le marché privé et à l’international. En 10 ans, le BNETD est passé d’un déficit cumulé de plus de 9 milliards de FCFA et d’un chiffre d’affaires de 5 milliards, à un chiffre d’affaires de 39 milliards de FCFA, un report à nouveau positif et a augmenté son effectif tout en doublant les salaires pour freiner l’exode de  l’expertise. La situation du BNETD est pratiquement la même que toutes les sociétés d’État.

Cette décision courageuse de restructurer les entités de l'État que de les privatiser a permis de sauver plusieurs entreprises d’État (44 environ). Celles qui attendent d’être restructurées (34), ne le seront certainement jamais compte tenu de la nouvelle orientation de la politique économique  actuelle qui a opté pour le bradage ou la liquidation des entreprises publiques. Le constat de la réussite de cette restructuration a été fait incidemment par l’actuel gouvernement de M. Alassane OUATTARA à travers le communiqué du conseil des ministres du 29 juin 2011 relatif à ce sujet. En effet, un rapport établi par les soins du ministère de l’Économie et des Finances, sur la base des états financiers de fin décembre 2009, révèle que l’État de Côte d’Ivoire détient dans son portefeuille 82 sociétés, dont 30 sociétés d’État et 52 entreprises à participation financière publique. Selon ce rapport, «44 sociétés ont réalisé des résultats nets bénéficiaires d’un montant global de 153,57 milliards de FCFA, 4 sociétés présentent un résultat nul, 14 sociétés ont réalisé un résultat net déficitaire de 113,21 milliards de FCFA, et 20 sociétés n’ont pas produit d’états financiers pour diverses raisons (redressement judiciaire, administration provisoire, arrêt des activités, restructuration, problèmes de gouvernance, etc.)».

Au lieu de continuer dans la logique de la restructuration, hélas, Monsieur Alassane OUATTARA fidèle à sa mission de fonctionnaire international malgré ses habits de Chef de l’Etat fait remarquer, lors de ce même conseil des ministres, « le nombre élevé de sociétés à participation financière publique » et demande  que le nombre de sociétés d’État ou à participation financière publique, soit baissé de 25% au cours des 12 prochains mois»

L’erreur sincère ou intentionnelle (c’est selon) de M. OUATTARA n’a pas permis de guérir le mal contrairement à la Chine ou aux pays d’Asie et à certains pays d’Amérique du Sud mais,  a permis non seulement de dépouiller  le pays de son économie ainsi que de sa souveraineté mais aussi elle a contribué à son immersion dans un océan de pauvreté et de dette.

La politique de privatisation avait donc un objectif idéologique, économique et politique. Poussée par le vent libéral des années 1980, la françafrique a caché son visage sous le masque de la bonne gouvernance et de la lutte contre la pauvreté pour faire main basse sur les économies naissantes par un contrôle direct des entreprises et des États et un dépouillement économique, politique et militaire des pays ciblés. Le secteur privé érigé en panacée et moteur de la croissance s’est révélé le moteur des inégalités, de la dette et du chômage qui minent les États. Les solutions classiques de pillages économiques telles que pratiquées à l’époque de l’esclavage et de la colonisation et qui reviennent avec de nouveaux prétextes avec les guerres de conquête économique (Afghanistan, Irak, Libye, Côte d’Ivoire, Syrie bientôt, etc.) ne donnent aucun résultat face à la concurrence des pays émergeants. Elles enrichissent les multinationales et appauvrissent les États et les peuples occidentaux qui votent périodiquement le changement pour se donner l’espoir d’un lendemain meilleur.

C’est cette politique, dont on connaît tous les méfaits et limites, que M. Ouattara nous sert encore aujourd’hui. Comme hier, il va s’employer à son crime préféré : le bradage du patrimoine de la Côte d’Ivoire. Comme hier on sait qui vend mais sait-on vraiment qui achète ou rachète ?

LES CONSEQUENCES DANS LE SECTEUR ELECTRIQUE

Le secteur électrique était géré de 1952 à 1990 par une société d’État, l’EECI (Énergie, Électrique de Côte d’Ivoire). La Côte d’Ivoire s’est dotée, sous l’impulsion de l’EECI, d’un parc impressionnant de 6 barrages hydroélectriques fournissant en 90, une puissance installée de 600 mégawatts avec un réseau interconnecté.

En 1990, le secteur est en crise avec une dette qui s’élève à 120 milliards de FCFA et des arriérés de consommation de 37 milliards de FCFA soit trois ans de consommations d’électricité par l’État de Côte d’Ivoire, qui, soit dit en passant, consommait presque gratuitement l’électricité.

En 1990, l’État de Côte d’Ivoire confie par concession sur 15 ans la gestion de l’électricité à une société privée  française : la CIE. Le contrat de concession oblige la CIE à verser des redevances à l’État de Côte d’Ivoire et à prendre en charge les entretiens courants, tandis que la dette revenait à l’État ainsi que les investissements lourds. La CIE met fin à la gratuité avec l’État de Côte d’Ivoire et équilibre les finances. L’opérateur français, actionnaire principal et bénéficiaire de la CIE investit dans la production de gaz et des centrales thermiques selon des contrats de type BOT. Aujourd’hui, la CIE fait un chiffre d’affaires de 300 milliards de FCFA avec les 2/3 affectés au payement du gaz dont la production est contrôlée à plus de 50% par l’operateur privé français selon un contrat de type « take or pay » indexant le prix du gaz tiré du sol ivoirien sur le cours mondial  du pétrole. Par conséquent, le prix du gaz payé à l’opérateur augmente de pair avec  la hausse du prix du pétrole sur le marché international. Tout se passe comme si le gaz tiré gratuitement du sol ivoirien était payé sur le marché international et revendu à la Côte d’Ivoire. Ainsi le gaz qui constituait 12% du coût de l’électricité en 1996 coûte aujourd’hui presque 70% soit les 2/3 du revenu du secteur, ce qui assure une montagne de bénéfices aux opérateurs gaziers au détriment de l’ensemble du secteur. Le paiement de la redevance et des taxes est devenu impossibleet le secteur est encore déficitaire à la fin des 15 ans de contrat de concession. En 2005, le secteur enregistrait un endettement de 112 milliards de FCFA soit exactement 112 540 254 795 FCFA non loin de la situation de 1990. Le mode de paiement du secteur privilégie d’abord les opérateurs gaziers, les producteurs indépendants, ensuite la CIE et en dernier ressort l’État. La crise touche donc directement la CIE et l’État tout en protégeant les gaziers et les producteurs indépendants. En 2005, alors que le pays est sous occupation de l’armée française et de l’ONUCI et que les cabinets ministériels sont repartis entre les loyalistes et les rebelles à Linas Marcoussis et Kléber, le contrat est par la force des choses renouvelé pour 15 ans et l’opérateur français allège sa présence à la CIE pour se mettre à l’abri du déficit du secteur en se concentrant sur le secteur gazier et la production indépendante d’électricité.

« Le Fonds Monétaire International a appelé le vendredi 11 mai 2012, à des réformes dans le secteur de l'énergie en Côte d'Ivoire, à l'occasion du versement des 100 millions de dollars d'un prêt au pays, soit environ 50 milliards de FCFA. Le FMI a appelé à assurer l'avenir de la Compagnie Ivoirienne d`Electricité (CIE) par "de nouvelles mesures, y compris des hausses des tarifs" ». Rapporte le quotidien Notre Voie dans sa livraison du 14 Mai 2012.

Sans faire le constat amer de l’échec de la reforme, la population est sollicitée pour plus de sacrifices en vue de continuer à enrichir les gaziers.

La solution à court terme ne consiste pas à augmenter le prix de l’électricité, ce qui constitue un vrai crime, mais à réduire la part gaz dans le secteur de l’électricité comme le voulait le dernier gouvernement AKE NGBO (emprisonné pour crime économique) en déconnectant le prix du gaz du prix international du pétrole et en optant pour un contrat de type « cost plus » qui prend en compte uniquement le coût de production du gaz et une marge bénéficiaire acceptable. A long terme, pour faire face à la dette du secteur, au vieillissement du réseau et des transformateurs électriques, il sera nécessaire de déclarer le secteur électricité comme secteur stratégique et opérer les reformes correspondantes. L’accroissement de la production de gaz et de l’électricité ne servira à rien si le réseau de transport et de distribution s’effondre.

LES CONSEQUENCES DANS LE SECTEUR AGRO INDUSTRIEL ET CHIMIQUE

Les sociétés expropriées à la Côte d’Ivoire, du fait de Monsieur OUATTARA, sont légion. Plusieurs entreprises du secteur agro industriel sont passées à la casserole de la privatisation(nouveau nom du crime économique) malgré les performances de ces entreprises partiellement ou totalement gérées par l’État qui, pour certaines étaient dans des difficultés conjoncturelles réversibles. Ce sont, entre autres :

COSMIVOIRE, NOVALIM/NESTLE, CAPRAL/NESTLE, FILTISAC, SAPH, SICOR, SODESUCRE, SOGB, PFCI (conserve de thon), SACO, SODERIZ, CHOCODI, COCOTERAIE (Fresco, Grand-Lahou, Jacqueville, Assinie), TRITURAF, CIDT, RANCH (Marahoué, Sipilou, Badikaha) etc.

Le calcul des valeurs nettes des entreprises à privatiser prenait en compte la dette, ce qui permettait de sous évaluer ces entreprises. À la vente de ces entreprises, la dette revenait à l’État et les actifs au Privé (socialiser la dette et privatiser le profit) généralement à une multinationale avec divers prétextes. Souvent le paiement de la valeur nette est directement puisé dans la trésorerie de l’entreprise et l’opération est ainsi bouclée. Le chiffre d’affaires moyen de ces entreprises depuis 1990 oscille autour de 20 milliards de FCFA pour la plupart. Pour la trentaine d’entreprises du secteur agro industriel, c’est donc pas moins de 10 000 milliards de chiffres d’affaires cumulés pendant plus de 20 ans ! Comparés au « cadeau du PPTE » c’est la mer qui se débarrasse de quelques gouttes d’eau par évaporation, formant des nuages et revenant sous forme de… pluie de milliards.

Il apparaît clairement que la Côte d’Ivoire gagne moins en espérant une pluie de milliards qu’en réalisant son indépendance économique.

LES CONSEQUENCES DANS LE SECTEUR CACAO

Le secteur cacao  a été un grand bénéficiaire de la dette et est resté le dernier refuge du peuple ivoirien dans son segment primaire. Poumon de l’économie ivoirienne, il a permis de diversifier l’économie ivoirienne, de moderniser le pays et d’opérer une redistribution plus ou moins juste de la richesse nationale à travers la Caistab, société d’Etat en charge du secteur jusqu’en 1999.

Imaginer un seul instant qu'à l'époque, les revenus captés par la Caistab, au lieu de servir au financement de la Côte d’Ivoire moderne, allaient à un opérateur privé externe ! La Côte d’Ivoire ne se serait pas modernisée et serait à l’image d’un grand campement, propriété de cet opérateur immensément riche dans son pays.

La guerre du cacao et l’aveuglement idéologico-politique qui a présidé à la liquidation de la caistab nous conduisent tout droit vers ce que la Côte d’Ivoire a su éviter pendant 30 ans. La guerre du cacao avait pour objectif de faire main basse sur la manne qui arrosait la Côte d’Ivoire.

Cette guerre du cacao commencée en 1932 par le Président Félix HOUPHOUET-BOIGNY et remportée par lui en 1960 apermis au peuple de Côte d’Ivoire de se doter des moyens de son développement. Cela a aussi permis, à travers les bourses, à des élèves et étudiants de milieu modeste de poursuivre par le mérite leurs études et enfin à la Côte d'Ivoire de former des cadres sans distinction d'ethnie ni de milieu social. La crise qui a frappé la Côte d’Ivoire en1990 a été l’occasion rêvée pour les multinationales de reprendre l’offensive. À la faveur de la libéralisation du secteur en 1990, les grands négociants mondiaux du cacao sont autorisés à s’impliquer dans la commercialisation interne du cacao. En 1999, la Caistab est dissoute, les négociants remplacent la Caistab et s’emparent de la commercialisation interne et externe du cacao. Sur une production annuelle de 1 200 000 tonnes et sur un cours mondial variant entre 1000 et 2000 FCFA, la commercialisation du cacao produit 1000 à 2000 milliards de FCFA par an dont plus de la moitié est empochée par les négociants (ce qui revenait à la Caistab et permettait la modernisation du pays) et le reste distribué entre les paysans, les pisteurs et petits commerçants et l’État de Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire est ainsi dépouillée au profit des négociants. Leur dernier combat reste la main mise sur l’autre moitié de la manne financière en liquidant l’État (ce qui est fait) et en chassant les paysans de leur terre par un génocide programmé (en cours d’exécution) et en votant un nouveau code foncier rural pour faire main basse sur les plantations de cacao comme cela s’est déjà produit dans le secteur palmier, hévéa, banane et ananas. Le contrôle vertical total de la filière par les négociants reste l’objectif principal de la guerre du cacao.

En 20 ans de libéralisation, ce n’est pas moins de 20 000 milliards de FCFA qui se sont envolés des plantations au profit des négociants. Comparé au « cadeau du PPTE » c’est la mer qui se débarrasse de quelques gouttes d’eau par évaporation, formant des nuages et revenant sous forme de… pluie de milliards.

Il apparait clairement que la Côte d’Ivoire gagne moins en espérant une pluie de milliards qu’en réalisant son indépendance économique. L’ambition du Gouvernement AKE NGBO, était justement d’assurer le contrôle interne et externe de la commercialisation du cacao. Il est en prison pour crime économique.

LES CONSEQUENCES DANS LE SECTEUR FINANCIER

Grand bénéficiaire des dettes, le secteur financier a obtenu un volume important de financement pour  les crédits à tous les secteurs de production dont l’agriculture et les infrastructures. M. Ouattara a annoncé la privatisation et /ou la liquidation des banques publiques dès son installation par les bombes françaises. Cette mesure était exigée de la Côte d’Ivoire depuis le programme d’ajustement du secteur financier (PASFI), lancé au début des années 1990 par le même Ouattara. Ce programme se traduira par une réduction de la présence des opérateurs nationaux dans le secteur, laissant la place largement aux banques françaises. La mesure a été reprise par les programmes de réforme des bailleurs de fonds qui se sont succédés. Le Président Gbagbo a toujours refusé de s’y soumettre. C’est cette obsession de la liquidation des banques nationales qui habite encore M. Ouattara, surtout après l’admirable résistance dont elles ont fait preuve en devenant le fer de lance d'une alternative au système françafricain face à la fermeture des banques pendant la crise postélectorale.

La privatisation ou la liquidation des banques publiques en côte d’Ivoire est plus qu’une erreur, c’est une faute grave. Le bradage des fruits des efforts déployés depuis plus de 10 ans pour sauver des banques publiques (BNI et BHCI) et privées qui étaient en difficulté (Versus Bank et BFA). Les banques françafricaines qui dominent le marché financier ont une double vocation : collecter et rapatrier des fonds en France et encourager la consommation des produits importés. Le crédit à la consommation domine le portefeuille de ces banques. Pour ces banques françafricaines, l’agriculture est considérée comme un secteur à risque tout comme les PME/PMI. Seul l’Etat peut prendre ce risque en innovant. C’est la raison fondamentale du choix de restructuration des banques par le pouvoir GBAGBO et le sauvetage des banques fermées pendant la période de crise par le Gouvernement AKE NGBO (emprisonné pour crime économique) pour asseoir une véritable indépendance financière en vue de relancer la machine économique à travers le financement de l’agriculture et des PME/PMI.

Il est étonnant que l’on puisse assister à un tel aveuglement idéologique aujourd’hui encore après que les Etats soient intervenus massivement et directement dans les banques aux USA et en Europe en 2008 dans le cadre de plans de sauvetage élaborés pour faire face à la crise financière sans précédent qui a éclaté du fait des comportements à risques et des excès des banques privées. Aujourd’hui même, il est proposé de créer en France une banque publique d’investissements pour soutenir les PME/PMI nécessaires à une dynamique de croissance. On ne peut pas comprendre la solution Ouattara, qu’en la replaçant dans le cadre de la récompense à ses parrains qui est sa mission première.

 

CONCLUSION

La dette apparaît donc, en dernière analyse, comme le fruit de la magie des accords de coopération entre la Côte d’Ivoire et la France dans le cadre de la communauté franco-africaine. La France a prêté un bien mal acquis pris dans les poches de ses obligés. Les fruits des investissements de cette dette dans les secteurs clés de l’économie à savoir: l’énergie, les mines, les télécommunications, le cacao, l’agro industrie, les banques, etc. sont retournés par le jeu de la privatisation vers le prêteur principal et ses alliés. Le coût du cadeau se résume donc en une tornade ayant emporté tout sur son passage en expropriant économiquement et financièrement l’Etat de Côte d’Ivoire avec le retour de la politique de la main tendue. Le désir de souveraineté politique, économique, monétaire et financière incarné par Laurent GBAGBO et devant être mise en œuvre par le gouvernement AKE NGBO était donc jugé criminel pour les françafricains. La guerre contre la Côte d’ivoire avait pour but de mettre fin à ce désir et à dépouiller la Côte d’Ivoire de son moyen de résistance : sa souveraineté politique. L’expropriation de l’armée régulière au profit de « tirailleurs françafricains » par la France et l’ONUCI, la destruction des archives de l’Etat et de l’université pour faire oublier les années d’indépendance et réécrire une autre histoire et éditer d’autres documents, le mépris des prescriptions constitutionnelles, ont pour objectif la restauration de la françafrique et  la fin de cette souveraineté. Il ne faut donc pas chercher loin, le vrai « crime »  économique dont on accuse le Président GBAGBO et son gouvernement est donc le désir de mettre fin à 50 ans de biens mal acquis.

Il ne reste au peuple que la vie, la parole et la terre comme moyens de résistance mais aussi, les cibles actuelles de la barbarie des démocrates et républicains de l’âge de la pierre taillée qui dialoguent avec des amulettes, des gourdins et des armes pour faire taire les journaux et les libertés publiques, ôter la vie et exproprier des terres.

Tant que le système françafricain restera en l'état, la reconstitution de la dette sera pour bientôt, car dans les conditions actuelles, l’épargne est impossible à constituer et la mendicité financière est l’unique solution. Or une croissance dont les facteurs  sont essentiellement étrangers n’engendre des revenus que pour l’extérieur. Dans ce cas, la lutte contre la pauvreté se transformera en guerre contre les pauvres pour leur arracher la vie, la parole et la terre, seuls biens restants.

A la lumière de l’expérience ivoirienne, il apparaît clairement que l’aide coûte toujours plus cher que sa valeur monétaire. La quête de l’indépendance économique, financière et monétaire est criminalisée. Or, l’Afrique n’a  pas besoin d’aide mais plutôt de justice économique et, surtout, d’indépendance économique, financière et monétaire.

La question que nous sommes en droit de nous poser aujourd'hui, est de savoir s'il n'y a pas d'autres formes de partenariat avec la France qui puisse permettre une sortie de crise mutuelle puisqu’un seul pauvre en Afrique ou ailleurs est une opportunité de croissance en moins donc un emploi en moins en occident. La pauvreté de l’Afrique restreint donc la consommation et a un impact certain sur la croissance de l’occident.

Si le déficit de cadres dans les années 60 a justifié la dépendance économique, financière et monétaire formalisée par les accords qui fondent la françafrique, ces accords sont devenus une chaîne avec l’excès de cadres. L’étape actuelle et future de l’histoire de l’Afrique exige leur annulation pure et simple  pour libérer l’énergie créatrice du continent afin de stimuler la croissance mondiale et cela sans difficulté si, comme le pensait HOUPHOUET-BOIGNY « La France n’a aucun intérêt à nous laisser dans les bras de la misère et de la pauvreté ». La minorité franco-africaine, regroupée en partie au sein du CAC 40, bénéficiaire de la Françafrique a donc choisi la guerre pour s’imposer à la majorité et sans résultat effectif pour cette majorité qui souffre encore du chômage et de la dette malgré les multiples guerres de pillage en Afrique et ailleurs.

Telle est la face économique hideuse de la guerre contre la Côte d’Ivoire et partant de la guerre de la minorité multinationale  contre le reste du monde.

Œuvrons ensemble pour construire l’unité  par la réconciliation inclusive et bâtir un espace de liberté, de sécurité et de justice consensuelles où la force des idées guide le choix du peuple et non la force des armes pour réaliser l’idéal promis à l’humanité : « tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en dignité et en droit » (art. 1 de la déclaration universelle des droits de l’homme).

            

DON MELLO Ahoua


Docteur Ingénieur, Ponts et Chaussées

DG DU Bureau National d’Etudes Techniques et de Développement (BNETD) 2000-2010

Administrateur de la Banque Nationale d’Investissement (BNI) 2000-2010

Administrateur de la CAPEC (Cellule d’Analyse des Politiques Economiques) 2000-2010

Membre du Comité de Privatisation 2000-2010

Ministre de l’Equipement et d’assainissement du Gouvernement AKE NGBO

Membre de la Coordination FPI en exil.


SourceABIDJAN DIRECT.NET

samedi, 08 septembre 2012

L’INITIATIVE PPTE: ENTRE ILLUSION ET ARNAQUE

 

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Dans les années 1980, les crises financières liées à l’impossibilité pour un nombre croissant d’Etats d’assurer le remboursement de leur dette se sont multipliées. Alors qu’au départ, les pays riches considèrent qu’il s’agit d’évènements ponctuels liés à une mauvaise gouvernance dans ces pays, à partir du sommet du G7 de Toronto de 1988, la dette est reconnue comme un problème structurel. Les États riches tentent alors d’organiser des rééchelonnements et quelques mesures d’allégements bien maigres pour les nombreux pays qui accumulent des arriérés de paiement et doivent rencontrer leurs créanciers de plus en plus souvent pour obtenir des délais de paiement. Ces mesures vont à chaque fois s’avérer insuffisantes et inadaptées, si bien que le problème de la dette demeure entier.

Même les quelques annonces fort médiatisées d’annulations qui ont eu lieu depuis 1990 sont bien décevantes. Des allégements ont été réservés aux alliés stratégiques des États-Unis ou des quatre autres grandes puissances (Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne). En 1996, face à l’ampleur prise par la crise de la dette, les grands argentiers du monde conçoivent une nouvelle initiative d’allégement, encore en vigueur, très médiatisée et non dénuée d’arrière-pensées : c’est l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés, en anglais HIPC pour Heavily Indebted Poor Countries).

L’initiative PPTE, lancée au sommet du G7 de Lyon en 1996 et renforcée à celui de Cologne en septembre 1999, est censée alléger la dette des pays pauvres et très endettés. Mais elle est mal née : elle ne résout rien. Elle ne concerne qu’un petit nombre de pays très pauvres (42 pays seulement, représentant 11% de la population des pays en développement) et son but se limite à rendre leur dette extérieure soutenable. Le FMI et la Banque mondiale essaient d’alléger la dette juste ce qu’il faut pour mettre fin aux arriérés et aux demandes de restructurations. Pas plus ! On verra qu’ils ne vont même pas y parvenir. Mais surtout ils profitent de cette initiative qui semble généreuse pour imposer un renforcement de l’ajustement structurel et de nouveaux prêts. Malgré une apparence de changement, la logique demeure.

Le mécanisme officiel

Pour bénéficier d’un allégement de dette dans le cadre de l’initiative PPTE, les étapes sont nombreuses et exigeantes, et nécessitent un temps démesurément long.

Tout d’abord, les pays susceptibles d’y prétendre doivent, selon le FMI, « avoir un degré d’endettement intolérable » et « établir des antécédents positifs dans la mise en œuvre de réformes et de bonnes politiques économiques au moyen de programmes appuyés par le FMI et la Banque mondiale ». Il s’agit d’un véritable parcours du combattant. Le pays concerné par cette initiative doit d’abord signer un accord avec le FMI afin de mener pendant une période de trois ans une politique économique approuvée par Washington. Cette politique s’appuie sur la rédaction d’un Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP). Ce document, assez long à rédiger, est intérimaire dans un premier temps. Il présente la situation économique du pays et doit préciser dans le détail la liste des privatisations, les mesures de dérégulation économique permettant de générer des ressources pour le remboursement de la dette d’une part, et comment d’autre part les fonds résultant de l’allégement seront utilisés, notamment pour lutter contre la pauvreté. On voit la contradiction. Officiellement, le DSRP doit être rédigé « selon un vaste processus participatif », en collaboration avec la société civile locale.

À l’issue de cette période de trois ans, le FMI et la Banque mondiale cherchent à savoir si la politique suivie par ce pays est suffisante pour lui permettre de rembourser sa dette. Le critère retenu pour déterminer une éventuelle insoutenabilité de la dette est le rapport entre la valeur actuelle de sa dette et le montant annuel de ses exportations. Si ce ratio est supérieur à 150 %, la dette est estimée insoutenable |1|. Dans ce cas, ce pays atteint le point de décision et est déclaré admissible à l’initiative PPTE.

Il bénéficie alors de premiers allégements (dits « intermédiaires »), portant uniquement sur le service de la dette pour la période couverte par l’accord avec le FMI.

Un pays ayant atteint favorablement le point de décision doit alors poursuivre l’application des politiques agréées par le FMI et rédiger un DSRP définitif. La durée de cette période varie entre un et trois ans, elle est déterminée par la rédaction du DSRP et la mise en œuvre satisfaisante des réformes-clés convenues avec le FMI. Ces réformes-clés correspondent en fait à un renforcement de l’ajustement structurel des années 1980 et 1990.

Puis arrive le point d’achèvement. Le pays bénéficie alors d’une annulation du stock de sa dette bilatérale selon les termes de Cologne : officiellement, 90% du stock de sa dette non-APD pré-date butoir, que l’on a bien souvent du mal à voir dans la pratique. Le poids du remboursement de la part multilatérale de sa dette est allégé, sans recourir à une annulation véritable, de façon à permettre au pays de revenir à une dette globale soutenable selon les critères du FMI.

À propos des prétendus allégements de la part multilatérale, un fonds appelé fonds fiduciaire PPTE (en anglais trust fund) a été créé. Il est géré par l’AID, une branche de la Banque mondiale. Les pays riches et les institutions multilatérales sont incités à contribuer à ce fonds. Les sommes récoltées sont placées sur les marchés financiers, contribuant ainsi au gonflement de la bulle spéculative. Les bénéfices perçus sont destinés à financer les allégements : les institutions multilatérales, qui ont décidé de ne rien annuler même si elles en ont les moyens, piochent dedans pour se rembourser. Ainsi, que le remboursement provienne du trust fund ou des PED (pays en développement), rien ne change pour le FMI et la Banque mondiale. Parler d’annulation dans ces conditions est un abus de langage, volontaire pour servir leur image de marque. Ne nous y trompons pas : il n’y a pas d’annulation de dette multilatérale.

Au total, les PPTE sont au nombre de 42, dont 34 pays d’Afrique subsaharienne (dont Madagascar), auxquels il convient d’ajouter 4 pays d’Amérique latine (le Honduras, le Nicaragua, la Bolivie, le Guyana), 3 pays d’Asie (le Laos, le Vietnam et Myanmar) et le Yémen. Mais ils ne seront pas tous bénéficiaires d’allégements. En effet, le Laos ne demande pas à profiter de cette initiative, parce que ses dirigeants jugent qu’elle apporte plus d’inconvénients que d’avantages. De plus, 4 pays sont arrivés au point de décision et ont eu une réponse négative : l’Angola, le Kenya, le Vietnam et le Yémen. Leur endettement est jugé soutenable, même si par exemple l’Angola, ravagé par 25 ans de guerre civile entretenue par les multinationales pétrolières, a dû affronter en 2002 une famine sans précédent sur son territoire... Enfin, les prévisions indiquent que trois autres pays ne sont pas en mesure de bénéficier de l’initiative (à cause d’un état de guerre ou d’un manque de coopération avec les pays riches) : le Liberia, le Soudan et la Somalie, ainsi sanctionnés parce qu’ils ne sont pas politiquement corrects. L’initiative PPTE concerne donc au mieux 34 pays.

Voilà pour l’aspect officiel. Mais on ne peut en rester là : tout cela mérite un bilan et de multiples observations pour comprendre ce qui se trame en coulisses.

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Les résultats de l’initiative PPTE

En novembre 2003, 27 pays avaient atteint le point de décision, et huit d’entre eux avaient atteint le point d’achèvement : l’Ouganda, la Bolivie, le Mozambique, la Tanzanie, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali et le Bénin.

Selon le FMI, qui fait dans la propagande, l’économie pour ces 27 pays atteint 40 milliards de dollars, sans préciser qu’ils en profiteront souvent par une réduction des remboursements sur plusieurs dizaines d’années, pendant lesquelles d’ailleurs la dette aura eu mille occasions de se reconstituer...

En ce qui concerne le fonds fiduciaire PPTE, le total des fonds promis par les États riches atteint 2 sur remboursements accordées par les institutions multilatérales. En règle générale, le FMI et la Banque mondiale sont très peu loquaces sur le contenu actuel de ce fonds et sur sa possibilité de financer effectivement tous les allégements promis. Mais ils admettent en coulisse que si les gouvernements ne tiennent pas leurs promesse, 6 milliards de dollars. Les contributions versées depuis 1996 s’élèvent pour l’instant à environ 1,6 milliards de dollars (une misère !). Le FMI y a contribué par la vente d’une partie de son stock d’or (pour 800 millions de dollars). Comme nous l’avons dit, ces sommes serviront à financer les remises, ils ne le pourront pas non plus.

Les limites de l’initiative PPTE

Primo, il ne s’agit pas de libérer le développement des PPTE, mais modestement de rendre leur dette soutenable. La différence est de taille : on va annuler juste ce qu’il faut pour faire payer les PED au maximum de leurs possibilités. En fait, on annule essentiellement les créances impayables. L’initiative PPTE est avant tout destinée à garantir la pérennité des remboursements et à dissimuler le renforcement de l’ajustement structurel sous une apparence de générosité. En 2001, soit cinq ans après le début de l’initiative, les 42 PPTE ont transféré des sommes colossales au Nord : le transfert net sur la dette a été négatif pour eux d’environ 320 millions de dollars.

Deuzio, outre la faiblesse des montants concernés, l’insuffisance de l’initiative PPTE porte aussi sur le nombre de pays bénéficiaires : il faut être très pauvre et très endetté pour pouvoir prétendre à de tels allégements. Ainsi le Nigeria est très endetté, mais comme il s’agit d’un pays producteur de pétrole, il n’est pas jugé assez pauvre. Haïti, un des pays les plus pauvres de la planète, n’est pas jugé assez endetté pour être éligible. Et les pays où vivent la plupart des pauvres de la planète ne sont pas concernés : la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Brésil, l’Argentine, le Mexique, les Philippines, le Pakistan, etc. Comment espérer sortir de l’impasse financière actuelle où sont plongés tous les PED avec une telle initiative ? Et même pour les PPTE, les accords passés dissimulent de nouveaux prêts, qui vont faire repartir à la hausse le stock de la dette. La mécanique infernale est toujours enclenchée…

Surtout que les prévisions du FMI et de l’AID pour les pays endettés se sont révélées bien trop optimistes, c’est reconnu désormais au sein même de ces institutions. Les allégements, calculés sur une situation économique quasi-paradisiaque, sont donc insuffisants à un point tel que la dette de certains pays ne parviendra même pas à devenir soutenable à la fin de l’initiative. Le comble !

Même si toute réduction est théoriquement la bienvenue, c’est cher payer la mainmise totale du FMI sur l’économie de ces pays. Car le DSRP, qui doit être approuvé par le FMI, ne résiste pas à l’analyse : il est l’héritier des fameux plans d’ajustement structurel des 20 dernières années. Seul le nom a changé : « Stratégie de réduction da pauvreté », c’est beau, ça sonne social, mais c’est de l’ajustement structurel ! Un PAS revu, et même pas corrigé, sinon par quelques projets de lutte contre la pauvreté ciblés et souvent incompatibles avec les objectifs de croissance fixés. A tel point que le Laos a refusé d’y participer...

Le DSRP doit officiellement être rédigé en concertation avec la société civile. Dans la pratique, ce point relève souvent de la manipulation. Certaines organisations non-gouvernementales (ONG) du Sud sont inscrites parfois à leur insu aux différents ateliers conduisant à la rédaction du document. Elles sont souvent prévenues fort tard des réunions, ou reçoivent les documents au dernier moment. Elles ont rarement le temps de préparer efficacement les rencontres avec les représentants du gouvernement et des différents organismes qui ont de toute façon la majorité pour décider. Les ONG à l’extérieur de la capitale ne sont pas associées en général, on a même vu un ministre demander aux ONG de signer ce bon document qu’est le DSRP et de ne pas montrer de désaccord devant des étrangers pour ne pas nuire à la crédibilité du pays... Ainsi, au Burkina Faso, la participation de la société civile s’est limitée à une réunion de 90 minutes avec les « donateurs ». Certains gouvernements vont jusqu’à créer leur propre ONG pour faciliter les convergences avec la société civile. Processus participatif ? Poudre aux yeux...

Par ailleurs, les critères sélectionnés pour mesurer la soutenabilité de la dette ont deux particularités.

 Ils sont discutables : comment décider qu’un pays va ou non pouvoir bénéficier d’allégements pour réduire la pauvreté chez lui en étudiant juste un ratio ? 149 %, ah ! dommage, vous vous débrouillerez tout seul, mais on compatit...

 Ils sont complexes, sans doute à souhait, pour en discuter entre experts seulement, et pour que l’étroitesse de l’initiative ne saute pas aux yeux. Pas de chance pour eux, des militants d’associations comme le CADTM, qui dispose d’un réseau international, n’hésitent pas à mettre le nez dedans pour les dénoncer avec force. La CNUCED ou la Commission des droits de l’homme de l’ONU publient également des rapports très critiques sur cette initiative.

Le premier pays bénéficiaire a été l’Ouganda, allié des États-Unis dans la région des Grands Lacs, le levier géopolitique est dès lors bien clair. Les quelques sommes qui ont été libérées pour la vitrine sociale de l’initiative PPTE (à savoir la réduction de la pauvreté, par ailleurs décuplée par les autres mesures-clés) ont servi à l’Ouganda pour la gratuité de l’école primaire. Les taux de scolarisation ont bondi, mais la chute du cours du café, dont l’Ouganda est fortement dépendante, ont privé le pays de ressources équivalentes à celles libérées par l’initiative PPTE. Retour à la case départ donc…

Au niveau bilatéral, la question de l’additionnalité des sommes dégagées est cruciale. Il serait fâcheux que ces sommes soient prélevées sur d’autres aides octroyées aux PED. Pour le moment, il est permis d’être inquiet ! Le cas de la France est assez éclairant. Elle a mis en place le procédé de refinancement par don, via des contrats de désendettement-développement (C2D) : le PPTE rembourse ses échéances à la France qui reverse très vite la même somme sur une ligne spéciale à la banque centrale de ce pays. L’utilisation des sommes ainsi dégagées est décidée conjointement par le gouvernement du pays et l’ambassadeur de France, ce qui place une partie du budget de ce PPTE sous tutelle française ! Mais surtout, la somme reversée par la France est comptabilisée comme aide publique au développement, alors que cette APD n’a toujours pas été augmentée en conséquence. Donc cette non-annulation (car le lien n’est pas coupé entre créancier et débiteur) se fait au détriment de projets qui devaient être financés par l’APD. Si ce n’est pas de l’arnaque, cela y ressemble...

En fait, l’initiative PPTE sert avant tout à renforcer et à relégitimer les politiques d’ajustement structurel imposées par la Banque mondiale et le FMI. Le message délivré est en quelque sorte le suivant : « Si vous faites la politique que nous préconisons, vous n’aurez plus un endettement insoutenable. Mieux, nous vous prêterons de l’argent afin que vous puissiez mener les politiques que nous recommandons. » C’est un nouvel instrument de domination très habile, qui permet aux institutions de Bretton-Woods de se dégager de toute responsabilité dans la montée de l’endettement et de mettre de leur côté les gouvernements du Sud.

Voilà pourquoi de nombreux citoyens, surtout au Sud, pensent que l’initiative PPTE fait partie du problème, pas de la solution...

 

Notes

|1| Pour être complets, signalons que certains pays très pauvres sont particulièrement ouverts et ont un montant annuel d’exportations élevé. Malgré un surendettement important, leur dette pourrait être considérée comme soutenable selon le critère choisi. Pour élargir l’initiative à ces pays, on a ajouté un autre critère : pour les pays ayant un rapport exportations/PIB supérieur à 30 % et un rapport recettes budgétaires/PIB supérieur à 15 % (pour s’assurer que le niveau de recettes mobilisées est satisfaisant), le critère choisi pour l’insoutenabilité de la dette est un ratio valeur actuelle de la dette sur recettes budgétaires supérieur à 250 %. C’est ce critère qui a permis de déclarer éligibles à l’initiative PPTE des pays comme la Côte d’Ivoire ou le Guyana.

 

Article publié sur le site malgache : www.gazetynety.org.

 

Damien Millet, le 2 décembre 2003.

vendredi, 20 juillet 2012

PPTE: L'INFORTUNE AVEC OUATTARA


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Depuis le 26 juin 2012, la Côte d’Ivoire a atteint le point d’achèvement de l’Initiative des Pays Pauvres Très Endettés (IPPTE), un objectif poursuivi par les autorités gouvernementales depuis la création de ce mécanisme de désendettement en 1996.

C’est le Président Bédié qui a commencé les négociations et obtenu l’éligibilité de la Côte d’Ivoire en 1998. Le Président Gbagbo a poursuivi et presque finalisé le travail en faisant franchir les étapes décisives à la Côte d'Ivoire. Ouattara ne fait donc que récolter les dividendes des actions menées par ses prédécesseurs, alors même que ses actes et sa gouvernance empêchent la Côte d’Ivoire de jouir pleinement de l’IPPTE.

En effet, c’est à Ouattara qu’incombe la responsabilité du retard accusé dans l’obtention du PPTE, après 32 autres pays sur les 41 admissibles. A deux reprises, notre pays était sur le point d’obtenir le point de décision, mais à chaque fois, les ambitions de pouvoir de Ouattara ont repoussé l’échéance. Ce fut d’abord le coup d’Etat de décembre 1999 qu’il a revendiqué et qui a ruiné les espoirs de reprise des négociations de l’initiative. Puis vint la rébellion de septembre 2002 qui visait à l’installer au pouvoir alors que le point de décision était prévu pour le dernier trimestre de 2002. L’instabilité politique qui s’ensuit ne permettra pas des négociations pour le PPTE jusqu’en 2007. Enfin, c’est la crise postélectorale à partir de décembre 2010, née du refus de Ouattara de se soumettre pour la énième fois à une décision juridictionnelle et la guerre consécutive qu’il a enclenchée, avec l’appui de son ami Sarkozy, qui ont retardé l’atteinte du point d’achèvement attendue en 2011, mais finalement accordée en juin 2012.

Les dégâts provoqués par ces  différentes secousses politiques expliquent la nature des investissements qui seront en définitive réalisés dans le cadre du PPTE. En effet, ceux-ci seront en grande partie consacrés à la réhabilitation de ce que la rébellion et la guerre de Ouattara ont détruit dans les secteurs prioritaires (éducation, santé et infrastructures). Certes, un nouveau souffle sera donné aux routes non entretenues depuis le coup  d’Etat de 1999 ou aux écoles et centres de santé sinistrés par la rébellion, et certaines infrastructures sans cesse reportées (3e pont d’Abidjan) seront réalisées.

Mais, ces piètres ambitions n’étaient pas celles affichées par nos dirigeants quand ils plaçaient beaucoup d’espoir sur l’IPPTE qui aurait certainement offert plus d’opportunités et de perspectives, si elle avait été obtenue sans la rébellion et la guerre de Ouattara. Les investissements attendus  n’apporteront qu’une plus-value dérisoire, sans commune mesure avec les ambitions des douze travaux de « l’éléphant d’Afrique » qui, quoi qu’on en dise, complétaient opportunément les infrastructures de base des trois premières décennies de l’indépendance et ouvraient des perspectives pour une Côte d’Ivoire encore plus flamboyante. Paradoxalement, ces investissements ne nous permettront pas non plus de réaliser l’assurance maladie universelle et l’école obligatoire (jusqu’en 3e) alors que le PPTE constituait une belle opportunité pour les incruster durablement dans le paysage économique et social de la Côte d’Ivoire. Ces deux pans du projet de société du Président Laurent Gbagbo s’inscrivaient en droite ligne dans les objectifs de l’initiative. Quelle perte de chance quand on connaît l’effet structurant de l’assurance maladie à l’exemple de la France! Quelle perte de chance quand on connaît le rôle de l’éducation dans tous les pays du monde ! « Un trésor est caché dedans » confiait Jacques Delors.

Ces programmes de gouvernement nous propulsaient mieux dans les sillons d’un pays émergent dans un horizon plus rapproché que les incantations servies par les vendeurs d’illusions, spécialistes de la communication mensongère.

Ouattara, un obstacle à la pluie de milliards

D’ailleurs, il faut garder à l’esprit que les ressources du PPTE sont constituées par les ressources que la Côte d’Ivoire réussira à  rembourser au titre de sa dette remise. Comment constituer ce pactole si les comzones de Ouattara continuent de capter une bonne partie des ressources publiques à leur seul profit? C’est aussi un secret de polichinelle qu’une grande quantité du cacao produit en Côte d’Ivoire transite par le Burkina Faso et est exportée à partir du port d’un autre pays. Ce trafic illégal provoque un manque à gagner pour les ressources de l’Etat, puisque le DUS (droit unique de sortie) dû sur chaque kilogramme de cacao ne peut plus l’être. C’est le Burkina qui prélève désormais des taxes sur le transit de cette marchandise, augmentant d’autant les ressources de son budget. Des observateurs évaluent à 200 000 tonnes le cacao qui échappe ainsi au circuit ivoirien. En y ajoutant le trafic portant sur toutes les autres ressources (minières, ligneuses etc.), on mesure l’ampleur des revenus qui auraient pu venir abonder le financement PPTE.

Le budget de l’Etat ne peut que ressentir négativement ce manque à gagner d’autant que la dette ivoirienne étant redevenue supportable en conséquence de l’atteinte du point d’achèvement – c’est d’ailleurs l’objectif visé par l’IPPTE – l’Etat va recommencer à payer les échéances de la dette hors PPTE évaluée à 4000 milliards de F. CFA.  Il devra aussi respecter ses échéances de paiement.

Il convient de noter que, compte tenu de la structure de la dette publique ivoirienne, une grande partie de cette annulation (1300 milliards de F.CFA) devra être accordée par la France à travers les contrats de Désendettement et Développement (C2D). Ce mécanisme prévoit le remboursement effectif de la dette, à chaque échéance, au trésor français qui ensuite reversera la somme correspondante dans un compte séquestre ouvert à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Ces fonds, transformés en dons devraient servir à financer des programmes de lutte contre la pauvreté.

Non seulement les C2D sont négociés, mais la gestion du processus d’allocation des ressources est assurée par des organes dans lesquels la partie française est omniprésente. C’est donc peut dire que d’affirmer que d’excellentes relations avec le pouvoir français sont indispensables pour une bonne conduite de cette opération de désendettement. Or Ouattara ne semble pas être l’interlocuteur le plus indiqué pour négocier avec la France. La faute politique commise à l’occasion de la dernière présidentielle française le plombe. Au-delà des convenances diplomatiques, le « Président reconnu par la communauté internationale » avait entouré de tous ses soins le Président sorti Nicolas Sarkozy. Ce n’est qu’après avoir mis un point d’honneur à être le Premier chef d’Etat reçu par le Président déchu qu’il a daigné adresser une lettre de félicitations au nouveau Président Hollande. Après cette bévue diplomatique sans précédent, il ne faut pas être étonné de constater que Ouattara ne sera reçu à l’Elysée qu’après ses homologues du Bénin, Niger, Gabon, Sénégal et de Tunisie. Ah ! Qu’elle est bien loin l’époque où les nouveaux dirigeants français s’empressaient de venir faire leurs civilités sur les bords de la lagune ébrié avant toute autre initiative en Afrique.

Pis, Ouattara ne s’inscrit pas dans la nouvelle gouvernance française. Le Président Hollande avait déclaré qu’il «n’accepterai(t) pas des élections frauduleuses» et que son élection «sera… terrible pour les dictateurs». Après avoir fait la guerre pour s’imposer à la suite d’une élection très contestée à l’occasion de laquelle il a été accusé de fraudes graves et massives, Ouattara montre, à travers ses actes, son aversion pour la démocratie et une tendance atavique à la répression de tout contre pouvoir. Ce n’est certainement pas la meilleure posture pour améliorer ses relations avec les dirigeants français. Ainsi, si à la lourdeur du mécanisme C2D, il faut ajouter une contrainte d’ordre politique, il y a à parier que les efforts des ivoiriens pourraient être vains. Pour avoir obtenu le point d’achèvement en dépit d’une gouvernance très approximative - M. Madani Tall, représentant résident de la Banque mondiale a lui-même reconnu que la Côte d’Ivoire n’a pas satisfait cinq des treize déclencheurs - Ouattara sait mieux que quiconque l’importance de la décision politique dans ce genre de programmes.

Ouattara, une gouvernance pénalisante

Mais c’est la mal gouvernance de Ouattara qui risque d’annihiler nos espoirs. En effet, pour jouir pleinement du PPTE il ya tout un environnement qu’il faudra créer pour stimuler la croissance dont les retombées permettront d’avoir le supplément de ressources publiques nécessaires pour payer une bonne partie de la dette. Ouattara ne semble pas être l’homme qui peut créer  cet environnement à cause des pratiques de ses soldats en guenilles dont 40 000 dozos (LC, n°639) et d’une justice (des vainqueurs) inéquitable qui découragent les investisseurs. A l’occasion d’une mission récente du patronat français regroupé au sein du Mouvement des Entreprises de France (MEDEF), la  délégation ne s’est pas gênée de le rappeler aux autorités gouvernementales. Les investissements directs étrangers espérés pourraient donc ne pas arriver pour booster l’économie tant que le climat des affaires ne s’améliore pas.

Il faudra aussi créer une paix durable, en évitant les tensions politiques et sociales (notamment dans le foncier rural et avec les syndicats). Ouattara qui refuse de créer les conditions du dialogue avec l’opposition significative et de se pencher sur le cas des victimes de la crise postélectorale n’est pas l’homme d’un nouveau départ.


Kouakou Edmond

Docteur en droit, consultant

dimanche, 06 mai 2012

LE BILAN ECONOMIQUE ET FINANCIER DE OUATTARA EST DECEVANT (LIDER)

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Promesses, désillusions et perspectives - Séminaire-bilan d’un an de gouvernance Ouattara

 
Abidjan, le mardi 1er mai 2012
 

Promesse: «Nous poursuivrons l’assainissement de la gestion de nos finances publiques pour atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE qui permettra d’alléger le fardeau de la dette extérieure (6 300 milliards de FCFA) devenue insupportable avec un service de plus 400 milliards de FCFA par an.»

Réalité:
 
La dette extérieure de la Côte d’Ivoire se situe aujourd’hui entre 7000 et 8000 milliards FCFA. Le service de la dette publique coûterait à l’Etat ivoirien 500 milliards de francs CFA par an. L'initiative PPTE ne va pas sauver la Côte d’Ivoire. Car près de la moitié de l’allégement a été déjà reçu sous forme de rééchelonnements et d’opérations d’apurement d’arriérés soit 1.5 milliards dollars US. Le Président endette les Ivoiriens et compromet l’avenir des futures générations sans consulter le peuple. Lui seul sait combien cela coûtera aux générations futures.

Promesse: Le gouvernement sera constitué «hommes et de femmes ayant un sens élevé de l’intérêt général, selon des critères de compétence, de mérite et de probité.»
 
Réalité:
 
Les mauvaises pratiques constatées sous les régimes précédents persistent : le Ministre de la Salubrité Urbaine de Ouattara, a de façon irrégulière tenté d’octroyer un marché de gestion d’ordures ménagères, à la societé Satarem-Greensol – dirigée par le frère d’un de ses collègues du gouvernement. Alors que la Société Abidjanaise de Salubrité (SAS) détenue à 65% par la société belge Sirio Technologie et 35% par l’Etat, avait été créée pour régler ce problème chronique d’insalubrité de la ville d’Abidjan. Cet appel d’offres a été annulé par l’Autorité Nationale de Régulation des Marchés Publics mais le Ministre a été maintenu au gouvernement.

Promesse: «Nous gérerons (…) tous les (…) secteurs de notre économie, dans la transparence et avec rigueur.»
 
Réalité:
 
Népotisme, favoritisme et collusion au sommet de l’Etat sont devenus la règle. Un ministre du gouvernement Ouattara, en charge de l’éducation nationale, a décidé que l’inscription à raison de 6 000 FCFA des 5 millions d’élèves du primaire et du secondaire se fera désormais électroniquement. Ce mode opératoire qui gèrera potentiellement 30 milliards est confié de gré à gré à CELPAID, une société dont l’actionnaire unique est l’actuel ministre de la Construction.

Promesse: «Nous sommes un parti libéral.»
 
Réalité:
 
«Si la France s’en va, la Côte d’Ivoire n’a plus d’économie, mais Paris risque aussi de perdre 1.200 entreprises» Patrick Lucas, Président Medef International (patronat français). L’an 1 de M. Ouattara aura donc été consacré à la préservation des monopoles français en Côte d’Ivoire.
 
• Le 25 janvier 2012, signature d’un nouvel accord de défense, visiblement, pour protéger les intérêts français car c’était l’objectif de celui signé en 1961. Il garantirait par exemple un monopole sur les équipements militaires.
 
• Depuis quelques années, la France perdait du terrain. Elle ne contribuait plus qu’à environ 20% du PIB ivoirien et à 30% des recettes fiscales.
 
• Entre 2004 et 2010, malgré la baisse des intérêts français, la croissance économique est restée entre 1,2 et 3%.
 
• 27 janvier 2012: Le Président en visite d’Etat annonce aux français qu’il va privatiser les banques publiques et leur demande de faire leurs offres en premier.
 
• 14 février 2012: 3 nouveaux champs pétroliers à TOTAL.
 
Promesse: «Le réseau routier est en train de mourir. Si rien n’est fait dans les 2 à 3 ans qui viennent, il ne s’agira plus de dépenser des dizaines de milliards de FCFA pour le renforcer mais des centaines de milliards de FCFA pour le reconstruire».
 
Réalité:
 
En réalité le financement de la plupart des projets de colmatage de la voirie et d’extension de réseau routier avait été bouclé depuis 2009 avec les bailleurs de fonds. La fin de la crise permet de facto leurs exécutions (cf Interview du DG de l’AGEROUTE au magazine Tycoon N°14 – Dossier: Où va la route ivoirienne?). Aucune gloire n’est à attribuer au gouvernement actuel. Pour l’heure, les Ivoiriens attendent toujours de voir la réalisation des promesses faites sur la réfection de la côtière.

Promesse: «Nous poursuivrons l’extension et la modernisation des ports d’Abidjan et de San-Pedro».
 
Réalité:
 
Rien n’a été fait dans ce sens au contraire: Le trafic de marchandises au PAA a chuté de 26% en 2011, en raison de l’embargo sur la destination Abidjan et de l`interdiction de la vente du cacao, premier produit d`exportation de la Côte d`Ivoire décrété par Alassane Ouattara appuyé, par l’Union Européenne et la CEDEAO. Un trafic global de 16,6millions de tonnes en 2011 contre 22,5millions de tonnes en 2010 au PAA. Les taxes portuaires sont très élevées. Le PAA est le plus cher de la sous-région. 5 fois plus cher que le port de Tema au Ghana – 4 fois plus cher que le port de Lomé au Togo.

Promesse: «Nous prendrons des mesures pour favoriser le développement des transports par bus de grande capacité et par train ou tramway face à l’asphyxie des grandes voies d’Abidjan… ».
 
Réalité:
 
• Le transport rapporte plus de 300 milliards à l’Etat mais n’est toujours pas organisé.
 
• Les bus d’occasion RENAULT ont refait surface plutôt que les nouveaux bus indiens (TATA) ou iraniens dont les usines de montage ont été installées à Abidjan.
 
• 5 août 2011, un bus de la SOTRA s’est renversé dans la lagune avec ses occupants, faisant plus d’une cinquantaine de morts.
 
• En mars 2012, le gouvernement a tenté d’activé un crédit bail de 50milliards avec la SIB pour le renouvellement des engins mais les conditionnalités n’ont pas permis à la majorité des transporteurs d’en bénéficier.

Promesse: «Nous pouvons viser un taux de croissance réel de 6% par an en moyenne, un peu moins en début de mandat, plus vers la fin».
 
Réalité:
 
Tous les indicateurs sont quasiment tous en berne: Taux de croissance en 2011 est de – 5,1% alors que le taux d’accroissement naturel avoisine les 2,5%. Pour la première fois le PAA en baisse de 26%. L’agriculture vivrière a connu un léger recul par rapport à 2010 passant de 3,3% à 3% en 2011. L’extraction minière et pétrolière a connu également une baisse de 14,8% par rapport à 2010. C’est le cas du gaz naturel avec une baisse de 2,2%. Le secteur secondaire et le secteur tertiaire ont respectivement reculé de 7,5% et 13,3%.

Promesse: «La défense des intérêts des producteurs sera notre première priorité. L’État définira une organisation collectivement efficace, « protégeant les petits » tout en traitant loyalement les autres.»
 
Réalité:
 
Le prix minimum d’achat n’est toujours pas garantit. Le plan de sauvetage n’est pas à l’ordre du jour. Les paysans attendent toujours la restructuration du secteur.

Promesse: «Pour faciliter la vie des contribuables, le système d’imposition sera simplifié : réduction du nombre d’impôts, généralisation du prélèvement à la source…».
 
Réalité:
 
Dans les faits, la réalité est tout autre: le Président Alassane Ouattara a institué 8 nouvelles taxes en vue d’atteindre l’objectif budgétaire de 1 060 milliards FCFA pour 2012. Les charges patronales et sociales se sont accrues dans le secteur privé et dans le secteur public. Elles passent à 12% cette année puis 14% l’an prochain.
 
Les fonctionnaires n’ont pas du tout été vernis. Leurs cotisations sont majorées de 18 à 25%. Même les chauffeurs de taxis ont vu leurs patentes passées de 125 000 FCFA à 145 000 FCFA/semestre. Soit une augmentation de 20 000 FCFA tous les 6 mois.

Promesse: «Il s’agira d’inciter les banques modernes à faire plus et moins cher».
 
Réalité:
 
Le Président de l’APBEF lui a répondu en ces termes: Nous avons des problèmes liés à la suspension des compensations de la période allant du 25 janvier 2011 à la fermeture provisoire des banques ; Il faut améliorer l’environnement des affaires, la sécurité des biens et des personnes; La requalification par les autorités des créances en souffrance nées de la crise ; La réforme du ratio de transformation ; La réforme de la fiscalité du crédit-bail et la réforme du cadastre. Conclusion: On est toujours au point mort aucune avancée.

Promesse: «Ce n’est pas 20 ou 30 milliards de FCFA qu’il faut injecter en microcrédit, mais 200 à 300 milliards de FCFA…».
 
Réalité:
 
75 structures de microfinance retirées de la liste; Le Président, pendant sa visite d’Etat dans l’Ouest, a dit que son épouse allait monter des structures de micro-crédit pour les femmes. Nous dénonçons ce fait car ce n’est pas son rôle mais celui du MEF; Sous la pression des bailleurs de fonds, les institutions de microfinance ont cherché à assainir leur gestion et leur mode de fonctionnement plutôt que de favoriser la réduction de la pauvreté; Le soutien du gouvernement n’est toujours pas probant.


CONCLUSION BILAN ECONOMIQUE ET FINANCIER
 
Le bilan économique et financier du président Alassane Ouattara, un an après sa prise de pouvoir, est décevant. Tous les secteurs de l’économie ivoirienne sont sous tension. De l’employeur à l’employé, tout le monde grogne parce que la «Solution» a des problèmes.
 
 
 
LIDER (Liberté et démocratie pour la République)

mardi, 10 avril 2012

LE FMI COMMENCE A DOUTER - LA PLUIE DE MILLIARDS AJOURNEE


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Charles Diby et Doris Ross, chef de mission du FMI, ici à Abidjan le 14 mars dernier.

 

Alors que du côté d'Abidjan on laisse miroiter l'approche du point d'achèvement de l'initiative PPTE comme pour rassurer les marchés et les investisseurs, du côté de New York et du Fmi, le dossier ivoirien ne susciterait guère l'enthousiasme.

En effet, selon une indiscrétion émanant d'un proche collaborateur de Christine Lagarde, revenu en France pour le week-end Pascal et rencontré ce lundi, le FMI commencerait à revoir à la baisse ses prévisions de croissance et de confiance sur la Côte d'Ivoire.


A l'en croire les obstacles seraient de plus en plus nombreux notamment au niveau de la relance économique toujours attendue, de la non transparence de la gestion des fonds publics, de la sécurité et de l'attractivité du pays en matière d'investissement-confiance.


Christine Lagarde serait elle même, apprend-on, très préoccupée de la forte montée du chômage et de l'immigration en Côte d'Ivoire.


Rappelons que le FMI prévoyait à l'arrivée du président Ouattara au pouvoir une croissance autour de 8% en 2012, en Côte d'Ivoire, ce qui semble selon bon nombre d'observateurs quasi irréaliste à cette heure.



Mahoudi Innoncent, KOACI.COM Paris, copyright © koaci.com


Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

jeudi, 05 avril 2012

SENEGAL: MACKY SALL OU LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITE COLONIALE


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Dans une Afrique où il est de coutume pour les tyrans de s'accrocher à leur fameux fauteuil présidentiel, lorsque dans un territoire un satrape perd le pouvoir, c'est plutôt normal que les partisans du changement pour le changement soient aux anges. Des Africains du territoire du Sénégal et beaucoup d'autres sont à la fête après que Abdoulaye Wade ait été sorti et qu'on ait porté, par vote, à sa place son ancien premier ministre Macky Sall. Ce matin, on apprend par la presse qu'un peu partout dans ce territoire l'heure est à la fête et aux réjouissances populaires. Mais si on prend un peu de recul, il est à constater que ce changement n'annonce rien de nouveau et même, il faut oser le dire, rien de bon. Mieux, il ressemble fort malheureusement pour les fêtards et autres optimistes béats à une continuité. C'est juste un changement de personne pour mieux ancrer le système.

Tout d'abord : le nouvel élu se définit lui-même comme un libéral. Wade est aussi un libéral et il l'a toujours revendiqué et assumé. Qu'est-ce dont qu'un libéral dans le champ politico-économique ? Un libéral c'est un partisan sur le plan politique de la démocratie et des libertés individuelles ; et sur le plan économique c'est un capitaliste. Dans le contexte africain où les Etats ne sont que le visage d'autrui, l'expérience a montré que le libéral est un fervent partisan de la suppression des barrières douanières, de la libéralisation du mouvement des capitaux, de la construction des infrastructures moins rentables pour le pays mais bénéfiques aux entreprises transnationales, de l'augmentation des taxes et impôts, de la privatisation des secteurs publics de l'eau, de l'électricité, de la réduction des dépenses de santé, de l'éducation, de la réduction des salaires, du blocage des avancements voire du dégraissage dans la fonction publique, de la suppression de tout soutien public aux agriculteurs et de tous les frais affectés au bien-être de notre peuple. Bref, le libéral est celui qui a pour mission de transposer mécaniquement le modèle libéral en Afrique et détruire la vision africaine de la vie en communauté. Et toutes ces mesures ne visent rien sauf à faire des économies pour payer la « dette » et attirer les « bailleurs » et les « opérateurs économiques étrangers ». Un libéralisme de plus en plus rejeté violemment dans son berceau occidental où on lui cherche désespérément des alternatives mais revendiqué sous les cieux africains. Macky Sall est de ceux-là qui vantent la fameuse initiative PPTE qui énonce débilement que plus un pays alourdit sa pauvreté et sa dette, plus il va vers son développement.

Ensuite : Macky Sall est un homme du système. Il a été nourri à la mamelle de l'ex-président Wade auprès de qui il a fait ses premières armes depuis les années 1980 au sein du PDS (Parti Démocratique Sénégalais). Elu président de la cellule Initiatives et Stratégies et secrétaire général de la Convention régionale du Parti démocratique sénégalais (PDS) de Fatick en 1998, il fut l'un des artisans en 2000 de la victoire de Wade qui le récompense en le nommant Conseiller Spécial. Son ascension ne s'arrête pas là. En 2001, Sall devient ministre des Mines, de l'Énergie et de l'Hydraulique, puis ministre d'Etat en 2002 à différents postes. En avril 2004, il est nommé vice-président du comité directeur du Parti démocratique sénégalais (PDS) et le 21 avril 2001 Macky Sall est nommé Premier ministre par Abdoulaye Wade, poste qu'il occupe jusqu'à la réélection d'Abdoulaye Wade en 2007.

Continuant sa carrière, Sall passe de la primature à la présidence de l'Assemblée nationale le 20 juin 2007. C'est à ce poste qu'il va rencontrer sa première pierre d'achoppement. Certain d'être par son parcours politique un fils du président Wade, il "ose" convoquer Karim Wade, fils du président Wade à l'Assemblée pour audition sur les travaux de l'Agence nationale de l'Organisation de la Conférence Islamique (ANOCI). Le courroux du vieux lion de la Teranga Wade est immédiat. Il opte pour les liens du sang en punissant le « fils politique » au bénéfice de Karim. Le poste de numéro 2 du PDS est supprimé par le comité directeur qui décide aussi de réduire le mandant du président de l'Assemblée de cinq à un an. L'infamie est insupportable pour Sall qui démissionne du PDS et crée son propre parti, l'Alliance pour la République. Comme on peut le voir, Macky Sall est un homme du système qui l'a fait du début jusqu'à son niveau actuel. Il ne l'a jamais remis en cause et ne le fera pas. Macky Sall se définissant comme un libéral n'a jamais posé que de question sur l'économie coloniale dans laquelle le territoire du Sénégal baigne en compagnie de tous les autres avec le Franc CFA à l'appui. Jamais de question non plus sur les cultures coloniales notamment l'arachide dans laquelle le territoire du Sénégal excelle. jamais, il n'a mentionné que le cadre africain est un cadre vicié et impropre au développement à cause de son extraversion absolue depuis des siècles à présent. Il n'a pas quitté le navire colonial (Etat colonial) parce que fondamentalement il est mauvais et que piloté avec la boussole étrangère, il ne peut donc que mener le peuple africain du Sénégal à l'accident final.

Enfin : Macky Sall est Grand Croix de l'Ordre national du Lion et Grand Officier de l'Ordre de la Pléiade de la Francophonie. Il a été surtout fait Grand Officier de la Légion d'Honneur française, le 25 mars 2008 en plein trouble avec son mentor Abdoulaye Wade par l'Ambassadeur français Jean-Christophe Ruffin. Les textes de la Légion sont clairs : « La Légion d'honneur est la plus haute décoration française. Elle récompense les mérites acquis par les citoyens, en dehors de toute considération sociale ou héréditaire et ce, dans tous les secteurs d'activité du pays. » La Légion d'Honneur n'est attribuée qu'aux français, comme le précise l'article R.16 du Code de la Légion d'Honneur. A titre exceptionnel toutefois les étrangers peuvent être décorés en fonction de leur personnalité et des services rendus à la France. Macky Sall est-il français ? Si, oui dans ce cas, les Africains du Sénégal auront élu un français qui ne peut que travailler pour son pays à la tête de ce territoire. Il y aurait alors erreur sur la personne. S'il ne l'est pas, quels sont donc ces services que Macky Sall a rendu, rend et rendra encore à la France pour qu'il ait cette récompense ? On peut aisément le deviner, mais bien malin est celui qui pourra montrer des preuves quand on sait que la caractéristique principale de la Françafrique est de procéder dans l'opacité. Mais étant à plusieurs reprises ministre des mines, de l'énergie et de l'hydraulique, on peut imaginer des contrats en faveur des multinationales françaises. Mais, pas seulement. Avec cette médaille, il n'est pas seulement question de récompenser les services rendus dans le passé. Il est probablement question aussi de préparer le terrain pour d'autres bonnes œuvres dans le futur en faveur de la Métropole. Car, la France a ceci de particulier qu'elle sait repérer très tôt les bons chevaux sur lesquels elle mise depuis leur plus jeune âge en leur offrant des gadgets les plus clinquants afin de les mettre sous son contrôle très tôt. C'est cette caste que les coloniaux appelaient « l'élite indigène » dont la mission est de lier solidement les territoires d'Afrique à la Métropole. Et c'est dans ces relations que vivent jusqu'ici les territoires africains.

Dans un cadre colonial comme c'est le cas dans l'Afrique actuelle, le pouvoir d'Etat ne peut être remis en n'importe quelle main. Il ne peut que quitter une main soumise pour retomber dans une autre encore voire plus servile. Lorsque, par le hasard de l'histoire, ce pouvoir parvient à un homme qui n'est pas coopté par la Métropole, la vie de ce dirigeant devient un enfer. Tout est mis en oeuvre pour l'assassiner (Sankara et bien d'autres) ou pour le renverser (Laurent Gbagbo et bien d'autres). Ce système ne peut dès lors se sentir que renforcé si la transmission du pouvoir se fait avec la participation du peuple à travers la voie électorale comme c'est le cas au Sénégal. Le peuple africain de ce territoire vient de "choisir" le changement de personne dans la continuité d'un système.

Mais pour beaucoup d'Africains tout ceci n'est qu'accessoire, l'essentiel étant que Wade, le "vieux Wade" s'en aille. Ainsi donc, en poursuivant la curiosité de visiter ce qu'on appelle la toile et les réseaux sociaux, on s'aperçoit que ce qui préoccupe effectivement ce n'est ni de se demander de quoi cette fameuse alternance et cette « leçon de démocratie » a le nom, ni d'interroger la politique dont Macky Sall est porteur, ni d'étudier le cadre dans lequel le « nouvel élu » devra agir, ni de mesurer les résultats que cet homme a fait, puisqu'il a été au pouvoir depuis 10 ans et ceux qu'il pourra obtenir avec ses nouvelles responsabilités. Non, tout ceci n'est que questionnements académiques voire hors-sujet. Ce qui intéresse et qui est motif de joie c'est que non seulement Wade et Cie aient quitté le pouvoir, mais encore que la nouvelle première dame du territoire du Sénégal ne soit pas une « blanche », mais une noire, une Africaine.

Que les compatriotes du Sénégal aient mis en échec le projet Sarkowade qui visait à monarchiser ce territoire avec un plan qui devrait léguer le trône présidentiel à Karim Wade après le règne de son père, c'est un fait, mais si « le changement » doit uniquement signifier pour beaucoup le changement de personne à la tête de nos territoires et l'avènement d'une première dame noire au lieu d'une blanche alors là, on est plus que mal barrés. A ce coup, il n'est pas étonnant que l'Afrique soit toujours dans la colonisation sans que beaucoup s'en aperçoivent.

En conclusion, il faut redire que le cadre africain est un cadre colonial. Il fonctionne pour satisfaire les besoins de l'extérieur au mépris des préoccupations endogènes. Tant que ce cadre ne sera pas remis en cause, détruit et reconstruit à l'aune des valeurs et des besoins intérieurs, c'est peine perdue qu'on se tue à doter les proto-Etats africains de présidents et des gouvernements. Espérer que l'Afrique sortira des rapports d'exploitation et de soumission qu'elle entretient avec l'extérieur (notamment avec l'Occident) avec des élections à l'issue desquelles on attend des élus des réformes revient à jouer à une poule qui couve des œufs pourris avec l'espérance que les 21 jours de couvaison déboucheront sur l'éclosion de poussins. On ne réforme pas la colonisation, on la détruit. Si tel n'est pas le cas, alors les rapports coloniaux deviennent selon les mots prononcés dans son allocution radiotélévisée du 6 avril 1962 par De Gaulle, des "rapports de coopération" qui en réalité continuent par servir la Métropole.

Les Africains doivent se rendre à l'évidence que lorsqu'on ne maîtrise pas son espace, on ne peut le transformer. Les africains du Sénégal peuvent avoir le sentiment de choisir « leur président », mais ils ne décident de rien du tout. Ils vivent sur un territoire qu'ils ne maîtrisent pas. D'où l'urgence de ne pas se satisfaire d'un changement qui n'en est pas un. D'où l'urgence de refuser de célébrer le faux et le mirage.

Le travail revient donc une fois encore aux filles et fils du peuple noir. Lorsque chacun assumera sa part de responsabilité avec gravité en pensant à l'avenir et au devenir de nos enfants, nous pourrons nous lever pour dire non à un système qui présente nos illusions comme nos plus brillantes réussites. Et ceci nécessite de la formation, des stratégies les plus redoutables et des hommes cohérents, aguerris et capables d'organiser la masse au mieux désordonnée, au pire, orientée quasi-totalement vers un paradis dont l'accès est conditionné par la pauvreté sur terre, la soumission à toute autorité y compris la plus crasse sous le fallacieux prétexte qu'elle vient de "Dieu". Seul un Etat véritable, une construction maîtrisée de l'intérieur peut conduire les populations d'Afrique à la satisfaction de leurs besoins. Mais pour arriver à cet Etat en Afrique, il faudra nécessairement et préalablement mettre à sac les proto-Etats érigés en Afrique par le colonialisme uniquement pour ses propres besoins.


Le 26 mars 2012

Komla KPOGLI, in LA JUDA (Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique).

 

Source: AGORAVOX

mardi, 03 avril 2012

ONE-MAN-SHOW DE OUATTARA SUR LA RTI: ENCORE UN FESTIVAL DE CONTREVERITES


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Prodada indécente à la Une. Les téléspectateurs ivoiriens qui ont regardé l'interview d'Alassane Ouattara  diffusée hier sur les antennes de la RTI1 ont sans doute été dans leur grande majorité agacés par les saillies particulièrement prétentieuses de l'homme fort d'Abidjan. Dans une situation économique et sociale désastreuse, Ouattara ne peut s'empêcher de se glorifier et d'affirmer, en dépit des faits, qu'il a mieux fait en un an que Laurent Gbagbo en dix ans. Alors que toute sa politique se fonde sur le programme PPTE arrivé au point de décision sous Gbagbo, et que ses ministres de premier plan ont tous été ministres de Gbagbo. Martelant des chiffres totalement déconnectés de la réalité économique ivoirienne, il a sans doute renforcé au sein de l'opinion publique l'impression d'arrogance au sommet. Même si son discours a plu aux «ADOrateurs» les plus fanatiques.

Des contrevérités en direct

Le Nouveau Courrier reviendra bien entendu sur cette prestation de l'actuel chef de l'Etat. Mais il est à noter qu'il a cédé à son péché mignon : la contrevérité flagrante. Devant la nation entière, il a désavoué le concept de «rattrapage ethnique» qu'il avait pourtant assumé lors d'une interview à l'hebdomadaire français L'Express.

Evoquant la ''nomination des nordistes'' aux postes clés au sein de l'appareil d'Etat, il avait expliqué qu'«il s'agit d'un simple rattrapage. Sous Gbagbo, les communautés du Nord, soit 40 % de la population, étaient exclues des postes de responsabilité». Ce dérapage est gravé noir sur blanc pour la postérité, Alassane Ouattara doit l'assumer.

Consécration de l'impunité des seigneurs de guerre

Le plus important dans cette intervention télévisée, c'est que Ouattara dévoile sa stratégie d'organisation de son impunité ainsi que de celle de Guillaume Soro et de ses hommes. Durant la semaine qui s'achève, nous avons été inondés des rumeurs sur le processus de transfèrement à La Haye de la première dame Simone Ehivet Gbagbo, puis sur la magnanimité du prince qui lui a évité la Cour pénale internationale (CPI). Tout cela est destiné à préparer l'opinion à un signal clair que le régime de Ouattara a finalement envoyé : aucune personnalité de son camp ne finira à la CPI. Pour faire passer la pilule, Ouattara joue au grand seigneur... En réalité, il sait que tout transfert de plus d'un pro-Gbagbo signifierait naturellement le début du transfert des ses hommes à lui. Au risque de faire perdre à la CPI le peu de crédit qui lui reste.

Non seulement les pro-Ouattara n'iront pas à la CPI mais ils ne seront jugés en Côte d'Ivoire que si Ouattara le veut. Pour éviter toute surprise, il a en effet confié à la juge Matto Loma Cissé - tellement proche de lui qu'il  vient de la nommer ministre déléguée à la Justice - une commission qui encadrera strictement le travail des juges qui enquêteront sur les crimes de la guerre post-électorale. Cette commission se chargera de blanchir Soro Guillaume, Chérif Ousmane et les com'zones les plus importants pour le régime qui livrera à la justice ivoirienne le menu fretin pro-Ouattara et le plus grand nombre possible de pro-Gbagbo. On attend la réaction de la communauté des défenseurs des doits de l'homme qui s'est déjà indignée de la composition de cette fameuse commission de blanchiment pro-Ouattara.


Philippe Brou


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 01 avril 2009

YOUPI ! NOUS SOMMES PAUVRES ET TRES ENDETTES !

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Hier, mardi 31 Mars 2009, le Président de la République de Côte d’Ivoire a fait une adresse à la Nation, suite au drame qu’a connu notre pays, le dimanche 29 Mars 2009, au Stade Félix Houphouët-Boigny, avant le match Côte d’Ivoire – Malawi comptant pour les éliminatoires couplées de la Coupe d’Afrique des Nations et de la Coupe du Monde 2010, drame qui a fait 19 morts et 132 blessés par étouffement et par piétinement. Il a décrété un deuil national, du 1er au 3 avril 2009, pour permettre aux Ivoiriens de se recueillir et d'avoir une pensée pieuse pour leurs disparus.

Il a saisi cette occasion pour annoncer, officiellement, l’élection de la Côte d’Ivoire à l’initiative PPTE (Pays Pauvre Très Endetté), qui permettra, à terme, à notre pays - si nous donnons la preuve de notre capacité de bonne gouvernance - de se voir annuler près de 7000 milliards de francs CFA de dette. Mais cette disposition nous permet, dès à présent, de bénéficier d’une réduction dans le règlement annuel du service de la dette.
Une bouffée d’oxygène qui fait pratiquement sauter au plafond nos autorités gouvernementales, et le paradoxe ne manque pas de nous renvoyer une image tout à la fois cocasse et tout aussi franchement gênante.

Qu’à cela ne tienne, pourvu que cet argent serve à tirer notre pays de la mauvaise passe et de ce surendettement qu’il connaît depuis de longues années et qui a pris son origine, dans les années 1970, avec la gestion du Président Houphouët-Boigny, suivie des années 1990, avec celle du Président Bédié, a dit le Président GBAGBO.

Selon le Président de la République, cet argent servira prioritairement à éponger la dette intérieure, à assurer le versement des subventions des collectivités territoriales (Districts, Conseils Généraux et Mairies) pour donner un coup d’accélérateur au développement local et à oxygéner financièrement nos représentations diplomatiques, au nom de la dignité et de l’honneur de notre pays, qui ne peut se permettre, plus longtemps, de ne pas être solvable, à l’étranger.

Le Président qui se veut regardant sur la gestion de cette bulle d’oxygène, de cette manne, entend garder un oeil sévère sur son utilisation.
Si pour le renflouement des caisses de nos représentations diplomatiques et le règlement de la dette intérieure, je suis plus ou moins sûr que les déperditions seront moindres (quand même j’ai la certitude que les dettes seront réglées des plus offrants, en terme de dessous de table, aux moins offrants, la pratique étant plus qu’habituelle), il ne pourrait en être de même pour les collectivités territoriales.

Dans ces institutions, le réflexe est de s’en mettre plein les poches. Avec la complicité de tout le monde : Gouverneurs de Districts, Présidents de Conseils Généraux, Maires, Fournisseurs (beaucoup de factures sont du faux et des ententes), Entrepreneurs (au centre de bien des arrangements financiers qui remplissent les comptes bancaires des uns et des autres), Directeurs Techniques, Directeurs Financiers, Trésoriers Généraux et Contrôleurs Financiers (qui y trouvent largement leur compte, eux qui touchent des primes faramineuses pour contrecarrer ce genre de dérives mais qui ne font rien dans ce sens). Dans ce « deal », tout le monde mange. Allègrement. Sans que cela n’émeuve personne, le moindre du monde. C’est à cela que nous sommes habitués, dans ce pays extraordinairement désordonné.

Comment le Président GBAGBO compte imposer sa rigueur de gestion dans ce « foutoir », c’est à ce niveau-là que nous les Ivoiriens, nous l’attendons, comme on dit. Et pour cause : L’Inspection Générale d’Etat est inexistante, les services de la décentralisation commis au contrôle et à la préparation de l’approbation des budgets des collectivités territoriales par le Ministre de l’Intérieur, ne sont coercitifs ni à priori ni à posteriori des investissements. Ce qui permet à tout le monde de faire n’importe quoi et n’importe où, dans la plus grande sérénité, avec la bénédiction du Trésor Public. Extraordinaire ! Dans quel pays sommes-nous ?

Le Président GBAGBO (personne ne le lui a demandé) a pris un engagement devant la Nation d’être intraitable sur la question de la gestion de cet argent. S’il y a de la déperdition ou des détournements, il en sera le seul et unique responsable. C’est à lui de nous prouver qu’il est capable de tenir cette parole qu’il a donnée, devant tous, et de ne pas nous offrir l’occasion (que nous n’allons pas rater, soyez-en sûrs) de lui tirer dessus à boulets rouges. A bon attendeur…, salut !


DINDE Fernand AGBO