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lundi, 29 juillet 2013

MAMADOU KOULIBALY: LA COTE D'IVOIRE, PAYS DES MERVEILLES SOUS OUATTARA

 

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Dans une homélie prononcée le samedi 29 juin 2013 à la cathédrale d’Agboville, Mgr Alexis Touably Youlo, l’évêque du diocèse, qui procédait à l’ordination du docteur en économie Abel Béranger Ndjomon comme prêtre de la «Compagnie de Jésus», nous a expliqué combien il était important pour la paix et la réconciliation en nous-mêmes, dans nos familles, dans nos villages et villes et dans notre pays, que nous nous émerveillions les uns les autres. «Emerveillez-vous !» nous a-t-il dit. Il nous a fait répéter à nos voisins «tu m’émerveilles». Il a conseillé que l’époux devrait en permanence s’émerveiller devant l’épouse et vice versa. Que l’homme du sud, du nord, de l’est, de l’ouest ou du centre devrait s’émerveiller devant son semblable d’ailleurs. Que l’Ivoirien devrait s’émerveiller devant le non Ivoirien. Tous, nous sommes des créatures différentes et nos différences doivent toujours être perçues comme des merveilles. En écoutant l’ecclésiastique, je me suis aperçu que nous pouvons tous nous émerveiller devant le personnel politique ivoirien.

Système D comme Démagogie, Déficit, Dette, Désespoir, Désastre, Discrimination, Détournements

N’est-ce pas que les hommes et les femmes qui font la politique chez nous nous émerveillent continuellement ? Mais de quoi viendrait cet émerveillement politique ? Emerveillons-nous devant ce que Jean-Gilles Malliarakis appelait, il y a dix ans déjà, le système D en parlant, à l’époque, dans un autre contexte et d’un autre pays. Pour cet auteur, le système D qu’il évoquait n’a rien à voir avec la débrouillardise et est «l’aboutissement de l’expression d’une démarche perverse à nos yeux mais parfaitement cohérente dans la réaffirmation de vieux dogmes que certains croyaient abandonnés». Hélas, les gouvernements se suivent et se ressemblent et il y a des raisons de s’émerveiller devant le statu quo dynamique qui permet à quelques politiciens de mener la danse, de nous entrainer dans des tangos infinis, de nous donner le vertige, de nous tourner la tête, de nous tourner en rond, toujours. Emerveillez-vous devant ce système D qui permet à ceux qui gouvernent l’Etat de Côte d’Ivoire de régner. Le système D en question se décline en plusieurs aspects tous liés et auto entretenus. D comme Démagogie, D comme Déficit, D comme Dette, D comme Désespoir, D comme Désastre, D comme Discrimination, D comme Détournement de fonds publics. Emerveillez-vous donc chaque jour de la semaine avec un D.

Lorsqu’il était candidat à la Présidence de la République, le programme du Dr Ouattara était celui du «vivre ensemble». Le semestre qui a suivi son arrivée au pouvoir, il a avoué qu’il ne s’attendait pas à trouver une situation plus catastrophique que celle qu’il avait anticipée. Ses calculs se sont donc révélés faux. Le dépérissement de l’Etat était, dit-il, plus profond. La défaillance de l’Etat était au-delà de ce qu’il avait cru, lui qui a été pourtant représenté au gouvernement par plusieurs ministres – et non des moindres –, qui a partagé le pouvoir depuis le 5 août 2002, date d’entrée de son parti au gouvernement ; lui qui a eu depuis janvier 2003 le statut de président d’Institution ; lui qui a participé à la cogestion du pouvoir et dont les hommes ont contrôlé un Etat parallèle à l’Etat de Côte d’Ivoire appelé à l’époque zone Cno ; lui enfin avoue n’avoir rien compris à ce qui se passait alors. N’y a-t-il pas de quoi s’émerveiller : constater qu’après dix ans de règne, Ouattara avoue ne rien comprendre au pouvoir en Côte d’Ivoire ? Dès le premier semestre, il a abandonné le programme du «vivre ensemble» pour la chasse aux sorcières de ses présumés adversaires et ennemis. Chasse qu’il a conduit jusqu’à ce qu’il se rende compte que la vengeance ne paye pas toujours en termes de stabilité, d’emploi et de croissance.

Il passe, pendant le second semestre, au programme du «rattrapage ethnique», pour constater, en fin de première année, que le chômage ne baisse pas, bien au contraire, il augmente avec le chômage ethnique et le coût de la vie de plus en plus élevée.

A 30 mois de la fin de son mandat, Ouattara a un nouveau programme de gouvernement: être candidat en 2015

Il abandonne ces premières logiques impuissantes pour passer au programme de «l’émergence de la Côte d’Ivoire à l’horizon 2020», grâce à de vieux programmes de dépenses publiques d’infrastructures de la fin des années 70 qu’il dénomme Pnd (plan national pour le développement). Il fait des campagnes de communication sur la croissance économique qui serait de retour avec des taux de 10%, mais constate que la pauvreté et le coût de la vie augmentent aussi dans des proportions incalculables. Comme les chiffres qui sont utilisés pour évaluer la croissance sont faux, il lui est difficile de dire que ceux utilisés pour évaluer la pauvreté, le chômage et le coût de la vie sont eux aussi faux. A faussaire, faussaire et demi. Une fois de plus, il change, le Pnd est oublié et on s’engage, trente mois avant les élections, avant même qu’il nous dise combien d’habitants il y a en Côte d’Ivoire, avant qu’il ne mette en place une commission électorale sérieuse, avant qu’il ne nous permette de reconstituer la liste électorale, dans son nouveau programme de gouvernement : il sera candidat en 2015, car il ne peut réaliser ses promesses électorales faites entre 1994 et 2010, en seulement 5 ans. Il lui faut un autre mandat et dans les trente mois à venir, tel sera son programme : convaincre les populations qu’il fera en sept ans ce qu’il n’a pas fait en trois ans. Il ira en campagne ici à l’intérieur du pays et aussi à l’extérieur car, à défaut de travailler pour avoir de l’argent, il ira s’endetter pour y arriver.

Devant notre émerveillement le président passe à la vitesse supérieure. Il faut trouver un thème de campagne qui paye, et qui, par le passé a bien payé. «Je vais régler maintenant les questions de nationalité et de foncier».

Juste pour détourner l’attention des populations sur la mauvaise gouvernance et les grandes déceptions, pour remobiliser un électorat qui, par le passé, a été très sensible à son discours identitaire, la candidature annoncée et appuyée par un projet de règlement présenté comme conjoint entre la nationalité et le foncier rural. Quel émerveillement, quand des gens qui nous disaient il y a quelques temps, lors du conclave de Bassam, être définitivement sortis du cadre de Marcoussis, se retrouvent à invoquer les accords de Marcoussis ! Ces accords, conçus pour un gouvernement de réconciliation nationale, avaient pour but de chasser le détenteur du pouvoir de l’époque. Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans le cadre d’un gouvernement de transition ou de réconciliation, du moins c’est ce que nous nous autorisons à penser. Marcoussis a été appliqué selon les désidératas de Ouattara et le dossier semblait clos, lorsqu’il est ressorti de nouveau d’une part pour la nationalité et le foncier et d’autre part pour l’âge limite autorisée par l’article 35 de la constitution pour briguer un mandat de la présidence de la république. Emerveillez-vous !

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Une lecture sélective de Marcoussis qui aboutit à la transformation d’une armée nationale en garde prétorienne privée de Ouattara

Marcoussis demandait le désarmement des rebelles dès la mise en place du gouvernement de réconciliation nationale. Ouattara ne l’a jamais accepté et aujourd’hui, pendant sa tournée dans les Savanes, non seulement il a justifié cette rébellion, mais il a proclamé en plus qu’il en est fier dans une région où plus de deux cents (200) personnes ont été assassinées dans un conteneur par le chef de guerre local, promu par Ouattara alors qu’il est sous sanctions onusiennes. Rien n’a été fait pour le désarmement et les élections se sont déroulées contre l’esprit et la lettre de Marcoussis. Les rebelles, après avoir pillé le nord, mettent maintenant à sac toute la Côte d’Ivoire. Le nord aurait donc oublié les crimes de la rébellion ? Quelle merveille !

Marcoussis voulait le désarmement des forces belligérantes, mais Ouattara, après sa victoire militaire, n’a désarmé que les Forces de défense et de sécurité (Fds) de l’Etat de Côte d’Ivoire. La retraite obligatoire et d’office a été imposée aux agents des Fds qui ne le souhaitaient pas. La retraite sans promotion pour certains qui en avaient atteint l’âge. La promotion à des postes diplomatiques pour d’autres enfin, qu’il aurait fallu maintenir pour la mise en place de la nouvelle armée. Le désarmement version Ouattara : transformer l’armée nationale en sa garde prétorienne privée. Quelle merveille !

Marcoussis voulait que les médias d’Etat ne soient pas caporalisés pour le compte d’un parti et qu’il leur soit donné impartialité et indépendance. Ils sont devenus, depuis Marcoussis, et le restent encore, des instruments de propagande du président de la République et du clan le plus fort du pouvoir en place. Quelle merveille !

On peut s’émerveiller de cette lecture sélective de Marcoussis par le personnel politique ivoirien. D’ailleurs , l’émerveillement ne date pas d’aujourd’hui quand on se souvient des métamorphoses des accords de Marcoussis signés le 24 janvier 2003. Aujourd’hui, en juillet 2013, plus de dix ans après, les accords sont passés par différents avatars. Le 30 juillet 2004, on les a renommés accords d’Accra, puis le 6 juin 2005, ils ont été rebaptisés accords de Pretoria, pour finir le 4 mars 2007 comme l’accord politique de Ouagadougou. Emerveillez-vous donc ! Avatars ? Quelle merveille !

Pillage systématique du sol et du sous-sol par des mafias politiques

Faire un traitement conjoint des questions de la nationalité et du foncier rural revient à se lancer dans une mission impossible, mais qui aura l’effet recherché de réveiller les vieux démons de l’ivoirité, de la xénophobie et de l’exclusion dans une ambiance qui suit l’annonce de la candidature du Dr Ouattara, président de la République en exercice.

Depuis les violences de la crise post électorale, de nombreux Ivoiriens sont rejetés par leur État et sont réfugiés au Libéria, en Guinée, au Mali, au Burkina Faso, au Ghana, au Togo, au Benin et bien plus loin encore. Non content de négliger le phénomène et de se montrer incapable de les rassurer et de les faire revenir, Alassane Dramane Ouattara propose plutôt de régler en urgence de prétendus cas d’apatrides, c’est-à-dire des gens qui vivraient en Côte d’Ivoire depuis l’indépendance de 1960 et qui ne seraient citoyens de nulle part. Alors qu’il interdit la nationalité à de nombreux citoyens ivoiriens en exil, il cherche de putatifs apatrides auxquels il voudrait donner la nationalité. N’y a-t-il pas de quoi s’émerveiller?

Le président Ouattara, face à la déperdition de sa popularité et pour remobiliser ce qui était son électorat traditionnel avant son arrivée au pouvoir, tente de ressortir les démons de la division qui lui avaient été tellement favorables par le passé. Ces démons collectivistes qui entraînent les populations à choisir non plus leurs destinées propres, en tant que citoyens, en tant qu’individus, en tant que personnes humaines, mais à se définir d’abord comme groupes plus ou moins homogènes. Pour Alassane Dramane Ouattara, les habitants de notre pays appartiennent à leurs langues, à leurs ethnies, à leurs tribus, à leurs religions ; ils ne s’appartiennent pas à eux-mêmes. Le démon du repli identitaire qu’il veut attiser est celui qui nous conduit à choisir notre groupe tribal et à nous identifier à ce groupe comme entité homogène autonome. Le résultat est que chacun de nous, les partis politiques en premier, doit définir le groupe qu’il aime et ceux qu’il n’aime pas selon l’humeur du moment, selon les alliances du moment, selon les tactiques politiques du moment. Le gouvernement doit en faire autant et même donner l’exemple. Cet holisme politique, qui instrumentalise l’ethnie, la tribu, la région, la religion en les mettant à la disposition des ambitions politiques, cultive la discrimination collective, oppose les groupes ethniques, nourrit les antagonismes de groupes, les envies, les jalousies, les conflits communautaires. Lorsque vous êtes dans une catégorie peu nombreuse ou peu appréciée par le pouvoir dont la détention donne des forces, vous serez brimé parce que votre seule valeur se trouve dans votre nombre et votre identité collective, tribale. Ce collectivisme définit des catégories importantes et fortes et les impose aux catégories classées comme peu importantes et faibles. Ce système discriminatoire et tribal conduit aux conflits tribaux et ethniques. Faut-il s’en émerveiller ?

Combiner cette approche discriminatoire et les questions foncières, c’est nous éloigner du fond du règlement des questions foncières et, pendant ce temps, mieux organiser le pillage systématique des ressources du sol et du sous-sol par le canal de mafias politiques. Ce constat pousse à espérer que les Ivoiriens prennent conscience des dangers du système D dans la république de Ouattara, et que l’émerveillement béat et fataliste fasse place à l’éveil des consciences et à l’action. Ensemble, nous réussirons.

 

Mamadou Koulibaly

Président de LIDER

lundi, 17 décembre 2012

INJUSTICE ET IMPUNITE DANS LE PLAN DE DEVELOPPEMENT DU DR OUATTARA


 

Ce ne sont pas seulement les chiffres, les promesses et l’approche qui sont hautement critiquables dans le PADO2, le nouveau plan de développement du président Ouattara. Ce qui est encore plus grave, c’est l’immense place qui y est accordée à l’injustice et l’impunité, qui en sont les piliers fondateurs, comme le démontre ici le Pr. Mamadou Koulibaly, président de LIDER, principal opposant au régime en place.

 

Par Mamadou Koulibaly - Soir Info - 17 décembre 2012

 

DANS SON approche du développement économique de la Côte d’Ivoire, le président Ouattara propose une théorie que nous avons convenue d’appeler PADO2. Cette démarche théorique de la planification du développement, au-delà de ses incohérences et de ses illusions, révèle le sens profond de l’injustice et de l’impunité qui anime le Dr Ouattara.

Son plan arrive au moment où une vérité s’impose en évidence aux observateurs de toujours : La pauvreté s’est accrue en Côte d’Ivoire au cours des années 2000 à 2012. Alors qu’en 2002, au moment où la rébellion éclatait dans notre pays et était animée par le Mpci, le Mpigo, le Mjp et toutes les autres formes de Forces Nouvelles, le taux de pauvreté était de 38%. En 2008, au moment de la préparation des élections, l’indice global de la pauvreté était à 49% et aujourd’hui, dans la première année du programme de Ouattara, le taux de pauvreté oscille entre 50 et 51%. La rébellion armée de 2002 aura donc été criminelle à plusieurs niveaux pour la Côte d’Ivoire.

Il est évident que monter une rébellion contre la Côte d’Ivoire a conduit à "mélanger" le pays, à rendre l’Etat ingouvernable et à approfondir l’appauvrissement des populations entre 2002 et aujourd’hui.

Une manifestation non moins évidente est que le taux de croissance de l’économie nationale s’est aussi dégradé naturellement, comme une conséquence de la rébellion armée qui aura coupé le pays en plusieurs morceaux. Cette évolution se mesure par la diminution de la valeur de la production nationale, toutes catégories confondues. Avec la rébellion, les Ivoiriens ont moins produit, c’est pour cela qu’ils se sont appauvris. La production nationale a tellement baissé que, d’année en année, les efforts arrivaient à peine à dépasser les niveaux de production précédemment atteints. Par exemple, en 2008, notre niveau de production interne brut était de 10.485 milliards de Fcfa. Entre 2008 et 2009, en pleine accalmie de la mascarade de paix que l’on a appelé à l’époque le dialogue direct, la valeur de l’ensemble de notre production nationale n’était que de 10.880 milliards de francs cfa. A l’époque, on a célébré le retour de la paix, la fin de la guerre, l’urgence d’aller aux élections «vite, vite, vite», sans désarmement et en violation complète de ce qui était devenu notre loi fondamentale, l’Accord politique de Ouagadougou.

Dans cette ambiance de paix retrouvée, nous n’avons pu faire qu’un supplément de 395 milliards entre 2008 et 2009. De la même façon, nous n’avons amélioré notre résultat précédent que de 478 milliards de Fcfa entre 2009 et 2010. Et en 2011, du fait de la guerre postélectorale, notre effort d’amélioration de nos performances a été carrément négatif de 202 milliards ! Nous venions de perdre plus de 200 milliards par rapport à l’année précédente. La croissance aura été négative. La pauvreté s’est accrue. Ouattara, lui, dit que de ce niveau de -202 milliards, il va porter la croissance de notre production à 1.250 milliards en 2012, puis y ajouter 1.000 milliards entre 2012 et 2013, et encore 1.100 milliards entre 2013 et 2014 et enfin plus de 1450 milliards de Fcfa entre 2014 2015. Il faut lui souhaiter beaucoup de succès, car de sa réussite dépend, en principe, le bien-être des populations. Mais peut-être aussi que ces accroissements de richesses ne peuvent survenir que si la population adhère, se rassure, reprend confiance en elle-même et en Ouattara. Toute la population et non une partie d’elle. Sans cela, peut-il y avoir croissance autre que celle qui occasionne une pauvreté supplémentaire ? Peut-on éviter au plan de Ouattara une dynamique de croissance appauvrissante ?

Dans le programme de Ouattara, le PADO2, et non son programme de campagne, l’on reconnait ces faits. Mais si la pauvreté s’est accrue au niveau national, elle n’a pas été homogène. Les zones rurales ont été plus frappées que les zones urbaines. Au moment où le taux moyen de pauvreté était à 49% ou 50%, les régions du nord atteignaient un taux de 77%, les régions du centre présentaient un taux 63% et celles de l’ouest montagneux avaient 64%. Les zones dites à l’époque Cno ont donc été plus appauvries que les autres zones de Côte d’Ivoire. La rébellion a apporté la pauvreté dans les zones qu’elle a eues sous son contrôle pendant dix ans. Les rebelles ont pillé, volé, violé et tué abondamment. Il s’agit d’activités criminelles punissables aussi bien par le droit national que par le droit international.

Les crimes commis sont des crimes économiques. Ils concernent la création de caisses parallèles à celles de l’Etat, le détournement systématique de recettes fiscales, le braquage de banques et de plusieurs agences de la Bceao, le pillage d’entreprises industrielles et commerciales, l’exploitation illégale d’or, de diamants, de bois et autres ressources naturelles, l’encaissement et la conservation illégale de recettes douanières et parafiscales… Mais l’on compte également les séquestrations de citoyens, les exécutions extrajudiciaires, les crimes de sang, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre etc.

Naturellement, la justice aurait voulu que tous les criminels des zones Cno soient poursuivis comme ceux des zones du sud l’ont été. Les mêmes principes qui ont conduit, après la guerre, à l’arrestation et à l’emprisonnement de nombreuses personnes pour crimes contre l’humanité et crimes économiques, devraient aussi être valables pour poursuivre, arrêter et juger ici et à la Cour pénale internationale, tous les autres criminels. Mais dans le PADO2, il n’y a de criminels que les vaincus de la guerre post électorale. S’il est vrai que l’on peut accepter qu’il n’y a pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire, comme l’a affirmé récemment Alassane Dramane Ouattara, il est impossible de ne pas voir que nos prisons sont pleines de prisonniers de guerre. Or les criminels de guerre, on les retrouve dans tous les camps, et Ouattara veut faire le développement sans justice. Il veut faire le développement en imposant l’impunité comme système de gouvernement. Cette attitude d’injustice est d’autant plus inacceptable que le PADO2 fait payer à ensemble des Ivoiriens les efforts de reconstruction des zones Cno, sans que l’on demande à ceux qui ont géré ces zones pendant dix ans et qui les ont appauvries en s’enrichissant eux-mêmes, de rendre des comptes à la Nation. Où sont passées les sommes faramineuses des casses des agences des banques centrales ? Va-t-on faire, dans le cadre du plan de développement de Ouattara, l’audit de la Centrale des Forces armées des forces nouvelles (Fafn) ? Fera-t-on le procès de ceux qui ont enfermé des populations dans des conteneurs à Korhogo et qui les ont, de sang-froid, tué en les laissant mourir d’étouffement ?

Allons-nous faire l’audit de la gestion des zones Cno? Une commission d’enquête nationale ira-t-elle faire des investigations pour nous situer sur ces crimes économiques et politiques ? Ces questions sont d’autant plus légitimes que dans le PADO2, les investissements prennent en compte la plus forte pauvreté dans les zones Cno et promet de leur affecter 60% des dépenses, contre 40% pour le reste du pays. Peut-on reconstruire la Côte d’Ivoire sans la réconcilier avec elle-même et dans la vérité, toute la vérité et rien que la vérité ? Peut-on reconstruire la confiance sans justice ? Peut-on bâtir un avenir prometteur au Triomphe de l’éléphant dans l’impunité totale?

Hélas ! Toutes ces questions institutionnelles, juridiques et politiques sont évacuées par le PADO2. Pour son auteur, tout est d’abord une question d’argent, une question de milliards à rechercher et non un problème d’organisation cohérente de la production. Ouattara pense que s’il investit des milliards de francs, il nous fera oublier toutes les injustices, toutes les impunités qui fondent sa politique. Il a peut-être raison. Attendons de voir. Mais nous sommes sûrs d’une chose : Aucun pays ne s’est développé dans la culture de l’injustice et de l’impunité. Ouattara innovera peut-être en la matière, comme hier d’autres ont pensé innover avec l’Apo, avec le succès que l’on sait.

L’avenir nous le dira.

 

Mamadou Koulibaly

Président de LIDER


Source: LIDER-CI.ORG

samedi, 27 octobre 2012

QUI VEUT LA PEAU DU PROFESSEUR MAMADOU KOULIBALY?


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Le dimanche 21 octobre 2012, en début de soirée, à Cocody Ambassades, le Professeur Mamadou Koulibaly, Président de LIDER (Liberté et Démocratie pour la République), en compagnie de sa Conseillère exécutive, Nathalie Yamb, a été victime d'un grave accident de la circulation qui a vu son véhicule 4X4 littéralement réduit en épave, comme l'atteste ces images et ce témoignage de Nathalie Yamb sur sa page Facebook:

"Après une sortie de route à Cocody Ambassades, la voiture a heurté un poteau électrique, fait des tonneaux, glissé sur 29 mètres avant d’arrêter sa course couchée sur le côté gauche en heurtant un deuxième poteau électrique. La roue avant droite, le cardan, la crémaillère, le moyeu du véhicule ont été nettement sectionnés et complètement arrachés, les deux poteaux électriques totalement déracinés et le véhicule est une épave. Nous avions mis nos ceintures de sécurité, ce qui a été d’autant plus salvateur que les airbags ne sont pas sortis. Dieu est grand".

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L'épave de la 4X4 du Professeur Mamadou Koulibaly

Cause de l'accident: les premières informations sur le Net parlaient de l'explosion du pneu avant droit du bolide. Mais les précisions de la Conseillère exécutive nous situent plus exactement sur les raisons de cette sortie de route qui a failli leur coûter la vie:

"Ce n'est pas la roue qui a éclaté, c'est tout le dispositif qui a été "nettement sectionné" pour reprendre la formulation des agents de police qui ont procédé au constat. Le cardan, la crémaillère, le moyeu, tout a été arraché".

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Le dispositif sectionné de la roue: une véritable chirurgie du sabotage

Qui a donc "sectionné" le dispositif de la roue avant droite de la 4X4 du Professeur Mamadou Koulibaly? Qui veut, par cet acte évident de sabotage criminel, avoir la peau de l'ancien Président de l'Assemblée Nationale de la République de Côte d'Ivoire sous l'ère Gbagbo, actuellement Président de LIDER, parti qu’il a créé après avoir rompu avec le FPI de Laurent Gbagbo?

Après un bref séjour à la PISAM (Polyclinique Internationale Sainte Anne-Marie) de Cocody, où il a été opéré du bras gauche, le Professeur Mamadou Koulibaly s'en tire à plutôt bon compte avec sa Conseillère exécutive, grâce à DIEU.

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Indéracinables.

Si l'intention était de le neutraliser pour de bon ou d'intimider ce franc-parleur, éminence grise en économie internationalement reconnue, l'effet escompté a été un flop, comme en témoigne, ici, Nathalie Yamb: "Indéracinables. Deux jours après l'accident de voiture dont ils ont été victimes, le Pr. Mamadou Koulibaly et la Conseillère exécutive Nathalie Yamb se remettent au travail et assistent à une réunion des partis de l'opposition membres du Cadre Permanent de Dialogue à l'hôtel Belle Côte. Ils étaient accompagnés de Messieurs Lancina Karamoko et Stéphane Vangah, membres du Bureau du Président de LIDER".

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Quand on a souvenance des sorties caustiques de l'homme politique contre le régime actuel (la dernière en date, dans l'article "Mamadou Koulibaly déshabille Ouattara: le régime Ouattara dans toute sa laideur", à lire, ICI), on ne peut manquer de lorgner du côté du pouvoir que les diatribes de l'universitaire dérangent au plus au haut point et au plus haut niveau.

MK reste un grand-frère dans la lutte politique, quoi qu'on dise. Il est une valeur sûre de notre pays. Malgré tout.

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Toutes nos compassions au Professeur Mamadou Koulibaly et à Nathalie Yamb. YAKO!!!

 

DINDE Fernand AGBO

samedi, 20 octobre 2012

MAMADOU KOULIBALY DESHABILLE OUATTARA: LE REGIME OUATTARA DANS TOUTE SA LAIDEUR

 

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Au moment où le Président Ouattara reçoit l’Internationale Libérale en Côte d’Ivoire, venue célébrer les succès de son régime nous dit-on, de nombreux observateurs s’interrogent, et sur toutes les langues, une question se pose : Quelle est la réelle nature du régime Ouattara? Sans être exhaustif, retenons trente (30) points des principales politiques pratiques qui caractérisent le régime ivoirien actuel.


1- Une grande insécurité qui n’arrive pas à être résorbée et qui, au contraire, augmente et met en péril tous les milieux d’affaires;

2- Une présence militaire et paramilitaire oppressante dans les rues et une marginalisation des corps de police et de gendarmerie alors que les populations sont abandonnées au racket d’hommes armés, qu’elles doivent accepter les barrages, et les fouilles à répétition qui prennent des allures de tracasseries;

3- Des violations constantes des droits de la propriété individuelle caractérisées par des vols à main armée, braquages des honnêtes gens, expropriations de maisons par des amis du régime, de terrains urbains, d’entreprises, de véhicules, appropriations autoritaires de forêts classées par des bandes armées proches du pouvoir;

4- Des violations répétées de la loi fondamentale sur laquelle le président de la République lui même, qui va ouvrir le congrès de l’Internationale Libérale, a prêté serment, notamment par des nominations anticonstitutionnelles à la tête de grandes institutions de l’Etat, (Conseil constitutionnel, Conseil économique et social, Assemblée nationale) et la prise d’ordonnances illégales qui lui permettent de se passer de son parlement dans lequel il n’y a pourtant aucune opposition;

5- Une non-dénonciation de l’environnement juridique qui donne la propriété de la terre à l’Etat et qui maintient un régime foncier archaïque, déconnecté des besoins et attentes réelles, en interdisant par exemple aux populations d’avoir le choix de vendre leur terre à des acquéreurs suivant les simples principes du libre échange;

6- Une gestion patrimoniale de l’Etat avec un gouvernement de quarante (40) ministères dont au moins quatre (4) sont délégués à la présidence de la République ;

7- De nombreux membres de la famille du président de la République impliqués dans la gestion directe des affaires de l’Etat ;

8- Un président de la République, également chef suprême des armées, qui ferme pourtant les yeux sur des violences perpétrées par les forces de défense nationales et leurs mercenaires supplétifs dans différentes villes et régions du pays, notamment à Duékoué, Sikensi, Yopougon, Azaguié, Arrah, Abidjan;

9- Une vengeance justicière qui se caractérise par une traque acharnée des militants de l’ancien régime et des personnes supposées proches. Traque confirmée par de nombreuses organisations internationales (HCR, ONU, Amnesty International, International Crisis Group, Human Rights Watch) ;

10- Une justice inéquitable aux ordres des puissants dont l’inefficacité est confirmée par l’indice de la liberté économique que ce soit celui de Heritage Foundation de Washington ou celui réalisé par l’institut canadien Fraser et qui donnent une note de 3,2 sur 10 à la Côte d’Ivoire en 2012;

11- Un manque de responsabilité du pouvoir et un déni de justice par le Président de la République qui refuse d’y soumettre les coupables de crimes de guerre, de crimes de sang et de crimes contre l’humanité issus de ses propres rangs ;

12- Une promotion des anciens Com’Zones (Chefs de guerre de l’ancienne rébellion 2002-2011) à des grades supérieurs dans l’armée et dans l’administration civile, même si leur formation est en inéquation totale avec les compétences exigées par ces postes;

13- Un recrutement ethnique marqué dans l’administration publique et les entreprises du grand secteur public avec des nominations autoritaires, hors concours, sans aucun critère de compétence, pour répondre à la volonté affirmée de «rattrapage ethnique» promue par le président de la République comme méthode de bonne gouvernance;

14- Une décentralisation dénaturée qui consiste plus en une déconcentration administrative de l’Etat qu’en une réelle volonté de subsidiarité ;

15- Des accords et traités internationaux signés dans une opacité totale. Les Ivoiriens n’ont, par exemple, toujours aucune information sur les derniers accords de défense signés avec la France ni sur le coût effectif du troisième pont à Abidjan dont la construction a été attribuée sans appel d’offre international;

16- Un contrôle des changes aux frontières alors que le gouvernement prétend que nous sommes dans une zone monétaire qui autorise la libre convertibilité de la monnaie locale;

17- Des prix administrés et fixés par l’Etat, notamment dans les filières agricoles du cacao, du café, de l’anacarde, du coton…;

18- Un contrôle direct de l’Etat dans la gestion et la commercialisation des produits agricoles de rente tel le cacao à l’exclusion des paysans producteurs qui sont parmi les populations les plus pauvres et les plus vulnérables du pays;

19- Une violation constante et impunie du Code des Marchés Publics. De grands marchés ont été octroyés à des proches du régime ou des entreprises sélectionnées sans appel d’offre, en dehors des règles de libre concurrence et dans un cadre de corruption manifeste (réhabilitations des universités et des prisons, confection des tenues des Forces Républicaines, lampes dites à économie d’énergie, etc.);

20- Des connivences avec des entreprises dont les monopoles sont protégés par l’Etat notamment dans les secteurs de la distribution de l’eau, de l’électricité, de la télévision, de la télécommunication;

21- Des licences d’importation et des quotas sur des produits de première nécessité et de grandes consommations, dont le riz, par exemple, réservés à des proches du pouvoir;

22- Un hyper-réendettement en désordre de l’Etat alors que le pays est sous perfusion PPTE et que les gaspillages des ressources publiques sont monnaies courantes;

23- Une augmentation sans justification et sans mesure transitoire des prélèvements obligatoires pour le financement de la retraite imposée par l’Etat au dépens des générations futures;

24- Des entraves fréquentes aux activités de la société civile que le gouvernement voudrait étouffer;

25- Des médias publics aux ordres, marginalisant les opposants au pouvoir et filtrant les communications de la société civile;

26- Une presse d’opposition régulièrement muselée et censurée même si celleci n’est pas exempte de critiques;

27- Un nombre important d’exilés et de refugiés dans les pays voisins qui justifie, pour la première fois dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, un vote massif par les pieds de nombreuses populations apeurées et craignant pour leur vies face aux pratiques du régime;

28- Des étudiants sombrant dans les années blanches, soumis à des orientations autoritaires vers des filières choisies par l’Etat et non par les familles et à l’inefficacité de l’administration universitaire qui rend cauchemardesque, voire impossible pour beaucoup, leurs formalités d’inscription dans des facultés gardées par des hommes armés à la solde du régime;

29- Des partis d’opposition laissés en marge de l’activité politique sans statut ni financement, alors que les partis au pouvoir se financent grassement sur fonds publics;

30- Un cadre électoral déterminé autoritairement par l’Etat sans consensus et qui se manifeste par un redécoupage électoral arbitraire avantageant le parti du président de la République, une Commission Electorale prétendue Indépendante fortement déséquilibrée avec la présence de militaires alors que le chef de l’Etat est aussi le ministre de la défense, le chef supérieur des armées et le président du Conseil Supérieur de la Magistrature.

L’énumération de ce chapelet de trente mesures entre des centaines d’autres qui sont souvent évoquées ici, devrait aisément permettre à chacun de trouver un qualificatif adéquat au régime ivoirien actuel. Devinette : de quoi le régime Ouattara est-il donc le nom? Démocratie libérale? Tyrannie? Dictature?

A chacun son choix.


Professeur Mamadou Koulibaly

Président de LIDER

Membre de la Société du Mont Pèlerin


Source: EBURNIE NEWS

lundi, 13 août 2012

MAMADOU KOULIBALY: ET POURTANT LES COUPABLES SONT CONNUS, LES RAISONS AUSSI

 

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Analyse de la situation sécuritaire en Côte d'Ivoire et propositions de sortie de crise

 

« C'est ainsi que les gens travaillent à leur propre confusion. »
In Franz Kafka. (1926), Le Château.


La semaine de la fête du 52e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire a été l’occasion de violences meurtrières. Cette fois, les attaques n’ont pas visé les populations civiles ni les forces onusiennes en Côte d’Ivoire, mais elles étaient essentiellement dirigées contre les forces armées, les FRCI. Les casernes militaires, les commissariats de police et les points de contrôle routiers ont fait l’objet d’attaques de bandes armées qui ont tué et ont été capables de disparaître tout de suite après leurs forfaits. Avec émotion, les camps politiques adverses s’accusent mutuellement d’être les auteurs de ces attaques meurtrières. Encore une fois, les partisans du président Ouattara soutiennent la thèse que ce sont les partisans de l’ancien président Gbagbo qui sont les criminels assaillants. Mais les partisans de Gbagbo ne se laissent pas faire et accusent les pro-Ouattara d’être des tueurs armés itinérants. 

Une chose est sûre, il y a eu mort d’hommes et donc pertes en vies humaines. Des enquêtes sont annoncées et en attendant leurs conclusions, si conclusions il y a un jour, nous devons nous rendre à l'évidence: chacun des deux camps tue et, en définitive, seules les populations civiles voient leurs droits de vivre en liberté, en sécurité, dans la poursuite de leur bonheur individuel et collectif, violés. Les populations civiles sont les victimes de deux camps qui continuent de se haïr et de se positionner dans une logique d’intimidation, de chantage, de belligérance, de répression, de revanche et de vengeance.

Une commission d’enquête, visant à établir les responsabilités dans les crimes de la période ayant suivi les élections présidentielles de 2010, a été mise en place il y a quelques mois par le gouvernement. Ses conclusions mettent en évidence que les pro-Gbagbo et les pro-Ouattara ont tous été criminels. Ils ont tué des hommes, des femmes et des enfants pour des raisons politiques, ethniques, religieuses et régionales. Sur les 2.264 cas ayant fait l’objet des investigations, les pro-Gbagbo, identifiés sous la dénomination "éléments des ex-Forces de Défense et de Sécurité"(FDS), sont accusés de 1.452 crimes, tandis que les pro-Ouattara, identifiés sous les appellations "Forces Nouvelles"(FN), "Forces Républicaines de Côte d’Ivoire"(FRCI) et "Dozos", arrivent en seconde place avec 927 crimes. Nous étions, dit-on, en période de guerre lorsque ces crimes ont été commis. Qui est le plus coupable ? Ceux qui ont tué le plus ou ceux qui ont tué tout simplement ? Au total, quelque soit le plus coupable, d'après cette commission d'enquête, ce sont 2.264 vies humaines qui ont été fauchées par des haines réciproques.

Une question demeure au-delà de ces chiffres : pourquoi autant de crimes avec des victimes connues mais sans coupables reconnus ? Dire des pro-Gbagbo et des pro-Ouattara qu’ils ont tué donne certes quelques indications, mais cela reste insuffisant pour comprendre qui tue en réalité. Tous les pro-Gbagbo ne sont pas des criminels et tous les pro-Ouattara non plus. Il faudra être un peu plus clair si l’on veut aller à la vérité ; cette vérité qui libère des haines et réconcilie les cœurs. 

Inventaire de l'armée et des forces de sécurité


D’abord, il convient d'établir que les populations, malgré le grand nombre d’hommes armés en circulation, ne sont pas en sécurité. Il n’y a pas de forces qui assurent la sécurité au sens traditionnel du terme. Aujourd’hui, l’armée ivoirienne de terre, de mer et de l’air compte, entre autres, environ 14.000 hommes non réformés, non équipés. Il s’agit de ce qu’il reste des anciennes FANCI (Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire). Ces hommes sont démotivés, désarmés, payés à ne rien faire, frustrés par une défaite programmée mais inattendue et méprisés par les autorités politiques actuelles du pays simplement parce qu'ils ont appartenu à l’armée sous l'ancien régime. Ils étaient les forces dites loyalistes du régime de Laurent Gbagbo. Cela leur est préjudiciable aujourd’hui et le régime ne leur fait pas confiance.

Il faut ajouter à ce groupe environ 17.000 gendarmes. Ce corps dit d’élite s’est taillé en Côte d’Ivoire la réputation d’être républicain mais n’est nullement utilisé pour le maintien de l’ordre public dans la nouvelle gendarmerie. Plusieurs de ses membres ne sont pas intégrés dans la fonction traditionnelle de la gendarmerie. Ils sont payés à ne rien faire, vivent dans la terreur et le soupçon d’être capables de déstabiliser le régime à tout moment. Ils s’ennuient, sont démotivés et frustrés. Ils faisaient eux aussi partie des loyalistes de l’ancien régime. Et cela leur est préjudiciable aujourd’hui car le régime ne leur fait pas confiance.

Nous devons aussi prendre en compte 18.000 policiers non réformés, eux aussi, c'est-à-dire non réorganisés et non réemployés dans les fonctions habituelles et normales de la nouvelle police. Ils sont en permanence soupçonnés d’avoir été proches de l’ancien régime Et cela leur est préjudiciable aujourd’hui car le régime ne leur fait pas confiance. Ils travaillent sous le regard, le contrôle et la suspicion des forces mises en place par le régime actuel. Ils s’ennuient, sont démotivés et frustrés.

Ces trois groupes constituent ensemble une équipe de 49.000 personnes environ qui, formées en principe pour la sécurité et l’ordre public, vivent dans le non-emploi, le chômage déguisé, la suspicion et la frustration de ne pouvoir exercer leur métier dans des conditions normales de l’Etat de droit. Ces hommes et ces femmes, harcelés de temps à autre, constituent un cocktail dangereux pour la stabilité du régime qui en est conscient et qui déploie des efforts énormes de surveillance, de contrôle, d’arrestations et de tracasseries. Toutes choses qui ne rassurent pas mais au contraire stressent et créent des tensions psychologiques intenses.

Mais, surveiller les militaires, policiers et gendarmes des ex-FDS ne laisse pas suffisamment de ressources pour assurer la sécurité des populations et garantir l’ordre public, aussi bien dans les villes qu’en milieu rural. L’insécurité commence avec l’idée que l’autre nous veut du mal. Et à vouloir trop le surveiller, nous ne voyons pas arriver les autres dangers. 

Que faire dans ce cas ? Réinsérer ces éléments dans l’ordre normal des forces qui assurent la sécurité, la protection civile et l’ordre public en Côte d’Ivoire. Cela voudrait dire redonner à la police et à la gendarmerie les moyens de leur activité. Seuls les policiers et gendarmes peuvent assurer l’ordre public et rassurer les populations. Si l’Etat doit redevenir normal, ce sont les forces normales et non des forces d’exception qui doivent s’occuper de la mission du service public de la sécurité et de la protection des droits et des libertés. La condition normale d’un Etat exige des institutions normales. L’armée, la gendarmerie et la police sont des institutions qui doivent reprendre leur service normalement si bien entendu nous recherchons la normalité qu’impose l’Etat de droit. Si bien entendu nous voulons mettre fin à l’Etat d’exception.

Mais que faire avec une armée de 11.000 FRCI, loyalistes d’aujourd’hui, en plus des 14.000 loyalistes de l’ancien régime? Cela fait quand même 25.000 militaires payés. Avec le budget actuel du ministère de la défense, estimé à 188 milliards de fcfa, si leur traitement est assuré convenablement (131 milliards fcfa), alors cette armée n’a aucun moyen pour s’équiper et s’entraîner. Si elle devait avoir les moyens de son équipement, alors les soldes ne seraient pas payées. Si l’Etat devait assurer pour ces hommes, à la fois l’équipement et la solde, le budget militaire exploserait. Alors qu’il a déjà du mal à faire face, entre autres, aux exigences de la dette due aux caisses de retraite (CGRAE, CNPS) ainsi qu’à celles des salaires des travailleurs de la Poste de Côte d’Ivoire, il serait obligé de fermer des hôpitaux ou des écoles à cause du manque de moyens financiers. Ainsi, nous vivons en insécurité permanente avec une armée pléthorique, mal équipée, mal encadrée, mal payée, bien frustrée et avec de bonnes raisons de ne pas pouvoir assurer sa mission de sécurisation des populations civiles sur l’ensemble du territoire et dans les casernes, les gendarmeries et les commissariats.

Le gouvernement, pendant ce temps, est en sécurité grâce à 3.000 hommes minutieusement triés parmi les FRCI pour la défense de l’Etat et d’Abidjan. Ces hommes, qui ont l’entière confiance du gouvernement, viennent de l’ex-rébellion du MPCI, MPIGO, MJP et des FN et assurent la sécurité du président de la République et des institutions de l’Etat. Ces hommes sûrs du régime en sont aussi les hommes forts, car commandés par les ex-com zones. Notons que certains des chefs de ce groupe de privilégiés ont été promus à des grades supérieurs au moment où des soldats se faisaient tuer par des inconnus armés sortis de nulle part au début du mois d’août 2012. 

Mais peut-on croire à la thèse des hommes sortis de nulle part pour perpétrer ces attaques ? Non pas vraiment. Car, à y regarder de près, il y a dans notre pays des populations à haut risque qui peuvent avoir de bonnes raisons de fomenter ce type de guérilla.

Qui pourraient être les guérilleros?

Au lieu de s’accuser mutuellement, la classe politique pourrait faire une introspection et analyser froidement la situation. Parmi les populations à risque et capables de fomenter des guérillas, il y a plusieurs cas à distinguer. 

Le premier groupe est constitué des FRCI frustrés et déçus, auxquels l’on avait promis des carrières militaires sécurisées. Dans le cadre de l’Accord Politique de Ouagadougou (APO), le volet militaire qui était en négociation concernait 32.000 éléments des FN qui rêvaient d’obtenir une situation de fonctionnaire. Mais, lors de la mise en place définitive des FRCI, seuls 9.000 de ces combattants ont été retenus. Alors qu’elles étaient en possession d'armes et de munitions, ce sont 23.000 personnes qui ont été refoulées, dégagées des rangs ou mises à la porte des FRCI. Ces ex-combattants FN non retenus dans les FRCI vivent dans la rancœur et la frustration et sont en attente de toutes les bonnes occasions qui pourraient leur permettre d’exprimer leur colère vis-à-vis de ceux qui leur ont menti, les ont utilisés et les ont rejetés au moment du partage du butin. Ces 23.000 personnes sont autant de dangers potentiels à ne pas oublier lorsque l’on cherche qui accuser après les attaques comme celles perpétrées contre les FRCI en ce début du mois d’août 2012.

La seconde catégorie identifiée comme dangereuse est constituée des 36.000 supplétifs issus des jeunes combattants recrutés à tout va au moment où il a fallu que les FN se préparent à la bataille d’Abidjan lors de la dernière crise post électorale. De nombreux combattants ont été encouragés à s’enrôler pour «la cause». Ils étaient environ 38.000 supplétifs pour les FRCI, parmi lesquels seulement 2.000 ont été retenus pour une éventuelle intégration dans les forces régulières actuelles. Que faire des 36.000 restants ? Ils ont été purement et simplement oubliés. Eux aussi fulminent de colère et de désir de revanche sur ceux qui les ont manipulés. Ils sont des agents à risque, capables, pour des raisons évidentes, de s’attaquer à leurs anciens frères d’armes, du temps des durs combats d’Abidjan, qui les ont trahis et abandonnés par la suite. Il ne faut pas les oublier lorsque l’on se pose la question de savoir qui s’attaque aux FRCI et pourquoi ?

La troisième catégorie à risque est composée de 38.000 personnes issues des groupes d’autodéfense et autres miliciens de l’ancien régime. Il avait été question que, dans le cadre du service civique proposé par l’APO, ces supplétifs des FDS de l’époque puissent être intégrés à des structures de réinsertion et d’emploi dans la fonction publique. Mais rien n’a été fait et plusieurs d’entre eux sont réputés avoir des armes, sont frustrés de savoir que l’âge d’or est terminé et que si les choses redeviennent normales, eux s’en sortiraient sans rien, bredouille. Eux ont du mal à accepter cette perspective. Ce groupe est tout aussi dangereux que les deux premiers et il ne faut pas l’oublier lorsque la question se pose de savoir qui attaque les FRCI. Pour ce groupe, l’avènement des FRCI ayant mis fin aux privilèges dont ils bénéficiaient, il est inacceptable de laisser les choses en l’état et laisser le triomphe facile à leurs adversaires d’hier.

Au total, ce sont donc au bas mot 97.000 guérilleros potentiels, sans compter les opportunistes et autres bandits habituels, les frustrés et les haineux occasionnels qui ont de vieux comptes à régler avec de vieux copains maintenant membres de la nouvelle nomenklatura, les nouveaux combattants, ceux de la 25ème heure qui ne sortent que lorsque les champs de bataille sont vides. Si nous prenons en compte tout ce beau monde «de super vilains» ou de «super héros», on peut arriver à 100.000 personnes à risque, déçues par les promesses non tenues, ballottées entre des décisions contradictoires, endoctrinées par des états-majors politiques réciproquement haineux, encasernées, pour certaines, avec leurs armes dans des conditions inacceptables, comme par exemple les 1.500 retenues dans le tristement célèbre camp de la Gesco à Yopougon. Toutes ces personnes sont de véritables dangers pour la sécurité des populations civiles, pour les FRCI elles-mêmes et pour les forces impartiales également, et l'on ne peut pas dire qu’elles ont tort d’être en colère. Et si l’on traitait plus sérieusement leurs cas ?

Ces 100.000 jeunes qui voient l’avenir en noir ne se fient qu’au pouvoir que leur donnent leurs armes. Ils n’ont pas d’emploi, pour plusieurs d’entre eux, pas même de qualification ni de métier. Ils ont la hantise du chômage et voient leur vie comme un drame dont les seules lueurs ne sont que trahisons, manipulations. La haine envers leurs anciens mentors et le mentor adverse alimente leur quotidien. Ils croient avoir tout perdu, sauf leurs armes avec lesquelles ils peuvent se faire entendre, se faire respecter et même faire fortune ou simplement obtenir à manger. Il ne faut pas les oublier au moment où l’on se pose la question de savoir qui organise la guérilla. 

Quelles solutions pour sortir du bourbier insécuritaire?

D’abord, le gouvernement doit cesser de pratiquer la politique de l'autruche et regarder enfin le problème en face. La communication de monsieur Bruno Koné, ministre et porte-parole du gouvernement, après le conseil des ministres du 15 février 2012, à la suite de toutes les tueries de la période post électorale et depuis la création des FRCI démontre, si besoin est, son fourvoiement et la marge de progression analytique qu'il nous offre pour comprendre la situation :

«Les Frci, c’est l’armée régulière de Côte d’Ivoire. Il est important que notre armée soit respectée. L’armée représente la souveraineté du peuple ivoirien. Il n’y a pas de raison que ce soit les populations qui décident ou pas d’avoir l’armée sur un territoire. Nous sommes tous à un âge où nous avons vu les Fanci et les Fds. Je crois qu’il faut qu’on revienne au principe de base du civisme. C'est-à-dire le respect de nos institutions. Dans le respect des institutions, il y a le respect de l’armée. L’armée de Côte d’Ivoire a eu à mener des opérations de sécurité publique tout simplement parce que la police et la gendarmerie n’étaient plus opérationnelles. Il a fallu attendre plusieurs mois avant que les commissariats ne soient regarnis et il a aussi fallu attendre plusieurs mois avant que les policiers ne soient dotés d’armes et de munitions. Pendant ce temps, les militaires ont eu à les suppléer. A partir du moment où nous sommes arrivés progressivement à une situation normale, il leur a été demandé de se retirer de ces activités pour que la police et la gendarmerie prennent le relais. Mais cela n’est pas fait partout, d’une part. D’autre part, même si la police et la gendarmerie sont de retour, rien n’interdit que les militaires soient apportés en renfort à tel ou tel endroit. C’est une décision du commandement militaire. (…) Quand on parle de cantonnement, j’ai l’impression que pour les Ivoiriens cela veut dire qu’il faut que les militaires disparaissent du paysage. (…) Les Frci, c’est plusieurs milliers de personnes. Donc il peut arriver qu’un élément des Frci ait un problème avec un élément civil, cela peut arriver partout, il peut y avoir des cas d’indiscipline, il peut y avoir des agressions contre les uns et contre les Frci. Mais de grâce, ne transformons pas tout en conflit ethnique ou intercommunautaire. S’il y a des erreurs de la part des Frci, ils peuvent être sanctionnés par leur hiérarchie

Puis, la classe politique, gouvernement en tête, doit arrêter de détourner l’attention du problème principal par des accusations mutuelles insensées. 

Ensuite, elle doit accepter sa propre défaillance dans la façon de faire la politique et reconnaître que c’est elle qui, par ses discours, ses ambitions, ses inconséquences, a conduit de nombreux jeunes dans l’impasse, et toute la Côte d’Ivoire avec.

Enfin, elle doit s’engager tout de suite dans des discussions sur la réconciliation politique et envisager un programme de fin de crise conforme à la résolution 2062 du Conseil de sécurité des Nations-Unies et rendre opérationnelle cette dernière. Ceci suppose de:

  • Prioriser la question du désarmement et de la réforme du secteur de la sécurité dans l'agenda du président de la République - ministre de la défense et chef suprême des armées.
  • Retirer des rues les FRCI et y installer la gendarmerie et la police nationales.
  • Organiser le départ à la retraite des combattants et autre miliciens non retenus dans les forces actuelles.
  • Dégager des économies budgétaires pour financer cette retraite supplémentaire par la réduction du niveau de vie de l’Etat.
  • Redéployer l’administration civile et l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire ivoirien.
  • Reprendre et approfondir le dialogue entre l’opposition et le gouvernement dans le cadre défini par le conclave de Bassam.
  • Ne pas se précipiter pour organiser les élections locales dans les conditions actuelles d'insécurité.

Nous avons une population ivoirienne de 20 millions d’habitants environ, qui vit, sans protection de qui que ce soit, avec 100.000 ex-combattants armés et frustrés se sentant trahis par ceux qui, de part et d’autre, avaient fait d'eux des héros à coup de fausses promesses d’intégration dans la fonction publique; une soldatesque de 25.000 hommes, sans équipement ni entrainement qui ne peut exercer sa mission par manque de cohésion; 35.000 gendarmes et policiers prévus pour le maintien de l’ordre public et la sécurité civile mais qui ne sont ni organisés ni employés à cette fin car désarmés par manque de confiance et 3.000 éléments des FRCI, commandés par les anciens com zones, sélectionnés parmi l’ensemble pour assurer la sécurité du président de la République et des institutions à Abidjan. Cette population civile, totalement laissée à elle-même, devient la cible de chacun de ces dangereux groupes adverses qui, à travers les cruautés commises à son encontre, peut vouloir attirer l’attention sur lui. 

A ce jour, la Côte d'Ivoire n'a plus d'armée - ni ancienne, ni de nouvelle -, mais elle est entre les griffes de plusieurs bandes armées qui se ciblent les unes les autres tout en prenant la population civile en otage. L’ordonnance illégale prise par le président de la République le 17 mars 2011 pour créer les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), mélange composite des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) et des Forces armées des Forces nouvelles (FAFN), dans le but, selon les propres termes de M. Ouattara, de «protéger les populations civiles, pacifier le pays et rétablir la légalité» est loin d’avoir été efficace. Bien au contraire, cette ordonnance est à la base de la désorganisation de la sécurité et de l’ordre républicain. La question est du domaine de la loi c'est-à-dire du débat public républicain. Une ordonnance ne suffit pas à créer une armée (article 71 de la constitution d’août 2000). La preuve est maintenant faite. La recrudescence des braquages dans tous les quartiers d'Abidjan, et des coupeurs de route dans l'ensemble du pays, est la manifestation directe de la mauvaise gestion des questions militaires et sécuritaires par l'Etat, qui a trop souvent recours à des ordonnances illégales et des décrets inutiles pour résoudre un problème sensible qui requiert bon sens, clairvoyance et courage. Aujourd’hui nous en payons le prix. Et pourtant, les coupables sont connus, les raisons aussi.

 

Abidjan, le 13 août 2012

 

Mamadou KOULIBALY, président d'Audace Institut Afrique.


Source: INSTITUT AUDACE AFRIQUE