topblog Ivoire blogs

mardi, 13 mai 2014

Dr SERAPHIN YAO PRAO: OUATTARA EST UN ECONOMISTE «CHAUVE-SOURIS»

 

ALASSANE OUATTARA ET MADAME 2.jpg

 

«C’est en fait la compréhension de ses propres limites qui parait être la tâche la plus difficile et la plus importante de la raison humaine». (Hayek, 1953)

 

Le Président Ouattara a vraiment eu les ivoiriens. Depuis qu’il est au pouvoir, il fait le contraire de ce qu’il a dit lors de la campagne électorale. Par exemple, il avait promis diriger le pays dans une vision libérale : libérer les énergies, approfondir l’Etat de droit, baisser les charges fiscales etc. une fois au pouvoir, le candidat devenu Président a changé de vision. En matière économique, il avait promis encourager le secteur privé afin qu’il participe activement à la création de richesses. Dans ce cadre, il promettait réduire les charges fiscales pour rendre les entreprises ivoiriennes compétitives et faciliter la création de nouvelles. En Côte d’Ivoire, aujourd’hui, les entreprises ferment et les entrepreneurs grincent les dents tant le matraquage fiscal est prégnant. Finalement, les ivoiriens constatent à leur dépens que le Président Ouattara est un économiste «chauve-souris ». Une chauve-souris est un mammifère volant doté d’ailes membraneuses et dont le corps ressemble à celui d’une souris. Une telle réflexion mérite de cerner ne serait-ce que de façon panoramique quelques éléments du libéralisme. Une fois cette étape franchie, il sera aisé pour nous de montrer en matière économique, le caractère « chauve-souris » du Président Ouattara.

1. Un bref aperçu du libéralisme

Le libéralisme est une pensée économique qui considère qu’il faut respecter l’ordre naturel de l’économie et que l’Etat ne doit pas intervenir. Selon les libéraux, les comportements individuels s’agrègent harmonieusement : chaque individu en recherchant son intérêt personnel œuvre pour l’intérêt général. Un libéral est contre l’interventionnisme et l’Etat providentiel. Hayek, pensait que l’Etat ou, plus précisément, les gouvernements ne peuvent disposer de la totalité des informations nécessaires pour gérer l’économie et atteindre de prétendus objectifs macroéconomiques : taux de croissance, taux d’inflation, niveau de chômage, niveau de revenu. Comme le marché demeure en dernier ressort le meilleur moyen pour la production et l’allocation des ressources, il convient de réduire au minimum les activités qui ont pour effet de le contrarier.

Un pouvoir libéral doit promouvoir les libertés économiques et même les libertés tout court. Une politique de liberté est une politique qui vise à réduire au minimum la coercition. Une société libre nous dit Hayek implique que l’individu dispose de quelque sphère de décision privée, de quelques éléments de son environnement sur lesquels d’autres ne sauraient jouer. Il en découle que la liberté va de pair avec la propriété privée et les droits, qui lui sont associés, d’en disposer à sa guise, par contrat, et de la transmettre par héritage.

2. Un Président qui fait le contraire de ce qu’il a promis

Dans le prince, Nicolas Machiavel nous apprenait que « celui qui trompe trouvera toujours quelqu’un qui se laissera tromper ». Le Président Ouattara a trompé tout le monde y compris ses alliés. Au lieu de réduire les charges des entreprises, le Président Ouattara les alourdit.

Dans le secteur de l’hévéa, les planteurs payaient des impôts à raison de 2,5 % prélevés sur leur revenu. Depuis l’exercice 2012, le régime Ouattara a imposé de nouvelles taxes sur la production des usiniers. 5 % sur le chiffre d’affaires du caoutchouc granulé. Cette taxe est incompréhensible vu que la loi fiscale prescrit que, lorsque 80 % de la production d’une entreprise sont exportés, alors elle est exonérée de TVA. En plus, l’Etat demande de payer la TVA avant d’être remboursé. Mais, au moment de recouvrer cette créance, l’usinier est soumis à des tracasseries qui l’amènent à tout abandonner. Ce mode de récupération de la TVA est une arnaque. Rappelons que la production est exportée à 100%. En outre, il faut souligner que les sociétés agro-industrielles payaient 25 % sur le Bénéfice industriel et comptable (BIC).

En 2013, dans le secteur de l’hévéa, le gouvernement a créé une taxe de 5% sur le chiffre d’affaires des usiniers. Cette taxe jugée d’ailleurs inacceptable par les professionnels du secteur, n’est pas de nature à aider le secteur à se développer. Elle affecte même le cours de l’hévéa au niveau des paysans. En 2013, la charge fiscale de la SAPH, sans y ajouter les autres taxes, s’établit à 67% du résultat. Du coup, la société a connu un résultat net en 2013 de 13,7 milliards de FCFA, une performance en recul de 34,9% comparé aux 21 milliards réalisés en 2012.

L’Etat a augmenté les taxes dans plusieurs domaines de l’économie. Depuis le 1er Janvier 2014, le gouvernement a augmenté le coût des prestations des services de télécommunications avec la création d’une nouvelle taxe. La loi n°2013-908 du 26 décembre 2013 portant budget de l’Etat 2014 stipule qu’une nouvelle taxe dénommée «taxe spécifique sur les communications téléphoniques et les technologies de l’information et de la communication» est instaurée. « Cette taxe, assise sur le prix hors taxes de la communication, est supportée par l’émetteur de l’appel ou le client du fournisseur d’accès Internet. La taxe est collectée par l’entreprise de téléphonie mobile ou par le fournisseur d’accès Internet». Cette nouvelle taxe a obligé les opérateurs à augmenter les tarifs. En Côte d’Ivoire, la TVA est de l’ordre de 18% là où elle est de 12% au Ghana et 5% au Nigeria. Le Président libéral ne fait rien pour rendre les produits ivoiriens compétitifs.

Un gouvernement libéral essaie de créer les conditions de la concurrence. Or l’actuel président affectionne la pratique des monopoles. Et pourtant, il sait bien que les monopoles et positions dominantes ne favorisent pas la baisse des prix. La commission de la concurrence n’existe que de nom puisqu’elle n’a pas les moyens de sa politique. Les contrats de gré à gré ont connu une hyperinflation depuis qu’il est au pouvoir. Ce qui explique en partie la cherté de la vie. Le premier ministre reconnait lui-même qu’effectivement 42% des appels d’offres en montant ont été faits de gré à gré.

Un gouvernement libéral fait la promotion de droits de propriété. Le couvert forestier ivoirien est passé de 12 millions d’hectares en 1960 à 2,802 millions d’hectares en 2007, soit une perte de plus de 75% en moins d’un demi-siècle. Et la gestion du couvert forestier restant n’est pas optimale à telle enseigne qu’on constate de façon récurrente des conflits fonciers. Le Président Ouattara avait promis la délivrance des certificats fonciers pour en finir avec les conflits fonciers dans notre pays. Depuis qu’il est au pouvoir, la terre continue de tuer nos parents sous ses yeux. Et pourtant, il sait que les conflits trouvent leur source dans le fait qu’en Côte d’Ivoire, les droits de propriété ne sont pas clairement définis. La loi n°98-750 du 23 décembre 1998 relative au domaine du foncier rural semblait vouloir apporter une solution ou du moins un début de solution au problème foncier en Côte d’Ivoire. Devenue caduque car inapplicable pendant 10 ans, elle é été encore reconduite par l’actuel président. Par exemple, en 2009, 98% des transactions foncières s’effectuaient dans le cadre de la coutume et constituaient pour beaucoup d’entre elles des ventes inachevées.

Finalement, en Côte d’Ivoire, la multitude des litiges fonciers dont regorgent les cours et tribunaux n’est pas seulement la conséquence de la rareté de terres mais elle est aussi souvent le fait du non-respect de la législation en vigueur dans le pays. Aujourd’hui dans notre pays, environ 90% de litiges dont regorgent les cours et les tribunaux sont d’origine foncière.

Un gouvernement libéral adopte un budget réaliste afin d’éviter les déficits qui conduisent à l’endettement. Or le Président Ouattara ne fait rien pour laisser aux futures générations un pays libre. Depuis l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE, le stock de la dette s’est accru de 4000 milliards de FCFA au moins. Cette façon de dépenser sans compter n’est pas responsable.

Conclusion

Le Président Ouattara gouverne parce qu’il a le pouvoir. Mais qu’il écoute les ivoiriens « car il ne faut point faire du mal aux peuples , ou bien il les faut exterminer tout à fait, vous souvenant qu’on n’ oublie jamais les mauvais traitements que l’on aura reçus, lorsqu’ils ne sont que médiocres, mais que l’on n’en pourra jamais tirer raison, s’ils sont extrêmes. Aussi, ne faut-il jamais maltraiter personne, à moins qu’on ne lui ôte entièrement le pouvoir de se venger » dixit Machiavel.

 

PRAO Yao Séraphin, Enseignant-Chercheur et analyste politique

(Economiste, Délégué national de LIDER au Système monétaire et financier, enseignant à l’université de Bouaké)

 

Source: CONNECTION IVOIRIENNE

vendredi, 24 août 2012

LES VOYAGES DU PRESIDENT OUATTARA NE RAPPORTENT PAS DES MILLIARDS MAIS ENDETTENT LA COTE D'IVOIRE

 

ALASSANE OUATTARA - ADO MAGELLAN.jpg

 

Le Docteur Prao Yao Séraphin, Délégué national au Système Monétaire et Financier de LIDER, répond à M. Kablan Duncan, ministre des affaires étrangères.

 

La Côte d’Ivoire va mal, les Ivoiriens le savent. Le pays présente un visage tuméfié et un avenir sombre.  La cause est connue : la mauvaise gestion des affaires politiques.  Les souffrances des Ivoiriens ne s’arrêteront  pas de si tôt, car le président Alassane Ouattara accorde peu de temps à la résolution des problèmes des Ivoiriens. Il préfère passer le plus clair de son temps dans son avion. C’est en substance ce que lui reprochait l’ancien président de l’Assemblée Nationale et aujourd’hui président de LIDER, sur les antennes de RFI :  «Si l’Etat réduit son niveau de vie, on a déjà quarante ministres. Il y en a trop. Il y a trop de voyages officiels à l’étranger. Le président de la République est à son 42ème voyage maintenant, à l’étranger. Il y en a trop. Il faut réduire ce niveau de vie, et puis serrer un peu la ceinture d’un certain nombre de dépenses de l’Etat,  financer la sécurité, qui est à la base de tout. Si on ne fait pas de sacrifices ailleurs pour financer cette question sécuritaire, nous allons aller d’attaque en attaque, de déstabilisation en déstabilisation, et puis installer la chienlit permanente. Ça commence à être trop long maintenant, pour les populations…».   

Pour répondre au président de LIDER, M. Alassane Ouattara a laissé la tâche à son ministre des affaires étrangères, Daniel Kablan Duncan. Ce dernier affirme dans les colonnes du quotidien L’Expression du 22 août 2012: «Les voyages de Ouattara rapportent des milliards».

Cette mise au point du ministre appelle un commentaire. Les voyages du président de la République  sont peut-être destinés à chercher des investisseurs ou des prêts.

Examinons le premier cas. Comme le dit le ministre, si les voyages rapportaient des milliards, alors les Ivoiriens devraient constater l’arrivée massive des investisseurs dont  un des indicateurs est la création d’emplois. Point n’est besoin de travailler à l’AGEPE pour constater le chômage galopant en Côte d’Ivoire. Il est donc impossible de retenir cette hypothèse.

Examinons le deuxième s. Et cela pose problème. Depuis sa prise de pouvoir, la dette ne fait que croître de façon géométrique sans l’avis des Ivoiriens. On sait que le gouvernement Ahoussou a besoin d’argent, comme le montre bien les lancements à répétition d’emprunt obligataire par appel public à l’épargne. En effet, le Trésor public a procédé le jeudi 16 août 2012 au lancement officiel de l’emprunt obligataire par appel public à l’épargne dénommé «TPCI 6,50% 2012-2017». Le gouvernement est à la recherche de ressources additionnelles et ce présent emprunt doit permettre de mobiliser 60 milliards de Fcfa.

Le voyage du président Ouattara en Arabie Saoudite avait pour but d’endetter encore le pays à hauteur de 215 milliards de Fcfa auprès de la Banque islamique du Développement (BID). Cette dette vient s’ajouter à la longue liste des dettes contactées par le chef de l'Etat depuis qu’il est au pouvoir. La Côte d’Ivoire est devenue «fréquentable» sur le marché de la dette depuis l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE, vu que son taux d’endettement a considérablement baissé. Alassane Ouattara va en profiter pour surendetter la Côte d’Ivoire d’ici la fin de son mandat. Ses voyages endettent le pays et compromettent l’avenir des générations futures.  Non seulement ces voyages coûtent énormément aux contribuables d'aujourd'hui, mais aussi aux générations futures. Il est temps que le président de la République échafaude un scenario de développement en se basant sur nos ressources propres.

 

Dr PRAO Yao Séraphin, Délégué  National au Système Monétaire et Financier à LIDER.

 

Source: Liberté et Démocratie pour la République (LIDER)

côte d'ivoire,les voyages du président ouattara ne rapportent pas des milliard,les voyages de ouattara endettent la cote d'ivoire,lider,liberté et démocratie pour la république,prao yao séraphin,alassane ouattara,daniel kablan duncan

 

Voyages coûteux de Ouattara: La réponse de LIDER à Daniel Kablan Duncan


Nous l’avions déjà dit: la démocratie se construit avec les idées de l’opposition, pas avec le sang des opposants. C’est en ce sens que nous souhaitons mettre à la disposition du gouvernement une petite démonstration arithmétique dont il pourrait s’inspirer pour régler quelques problèmes majeurs de la Côte d’Ivoire. Nathalie Yamb.

A long terme, les voyages incessants du président de la République causent un accroissement de la dette de l’Etat ivoirien. La démonstration du Délégué national de LIDER pour le système économique et financier, le Dr Prao Yao Séraphin, disponible sur le site web du parti (www.lider-ci.org) et ci-dessous, devrait achever de convaincre les plus sceptiques.

A court terme, nous devons payer pour les voyages du chef de l’Etat: kérosène, parking avion, perdiems de la cour qui l’accompagne pour en moyenne 5 jours par mission, frais d’hôtel et de déplacements, dépenses de courtoisie…

M. Ouattara a effectué 43 voyages en 16 mois d’exercice du pouvoir, soit une moyenne de 2,6 voyages par mois.

Un déplacement durant en moyenne 5 jours, M. Ouattara est donc en voyage 13 jours par mois (2,6 x 5 jours).

Un mois ayant 30 jours, nous pouvons donc conclure que le chef de l’Exécutif travaille 17 jours par mois (30 jours – 13 jours de vadrouille = 17 jours travaillés).

Si l’on prend le coût horaire de chacun des membres de la délégation, dont le travail n’est pas effectué en CI mais dont le salaire est bel et bien payé en plus des perdiems perçus, et si l’on tient compte de la taille des délégations qui l’accompagnent, il faut estimer que chaque voyage du président de la République coûte au moins 1,5 milliards fcfa et au plus à 2 milliards fcfa au contribuable ivoirien.

C’est donc au minimum 3,9 milliards de fcfa par mois (1,5 milliards x 2,6 voyages par mois) que l’Etat ivoirien débourse pour aller chercher des investisseurs, qui pour leur part attendent que la sécurité revienne en Côte d’Ivoire pour s’engager.

La conséquence à moyen terme est que nous n’avons pas d’investissement, sauf sur les grandes pancartes du pub produites par le gouvernement qui nous assurent que l’Etat travaille pour nous. Par contre, nous avons bien de la croissance, mais elle ne concerne que la dette publique, le chômage, la pauvreté et l’insécurité.

 

Conclusion

En réduisant ses voyages, M. Ouattara pourrait consacrer une partie des 3,9 milliards fcfa mensuels à la restructuration du secteur de la sécurité, ce qui, tout le monde en conviendra avec nous, est une priorité urgente en Côte d’Ivoire.

 

L’équipe de communication

mardi, 29 mars 2011

PRAO YAO SERAPHIN - LA POLEMIQUE AUTOUR DE LA DEVALUATION DU FRANC CFA: MA PART DE VERITE

 

1000 CFA ANCIEN.jpg

 « L'Afrique est la clé du problème noir »

(Malcolm X)

 

Le thème de la dévaluation du franc CFA revient régulièrement sur le devant de l'actualité africaine. Depuis quelques années, l'appréciation de l'euro vis-à-vis du dollar américain et les appels répétés de certains intellectuels africains en faveur d'une monnaie plus flexible et/ou compétitive, ont régulièrement entretenu les rumeurs de dévaluation du franc CFA.  Cette question de la dévaluation du franc CFA est persistante lorsqu'on sait que la Côte d'Ivoire est une base de développement de grande importance en Afrique de l'ouest francophone. Sa prospérité ou sa déchéance aura certainement des conséquences palpables dans les pays de l'UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine).

Si la libéralisation croissante des échanges et la déferlante des produits asiatiques rendent un ajustement du franc CFA inéluctable, il importe de cerner les contours d'une dévaluation.  Face donc à la présence très prégnante de la question de la dévaluation du franc CFA, il semble nécessaire de se pencher sincèrement sur le sujet.  Lorsqu'on pose la question de savoir si le franc CFA sera dévalué ou pas, une série de difficulté, corollaire apparaît dès lors, concernant les conditions de réussite d'une dévaluation. Evoquer toutes ces questions nous autorise à rejeter toutes les idées préconçues sur les retombés de la dévaluation afin d'aborder sérieusement  cette question d'ajustement monétaire.  C'est ici donc l'ambition  de notre présent article : celle de relativiser les retombés d'une éventuelle dévaluation du franc CFA en l'état actuel des structures économiques des pays africains de la zone franc (PAZF).

L'impulsion inaugurale de notre réflexion  se trouve dans une bonne présentation de la dévaluation. C'est la raison pour laquelle, en premier lieu, nous répondrons à la question : qu'est ce qu'une dévaluation ?

Une fois, la définition acquise, nous pourrons, en deuxième lieu, faire un retour sur le bilan de la dévaluation de 1994. Nous verrons que le succès de cette dévaluation est mitigé.

Enfin, en troisième lieu, nous allons voir comme il est désormais solidement établi que le succès de la dévaluation est conditionné par certains aspects structurels de l'économie.

I. QU'EST-CE QU'UNE DÉVALUATION ?

 On s'intéressera principalement dans cette partie à une présentation de la dévaluation. Cela exige de donner la définition de la dévaluation et ses fondements théoriques.

I.1. LA DÉFINITION D'UNE DÉVALUATION

Il n'est pas rare d'entendre, çà et là, de la bouche de certains, une confusion totale entre une dévaluation et une dépréciation. Pourtant, il  ne faut pas confondre une dévaluation avec une dépréciation. La différence est très nette.

La dévaluation consiste à modifier le taux de change officiel d'une monnaie (parité) par rapport à une monnaie internationale de référence : or, dollar, euro, par exemple. Dans un sens extensif, elle désigne l'altération de l'objectif de change que les autorités monétaires d'un pays s'assignent dans le cadre de leur politique économique globale, qu'elles soient ou non liées par des engagements internationaux en la matière. La dévaluation doit donc être bien distinguée de la  dépréciation - même si, très souvent, elle ne fait que la consacrer. Cette dernière est, en effet, un mouvement du taux de change déterminé spontanément par le  marché qui constate une perte continue de valeur de la monnaie domestique par rapport aux monnaies étrangères.

Techniquement, l'ajustement de la balance des paiements[1] peut-être assuré par les variations du taux de change. Celles-ci provoquent les modifications de prix nécessaires à l'ajustement des importations et des exportations et au rétablissement de l'équilibre. Le taux de change peut faire l'objet d'une dévaluation qui traduit une baisse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères, ou d'une réévaluation, qui s'exprime comme une hausse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères. Dans le cas des pays africains de la zone franc, le débat porte sur une baisse de la valeur de la monnaie, la montée de l'euro surévaluant de facto cette dernière et décourageant les exportations.

I.2. LE FONDEMENT THÉORIQUE DE LA DÉVALUATION

En cas de déficit de la balance des paiements, diverses actions peuvent être mises en œuvre. On peut en citer quatre.

La première et la plus importante est celle qui tend à réduire la demande globale par une politique budgétaire et par une politique monétaire restrictive. Il est en effet indispensable de résorber l'excès de la demande intérieure sur la production, c'est-à-dire de diminuer « l'absorption » du produit intérieur par la consommation et par l'investissement. Une telle politique a pour effet de limiter les importations et de dégager en faveur de l'exportation une part de la production intérieure.

La deuxième consiste à élever les taux d'intérêt par rapport aux taux pratiqués à l'étranger, ce qui permet d'améliorer la balance des opérations en capital, notamment en freinant la sortie  des capitaux nationaux et en attirant les capitaux étrangers.

Troisièmement, on peut recourir à des contrôles directs. Les restrictions quantitatives aux échanges (contingentement des importations) sont soumises à des limitations très sévères par des accords internationaux et ne peuvent être que des mesures de crise très graves.

Quatrièmement, lorsque les mesures qui viennent d'être indiquées ne peuvent aboutir à restaurer l'équilibre à moins d'une récession marquée de l'activité économique et du chômage, l'économie se trouve dans un état de « déséquilibre fondamental ». La disparité entre les coûts et les prix intérieurs et extérieurs ne peut être dans ce cas corrigée que par un changement de la parité monétaire, c'est-à-dire par une dévaluation.

Le fondement théorique de la dévaluation étant connu, reste à présenter quelques conséquences d'une dévaluation.

Une dévaluation a de forte chance de produire les effets escomptés que si les prix internes augmentent. En réalité et surtout pour les pays dont le secteur domestique est très important, la hausse des prix intérieurs sera, dans l'ensemble moins rapide et moins forte que la dépréciation du taux de change. En effet, de nombreux produits sont obtenus dans le pays et ne souffrent d'aucune concurrence étrangère (secteur abrité) si bien que leurs prix ne subissent qu'avec retard, ou faiblement, la contagion de la hausse due à la dépréciation. Il en va de même des prix des services et des facteurs de productions qui peuvent être déconnectés des prix étrangers. Pour les pays africains de la zone franc, leur dépendance plus ou moins grande à l'égard des importations va les obliger à alourdir le déficit commercial si les exportations ne sont pas stimulées. L'accroissement des exportations peut alors, dans certains cas, provoquer une perte de substance pour l'économie nationale.

Or, à la suite d'une dévaluation, l'accroissement de la valeur des exportations (en monnaie nationale) sera d'autant plus important que l'élasticité de la demande étrangère sera forte. Etant donné que les pays membre de la zone franc CFA sont essentiellement exportateurs de matières premières de base et face à une demande léthargique, accompagnée d'une concurrence des pays asiatiques, il s'ensuit que les bénéfices de la dévaluation sont théoriquement maigres.

De l'avis de ceux qui sacralisent la dévaluation, la surévaluation du franc CFA oblige les pays membres à déprécier leur monnaie car «le coût de la main d'œuvre, déjà élevé en comparaison avec les pays asiatiques, en est artificiellement gonflé. Il encourage les importations au détriment des productions locales, y compris l'importation de biens qui ne sont pas nécessairement indispensables». Une dévaluation, selon cette « école » va renforcer la compétitivité des produits, permettre une augmentation des exportations et de leurs revenus, et une atténuation de la pression des importations. Il est vrai qu'à l'exportation, les productions locales deviennent moins compétitives que celles de nos concurrents  des pays hors zone euro. Il en est ainsi du coton béninois, de la banane camerounaise, du café ou du cacao ivoirien face aux produits analogues américains et latino-américains qui exportent en dollars, et qui sont, de surcroît, subventionnés. En conséquence, le revenu des exportations de matières premières africaines facturées en dollars, diminue conséquemment.

A contrario, une catégorie d'économistes prudents, se méfie des dévaluations à tout va. Pour eux, une dévaluation du franc CFA aurait pour conséquence une hausse vertigineuse du coût des importations, un surenchérissement de la facture pétrolière, une inflation globale. Cela n'a rien d'entonnant quand on sait que la croissance que connaît l'Afrique est tirée par les pays exportateurs de pétrole. La faiblesse du dollar diminue la facture énergétique des pays et le prix élevé du baril ne peuvent donner l'illusion de résister à cette surévaluation du franc CFA.

Mais pour combien de temps, la manne pétrolière contrebalancera les effets pervers d'un déficit structurel de balance des paiements ? La dévaluation peut être bénéfique pour un pays donné,  que si  ses exportations explosent mais à condition que les autres monnaies ne se déprécient pas dans les mêmes proportions. Historiquement, les dévaluations concurrentes ont été malheureusement adoptées par un grand nombre de gouvernement entre 1930 et 1940. L'exemple le plus éloquent fut la concurrence faite aux dévaluations britanniques et américaines supprimant du même coup l'effet prix favorable aux exportations britanniques et américaines. Lorsque la hausse des prix est plus rapide dans un pays tiers qu'à l'étranger, le gouvernement peut être contraint à la dévaluation. Cette situation est indéniable lorsque le déficit de la balance des paiements est structurellement considérable. Une surévaluation de la monnaie peut aggraver les difficultés d'exportation. Une croissance inflationniste ne peut durer indéfiniment car elle compromet gravement la compétitivité des entreprises sur les marchés extérieurs. Les pays qui marchent en tête dans la progression des prix se condamnent aux dévaluations successives et sapent la confiance dans la monnaie.

II. LE BILAN MITIGÉ DE LA DÉVALUATION DE 1994

Le 11 janvier 1994, après 46 années de stabilité monétaire, les 14 pays de la zone franc, sous la pression des institutions internationales et la France, s'accordent pour modifier la parité du franc CFA à compter du 12 janvier 1994 à 0 heure. Au-delà des traumatismes engendrés par cette mesure et plus de dix sept ans après, un consensus se dégage : les effets de la dévaluation sont encore difficiles à évaluer dans leur ensemble car ils possèdent un échelonnement différent dans le temps. Le bilan de la dévaluation de 1994 est donc mitigé.

 Selon l'étude de Bernard Conte (1998)[2], Trois ans après le changement de parité, l'IED[3] de la sous-zone UEMOA s'élève à 38,1, supérieur de 8,1 points à la limite inférieure de l'intervalle de succès fixé par S. Edwards. Malgré l'incertitude pesant sur la fiabilité des données statistiques, il semble bien que la dévaluation soit une réussite, au moins sur le plan de la compétitivité-prix externe. Ces résultats «en moyenne» cachent une hétérogénéité croissante des performances nationales.  Malgré le changement de parité, les soldes des balances des paiements courants hors transferts unilatéraux publics de l'ensemble des pays de l'UEMOA restent négatifs. Selon la Banque de France, en 1995, «la croissance des exportations a résulté d'une reprise des achats de biens d'équipement et de biens intermédiaires, en relation avec la progression des investissements»[4].

Toujours selon l'auteur cité ci-dessus, en termes d'IED, les performances de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) sont inférieures à celles de l'UEMOA au cours des trois années après  la dévaluation. Trois années après le changement de parité, l'IED moyen de la sous-zone se fixe à hauteur de 34,1, soit 4,1 points au-dessus de la limite inférieure de l'intervalle de succès.

Dans le cas ivoirien, la dégradation générale des termes de l'échange de près de 50% entre 1985 et 1993, suite à l'effondrement des cours des principaux produits d'exportation (chute d'environ 50% pour le cacao et le café, 20% pour le coton entre 1984 et 1992). Du coup, la baisse des recettes d'exportation entraîne alors dans son sillage, celle des recettes publiques largement tributaires des taxes sur le commerce extérieur.

Il ne faut pas également oublier l'appréciation nominale du franc français (FF) vis-à-vis du dollar américain décidée en septembre 1985 lors de l'accord de Plaza, provoquant une appréciation automatique du franc CFA, étroitement liée au franc français par une parité fixe. Le cours de matières premières étant fixé en devises, principalement en dollar américain sur le marché mondial, la Côte d'Ivoire reçoit moins de franc CFA par unité de volume, ce qui amplifie l'effet récessif de la dégradation des termes de l'échange sur les recettes d'exportation.

A cela, s'ajoute, la politique de baisse des taux de change menée dans des pays africains tels le Ghana, le Nigeria et l'émergence d'économies compétitives en Asie du Sud-Est (Malaisie et Indonésie).

En ce qui concerne l'effet bénéfique de la dévaluation du franc CFA de 1994, les tests empiriques restent peu enthousiastes. L'assainissement des comptes extérieurs et les mesures de traitement de la dette (neuf PAZF ont pu obtenir une réduction de leur dette envers le Club de Paris, la Côte d'Ivoire a obtenu des accords avec le Club de Londres et le Club de Paris) ont permis une nette amélioration des ratios d'endettement. Le programme d'ajustement structurel, couvrant la période 1994-1997, a permis à la Côte d'Ivoire de bénéficier d'un concours financier du FMI de 281 milliards de franc CFA, la banque mondiale ajoutant 435 millions de dollars. La Caisse Française de Développement (CFD) apporte au pays un concours qui s'élève à 1,451 milliard de franc français.  L'inflation a été maîtrisée. En effet, après la dévaluation, l'inflation a été bien contrôlé, dans la mesure où son niveau (32.5%) qui est inférieur à ce qui a été prévu par le FMI (35%) a considérablement chuté les années suivant la dévaluation : 7.7% en 1995 ; 5% en 1996 et en 1997. A prix courants, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 40,3% en 1994, grâce en particulier, à la hausse du prix des produits exportés. Il atteint le montant de 5441,7 milliards de franc CFA en 1996.  La dévaluation n'a pas profondément changé la géographie des échanges du pays avec ses partenaires. La communauté européenne et la sous-région africaine, demeurent les zones avec lesquelles la Côte d'Ivoire entretient la majeure partie de ses échanges.

Reprenant à son compte les conclusions de l'étude de Goreux (1995)[5], Sylvie COSTE (1999)[6] indique qu'en Côte d'Ivoire, 9% de l'augmentation de la valeur des exportations est imputable à l'effet quantité ; 20% à l'effet cours mondiaux  et 71% à l'effet mécanique de la dévaluation. Les effets quantité et cours mondiaux sont deux fois plus importants en 1995 qu'en 1994, avec une croissance plus rapide de l'effet cours mondiaux.  Cela signifie que le succès relatif de la dévaluation serait le fait d'éléments externes, tels les cours mondiaux et non d'éléments internes au pays. Après dix ans de crise, l'économie ivoirienne connaît depuis 1994, une phase d'expansion. Celle-ci s'est traduite par une hausse de 2% en termes réels du Produit intérieur brut (PIB) en 1994 contre une baisse moyenne de 1% entre 1987 et 1993 (-0.4% en 1993). La croissance économique amorcée en 1994 s'est poursuivie et a été supérieure à celle de la population dont le taux de croissance est de 3.8% par an en moyenne.

L'éligibilité de plusieurs PAZF à l'initiative PPTE (« Pays pauvres très endettés ») devrait conforter cette évolution. Dans le même temps, de profondes réformes structurelles visant à créer un cadre favorable à la croissance ont été mises en œuvre, portant principalement sur l'assainissement des finances publiques, la restructuration du secteur bancaire et la privatisation des entreprises publiques. Par ailleurs, avec l'appui de la France et le plus souvent du FMI, les pays à l'exception de la Guinée équatoriale et des Comores, ont mis en œuvre des programmes d'ajustement structurel, ce qui a permis aux PAZF d'accompagner la dévaluation de 1994 par un effort soutenu de stabilisation et d'assainissement de leur économie. Pour autant, au détour de cette rapide revue du succès macroéconomique de la dévaluation, il convient de souligner trois échecs patents (mais qui ne sont pas spécifiques à la Zone franc):


- l'échec en matière de croissance de la consommation par tête ;
- l'échec (relatif) en matière de diminution de l'endettement ;
- l'échec (relatif et limité aux pays côtiers) de la substitution de produits vivriers locaux aux produits vivriers importés.


En définitive, la dévaluation a  touché de plein fouet les principales variables macroéconomiques et les fondements de la société à tel enseigne que, selon G. Semodo et Villieu (1997)[7], « la majorité de la population n'a pas eu les moyens de se prémunir contre la taxe inflationniste immédiate, et la confiance dans la monnaie s'en est trouvée amoindrie ». Cependant, la période post-dévaluation est marquée par la mise en place de nouvelles politiques d'ajustement et de réformes économiques visant à stabiliser les principales variables macroéconomiques, à une gestion rigoureuse des finances publiques et une suppression des politiques nationales protectionnistes susceptibles d'entraver les échanges commerciaux.

III. LA REUSSITE CONDITIONNELLE DE LA DEVALUATION

Lire la suite