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samedi, 16 février 2013

MAMADOU KOULIBALY: CONNIVENCES ET CONSTRUCTION D'UN ETAT CRIMINEL ET IRRESPONSABLE

 

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«J’entends dire que l’argent ne circule pas ! Sachez cependant que l’argent travaille.»

Alassane Dramane Ouattara (président de la république de Côte d’Ivoire)

 

«On accusait autrefois les hommes politiques de ne songer qu'à "se remplir les poches". Aujourd'hui, on ne leur reproche plus guère que de vider les nôtres.»

André Frossard (journaliste, essayiste et académicien français)

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Le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire, qui a du mal à s’enclencher efficacement, tend à situer les responsabilités des différents acteurs de la crise ivoirienne. La responsabilité politique repose, entre autres, sur une certaine liberté dans l’exercice du pouvoir. Sans liberté, pas de responsabilité, même dans le crime. Le crime au sens large du concept est la transgression des lois justes, quelle qu’en soit la gravité: de l’évasion fiscale au génocide, en passant par les meurtres prémédités, le stationnement interdit et le vol à main armée. Sans aucun jugement moral, cette définition analytique permet clairement de distinguer d’un côté les actes criminels et de l’autre les activités légitimes. L’activité criminelle n’est payante que tant que le risque d’être appréhendé et condamné est faible. Le crime prospère donc lorsque la police et la justice sont faibles et que l’impunité devient la norme.

La planification de la défaillance de lEtat

Pour ne pas faire trop d’histoire, retenons que le régime de Ouattara date officiellement d’avril 2011 lorsque, après avoir gagné les élections présidentielles de 2010, il lui a fallu faire une guerre pour accéder à un trône qui avait été confisqué par son adversaire.

Pour cette guerre, le président Ouattara s’est appuyé sur les Forces armées des forces nouvelles (Fafn) et a recruté des combattants de différentes tribus et ethnies du nord de la Côte d’Ivoire, qu’il a transformés, par le pouvoir d’une ordonnance illégale, en armée régulière ivoirienne dénommée Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (Frci), comme pour bien rappeler que ce sont les militants du Rassemblement des Républicains qui devenaient la nouvelle armée de notre pays. Le R des deux sigles ne semble pas se référer à la République, mais aux républicains du Rdr. Les Fafn venaient de prendre l’ascendant sur les Forces armées nationales (Fanci) et se substituaient automatiquement à elles. Les Frci, dont Ouattara est le chef suprême, ont une histoire que l’on peut faire remonter au putsch manqué de septembre 2002. Elles sont alors une mosaïque d’associations de fait : Mpci, Mpigo, Mjp. Ces forces sont celles qui ont participé, entre septembre et décembre 2002, à l’étranglement du marché du cacao dans les zones de production de Vavoua, Danané et Daloa, permettant ainsi à certains négociants, qui leur avaient payé des sommes colossales, de s’enrichir tout en leur livrant armes sophistiquées et munitions en grandes quantités. Ces bandes armées vont ainsi devenir les forces d’occupation rebelles de la moitié nord du pays. Plus tard, les responsables de ces groupes nous expliqueront que les armes se sont imposées à eux, pensant ainsi attirer de la compassion à leur endroit. Nous ne reviendrons pas sur les détails de ces origines, mais une description détaillée de cette naissance peut être lue dans l’enquête menée par le journaliste Guy-André Kieffer, disparu curieusement quelques temps après.

Cette occupation du Septentrion sera le début d’activités criminelles intenses, qui durent jusqu’à aujourd’hui : L’exploitation des zones occupées et le pillage systématique des ressources de leur sol et sous-sol, agrémentés par des meurtres et des casses de banques, et en particulier ceux des agences locales de la Bceao, qui ont fait perdre à cette institution financière internationale plus de cinquante huit (58) milliards de francs cfa, que l’Etat de Côte d’Ivoire a eu l’obligation de rembourser par la suite, sans qu’aucun coupable n’ait été arrêté ni inquiété. L’expropriation des propriétaires fonciers traditionnels, l’exploitation et l’occupation illégales de terres agricoles pour la culture de drogues sont devenues coutumières. L’un des prototypes de ce type d’activités criminelles organisées reste M. Ouédraogo Rémi, ancien combattant des Forces nouvelles, qui bénéficie aujourd’hui encore de la protection et de la bénédiction du régime Ouattara qui, à la recherche de camps d’entrainement, n’ose pas déloger ce bandit de grand chemin, pilleur des forêts classées de l’ouest du pays, alors que tous les journaux ont décrit dans le détail les activités de "Ouremi" dans le Mont Peko. Des guerres de leadership sont aussi le propre des rebellions et sont responsables de la disparition de certains chefs de guerre tels que Sam Boukary alias Mosquitto, Zaga Zaga, Adams, Kass, IB et autres, tous victimes de la loi du crime organisé dans les zones Cno, comme à la belle époque décrite dans le roman «Le Parrain» de Mario Puzo et superbement mise en scène à Hollywood par Francis Ford Coppola avec Marlon Brando dans le rôle de Don Corleone.

Dans ces zones, pendant les dix années du règne des Fafn, les modalités de gouvernement ont été celles de tout système de crime organisé.

Ils ont fait disparaitre l’Etat et l’ont remplacé par une administration militaire dirigée par les commandants de zones dits com-zones ;

Ils ont supprimé les caisses de l’Etat et les ont remplacées par une agence unique dite «la centrale», qui collecte les impôts, douanes et autres rapines et butins de guerre pour le compte des com-zones et autres chefs des Fafn ;

Ils ont instauré l’autorité des Fafn et proscrit définitivement celle des préfets, sous-préfets et autres administrations civiles, représentants de la République ;

Ils ont organisé une branche politique et une branche armée avec une répartition des tâches : la première partageait le pouvoir dans les zones hors Cno tandis que la seconde participait aux activités du centre de commandement intégré. Ceci a permis aux Fafn d’être à la fois les seuls maîtres dans les zones Cno et de partager la maîtrise du terrain et le pouvoir dans le reste du pays.

Ils géraient ainsi de façon collégiale le pouvoir d’Etat, avec l’appui de différents accords de paix (Marcoussis, Pretoria, Ouagadougou) et la complicité des refondateurs au pouvoir, qui avaient appelé à la soupe les autres partis signataires de l’accord de Marcoussis, accepté et célébré par tous. Les milices de toutes sortes se sont mises en place et ont profité d’activités criminelles sur l’ensemble du pays, qui s’est retrouvé gouverné non pas par un parti ou par un homme, mais par un collège de managers que l’on appelait à l’époque "la bande des quatre grands" : Ouattara, Bédié, Soro, Gbagbo. Ces quatre personnalités avaient tous rang de présidents d’institution de la République et  jouissaient des privilèges liés. Ces quatre ont mis en place un système de gestion piloté par le Cadre Permanent de Concertation (Cpc) et ont accepté tous ensemble de mettre en berne la constitution et l’Etat de droit pour rechercher, disaient-ils, la paix. Selon leur plan de travail, le droit ne pouvait permettre d’arriver à la paix, il fallait en sortir, trouver la paix, pour ensuite revenir avec cette paix dans l’Etat de droit. Les bases criminelles de l’Etat étaient ainsi posées. Le refondateur s’est prostitué avec la rébellion pour garder ce qui lui semblait être l’essentiel: le pouvoir.

La justice, dans les zones Cno, était militaire. L’administration militaire et l’Etat sont devenus malfaiteurs. C’est sur cette administration et ces forces qu’Alassane Ouattara s’est appuyé. Cette force dont il avait le contrôle n’était pas officiellement au pouvoir à Abidjan, mais avait le pouvoir. Notons d’ailleurs que le président de la République de l’époque a toujours fait scrupuleusement ce que les Forces nouvelles voulaient, alors que lui-même n’est jamais arrivé à leur faire accepter quoique ce soit de significatif. Laurent Gbagbo était au pouvoir à Abidjan, mais ce sont les Fafn qui avaient le pouvoir dans les zones Cno, malgré les multiples accords de paix. En dix ans, il n’a obtenu ni unicité de caisse, ni contrôle de l’intégralité du pays, ni restauration de l’intégrité du territoire, ni redéploiement de l’administration dans les zones Cno, ni désarmement des forces combattantes, rien qui relève de la souveraineté de l’Etat. Dans les zones hors Cno, Laurent Gbagbo était certes au pouvoir, mais c’est Ouattara qui avait le pouvoir.

2002-2010 : Gbagbo sur le trône, Ouattara aux commandes

Pour comprendre ce qui s’est alors passé il faut d’abord saisir l’essence du pouvoir. Une personne A a du pouvoir par rapport à une personne B, si A est en mesure d’inciter ou d’empêcher B d’accomplir ou pas une action donnée. Dans cette acception du pouvoir, l’on reconnait que A et B ne sont pas des robots, mais ont des volontés actives et que l’obéissance ne se fait pas sous une emprise magique. L’on admet aussi qu’à travers cette volonté, B est libre de désobéir mais qu’en pareil cas, A peut lui infliger des sanctions dont la crainte oblige B à obtempérer.

Si l’on transpose cette analyse de base à la politique ivoirienne durant la dernière décennie, on constate que Laurent Gbagbo était certes au pouvoir de 2002 à 2010 mais que, d’évidence, c’est Alassane Dramane Ouattara qui détenait le pouvoir. Pourtant, la gouvernance de la Côte d’Ivoire durant cette période est communément attribuée à Gbagbo, qui croyait d’ailleurs lui-même en être le détenteur. Il ne détenait en fait que le fauteuil présidentiel, alors que Ouattara gouvernait effectivement avec l’appui des Fafn dans les zones Cno. Laurent Gbagbo avait l’illusion du pouvoir, Ouattara en avait la réalité. Gbagbo était satisfait d’être au pouvoir et Ouattara lui faisait faire tout ce qu’il voulait et l’empêchait de faire tout ce qu’il ne voulait pas. Gbagbo se contentait d’être au pouvoir, de signer des accords avec les mandants de Ouattara et de les exécuter selon la volonté de Ouattara, à la seule condition que lui reste au pouvoir. Or être au pouvoir et avoir le pouvoir sont deux choses différentes. Etre au pouvoir ne veut pas dire automatiquement avoir le pouvoir. Gbagbo l’aura appris à ses dépens. Ouattara, lui, s’est contenté, depuis la signature de l’accord de Marcoussis, d’avoir le pouvoir sans être dans le fauteuil présidentiel. Un bref survol des évènements de la période suffit à convaincre que cette réalité et de cette thèse.

La rébellion non matée était une victoire de Ouattara sur la république de Gbagbo.

Les accords de Marcoussis, scandaleux arrangements présentés comme un «médicament amer» à essayer, étaient une expression du pouvoir de Ouattara sur le président Gbagbo.

Les accords de Pretoria, qui ont conduit Gbagbo à modifier ou rejeter toutes les lois votées par l’Assemblée nationale conformément à la constitution ivoirienne, instaurant entre autre l’actuelle Cei (Commission Electorale Indépendante), étaient une expression du pouvoir de Ouattara sur le président Gbagbo.

L’accord politique de Ouagadougou, dans ses quatre versions (I, II, III et IV) était aussi une expression de l’ascendance du pouvoir de Ouattara sur le président Gbagbo.

Proclamer que nous irons aux élections sans désarmement et tout mettre en œuvre pour qu’il en soit ainsi, en violation complète des lois et règlements de notre pays, était une victoire du pouvoir de Ouattara sur le président Gbagbo.

Le déroulement des élections et le cafouillage de la proclamation des résultats étaient l’expression du pouvoir qu’avait Ouattara, l’opposant d’alors, sur le président Gbagbo qui était au pouvoir et à la tête du groupe informel qu’on appelait à l’époque la majorité présidentielle (Lmp).

Le déroulement de la crise postélectorale montrera aussi cette différence entre Gbagbo, qui était au palais présidentiel, avait prêté serment devant le Conseil constitutionnel et croyait donc qu’il avait le pouvoir et Ouattara, qui était au Golf hôtel, avait prêté serment par lettre et n’était pas reconnu par le Conseil constitutionnel, tout en ayant le pouvoir de fermer les banques, les ports, l’aéroport, les administrations, d’ériger une armée, d’affecter des ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires acceptés par le monde entier.

De 2002 à 2010, Gbagbo était de fait au pouvoir, mais il faut retenir que sur la même période, c’est Ouattara qui avait le pouvoir. Tout bilan de cette décennie devrait tenir compte de cette situation et savoir que le pouvoir était partagé par les signataires des accords de Marcoussis. Ils ont exercé le pouvoir ensemble. Les refondateurs ont accepté la perversion de leur pouvoir par les rebelles. Ils en ont profité. Il serait trop facile, à l’heure du bilan, de dire que Gbagbo était seul au pouvoir, donc il doit en assumer seul le bilan. Il y a celui qui était au pouvoir et celui qui l’exerçait.

La rebfondation a ainsi préparé la criminalisation de l’Etat, qui est aujourd’hui pleinement exercée par le président Ouattara. Cette criminalisation a été le socle de la déconstruction de l’Etat de droit, minutieusement planifiée, à dessein ou pas, par la rebfondation. Il était donc facile pour Ouattara d’y installer les Frci et d’étendre, cette fois à l’ensemble du pays, les pratiques de gouvernance qui avaient cours pendants dix ans dans les zones Cno. L’Etat malfaiteur est dorénavant devenu la norme et le repère. Cette fois, Ouattara est au pouvoir et a le pouvoir. Il installe le système des com-zones partout sur le territoire. Il nomme des anciens chefs de guerre préfets de région, il instaure des com-secteurs, nouvelle catégorie jusqu’à présent inconnue dans l’armée et dans l’administration du territoire en Côte d’Ivoire. Il redéploye, jusqu’aux petites contrées, la milice de son parti, qui tient lieu d’autorité civile et militaire en même temps.

Ce sont les représentants locaux des Frci qui ont le pouvoir local, qu’ils exercent en s’appuyant sur les structures locales du Rdr. Ils sont à la fois juges, sous-préfets, maires, chefs de canton et de village. L’armée a le pouvoir local par délégation du chef supérieur des armées, Alassane Dramane Ouattara. L’Etat-criminel est dominé par une milice ethnique et sa branche politique, le Rdr. Ses équipes se spécialisent dans l’exploitation des ressources minières nationales pour leur propre compte. Ils animent des réseaux intouchables de crime organisé dans les forêts classées et les terres rurales, desquelles ils chassent les propriétaires coutumiers traditionnels. Ils passent des marchés de plusieurs milliards au nom de l’Etat, sans aucun respect des procédures d’appel d’offre telles qu’instituées par le code des marchés publics. Ils gèrent un Etat formel avec des procédures informelles. Ils privatisent pour leur clan et les chefs des milices des pans entiers de l’activité économique de l’Etat. Ils profitent de la protection que leur apportent les Nations Unies pour s’adonner à des activités criminelles, sans que les bailleurs de fonds, piégés, ne puissent protester ouvertement, eux qui croyaient que Ouattara aurait été un président moderne. La communauté internationale découvre plutôt un Etat-trafiquant en tous genres, qui met les institutions au service du crime organisé, en dehors des lois de la République. Elle découvre un Etat qui multiplie les milices ethniques en remplacement des anciennes. Elle découvre un Etat qui criminalise les pratiques de pouvoir.

On voit donc que la déconstruction des institutions de l’Etat ivoirien, minutieusement planifiée par un groupe d’hommes assoiffés de pouvoir, est le socle de toute la souffrance des populations qui croupissent dans une pauvreté toujours plus profonde et dans une oppression dont le niveau est devenu intolérable. Dans ce contexte, il est important de dénoncer massivement ce système, en commençant par en prendre l’entière conscience, et en luttant, chacun à notre niveau. Aussi infime que soit l’action de chacun, il est important que, individuellement et collectivement, la classe politique, la société civile, les ménages et les entreprises, nous fassions notre part d’effort sur nous-mêmes, dans la vérité et la responsabilité, pour espérer sortir de ce chaos, insoutenable malgré tous les slogans qui nous rabâchent le contraire. Il est important de refuser catégoriquement toute velléité d’amnistie, qui permettrait à la classe politique bourreau des populations depuis trop longtemps, de s’exonérer encore une fois de ses responsabilités criminelles. Nous devons refuser que s’installe plus longtemps dans notre pays une classe de citoyens à irresponsabilité illimitée. Il y va de notre survie, de l’avenir de la paix, de la liberté, de la démocratie et de la prospérité.

 

Mamadou KOULIBALY

Président de LIDER


Source: LIDER-CI.ORG

jeudi, 10 janvier 2013

LA COTE D'IVOIRE SOUS OUATTARA - NATHALIE YAMB: «UN ETAT MALFAITEUR ET MALFAISANT»

 

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«Si M. Ouattara est si sûr de son plan, qu’il en débatte avec le Pr Koulibaly en direct à la télévision»

 

Nathalie Yamb, conseillère exécutive à LIDER (Liberté et Démocratie pour la République) s’est ouverte à l’Intelligent d'Abidjan. Dans cet entretien, elle fait le tour de l’actualité socio-politique en Côte d’Ivoire.

 

Le début d’année a été sombre pour la Côte d’Ivoire. Vos commentaires sur la bousculade du 1er janvier?

Nathalie YAMB : A LIDER, nous sommes profondément choqués par ce qui s’est passé et toute notre compassion va aux familles des victimes et aux rescapés de cette tragédie, qui n’avait pas lieu d’être. Les morts du 1er janvier sont dus à l’inconscience du gouvernement. Je me serai attendue à une démission collective de celui-ci. Mais non ! L’on dissout le gouvernement quand le parlement tente de faire son travail, mais on le maintient en place quand il se rend responsable de la mort d’une soixantaine d’enfants. Les conséquences des conclusions de l’enquête préliminaire du Parquet sont pourtant limpides. La rue mal éclairée est de la responsabilité du District dirigé par M. Beugré Mambé, donc des pouvoirs publics, donc de l’Etat. Le constat du nombre insuffisant de forces de sécurité accuse directement le ministère en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, donc l’Etat. La chaussée était rétrécie du fait de troncs d’arbres qui l’encombraient et de la clôture d’un chantier qui empiétait sur la voie publique. Le propriétaire de cet immeuble en construction qui s’approprie l’espace public comme s’il était sien, serait Guillaume Soro, ci-devant président de l’Assemblée, qui est donc co-responsable de l’homicide involontaire de toutes les personnes qui ont perdu la vie dans cette bousculade. L’Etat est ainsi non seulement malfaiteur, mais également malfaisant. Il fait mal, il fait ce qui est mal, il fait du mal. Avec cette débauche de milliards dépensés pour les feux d’artifices meurtriers et l’escroquerie des Koras, le gouvernement a montré ce qu’il sait faire de mieux : faire du spectacle et se donner en spectacle. Alors que la seule chose que les populations attendent est qu’on mette enfin en place les politiques promises qui réconcilient et sortent de la pauvreté. Au lieu de cela, le régime les jette dans la mort et les affame.

Le Président de la République a pourtant dressé un bilan satisfaisant de l’action de son gouvernement pour l’année 2012 à l’occasion de ses vœux de fin d’année.

NY : Ce message ne peut, d’évidence, s’être adressé aux populations ivoiriennes. Elles connaissent trop la réalité qui les frappe. Trois jours après ces vœux d’artifice, le gaz et l’essence ont augmenté sans préavis, sans campagne d’information et surtout, sans raison. Et quelles augmentations !! 11% pour la bonbonne de 6 kg, 30% pour celle de 12,5 kg et 106% pour celle de 28 kg. Depuis 2011, ce gouvernement est constant dans sa nuisance envers le portefeuille et le bien-être des Ivoiriens. Après les denrées de première nécessité, comme le riz, l’huile, le savon, le pain, les tomates, les oignons, c’est maintenant au tour du gaz et de l’essence, avant l’électricité puis les transports. On ne peut pas augmenter l’essence sans que cela n’induise une augmentation des prix du transport et un nouvel accroissement des prix des denrées de première nécessité. Pendant ce temps, on nous parle de croissance et d’émergence. L’on apprend que les autorités disent que la subvention du super sans plomb coûtait 40 milliards de FCFA par an à l’Etat et les arriérés des pouvoirs publics relatifs au gaz domestique s’élevaient à 25 milliards. Mais ces 65 milliards ne représentent absolument rien pour nos nouveaux gouvernants milliardaires.

Le Président a affirmé que même si l’argent ne circule pas, l’argent travaille.

NY : Il travaille où ? Il travaille pour qui ? C’est un pillage sans précédent qui a lieu, et les Ivoiriens sauront s’en souvenir et y mettre fin en élisant un nouveau président en 2015. Un président qui saura libérer le marché de l’entreprise créateur d’emplois. Un président qui saura faire cesser les monopoles spoliateurs filés de gré-à-gré. Un président qui saura réconcilier les Ivoiriens. Un président qui sera exemplaire et rigoureux. Un président qui sanctionnera ceux qui pillent les fonds publics. Un président qui interdira à tous les hauts fonctionnaires, d’aller se faire soigner à l’étranger pendant que le peuple se meurt dans des structures médicales de 6ème zone. Un président qui rendra la terre à ses propriétaires légitimes, les paysans, au lieu de la garder par devers lui dans le giron de l’Etat. Un président qui rendra sa souveraineté monétaire à la Côte d’Ivoire, tout en l’ouvrant sur le monde. Un président qui limitera lui-même ses pouvoirs pour se mettre au service du peuple et non pour le dominer. Un président qui inspirera la confiance. Un président qui admettra que ce n’est pas l’argent qui travaille, mais les hommes. Un président qui n’aura pas besoin de faire de la prestidigitation communicationnelle parce que l’argent circulera, et que tout le monde le verra et le ressentira, pas seulement une poignée de privilégiés proches du pouvoir.

Que pensez-vous de la situation sécuritaire en ce début d’année 2013 ?

NY : C’est une immense catastrophe. La place d’une armée en temps de paix se trouve dans les casernes et non dans les contrôles de police sur l’ensemble du pays. Le contrôle du territoire par les Frci dix-huit mois après leur l’accession au pouvoir prouve deux choses: soit nous sommes en état de guerre permanent, soit les Frci, bien qu’ayant le pouvoir, ont échoué à sécuriser les populations et les terrorisent au quotidien. Il est évident que les Frci sont là pour faire la guerre. En général, ce sont elles qui attaquent les populations civiles. Et les quelques fois où elles ont-elles-mêmes été attaquées, il s’agissait aussi bien de règlements de compte internes que d’offensives contre elles. Les Frci, depuis leur institution comme armée du Rdr mise à la disposition de Ouattara pour gouverner, se montrent totalement réfractaires à la République. Ce n’est pas étonnant compte tenu du fait qu’elles sont, quoi qu’on fasse, les rejetons des Fafn et les avatars du Mpci. Ce sont des forces rebelles qui haïssent profondément la République, qu’elles ont combattu depuis 2002. Elles constituent désormais les Factions Répressives de Côte d’Ivoire à la solde du régime pour pérenniser la dictature qui prévaut depuis le 6 mai 2011.

Le président de votre parti, le Pr. Mamadou Koulibaly, a suggéré que la réforme de la sécurité soit confiée à l’Onu. Une telle proposition est-elle réaliste ?

NY : Non seulement elle est réaliste, mais c’est la seule option possible et elle doit être réalisée dans les plus brefs délais. Le désordre de l’armée ivoirienne remonte à la décision d’Houphouët-Boigny de nommer le colonel Guéi à la tête de l’Etat-major, l’imposant ainsi comme supérieur hiérarchique à des militaires plus capés et plus haut gardés que lui. Des généraux se sont alors retrouvés sous les ordres d’un colonel! C’est à partir de ce jour-là, lorsque les principes de l’ancienneté et de la hiérarchie ont été bafoués par Houphouët, que des soldats se sont dits que plus rien ne les empêchaient d’inverser la chaine de commandement, fut-ce en faisant des coups d’Etat. Et depuis, aucun de ceux qui se sont succédé à la tête de l’Etat n’a eu le courage d’engager les réformes nécessaires. Pourtant, le gouvernement dispose de toutes les données utiles pour diagnostiquer le mal et y remédier une fois pour toutes. Gbagbo déjà n’avait pas osé prendre le problème à bras le corps. Quant à Ouattara, il est parfaitement incapable d’y apporter une solution, d’autant plus que ce n’est qu’à travers cette milice qui tient lieu d’armée régulière qu’il peut asseoir sa tyrannie. Je parle de milice, parce qu’elle est constituée de jeunes paysans, gardiens de troupeaux, mécaniciens, employés de maison, élèves, désœuvrés qui ont été armés pour exécuter des missions militaires et de police sans la moindre formation. A LIDER, nous disons qu’il faut une réforme profonde du secteur sécuritaire. Il faut des écoles militaires dignes de ce nom, il faut ré-inculquer les valeurs du respect et de la République à nos soldats, il faut procéder au désarmement de tous ces miliciens enrôlés par les hommes politiques pour défendre leurs fauteuils, qui ne savent que tuer mais pas combattre. Au point où nous en sommes arrivés, il serait judicieux que le secteur de la sécurité soit momentanément retiré des prérogatives du ministre de la Défense-Président de la République, dont l’incapacité notoire à gérer ce dossier sensible n’est plus à démontrer depuis deux ans qu’il est au pouvoir. Si le mandat de l’Onuci est bien la protection des populations civiles, alors il faut qu’elle nous reconstruise sans tarder une armée républicaine.

Mais cela ne signifie-t-il pas une perte de souveraineté ?

NY : Mais de quelle perte de souveraineté parlez-vous ? Nous vivons dans un pays où les ministres ont tellement peu confiance en leur propre politique sécuritaire qu’ils ont planqué leurs familles à l’étranger. Nous vivons dans un pays à propos duquel toutes les organisations humanitaires internationales relèvent la violence d’Etat, les actes de torture et les exactions quotidiennes commises par les Frci. Soyons sérieux. Si on veut parler de souveraineté, alors libérons-nous du franc cfa, libérons-nous de la dette. Mais là, il s’agit de notre sécurité à tous, pas seulement celle du clan au pouvoir. Comme les casques bleus ne peuvent pas être partout sur le territoire, la meilleure solution, celle qui fait le plus de sens, c’est de leur confier la réforme du secteur. Ils extirperont ceux qui n’ont rien à y faire, mettront de l’ordre dans le fouillis qui y règne depuis des décennies, remettront sur pied une armée républicaine, constituée de soldats qui seront formés pour sécuriser les frontières et non tuer les populations civiles ; de policiers et de gendarmes qui assureront la sécurité publique des biens et des personnes, avec les équipements nécessaires pour cela. Quand ils auront fini, la confiance reviendra peut-être entre l’armée et la population, et l’on pourra alors aller à des élections réellement sécurisées.

Justement, parlant des élections, votre parti refuse d’y prendre part et a claqué la porte du CPD. Que signifie ce coup d’éclat ?

NY : Cette réunion n’avait pas d’autre but que de bluffer les partenaires étrangers du régime, en l’occurrence à l’occasion du gasoil de la directrice générale du Fmi à Abidjan, relativement à ses capacités d’instaurer des pratiques démocratiques. On convoque les opposants pour faire risette sur une photo de famille à l’intention de la communauté internationale alors que le reste du temps, on les violente, on les brime, on les ignore, on les persécute, on tente de les éliminer! A LIDER, nous refusons de nous laisser instrumentaliser à cet effet par le gouvernement. Ce qui est ressortit de la rencontre confirme la mascarade et la vacuité de cette réunion. J’ai entendu le Premier ministre dire que le gouvernement avait proposé un financement aux partis politiques pour aller aux élections. Certains s’en contenteront peut-être et sont pleinement satisfaits de servir de faire-valoir du gouvernement tant que cela leur rapporte quelques sous, mais ce n’est pas le cas de LIDER. Nous ne voulons pas l’aumône de la part du gouvernement ! Nous voulons un statut formel pour l’opposition politique en Côte d’Ivoire et, comme l’a dit le Pr Koulibaly sur les ondes de Rfi hier matin, c’est en tant que membre de l’opposition statutaire que nous reprendrons notre place à la table du CPD, pour discuter des questions électorales, sécuritaires, judiciaires, des réformes du foncier, du recensement de la population etc. Que monsieur Kablan Duncan ne se trompe pas. Nous ne demandons pas la charité du gouvernement pour aller aux élections : nous voulons un financement permanent et non conditionné pour mener nos activités politiques en bénéficiant de la couverture des médias d’Etat, en toute indépendance et en toute sécurité, qu’on soit en période électorale ou non ! Nous attendons du gouvernement qu’il respecte ses engagements et ses interlocuteurs au sein du Cadre permanent du dialogue.

LIDER est-il le seul parti d’opposition en Côte d’Ivoire ?

NY : L’opposition - je parle de la vraie opposition, pas celle que le pouvoir s’est choisie - est encore un peu désorganisée, ce qui n’est pas étonnant quand on considère son manque de statut et que l’on voit la brutalité et l’état de non droit qui sévissent en Côte d’Ivoire depuis deux ans. On frappe, on torture, on menace, on arrête, on intimide, on pille, on tue… C’est avec le sang des opposants que l’on installe la tyrannie. Mais d’ici 2015, elle aura le temps de s’homogénéiser pour mettre un terme à cela en s’unissant, je l’espère, autour des principes fondamentaux consensuels que sont la reconquête de notre liberté, la culture de la démocratie et le respect de la République et du peuple souverain. A LIDER, nous pensons que le rôle de l’opposition est de veiller à ce que les dirigeants n’abusent pas de leur pouvoir pour opprimer les populations. L’opposition doit créer un pont vers la société civile pour éviter l’isolement des uns et des autres et limiter ainsi les dérives des élus pro-gouvernementaux. L’opposition doit aussi s’atteler à l’éveil pédagogique des citoyens en ce qui concerne la vie politique, économique et sociale. Nous pensons qu’il ne faut pas seulement critiquer les actes du régime en place, mais également proposer des alternatives. Il y a des chantiers importants que l’opposition doit prendre à bras le corps dans l’intérêt des populations et de la réconciliation : la question sécuritaire, la réforme du foncier rural, le reformatage de la CEI qui est forclose depuis janvier 2012, l’actualisation de la liste électorale. C’est quand même scandaleux de voir que des gens qui ont pris des armes et causé la mort et la désespérance de milliers de personnes pendant près d’une décennie, soit disant pour permettre à toutes les populations d’accéder à leurs papiers d’identité et au droit de vote, décident, une fois au pouvoir, d’exclure des millions d’Ivoiriens des listes électorales !!! Cela met à nu le mensonge permanent dans lequel la rébellion et ses financiers se vautrent depuis 2002.

Qu’est-ce que LIDER va faire en 2013 ?

NY : Cette année est pour nous celle du terrain. Nous allons continuer l’installation du parti, notamment à l’intérieur du pays. Nous allons être à l’écoute des soucis, des peurs, des rêves des citoyens. Nous allons parler aux populations partout en Côte d’Ivoire, leur expliquer notre vision, notre programme, les consoler, leur redonner espoir et courage pour refuser la tyrannie qui tente par tous les moyens de s’imposer à nous. Et nous allons continuer de mettre l’accent sur la formation de nos militants, pour qu’enfin émerge une nouvelle classe politique dotée de convictions idéologiques solides, qui sache débattre sans se battre, qui argumente sans insulter, qui défende ses idées sans violence ou belligérance, qui critique fermement mais avec courtoisie, qui réalise ce qu’elle promet, et qui dépasse les clivages ethniques, tribaux, régionaux ou religieux pour proposer des solutions innovantes et de bons sens pour lutter contre le seul vrai ennemi que nous ayons : la pauvreté.

Vous êtes la Conseillère exécutive du président de LIDER, et vos détracteurs vous dénient le droit de vous prononcer sur la vie politique nationale parce que vous auriez des passeports non ivoiriens. Que leur répondez-vous ?

NY : J’en rigole. Ce n’est pas à ceux que vous appelez mes « détracteurs » de décider sur quels sujets je peux m’exprimer ou pas. LIDER est un parti politique ouvert à tous, Ivoiriens et non Ivoiriens. Nos statuts stipulent d’ailleurs notre vocation panafricaine et je saisis l’occasion qui m’est offerte ici pour appeler tous ceux qui sont intéressés par notre programme et nos idées à nous rejoindre, quelle que soit leur nationalité. Et puis, vous savez, si on disait à tous ceux qui ne sont pas Ivoiriens de ne pas s’impliquer dans la vie politique en Côte d’Ivoire, on passerait du stade de la forêt à celui de la steppe, ne serait-ce que dans l’entourage du chef de l’Etat et des membres du gouvernement.

Est-il exact que vous avez fait l’objet de tentative d’intimidation et de rappel à l’ordre lors de votre précédente sortie dans les colonnes de l’IA ?

NY : Oui. Mais, les intimidations, tout comme les mystérieux accidents de voiture, ne nous ont jamais fait reculer. Bien au contraire, les brimades, les menaces, les intrigues, les tentatives de chantage et d’asphyxie financière décuplent notre énergie et renforcent notre détermination.

A travers des interventions, le Pr. Mamadou Koulibaly et le Dr Prao Séraphin, ont démonté le plan national de développement du Président Ouattara, pourtant présenté comme le parchemin pour l’émergence. LIDER ne fait-il pas preuve de mauvaise foi en s’attaquant ainsi à la politique économique du chef de l’Etat ?

NY : Non. Prétendre qu’on va atteindre des taux de croissance en hausse de 13% alors que les populations se sont appauvries de façon drastique, le coût de la vie a explosé, n’est pas la vérité. Mais c’est très simple. S’il est si sûr de son plan, que le Président Alassane Ouattara accepte d’en débattre avec le Pr. Koulibaly en direct à la télévision nationale et puis les Ivoiriens jugeront sur pièce. Et si jamais il n’a pas le temps, qu’il envoie le ministre de l’Economie ou le ministre du Plan ou même les deux. Le régime Ouattara n’affirme-t-il pas qu’il est démocratique? En démocratie, on débat avec son opposition, on ne la censure pas, on ne la violente pas. Si le gouvernement ne craint pas la contradiction, qu’il ordonne à la RTI de faire son travail et organise ce face-à-face ! Nous sommes prêts. Messieurs Ouattara, Kablan Duncan et Mabri Toikeusse le sont-ils ?

 

Interview réalisée par Charles Kouassi - L’Intelligent d’Abidjan - 9 janvier 2013.


Source: LIDER-CI.ORG

lundi, 17 décembre 2012

INJUSTICE ET IMPUNITE DANS LE PLAN DE DEVELOPPEMENT DU DR OUATTARA


 

Ce ne sont pas seulement les chiffres, les promesses et l’approche qui sont hautement critiquables dans le PADO2, le nouveau plan de développement du président Ouattara. Ce qui est encore plus grave, c’est l’immense place qui y est accordée à l’injustice et l’impunité, qui en sont les piliers fondateurs, comme le démontre ici le Pr. Mamadou Koulibaly, président de LIDER, principal opposant au régime en place.

 

Par Mamadou Koulibaly - Soir Info - 17 décembre 2012

 

DANS SON approche du développement économique de la Côte d’Ivoire, le président Ouattara propose une théorie que nous avons convenue d’appeler PADO2. Cette démarche théorique de la planification du développement, au-delà de ses incohérences et de ses illusions, révèle le sens profond de l’injustice et de l’impunité qui anime le Dr Ouattara.

Son plan arrive au moment où une vérité s’impose en évidence aux observateurs de toujours : La pauvreté s’est accrue en Côte d’Ivoire au cours des années 2000 à 2012. Alors qu’en 2002, au moment où la rébellion éclatait dans notre pays et était animée par le Mpci, le Mpigo, le Mjp et toutes les autres formes de Forces Nouvelles, le taux de pauvreté était de 38%. En 2008, au moment de la préparation des élections, l’indice global de la pauvreté était à 49% et aujourd’hui, dans la première année du programme de Ouattara, le taux de pauvreté oscille entre 50 et 51%. La rébellion armée de 2002 aura donc été criminelle à plusieurs niveaux pour la Côte d’Ivoire.

Il est évident que monter une rébellion contre la Côte d’Ivoire a conduit à "mélanger" le pays, à rendre l’Etat ingouvernable et à approfondir l’appauvrissement des populations entre 2002 et aujourd’hui.

Une manifestation non moins évidente est que le taux de croissance de l’économie nationale s’est aussi dégradé naturellement, comme une conséquence de la rébellion armée qui aura coupé le pays en plusieurs morceaux. Cette évolution se mesure par la diminution de la valeur de la production nationale, toutes catégories confondues. Avec la rébellion, les Ivoiriens ont moins produit, c’est pour cela qu’ils se sont appauvris. La production nationale a tellement baissé que, d’année en année, les efforts arrivaient à peine à dépasser les niveaux de production précédemment atteints. Par exemple, en 2008, notre niveau de production interne brut était de 10.485 milliards de Fcfa. Entre 2008 et 2009, en pleine accalmie de la mascarade de paix que l’on a appelé à l’époque le dialogue direct, la valeur de l’ensemble de notre production nationale n’était que de 10.880 milliards de francs cfa. A l’époque, on a célébré le retour de la paix, la fin de la guerre, l’urgence d’aller aux élections «vite, vite, vite», sans désarmement et en violation complète de ce qui était devenu notre loi fondamentale, l’Accord politique de Ouagadougou.

Dans cette ambiance de paix retrouvée, nous n’avons pu faire qu’un supplément de 395 milliards entre 2008 et 2009. De la même façon, nous n’avons amélioré notre résultat précédent que de 478 milliards de Fcfa entre 2009 et 2010. Et en 2011, du fait de la guerre postélectorale, notre effort d’amélioration de nos performances a été carrément négatif de 202 milliards ! Nous venions de perdre plus de 200 milliards par rapport à l’année précédente. La croissance aura été négative. La pauvreté s’est accrue. Ouattara, lui, dit que de ce niveau de -202 milliards, il va porter la croissance de notre production à 1.250 milliards en 2012, puis y ajouter 1.000 milliards entre 2012 et 2013, et encore 1.100 milliards entre 2013 et 2014 et enfin plus de 1450 milliards de Fcfa entre 2014 2015. Il faut lui souhaiter beaucoup de succès, car de sa réussite dépend, en principe, le bien-être des populations. Mais peut-être aussi que ces accroissements de richesses ne peuvent survenir que si la population adhère, se rassure, reprend confiance en elle-même et en Ouattara. Toute la population et non une partie d’elle. Sans cela, peut-il y avoir croissance autre que celle qui occasionne une pauvreté supplémentaire ? Peut-on éviter au plan de Ouattara une dynamique de croissance appauvrissante ?

Dans le programme de Ouattara, le PADO2, et non son programme de campagne, l’on reconnait ces faits. Mais si la pauvreté s’est accrue au niveau national, elle n’a pas été homogène. Les zones rurales ont été plus frappées que les zones urbaines. Au moment où le taux moyen de pauvreté était à 49% ou 50%, les régions du nord atteignaient un taux de 77%, les régions du centre présentaient un taux 63% et celles de l’ouest montagneux avaient 64%. Les zones dites à l’époque Cno ont donc été plus appauvries que les autres zones de Côte d’Ivoire. La rébellion a apporté la pauvreté dans les zones qu’elle a eues sous son contrôle pendant dix ans. Les rebelles ont pillé, volé, violé et tué abondamment. Il s’agit d’activités criminelles punissables aussi bien par le droit national que par le droit international.

Les crimes commis sont des crimes économiques. Ils concernent la création de caisses parallèles à celles de l’Etat, le détournement systématique de recettes fiscales, le braquage de banques et de plusieurs agences de la Bceao, le pillage d’entreprises industrielles et commerciales, l’exploitation illégale d’or, de diamants, de bois et autres ressources naturelles, l’encaissement et la conservation illégale de recettes douanières et parafiscales… Mais l’on compte également les séquestrations de citoyens, les exécutions extrajudiciaires, les crimes de sang, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre etc.

Naturellement, la justice aurait voulu que tous les criminels des zones Cno soient poursuivis comme ceux des zones du sud l’ont été. Les mêmes principes qui ont conduit, après la guerre, à l’arrestation et à l’emprisonnement de nombreuses personnes pour crimes contre l’humanité et crimes économiques, devraient aussi être valables pour poursuivre, arrêter et juger ici et à la Cour pénale internationale, tous les autres criminels. Mais dans le PADO2, il n’y a de criminels que les vaincus de la guerre post électorale. S’il est vrai que l’on peut accepter qu’il n’y a pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire, comme l’a affirmé récemment Alassane Dramane Ouattara, il est impossible de ne pas voir que nos prisons sont pleines de prisonniers de guerre. Or les criminels de guerre, on les retrouve dans tous les camps, et Ouattara veut faire le développement sans justice. Il veut faire le développement en imposant l’impunité comme système de gouvernement. Cette attitude d’injustice est d’autant plus inacceptable que le PADO2 fait payer à ensemble des Ivoiriens les efforts de reconstruction des zones Cno, sans que l’on demande à ceux qui ont géré ces zones pendant dix ans et qui les ont appauvries en s’enrichissant eux-mêmes, de rendre des comptes à la Nation. Où sont passées les sommes faramineuses des casses des agences des banques centrales ? Va-t-on faire, dans le cadre du plan de développement de Ouattara, l’audit de la Centrale des Forces armées des forces nouvelles (Fafn) ? Fera-t-on le procès de ceux qui ont enfermé des populations dans des conteneurs à Korhogo et qui les ont, de sang-froid, tué en les laissant mourir d’étouffement ?

Allons-nous faire l’audit de la gestion des zones Cno? Une commission d’enquête nationale ira-t-elle faire des investigations pour nous situer sur ces crimes économiques et politiques ? Ces questions sont d’autant plus légitimes que dans le PADO2, les investissements prennent en compte la plus forte pauvreté dans les zones Cno et promet de leur affecter 60% des dépenses, contre 40% pour le reste du pays. Peut-on reconstruire la Côte d’Ivoire sans la réconcilier avec elle-même et dans la vérité, toute la vérité et rien que la vérité ? Peut-on reconstruire la confiance sans justice ? Peut-on bâtir un avenir prometteur au Triomphe de l’éléphant dans l’impunité totale?

Hélas ! Toutes ces questions institutionnelles, juridiques et politiques sont évacuées par le PADO2. Pour son auteur, tout est d’abord une question d’argent, une question de milliards à rechercher et non un problème d’organisation cohérente de la production. Ouattara pense que s’il investit des milliards de francs, il nous fera oublier toutes les injustices, toutes les impunités qui fondent sa politique. Il a peut-être raison. Attendons de voir. Mais nous sommes sûrs d’une chose : Aucun pays ne s’est développé dans la culture de l’injustice et de l’impunité. Ouattara innovera peut-être en la matière, comme hier d’autres ont pensé innover avec l’Apo, avec le succès que l’on sait.

L’avenir nous le dira.

 

Mamadou Koulibaly

Président de LIDER


Source: LIDER-CI.ORG

samedi, 20 octobre 2012

MAMADOU KOULIBALY DESHABILLE OUATTARA: LE REGIME OUATTARA DANS TOUTE SA LAIDEUR

 

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Au moment où le Président Ouattara reçoit l’Internationale Libérale en Côte d’Ivoire, venue célébrer les succès de son régime nous dit-on, de nombreux observateurs s’interrogent, et sur toutes les langues, une question se pose : Quelle est la réelle nature du régime Ouattara? Sans être exhaustif, retenons trente (30) points des principales politiques pratiques qui caractérisent le régime ivoirien actuel.


1- Une grande insécurité qui n’arrive pas à être résorbée et qui, au contraire, augmente et met en péril tous les milieux d’affaires;

2- Une présence militaire et paramilitaire oppressante dans les rues et une marginalisation des corps de police et de gendarmerie alors que les populations sont abandonnées au racket d’hommes armés, qu’elles doivent accepter les barrages, et les fouilles à répétition qui prennent des allures de tracasseries;

3- Des violations constantes des droits de la propriété individuelle caractérisées par des vols à main armée, braquages des honnêtes gens, expropriations de maisons par des amis du régime, de terrains urbains, d’entreprises, de véhicules, appropriations autoritaires de forêts classées par des bandes armées proches du pouvoir;

4- Des violations répétées de la loi fondamentale sur laquelle le président de la République lui même, qui va ouvrir le congrès de l’Internationale Libérale, a prêté serment, notamment par des nominations anticonstitutionnelles à la tête de grandes institutions de l’Etat, (Conseil constitutionnel, Conseil économique et social, Assemblée nationale) et la prise d’ordonnances illégales qui lui permettent de se passer de son parlement dans lequel il n’y a pourtant aucune opposition;

5- Une non-dénonciation de l’environnement juridique qui donne la propriété de la terre à l’Etat et qui maintient un régime foncier archaïque, déconnecté des besoins et attentes réelles, en interdisant par exemple aux populations d’avoir le choix de vendre leur terre à des acquéreurs suivant les simples principes du libre échange;

6- Une gestion patrimoniale de l’Etat avec un gouvernement de quarante (40) ministères dont au moins quatre (4) sont délégués à la présidence de la République ;

7- De nombreux membres de la famille du président de la République impliqués dans la gestion directe des affaires de l’Etat ;

8- Un président de la République, également chef suprême des armées, qui ferme pourtant les yeux sur des violences perpétrées par les forces de défense nationales et leurs mercenaires supplétifs dans différentes villes et régions du pays, notamment à Duékoué, Sikensi, Yopougon, Azaguié, Arrah, Abidjan;

9- Une vengeance justicière qui se caractérise par une traque acharnée des militants de l’ancien régime et des personnes supposées proches. Traque confirmée par de nombreuses organisations internationales (HCR, ONU, Amnesty International, International Crisis Group, Human Rights Watch) ;

10- Une justice inéquitable aux ordres des puissants dont l’inefficacité est confirmée par l’indice de la liberté économique que ce soit celui de Heritage Foundation de Washington ou celui réalisé par l’institut canadien Fraser et qui donnent une note de 3,2 sur 10 à la Côte d’Ivoire en 2012;

11- Un manque de responsabilité du pouvoir et un déni de justice par le Président de la République qui refuse d’y soumettre les coupables de crimes de guerre, de crimes de sang et de crimes contre l’humanité issus de ses propres rangs ;

12- Une promotion des anciens Com’Zones (Chefs de guerre de l’ancienne rébellion 2002-2011) à des grades supérieurs dans l’armée et dans l’administration civile, même si leur formation est en inéquation totale avec les compétences exigées par ces postes;

13- Un recrutement ethnique marqué dans l’administration publique et les entreprises du grand secteur public avec des nominations autoritaires, hors concours, sans aucun critère de compétence, pour répondre à la volonté affirmée de «rattrapage ethnique» promue par le président de la République comme méthode de bonne gouvernance;

14- Une décentralisation dénaturée qui consiste plus en une déconcentration administrative de l’Etat qu’en une réelle volonté de subsidiarité ;

15- Des accords et traités internationaux signés dans une opacité totale. Les Ivoiriens n’ont, par exemple, toujours aucune information sur les derniers accords de défense signés avec la France ni sur le coût effectif du troisième pont à Abidjan dont la construction a été attribuée sans appel d’offre international;

16- Un contrôle des changes aux frontières alors que le gouvernement prétend que nous sommes dans une zone monétaire qui autorise la libre convertibilité de la monnaie locale;

17- Des prix administrés et fixés par l’Etat, notamment dans les filières agricoles du cacao, du café, de l’anacarde, du coton…;

18- Un contrôle direct de l’Etat dans la gestion et la commercialisation des produits agricoles de rente tel le cacao à l’exclusion des paysans producteurs qui sont parmi les populations les plus pauvres et les plus vulnérables du pays;

19- Une violation constante et impunie du Code des Marchés Publics. De grands marchés ont été octroyés à des proches du régime ou des entreprises sélectionnées sans appel d’offre, en dehors des règles de libre concurrence et dans un cadre de corruption manifeste (réhabilitations des universités et des prisons, confection des tenues des Forces Républicaines, lampes dites à économie d’énergie, etc.);

20- Des connivences avec des entreprises dont les monopoles sont protégés par l’Etat notamment dans les secteurs de la distribution de l’eau, de l’électricité, de la télévision, de la télécommunication;

21- Des licences d’importation et des quotas sur des produits de première nécessité et de grandes consommations, dont le riz, par exemple, réservés à des proches du pouvoir;

22- Un hyper-réendettement en désordre de l’Etat alors que le pays est sous perfusion PPTE et que les gaspillages des ressources publiques sont monnaies courantes;

23- Une augmentation sans justification et sans mesure transitoire des prélèvements obligatoires pour le financement de la retraite imposée par l’Etat au dépens des générations futures;

24- Des entraves fréquentes aux activités de la société civile que le gouvernement voudrait étouffer;

25- Des médias publics aux ordres, marginalisant les opposants au pouvoir et filtrant les communications de la société civile;

26- Une presse d’opposition régulièrement muselée et censurée même si celleci n’est pas exempte de critiques;

27- Un nombre important d’exilés et de refugiés dans les pays voisins qui justifie, pour la première fois dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, un vote massif par les pieds de nombreuses populations apeurées et craignant pour leur vies face aux pratiques du régime;

28- Des étudiants sombrant dans les années blanches, soumis à des orientations autoritaires vers des filières choisies par l’Etat et non par les familles et à l’inefficacité de l’administration universitaire qui rend cauchemardesque, voire impossible pour beaucoup, leurs formalités d’inscription dans des facultés gardées par des hommes armés à la solde du régime;

29- Des partis d’opposition laissés en marge de l’activité politique sans statut ni financement, alors que les partis au pouvoir se financent grassement sur fonds publics;

30- Un cadre électoral déterminé autoritairement par l’Etat sans consensus et qui se manifeste par un redécoupage électoral arbitraire avantageant le parti du président de la République, une Commission Electorale prétendue Indépendante fortement déséquilibrée avec la présence de militaires alors que le chef de l’Etat est aussi le ministre de la défense, le chef supérieur des armées et le président du Conseil Supérieur de la Magistrature.

L’énumération de ce chapelet de trente mesures entre des centaines d’autres qui sont souvent évoquées ici, devrait aisément permettre à chacun de trouver un qualificatif adéquat au régime ivoirien actuel. Devinette : de quoi le régime Ouattara est-il donc le nom? Démocratie libérale? Tyrannie? Dictature?

A chacun son choix.


Professeur Mamadou Koulibaly

Président de LIDER

Membre de la Société du Mont Pèlerin


Source: EBURNIE NEWS

vendredi, 18 mai 2012

BILAN D'UN AN DE GOUVERNANCE: OUATTARA A FAIT CE QU'IL N'A PAS DIT ET DIT CE QU'IL N'A PAS FAIT

 

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Pr Mamadou Koulibaly, Président du LIDER (Liberté et Démocratie pour la République) 



Après une analyse à froid et méthodique de son programme, de ses promesses, de ses annonces et de ses réalisations, LIDER affirme que le président de la République a fait ce qu’il n’a pas dit et dit ce qu’il n’a pas fait.
 
Il n’avait pas dit qu’il plomberait le budget de l’Etat pour s’acheter un avion pour ses nombreux déplacements, souvent d’ordre privé, à l’étranger. Il n’avait pas dit qu’il utiliserait les fonds publics pour agrandir sa maison personnelle et la transformer en palais. Il n’avait pas dit qu’il triplerait le budget de souveraineté pour l’amener à 300 milliards de francs CFA, et qu’il en confierait la gestion, en toute opacité, à son petit frère. Il n’avait pas dit qu’il utiliserait l’argent du contribuable ivoirien pour financer l’ONG de son épouse, ni qu’il lui confierait la gestion de la microfinance en Côte d’Ivoire. Il n’avait pas dit qu’il abandonnerait les Ivoiriens dans la mi-sère pendant qu’il passerait son temps à l’étranger. Il n’avait pas dit qu’il instituerait la doctrine du rattrapage ethnique comme politique de gouvernement. Il n’avait pas dit qu’il ferait exploser le coût de la vie de sorte que le panier de la ménagère en soit réduit à une peau de chagrin, pendant que lui, sa famille et son gouvernement se permettent des dépenses somptuaires.
 
Par contre, Alassane Ouattara avait promis la gratuité des soins, mais il ne l’a pas fait. Il avait promis un gouvernement de 25 membres; ce sont 40 ministres qui gloutonnent le budget de l’Etat. Il avait dit qu’il allait améliorer la qualité de vie des Ivoiriens; la condition de vie des ménages s’est détériorée de façon abrupte. Il avait promis 200.000 nouveaux emplois par an; il est l’homme par qui le chômage ethnique et technique est arrivé. Il avait promis l’ouverture d’universités dans chaque région; il a jeté 30.000 étudiants à la rue en fermant celles qui existaient. Il avait promis une justice impartiale; aucun des criminels de son camp n’a été incarcéré à ce jour.
 
La liste est infinie, mais LIDER ne se lassera pas de pencher son flambeau sur l’action d’Alassane Ouattara afin d’éclairer les Ivoiriens sur la vacuité de ses promesses et l’inefficacité de son programme.
 
 
 
Les conférenciers Dr Prao Yao Séraphin, S. Vangah et S. Séry.

 
 
Source: Bulletin "LIDER NEWS 4", mi-mai 2012

mercredi, 01 juillet 2009

LEADERSHIP ET DEVELOPPEMENT AFRICAIN, EURAFRIQUE OU LIBRAFRIQUE: LES NOUVELLES OEUVRES DU Pr MAMADOU KOULIBALY

 

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LEADERSHIP ET DEVELOPPEMENT AFRICAIN

Les défis, les modèles et les principes

 

Que ce soit dans les entreprises privées ou à l’échelle des nations, le dénominateur commun de la réussite est le capital humain. Le facteur de succès de tout pays prospère réside dans la qualité des hommes et en particulier de ceux qui le dirigent et leur capacité à adopter des politiques de liberté qui permettent l’exploitation intelligente des ressources, la création et la stimulation de valeurs et des normes intangibles propres aux sociétés ouvertes.

 

Dans un monde en compétition permanente, où le capital naturel est limité, ce facteur de différenciation, aussi appelé capital intangible, peut même aller jusqu’à pallier efficacement le manque total de richesses naturelles lorsque les principes de la liberté et de la propriété privée sont respectées. Quel modèle de leadership pourrait conduire les nations et les entreprises sur cette voie ?

 

Le professeur Mamadou Koulibaly, économiste et actuel président de l’assemblée nationale de Côte d’Ivoire, expose, dans cet ouvrage, les défis et modèles de fonctionnement auxquels est confrontée l’Afrique et partage sa vision du leadership nécessaire à la sortie de la trappe à pauvreté durable dans laquelle les peuples de ce continent se trouvent depuis trop longtemps déjà.

 

Professeur Mamadou KOULIBALY, Leadership et développement africain. Les défis, les modèles et les principes, Ed. L’Harmattan, Paris, 2008. – ISBN : 978-2-296-06201-6

  

 

 

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EURAFRIQUE OU LIBRAFRIQUE

L’ONU et les non-dits du pacte colonial

  

En Afrique, bien des choses se déroulent souvent en marge des normes internationalement admises. Depuis quelques années, une nouvelle définition du mot « démocratie » semble prendre forme et se répandre sur tout le continent, avec la bénédiction des plus grandes organisations internationales. Doit-on se résigner à une version tropicalisée de la démocratie dans nos pays ? Une démocratie africanisée qui se résume à l’équation : multipartisme + élection = Démocratie !

 

Alors qu’en Occident, les gouvernants et autres élites s’entendent dans leurs pays respectifs pour ce qui concerne leurs intérêts collectifs, en Afrique, deux écoles continuent de s’affronter. Une, moins confiante qui est sécrétée par les partis uniques – installés au lendemain des indépendances – qui considère que la tutelle de l’ancienne puissance coloniale est nécessaire. Et l’autre qui se veut plus épanouie, émancipée et qui entend assumer pleinement l’indépendance.

 

Le professeur Mamadou Koulibaly, Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, déplore cette « cacophonie ». Il résume les raisons fondamentales de cette situation ainsi :

« … ni les chefs d’Etat africains, généralement en place depuis plusieurs décennies, ni les puissances occidentales qui les soutiennent envers et contre tout, ne veulent perdre le bénéfice que leur procure l’absence de réelle démocratie dont naissent des institutions solides qui protègent les citoyens et les intérêts des populations… ». Il s’agit dans ce livre d’inviter les Africains à s’assumer entièrement.

 

Professeur Mamadou KOULIBALY, Eurafrique ou Librafrique. L’ONU et les non-dits du pacte colonial, Ed. L’Harmattan, Paris, 2009. – ISBN : 978-2-296-07956-4

mercredi, 17 septembre 2008

MAMADOU KOULIBALY: POURQUOI LE FRANC CFA DOIT DISPARAITRE

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L'idée de la création d`une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial. est plus que d`actualité avec la récession économique sur le continent. Dans cet entretien datant de janvier 2008, le Pr Mamadou Koulibaly, économiste un des défenseurs de cette vision panafricaniste explique pourquoi une nouvelle monnaie s`impose à la zone UEMOA.
Mamadou Koulibaly, président de l`Assemblée nationale de Côte d` Ivoire et professeur d`économie, fait la lumière sur les dégâts causés dans les Etats membres de la zone franc en raison de l`indexation de leur monnaie sur le franc français, aujourd`hui, sur l`euro. Dans cet entretien réalisé par Ruth Tete et Soh Tadhieu de New African, Mamadou Koulibaly ne mâche pas ses mots et appelle à la création d`une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial.


Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs quels sont les principaux mécanismes de la zone Franc ?

La zone du franc CFA est une union de coopération monétaire dont les leviers de contrôle se situent à Paris où priment les intérêts de la France. Les États satellites, membres de cette zone, sont des pays d`Afrique occidentale et centrale. La logique qui sous-tend le fonctionnement de cette zone rappelle la manière dont les Etats de l`Europe de l` Est étaient liés à l`ex-Union soviétique par le biais du Pacte de Varsovie à l`époque de la Guerre froide.

Les principes de la coopération monétaire entre la France et les Etats membres de la zone franc ont été énoncés dès les années 1960 dans le cadre d`un pacte colonial. Ce pacte a été modifié par la convention de coopération monétaire du 23 novembre 1972 entre les Etats membres de la Banque des Etats de l`Afrique centrale (BEAC) et la France d`une part, et par l`accord de coopération du 4 décembre 1973 entre les pays membres de l`Union monétaire ouest-africaine (UMOA) et la République française d`autre part. Juste avant que la France n`accède aux demandes d`indépendance des pays africains dans les années 1960, elle a obligé ces Etats à placer 65% de leurs réserves de change sur un compte du Trésor français, après avoir défini un taux de change fixe du franc CFA. Bien que la gestion de cette monnaie ait été confiée à des banques centrales communes [BEAC et BCEAO, ndlr], ces banques n`ont d`africain que le nom. En réalité, elles n`ont aucun pouvoir et ne sont rien de plus que de gigantesques institutions bureaucratiques qui ne décident pas des politiques monétaires. Elles sont là pour faire croire aux pays de la zone franc qu`ils sont maîtres de leur destinée. Les pays de la zone franc continuent de perpétuer un système mis en place par l`ancien bourreau colonial.

Comment décririez-vous la situation financière des pays de la zone franc depuis qu`ils font partie de cette union monétaire ?

La zone franc a engendré un long débat. D`une manière générale, il ne faut pas oublier que cette union a apporté à la France d`immenses avantages en termes de marchés pour ses biens et services. La situation monétaire des pays de la zone franc est une longue histoire de secrets jalousement gardés par la France, dont la seule préoccupation est de préserver ses intérêts. Par exemple, les réserves de change des Etats de la zone franc sont placées sur un compte commun du Trésor français, mais aucun pays africain n`est capable de dire quelle partie de cet argent durement gagné lui appartient. Seule la France a le privilège d`accéder à ces informations. Et pourtant ces fonds, placés sur des “comptes d`opérations”, génèrent des intérêts chaque fois que leur montant est supérieur aux besoins d`importation des pays africains concernés. Ces comptes d`opérations, en vertu des accords de coopération monétaires signés par la France et les pays de la zone franc, sont en théorie assortis du principe de découvert illimité. Cependant, les autorités françaises ont inclus, dans les statuts des banques centrales africaines, des mesures, parfois préventives, destinées à éviter que les comptes d`opérations deviennent constamment débiteurs. Les opérations liées au franc CFA sont secrètes et seul le Trésor français connaît le montant des fonds appartenant aux pays de la zone franc placés sur les comptes d`opérations. Seul le Trésor français peut indiquer le niveau de rémunération ainsi que les frais de gestion de compte. Le système est donc opaque et autoritaire.

Les économies de la zone franc sont très vulnérables. Les effets provoqués par le mécanisme de fonctionnement du franc CFA sont asymétriques. Les pays les plus dépensiers de la zone franc peuvent utiliser les réserves de change des pays qui ont une gestion plus prudente. De fait, l`unité monétaire profite aux pays les plus riches et encourage l`exploitation des pays les plus pauvres. L`existence d`un système monétaire stable et unifié n`a pas conduit à l`émergence d`un système bancaire et financier efficace dans les pays africains de la zone franc. Sur les 107 banques que comptent ces pays, 42 avaient fait faillite en 1990. Les réseaux bancaires, qui se sont constitués par la suite, dépendent fortement des banques françaises. La France encourage les pays de la zone franc à vivre largement au-dessus de leurs moyens. Quelle différence y a-t-il entre le Gabon dont les réserves de change sont placées en France et le Ghana, qui possède sa propre monnaie ? Ou entre le Cameroun et le Kenya ? Le Bénin et la Tunisie ? Ces questions suscitent des questions légitimes sur le bien-fondé de la zone franc.

La zone franc existe depuis plus de soixante ans. Comment expliquez-vous qu`elle perdure malgré les effets négatifs qu`elle continue de produire dans les pays africains ?

A mon avis, cela est dû à l`influence que la France exerce sur les pays d`Afrique francophone, même si les partisans utilisent les arguments suivants pour défendre leur position : garantie monétaire, qui génère un afflux de capitaux, mesures d`austérité limitant le risque d`inflation et permettant de maintenir l`équilibre de la balance extérieure, et la crédibilité de la monnaie.
Les partisans du franc CFA font semblant de ne pas voir la répression politique et financière qu`ont exercée les présidents français successifs sur les pays africains qui ont tenté de se retirer de la zone franc. Nous avons été témoins de mesures répressives visant à couper court à toute velléité d`émancipation du système : la protection des intérêts français a engendré récemment des crises au sujet de l`uranium au Niger, de l`or au Mali, du pétrole au Tchad, des matières premières et du transfert des actions d`entreprises du service public en Côte d`Ivoire, auxquelles sont à ajouter d`autres crises au Rwanda, en République démocratique du Congo et au Sénégal. Quand le Sénégal a annoncé récemment qu`il avait découvert du pétrole à Saint Louis, le pays a demandé au Vénézuela de l`aider dans son exploitation, et non à la France. Paris a perçu ce geste comme une trahison et une violation des accords de coopération liant la France aux pays de la zone franc et à leurs ressources. Par ailleurs, les élites et la classe politique africaines n`ont fait qu`empirer la situation en prétendant qu`elles ne possédaient pas les compétences nécessaires pour gérer leur propre monnaie de manière responsable et efficace, à l`inverse des pays occidentaux ou asiatiques. Elles se satisfont de voir les Etats africains être réduits à l`état de contribuables au profit de la France, avec les 65% de réserves de change qu`ils déposent chaque année auprès du Trésor français ! Et pourtant, nos citoyens n`ont pas la nationalité française, et n’ont pas non plus accès aux services publics dont bénéficient les autres contribuables français. Cela conduit à une situation qu`on ne peut que qualifier d`asservissement volontaire, et qui a incité la population et les acteurs économiques à croire qu`ils ne pouvaient se passer de la France. C`est bien dommage car cette idée est totalement fausse. Le monde est vaste : il suffit de vouloir s`y intégrer de façon libre et responsable par le biais du commerce et non de l`aide étrangère qui réduit les gens à la situation de mendiants. Chaque jour, la mondialisation crée des milliers d`opportunités dont nous ne tirons pas profit, parce que nous sommes piégés dans un système inefficace.

Une réunion des ministres des Finances des pays de la zone franc s`est tenue à Paris le 14 octobre 2007. Cette réunion précède traditionnellement la conférence d`automne de la Banque mondiale et du FMI. Vous avez été ministre des Finances de Côte d`Ivoire, et peut-être avez-vous eu l`occasion de participer à ces réunions. Beaucoup d`Africains disent que rien de positif pour le peuple africain ne ressort de ces réunions. Est-ce vrai ?

Je n`ai jamais participé à ce type de réunion quand j`étais ministre des Finances. Mais la plupart des pays de la zone franc sont faibles. Avec des économies sous perfusion, ils n`ont aucun poids dans les décisions prises dans le cadre de ces réunions. On peut donc se demander pourquoi ils continuent de se rendre à ces réunions dans lesquelles ils n`ont aucune voix. En agissant ainsi, ces pays montrent qu`ils sont convaincus que la France peut tout faire pour eux. Nos pays préfèrent choisir la solution de la facilité même si elle met en danger l`emploi, les revenus, l`épargne et les investissements privés. Nous nous rendons complices du piège de la pauvreté dans lequel nous avons été poussés. Pourriez-vous citer au moins trois raisons pour lesquelles les Etats africains devraient se libérer du franc CFA ?
En premier lieu, le franc CFA est coercitif, injuste et moralement indéfendable. Il a favorisé la corruption de l`État. Au moment des élections françaises, les pays de la zone franc sont sans cesse sollicités pour donner des dons aux hommes politiques français, une obligation qui ne peut se justifier. Ces " cadeaux " ont été à l`origine de nombreux conflits et ouvrent la voie à de nombreuses autres formes de corruption. Ce sont ces relations qui perpétuent le monopole français dans les pays de la zone franc, malgré la mondialisation. Sous prétexte d`aider les pays pauvres avec l`argent du contribuable français, c`est la classe politique française et africaine qui s`enrichit de manière illicite. Cette réalité justifie à elle seule l`abandon de la zone franc. La libéralisation économique et financière ne peut se produire avec un taux de change fixe et une zone d`influence économique créée artificiellement. En fait, l`émergence de tensions apparues au sein du système monétaire international et les crises financières de ces dernières années portent à croire que le choix du régime de taux de change dépend du système d`engagements pris auprès des autorités monétaires. Et pourtant, la restriction de la liberté des pays de la zone franc dans le domaine de la politique monétaire ne protège pas du risque de dévaluation du franc CFA. Ainsi, dans les années 1990, faisant fi de la clause de découvert illimité, la France a ordonné la dévaluation du franc CFA. Avant la dévaluation, 1 franc français s`échangeait contre 50 francs CFA. En 1994, après la dévaluation, 1 FF s`échangera contre 100 FCFA. Les autorités françaises sont pourtant arrivées à faire croire que le taux de dévaluation était de 50%, alors que nous venions de subir une dévaluation de 100% !

Après l`abandon du système, quel avenir monétaire proposez-vous aux pays africains du point de vue monétaire ?

Etant donné les enjeux, il est nécessaire d`entreprendre des réformes financières et monétaires. La monnaie doit être au service de l`économie. Elle doit s`adapter au contexte économique actuel. A cet effet, il faut permettre aux pays de se prémunir contre les chocs asymétriques, d`améliorer la convergence et l`ajustement macroéconomiques et de financer le développement.
Il est vital aujourd`hui que le franc CFA acquière une autonomie, qu`il se libère du joug colonial. Il est grand temps que les pays africains assument les conséquences d`une politique macroéconomique librement choisie. Il n`y a pas de secret. Il suffit que nous décidions de nous choisir nos politiques et d`en assumer la responsabilité. La liberté n`a de sens que si elle est assortie de responsabilité. Une fois la rupture accomplie, les pays de l`ex-zone franc devront créer leur propre système basé sur des principes simples : accès direct aux marchés internationaux sans tuteur, c`est-à-dire la France, mise en place d`un système fiscal simple sans règles d`imposition incompréhensibles, taux de changes flexible par rapport aux principales monnaies. Pour atteindre cet objectif, les pays concernés ont deux possibilités. La première consisterait à créer des monnaies nationales indépendantes, avec une parité flexible comme les monnaies de l`Union européenne avant l`introduction de l`euro. Cette solution peut fonctionner uniquement si les banques sont privées et indépendantes et que les banques centrales ont la liberté de mettre en œuvre des politiques monétaires crédibles. La deuxième option, c`est que les pays africains s`unissent et créer une monnaie commune, mais cela suppose un gouvernement unique, contrôlée par une banque centrale unique et indépendante du pouvoir politique, ainsi qu`une politique économique monétaire et budgétaire uniques. Quelle que soit la solution adoptée, les États doivent être démocratiques. Ils doivent indiquer clairement à leurs citoyens leurs droits de propriété et leur accorder la liberté de décider s`ils veulent hypothéquer ces droits. Tout commence avec l`attribution du droit de propriété aux citoyens, un droit qui les fera émerger de la pauvreté. Le libre échange fera le reste.

En 2005, vous avez publié un livre intitulé " Les servitudes du pacte colonial ". Pourriez-vous expliquer brièvement le sujet de cet ouvrage et le message qu`il transmet ?


L`objectif de ce livre était de faire connaître au public le " pacte colonial ", fondement des accords de coopération franco-africains. Il s`agit d`un modèle institué par la France sous de Gaulle à la veille de l`indépendance des Etats d`Afrique francophones, destiné à contrôler indirectement les affaires de ces pays de manière subtile, sans apparaître en première ligne comme pendant la longue période coloniale. Le livre publie les textes utilisés pour organiser les interventions de l` Etat français, malgré la fin de l`époque coloniale dans les années 1960. Selon ce pacte colonial, les présidents des Etats d`Afrique francophone doivent diriger leurs pays en fonction des intérêts de Paris. L`indépendance s`est donc résumée au transfert de compétences de l` Elysée aux chefs d` État africains, qui doivent faire acte d`allégeance à la France, et non aux peuples qu`ils gouvernent. Paris se charge de leur dicter les politiques à adopter. Ce livre révèle comment les accords de Défense sont en réalité que des accords commerciaux obligeant les Etats d`Afrique francophone à conserver des bases militaires françaises sur leur sol, avec des soldats prêts à intervenir pour chasser les dirigeants récalcitrants afin de les remplacer par des individus plus dociles. Dans ce livre, on découvre que la France détient un monopole sur toutes les matières premières de l`Afrique francophone. On apprend comment la France a pris des mesures pour s`assurer qu`elle conserverait toutes ses prérogatives coloniales après avoir accordé "l`indépendance" aux pays africains. Par le biais de ce pacte colonial, la France est demeurée omniprésente en Afrique francophone et a conservé les avantages d`hier. Paris a confisqué la véritable indépendance des pays d`Afrique francophone.
Nous nous devons de dénoncer collectivement ce pacte colonial. Lors de sa visite au Sénégal en juillet 2007, le fraîchement élu président français Nicolas Sarkozy a reconnu que la colonisation était un crime contre l`humanité, mais a refusé de se repentir. Les Africains doivent dénoncer tous les accords et systèmes qui éloignent l`Afrique des marchés. Le pacte colonial constitue une violation du droit de propriété africain.

Etes-vous parvenu à transmettre ce message à travers ce livre ?

Je pense que oui. Je voulais partager mes convictions avec un grand nombre d` Africains. Et d`amis de l`Afrique, afin qu`ils soient dans une meilleure position pour mesurer les dangers du pacte colonial, du contrôle de l`Etat, et surtout de prendre conscience que la gestion de l`économie sous l`emprise du pacte colonial est une source de pauvreté dans nos pays. Nous ne voulons pas l`aumône ; notre problème n`est pas le manque d`argent. Je suis convaincu que nous devons avant tout revendiquer clairement nos droits de propriété sur nos terres et nos ressources, qui ont été aliénées par les colons, et dont le pacte colonial nous dépossède aujourd`hui. Enfin, je voulais dire que l`Afrique a un besoin urgent de libertés individuelles, d`un contrôle de l`Etat limité, de marchés libres, d`une société ouverte et de la paix, qui ne peuvent exister que si la liberté économique et politique est respectée.



In New African, Janvier 2008