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jeudi, 19 janvier 2012

ENQUETE - PROSTITUTION EN LIGNE: QUAND L'INDUSTRIE DU SEXE SEVIT SUR INTERNET


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Une prostituée de rue

L’une des découvertes les plus fascinantes du millénaire reste, l’Internet, à partir duquel le monde n’est plus qu’un village planétaire. Pourtant, ce qui a suscité autrefois autant d’espoir à sa création, est en passe de devenir un couteau à double tranchant dans son utilisation. Via Internet, on gruge, on arnaque, on vole et on se «vend». 

Présentation

Moyen de communication par excellence, l’Internet sert aussi à se faire des amis (es). Ainsi, des sites ont été conçus dans ce sens pour faciliter les rencontres entre individus. A cet effet, des sites de tout genre existent pour les célibataires, les gays, les lesbiennes, etc…Si certains sont gratuits d’autres cependant, sont payants. Entre autres sites, nous pouvons citer, ‘’Easyflirt’’ qui est un site de rencontre avec chat et webcam. ‘’Easyflirt’’ revendique 27 millions de célibataires qui lui font confiance pour rencontrer le grand amour. ‘’Meetic’’, est le site de rencontre classé n°1 en Europe avec le plus de célibataires inscrits, où il y a plus de chances de faire une belle rencontre’’, lit-on sur le site. C’est un site de rencontres 100% gratuit. ‘’Badoo.com’’, ‘’123love.com’’ et ‘’Babel.com’’ qui sont aussi des sites de rencontres, permettent de dialoguer avec des célibataires près de chez vous. C'est gratuit et sans abonnement. Il existe plusieurs sites de rencontres cependant sur Internet, pour le bonheur de leurs adeptes. 

Manifestations

« J’ai besoin d’argent, aidez-moi », « recherche homme pour relation sérieuse », « toi, homme de 40-50 ans, je te fais la totale à trente mille francs CFA. Je fais tout, sans discussion », « bonsoir, je me nomme coup de coeur, j’ai des amies femmes d’affaires qui payent de cinquante à cent mille francs et plus après rapports protégés et discrets. Veuillez me contacter pour une réservation au numéro suivant (…) », « vous me donnez cinq mille et on fait ça chez moi à domicile ». Ce sont les phrases qu’on lit sur les profils des abonnés ou visiteurs des sites de rencontres sur le net. Les motivations d’un site de rencontres à un autre sont diversifiées. Certains y vont pour des opportunités d’affaires, d’autres pour se faire des amis (es), mais la grande majorité y va pour assouvir un quelconque désir sexuel ou pour satisfaire sa libido. Les femmes et les hommes sont tous logés à la même enseigne. Vous vous inscrivez sur un site de rencontres avec un pseudo ou votre propre nom- c’est selon- puis ensuite, vous avez la possibilité d’échanger avec des milliers d’individus. Pour la plupart du temps, il n’y a aucun sujet tabou. Au bout de quelques minutes, vous vous en sortez avec des numéros de vos correspondants virtuels. Si vous poussez l’accès un peu plus loin, vous avez la possibilité le même soir, de coucher cette dernière dans votre lit. Parce que quand certaines feignent de faire les saintes nitouches, d’autres par contre ouvrent de prime à bord, les hostilités. Plus besoin de se faire prier, car l’adage le dit, « les oiseaux de même plumage volent ensemble». 

Tout le monde s’y adonne…

Après la destruction de certains sites reconnus pour être des nids de promotion de la prostitution ou des lupanars dans le district d’Abidjan, les jeunes filles déscolarisées ou non ont recours à la toile. De la prostitution de quartier, elles sont passées à une autre forme de prostitution de luxe : la prostitution sur Internet. Elles n’hésitent plus à mettre le grappin sur des hommes férus de sensation forte et adeptes de lubricité. Il est souvent loisible de voir des femmes de plus de 40 ans se connecter pour rechercher une partenaire plus ou moins jeune pour des rapports sexuels à trois ou quatre. Sur les différents sites de rencontres, les relations contre nature se répandent comme des champignons au grand dam de la morale. Normal, sur Internet, on affectionne la démesure et sans restriction. Des homosexuels ou lesbiennes ou encore des bisexuels font de ces espaces-rencontres sur Internet leurs choux gras. Sur Internet, il n’y a pas d’âge et tout le monde est à la recherche d’émotions et de plaisir. La plupart des filles qui s’adonnent à cette activité viennent de Yopougon, Riviera Palmeraie, Marcory, Koumassi, Zone 4 et Port-Bouët.


Réalisée par Patrick Krou, in le quotidien ivoirien "L'Intelligent d'Abidjan".


Source: ABIDJAN DIRECT.NET

mercredi, 25 novembre 2009

ADJAME, "FORUM DES MARCHES": LA PROSTITUTION A CIEL OUVERT


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Le Forum des marchés d'Adjamé est devenu un nid de prostituées. De jour comme de nuit, des jeunes filles y vendent leur corps pour survivre. Nous les avons rencontrées. Reportage.


Sous un soleil peu ardent par ces temps de pluies, il faut se débattre pour avancer. Les vendeurs ambulants disputent la chaussée aux automobilistes. Leurs cris, les bruits des véhicules et la musique jouée dans certains magasins créent une ambiance particulière. Le «Forum» des marchés, avec ses bâtiments jaunes et ses toitures en dents de scie, est imposant. De l'extérieur, il offre une belle vue. La publicité des produits alimentaires sur la face de l'immeuble séduit. Au rez-de-chaussée, des étals de condiments et des boutiques de vêtements. Entre deux bousculades, on accède aux marches poussiéreuses qui conduisent aux niveaux supérieurs. Il faut marcher dans la poussière, enjamber des résidus d'aliments. Des jeunes filles assises sur ces marches regardent avec des yeux hagards les visiteurs qui montent et descendent les escaliers. Au premier étage, des vendeurs installés dans les magasins bavardent. Nous faisons quelques achats. De nombreuses jeunes filles se baladent sur les marches. Elles sont pleines d'entrain et ont l'air de ne s'occuper de personne. Ce ne sont ni des commerçantes, ni des clientes. A l'autre bout du bâtiment, au-dessus des vendeurs de poisson, un autre groupe de jeunes filles. L'une d'elle, la vingtaine, visage potélé et excessivement maquillé, nous sourit. Elle porte un décolleté noir qui laisse apparaître son soutien-gorge gonflé. Le pagne bigarré qu'elle porte moule parfaitement ses rondeurs alléchantes. Nous l'approchons. Tout en bavardant, Ami, c'est le nom qu'elle nous donne, montre tout de suite ses intentions. Elle fait signe de se mettre à l'écart. « Grand frère, ce n'est pas cher, 2.000 Fcfa sans capote», dit-elle en mâchant son chewing-gum. Par curiosité, nous jouons le jeu : «Accepté». Pendant que nous marchons pour trouver un endroit isolé, elle continue de mâcher son chewing-gum tout en maintenant le regard sur nous. La jeune fille semble se dire que : «ce garçon est un novice».

2000 Fcfa sans capote !

Elle ne montre aucune gêne, comme si elle était sous l'effet d'une drogue. Cette confiance affichée nous encourage à lui demander pourquoi elle se prostitue. Visiblement effrayée par cette question, notre compagne de circonstance essaie de s'enfuir. Il faut trouver des arguments pour la rassurer. Un billet d'argent, et elle reprend confiance. Ami avoue qu'elle est prostituée. Elle « fait ça avec tout le monde.» Son lieu de prédilection, ce sont les bâtiments jaunes du «Forum» des marchés d'Adjamé. Ici, elle peut se confondre aux commerçantes. De plus, il y a de la place et un abri. Mais, Ami se dérobe un peu à la tradition de la prostitution classique. Pour elle, il n'y a pas d'heure pour se prostituer. Elle affirme s'en tirer souvent avec 20 000 Fcfa par jour. Voyant les questions se multiplier, notre interlocutrice se sauve pour se fondre dans la masse. Elle a eu le temps de nous montrer d'autres filles qui, comme elle, se prostituent au forum. C'est le groupe de filles que nous avions vu au départ. Pour les rejoindre, il faut se diriger vers le point de vente des volailles. Elles sont attroupées-là. Certaines mangent sur des tables, d'autres dorment sur des dalles, des barres de fers, où même sur des tables abandonnées. Deux d'entre elles portent des enfants. La première, 20 ans, dit s'appeler Mariam. Son enfant, une fillette de 8 mois, s'appelle Clémentine. A côté d'elle, Aïcha, un peu chétive, a à peine 18 ans. Un peu bedonnante, sans être enceinte, elle tient dans sa main un enfant d'un an. Couchée sur la même table, une autre fille dort. Elle s'apelle Sidibé, selon ses camarades. Mais, tout le monde l'appelle «la vieille». Elle dort la tête posée sur un sachet bleu qui contient des vêtements. Les filles sont méfiantes. Autour d'elles, des cordonniers, des plumeurs de poulets et d'autres jeunes aux allures de voyous rôdent. Ils ont l'air de les surveiller. Nous nous sentons épié.

On les appelle bâcôrôman

Ici, on peut agresser quelqu'un, le voler et disparaître sans être inquiété. Les jeunes filles devinent notre intention. Sidibé se reveille soudain. Une de ses camarades la taquine. Elle lui demande de faire attention, au risque de déchirer sa valise. La valise en question, c'est le sachet bleu qui contient des vêtements. «La vieille» n'a pas de complexe à expliquer qu'elle se balade ainsi avec ses affaires. Nous lui en demandons les raisons. Comme toutes les filles de ce lieu, elle n'a pas de domicile fixe. «On nous appelle Bacôrôman», indique-t-elle. En malinké, cela désigne quelqu'un qui dort là où la nuit le trouve. Selon Sidibé, elles viennent achever leurs nuits sur les tables libres du marché. Que font-elles alors comme activité si elles doivent dormir toute la journée ? Une question qui paraît les embarrasser. Mariam, qui nourrit son bébé à l'attiéké, nous sourit tout en gardant la tête baissée. Aïcha en profite pour filer à l'anglaise. Seule « la vieille», plus bavarde, continue : «On vend des chocolats, deux à 25 Fcfa et aussi des lotus». Où sont donc ces objets qu'elles disent vendre ? Aucune réponse. En ce moment, une autre fille qui a l'air plus âgée s'approche. Elle est gaie. Elle porte aussi un enfant. « Nous sommes dans la même situation », informe Sidibé en la désignant. La fille qui vient de s'ajouter au groupe est grosse, avec un tee-shirt sale et déchiré. Elle se présente sous le nom de Abiba. La vraie Abiba qui a pris la conversation en cours, dément: «Aucune d'entre nous ne vend. Que celle qui fait une activité lève le doigt». Les autres filles rient pour se décomplexer. Abiba, qui n'a pas sa langue dans la poche va plus loin : «Toi, dis-leur ce que tu fais la nuit», lance-t-elle à une fille qui vient de s'ajouter au petit cercle qui s'anime. Elle, c'est Aimé Wangni. Habillée et maquillée de façon extravagante avec des mèches touffues, Aimée se met aussi à rire. Les filles plaisantent, se taquinent. L'ambiance est plutôt cordiale. Sur notre insistance, Abiba raconte qu'elles se prostituent parce qu'elles n'ont pas de métier. « Mais, moi j'ai arrêté parce que j'ai un copain», se dédouane-t-elle. Ayant dévoilé le mystère, Abiba ne laisse pas d'autre choix aux autres filles qui se confessent avec prudence. « Je suis venue d'Odienné pour vivre chez ma tante à Abidjan. Elle me maltraitait, j'ai donc fui la maison», explique la Vieille. Grâce à une camarade qui est dans ce circuit depuis 3 ans, elle s'est retrouvée en ce lieu. La camarade en question se nomme Salimata.

«C'est notre vieille mère», affirme la Vieille. Elle a connu Salimata à Odienné. Selon elle, dès que celle-ci à su qu'elle était maltraitée par sa tante, elle lui a proposé de venir avec elle pour se prostituer au Forum. Ses parents savent-ils où elle est ? «J'appelle souvent ma mère. Mais, je ne lui ai jamais dit ce que je fais. J'irai la voir quand je serai riche», rêve-t-elle. Pour l'instant, pour s'enrichir, elle n'a qu'une seule voie : vendre son corps à vil prix. Les tarifs varient entre 1.500 et 2.000 Fcfa. De jour comme de nuit, elles se prostituent, tout comme Ami. Abiba, elle, a quitté Seguela pour rejoindre sa grand-mère à Abidjan. Celle-ci la maltraitait, accuse-t-elle à son tour. «C'est pour cette raison que j'ai fui la maison pour venir ici», ajoute-t-elle. Même son de cloche chez Mariam, Aïcha et Aimée qui viennent de Ouragahio. Si elles n'ont pas été maltraitées par une tante, c'est une grand-mère ou un oncle qui les haïssait. Ici, la prostitution se déroule d'une manière différente. Les filles atteignent la centaine. Le jour, elles essayent de se camoufler comme elles le peuvent. Ce qui explique qu'au Forum , on a l'impression que ce sont des commerçantes ambulantes. Le plus souvent, quand elles ne dorment pas, elles circulent entre les marches des bâtiments, ou bavardent. «Je ne fais rien toute la journée, je dors», jure Abiba. Pourtant, elle arrive à se nourrir et à s'habiller, dit-elle. Celles qui ne dorment pas le jour, sont disponibles pour les hommes. Il suffit de connaître le circuit. «Au Forum, quand vous parlez de bacôrôman, on vous les montre du doigt. A vous de jouer. Si vous voulez aller avec une, vous l'approchez discrètement, elle vous suivra n'importe où, même dans les vieux magasins abandonnés à l'étage», avance Aboulaye C., un vendeur de chaussures qui passe à côté. Ces filles ne passent pas la nuit au Forum. «Nous dormons au marché Gouro», affirme Mariam. Au marché Gouro, les bacôrôman, par centaine, se retrouvent près d'un grand magasin de vente de pagnes, appelé «maison blanche». Un hangar s'y trouve, et c'est là qu'elles passent leurs nuits, presqu'à la belle étoile, selon Mariam. Avec son enfant de 8 mois, elle continue d'exercer le plus vieux métier du monde. Dès 19 heures, elles quittent le forum pour le hangar qu'elles appellent le « hangar de Haïdara». «A minuit, les portes gardées par des vigiles sont fermées au cadenas pour être rouvertes à 4 h», ajoute Abiba. Heure à laquelle tout le monde doit quitter le camp pour laisser la place aux commerçants. «Si minuit te trouve dehors, tu dors dehors», précise la Vieille. Mais, entre 19 h et minuit, beaucoup de choses se passent. Elles se livrent au premier venu. Les clients savent le plus souvent où les trouver. Très souvent, disent-elles, ce sont des personnes respectables qui les abordent.

Avec ou sans préservatifs

Les nuits sont longues. Ce qui explique que beaucoup d'entre elles sont obligées de dormir au Forum la journée. Cette activité, selon Sidibé, n'est pas sans conséquences. «Nous nous faisons agresser tous les jours par les voyous. C'est pour cela qu'aucune d'entre nous n'a un objet de valeur. Nous sommes aussi victimes de viol», explique Aimée W. Beaucoup de filles lient amitié avec des voyous. Ceux-ci profitent d'elles. Mais, en contrepartie, ils les protègent contre les agressions et les viols. La prostitution en elle-même à ces conséquences immédiates. «La plupart d'entre nous ont des enfants sans père», raconte la Vieille. Jusque-là, elle a miraculeusement échappé à cette situation. Mariam, Aïcha, Abiba et les autres ont souvent jusqu'à 4 gosses à nourrir. D'autres bakôrômans envoient leurs enfants chez les parents, en inventant n'importe quoi pour les faire accepter là-bas. Mais, de nombreuses filles sont livrées à elles-mêmes. Beaucoup perdent leurs enfants. Comme Dosso Fatou. La semaine dernière, cette fille a perdu son enfant en plein jour, au Forum. «L'enfant était malade, sans soin», raconte une des filles. Une information confirmée par Diomandé Mamadou, le responsable de la sécurité du Forum. «Cette fille avait reçu des médicaments de la part d'une Ong qui s'occupe des prostituées. Au lieu d'envoyer l'enfant à l'hôpital, elle est allée acheter des canaris pour faire de l'indigénat», explique-t-il. L'enfant qui était mal soigné a succombé dans ses bras, en plein jour. «Quand on l'a interrogée sur ses problèmes, elle a avancé qu'elle avait été chassée par sa tante. Mais, l'une de ses soeurs qui est arrivée ici un jour a démenti cette information. En faite, Dosso vendait pour sa tante. Elle détournait les recettes de la vente. Le jour où on lui a demandé de montrer où elle les cachait. Dosso a déserté les lieux pour toujours», explique Diomandé qui suit ces filles depuis 3 ans. La plupart des explications qu'elles avancent pour justifier leurs actes sont fausses, selon lui. «J'ai assisté à l'arrivée de ces filles au Forum. Au début, c'étaient des pickpockets. Elles faisaient semblant de vous aider à transporter vos bagages, puis elles se sauvaient avec. Ensuite, elles ont commencé à se prostituer depuis 3 ans. Il y en a même de 13 ans», explique-t-il. Selon Diomandé, leur nombre sans cesse croissant au Forum inquiète. C'est sans espoir pour ce responsable de la sécurité. «Elles prennent des stupéfiants pour exercer leur activité. Plus précisément du «rivo». C'est difficile de s'en sortir», ajoute-t-il.

Comme un monstre, le nombre de bacôrômans croît d'année en année. Elles sont de plus en plus incontrôlables. Quelques Ong, telle que «Cavoéiquiva» et «Save the Children» tentent de les sortir de ce gouffre. Sans succès. C'est donc un cri d'alerte lancé à tout le monde. Attention quand vous allez faire des achats au Forum, les bacôrômans sont là !

 

Raphaël TANOH (Quotidien Nord-Sud)

 

Source: ALL AFRICA.COM

mercredi, 01 juillet 2009

DES ENFANTS VENDENT LEURS CORPS ET DEVIENNENT PARENTS

 

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ABIDJAN, 26 juin 2009 (IRIN) - Le bébé est mort 12 jours après sa naissance, sur une terrasse délabrée au dessus du marché d’Adjamé à Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. La mère, Aminata*, est à peine âgée de 15 ans. Elle ne sait pas qui est le père. Aminata échange ses faveurs contre de l’argent – pour pouvoir manger, dit elle.



Aminata fait partie des nombreuses jeunes filles – dont certaines n’ont que 10 ans, selon une organisation non-gouvernementale (ONG) locale – qui vendent leur corps sur le marché d’Adjamé, localement connu sous le surnom ‘Biêlôgô’; en Dioula, lôgô signifie marché et biê désigne les organes génitaux féminins.

« Parfois, le corps des bébés qui meurent dans ces circonstances finissent dans les poubelles », a dit Irié Bi Tra Clément, fondateur de l’ONG locale Cavoequiva, ce qui signifie « Unissons-nous » en Gouro.

Les membres de Cavoequiva, basée dans le quartier d'Adjamé à Abidjan, ont rencontré et interrogé des centaines d’enfants des rues et de jeunes. M. Irié a raconté à IRIN qu’une fille avait récemment raconté qu’un client l’avait si violemment frappée, quand elle avait refusé une relation sexuelle anale, qu’il lui avait brisé la mâchoire. Le fondateur de l’ONG a souligné que la plupart des filles avaient déclaré devoir donner une partie de leur revenu à des « managers ».

En cette après-midi du 19 juin, la petite fille d’Aminata, âgée de huit jours, tousse, enroulée dans des pagnes posés sur un sol en béton. Près d’elle jouent les jumeaux d’une autre adolescente travailleuse du sexe.

Aminata dit qu’elle et son bébé sont mouillés quand la pluie s’infiltre dans l’échoppe du marché dans laquelle elles dorment. Quand elle en parle, elle commence à pleurer. « Je pleure parce que j’ai ce bébé, elle est malade et je n’ai pas les moyens de l’aider ».

Aminata ne sait plus vraiment depuis quand elle vit du commerce du sexe, mais elle dit qu’au moins quatre jours de l’An sont passés depuis qu’elle a commencé. Elle raconte qu’une femme de son village, dans le nord du pays, est venue voir ses parents et leur a dit qu’elle aiderait Aminata à faire du petit commerce.

« Je suis venue et j’ai commencé à vendre sur le marché, mais la femme pour laquelle je travaillais se plaignait tous les jours parce que je ne faisais pas assez d’argent. Alors j’ai commencé à travailler comme porteur dans le marché. Elle disait toujours que je ne rapportais pas assez d’argent. Elle me maltraitait et ne me payait jamais pour mon travail. C’est pour ça que je suis partie ».

Elle a rejoint d’autres jeunes qui vivaient dans la rue. « J’ai commencé à ‘faire des passes’ parce que je n’avais rien, ni nulle part où aller. Je demandais 500 ou 1 000 francs CFA [un à deux dollars] ».

M. Irié, de Cavoequiva, a souligné que de nombreuses jeunes filles avaient déclaré avoir été violées avant de commencer à échanger des relations sexuelles contre de l’argent.

Ce fut le cas de Djeneba*, qui raconte que la femme pour laquelle elle travaillait lui a demandé à plusieurs reprises de se mettre à vendre son corps.

« Elle m’a dit de le faire ; j’ai refusé », a dit Djeneba à IRIN. « Elle m’a redemandé de le faire ; j’ai refusé. Alors une nuit, cinq jeunes m’ont violée sous la menace d’un couteau ».

Djeneba, dont les yeux marrons sont encadrés par de grands faux cils bleus, a ajouté : « Quand mes blessures ont cicatrisé, j’ai commencé ».

Pourquoi a-t-elle commencé ? « Je n’avais pas d’argent ».

Quand on lui demande si elle veut continuer à faire ce travail, Djeneba laisse échapper un « Nooooon » guttural. « Si j’avais de l’argent, je ne ferais pas ça ».

Djeneba et ses amies ont reconnu qu’elles n’utilisaient qu’occasionnellement des préservatifs. Dans un film réalisé par Cavoequiva, des filles parlent des drogues qu’elles prennent avant de se préparer pour le travail, la nuit.

Après la mort de son bébé, le 23 juin, Aminata – malade depuis l’accouchement - a consulté un médecin grâce à l’aide de Cavoequiva.

M. Irié a expliqué qu’avec ses collègues, il cherchait à faire rentrer Aminata dans sa famille. « Elle a accepté à contrecœur », a-t-il dit. « Au début elle ne voulait pas, disant que son village natal était trop pauvre et qu’elle voulait rester à Abidjan. Mais finalement elle a accepté ».

L’équipe de Cavoequiva accompagnera Aminata dans son village, a-t-il dit.

Source: CRITICAFRIC

22:17 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : criticafric, irin, ong cavoéquiva, prostitution en côte d'ivoire, proxénétisme à abidjan | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |