topblog Ivoire blogs

mercredi, 06 janvier 2016

QUI EST LAURENT GBAGBO ? PAR Me CHEIK KOUREYSSI BA, AVOCAT AU BARREAU DE DAKAR

 

MAITRE CHEIK KOUREYSSI BA.jpg

Maitre Cheik Koureyssi BA , Avocat au Barreau de Dakar

 

Extrait d’interview :

On va parler de la Côte d’Ivoire si vous le voulez bien. Pour vous, c’est qui, Laurent Gbagbo ?


Jérémie et Job à la fois ! L’homme politique le plus dénigré et le plus diffamé qui soit, mais aussi le dirigeant africain qui a connu le plus d’épreuves douloureuses tout au long de sa longue marche, à la fois ! Même séquestré, il continue d’être accusé de tous les crimes !

Les disparus du Novotel, pro-Gbagbo notoires, enlevés alors que la résidence présidentielle de Cocody est sous un déluge de feu : c’est Gbagbo !

Le général Guéi, tué avec tous ses proches pendant que le président se trouve en visite officielle en Italie et que ses ministres, officiers, gendarmes sont affreusement assassinés et que c’est la débandade au plus haut niveau de l’Etat : c’est Gbagbo !

Le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer enlevé et abattu alors que son enquête sur les magouilles du cacao révèle le rôle du trader Antony Ward de Armajaro, patron et mari de la sœur de Loïc Folloroux lui-même fils de Madame Ouattara Dominique Nouvian ex-veuve Folloroux, les pratiques spéculatives de la rébellion qui attaque toujours pour entraver la commercialisation du cacao et permettre donc la constitution d’énormes stocks, lesquels ne seront vendus qu’après que les prix se sont envolés à des hauteurs inédites pour des centaines de milliards de bénéfices allant dans les poches de Ouattara, Soro et leurs chefs de guerre : c’est Gbagbo qui l’a tué !

Et que dire de ces innombrables victimes, toujours « ramassées », découvertes et photographiées par les journaux proches de Ouattara au détour d’une rue, mutilées et sauvagement torturées, des morts dont la proximité et les incompatibilités d’humeur avec Ouattara, Soro Guillaume ou leurs chefs de guerre sont avérées : encore Gbagbo !

Les escadrons de la mort, Gbagbo !

Les charniers, à commencer par celui de Yopougon, où le principal protagoniste, un Malien payé en faux billets par Ouattara soi-même et qui, après son élargissement de prison au Mali pour détention et usage de ces faux billets, viendra se répandre dans la presse ivoirienne et confesser sa participation à la mascarade ? Encore et toujours Gbagbo !

Le vrai- faux massacre des femmes  marcheuses d’Abidjan où l’on s’est rendu compte qu’entre Hollywood et Bollywood, il pouvait bien y avoir de la place pour les rebelles cinéastes de Ouattara à Abobollywood assistés par l’Afp et les grandes chaînes de télévisions, avec une morte ensanglantée qui se relève, croyant la scène terminée, et qui s’entend hurler en malinké « recouche toi, ce n’est pas encore fini ! » : ne cherchez pas midi à quatorze heures, c’est encore l’effaceur qui est passé par là !

Voilà Laurent Gbagbo côté cour, le monstre que les professionnels du média-mensonge ont fabriqué et dont l’image a été pasteurisée et «vendue » aux naïfs et aux hurluberlus de la terre, tout cela pour en finir avec lui par tous les moyens ! Parce qu’il symbolise la nouvelle Afrique, celle qui refuse de se coucher et qui a décidé de se tenir debout et de marcher vers son destin !

Evidemment, tout cela est peine perdue dans la mesure où les Ivoiriens, même ceux qui ne l’aiment pas, savent à quoi s’en tenir vis-à-vis de cet homme qui est resté constant dans sa démarche et sur qui les humiliations, campagnes de dénigrement et mensonges sordides n’ont eu aucune prise.

Aujourd’hui, plus que jamais, son aura est restée intacte, les épreuves qu’il a traversées avec stoïcisme et honneur ayant, en plus et de manière  inattendue, contribué à le hisser à une altitude que nul n’aurait osé envisager ! Depuis sa « capturation », comme dit Mme Kandia Camara, ministron de Alassane Ouattara en charge de… l’Education nationale, Laurent Gbagbo est devenu, paradoxalement, le maître incontesté du jeu.

L’ombre de sa compétence couvre toute les valses-hésitations de l’incompétent technocrate libéral Ouattara à la commune renommée d’expertise surfaite et à qui l’on ne confierait même pas un quignon de pain ! Les succès de sa politique s’affichent dans toute leur splendeur au moment où l’expert économiste n’arrive même pas à trouver le chemin du début des solutions pourtant annoncées à grands renforts de pub durant sa campagne pour assurer une seule journée normale du train de vie de la Maison Ivoire…

Ce grand conducteur de peuple a subi toutes sortes d’avanies, de souffrances et d’humiliations depuis 1970, six emprisonnements, la torture pour lui et ses proches, des bastonnades, l’exil, des tentatives d’assassinat… S’inspirant de Job, son modèle de patience, il a tout enduré, sans se plaindre une seule fois, sans jamais prendre les armes!

Arrivé au pouvoir, il ne s’est vengé de personne, il n’a fait emprisonner personne, ni adversaire politique ni journaliste, alors qu’il a continué à être traité de tous les noms par ces derniers ! Au contraire il a permis un retour au pays des exilés, offert un  statut enviable au feu général Guéi, à l’ancien président Henri Konan Bédié et à l’ancien premier ministre Dramane Ouattara, permis à ce dernier de participer à titre exceptionnel à la présidentielle, financé leurs formations politiques à des niveaux jamais atteints au monde (plus d’un milliard annuel par parti politique significatif), réuni tout ce monde autour de gouvernements d’union, en les laissant de plus déverser leur bile sur lui, comploter dans son dos et salir en permanence son nom, etc…


Source: www.lynx togo.info

mardi, 29 janvier 2013

SITUATION POST-CRISE: DES EX-COMBATTANTS RECLAMENT LEUR DU AU REGIME OUATTARA

 

côte d'ivoire,rébellion ivoirienne,situation post-crise ivoirienne,des ex-combattants réclament leur du au régime ouattara

 

Encore des voix qui s’élèvent dans l’ombre. Des ex-combattants (?) mécontents, qui ont choisi notre canal pour se faire entendre. Ils se présentent comme des oubliés des lendemains de la crise post-électorale qui a permis au président Ouattara de s’installer au pouvoir. Ils réclament la tenue de promesses à eux faites avant ces événements et brandissent la menace. Faut-il prendre au sérieux la déclaration qu’ils nous ont fait parvenir, la banaliser ou la publier? La 2ème voie semble la meilleure. D’où la publication du texte reçu, ci-dessous, en intégralité.


«Je suis ‘’Sinaï’’, capitaine de la gendarmerie nationale. Je parle au nom des coordinateurs que sont : ‘’Albatross’’, ‘’Aigles’’, ‘’Calao’’, ‘’Tifon’’, ‘’Scorpion’’, ‘’Venus’’ et ‘’Santor’’. Tous ex-Fanci, gendarmes, policiers, et oubliés de l'Efa de Bouaké. Ivoiriens et Etrangers vivant en Côte d'Ivoire, nous voulons par cette déclaration vous dire la vérité sur certaines choses qui, si l’on n’y prend garde, peuvent plonger le pays dans des troubles armés, voire conduire le pays dans le chaos. Je sais que, après lecture, chacun fera son commentaire, certains diront peut-être qu'on est inconscients parce que nous ne nous soucions pas de la souffrance des Ivoiriens d'autres diront au contraire que c'est le gouvernement qui ne se soucie pas de la souffrance de la population. Voici pourquoi nous écrivons.

Nous allons vous dire le rôle que nous avions joué pour le régime en place pendant la crise post-électorale. Alors si après cette sortie, le régime ne réagit pas, nous ferons dans notre prochaine déclaration, les plus graves révélations secrètes jamais dites aux Ivoiriens. Pour que le monde entier sache que tous, sommes coupables en Côte d'Ivoire. Nous ne faisons pas cela par rapport à la crise malienne, cet écrit était en préparation avant le déclenchement de la guerre au Mali.

Voici comment les choses se sont passées. Après le retranchement du RHDP au Golf Hôtel, prêt pour la bataille contre le régime du président Gbagbo, le gouvernement a initié le recrutement de jeunes Ivoiriens résidant à Abidjan comme mercenaires pour une formation accélérée à Bouaké en vue de combattre le régime du président Gbagbo.

Les organisateurs étaient l'actuel président de l'Assemblée nationale Guillaume Soro, le chef d'Etat major Soumaïla Bakayoko, le Général Gueu Michel, Traoré Salif dit ‘’Tracteur’’, anciennement agent de sécurité à la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan, très écouté par le président Ouattara, et un autre surnommé ‘’Tango’’. Les directeurs de stage étaient Famoussa Ouattara, pour le groupe formé à l'Efa de Bouaké. Il est aujourd'hui lieutenant-colonel. Chérif Ousmane, pour le groupe formé au bataillon du Génie de Bouaké. Les formateurs étaient des officiers et sous-officiers burkinabé et ivoiriens.

Notre mission, nous déverser dans toutes les communes d'Abidjan en vue d'affaiblir l'appareil militaire du président Gbagbo avant l'assaut final, d'où la naissance du ‘’commando invisible’’ à Abobo. Ivoiriens, voici les promesses que Soro Guillaume et le Général Soumaïla Bakayoko nous ont faites. Les jeunes recrutés devaient intégrer l'armée sans condition et bénéficier de l'octroi d'une prime de guerre. Le gouvernement devait donner une maison à chaque élément pour le service rendu à la nation.

Pendant la formation, le Gal Bakayoko et l'actuel président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro, ont rendu visite aux éléments dans les savanes de Bouaké et de Katiola d'où ils ont confirmé les promesses. Guillaume Soro a eu à dire que nous représentions l'Ecomog, car l'envoi de l'Ecomog coûterait cher à l'Etat de Côte d'Ivoire. Mission terminée, voilà que depuis 2011, nous suivons le régime pour honorer sa promesse. On nous tourne en bourrique, refuse et nous menace. Nous sommes au nombre de 383 éléments qui ont été tous formés sur les armes lourdes et légères avec différentes techniques de combats. Sur les 383 éléments, 17 sont morts pour le régime en place et jusque-là, rien n'a été fait pour nous, malgré les promesses.

Pourtant, des jeunes que nous connaissons bien dans nos quartiers, et qui étaient cachés sous leur lit pendant la bataille d'Abidjan, sont aujourd'hui militaires. Et nous, toujours rien. Les vendeuses d'oranges, de comprimés, des commerçantes, ont des matricules et sont militaires. Et pourquoi pas nous ? Des chefs vendent les matricules pour de l'argent, à n'importe qui. Souvent, il faut passer par leur femme ou par leur copine. Nous avions entrepris des démarches auprès de ceux qui nous ont engagés, mais rien n'a abouti. Après, nous avions rencontré physiquement et par courrier, des autorités que sont :

L’imam Check Bouakary, vice-président de la Commission Dialogue-Vérité et Réconciliation (CDVR), le Premier ministre Charles Konan Banny, président de la CDVR, Ibrahim Ouattara, petit-frère du président de la République, Gaoussou Soumahoro, Com-terre de l'armée, Méité Sindou, ex-porte-parole de Soro Guillaume à la Primature, Me Bamba et Me Konan (Avocats). Tous ceux-là n'ont trouvé aucune solution à notre problème.

Alors, comme des chefs menacent de nous anéantir si nous ne fermons pas notre bouche sur cette affaire de prime de guerre, nous prenons l'opinion nationale et internationale à témoin. Nous sommes au courant qu’en plus de nous, vous préparez une opération de chasse aux FRCI sans matricule. Nous ne savons pas comment chacun est devenu FRCI, mais sachez que tous ceux qui ont combattu pour ce régime et aujourd'hui sans matricule, ne se laisseront pas faire. Malgré le désordre, l'injustice et la division que vous avez semés entre les FRCI. Sachez qu'on vous suivra jusque dans vos foyers pour vous réclamer notre dû quel que soit le temps que ça va mettre. Même si ce régime n'est plus, nous vous suivrons.

Si après nous avoir utilisés, c'est de cette manière que vous voulez vous débarrasser de nous, ça ne passera pas. Bouaké n'est pas Abidjan, nous savons qu’à Bouaké, après la bataille entre pro-Soro et pro-IB, des centaines de jeunes soupçonnés proche de IB ont été enfermés dans un contenaire au soleil et tous ont péri. Vous ne pourriez pas le faire à Abidjan parce que vous avez en face ceux qui vous ont ouvert les portes d'Abidjan, qui ont dressé le lit pour vous à Abidjan, ceux qui vous ont montré les rues et les quartiers d'Abidjan et les mêmes qui ont combattu avec vous. En dehors de ceux que vous avez fait former à Abidjan, nous avions recruté plus de 500 éléments qui étaient eux-aussi répartis dans différentes communes d'Abidjan. Nous avons plein de FDS qui étaient avec nous, qui sont encore là et qui la plupart ont été frustrés par vous et qui observent. Vous nous avez trahis et trompés.

Beaucoup ont perdu leur travail à cause de vous. Vous avez mis la honte sur des familles. Pendant ce temps, des chefs tels que Traoré Salif dit ‘’Tracteur’’, préfèrent aller chercher leurs frères au Burkina pour venir les mettre dans l'armée. Pourtant, ceux qui ont donné leur poitrine pour le régime souffrent et sont insultés dans les rues comme étant des merdiers. C'est très dangereux, ce que vous faites. Nous regrettons fort et la mort vaut mieux. Nous sommes prêts à toute fusion sérieuse et solide. Dans notre prochaine déclaration, nous allons livrer tout ce qui était secret. Nous donnons une chance à tous, et nous pensons que le président Ouattara n'est pas informé de tout cela. Nous profitons pour lui dire que nous connaissons bien des loups vêtus en brebis dans sa maison et à la moindre erreur, ils vont sévir. Tout sera mis à nu si c'est ce qui plaît à Dieu, et même si nous sommes loin».


Source : Le quotidien ivoirien «L'Inter» du lundi 28 janvier 2013.

mercredi, 19 septembre 2012

COTE D'IVOIRE: 19 SEPTEMBRE 2002

côte d'ivoire,19 septembre 2002,rébellion ivoirienne,mpci

 

Novembre 2000, Laurent GBAGBO est élu président de la République de Côte d’Ivoire à la surprise générale de la Françafrique.

Sous la direction du Premier Ministre Pascal AFFI N’GUESSAN, le programme de refondation avec l’ambition de conduire la Côte d’Ivoire vers un nouvel horizon fait de responsabilité et d’indépendance économique est mis en route.

- Au plan politique et administratif, le Président de la République met fin aux pratiques du part-Etat en recrutant les compétences indépendamment de l’appartenance politique et ethnique. Le Président GBAGBO met fin aux différents mandats d’arrêts, met en route un forum de réconciliation en faisant venir les exilés dont  Henri Konan BEDIE et  Alassane Dramane OUATTARA, les loge, leur donne un salaire et fait rentrer leurs partisans au gouvernement. Le programme de décentralisation est mis en route.

- Au plan économique, BOHOUN BOUABRE prépare un budget sécurisé pour mettre fin à la politique de la main tendue et renforce les régies financières par un recrutement non partisan et sur appel à candidatures. Les relations avec les bailleurs de fonds, gelées du temps de Bédié, sont rétablies. Les recettes publiques passent de 1167.3 milliards de FCFA à 1449.48 FCFA de 2001 à 2002 soit 27% de croissance.

- Au plan social, les enseignants retrouvent leur dignité avec la fin de la ségrégation salariale imposée par  Alassane OUATTARA en 1991. Les kits scolaires voient le jour, les tenues scolaires sont supprimées, l’assurance maladie universelle est en étude avancée pour sa mise en œuvre.

- Au plan diplomatique, les relations internationales sont revisitées vers les pays émergeants : chine, inde, Afrique du sud et d’autres pays européens : l’Italie.

C’est ce mouvement démocratique et socialiste visant la pleine souveraineté, l’indépendance économique et le plein emploi, qui a été la cible de la françafrique camouflée derrière une horde de tirailleurs françafricains qui a attaquée la Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002 avec le parrainage politique des « Républicains » de Côte d’Ivoire. En 2003, le programme de Linas-Marcoussis remplace le programme de refondation. La tentative d’éviction du Président Laurent GBAGBO échoue face à la détermination des ivoiriens dignes jusqu’au coup d’Etat spéculaire de la françafrique le 11 avril 2011. La suite on la connait désormais.

 

Dr Cheick DIABATE

Enseignant Chercheur, Université de Colorado (USA)

mercredi, 18 avril 2012

RATTRAPAGE ETHNIQUE DE OUATTARA: UNE IVOIRIENNE DU NORD TIRE LA SONNETTE D'ALARME

 

côte d'ivoire,n. coulibaly,rattrapage ethnique,frci,alassane ouattara,ado solutions,rdr,rébellion ivoirienne,affrontement communautaire à arrah,lmp,ivoirienne du nord,nordistes ivoiriens

Se rendent-ils compte des conséquences?

 

C'est vrai que l'Ivoirien moyen a, en ce moment, d'autres sujets de préoccupation (ne serait-ce que le coût très élevé de la vie) que ce que j'ai à dire, mais je ne pouvais pas rester «la bouche fermée» face à ce que je vois. Depuis le temps où j'observe l'actualité ivoirienne, mes inquiétudes ne font qu'augmenter, à tel point que j'en suis arrivée à la conclusion que l'aventure «dramanienne» risque de très mal se terminer.

J'aime vraiment la Côte d'Ivoire, sans doute de façon exagérée même, raison pour laquelle mon cœur saigne de la voir ainsi malmenée. Chaque jour qui passe ajoute à ma tristesse au travers d´informations glanées ici et là, soit sur le Net soit auprès de ma famille ou encore de mes amis. Ma plus grande peur est causée par le danger d'une explosion de la situation, d´un conflit entre ressortissants du Nord et du Sud. Je suis l'une de ceux qui sont convaincus que la situation qui prévaut en ce moment en Côte d'Ivoire ne durera pas éternellement, tellement elle hérisse une partie de la population, pas toujours membre du camp LMP comme on voudrait le faire croire. Je ne suis pas seulement triste, mais je suis inquiète et même très inquiète du traitement que l'on fait subir à certains groupes ethniques de Côte d'Ivoire sans que personne ne s'en émeuve ou n'élève la voix (du moins officiellement): agressés, battus, leurs villages détruits ou pillés, des femmes violées, leurs terres occupées contre leur gré etc...etc...Tout cela, sans compter les nombreux morts qu'il y a déjà eu.

L'exclusion des populations du Nord, au nom de laquelle les anciens rebelles devenus Forces Nouvelles et enfin FRCI et leurs chefs ont pris les armes, est plus que jamais d'actualité sous leur «règne». Sans doute se sont-ils accaparés tous les «bons» postes qu'ils croient leur revenir, mais savent-ils ce qui se passe dans le cœur des autres habitants de ce pays? De tous ceux-là qu'ils maltraitent ou exproprient selon leur bon plaisir? Pensent-ils, ces hommes ou femmes «du Nord» (et leurs complices des autres régions) qui nous dirigent, que le reste de la population ivoirienne se tait simplement parce qu'il approuve ce qu'ils font? Je souffre, je suis attristée et j'ai peur, car contrairement à eux qui pourront fuir (voyez les cadres LMP en exil), le moment venu, la population nordiste restera en grande partie sur place, exposée à la vindicte des anciens oppressés. Je ne parle pas de ceux qui sont coupables d'exactions et autres crimes à l'endroit de la population civile. Mais j'ai surtout peur pour tous ces innocents embarqués dans une aventure dont ils ignorent les tenants et les aboutissants. Tous ces innocents qui ont étés abreuvés de propagande jusqu'à perdre de vue la vérité, même quand elle se présente à eux de manière têtue, et qui sont convaincus qu'ils ont étés très mal traités depuis l'indépendance de la Côte d'Ivoire (ce qui est faux, Ndlr). C'est maintenant que leur exclusion a véritablement lieu par la faute de leurs soi-disant «défenseurs».

Deux anecdotes racontées par un parent illustrent bien, à mon avis, la situation actuelle en Côte d'Ivoire. Elle m'ont, pour l'une, mise en colère et pour l'autre, très attristée: la première qui depuis a reçu le nom de «rattrapage», date de l'année 2011. Étant du nord (tout comme moi d'ailleurs), mon parent a une femme ressortissante du Centre; ce qui n´est pas étonnant, vu le brassage des populations en Côte d'Ivoire. Cette dernière travaillait dans une boîte (une entreprise, Ndlr), dont le chef a été remplacé - ou rattrapé, selon le cas - après le changement de l'équipe dirigeante du pays; chose à laquelle je ne trouve pas vraiment à redire, chacun «plaçant» en général ses hommes (ou ses femmes). Là où le bât blesse, c'est que non content de remplacer le personnel qualifié, on est allé même jusqu'à remplacer le petit personnel par des personnes ayant des noms à consonance... nordiste ! Au grand dam de ma «belle-soeur».

La seconde s'est passée au moment des affrontements entre les FRCI et une partie de la population à Arrah, à la mi-février. J'appelle encore une fois ce même parent qui habite la région pour lui demander s'il se porte bien, tout en espérant qu'il n'ait aucun problème. Dieu merci, c'était le cas. Mais comme je lui racontais que j'étais assez choquée que la population «civile» du nord se soit associée aux FRCI pour attaquer d'autres civils, il me sort l'autre anecdote: sa ville n'étant pas loin d'Arrah, un de ses amis, qui lui n'est pas du nord, est venu lui confier des biens de grande valeur (de un à deux millions de francs CFA), par crainte qu'ils ne tombent aux mains des FRCI. C'est le message caché dans cette démarche (le fait qu'il lui confie ces affaires) qui est en fait le plus inquiétant: craignant que les FRCI ne déferlent aussi sur ce lieu, il met tout simplement ses biens à l'abri chez... un nordiste qui lui, ne sera certainement pas inquiété en cas d'attaque des FRCI... Mon parent me dit: «Imagine que l'histoire se soit passée dans l'autre sens...». Sans commentaires!

Le drame dans tout cela, c'est que les barrières sont plus que jamais déterminées par l'appartenance régionale. Le vote pluriethnique connu sous Gbagbo ne semble plus être qu'un vieux souvenir. Car ce qu'il faut savoir, c'est que ce parent, tout comme moi, ne sommes nullement sympathisants du RDR ou encore moins de l'ancienne rébellion qui dirige actuellement la Côte d'Ivoire. Ce fait qui est pourtant connu de cet ami ne l'a pas empêché de mettre ses biens « à l'abri » chez lui. On semble donc en être arrivé à une équation aussi réductrice que dangereuse en Côte d'Ivoire: Rébellion + RDR + FRCI = Ivoirien du Nord. Est-ce cela la «solution»? Merci «ADO solutions»!

Que Dieu ait pitié de la Côte d'Ivoire!

 

N. COULIBALY

jeudi, 01 mars 2012

KONAN BEDIE, LE CHEF DEVENU UN CHIFFON

BEDIE LE CHIFFON.jpg

Lors de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire, mon parti, le PDCI-RDA avait pour slogan : « Notre expérience au service de la Côte d'Ivoire ». Le PDCI-RDA, parti bâtisseur de la Côte d'Ivoire moderne, avec toutes ces années passées à diriger le pays d'abord sous le président Félix Houphouët Boigny et ensuite sous  le Président Henri Konan Bédié était pour nous le parti le mieux indiqué pour sortir la Côte d'Ivoire notre chère patrie des moments difficiles qu'elle traverse depuis le funeste coup d'état de décembre 1999.

Pour nous jeunes du PDCI-RDA, il était plus que nécessaire de remettre l'enfant qui pleure à sa mère car elle seule sait comment le faire taire. Depuis que le PDCI-RDA a été injustement chassé du pouvoir par la force des armes, notre pays a rompu avec les mots PAIX et STABILITE, pour nous c'était l'élection de l'espoir, il fallait remettre notre pays sur les rails pour sortir de cette honteuse crise qui n'avait déjà que trop duré. En tout cas au niveau de la jeunesse, DIEU est au courant, malgré nos maigres moyens, nous avons vendu le produit 'Bédié', nous avons mouillé le maillot mais malheureusement notre candidat est tombé au premier tour. Nous avons beaucoup  pleuré et ce n'est pas Kouadio Konan Bertin qui nous dira le contraire. C'était difficile pour nous. Pour la première fois de son histoire, le PDCI-RDA venait de perdre à l'élection du Président de la République. On venait ainsi de rater l'occasion de mettre notre expérience au service de la Côte d'Ivoire, le rêve de mettre notre expérience au service de la jeunesse, venait ainsi de se briser.

Monsieur Alassane Dramane Ouattara, installé au pouvoir par la force des hélicoptères de guerre de l'armée française sur ordre de Nicolas Sarkozy après avoir massacré des milliers d'ivoiriens, dit qu'il gouverne la Côte d'Ivoire sous l'autorité de Bédié. Ivoiriennes, ivoiriens, démocrates, militantes et militants du PDCI-RDA, voilà maintenant plus de dix mois que Monsieur Alassane Ouattara gouverne notre pays sous l'autorité de Bédié. Ensemble faisons le point.

Depuis l'avènement d'ADO Solutions (?), l'insécurité s'est accrue de façon exponentielle, la Côte d'Ivoire est bien classée parmi les pays les plus dangereux du monde, la preuve : des ambassades délocalisent et la destination Côte d'Ivoire est déconseillée. On assiste à plusieurs braquages et même les églises ne sont pas épargnées. Les universités sont fermées, les étudiants qui constituent l'élite de demain ne vont plus à l'école, pourtant le Président Bédié voulait mettre son expérience au service de l'école. A la place des emplois promis, on nous sert des licenciements massifs dans toute l'administration, le chômage augmente à grand échelle. Nos parents paysans sont spoliés de leur plantation et de leur terre. Le tribalisme a pris de l'ampleur, les admissions dans les concours et les nominations se font sur des bases ethniques. Les FRCI, la milice ethno-religieuse du RDR, continue de tuer les populations ivoiriennes. Les commandants de zone font la loi partout dans le pays. La liberté d'expression a vraiment perdu la langue et la démocratie a foutu le camp.

Tout ceci favorise la division entre les différents peuples de Côte d'Ivoire. Vigilance, vigilance, vigilance ! Ivoiriennes, ivoiriens, militantes, militants et sympathisants du PDCI-RDA, ouvrons les yeux sur ce qui se passe en Côte d'Ivoire. On tue sous l'autorité de Bédié, on viole sous l'autorité de Bédié, on pille sous l'autorité du président du PDCI-RDA. Pour la Côte d'Ivoire, nous invitons le Président Bédié à refuser la gouvernance de Monsieur Alassane Dramane Ouattara sous son autorité parce qu'à cette allure, nous risquons de détruire tout l'héritage du père fondateur.

Au PDCI-RDA, nous parlons de politique intérieure unificatrice dont le substratum est LA PAIX PAR LE DIALOGUE tandis qu'au RDR, ils sont adeptes de la paix par le massacre des opposants. A l'antipode des valeurs fondatrices du PDCI. Il est donc difficile de faire chemin  ensemble.

Monsieur Alassane Dramane Ouattara, ayant échoué au sommet de l'état, veut maintenant nous imposer une guerre civile. Les peuples de Côte d'Ivoire ne laisseront pas « le rattrapage » aller à son terme. PDCI-RDA, notre accointance avec le RDR nous perdra (preuve, voir résultats des élections législatives). Chers aînés,  Houphouët-Boigny vous a laissé un PDCI-RDA très fort et au pouvoir ; pourquoi donc vous voulez à tout prix nous laisser un parti vomi de tous, à votre tour ? Jeunes du PDCI-RDA, voilà pourquoi nous devons demeurer toujours vigilants et mobilisés en prenant nos responsabilités. L'histoire nous regarde.

Les dix mois de Monsieur Alassane Dramane Ouattara nous démontrent que la rébellion qui a endeuillé notre pays est aux commandes aujourd'hui !  Donc le masque du vrai chef de la rébellion est maintenant tombé.

Pour s'en apercevoir, faisons une petite étude comparative entre la Côte d'Ivoire actuelle et les zones sous contrôle des rebelles. Vous verrez, par exemple, les groupes de Wattao, les groupes de Zackaria Koné, les groupes de Chérif Ousmane, ainsi de suite. Chaque secteur a un commandant. L'école n'est ni une nécessité, ni une priorité pour eux, ils sont arrivés au sommet de la société sans la fréquenter, la preuve : l'université est fermée et ils sont d'accord avec ça. On assiste aux phénomènes de braquage des banques, les intimidations, les viols, les tueries partout dans le pays. Une dictature rampante s'est installée. Des leaders politiques et des chefs militaires sont emprisonnés. Nos parents meurent en exil, ils ont leurs comptes bloqués, ils meurent de faim, incapables de se soigner.

Et c'est dans cette atmosphère qu'un certain Charles Konan Banny devra réconcilier les ivoiriens. Voici encore un cadre du PDCI-RDA à qui on confie une mission impossible. Pourquoi le PDCI et non le RDR ? Attention ! Ce Monsieur a une volonté farouche d'en finir avec notre parti.  Monsieur Charles Konan Banny, Alassane Dramane Ouattara, sachant que vous êtes un de ses concurrents, veut vous conduire à l'échec pour que les ivoiriens vous rejettent; il s'en fout de votre Commission Dialogue Vérité et Réconciliation. Ecoutez, Alassane Dramane Ouattara ne fait rien avec la réconciliation entre les ivoiriens car ayant opté pour  le « rattrapage »; donc comprenez enfin que vous n'avez pas les mêmes objectifs.

A la limite, il ne vous accorde aucun respect parce que nous vous savons travailleur, nous savons aussi que vous avez la volonté de faire de grandes choses mais malheureusement vos efforts sont noyés par le sang des ivoiriens qui continue de couler par la volonté du RDR et sa milice ethno-religieuse alias FRCI. Lorsque vous arrangez, eux ils s'évertuent à gâter. Monsieur Charles Konan Banny, de nombreux ivoiriens espèrent encore en vous. Vous êtes encore utiles pour le PDCI-RDA et la Côte d'Ivoire. Notre pays est à un tournant assez décisif de son histoire alors c'est le moment où nous devons prendre des décisions courageuses. Cher aîné, le monde entier vous regarde. Mais la seule chose dont vous devez être sûr, c'est que jamais vous ne pourrez réconcilier les ivoiriens à l'ère du « rattrapage » et vous serez définitivement écarté de la scène politique ivoirienne.

Ne serait-il pas bon pour nous d'analyser la vraie nature du nouveau pouvoir d'Abidjan avant d'aller encore plus loin ? Continuerons-nous de confondre dialogue et tueries ? Paix et guerre ? Houphouétisme et anti-Houphouétisme ?

Agissons maintenant car demain peut s'avérer très tard.

L'histoire est têtue.

Dieu  aime la Côte d'Ivoire et les ivoiriens.

Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire.

Vive le PDCI-RDA!


Pour la jeunesse du PDCI-RDA,

Yao Kouamé Patrick

Président de la jeunesse du PDCI-RDA en exil.

 

Lu sur RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL


Source: INFO D'ABIDJAN.NET

vendredi, 20 janvier 2012

PANIQUE AU SOMMET DE L'ETAT: LA GARDE REPUBLICAINE FAIT TREMBLER LE POUVOIR


GARDE REPUBLICAINE DE COTE D'IVOIRE.jpg

Malgré les apparences qui trompent, ce n’est plus la grande sérénité au sommet de l’Etat. Même la paradie de match de foot organisé au stade Houphouët, histoire de faire croire à l’opinion que tout est pour le meilleur des mondes en Côte d’Ivoire n’y fait rien. La peur d’un soulèvement kaki ne cesse d’enfler dans les rangs du pouvoir. Il a dons décidé de se débarrasser de certains éléments qu’il trouve gênants au sein de la grande muette.

Surtout dans certains corps de l’armée jugés très proches du Président Gbagbo. Le grand coup de balaie a été de ce fait passé à la Grande républicaine, un corps d’élite qui date pourtant de l’époque d’Houphouët. Plus de mille éléments ont été obligés de plier bagages pour des villes de l’intérieur où ils n’ont pourtant pas de rôles à jouer.

Premièrement, ce sont plus de 400 éléments que le pouvoir a décidé de déployer dans les villes de Bouaké et de Daloa ou il n’y a pas de casernes pour la Garde républicaine. Et comme si cela ne suffisait pas, une autre vague de plus de 600 autres soldats a été vidée des casernes d’Abidjan et de Yamoussoukro pour la même direction: Bouaké et Daloa.

«On nous reproche d’être proches du Président Gbagbo. Pourtant, nous, nous sommes un corps républicain. Nous ne servons pas des hommes, mais l’Etat. Moi j’ai servi sous Bédié et sous le Général Guei. Mais quand Gbagbo est venu, il ne nous a pas mis à l’écart. Il travaillait avec nous. On ne peut pas dire qu’on peut remplacer tous ceux qui ont travaillé avec Gbagbo. C’est une erreur». Tente de se plaindre un sous-officier depuis la ville de Daloa. L’un de ses frères d’armes qui ne comprend pas cette décision du pouvoir lâche avec un incement au coeur.

«Jusque là, je ne sais pas pourquoi on nous a envoyés ici. Nous sommes livrés à nous mêmes. Il n’y a pas d’infrastructures pour nous accueillir. On ne sait pas à qui s’adresser, on se sait pas aussi ce qu’on est venu faire». Ceux qui ont été envoyés dans la ville de Bouaké ne sont pas les mieux lotis.

Là-bas, antre de l’ex-rébellion, ils y sont sans savoir pourquoi. «Il y a quelle institution de l’Etat à protéger ici ? Nous travaillons soit à Yamoussoukro ou à Abidjan. On nous a fait venir ici sans rien prévoir. Car sur place, il n’y a rien pour nous accueillir. Nous sommes livrés à nous mêmes. C’est une vengeance qui n’a vraiment pas sa raison».

Explique un soldat, depuis la capitale du centre. «Nous sommes des serviteurs de l’Etat. Compte tenu de ça, nous sommes prêts à aller partout où on nous envoie. Mais nous voulons que cela se fasse dans les normes, selon les règles de l’Etat. C’est comme si on s’est débarrassé de nous», ajouta un autre soldat, visiblement à bout. Plus de mille éléments vidés des casernes de la Garde républicaine.

Evidemment, il y a un grand vide à combler pour le pouvoir qui a très vite, fait appel à son armée; les Frci. Ce sont eux qui font actuellement la pluie et le beau temps dans les casernes de la Garde républicaine à Abidjan et à Yamoussoukro. C’est donc pour rien que le pouvoir se donne des migraines. Ouattara gagnerait plutôt à mettre tout le monde en confiance en les mettant au travail. La Côte d’Ivoire mérite mieux que les coups d’Etat.

Plusieurs militaires en prison Ali Gbizié, comme c’est le plus connu, et plusieurs autres soldats de la Garde républicaine sont depuis plus de 4 mois, enfermés sans jugement. Que leur reproche-t-on ? C’est la même rengaine; tentative de coup d’Etat.

«On dit qu’ils ont voulu faire un coup d’Etat. C’est faux, parce qu’ils ont été arrêtés sur ordre du sergent chef Sékoudé Kessé. C’est lui qui fait actuellement la pluie et le beau temps à la Garde républicaine. Nos frères sont enfermés sans jugement. Ils ne voient même pas le jour. C’est lorsqu’ il pleut qu’ils savent le temps qu’il fait. De jour comme de nuit, ils sont enfermés dans une chambre noire qui ne reçoit pas les rayons du soleil. Nos frères sont devenus aujourd’hui des loques humaines. Ils ont en train de mourir devant tout le monde. C’est Sékoudé qui les a enfermés. C’est lui le vrai patron de la Garde républicaine. Il a même fait affecter les 4 gardes rapprochés du colonel Amicha qui est pourtant son patron. Il ne le respecte même pas. Il a décidé d’enfermer nos frères d’armes sans demander l’avis de son chef de corps», confie un officier de la Garde républicaine très amers.


Guéhi Brence, in le quotidien ivoirien "Le Temps" du 16 janvier 2012.

gbrence02063191@yahoo.fr


Source: EBURNIE NEWS

samedi, 17 décembre 2011

VENANCE KONAN DEPEINT SORO GUILLAUME

SORO GUILLAUME 3.jpg

Un pan entier de notre histoire sous la plume de Venance Konan, DG de Frat-Mat, qu'il n'est guère dans mes habitudes de publier. Intéressant tout de même à plus d'un point. Révélateur. Un brin ironique. Bonne lecture!


Guillaume le Conquérant


«Guillaume, aujourd'hui, tu es le quasi vice-président de la Côte d'Ivoire. Quel chemin tu as parcouru, à seulement 39 ans, et malgré pas mal de casseroles. Chapeau, l'artiste !»

Par Venance Konan.

***


Chapeau bas pour Guillaume Kibafory Soro, alias Bogota, de son nom de guerre du temps de la Fédération des étudiants et scolaires de Côte d'Ivoire, la Fesci. Tu mérites effectivement respect, Guillaume, au vu de ton parcours.

Chapeau, l'artiste!

Te souviens-tu de ce jour de 1998 où je te remis le trophée de l'homme de l'année dans mon bureau de rédacteur en chef d'Ivoir'Soir? A cette époque tu étais le frêle secrétaire général de la Fesci et nos lecteurs t'avaient plébiscité pour le titre d'homme de l'année, parce que tu donnais du fil à retordre au gouvernement de Bédié. Et j'avoue que cela me plaisait bien de te décerner le titre, parce que j'aime bien ceux qui cassent les pieds aux pouvoirs politiques.

A cette époque la Fesci ne réglait pas ses différends à coup de machette, ne tuait pas, ne violait pas, ne rackettait pas, et nous croyions que vous aviez raison d'exiger d'être formés dans de bonnes conditions. Nous ignorions que votre syndicat était l'appendice des partis d'opposition d'alors.

Les caciques du régime de Bédié m'en ont voulu pendant longtemps pour t'avoir donné cette consécration. Je sais que tu t'en souviens, puisque tu m'en as parlé le jour où nous nous sommes rencontrés à nouveau dans ton bureau de secrétaire général des Forces nouvelles à Bouaké. Tu étais alors le ministre d'Etat, chargé de la communication dans le gouvernement d'après Marcoussis. Et aujourd'hui, tu es le quasi vice-président de la Côte d'Ivoire. Quel chemin tu as parcouru, depuis ce jour de 1998! A seulement 39 ans, et malgré pas mal de casseroles. Chapeau, l'artiste!

Nous n'en croyions pas nos yeux

En 1998 donc, tu es étudiant à l'université d'Abidjan et secrétaire général de la Fesci. Tu étais né à Kofiplé, dans les environs de Ferkéssédougou, en pays Sénoufo, là-bas dans le grand nord ivoirien. En 1999 tu cèdes la place à Charles Blé Goudé et disparaît de la scène.

Tu ne réapparais qu'après la chute de Bédié, à la fin de 1999. En 2000 tu es le colistier d'Henriette Diabaté pour les législatives dans la commune de Port-Bouët. La candidature d'Alassane Ouattara est refusée et le Rassemblement des républicains de Côte d'Ivoire, le RDR, son parti sous les couleurs duquel tu voulais te présenter, se retire des élections. Tu disparais à nouveau.

Tu te caches dans un premier temps dans une villa inoccupée à Vridi-Cité, dans la petite cité dite des «50 villas». Je vais t'épater Guillaume. C'est dans cette villa que je vis depuis un peu plus de deux ans. Ce sont les voisins qui me l'ont dit lorsque je m'y suis installé. Le propriétaire de cette maison, un proche parent à moi, ne le savait pas. Il est tombé des nues lorsque je le lui ai dit. C'est cette maison qui a été pillée il y a environ un mois par les Fescistes de la cité universitaire de Vridi après que je me suis sauvé pour l'étranger.

Puis tu pars pour l'Europe. On te dit entre la Grande-Bretagne et la France, pour tes études. Tu réapparais à Ouagadougou peu avant la rébellion. La presse ivoirienne a publié des photos de toi faisant la java dans une boîte de nuit de Ouagadougou en compagnie de ceux qui apparaîtront plus tard comme des chefs de guerre. Les Ivoiriens ne te reverront qu'en 2002, lorsqu'éclate la rébellion. Tu en es le porte-parole.

Nous n'en croyions pas nos yeux. Toi, le jeune étudiant qui n'avait même pas encore fini ses études, à la tête de ce gros truc? Nous pensions tous que tu étais un paravent pour masquer les vrais parrains de la rébellion. Et comme ton ancien camarade Blé Goudé qui disait qu'en te regardant il voyait un cadavre ambulant, personne ne donnait cher de ta peau. On parlait de massacres commis par tes hommes à Bouaké, de fils de gendarmes tués, de charniers, de viols. Moi j'étais convaincu que tu finirais au mieux devant un tribunal international, comme Jean-Pierre Bemba.

SORO GUILLAUME 4.jpg

Ministre d'Etat à 31 ans à peine

Et puis il y a les négociations de Linas-Marcoussis en janvier 2003. Tu en sors ministre d'Etat. A 31 ans à peine. Mais tes débuts de ministre se passent plutôt mal. Tu manques de peu de te faire lyncher par les «jeunes patriotes» de Blé Goudé le jour où tu décides d'aller visiter la télévision. Tu te retires à Bouaké, le fief de ta rébellion. C'est là-bas que tu m'accorderas en 2003 une longue interview qui paraîtra sur trois éditions de Fraternité Matin, et qui me vaudra l'inimitié profonde des supporters de Laurent Gbagbo, pour t'avoir donné la parole à toi, le rebelle, dans le journal gouvernemental. Tes gens venaient de cambrioler l'agence de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest de Bouaké et roulaient en carrosse. Ils avaient tous au moins trois téléphones portables dans les mains, au cou, car un bon rebelle qui se respecte doit avoir plusieurs téléphones.

Quelque temps plus tard, j'ai pu photographier ta luxueuse maison et celles de quelques-uns de tes chefs de guerre à Ouagadougou. Je sais que tu n'as pas beaucoup apprécié que je montre aux Ivoiriens vos petits secrets ouagalais. Plus tard, des divergences apparaissent entre toi et Ibrahim Coulibaly dit «IB», que l'on présentait comme le père originel de la rébellion à qui tu aurais ravi la première place. Vous réglez le contentieux à coup de fusils. On compte plusieurs dizaines de morts à Bouaké. Il y a le fameux Kassoum Bamba, «Kass», chef militaire dont le corps est même brûlé. A Korhogo, ton chef de guerre Martin Kouakou Fofié enferme des dizaines de personnes dans des conteneurs exposés au soleil. Ils meurent tous. Et Fofié est sanctionné par l'ONU.

En 2006, tu deviens le ministre d'Etat chargé de la reconstruction dans le gouvernement de Charles Konan Banny. Tu ne reconstruis évidemment rien du tout. En 2007, Laurent Gbagbo, qui cherchait tous les moyens de retarder l'élection présidentielle, sort de son chapeau le dialogue direct avec toi. Vous dialoguez à Ouagadougou, et tu deviens le Premier ministre de la Côte d'Ivoire à 35 ans. Qui dit mieux?

Mais peu de temps après, un mystérieux commando tire des roquettes sur ton avion à son atterrissage à Bouaké. Quatre de tes compagnons sont déchiquetés, mais toi tu en sors indemne. Il faudra me donner l'adresse de ton féticheur. On m'a dit que tu es très attaché aux croyances traditionnelles et que tu fréquentes beaucoup les féticheurs. Jusqu'à ce jour nous ne savons pas qui a tiré sur ton avion.

Ton attelage avec Laurent Gbagbo fonctionne tant bien que mal - plutôt bien que mal - au point où vers la fin de son règne, il ne tarissait pas d'éloges à ton égard. Il a dit à plusieurs reprises que tu as été le meilleur de ses Premiers ministres. Tu sais que j'ai été l'un de ceux qui disaient qu'il y avait un deal entre vous deux. Il te laissait faire ce que tu voulais au Nord, que tes chefs de guerre ont pillé sans vergogne, pendant que lui et les siens pillaient avec encore moins de vergogne le Sud.

Quoi d'autre?

Pendant ce temps tu prends de l'embonpoint. Je sais que tu aimes la bonne chère. Tu aimes la cuisine européenne, mais tu apprécies surtout le tô de chez toi à base de farine de manioc, avec la sauce Tchonron faite avec des feuilles de patates ou de manioc. Tu aimes bien le whisky, le bon vin et le champagne comme tout bon Ivoirien qui a réussi. Tout ça, tu sais bien que ce sont tes proches qui me l'ont dit. Je sais même que tu as fait un régime pendant un certain temps pour perdre un peu de poids.

Aimes-tu aussi la bonne chair? Je suppose que tu es comme tout bon Ivoirien. Ce que je sais c'est que tu as eu trois enfants avec une certaine Sylvie Tagro, de l'ethnie Bété, du village de Zakoua dont son père était le chef. Il est décédé il y a quelques mois. Ça je le sais parce que mon meilleur ami vient de ce village situé à sept kilomètres de Daloa et que je connais bien. Les enfants de Sylvie vivent quelque part dans une banlieue de Paris. Tu as eu un autre enfant avec une femme burkinabè prénommée Kady. Je sais aussi que de ton passage au petit séminaire de Katiola lorsque tu étais au collège, tu as gardé de très fortes relations avec un prêtre français du nom de Marcel Dussud, que tu considères comme ton père spirituel et qui vit à Lyon. Tu as même prénommé ton premier fils Marcel Dussud Soro.

Quoi d'autre? Tu adores les gadgets électroniques, les téléphones portables dernier cri, et les belles voitures. On m'a dit que tu en possèdes une bonne dizaine et que Kadhafi t'a même offert une BMW blindée. Tu es aussi un inconditionnel du chanteur congolais Koffi Olomidé que tu écoutes partout; chez toi, en voiture.

Tu lis aussi beaucoup, surtout les écrivains ivoiriens (m'as-tu lu?), les biographies des grands hommes politiques, tous les livres sur le Mossad et les services secrets israéliens, français, et américains, tu as dévoré les mémoires de Jacques Foccart http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Foccart , et côté cinéma, tu te fais envoyer de France les derniers films. Il y a un an, au moment où je cherchais à mieux te connaître, tu t'étais fait offrir les films de Mr Bean et ceux touchant à la Seconde Guerre mondiale. Tu aimes aussi le football et tu es un supporter de l'ASEC d'Abidjan. Voici en gros pour ton côté jardin.

Tu as eu le nez creux

Revenons à Laurent Gbagbo, qui fut ton idole lorsque tu militais à la Fesci. Ensemble, vous avez réussi à reporter l'élection présidentielle en 2007, 2008, 2009 et ce n'est qu'à la fin de 2010 qu'elle s'est tenue. Avec les résultats que l'on sait. Beaucoup de gens te soupçonnent d'avoir voté pour Laurent Gbagbo au premier tour, dans l'espoir de demeurer son Premier ministre. Mais tu as su bondir sur la branche de Ouattara lorsque tu as vu que celle où se trouvait Laurent Gbagbo avait toutes les chances de casser. Tu as eu le nez creux. Et personne ne saurait nier que si Ouattara peut aujourd'hui entrer au palais présidentiel, c'est grâce à toi et ton armée que tu as finalement eu la bonne idée de ne pas désarmer. Même si au passage on parle de massacres perpétrés par tes hommes à Duékoué.

Que te reste-t-il, Guillaume? Ministre d'Etat comme premier job dans la vie à 31 ans, Premier ministre à 35, sauveur de la République et de la démocratie à 39; que te reste-t-il? Bien sûr que nous le savons. Il te reste à être président de la République pardi! Mais auras-tu la patience d'attendre? D'attendre que les mauvais souvenirs des exactions et des rapines que tes hommes et toi avez laissés à Bouaké et dans les zones que vous contrôliez se soient estompés?


Venance Konan


Source: SLATE AFRIQUE

jeudi, 07 avril 2011

SIDIKI BAKABA: «SI LES IVOIRIENS NE VOULAIENT PAS DE GBAGBO, IL S'EN IRAIT»

SIDIKI BAKABA.jpg

Acteur et réalisateur proche de Laurent Gbagbo, Sidiki Bakaba est resté dans la résidence présidentielle à Abidjan. Pour SlateAfrique, il raconte son engagement et l'ambiance sur place.

 

Acteur et réalisateur ivoirien proche de Laurent Gbagbo, Sidiki Bakaba se trouve à ses côtés dans la résidence de Cocody. Acteur dans de nombreuses pièces de théâtre et au cinéma dans le très beau Visages de femmes (Désiré Ecaré, 1972), Bako, l'autre rive (Jacques Champreux, 1977) et Camp de Thiaroye (Ousmane Sembene, 1987), il est auteur de plusieurs documentaires et fictions. Il a récemment tourné Cinq siècles de solitude, la victoire aux mains nues, sur les événements politiques qui ont secoué la Côte d'Ivoire entre 2002 et 2004. Il est occupé à filmer les combats des derniers jours, et nous l'avons eu au téléphone ce mercredi 6 avril, sur fond de tirs assourdissants, pendant l'assaut lancé au matin par les forces pro-Ouattara contre Laurent Gbagbo. Sidiki Bakaba, 62 ans, un Ivoirien «nordiste» issu du grand groupe mandingue, explique à SlateAfrique les raisons pour lesquelles il reste loyal, jusqu'au bout, à son ami Laurent Gbagbo. Ce dernier l'avait nommé directeur du Palais de la culture dès son accession à la présidence en 2000.

SlateAfrique - Pourquoi êtes-vous toujours à la résidence aux côtés de Laurent Gbagbo?

Sidiki Bakaba - Un proverbe indien disait à l'époque de Gandhi que le paysan laboure en temps de paix, mais laisse la houe en temps de guerre pour aller défendre son pays. J'ai fait un film sur les événements de 2002-2004 qui s'appelle La victoire aux mains nues, et qui raconte le massacre qui s'est produit devant l'hôtel Ivoire. Je continue de filmer aujourd'hui, j'étais tout à l'heure sur un véhicule RPG et j'ai dû sauter pour me protéger. Je défends mon pays.

SlateAfrique - Vous défendez votre pays ou votre ami Laurent Gbagbo?

S.B. - Mon pays! Je reste aux côtés de Laurent Gbagbo. C'est un grand frère, c'est aussi la réalité. Mais je vois des gamins de 22 ans qui ont la rage au cœur, qui veulent l'indépendance réelle et totale. Nous, à notre adolescence, nous avons connu l'indépendance, qui a été un échec lamentable et du bluff, avec des rapports de conseils des ministres qui étaient d'abord visés à Paris. La plupart des jeunes d'aujourd'hui en Côte d'Ivoire n'ont pas eu la chance de faire des études comme nous, mais ils savent ce que c'est que la défense de la souveraineté. En Tunisie, il n'a pas fallu une semaine pour faire tomber le président Ben Ali. On ne se pose pas la question de savoir pourquoi les Ivoiriens, à l'inverse, sont là pour défendre leur Président. Il y a ici des gens extraordinaires qui sont écœurés par le mensonge dont on leur rebat les oreilles. Chaque fois que je filme un de ces jeunes en gros plan, ils disent: «Je veux la vraie indépendance Papa, pas ce que vous avez vécu.» Il faut libérer ce pays et les autres pays. J'ai toujours été un homme de spectacle et voilà que, depuis quelques jours, je suis un militaire.

SlateAfrique - Comment est l'ambiance à la résidence de Cocody?

S.B. - Très familiale, tranquille. Les gens chantent et prient. Tout va bien. Laurent est souriant pour ceux qui ont la chance de le voir. Il n'y a aucune panique.

SlateAfrique - Ne pensez-vous pas que la Radiotélévision ivoirienne (RTI) a déversé de la propagande incitant à la haine ces derniers mois?

S.B. - Elle a diffusé des films qui ont été faits par les Français eux-mêmes, comme ce documentaire sur la Françafrique qui a galvanisé les gens. Quand on parle de propagande, croyez-vous que c'est seulement la télévision française qui dit la vérité? Tout est faux! Hier encore, le soir du 5 avril, on en riait ici: on annonçait que Laurent avait signé un papier pour sa reddition! Ce matin, on a commencé à nous canarder. Les dépêches disent que ce n'est pas la France qui est derrière, que ce sont les combattants pro-Ouattara qui donnent l'assaut, qu'ils ont déjà d'ailleurs mis le pied dans notre cour. Je peux vous dire que tout est faux, puisque j'y suis: nous avons en face de nous l'armée française, le Bima, ou alors ce sont des Ivoiriens aux visages pâles et aux yeux bleus. Ils attendent le soir pour que les hélicoptères viennent nous canarder. Je ne sais pas quelle est leur stratégie, mais c'est de la lâcheté. Mais dans toutes les guerres, c'est pareil. La guerre ne se fait pas seulement avec des armes, mais aussi avec des images. J'ai filmé les corps des jeunes qui tombent du côté de l'armée pro-Alassane, j'ai tout filmé: les liasses d'argent qu'ils ont dans les poches, ce sont des faux, comme on fait au cinéma. Le premier billet de la liasse est vrai, et à l'intérieur, il n'y a que du papier. Si on est réduit à payer des mercenaires avec du papier...

SlateAfrique - Pourquoi vous engagez-vous de la sorte au risque de votre vie?

S.B. - Je n'ai plus l'âge de ces gamins que je filme. Nous, les Soninkés, nous avons un âge auquel nous n'avons pas le droit de parler. Or, à mon âge, parler est un devoir. Des deux côtés, il y a de l'exagération. Quand j'entends sur la RTI que celui qui est en face est un étranger, alors là je dis non! C'est un candidat à la présidentielle. Si on va sur ce terrain, alors moi aussi je suis visé.

SlateAfrique - Vous reproche-t-on le fait que soyez du Nord dans l'entourage de Gbagbo?

S.B. - Le premier qui me dit que je suis un étranger, je lui donne un coup de pied! Je suis né Français en 1949. L'indépendance m'a trouvé ici. J'ai une patrie, la Côte d'Ivoire. Je ne vais pas faire comme d'autres artistes et aller me planquer à Paris! Je dois être là où ça se passe. Tout est faux! Tout à l'heure, je repartirai filmer sur le front! Si le Burkina avait été agressé comme l'est la Côte d'Ivoire, si la France avait été agressée comme l'est la Côte d'Ivoire, j'aurais aussi filmé!

SlateAfrique - Le poison de l'ivoirité n'a-t-il pas détruit la Côte d'Ivoire?

S.B. - Je suis le premier à le dire! Quand la hyène veut manger son petit, elle l'accuse de sentir la chèvre. Ce n'est pas Gbagbo qui a amené l'ivoirité. Laurent Gbagbo, un Bété, a écrit en 1971 un texte intitulé Soundjata, lion du Manding. Son héros, c'est le premier empereur de l'Afrique de l'Ouest. Et dans cette pièce, il écrit souvent: «Plutôt la mort que la honte.» L'ivoirité, j'en ai moi-même été victime en 1992 quand on m'a considéré comme un pestiféré dans mon pays, parce que j'étais l'ami d'un opposant à Houphouët-Boigny, ce même Gbagbo qui a fait mettre toutes mes affaires dans un conteneur pour que je reparte en France. Il y a eu dans les journaux des pages d'insultes à mon égard, sous le seul prétexte que je ne serais pas Ivoirien, mais Mandingue, Malinké, Soninké. Ils n'avaient pas d'autres arguments. C'est de l'incompétence, de la jalousie, de la faiblesse que de dire celui-là n'est pas Ivoirien. Laurent m'a dit de ne pas répondre et je suis reparti en France.

A table, un jour, quelqu'un m'a posé la question de mes «horizons». Laurent s'est fâché, il a été blessé à ma place, et a répondu: «Vous ne savez pas qu'il vient d'Abengourou?» Je suis né dans cette ville, chez les Agnis, en pays akan. Je considère cela comme une richesse. Tenez, il y a un jeune écrivain ivoirien, Koffi Kwahulé, qui écrit pour la Comédie française. Il est Baoulé de père et de mère et il est né à Abengourou comme moi. Et voilà que les écrivains ivoiriens se réunissent pour dire qu'il est Ghanéen! Pourquoi? Aucun d'eux n'arrive à sa cheville! Je peux vous dire que tout ce qui a été dit contre Ouattara, toutes ces années de rejet, c'est terrible. Je me bats, je suis au feu, je prends des risques... Vous savez, on dit chez nous: «Donne tout à l'étranger.»

Il y aurait une psychanalyse à faire, une histoire à raconter. Quand les Akans sont venus du Ghana en suivant la reine Pokou, le peuple Baoulé est né [Baoulé signifie l'enfant est mort, ndlr]. La reine Pokou a sacrifié son enfant pour passer en Côte d'Ivoire. Comment peut-on traiter les Akans d'étrangers? Il faut que nous nous asseyons dans ce pays pour résoudre le problème de l'ivoirité. Le jour où les petits Ivoiriens auront appris à l'école à quel point ils sont riches de leurs origines, nous aurons une nation. Pour l'instant nous n'avons pas de nation, mais un peuple dont on ne s'est pas occupé sérieusement pendant cinquante ans.

SlateAfrique - Que reprochez-vous à Alassane Ouattara?

S.B. - Je ne lui reproche rien, à lui. C'est mon frère aussi. Le problème politique qui est posé, avec les élections, je le regarde simplement, je l'observe. Je ne dis rien. Tout cela ne mérite pas qu'on s'arme pour venir bousiller tout le monde. Mais les gamins sont obligés de se battre: on a en face de nous des blancs! On a fait un monstre de Laurent Gbagbo. On peut tout lui reprocher, sauf l'ivoirité. Je souhaite qu'ils s'apaisent tous les deux. Il faut que nous, les plus de 50 ans, cessions d'être égoïstes et pensions aux enfants, les jeunes qui font 70% de notre population et qui se battent et tombent aujourd'hui.

SlateAfrique - Laurent Gbagbo est-il décidé à partir ou à mourir? Y a-t-il des discussions dans son entourage sur la stratégie à avoir, ou pour lui dire qu'il aurait du partir plus tôt?

S.B. - Je ne pense pas qu'il partira. Cela fait quatre mois qu'on est là. Si les Ivoiriens ne voulaient pas de Laurent Gbagbo, ils l'auraient déjà fait partir.

SlateAfrique - Une manifestation contre la RTI menée par les partisans de Ouattara n'a-t-elle pas été réprimée dans le sang, le 16 décembre?

S.B. - Il arrive que dans les manifestations, quand des tirs interviennent, il y ait une riposte. Voilà dix ans que nous sommes dans le sang. Nous avons un Président qui est l'un des plus démocrates du continent. Il a une démocratie qui est en avance. Il y a la liberté d'expression ici. Les discussions ici dans son entourage portent plutôt sur le fait qu'il ne sévit pas assez. Il n'est pas assez dur. Avec le pouvoir, il faut être beaucoup plus dur. Il y a eu des exactions de tous les côtés, on a découvert un charnier énorme à Duékoué. On ne va pas dire que Gbagbo est allé encore faire un charnier là-bas! Si les Ivoiriens ne voulaient pas de Gbagbo, ils se lèveraient, et il s'en irait. Si ce sont d'autres gens qui dictent son départ, il ne partira pas. A sa place, je ne bougerais pas. Quand on n'est pas d'accord, on doit être capable de dire non. J'ai des échos de l'Occident: je peux vous dire qu'il n'est pas question d'exil. Personne n'a fui, tout le monde est ici. Quelquefois, des tirs tombent dans la cour, mais ça ne fait peur à personne. Laurent Gbagbo dérange, comme Sékou Touré, comme Sankara, comme Lumumba, parce qu'il tient le langage de la souveraineté.

SlateAfrique - A-t-il peur de poursuites devant la Cour pénale internationale?

S.B. - On peut lui attribuer tout ce qu'il n'a pas fait! On a vu ce qui s'est passé avec Saddam! Les armes de destruction massives en Irak, on ne les a jamais vues... L'Occident n'arrête pas de se contredire. Aujourd'hui, on conteste ce qui s'est passé au Vietnam, en Irak. Ici, Obama avait été fêté comme un dieu, et certains ont tatoué son nom sur leurs bras. Mais Obama est un Président de l'Amérique de droite, point barre. Comme Kofi Annan, qui n'a fait que combattre l'Afrique, ils sont aux ordres et n'ont pas de pensée africaine.

 

Propos recueillis par téléphone par Anne Khady Sé.

 

Source: SLATEAFRIQUE