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samedi, 21 avril 2012

POUR BIEN COMPRENDRE LA CRISE MALIENNE - DOSSIER MALI: LA VOIX DES SANS-VOIX

 

DIONCOUDA TRAORE ET AMADOU SANOGO.jpg


A présent, c'est sur le Mali que s'abat la désinformation. Pendant que les médias passent sous silence ou minimisent les "bons coups d'Etat" (ceux que les grandes puissances trament contre les gouvernements trop résistants), ils dénigrent les "mauvais coups d'Etat" (ceux qui s'en prennent à leurs marionnettes).

Pour que les Maliens puissent décider, sans ingérences des grandes puissances, à propos de leurs ressources, de leurs intérêts et de leur avenir, diffusez autour de vous ce dossier spécial Mali, discutez sur les médiamensonges et n'hésitez pas à nous envoyer vos remarques et suggestions d'articles à secretariat@michelcollon.info

Bonne lecture !

Michel Collon

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L'HISTOIRE CACHEE :

Les leaders maliens qui dérangent, la France les élimine - Modibo Keïta

LES INTERETS :

Le Mali, une terre riche, un Etat endetté... - Interview d'Eric Pauporté par Michel Collon, Mouâd Salhi et Fatma Kassoul

Ruée vers l'or au Mali. Qui accourt ? Interview d'Eric Pauporté par Investig'Action

QUI DESTABILISE ET POURQUOI?

Le Mali dans l'oeil du cyclone - Odile Tobner

Gros appétits pour le Sahel Comaguer


Le Mali dans la tourmente Tahirou Bah

Un pays pris dans un jeu d'échec - Firoze Manji

DU COTE DU PEUPLE :

Les voix de la résistance - Oumar Mariko et Victor Sy

Le Capitaine Sanogo condamne la "démocratie de coquille vide" du président déchu- Boukarou Daou et Salim Togola

VIDEO: «Les puissants passent, nous, restons!» Chants de femmes maliennes recueillis par Eric Pauporté

BIENTOT, SUR NOTRE SITE, UNE INTERVIEW AUDIO :

Des personnalités européennes mènent une politique criminelle en Afrique - Interview de Luk Mertens et Eric Pauporté par Mustapha Boulehien et Michel Collon.



Investig'Action - www.michelcollon.info ne peut exister que grâce à vos dons et commandes de livres
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mardi, 03 avril 2012

MALI: LA VICTOIRE ECLAIR DES TOUAREGS ANNONCE-T-ELLE LA CREATION DE L'AZAWAD?


MALI. CARTE.gif

Le territoire que revendique Les Touareg (au singulier un Targui)  depuis des décennies, l'Azawad, vient de tomber dans leur escarcelle. Il s'agit de la quasi-totalité du nord du Mali. Sous pression, la junte a annoncé rétablir la Constitution et les institutions et promis: «la mise en place d'organes de transition en vue de l'organisation d'élections apaisées, libres, ouvertes et démocratiques auxquelles nous ne participerons pas».

Après les villes de Kidal et Gao, c'est au tour de celle de Tombouctou de tomber aux mains des rebelles touareg. Tombouctou, la ville millénaire à fort attrait touristique, n'est qu'à 800 km au nord-est de la capitale Bamako. Mais, les rebelles se contenteront-ils d'en rester là ou voudront-ils continuer vers Bamako ? Je ne le pense pas mais,  cette affaire risque de mal se finir pour l'intégrité territoriale du Mali...

En position de force sur leurs terres ancestrales, les Touareg ont vu des militaires de l'armée régulière se rallier à eux, même des hauts gradés. On annonce aussi des combats où, des soldats islamistes, notamment ceux d'Aqmi, on prêté main forte aux Touareg, réunis sous la bannière du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA).

Après la découverte de gisement d'or, d'uranium et de pétrole dans l'Azawad, les Touareg vont sans doute, à défaut de demander leur indépendance, exiger au moins leur autonomie. Ils peuvent dire merci à Nicolas Sarkozy, l'homme qui a fait la guerre à la Libye, en transformant le sahel en poudrière.


Source: Le blog d'Allain Jules

LA CEDEAO, LES COUPS D'ETAT ET LES REBELLIONS


CEDEAO - SOMMET EXTRAORDINAIRE MALI.jpg

En rédigeant dans ses jeunes années l'hymne national de son pays nouvellement indépendant, l'écrivain malien Seydou Badian Kouyaté imaginait-il que 52 ans après l'accession à la souveraineté internationale, l'intégrité de sa nation serait si gravement menacée et que les strophes guerrières de son texte empli de romantisme patriotique auraient la résonance qu'elles prennent aujourd'hui ? «A ton appel Mali/Pour ta prospérité/Fidèle à ton destin/Nous serons tous unis/Un peuple, un but, une foi/Pour une Afrique unie/Si l'ennemi découvre son front/Au-dedans ou au-dehors/Debout sur les remparts/Nous sommes résolus de mourir».

Mourir pour la patrie. C'est l'expérience traumatisante que vivent depuis plusieurs mois les jeunes militaires maliens, en proie à des ennemis du dedans - et à des ennemis du dehors, qui peinent à rester masqués. Mais la mystique de l'unité qui parcourt le texte fondateur du rêve national malien est désespérément absente en cette occasion tragique. A la sécession nordiste a répondu, dans le Sud, un coup d'Etat qui n'est que la face visible d'une profonde crise politique sous-estimée à l'étranger. Quant à l'Afrique, invoquée avec foi par Seydou Badian, elle a très clairement abandonné le pays de Modibo Keita, héritier d'une tradition de grands empires qui nous a tous rendus fiers, à ses démons et à ses périls. Sans aucun doute, ce lâchage continental se résume à un sigle : CEDEAO.

Affamer un peuple pour faire plier ceux qui le gouvernent

Pour avoir une idée de l'ampleur de cette trahison, il faut, encore et toujours, revenir à des textes fondateurs. Moins emphatiques que le bel hymne national malien, le Protocole de Non-Agression (PNA) et le Protocole d'assistance mutuelle en matière de défense (PAMD), qui stipule que «toute menace d'agression armée ou toute agression armée dirigée de l'extérieur contre l'un quelconque des Etats membres constitue une menace ou une agression contre l'ensemble de la communauté», traduisent le devoir de solidarité qui n'a pas été opérant en ce qui concerne la rébellion partie de la Libye «libérée» par le CNT. L'insurrection du MNLA s'est en effet signalée depuis le 17 janvier 2012 à Ménaka. Mais il a fallu que la situation politique interne se dégrade à tel point qu'une partie de l'armée renverse le président Amadou Toumani Touré pour que la CEDEAO se réveille de son long sommeil. Et se mette à cracher des menaces et des anathèmes contre le peuple malien.

Parce que ce n'est pas, bien entendu, les dignitaires de la junte au pouvoir qui seront les premières victimes de l'embargo qu'Alassane Ouattara promet au Mali, après l'avoir imposé à la Côte d'Ivoire. Persuadé qu'il faut affamer un peuple pour faire plier ceux qui le gouvernent.

En Afrique de l'Ouest, les rébellions, les mouvements sécessionnistes, les irrédentismes islamistes sont-ils donc moins dangereux que les coups d'Etat ? Cette question, de nombreux Maliens se la posent. Et parce que personne ne daigne y répondre, ils commencent à se solidariser des militaires qui ont pris le pouvoir et n'ont au fond fait qu'apporter une mauvaise solution à un vrai problème.

La crise malienne nous ramène à un problème de fond : celui de la légitimité de nos institutions sous-régionales et régionales, ainsi que de ceux qui les incarnent. Les partisans de la junte dirigée par le capitaine Amadou Haya Sanogo ont beau jeu d'interroger Blaise Compaoré et Alassane Ouattara sur leur propre parcours qui contredit leur intransigeance sur ce dossier précis. Le président burkinabè est arrivé au pouvoir par un coup d'Etat sanglant, au cours duquel son ami et frère Thomas Sankara, icône de toute une génération d'Africains, a été froidement assassiné. Lors du dernier scrutin, il s'est fait réélire avec plus de 80% de suffrages, ce qui rend perplexe sur l'ouverture réelle du système politique de son pays. Il suffit de lire des rapports de l'ONU pour se rendre compte que Compaoré a violé, à plusieurs reprises, les textes fondateurs de la CEDEAO en soutenant des rébellions particulièrement sanglantes au Liberia, en Sierra Leone et en Côte d'Ivoire. Si le juge est le premier des hors-la-loi, comment rendra-t-il donc sa sentence légitime aux yeux du grand nombre ?

Le fait même qu'Alassane Ouattara ait pris le pouvoir le 11 avril 2011 et ait prêté serment le 6 mai 2011 montre que son accession à la magistrature suprême est entachée d'irrégularités. Par la suite, la manière dont il a rédigé ses ordonnances, nommé son président du Conseil constitutionnel et fait élire son président de l'Assemblée nationale, indique très clairement qu'il exerce le pouvoir en dehors des règles constitutionnelles, violant ainsi les protocoles pertinents de la CEDEAO en la matière. Le fait que parmi les procureurs qui s'acharnent aujourd'hui sur le Mali se trouve le président togolais Faure Gnassingbé, qui s'est imposé dans les conditions que l'on sait avec le soutien de la CEDEAO, en rajoute au caractère grotesque de leurs objurgations.

Absence de cohérence dans les prises de position

Souvenons-nous. Dès son accession au pouvoir, Alassane Ouattara s'est empressé de reconnaitre le Cnt libyen, installé à la suite d'une rébellion et d'un coup d'Etat. Lui-même s'est allié, alors qu'il était dans l'opposition, a une rébellion armée ayant a son actif un coup d'Etat manqué, dans le cadre d'une coalition appelée G7. Les figures principales de cette rébellion, rappelons-le, sont issues de son parti ou de son sillage et y sont retournées.

Les institutions régionales africaines ne se caractérisent pas par la cohérence de leurs principes et de leurs prises de position. C'est pour cette raison que les analystes qui les considèrent comme de simples relais d'influence de "donneurs d'ordre" occidentaux ont de plus en plus d'audience sur le continent.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 28 mars 2012

LA DELINQUANCE EN TREILLIS, EPIDEMIE OUEST-AFRICAINE


CAPITAINE SANOGO.jpg

La vitrine est en mille morceaux. Dix ans après sa première élection présidentielle pluraliste, qui a permis l'arrivée au pouvoir d'Alpha Oumar Konaré, le Mali retourne à la case départ. C'est-à-dire à la case coup d'Etat. Et ce pénible recommencement décontenance une opinion publique continentale qui avait érigé ce pays sahélien finalement fort peu couvert par les médias internationaux en «modèle» démocratique. Et si une des premières leçons du putsch militaire qui a renversé le président Amadou Toumani Touré est qu'il faut plus que jamais se méfier, dans nos analyses, des «vitrines», des «modèles» et des «laboratoires» ? Nous devons bien nous convaincre de ce qu'une alternance ne fait pas la démocratie. Un regard plus exigeant sur l'expérience politique de ces deux dernières décennies au Mali pourrait en effet appeler à plus de circonspection. Ce qui s'est passé se résume finalement assez rapidement : auteur d'un putsch surfant sur un soulèvement populaire, Amadou Toumani Touré a laissé le pouvoir à Alpha Oumar Konaré qui s'est débrouillé pour le lui rendre à travers de redoutables manœuvres.

Si un des signes de la démocratie est l'existence d'une majorité contredite par une opposition parlementaire forte, l'on ne peut pas vraiment dire que le Mali d'Amadou Toumani Touré se caractérisait par un tel équilibre. Président sans parti, «ami de tous et ennemi de personne», arbitre des élégances au sein d'une grande tontine politique à laquelle tous participaient et à travers laquelle tous se tenaient, ATT, le militaire à la retraite, n'a pas non plus bénéficié du soutien d'une armée qu'il aura contribué à convertir durablement aux vertus républicaines. Il quitte le pouvoir alors que l'intégrité territoriale de son pays n'a jamais été aussi menacée. Il laisse une troupe déboussolée et des officiers discrédités par de persistantes accusations de corruption. Là est peut-être son plus grand échec historique, au regard de son parcours d'officier et d'homme d'Etat.

L'on peut analyser les derniers développements maliens à travers plusieurs grilles de lecture. Impossible, par exemple, de ne pas noter que le récent coup d'Etat est un effet collatéral des rébellions du Nord, qui sont elles-mêmes la conséquence de la déstabilisation de la Libye par une coalition occidentale qui n'éprouve étrangement ni remords ni sentiment de responsabilité. Difficile de ne pas noter que cet harmattan kaki qui souffle sur le Mali, après être passé par ses voisins ivoirien, guinéen, nigérien et mauritanien, interroge la culture politique des pays francophones de l'Afrique de l'Ouest. Nous devons nous poser une question : pourquoi n'y a-t-il donc ni de coup d'Etat, ni de rébellion dans les pays d'Afrique australe, à l'exception de Madagascar, qui est une nation francophone ? Ce n'est pas, bien entendu, parce que ce sont des pays sans histoires. Le Zimbabwe est là pour en témoigner. Il semble qu'il y a pour nous quelque chose à regarder, à apprendre, à comprendre, en tournant nos regards vers le sud.

Ces derniers jours, Bamako a été le théâtre de pillages urbains, fruit de ce que nous pouvons appeler une préoccupante délinquance en treillis. Au nom de quoi des militaires en colère peuvent-ils revendiquer, s'exprimer, prendre le pouvoir, en s'attaquant aux biens privés de leurs compatriotes ? Mystère. Ces pillages observés au Mali font en tout cas suite à ceux auxquels on a assisté en avril dernier à Ouagadougou, à l'occasion d'une mutinerie qui n'est pas allée jusqu'à prendre le pouvoir, et à Abidjan, à la faveur de la conquête de la capitale économique ivoirienne par des forces pro-Ouattara appuyées par l'armée française et les Casques bleus de l'ONU. La délinquance ordinaire en treillis est bel et bien, aujourd'hui, une épidémie ouest-africaine. Nos pays ressemblent de plus en plus à des cours de récréation où ce sont les mêmes garnements qui jouent à la fois au gendarme et au voleur. Le phénomène est très préoccupant. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Pour renverser Laurent Gbagbo, l'opposition ivoirienne, certains pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et la France ont cautionné un incroyable renversement des valeurs. De 2002 à 2011, la marque de fabrique des hommes de la nébuleuse qui a fini par porter Alassane Ouattara au pouvoir a été d'ouvrir les prisons et de se servir des personnes convaincues de vol à main armée voire de crimes de sang comme troupe improvisée et sans scrupules. Nous continuons à payer le prix de l'ouverture de la MACA et du recrutement de prisonniers de droit commun au sein des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI). Il y a quelques années, les rebelles des Forces nouvelles ont pillé intégralement plusieurs agences de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) sans que le gouverneur Charles Konan Banny ou que le président en exercice de l'Union économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (UEMOA) n'engagent des poursuites sérieuses. Ils ont organisé de sordides trafics - carburant, marchandises de consommation courante, cacao, diamants, bois, véhicules volés...- en transitant par les pays voisins. Que pensent donc les sommités inconséquentes qui dirigent les pays d'Afrique de l'Ouest ? Que leurs soldats ne voyaient pas et n'enviaient pas les «modèles de réussite» que sont nos «comzones», qui paradaient dans les rues de leurs capitales au volant de leurs grosses cylindrées rutilantes et jouissaient de l'honneur de se faire recevoir par leurs chefs d'Etat ? Que croyions-nous donc ? Que la glorification du racket et de la prédation kaki ne laisseraient pas des traces durables dans l'imaginaire des «corps habillés» des contrées environnantes ?

L'on nous apprend que demain, la CEDEAO se réunira à Abidjan pour évoquer le cas malien. Alors que son entourage militaire s'organise autour de personnes comme Chérif Ousmane et Issiaka Ouattara dit «Wattao», dont les CV contiennent à la fois les mentions «putschiste» et «rebelle», et que son numéro deux s'appelle Guillaume Soro, quelle peut bien être la crédibilité d'un Alassane Dramane Ouattara s'adressant à Amadou Hawa Sanogo, chef de la junte qui règne à Bamako, ou aux figures de proue du MNLA qui occupent les villes du nord de leur pays ? L'Afrique de l'Ouest connaît une crise politique et sécuritaire préoccupante. Mais elle est également fragilisée par une crise inédite du sens et des valeurs. Et la brise rafraîchissante qui nous vient de Dakar ne peut chasser les lourds nuages qui s'amoncellent au-dessus de nos têtes.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mardi, 27 mars 2012

COUP D'ETAT AU MALI: LA FRANCE A LA RECHERCHE D'UN PANTIN A L'IMAGE DE OUATTARA



SARKOZY ET ATT 3.jpg

A ceux qui le vilipendaient d'avoir réalisé le premier coup d'état ivoirien, le général Guéi répondait qu'en Afrique francophone, aucun coup d'état n'avait de chance de réussir sans l'accréditation et le support logistique de la France. En Côte d'Ivoire, le coup d'état du général Guéi, que la France s'était empressée de condamner, n'était qu'une circonlocution pour l'installation d'Alassane Dramane Ouattara. Bien que le scénario de Paris fût perturbé par les appétences imprévues de Guei puis par l'opiniâtreté exceptionnelle du président Gbagbo, Ouattara fut finalement imposé aux Ivoiriens après dix longues années émaillées de moult complots locaux et internationaux.

Aujourd'hui, la France possède son pantin de prédilection en Côte d'Ivoire et à la CEDEAO. La France peut donc procéder à la reconquête totale de l'Afrique de l'Ouest ainsi qu'au prolongement de son influence en Afrique Anglophone - en séparant le Nigéria de la persuasion américaine et Sud-Africaine - et dans l'Océan indien - en ramenant Kagamé dans le giron hexagonal. Mais avant de procéder à l'installation d'une Françafrique anglophone (par le biais du Nigéria) et océanindienne (par la porte stratégique du Rwanda), il fallait que l'Afrique de l'Ouest fût débarrassée des empêcheurs de tourner en rond de la Françafrique version nouvelle et parfumée au citron de Sarkozy.

L'un de ces empêcheurs de tourner en rond est le président Amadou Toumani Touré (ATT). A Toumani Touré, la France reproche sa propension à faire trop ami-ami avec les Américains, au point de se croire permis de contrarier certains plans de l'Elysée. Pour Sarkozy, les 170 millions de dollars d'aide que l'Amérique accorde annuellement à ATT ainsi que l'armement militaire qu'il reçoit du pays du président Obama pour la lutte contre le terrorisme d'obédience AQMI ont fait du président malien un inapprivoisable. Les vexations faites à l'Hexagone par le président malien, Sarkozy peut les égrener comme un chapelet: Elles sont, entre autres, le refus d'ATT de permettre à la France d'installer un centre d'écoute dans le Nord du Mali, le refus d'ATT de permettre l'installation d'une base militaire à Sévaré, le refus d'ATT de signer l'accord de réadmission des expulsés maliens en France, l'autorisation de manifestations au Mali condamnant la guerre de la France en Libye, l'hésitation d'ATT, qui a des millions de ses ressortissants en Côte d'Ivoire, à supporter la guerre de la France en Côte d'Ivoire. Les tentatives pour affaiblir le président malien se sont traduites d'abord en cabales journalistiques, qui, au cours de la crise ivoirienne l'accusaient, soit de supporter militairement le président Gbagbo, soit de payer les fonctionnaires du président Gbagbo, soit les deux à la fois. La mayonnaise n'ayant pas pris et les échéances électorales maliennes s'annonçant d'autant moins favorables à la France qu'aucun des candidats en lice pour la présidence malienne n'entendait remettre en cause ces grandes décisions du président ATT, qui d'ailleurs avaient l'approbation de la grande majorité des Maliens, la France, après la chute du plus grand support africain d'ATT, le colonel Kadhafi, ressuscita la rébellion de l'AZAWAD, dont elle équipe secrètement les combattants et loge et nourrit présentement les dirigeants en France et au Burkina Faso.

Les condamnations du coup d'état malien par Paris, l'UA, la CEDEAO, l'ONU n'auront d'effets que théâtraux. Le but de Sarkozy est atteint. Il s'agit de jeter un pavé dans la mare électorale malienne, d'arrêter le processus de démocratisation en cours, de battre les cartes à nouveau, en prenant soin d'y introduire son joker de la « résolution des crises » de la « transition », du « gouvernements d'union nationale » de l'immobilisme, pour, après de longs mois, voire de longues années, de négociations, installer au Mali une marionnette à l'image de Dramane Ouattara, qui fera ses mille génuflexions à Paris et qui permettra le transport vers l'Hexagone de l'uranium, de l'or, et du probable pétrole maliens. Que le Mali reste uni ou divisé après ce coup d'état, c'est toujours la France qui demeurera gagnante. De de Gaulle à Sarkozy, plus ça change, plus ça reste le même. En vérité!


Source: FRINDETHIE

OUATTARA, LA CEDEAO ET LES MANOEUVRES FRANÇAISES AU MALI


ALASSANE OUATTARA 32.jpg

Avec Ouattara, la Françafrique connaît un nouveau printemps sur le continent. Tous les coups tordus de la France contre les Etats africains seront désormais officiellement permis. A tout le moins, pendant la durée de son mandat à la tête de la CEDEAO. Vive la régression politique et institutionnelle en Afrique! Fernand Dindé.



A défaut d'avoir d'une base française au Mali, nous risquons - avec ou sans l'aile protectrice de la force Licorne - d'avoir les troupes d'Alassane Ouattara, «l'élu
» ivoirien de Sarkozy, à nos frontières Sud. Car, voyez-vous, la CEDEAO réunie en urgence a décidé d'agir pour ramener le Mali dans l'ordre démocratique. Bien sûr et comme par hasard la CEDEAO, à l'image de la France, ne demande pas le retour d'ATT au pouvoir, mais des élections le plus vite possible. ATT est selon le calendrier français, un homme politiquement mort après avoir refusé de faciliter une présence militaire française sur le sol de son pays.

A tous les naïfs qui se demandaient pourquoi avoir précipité son départ par un coup d'Etat aléatoire, alors qu'il devait quitter le pouvoir dans quelques semaines seulement et pourquoi la France a fourni tant d'efforts pour paraître aussi distante de ce coup d'Etat qu'elle a inspiré, il y a lieu de rappeler qu'ATT représentait des forces politiques et sociales qui ont pesé de leur poids et dans son refus d'une base française et dans son évolution à l'endroit de l'Algérie et de la démarche globale pour la solution des problèmes à l'origine de l'instabilité du Nord Mali. Il apparaît aujourd'hui clairement - et à la lumière des déclarations officielles françaises - qu'il faut vite passer à l'après-ATT. Et donc, que ce coup d'Etat devait éloigner des centres de décision ces forces (que représente ATT, NDLR), les neutraliser et les empêcher ainsi qu'ATT lui-même de peser sur les prochaines élections et par là, de faire élire un ATT bis.

Que reproche fondamentalement la France à ATT ? De s'éloigner des conclusions de la conférence antiterroriste du G8 qui s'est tenue les 13 et 14 octobre 2010 à Bamako à l'instigation de la France, en l'absence de l'Algérie et en présence du Maroc. Chacun peut comprendre que les dirigeants maliens aient été séduits, en octobre 2010, par la force de frappe financière, économique et militaire du G8. La conférence a promis beaucoup d'aide au Mali, l'a décidé à accepter des instructeurs étrangers tout à fait capables d'influencer les officiers «réceptifs», l'a persuadé d'accepter la tutelle politique de la CEDEAO en contrepartie de promesses de développement.

Bref, c'est la victoire totale de la France qui isole l'Algérie, introduit son allié marocain, s'assure une influence militaire et accrue dans un pays qui lui échappait totalement en 1960. En moins d'une année les dirigeants maliens avec ATT en tête s'aperçoivent que les promesses du G8 n'étaient que du vent et se rapprochent de nouveau de l'Algérie car l'unité du Mali était en danger sous le poids des problèmes socio-économiques qui alimentaient les conflits au Nord Mali jusqu'au risque de sécession.

Pour la France, Il fallait stopper cette correction au plus vite et empêcher ATT et ses soutiens de lui imposer une continuité en influant sur le choix électoral. Ce coup d'Etat avait ce seul but. En demandant des élections au plus vite, la France récupère pour elle un pays politiquement vacant entre un putsch et des élections. Comment s'en assurer ? Rien de plus qu'en utilisant la CEDEAO dirigée par l'obligé de la France, le supplétif Ouattara et non moins élu de la MINURSO et de la force Licorne. Avec la précipitation de Ouattara à jouer le Matamore, la France rafle la mise, mais a-t-elle à ce point sous estimé l'intelligence et la détermination des forces patriotiques maliennes ?


Alger, le 26 mars 2012.


Mohamed Bouhamidi

Publié le 27 mars 2012 in "Le Jeune Indépendant".

jeudi, 23 février 2012

SITUATION AU MALI: PSYCHOSE ET HAUTE SECURITE A MOPTI


SOLDATS MALIENS.jpg

Pour nous imprégner de l'état d'esprit des Mopticiens après le déclenchement de la rébellion dans le Nord malien, nous nous sommes rendus dans cette 5e ville du Mali, le 17 janvier 2012. Un séjour de deux jours nous a permis de découvrir des réalités, dont certaines sont peu favorables à la situation que vivent les populations nordistes. Nous avons aussi rencontré diverses personnes, notamment des autorités, des hommes de médias, des touristes, bref, plusieurs catégories des couches sociales dont les avis sur la rébellion touareg sont divergents. Mais la plupart des personnes rencontrées déplorent cette situation de crise car ils en souffrent énormément.

Le constat que nous avons fait, est que la ville du président Amadou Toumani Touré (ATT) est sous haute surveillance car les Forces de l'ordre sillonnent la ville vingt quatre heures sur vingt quatre.

Lorsque le véhicule de transport d'immatriculation malienne s'immobilisa à l'autogare de Mopti, après plus de 10 heures de route, c'est à la fois une délivrance et une frustration qui nous ont envahis. Il était 0h 12 minutes en ce 7 février 2012. Il faisait très froid. Une grande partie de Mopti dormait déjà. Tout était calme, mais quelques taxis-motos et taxis ordinaires continuaient à circuler. Les noctambules vaquaient très normalement à leurs occupations. Cependant, la ville est quadrillée. Les forces de l'ordre occupent les principales artères de la ville, contrôlent les allées et venues des citoyens.

Des fouilles minutieuses sont opérées, ce d'autant plus qu'une rumeur faisait état d'une probable infiltration des rebelles à Mopti, ville natale du président Amadou Toumani Touré (ATT). En ce 7 février 2012, le soleil se levait lentement au gouvernorat de la 5e région. Réputé pour être le quartier général du commandement militaire de l'armée malienne au niveau régional, ce lieu est très surveillé. A 8h 30, des militaires en treillis, armes au poing, sont en alerte maximale. A 9h passées, un général du nom de Issouf Koétta fit son entrée dans le gouvernorat. Il est accompagné d'autres officiers aussi supérieurs que lui. Ils sont accueillis par le gouverneur Abdoulaye Camara. Les échanges entre les 2 hommes ont duré une quinzaine de minutes. Le général ressortit, le gouverneur a enchaîné immédiatement avec la présidence d'une autre réunion dite d'importance nationale.

Officiellement, rien ne filtre de ces concertations mais, de toute évidence, tout tournait autour de la situation au Nord où les rebelles Touareg ont lancé une vaste offensive contre les positions des FAM (Forces armées maliennes). Pendant ce temps, le secrétaire particulier du gouverneur, Issa Aidara est au four et au moulin. « Revenez demain ou après demain, le gouverneur est très occupé », a-t-il lancé, en guise de réponse, à tous ceux qui avaient rendez-vous ou qui souhaiteraient voir le gouverneur Abdoulaye Camara. N'empêche, dans la salle d'attente, on pouvait entendre des propos du genre : « la République est en crise, nous devons répondre du tic au tac. Il ne faut pas caresser ces bandits dans le sens du poil.

Il faut agir vite. » Le gouvernorat qui abrite en même temps les locaux du médiateur de la République, du commandement du cercle, est pris d'assaut par une cohorte de visiteurs. Quand moussa Hamèye Maïga, commandant du cercle de Mopti, nous reçoit, le 8 février entre 13h et 14h, c'est un homme averti en matière de sécurité qui nous a accueillis avec ce brin d'humour : « Oh Le Pays, qu'est-ce que vous avez dit aujourd'hui à propos de mon pays ». Plus qu'un administrateur, l'homme reconnaît la grande impartialité du journal et dit suivre ses prises de position à travers la revue de presse sur RFI. Dès lors qu'on évoqua le sujet très sensible de la rébellion avec le préfet de Mopti, son visage devint pâle, le regard hagard et le ton militaire.

Lui-même originaire du Nord, fustige les velléités indépendantistes de ses frères. « Je connais très bien la région du Nord pour y avoir servi dans les années 90. J'ai eu à gérer la rébellion de 1992. Kidal, Gao et Tombouctou sont des régions qui me sont familières. » Tout en minimisant l'armada militaire des rebelles, il les qualifie de bandits armés, prêts à piller les paisibles populations. Ils n'ont ni de chars de combats, ni d'avions de combats, affirme-t-il. Durant la trentaine de minutes que nous avons passées avec le 19e préfet malien de Mopti, sa secrétaire particulière est passée au moins deux fois pour déposer sur son bureau des dossiers jugés urgents. Profondément touché par cette crise, l'autorité régionale assure que la situation est maîtrisée par l'armée malienne.

Alors qu'il commençait à nous dire ce qu'il pense réellement de la situation, son téléphone portable sonna. A l'autre bout du fil, une personnalité importante dont nous taisons le nom. La conversation durera 10 minutes et se portait sans conteste sur la crise au Nord. Au terme de son entretien téléphonique, il n'en dira pas plus encore sur la guerre. Mais notre soif sera un tant soit peu amoindrie le même jour dans un hôtel de Mopti. Là, nous avons pu nous entretenir avec un officier supérieur de l'armée malienne. Pour lui, la haute hiérarchie avait été informée au préalable, du danger que court le Mali en acceptant de recevoir les ex- combattants de Libye sans désarmement. « Les hautes autorités n'ont pas pris au sérieux nos inquiétudes. Pour ma part, je condamne l'attitude adoptée par nos autorités dans cette affaire. »

Plus loin, il condamne l'attitude de la France qu'il accuse implicitement de collusion avec les rebelles. « Si nous avions été écoutés, notre Armée n'aurait pas subi cette humiliation », nous a confié ce haut gradé. Et d'humiliation, la rébellion l'a infligée à l'Armée régulière. Des militaires, au nombre de 45, accompagnés de leurs familles, ont fui le front d'Andérraboukane et ont été accueillis à Mopti. Information que nous avons pu vérifier et qui a été plus tard confirmée par le ministre de la Défense et des anciens combattants, le Général Sadio Camara, lors d'une conférence de presse à Bamako. Les combats, dans cette localité, ont été particulièrement féroces entre les protagonistes, selon plusieurs sources consultées. Mopti, ville carrefour au thermomètre touristique du Mali, subit d'ores et déjà avec intensité les contrecoups de cette situation au Nord. Les touristes qui, en temps normal, et en cette période précise, remplissaient les hôtels, se font de plus en plus rares. Moins de 15% des chambres des hôtels sont occupées avec pour clients des nationaux en mission.

Pour Moctar Ba, le Directeur régional de l'office malien du Tourisme et de l'hôtellerie, la situation est beaucoup plus alarmante. « Une situation de crise extrême est en train de traverser la destination touristique du mali. Nous avons juste quelques petites poches de sites touristiques qui continuent de recevoir des visiteurs. Partant de l'analyse objective, je dirais que nous sommes très loin des affluences habituelles. Et il y a 2 niveaux problématiques. Le premier niveau est ce que nous appelons la problématique de la crise du tourisme liée à la question de l'insécurité dans la bande sahélo saharienne. Le deuxième niveau concerne cette nouvelle crise qui concerne directement les Maliens. C'est très mitigé, mais la grande tendance va vers le négatif.

Depuis le début des événements au Nord, nous avons eu à mener des actions en vue de rassurer les destinataires. Mais très malheureusement, la suite des événements ne joue pas en notre faveur. » Propos du premier responsable du tourisme dans le cercle de Mopti. Ces propos sont corroborés par un touriste que nous avons rencontré non loin du fleuve Bani.

Les Touaregs entre deux feux

« Nous devrions être 37 dans le groupe, mais finalement, nous ne sommes que 8 personnes à venir ici », a affirmé l'un des rares touristes rencontrés dans la ville de Mopti. A en croire un haut responsable du ministère malien de l'Artisanat et du tourisme, des voyagistes venant de France, du Canada et des Etats-Unis d'Amérique (USA) ont purement et simplement annulé leur destination vers le Mali. « En début février, on comptait environ 1500 annulations vers le Nord et beaucoup moins en direction de Mopti. La situation de guerre dans notre pays a provoqué des défections touristiques. Les aventuriers préfèrent aller vers d'autres horizons où la sécurité est garantie.'' L'aveu d'impuissance du haut responsable renforce celui des hôteliers. Du côté des commerçants, on qualifie cette crise de dramatique.

Même si Mamadou Niangadou dit Bakoroba, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Mopti, s'est abstenu de commenter la crise du fait qu'il n'a pas obtenu l'aval du gouverneur, force est de constater que les opérateurs économiques vivent actuellement une période difficile. Seydou Yelkouni (originaire du Passoré) est très inquiet : « Tous nos gros véhicules en partance pour Gao et Tombouctou sont immobilisés. Nos gros clients fuient la région et nous sommes gagnés par une inquiétude grandissante. » Le domaine des transports est aussi secoué par cette crise. Yacouba Traoré, président des chauffeurs et locataires routiers de Mopti confirme cette paralysie. « Lorsque nous prenons la route du Nord, c'est quasiment à vide que nous circulons. Mais au retour, nous sommes parfois obligés de faire de la surcharge ». Une affirmation que nous avons vérifiée à la gare de Tombouctou et de Gao où les voyageurs de Kidal et Menaka empruntent leurs véhicules. Nombreux sont ceux aussi qui ont choisi la voie fluviale pour rejoindre Mopti.

Une fois sur place soit ils sont hébergés par des familles, soit ils cherchent à continuer vers Bamako ou encore au Burkina et en Cote d'ivoire. Conséquence, il y a des familles débordées à force d'accueillir ceux qui fuient les zones de combats. Selon certaines sources, la communauté tamarcheq subit une certaine chasse à l'homme à Mopti. Devenus la risée des autres Maliens, ils sont obligés de se cacher dans les taudis et autres habitations insalubres de la ville pour échapper à la furie d'une certaine frange de la population bien circonscrite. Bijoutier, NS est très malheureux en ces moments et nous raconte sa « malchance » d'appartenir à la communauté Tamarcheq : « On nous accuse d'avoir déclenché la guerre au Nord. Des jeunes de mon quartier sont venus nuitamment chez moi et ont voulu attenter à ma vie. J'ai envie même de quitter la ville mais j'ai peur. Je me cache dans les quartiers périphériques. »

Comme NS, ils sont nombreux les Touaregs et les Arabes, à vivre cette situation. Un groupe de Touaregs vivant dans les mêmes conditions, que nous avons rencontré, le 8 février dans un quartier périphérique, ne sait plus à quel saint se vouer. C'est la peur au ventre que des chefs de famille passent la nuit et la journée à l'intérieur d'une maison très exiguë. Pour tout dire, ces Touareg sont pris entre deux feux particulièrement nourris. D'un côté, ils ne peuvent plus retourner au Nord, leur région d'origine, de l'autre, leur vie est en danger quand ils sont dans d'autres régions.

Attention aux radios mille collines

Et pour ne rien arranger, certaines radios émettant à Mopti ont pris fait et cause pour le pouvoir de Bamako. Pire, à écouter certaines radios « ce sont plutôt des aigris, des paresseux et des vauriens qui ont pris les armes contre l'Etat malien ». A travers des tranches spéciales animées en bambara, des animateurs expliquent avec détails comment la rébellion a été mise en déroute par les loyalistes. Par le biais parfois de l'humour, ils évoquent que les hommes aux turbans sont en cours de munitions et de rations alimentaires. Des propos haineux du genre « Appretez-vous, nous irons déloger les Touaregs à Ménaka'' sont entendus sur certaines antennes. Même si nous sommes loin des propos tenus par certains animateurs des « radios mille collines » lors du génocide rwandais, le pire souvenir est à éviter. Fort heureusement, parmi les 8 radios que compte la ville, il y en a qui ont choisi la voie de la neutralité.

Cas de la radio Djamana qui a opté pour un traitement professionnel, objectif et équilibré de la crise. « A chaque fois que nous devons parler, nous devons nous interroger sur notre part de responsabilité immédiate et future », prophétise Adam Diarra de la radio Djamana. Plus loin, à Kayes, les radios locales ne cachent pas leur soutien vis-à-vis des autorités de Bamako. Le directeur de la radio FM de Kayes, M. Traoré, que nous avons croisé au grand stade de Mopti s'est exprimé en ces termes : « C'est la France qui veut nous imposer cette guerre. Tout simplement parce que nous avons refusé de cautionner la guerre qu'elle a engagée en Libye. Avec la France, RFI empoisonne l'information sans tenir compte de l'éthique et de la déontologie. Serge Daniel, leur correspondant, n'a jamais quitté Bamako depuis le début de la crise. Je soutiens l'Etat malien et je suis sûr qu'il va mettre hors d'état de nuire ces bandits armés.

Ce matin, j'étais avec un confrère de la radio ADDAR de Ménaka, et il m'a expliqué comment les loyalistes ont bombardé les positions des rebelles aujourd'hui. On les a massacrés, pourchassés jusqu'à leur dernier retranchement. Mais RFI n'a jamais fait cas de cela. Lorsque ces rebelles sont arrivés à Ménaka, ils ont pris position au niveau de la radio ADDAR avant de couper toute communication téléphonique. Ils ont pillé la population, violé les femmes ». En revanche, Salifou Warmé, directeur de la radio Orona de Koro, ne porte pas de gants pour fustiger la responsabilité de l'Etat malien dans cette guerre. « C'est la complicité passive de l'Etat malien qui nous a créé cette situation. Tenez-vous bien, l'Etat savait bel et bien que ces Touarègs étaient armés jusqu'aux dents de leur retour de la Libye. Qu'est- ce qu'on a proposé pour ces affamés et ces nombreux combattants qui n'ont ni travail, ni projet sauf celui de la prise d'armes. Il fallait plutôt prévenir au lieu de chercher à guérir.''

En tout cas, Fanta Diabaté, une auditrice résidant à Tomoguel1, un quartier populeux de Mopti, en a marre de certains animateurs. Selon la jeune dame, ils attisent le feu au lieu de l'éteindre. Au niveau des partis politiques ayant des représentations à Mopti , on joue la carte de la prudence. Au nombre de 18 à avoir un siège à Mopti, ces partis ont une position qui tranche avec une certaine réserve. Le parti de la Solidarité africaine pour l'indépendance et l'intégration (SADI) du Docteur Oumar Mariko, par la voix de son représentant régional, secrétaire permanent intérimaire du parti, M. Cissé, dit observer la situation avec beaucoup d'amertume. S'il dit comprendre la position de Bamako, il reconnaît tout de même que les rebelles du Nord sont avant tout des Maliens à part entière. Il appelle les protagonistes à s'asseoir autour d'une table pour négocier et trouver un compromis. Car il y va de l'intérêt général de la Nation.

Enseignant en sciences politiques et agronome de formation, Ag Intazoumé Moussa est un fils de la région du Nord. Installé à Bamako, son bureau a été l'objet d'une attaque. Lorsque nous l'avons joint au téléphone, il était en partance pour Kidal. Connu pour ses écrits enflammants dans certains journaux maliens, l'homme n'est pas tendre avec le régime de Bamako. « Le pouvoir a profité d'une situation pour redorer son blason. Le nordiste a été marginalisé. Moi je suis, par exemple, de l'ethnie Bella. Au Mali, le Bella est une ethnie de seconde zone. C'est toute cette frustration qui a amené les frustrés à prendre les armes. Quand je fais par exemple une comparaison entre les Bella du Burkina et ceux du Mali, je me rends compte que le Bella au Burkina est beaucoup plus considéré. En plus, le Nord est laissé économiquement à son propre sort. Tous ceux qui ont eu à me lire avant cette crise me donnent aujourd'hui raison. », nous a-t-il dit au téléphone.

Les armées étrangères et la rumeur envahissent Mopti

Mais, ses arguments sont battus en brèche par le maire indépendant de Mopti, Oumar Batili : « L'Etat a tout donné à la région du Nord. Ce que le pouvoir a mis dans le Nord comme investissement, faites la comparaison et vous verrez. Honnêtement, ce que l'Etat a fait au Nord, il ne l'a pas fait au Sud. On y trouve des routes, des hôpitaux, des écoles...Tout ce qui contribue au développement. Ils sont tout simplement défavorisés par le climat et la nature. C'est vraiment dommage qu'ils arrivent à prendre les armes pour revendiquer. Je vous dis qu'ici nous avons 703 communes. Et il y a des élus au Nord qui sont maires ou députés. Pourquoi ne pas emprunter le chemin de la légalité pour revendiquer ? Ils se sont trompés d'ennemis. » Mais la grande question que les Mopticiens se posent est celle-ci : pourquoi y a-t-il d'armées étrangères dans leur ville ? En effet, depuis quelques jours, des hommes et femmes en treillis des Etats-Unis d'Amérique sillonnent la ville.

Leur quartier général serait implanté à la Brigade de la Gendarmerie nationale. Sont-ils venus en formation ou pour prêter main forte à leurs collègues maliens. En tout cas, le débat est ouvert. Conversant en anglais avec les citadins, leur présence suscite des rumeurs les plus alarmantes. Si d'aucuns affirment avoir vu d'autres militaires venant d'autres pays, ceux que nous avons pu voir sont des Américains. La présence, dans cette ville, de ces militaires a renforcé une rumeur qui était déjà persistante. C'est ainsi que dans la nuit du 8 février, l'on a appris que des rebelles avaient fait des infiltrations à Mopti. Pire, il se susurrait même que Salifou Koné, gouverneur de la région de Kidal, avait trouvé refuge à Mopti, accompagné de plusieurs militaires. Aussi, les villes stratégiques à prendre par les rebelles étaient Kidal, Gao, Tombouctou et Mopti. Dans le quartier Mossinkoré où nous étions logés, les commentaires des citoyens non maliens, notamment des Burkinabè, allaient bon train.

A en croire les avis des uns et des autres, les Maliens à la peau blanche sont vraiment très mal vus par leurs compatriotes. L'explication que l'on donne à cela est qu'ils sont non seulement minoritaires, mais aussi contestataires depuis des lustres. Insatisfaits depuis des siècles, ils n'ont pas ce courage de manier la daba comme leurs compatriotes du Sud ou du Centre. Ces préjugés sont autant des faits qui déterminent l'animosité dans la tension actuelle. Une femme venue de Menaka témoigne en affirmant ceci : « Quand ils sont arrivés chez nous, ils nous ont forcé à crier « République de l'AZAWAD » ; ils rançonnent la population, surtout les commerçants. Ils disent que leur objectif, c'est Bamako. » Mais selon une catégorie de personnes à Mopti, très minoritaire, cette rébellion est la politique de ATT pour s'éterniser au pouvoir.


Hamed NABALMA, de retour de Mopti


Le Pays, Burkina Faso, 21/02/2012 (via lefaso.net)


Source: MALI WEB.NET

mercredi, 22 février 2012

CRISE AU NORD MALI: LA RANÇON DE LA CRISE LIBYENNE


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L'Afrique et ses dirigeants ont vécu la crise libyenne comme un spectacle et dont les conséquences sont loin de se limiter de nos jours, à ce que nous vivons au Mali. Les dirigeants africains et leur organisation, l'Union africaine ont assisté passivement à la liquidation du régime du colonel Mouammar Kadhafi. Pour le colonel Mouammar Kadhafi, la page s'est définitivement refermée le 20 octobre dernier.

Tué ce jour-là, il en finissait définitivement avec les contradictions et les soucis de son existence de révolutionnaire ; mais pour bien d'autres États africains dont le Mali et les autres pays de l'espace Uémoa, les difficultés n'ont commencé que ce jour-là.

Il en est ainsi de la rébellion touarègue à laquelle nous assistons. Des experts en tout genre cherchent à trouver les raisons qui ravivent ce conflit que l'on croyait éteint suite à la signature du Pacte national. Mais le combat que les Touaregs mènent actuellement contre notre armée n'a rien d'identitaire. Il est existentiel. Il s'agit d'hommes et de femmes qui, estimant ne pas pouvoir trouver de quoi vivre chez eux-mêmes, avaient décidé d'aller voir ailleurs.

Le hasard les conduit alors en Libye où ils trouvent de quoi mener une existence à l'abri de l'indigence. Mais un beau jour, leur quotidien devait subitement être bouleversé. Plus parce que sa tête ne plaisait plus à certains que parce qu'il gérait mal son pays, le colonel voyait se lever contre lui une armée mondiale. L'issue fut tragique. Et pour les touaregs accusés à tort ou à raison de s'être rangés du côté du perdant, c'est la chasse aux sorcières, c'est le vandalisme, c'est le pillage des biens et c'est le retour forcé.

Retour d'émigrés démunis, pleins d'amertume mais puissamment armés. L'Etat ayant, à travers les autorités militaires ayant failli à leur devoir de désarmer les revenants, la crise était inévitable. Aujourd'hui, c'est la nation malienne qui est menacée dans son unité et son intégrité territoriale et le processus électoral jadis prometteur, est plus que compromis. On n'entend aucune des puissances impérialistes qui étaient intervenues en Libye, reconnaître leur part de responsabilité dans la crise actuelle que traverse le Mali et par ricochet, les pays comme le Niger, le Burkina Faso puisque ces pays accueillent de nombreux Maliens réfugiés.

L'Onu qui avait donné quitus à l'intervention, à travers sa fameuse résolution 1973 est muette de nos jours. Au Mali et à tous les autres pays sur lesquels se déversent actuellement les conséquences de cette crise libyenne de les gérer. Les autres avaient pour mission de tuer Kadhafi. Celle-ci accomplie, ils se sont retirés et tant pis pour le reste. Pauvre Afrique !

Et c'est là que se manifeste la responsabilité des dirigeants africains. Eux qui avaient laissé faire, ils avaient naïvement pensé que cela se limiterait à Kadhafi seulement. Eh bien, ils se sont dangereusement trompés. Parce qu'en réalité, la crise malienne ne sera certainement pas la seule conséquence fâcheuse que l'Afrique aura à déplorer, suite à son incapacité à se faire respecter par le monde entier.

Déjà, le fiasco enregistré lors de l'élection du président de la commission de l'Union africaine, est également à mettre au compte de ces conséquences malheureuses et regrettables. Car la gestion calamiteuse de l'interventionnisme occidental dans les crises ivoirienne et libyenne par Jean Ping est l'élément fondamental de l'inimitié absolue que l'Afrique du sud éprouve à son encontre.

Le 40e sommet des chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) qui s'ouvre aujourd'hui dans la capitale nigériane Abuja saura -t-il tirer une belle leçon de ce vécu ? Les sommets étant souvent de grandes rencontres au cours desquels des discours mielleux sont prononcés sans que des actes concrets ne s'en suivent.


Denis Koné, in IRIB WORLD SERVICE


Source: TSIMOKI GASIKARA

mardi, 21 février 2012

DECLARATION D'INTELLECTUELS, HOMMES ET FEMMES DE CULTURE SUR LA REBELLION AU NORD DU MALI



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ETAT DES LIEUX

Comment comprendre la rébellion armée qui, aujourd'hui, endeuille le Mali et condamne des dizaines de milliers d'innocentes et d'innocents à l'insécurité et au déplacement forcé, lorsqu'on ne veut pas s'en tenir au schéma réducteur du conflit ethnique? La rébellion qui a débuté le 17 janvier 2012 crée dans notre pays une situation de guerre civile.

L'heure est grave : l'intégrité du territoire national et la cohésion sociale sont aujourd'hui menacées.

L'honnêteté intellectuelle et la rigueur qu'exige la gravité de la situation actuelle du Mali imposent de lire cette rébellion à la lumière du système mondial et de ses crises.

Les réformes structurelles mises en œuvre à partir de la décennie 80 en vue de corriger les dysfonctionnements du modèle néolibéral, n'ont pas atteint les objectifs visés en terme d'amélioration des conditions de vie des populations, notamment l'accès à l'alimentation, l'eau, l'éducation, la santé et l'énergie domestique. Ce constat, qui est valable pour l'ensemble du pays, revêt des conséquences particulières au Nord.

ENJEUX

Le Nord Mali se caractérise par l'extrême complexité des enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques, sans la compréhension desquels aucune paix durable n'y est envisageable.

Le septentrion malien a souvent été le théâtre de soulèvements d'une partie de la population qui revendique son autonomie par la voie des armes. Tous les régimes, coloniaux et postcoloniaux ont été confrontés à cette situation. De l'indépendance à ce jour, les réponses de l'Etat, qui ont été à la fois militaires, politiques et socio-économiques, n'ont pas pu y instaurer la paix sur une base durable.

La mauvaise gestion, le clientélisme et la corruption que l'on relève  dans la gestion des affaires publiques, exacerbent les frustrations et le sentiment d'exclusion à l'échelle du pays sans pour autant justifier la violence armée dans les autres régions.

Par ailleurs, la manière de gérer la libération des otages occidentaux a conforté AQMI dans la création au Mali d'un sanctuaire en liaison avec le terrorisme international.

Nous sommes dans un processus programmé de désintégration de l'Etat et de cristallisation des identités ethniques et régionales. De ce point de vue, nous questionnons même la genèse de l'appellation  « régions du Nord ».

N'y a-t-il pas une volonté d'affaiblir des Etats de la CEDEAO et l'Organisation elle-même ?

N'allons-nous pas vers une résurgence du vieux projet de l'Organisation des Etats Riverains du Sahara (OERS) ?

Après le découpage du Soudan, nous sommes en droit de nous interroger sur l'intention des pays de l'OTAN de procéder à une nouvelle balkanisation de l'Afrique. Ne sommes-nous pas de fait en présence d'un processus de dépossession des ressources  agricoles et  minières africaines, qui constituent aujourd'hui une partie importante des réserves mondiales pour la relance de la croissance économique globale ?

De l'approche globale que nous privilégions, il ressort que l'issue à cette guerre fratricide récurrente n'est ni militaire ni financière mais politique, économique, sociale, culturelle et diplomatique.

Face à cette situation :

Nous, intellectuels, hommes et femmes de culture du Mali, signataires de ce document déclarons que :

- L'intégrité du territoire, l'unité nationale et la cohésion sociale du Mali sont des acquis sacrés.

- Le septentrion n'est pas une planète à part, mais bel et bien une région du Mali, particulièrement vulnérable, qui n'en a pas moins subi les politiques néolibérales qui ont aggravé les inégalités, les injustices, la corruption et l'impunité. De Kayes à Kidal, les Maliens paient cher pour le dépérissement de l'Etat que nous voulons plus responsable, comptable et souverain ;

- La Paix véritable et durable dans le Nord de notre pays et sur l'ensemble du territoire, est au prix d'une nouvelle compréhension de la situation du Mali et de la bande Sahélienne qui intègre les enjeux sous-régionaux et mondiaux;

- Nous réfutons le discours réducteur de la guerre ethnique ;

- Nous déplorons le déficit de communication et de dialogue sur  les causes internes et externes des questions majeures qui engagent le destin de la nation ;

- Nous condamnons le recours à la violence armée comme mode de revendication dans un contexte démocratique et déplorons les pertes en vies humaines ;

- Nous condamnons avec énergie les agressions physiques, la destruction des biens et la stigmatisation de nos compatriotes Kel-Tamasheq et de peau blanche, nos frères et sœurs, alliés et voisins de quartier, de ville qui aiment et se reconnaissent dans le Mali, leur patrie, notre patrie commune à tous ;

- Nous soutenons résolument nos forces armées et de sécurité dans leur mission sacrée de défense du territoire national ;

- Nous sommes Un Seul et Même Peuple, uni par une longue histoire multiséculaire de rencontres, de brassages et de résistances à l'adversité ;

- La paix s'impose d'autant plus que les femmes et les enfants sont pris dans l'étau dans un conflit qui n'est pas le leur ;

- Les élections de 2012 sont donc une occasion historique de renouveler la réflexion sur un projet de société adapté à nos réalités, davantage fondé sur la culture de l'être et des relations humaines à même de garantir la prospérité, la paix, la stabilité et la sécurité pour tous.

- Nous signataires de la présente Déclaration, présentons nos condoléances les plus attristées aux familles des victimes et à toute la nation malienne. Nous exprimons notre solidarité à toutes les familles déplacées victimes de violences.

Bamako, le 07 février 2012.


Signataires


-    Aminata Dramane TRAORE, Essayiste
-    Abdoulaye NIANG, Socio-Economiste
-    Adama SAMASSEKOU, Linguiste
-    Filifing SAKO, Anthropologue
-    Hamidou MAGASSA, Socio-Economiste
-    Ismaïl DIABATE, Artiste-Peintre
-    Jean-Bosco KONARE, Historien
-    Mohamédoun DICKO, Historien
-    Mariam KANAKOMO,  Communicatrice
-    Ousmane TRAORE, Administrateur civil, Juriste
-    Doulbi FAKOLY, Ecrivain
-    Kaourou DOUCOURE, Universitaire
-    Abderhaman SOTBAR, Professeur
-    Cheick PLEAH, Professeur
-    Mohamed COULIBALY, Ingénieur
-    Abdoul MADJIDOU HASSAN, Gestionnaire
-    Mahamadou H. DIALLO, Imam
-    Boubacar COULIBALY, Gestionnaire
-    Mme SiSSOKO Safi SY, CAHBA
-    Mme TOURE Alzouharata, Gestionnaire
-    Mme Awa MEITE VAN TIL, Designer
-    Dr Daba COULIBALY, Enseignant-Chercheur