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vendredi, 13 février 2015

LIBYE: KADHAFI EST MORT, VIVE TOTAL!

 

Dans la nuit du mardi au mercredi 4 fevrier 2015 un champ pétrolier conjointement exploité par TOTAL et par la compagnie nationale libyenne NOC, a été attaqué par des hommes armés à Syrte, faisant 11 morts dont 10 libyens et 1 nigériens.

Cette information n’a ému personne. Il est bien évident que tant que les droits de pomper du  pétrole par  TOTAL sont garantis, le respect des droits de l'homme en Libye  ne constituent pas une préoccupation majeure pour les pourvoyeurs d'émotions sélectives et les  champions des droits de l'homme.

Je me suis demandé que fait Total dans le chaos complet qu’est devenu la Libye de l’après Kadhafi, surtout ces derniers mois. J’ai compris pourquoi il n’y a pas de sanctions économiques contre ces groupes armées qui contrôlent la Libye, y massacrent les populations, exploitent et mettent sous coupe réglée le territoire libyen, désormais éclaté entre 4 provinces hétéroclites (Bengazi, Syrte, Tripoli, le Faisan) : une « somalisation » complète. La compagnie nationale de pétrole libyenne représente qui dans un tel contexte? Que valent les contrats et quelle est la légalité et la légitimité des opérations des compagnies pétrolières en cours dans le pays ? Peut-on être aussi cynique et fermer les yeux sur le drame des populations libyennes à ce point ?

Déjà à la veille de la chute de Kadhafi, le Conseil national de transition (CNT) libyen annonçait en avril 2011 sa décision « attribuant 35 % du total du pétrole brut aux Français en échange du soutien total et permanent à notre conseil » : ceci représenterait une production de plus de 542 000 bb/j sur sa production journalière de 1 550 000 bb/j d’avant la guerre.

Dans le contexte de la guerre menée par l’OTAN pour tuer Kadhafi en 2011, une telle annonce pouvait apparaitre comme une contribution du groupe français à l’installation de la démocratie en Libye.

Aujourd’hui, 4 ans après, avec ce qui se passe sur le terrain en Libye on est bien loin de l’installation de la démocratie, le pays est en ruine, le semblant d’Etat qui existait sous Kadhafi est totalement délité, c’est le règne des groupes djihadistes qui se partagent le pays et rivalisent dans les exactions et les actions les plus horribles.

Alors comment comprendre que TOTAL, une entreprise « citoyenne » en France, puisse intervenir à l’aise dans un tel merdier.   

En fait, la Libye, qui recèle les plus vastes réserves de pétrole d'Afrique et 9eme dans le monde (44-46.5 milliards de barils), est déjà à elle seule la troisième source d'approvisionnement de la France, ex aequo avec la Mer du Nord (16 % du total en 2010), derrière les pays du Proche-Orient (17 %) et ceux de l'ex-URSS (32 %), selon l'Insee. La France importe plus de pétrole libyen (10,25 millions de tonnes en 2010) que de pétrole saoudien (6 millions de tonnes).

Le groupe français TOTAL, tout comme les firmes pétrolières liées à la Grande-Bretagne, avait peu à perdre et beaucoup à gagner dans la guerre en Libye ; Paris et Londres ont été les plus impliqués dans l'offensive de l'Otan en Libye.

Avant le début du conflit, le groupe français TOTAL était assez mal implanté en Libye, avec seulement deux champs fournissant une modeste production de 55 000 barils par jour (b/j) : très loin derrière l'italien Eni (244 000 b/j), les compagnies américaines (124 000 b/j), et même l'allemand BASF (100 000 b/j), d'après les chiffres du département de l'énergie américain pour 2010.

Plus généralement, l'Occident, qui est à court de nouvelles découvertes de pétrole, est dans la crainte d’une chute de la production contrôlée par les compagnies occidentales. Dès 2005, l'économiste en chef de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) avait annoncé, pour Le Monde, un déclin de la production hors-Opep « peu après 2010 ».

La conséquence serait que les grandes compagnies pétrolières occidentales, celles que l'on a pris l'habitude d'appeler les « majors », alors même que depuis les années 70 et l'émergence de l'Opep, elles ne contrôlent plus qu'à peine un septième des réserves de la planète, perdent leur place de leaders incontestables du marché. En effet, malgré leurs capitaux fantastiques, qui les placent toujours aux tout premiers rangs des plus grandes firmes privées de la planète, les majors sont désormais des « minors », du point de vue du contrôle des réserves, face aux firmes publiques des grands pays exportateurs.

Plus le temps passera, plus la proportion des réserves de pétrole contrôlées par les pays exportateurs augmentera, tandis que la part des compagnies occidentales, elle, s'amenuisera, et cela « mécaniquement », répète Fatih Birol à l'AIE.

N’est-ce pas ici que se trouve la réponse à toutes ces guerres fomentées opportunément dans les pays abritant les plus grandes réserves d’or noir au cours des dernières décennies (Irak, Lybie, Syrie, menaces contre l’Iran, Soudan puis Sud Soudan, Côte d’Ivoire, Mali, République centrafricaine, Tchétchénie et pays d’Asie de l’ancienne URSS, menace de guerre contre la Russie elle-même, instabilité au Nigeria avec la secte BokoHaram, etc.).

La présence et les activités de TOTAL et des autres grandes firmes pétrolières occidentales en Libye finissent de nous convaincre de l’hypocrisie des dirigeants occidentaux, pour lesquels en réalité ne comptent que leurs intérêts mesquins, loin des vociférations et agitations officielles se référant cyniquement à la défense de valeurs démocratiques et de respect des droits de l’homme à travers le monde.

Sous le masque de la protection des droits de l’homme et de la lutte contre le terrorisme que porte l’occident, se cache le contrôle et la protection des ressources de matières premières notamment le pétrole. La concurrence des pays émergents pousse l’occident vers un monopole de type colonial ou l’installation du chaos qui laisse la place au plus fort donc aux pays qui interviennent par la force au non de la démocratie ou de la lutte contre le terrorisme.

En Afrique de l’ouest, outre le Nigeria, cinq États de la région sont actuellement producteurs de pétrole : le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Mauritanie et le Niger. Tandis que les dix autres États sont encore au stade de l’exploration. En termes de réserves avérées, l’Afrique de l’Ouest affiche des proportions identiques à celles de la production : elles s’élèveraient à près de 40 milliards de barils (en 2012), soit environ 30 % des réserves totales de l’Afrique.

S’agissant tout particulièrement du Nord Mali, là d’où est partie la guerre et où persistent les principales tensions, même si cette région contribue très peu – à l’heure actuelle – au PIB du pays, le sous-sol des régions de Gao, Kidal et Tombouctou suscite beaucoup d’espoir : 850 000 km2 de potentiel gazier et pétrolier, selon les études menées par l’Autorité pour la recherche pétrolière (Aurep). Un contexte qui pourrait  expliquer en partie la situation actuelle  et qui pourrait justifier  les velléités de partition du pays.

Quoi  qu’il en soit, 4 bassins principaux ont été identifiés dans cette zone : Tamesna (à cheval entre le Mali et le Niger), Taoudeni (qui couvre également une partie de l’Algérie et de la Mauritanie), le graben de Gao et le rift de Nara (vers Mopti). Le pyromane Barkhane a bien de l’avenir surtout que le pompier est déjà opérationnel : cette zone se situe dans le prolongement de la poudrière libyenne et aux confins de la région convoitée par Boko Haram.

Quand est-ce que les élites et les peuples africains vont-ils comprendre ce fait pour savoir la force que représentent les richesses du continent et prendre conscience de la nécessité de les exploiter pour le développement de nos populations tout en rejetant l’hypocrisie de l’occident et ses prétextes fallacieux pour intervenir dans nos pays.

 

Par Jean Charles TIEMELE, Expert Economiste Financier.

lundi, 30 décembre 2013

REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE: LA FRANCE EN QUETE D'INFLUENCE


CENTRAFRIQUE. SOLDAT FRANçAIS ET ENFANTS.jpg

 

Dossier Centrafrique et France à fric

MICHEL COLLON: «Entre 2000 et 2011, la part de marché de la France au Sud du Sahara a décliné de 10,1% à 4,7%», affirme le rapport Védrine. Voilà la clé! Tout le reste est propagande pour justifier l'ingérence, comme le prouve notre dossier...

République Centrafricaine: La France en quête d'influence - Tony Busselen

«Augmenter notre présence en Afrique»: la loi de programmation militaire française - Raphaël Granvaud

Paix et sécurité en Afrique: la France fait partie du problème, pas de la solution - Survie

L'Afrique perd Mandela, mais garde Déby, Biya, Sassou et l'armée française - Survie

La première semaine de décembre, le gouvernement français a lancé l’opération Sangaris, un renforcement de sa présence militaire en République centrafricaine. Officiellement, il est question de sauver la population menacée par un conflit interne. Divers événements qui ont eu lieu cette même semaine semblent cependant indiquer que les motivations de la France sont plus intéressées.

 
Après la Côte d’Ivoire en 2010, la Libye en 2011 et le Mali en 2012, c’est donc au tour de la Centrafrique d’être le théâtre d’une intervention militaire française sur le continent africain. Le président François Hollande a qualifié l’opération d’ « humanitaire », et a ajouté que « les Français doivent être fiers d’intervenir quelque part sans intérêts ». Quoique…
  
Le mercredi 4 décembre, Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères et collaborateur proche de Mitterrand entre 1981 et 1995, rend public un rapport commandé par le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, ayant comme titre Un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France. Védrine note : « Entre 2000 et 2011, la part de marché de la France au Sud du Sahara a décliné de 10,1% à 4,7%. » 
  
Jeudi 5 décembre, la France obtient un consensus au Conseil de Sécurité de l’ONU autour de la résolution 2172 pour une nouvelle intervention dans la République centrafricaine (RCA). Cette résolution est un compromis assez compliqué. La France aurait voulu, comme au Mali, une mission de l’ONU qu’elle viendrait appuyer. Mais, vu la résistance de l’Union africaine, cette option d’envoi d’une mission des Nations unies sera rediscutée dans trois mois. Entretemps, l’Union africaine déploiera une mission de 6000 hommes (Misca) qui remplacera les Forces africaines de la Communauté d’Afrique centrale (Fomac), actuellement présentes avec 1400 soldats. La France, de son côté, a reçu l’aval du Conseil de sécurité pour lancer une opération parallèle au Misca. À cette fin, elle ajoutera 800 troupes aux 400 soldats français déjà présents actuellement dans le pays.
 
Courtiser les dirigeants

Vendredi 6 décembre, le Président Hollande annonce le début de l’opération Sangaris, et des renforts de l’armée française entrent en RCA. Cette décision du gouvernement socialiste reçoit l’appui de toute l’opposition de droite, Front National national. Le Parti de Gauche de Mélenchon appuie l’intervention, et le Parti communiste français est le seul à s’y opposer. Son député André Chassaigne déclarera à l’Assemblée nationale que « les interventions militaires françaises vont à contre-courant de l’histoire ». 
  
Le même vendredi 6 décembre, Hollande préside un sommet à l’Elysée où sont invités 53 gouvernements africains. 40 chefs d’États africains sont présents, et de nombreux autres pays envoient des représentants. Sont aussi présents Ban-Ki Moon, secrétaire général des Nations unies, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne et Herman Van Rompuy, président du Conseil européen. Lors de ce sommet, Hollande lance la proposition d’entraîner 20 000 soldats par an pour une force de l’Union africaine. Il expliquera plus tard dans une interview à RFI que, puisque « l’Union africaine est trop divisée », il faudrait entraîner ces troupes pour des forces d’interventions régionales. Il mentionne l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. 
  
La France veut ainsi affaiblir l’Union africaine et renforcer des structures régionales plus contrôlables. Ces événements cadrent donc bien avec une stratégie visant à retrouver une hégémonie économique dans la région, aujourd’hui menacée par la montée de l’influence de pays émergents comme la Chine et l’Inde . Pas exactement une « intervention sans intérêts », donc…

L’armée belge aide l’intervention militaire française en Afrique

Le gouvernement belge assiste la France dans son intervention militaire en République centrafricaine. Pourtant, cette intervention s’inscrit dans une longue histoire d’ingérence.Deux avions de transport vont aider les troupes françaises dans l’opération Sangaris.

Personne ne niera que nous devons tout faire pour sauver des vies et faire cesser l’anarchie et la violence en République centrafricaine. Mais pourquoi la France particulièrement doit-elle mener une deuxième opération militaire à côté de celle de l’Union africaine ? Et pourquoi la Belgique doit-elle y appuyer la France ?
 
La France est l’ancienne puissance coloniale qui, depuis l’indépendance, en 1959, contrôle la situation politique et militaire en République centrafricaine, et il y a des troupes stationnées en permanence. Si, aujourd’hui, la République centrafricaine est complètement K.O. et que l’anarchie y règne, c’est en grande partie la France qui en est responsable.
 
Le premier président nationaliste de la République centrafricaine, Barthélemy Boganda, est décédé dans des circonstances suspectes lors d’un accident d’avion, au début 1959, trois mois après son investiture. Depuis, la plupartdes présidents centrafricains sont venus au pouvoir grâce à des coups d’État. Tous s’appuyaient étroitement sur la France : David Dacko (1959-1965), Bokassa (1965-1979), David Dacko bis (1979-1981), Kolingba (1981-1993),Patassé (1993-2003) et Bozizé (2003-2013). Seul Patassé a été élu en 1993 mais, durant sa présidence, la France a lancé pas moins de quatre opérations militaires.
 
Sur le plan économique aussi, le pays n’a jamais cessé de dépendre de la France. Ainsi, la société d’énergie française Areva décidait en 2010 de reporter l’exploitation de la mine d’uranium de Bakouma jusqu’au moment où le prix de l’uranium allait augmenter. De même, la politique monétaire du pays est définie à Paris par la Banque de France, la banque nationale française, par le système du franc CFA, l’unité monétaire commune des pays de l’Afrique occidentale francophone.


Tony Busselen

 

01:35 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Centrafrique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : afrique, france, centrafrique, république centrafricaine, la france en quête d’influence | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |