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vendredi, 05 juillet 2013

LAURENT GBAGBO, LA NOUVELLE ETOILE DE LA RESISTANCE AFRICAINE FACE A L'INJUSTICE DES OCCIDENTAUX

 

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Enlevé de son pays dans l'indifférence de ses pairs africains - quand ils n'ont pas contribué à sa chute aux côtés de la France - Laurent Gbagbo est devenu, après deux ans de détention dans le goulag de l'Europe occidentale, l'étoile de la résistance africaine, l'étendard de ralliement des défenseurs des institutions africaines et de l'indépendance des choix économiques des nations. Au moment où Nelson Mandela, la dernière idole de la résistance à l'injustice et au racisme s'apprête à nous quitter, l'Afrique entière se réjouit de voir la relève bien assurée.

Entre son arrestation sous les bombes françaises le 11 avril 2011 et son transfert à la Cour pénale internationale à La Haye, durant ses huit mois de détention à Korhogo, il n'y avait guère que de simples citoyens ivoiriens, camerounais et autres Africains à le défendre sans relâche. Dès le 16 avril 2011, ils manifestaient à Paris, place de la Bastille, pour lui crier leur solidarité. Quant aux rares personnalités politiques ayant pris sa défense avant sa chute, elles s'étaient alors murées dans le silence pour ne pas déplaire à la France, qui fêtait en une grande pompe l'avènement de son préfet nègre réintégrant la Côte d'Ivoire dans le giron françafricain d'où Laurent Gbagbo avait péniblement tenté de l'en extraire. La Côte d'Ivoire était revenue à son point de départ.

Les visages de la résistance à l'injustice

Il a donc fallu la ténacité de ces groupuscules d'Ivoiriens et d'Africains, mus par une même volonté, unis dans un même combat, arpentant les rues des villes européennes et faisant des émules aux Etats-Unis et au Canada, pour que le séjour de Laurent Gbagbo à La Haye ne se déroule pas dans le silence et l'indifférence des nations du monde entier. Il a fallu aussi le talent et l'habileté des journalistes d'investigation (1) comme Théophile Kouamouo, Charles Onana ou Grégory Protche, pour peindre la profonde injustice dont était victime le prisonnier de la CPI ; il a fallu le talent et l'habileté d'une petite mais ardente armée de blogueurs pour que les crimes passés et actuels du nouveau pouvoir ivoirien circulent à travers le monde entier et deviennent même des éléments de référence dans la défense de l'illustre prisonnier.

Dans leur dur et long combat, ces défenseurs de Laurent Gbagbo et du respect de la constitution ivoirienne seront réconfortés par deux excellents films-documentaires. Le premier, Laurent Gbagbo dans le tourbillon du Golfe de Guinée, diffusé en mars 2011, un mois avant sa chute, démontrait de manière éclatante la rapacité de la France sur les immenses richesses encore inexploitées du pays, et sa volonté de contrecarrer le plan d'indépendance économique prôné par le président ivoirien. Le deuxième est venu d'Italie, curieuse de savoir ce qui s'était passé dans l'ouest ivoirien. A travers les témoignages locaux, ce film nous permet de découvrir comment s'est opérée la complicité de la France dans les massacres de Duékoué et de ses environs, et l'on comprend pourquoi les journalistes français refusent de voir la vérité sur cet épisode de la guerre postélectorale. Galvanisés par la flagrante injustice, convaincus de la nécessité de porter la vérité jusqu'à ce que la lumière la rende visible à tous, les Ivoiriens, les panafricanistes et leurs rares amis européens n'ont pas baissé les bras et n'ont eu de cesse de multiplier les manifestations en France, en Italie et devant la Cour pénale internationale à La Haye.

On peut affirmer que jamais, dans l'histoire, un leader noir n'a bénéficié d'autant de soutiens de la diaspora africaine et d'autant de sympathie de la part des populations d'Afrique noire. Patrice Lumumba, Kwamé Nkrumah, Sékou Touré, sont morts dans le silence, même si de nombreux Africains les portaient dans leur coeur. Durant ses 27 années de prison, jamais Nelson Mandela n'a bénéficié d'une telle sympathie populaire. Il faut dire que les temps ont changé : grâce à Internet, l'information circule plus rapidement, les mensonges sont plus vite signalés et démontrés. Ce que l'on tente de cacher se retrouve rapidement porté sur la place publique parce que tous les citoyens, partout dans le monde, sont devenus des informateurs. Plus personne n'a le monopole de l'information. Voilà pourquoi le grossier coup d'état contre Laurent Gbagbo, présenté par la France et l'ONU comme une entreprise de salut public, a fait de lui, en moins de deux ans, le héros africain de la résistance à l'impérialisme européen.

L'accélération de la dénonciation de l'injustice faite à Laurent Gbagbo

On peut même dire que la forte offensive de la résistance au nouveau pouvoir et au mur du mensonge qui cachait la vérité sur le drame ivoirien a surpris les commanditaires et acteurs européens du coup d’état du 11 avril 2011. La popularité de Laurent Gbagbo, fortement ancrée dans le paysage politique de ce début du XXIe siècle, a forcé de nombreuses personnalités politiques à considérer de plus près la manière dont le pouvoir lui a été arraché et les conséquences de ce forfait. Dans l'introduction du livre de Charles Onana (Côte d'Ivoire, le coup d'Etat), publié en novembre 2011, M. Tabo Mbeki, l'ancien président sud-africain - l'un des premiers médiateurs entre les deux parties du conflit ivoirien - a clairement démontré la ferme intention de la France de se débarrasser de Laurent Gbagbo et le soutien précieux dont elle a bénéficié de l'ONU. En septembre 2012, lors du congrès de l'Internationale Socialiste, en Afrique du Sud, le Ghanéen Kofi Awoonor avait à son tour fustigé la passivité des socialistes français devant le sort réservé à Laurent Gbagbo. En décembre 2012, enfin, un socialiste - François Loncle - révèle l'activisme corrupteur de madame Alassane Ouattara auprès des hommes politiques français ; dans la même période, Georges Peillon, ancien porte-parole de la force Licorne (l'armée française impliquée dans le conflit ivoirien) reconnaissait le parti pris du pouvoir et des médias français dans la vie politique de la Côte d'Ivoire depuis 2002.

Si les aveux et les critiques étaient devenus de plus en plus nombreux et fragilisaient le pouvoir ivoirien tout en mettant à mal le soutien que lui apportait la France, ce pouvoir demeurait solide aux yeux de l'Europe grâce au mutisme des médias et du gouvernement socialiste qui avait revêtu les habits impérialistes laissés par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. C'est finalement à partir de février 2013 que le procès devant confirmer ou infirmer les charges du procureur de la CPI contre Laurent Gbagbo va donner un nouveau souffle à la Résistance ivoirienne et africaine et commencer à ébranler le pouvoir en place et les certitudes des commanditaires onusiens et français. Ce procès se révéla, en effet, une belle occasion de démontrer que les accusateurs de Laurent Gbagbo manquaient d'arguments pour le faire condamner. Quand on mène pendant dix ans une rébellion contre un pouvoir légal en tuant femmes et enfants, quand avec l'aide de forces étrangères on mène une charge finale sanglante pour s'emparer du pouvoir, cela apparaît en effet ignoble d'accuser celui qui a été défait d'avoir résisté. Oui, c'est ignoble d'accuser le vaincu de vous avoir obligé, par sa résistance, à tuer femmes et enfants dans votre conquête du pouvoir. Toutes les images de l'attaque d'Abidjan ne révélant que des crimes commis par les assaillants et leurs soutiens, le procureur a dû se tourner vers des documents étrangers pour illustrer son argumentation, la fragilisant par la même occasion. Comment peut-on, dans ces conditions, condamner un homme ou même le garder en prison?

Dès lors, avant même que les juges de la Cour pénale internationale ne déclarent insuffisantes les preuves présentées par le procureur demandant la condamnation de Laurent Gbagbo, il était difficile aux instruments de la propagande étrangère de cacher la vérité. Les ONG entrèrent donc dans la danse, au début du mois d'avril 2013, et dénoncèrent « la justice des vainqueurs » tout en soulignant les crimes ethniques, les exécutions sommaires, les chasses à l'homme et les emprisonnements arbitraires des partisans de Laurent Gbagbo - œuvres du pouvoir actuel, de son armée et de ses milices. Indiscutablement, l'impunité des hommes du nouveau régime blesse la conscience humaine ! Condamner Laurent Gbagbo pour avoir résisté à l'assaut de l'ennemi et voir les vrais bourreaux du peuple ivoirien se pavaner effrontément, alors que les médias africains et les blogueurs étalent quotidiennement les images de leurs crimes, apparaît comme une blessante injustice !

A la suite des ONG, comme si la parole était enfin libérée, ce sont les hommes politiques africains, jusque-là muets, qui vont donner de la voix. Au sommet de l'UA, à la fin de mai 2013, le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, président de cette organisation, a qualifié la CPI d'instrument raciste au service des occidentaux : « Lors de la création de la CPI, l'objectif était d'éviter toutes sortes d'impunités ; mais, désormais, le processus a dégénéré en une sorte de chasse raciale ». Effectivement, la trentaine d'hommes politiques africains poursuivis par cette institution ne laisse pas penser autre chose. Le 15 juin, au Gabon, lors d'un débat consacré à « l'indépendance » en Afrique, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a vivement contesté les dires du procureure Bensouda en accusant les Européens d'utiliser la CPI pour manipuler la politique des nations africaines : "C'est malheureux, qu'un grand nombre de conclusions ait été réduit à la manipulation politique [...] Il n'est pas honnête de dire que la CPI ne s'acharne pas contre l'Afrique. Je ne suis pas d'accord avec ma soeur Bensouda". Puis elle a demandé à celle-ci de ne pas dire "que les Africains viennent la voir [la CPI] pour être jugés. C'est faux, car l'Afrique ne veut pas de colonialisme judiciaire".

La position des hommes politiques africains sur la Cour pénale internationale est donc plus que claire : elle n'est pas impartiale ; elle n'est pas crédible ; elle est raciste. Et, à partir du 3 juin 2013, après l'ajournement du procès et le renvoi de la procureure à la recherche de preuves plus convaincantes, les Européens aussi se laissent gagner par le doute quant à l'impartialité de cette institution. Les journaux français qui, jusque-là, n'ont fait aucun cas ni des nombreuses marches de soutien à Laurent Gbagbo à Paris ou à La Haye, ni des pluies de critiques contre l'injustice du pouvoir actuel concernant l'analyse des crimes commis avant et après les élections, se sont tout à coup mis à faire le procès de la CPI. Pour la première fois depuis 2002, le journal La Croix ne fait ni l'apologie de l'élu de la France ni la critique de l'ennemi juré des journalistes français. Marianne de son côté juge le procès de la CPI fait par les africanistes tout à fait justifié. C'est à croire que pour tout le monde le mensonge qui fait de Laurent Gbagbo le seul responsable des morts avant et après les élections présidentielles de 2010 ne peut plus être défendu.

La preuve que le vent a tourné et dévoile peu à peu la vérité, c'est que même les muets parlent en France ! Qui a déjà entendu Koffi Yamgnane réagir aux injonctions méprisantes et injustes adressées à Laurent Gbagbo avant et après les dernières élections présidentielles en Côte d'Ivoire ? Qui l'a entendu parler de Laurent Gbagbo ou lui témoigner la moindre sympathie depuis qu'il a été arrêté dans le palais présidentiel par l'armée française ? Incapable de la moindre indépendance de parole, voilà qu'il profite de l'indignation de Bernard Houdin (conseiller de Laurent Gbagbo) pour dire tout simplement que lui aussi pense que « trop, c'est trop », que l'injustice contre Laurent Gbagbo ne peut plus continuer. Mais attendons de voir s'il ira plus loin que la simple indignation partagée. De son côté, la présidente du Mouvement des Africains-Français, qui s'est toujours opposée aux marches de soutien à Laurent Gbagbo et n'y a jamais participé, entreprend enfin une action précise dans la lutte contre l'impartialité de la CPI : elle lance une pétition pour le retrait des nations africaines de cette institution. L'intention est bonne, mais elle ignore que le combat politique se mène dans la persévérance et non pas périodiquement.

Dans tous les cas, Laurent Gbagbo ne laisse plus personne indifférent puisque ce qui était censé être son procès s'est transformé en procès de l'institution chargée de le juger. Quel retournement de situation ! N'est-ce pas déjà la victoire de la vérité sur le mensonge ? En clair, la CPI se discréditerait complètement aux yeux du monde en maintenant sa volonté de juger Laurent Gbagbo. Elle se trouve dans l'obligation de le libérer et prendre le temps de revoir son fonctionnement par rapport à l'analyse des crimes et des supposés criminels qu'elle doit juger. Les nouvelles preuves du procureur contre Laurent Gbagbo sont d'avance jugées par l'opinion publique internationale comme irrecevables ; et un éventuel procès serait considéré comme une injustice. Arrêter des partisans de l'actuel président de la Côte d'Ivoire et les traduire devant la CPI afin de justifier la poursuite du procès serait désormais inacceptable. Cette dernière entreprise serait perçue par tous comme l'aveu de l'injustice dont est victime Laurent Gbagbo depuis deux ans, voire depuis dix ans.

Quel long combat ! Mais quel combat magnifique et enthousiasmant quand, comme par miracle, tout le monde le trouve juste ! Après Nelson Mandela, toutes les nations reconnaîtraient-elles l'injustice faite à Laurent Gbagbo ? Quelle belle victoire en perspective ! Ses partisans, les panafricanistes, les journalistes activistes soucieux de la vérité, les infatigables blogueurs, les amis Français - en particulier Guy Labertit, Michel Galy, Bernard Houdin et Albert Burgi - et ses admirateurs anonymes qui vivaient dans la peur, sont aujourd'hui fiers de leur combat et heureux de voir ça et là des appels à sa libération pure et simple. Un homme qui, par son seul amour de la vérité, un homme qui a juré d'aller jusqu'au bout et parvient par sa ténacité à renverser l'opinion publique et la machine judiciaire internationale qui s'acharnait à le perdre, ne mérite que l'admiration et les éloges. L'ancien Premier ministre du Togo (1991-1994), Joseph Kokou Koffigoh, et l'artiste béninois Yokula (reggaeman) l'ont bien compris. Ils ne sont pas restés insensibles à cet amour de la vérité attaché au coeur du prisonnier de La Haye. L'un vient de lui consacrer un très beau poème demandant sa libération « des mains de l'infamie » et l'autre une chanson qui clame son amour pour la légalité constitutionnelle.

Laurent Gbagbo est entré dans l'Histoire parce qu'il a donné sa vie pour la vérité, pour le respect de la constitution de son pays ; il est entré dans l'Histoire parce que l'Afrique a reconnu dans son combat le sien. En s'accrochant à la vérité et au droit, Laurent Gbagbo a accepté de subir l'infamie de l'emprisonnement dans le goulag des puissances occidentales. Comme tous ceux qui ont consacré leur vie aux grands idéaux humains pour que leurs semblables grandissent sous un jour nouveau, l'heure de sa rédemption viendra. Quant à toi, lecteur, n'oublie pas qu'un jour tu devras répondre à cette question : qu'as-tu fait poursoutenir le combat de l’homme que l'on admire aujourd'hui ?


Raphaël ADJOBI

 

1. J'accuse Ouattara, édit. Le Gri-gri (Théophile Kouamouo) ; Côte d'Ivoire, le coup d'état, édit. Duboiris (Charles Onana) ; On a gagné les élections mais on a perdu la guerre, édit. Le Gri-gri (Grégory Protche).


Source: Les pages politiques de Raphaël

mercredi, 18 avril 2012

GRANDE INTERVIEW AVEC HASSANE MAGUED: «JE SUIS UN RESISTANT AFRICAIN ET UN GUERRIER ENGAGE CORPS ET AME»

 

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Infodabidjan: Dans un premier temps, comment souhaiteriez-vous qu’on vous nomme? En un mot présentez-vous au grand public.

H.M: (Sourire) Il serait assez délicat de me présenter en un seul mot au grand public. Je me nomme Hassane Magued. Ça vous le savez déjà. Est-ce un nom à l’Etat civil ou un nom de Code? Je ne vous répondrai pas et n’en soyez pas déçus. Alors s’il était indispensable que Hassane Magued se présente au grand public en un seul mot, il dirait: Résistant. Je suis un Résistant africain. Et un guerrier engagé corps et âme pour la libération totale et irréversible de la Côte d’Ivoire de l’occupation étrangère.

Infodabidjan: Pourquoi avoir choisi d’écrire?

HM: Auriez-vous préféré la tradition orale? (Rire) Juste pour rigoler un peu. Hassane Magued a toujours écrit. Mais il a choisi d’écrire d’une façon particulière maintenant parce que l’Histoire en construction de la Nouvelle Afrique l’y a invité.

De tout temps, ma plus grande peine a été la faiblesse de la plume du journaliste africain en situation de guerre de communication. Nous nous contentons d’un journalisme d’information et de dénonciation. Ce type de journalisme est extrêmement utile et efficace, mais ayons la modestie de reconnaître qu’il est d’une efficacité limitée lorsqu’il s’agit de gagner la guerre de l’opinion.

Dans le contexte de l’invasion de la Côte d’Ivoire, il s’est imposé à moi, par devoir citoyen et panafricaniste de tenter de combler un certain vide. Car de mon humble point de vue, la préparation psychologique de nos peuples à des grands bouleversements imminents, la préparation des générations futures à l’esprit d’une lutte permanente contre les velléités d’invasion, le travail d’information stratégique des forces engagées dans la Résistance, entre autres, sont le devoir premier de l’intellectuel quand une nouvelle page de l’histoire des nations s’écrit.

Alors, Hassane Magued a choisi de faire du journalisme de combat pour mener une guerre sans répit et sans merci contre la machine de propagande de l’agresseur parce que cela est un devoir citoyen et panafricaniste pour lui.

Infodabidjan: Il s’agit donc d’articles de dénonciation et de mobilisation!

H.M: Oui, mais nos écrits vont bien au-delà. La propagande de l’ennemi a construit un empire de mensonge et de faux. Nous avons déconstruit ce mensonge et vous voyez désormais comment l’opinion africaine réagit à la vue de l’agresseur. Elle le hue. La prochaine étape sera de lui jeter des pierres.

La propagande de l’ennemi a diabolisé le juste et habillé en fourrure d’agneau, l’imposteur, le criminel, le voleur, le génocidaire. Eh bien notre travail reste, entre autres, de restituer devant l’histoire, le profil réel de l’imposteur, du criminel, du voleur, du génocidaire quels que soient les parures, les fonctions, les appellations ou les montages médiatiques qu’il s’offre. Puis dans un second temps, ce travail se parachève par un rétablissement de l’image écornée ou défigurée du juste afin que l’histoire retienne cela et qu’elle le réhabilite.

Ce sont juste, quelques pistes d’analyse que nous énumérons pour comprendre le travail que nous faisons. Ce qu’il faut donc retenir, c’est que nous ne faisons pas que de la mobilisation et de la dénonciation. Nous bâtissons de façon transversale, tout un système de communication qui déconstruit, construit, maintien en éveil, prépare aux grands bouleversements, exhorte à la patience, affermi l’esprit de Résistance et donne des indicateurs, parfois précis, parfois codés, des acquis de la lutte qui cachent mal notre Victoire dans un futur certain et très proche.

Infodabidjan: Quelle est la particularité de publier de tels articles en étant en exil?

H.M: Hassane Magued se sent à la maison partout en Afrique. Le sentiment d’être en exil est un esprit d’abandon et de désespoir. Il faut se sentir chez soi, sur un nouveau théâtre de combat, dans un contexte social différent. Et chaque jour, il faut renforcer la détermination, la hargne de vaincre. Hassane Magued ne se sent pas et ne sentira jamais en exil. Dès lors, il n’y a aucune particularité à être ici ou là. En Tunisie ou en Algérie, en Afrique du Sud ou en Angola, Hassane Magued mènera le combat en étant chez lui, en Afrique, à la maison, sur la terre de nos ancêtres, digne et fier de servir.

Infodabidjan: Comment l’idée vous est venue d’écrire?

H.M: Je recadrerai cette question, si vous me le permettez. Je dirai pourquoi avez-vous choisi le concept idéologique de la Révolution Permanente ?

Et je répondrai : Hassane Magued, a toujours écrit et théorisé sur les grandes questions politiques, dans des cadres privés ou dans l’antichambre d’un certain pouvoir politique. Mais il se sent dans la peau d’un idéologue et d’un stratège politique.

Du point de vue idéologique, Hassane Magued, n’est pas un politicien. Mais il pourrait être un réformateur socialiste ; il peut être aussi appelé trotskiste. Ce qu’il faut retenir, c’est que Hassane Magued croit que la Révolution Permanente du point de vue idéologique est la panacée dans le combat de libération engagé par la Résistance africaine.

La Révolution Permanente est la vision idéologique de Léon Trotski. Pour simplifier, la Révolution Permanente prône un combat révolutionnaire permanent, qui ne doit pas se contenter marquer des bémols avec des victoires au coup par coup comme le préconisait Lénine, mais devra mener la Révolution jusqu’à la réalisation complète de l’objectif que l’on s’est fixé.

Aujourd’hui, l’Afrique ne peut pas se contenter de victoires thématiques du genre, on voulait voler notre victoire à l’élection, nous avons résisté et la vérité a été rétablie donc, nous continuons avec le prédateur qui a tenté le coup et nous oublions le passé.

Deux ou trois années plus tard, on se réveil avec une rébellion armée qui partitionne le pays et on se contente de résister, obtenir la condamnation hypocrite de cette rébellion par ses vrais parrains et puis, on est heureux et on décide de faire copain – copain. C’est une grave erreur dans l’approche du combat révolutionnaire. C’est le prix de ce genre d’erreur que la Côte d’Ivoire paie aujourd’hui.

Pour la Révolution Permanente, si notre objectif est l’Indépendance économique, le respect de la Souveraineté de nos Etats, la fin du dictat d’une puissance armée se comportant comme un mal dominant vis-à-vis de nous, eh bien, dès que nous déclenchons un processus révolutionnaire, il faut maintenir le cap jusqu’à atteindre le point de réalisation complet et irréversible de notre objectif. Tout contentement qui vise à baisser la garde après des victoires thématiques, des victoires au coup par coup, est une erreur d’approche idéologique.

Voici pourquoi nous avons choisi d’écrire pour partager cette vision idéologique distillée dans toutes les Chroniques que nous publions.

Infodabidjan: Et combien de temps ça vous prends pour écrire ces articles?

H.M: Le temps le plus long est celui de la compilation des informations et des analyses consacrées au traitement des informations compilées grâce un puissant réseau qui a des acteurs dans tous les milieux sociopolitiques et socioéconomiques de la Côte d’Ivoire. Après coup, une proposition venant d’un acteur de la Révolution Permanente pour harmonisation du style de rédaction ou un travail de rédaction venant directement de ma modeste personne, ne prend jamais une heure de temps. Quand ce temps moyen doit être dépassé, c’est que la Chronique du jour s’est voulue un peu plus longue, allant de 4 à 5 pages.

Infodabidjan: D’où tirez-vous votre inspiration ?

H.M: (Sourire) De Dieu, car il n’y a que Lui pour donner de l’intelligence et la capacité aussi bien d’analyse que de rédaction que nous avons. Des fois, (silence), j’ai l’impression que quelqu’un me dicte ce qui doit être écrit et dit. Il y a forcément la Main de Dieu dans le travail de nous faisons. J’en suis plus que convaincu. Je n’en dis pas plus.

Infodabidjan: On peut donc dire que depuis le 11 avril, vous êtes concentré sur les faits de la crise ivoirienne!

H.M: Avant le 11 avril 2011 dans des cercles privés d’analyse stratégique et après cette date maudite, nous avons décidé de constituer une force de Résistance sur un des fronts sur lesquels l’ennemi nous battait les yeux fermés autrefois ; je veux parler de la guerre de communication. Mais de temps à autres, nous interpellons des pays comme le Cameroun, l’Angola, la RD Congo, la Guinée Equatoriale et nous ne manquons pas de mettre Monsieur Nicolas Sarkozy devant ses responsabilités historiques dans l’agression barbare qu’il conduit par mépris racial contre une Afrique qui ne lui a rien fait de mal et dont le seul tort est de posséder des richesses immenses.

Infodabidjan: Ecrivez-vous seul ou vous le faite en équipe?

H.M: Cette question a déjà été répondue.

Infodabidjan: Avez-vous des représentants qui sont chargés de faire la campagne de communication?

H.M: Cette question a déjà été répondue.

Infodabidjan: Comment avez-vous accueilli la nouvelle du transfèrement de Gbagbo devant la CPI?

H.M: Sans surprise car nous avions prévenu dans une Chronique d’indignation adressée plus ou moins à Monsieur Koné Katina, qui s’était félicité de l’ouverture d’une enquête décidée par la CPI sur les événements consécutifs au braquage électoral de l’ONU et de la France perpétré du 28 novembre 2010 au 11 avril 2011 date de capture du Président GBAGBO par la France.

Et sur la question, notre position a toujours été constante et elle ne variera pas tant que l’histoire ne nous a pas démontré que nous nous sommes trompés.

Ce qui se joue autour de la personne du Président GBAGBO n’a rien de juridique. Et la solution ne sera pas juridique ou simplement juridique, pour être plus précis.

Il y a deux angles sous lesquels nous analysons la capture et la déportation du Président GBAGBO: 1) l’angle du mépris racial, 2) l’angle de la rectification coloniale conceptualisée par certains comme étant une simple recolonisation.

Sous l’angle du mépris racial, le Président GBAGBO a été diabolisé puis humilié par Nicolas Sarkozy et la classe politique française, par ce que – et là je tiens cette opinion de Nicolas Sarkozy lui-même – il fait partie d’une espèce de sous-hommes, qui ne sont pas encore entrés dans l’Histoire et qui osent tenir tête à un président civilisé, bâtisseur de l’histoire des nations et maître incontestable du destin de l’Afrique. Résultat : à la façon dont les esclaves impolis étaient punis et humiliés autrefois par leurs maîtres blancs, le Président GBAGBO a été traqué comme un Noir marron, capturé, humilié et déporté dans une prison d’asile. Et il n’y a pas institution plus appropriée que la CPI, cette cour créée par l’ONU pour légaliser le traitement méprisant et dégradant du Noir qui ose dire “Non”.

Sous cet angle, aucun avocat, avec tous les meilleurs arguments du monde, ne réussira jamais à sortir le Président GBAGBO de cet asile pour les Noirs, les ex-esclaves insoumis.

Sous l’angle de la rectification coloniale, nous sommes convaincus que la décolonisation des années 60 n’a jamais été prise au sérieux par les Colons d’hier. Il y a donc eu un malentendu entre les Colons d’hier et les Colonisés. Ces derniers pensaient qu’ils avaient recouvré la Liberté et qu’ils étaient devenus maîtres de leurs destins. Mais le Colon n’entendait pas cette décolonisation de cette façon.

Il traite les anciennes colonies comme des délégataires de droit d’administration de propriétés coloniales. C’est ce qui explique que si le délégataire principal, celui qu’on appelle abusivement Président, n’emporte pas l’adhésion du Colon ou ne lui offre pas des garanties de soumission, le Colon procède à une rectification. Ou si vous le voulez, il procède à une annulation de la décision.

Et cette dynamique de rectification s’observe dans la déconstruction et la recomposition des frontières nationales héritées de la colonisation, telle qu’amorcée en 2011. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est en plein repeuplement avec un schéma très clair de fendre le pays en deux en partant du Nord-Ouest jusqu’au Sud-Ouest pour le donner au Burkina Faso. Parce que Blaise Compaoré contesterait l’ancien découpage qui a fait que la Haute Volta était restée confinée dans la partie désertique et la Côte d’Ivoire, dans la partie humide. Si les Ivoiriens ne se réveillent pas pour mettre fin à ce repeuplement, la Côte d’Ivoire subira une nouvelle partition, cette fois-ci, pas de l’Est à l’Ouest en passant par le Centre du pays, mais du Nord-Ouest au Sud-Ouest en incluant le Port de San Pedro et la zone cacaoyère de Soubré.

C’est ce projet de rectification coloniale qui a donné la partition du Soudan. C’est ce même projet qui est en train de donner la partition du Mali. Cette même volonté de rectification coloniale va se réaliser en RD Congo dès qu’un acteur crédible sera trouvé. Etc. Etc.

Alors pour en revenir au Président GBAGBO, sa résistance, ayant empêché la réalisation du projet de partition de la Côte d’Ivoire dans le bon sens, a été une des raisons fondamentales de sa déportation. Il n’est ni plus ni moins qu’un Résistant qui menace un projet de rectification coloniale visant les frontières de la Côte d’Ivoire héritées de la Colonisation.

Infodabidjan: Quel est votre sentiment par rapport à cette situation?

H.M: là aussi, notre position est très claire. La Côte d’Ivoire est un pays envahi et occupé par des armées étrangères. Il faut procéder à la libération conséquente de la Côte d’Ivoire et à la construction d’un système de gouvernance révolutionnaire qui permettra l’émergence d’un pays fort, craint, respecté et ouvert sur le monde dans le cadre d’un recentrage diplomatique, économique et monétaire.

La Côte d’Ivoire libérée équivaut à un Laurent GBAGBO libéré. Sinon, en partant de report en report du procès à la CPI, avec des exceptions de procédures et autres raisons farfelues, le tout couronné par une manipulation du temps, le Président GBAGBO sortira un jour de son asile de déportation, blanchi, mais à un âge où il viendra trouver ces petits fils à naître, déjà adultes.

Infodabidjan: Hassane, nous allons aborder la seconde partie de cette interview. Pouvez-vous nous dire quand vous avez vu et parlé à Laurent GBAGBO pour la dernière fois?

H.M: (Sourire) Tout comme vous, j’ai vu le Président GBAGBO pour la dernière fois la télévision, après sa déportation. Quand est-ce que je lui ai parlé pour la dernière fois ? Je dirai, par personne interposée, avant le 11 avril 2011, par correspondance ouverte, dans une Chronique l’invitant à la Repentance. Repentance, non parce qu’il aurait été condamnable mais parce que cela est un geste d’humilité que Dieu agrée. La Bible enseigne que « Car tous ont péché qu’ils sont privés de la gloire de Dieu ». C’était juste dans cet esprit biblique que nous avions demandé la repentance.

Infodabidjan: Que pensez-vous de la communication mise en place par les résistants? Je veux parler de Infodabidjan, de notre partenaire de la Radio VRA et tous les autres sites qui défendent le droit humain et la liberté de ivoiriens y compris le travail que vous faite.

H.M: Alors vous me donnez là l’occasion, pour la première fois d’exprimer ma fierté devant le réveil de la Résistance patriotique et révolutionnaire qui a investi tous les canaux de communication et a damé le pion de très loin aux menteurs qui faisaient la pluie et le beau temps hier.

C’est aussi l’occasion pour dire grand merci à Infodabidjan et à la Radio VRA, que j’ai découverts grâce à un ami, et qui aujourd’hui, sont la vitrine, sinon l’une des vitrines majeures de la guerre de communication engagée par la Révolution Permanente et tous les Résistants contre les envahisseurs de la Côte d’Ivoire. Ma modeste personne ne peut pas vous remercier. Mais le peuple ivoirien et les Patriotes africains sauront mieux que moi, trouver les mots et les gestes forts pour vous dire merci.

Si vous le permettez, je voudrais saluer dans une union de cœur et de prière, les Guerrières et Guerriers Touré Zeguen, Abel Naki, Awansou Sehivé, Steve Beko, Shlomit Abel, Prisca Joelle Stani, … pour ne citer que ces noms et dire ma fierté à tous les tenants de la flamme de la Résistance Patriotique et Révolutionnaire (Administrateurs de sites web, de Blogs, de Pages sur les réseaux sociaux, Communicateur de Web radios, etc.) qui font un travail qui dépasse toute espérance et dont les résultats sont maintenant visibles. Merci et tous mes encouragements à la Presse Imprimée. Merci du fond du cœur pour votre engagement patriotique et citoyen. Votre amour manifesté pour la Côte d’Ivoire est une leçon de civisme et un témoignage vivant que les jeunes générations hériteront avec fierté et dignité. Merci.

Infodabidjan: Êtes-vous prêt à appeler à la mobilisation des ivoiriens face à tout ce qui se passe tous les en Côte d’Ivoire? Nous ne parlons pas d’insurrection.

H.M: (Silence) Qu’est-ce qui vous gênerait si nous appelions à une insurrection du peuple de Côte d’Ivoire contre les armées étrangères qui l’ont asservi, protègent des égorgeurs, voleurs et violeurs et tirent sur des citoyens libres, pour protéger leur entreprise de pillage organisé et de déconstruction de la Côte d’Ivoire ?

(Sourire) Mais soyez rassurez. Je ne vais pas vous embarrasser en utilisant le cadre de cette interview dont vous m’en faites l’honneur, pour passer un tel message.

(Le ton grave) L’heure vient et elle est là où les rires moqueurs vont se changer en pleurs et où le fardeau de la responsabilité et du devoir de rendre compte, mettront fin à jamais, au mépris de la vérité, de la justice mais aussi et surtout, au plaisir de faire mal. Ce jour vient et il est là. L’histoire est notre témoin à tous.

Infodabidjan: Que pensez-vous des cadres du FPI? Pensez-vous qu’ils aient été à l’origine de certaines erreurs de Laurent Gbagbo?

H.M: Souffrez que je ne sois pas juge du FPI et non plus juge du Président GBAGBO. Le FPI fera son propre bilan. Chaque cadre fera son examen de conscience. Et nous ferons notre travail de Combattant au service d’une Côte d’Ivoire forte, débarrassée des insouciants et des prétentieux.

Le plus important, c’est que cette situation de déconfiture nous serve de leçon d’histoire et d’école de la vie. Mais à tous ceux à qui cette situation de perdition ne donnera aucun enseignement en vue de s’améliorer, je voudrais dire que la Côte d’Ivoire libre et restaurée les rejettera comme des malpropres.

Infodabidjan: Ils sont nombreux ces ivoiriens qui ne cessent de vous lire, quel message leur donnez-vous?

H.M: Je voudrais leur dire trois choses : la première, c’est mon infinie reconnaissance et mes remerciements soutenus pour leurs encouragements et leur engagement aux côtés d’une Côte d’Ivoire qui se meurt. Ils sont gagnés parfois par le doute, le désespoir et l’impatience. Je voudrais leur dire que si le temps de Dieu était celui des Hommes, la cause de leur malheur aurait été extirpée avant la fin de l’année 2011. Mais ce n’est que partie remise.

La deuxième chose que j’aimerais leur dire, c’est que nous avons besoin de leur implication pour une diffusion plus large des idées et idéaux que la Révolution Permanente diffuse à travers ses Chroniques. Partages par courriels, impression et distribution dans des cercles parentaux ou d’amis, récupération des arguments développés pour convaincre des interlocuteurs, voici l’approche participative que nous attendons des Ivoiriens et Résistants africains.

Et enfin, je leur dirai, bientôt, nous nous regarderons assis face à face et ensemble, nous regarderons vers des horizons plus heureux dans un esprit de fraternité vraie.

Infodabidjan: Certains nous ont contacté et nous ont demandé si Hassane publiera un livre que leur répondez-vous?

H.M: (Rire) Je leur répondrai que j’ai moi-même été contacté, par personne interposée, par certains éditeurs, sur de tels projets mais pour l’heure, nos priorités sont ailleurs.

Je crains d’avoir à participer à une vaste entreprise de “mercantilisation” de la souffrance des Ivoiriens en tirant de faux honneurs à goûter au fruit défendu de la célébrité commerciale. Ce genre de chose doit être abordé froidement, avec l’intention de faire œuvre utile, de fortifier l’esprit de combat et créer les pistes pour la victoire finale sur l’ennemi.

Si tel est la motivation de mettre un ou des ouvrages à la disposition de la Résistance, nous nous ferons le devoir d’apporter notre contribution. Sinon, cela est sans intérêt pour nous.

Mais il nous plairait bien, comme Mao Tse Toung l’a fait dans le Petit Livre Rouge, de mettre à la disposition des Résistants africains, des Ouvrages dont le plus important pour moi, sera probablement, « Mes Méditations sur la thématique du développement souverain ». J’y travaille et une surprise n’est pas loin.

Infodabidjan: Votre dernier mot aux ivoiriens.

H.M: (Rire). Si je n’ai droit qu’à un seul mot, ce sera « Merci ».

 

Interview réalisée par Sonia Kouamé pour Infodabidjan.


Source: INFO D'ABIDJAN.NET