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lundi, 06 février 2012

L’IMPACT DE LA PERTE DU TRIPLE A DE LA FRANCE SUR LES PAYS DE LA ZONE FRANC


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Le 13 janvier 2012, la France a vu son triple A voler en éclat. Qualifiée d’électrochoc par certains et de catastrophique par les autres, la perte du triple A suscite des commentaires en Afrique et principalement dans les pays africain de la zone franc (PAZF). Le présent article se propose de revenir sur cette perte du triple A de la France sous le regard africain.

1.    Une présentation sommaire des agences de notation


Une agence de notation désigne généralement une agence de notation financière et ne doit pas être confondue avec une  agence de notation sociale et environnementale. Une agence de notation désigne  une entreprise ou une institution chargée de la  notation financière des collectivités (Etats etc.) ou des entreprises selon certains critères définis par une réglementation ou par les acteurs du marché. La notation apparaît aux  Etats-Unis où se développe le marché financier aux  19e siècles. La  panique bancaire de 1837 fait ressentir le besoin d'évaluer la solvabilité des entreprises. En 1841,  à New-York naît The mercantile Agency, première société d'analyse financière de crédit.

Le développement des chemins de fer américain développe ce secteur : les importants investissements des compagnies ferroviaires nécessitent l'appel au  marché obligataire  auprès du grand public et des investisseurs institutionnels. John Moody crée en 1909 la Moody’s  qui vend ses études statistiques sur l'activité des compagnies ferroviaires.

Dans la foulée sont créées The Poor's Publishing Company (1916), The Standard Statistic Company (1922),  Fitch(1924, spécialisée dans la notation du secteur bancaire et communal), Duff & Phelps Corporation (1932, spécialisée dans la notation du secteur des compagnies d’électricité). La  grande dépression a conduit, dans les années  1970  à revisiter le métier des agences qui notent plus sévèrement et n'analysent plus simplement les créances à long terme (obligations) mais aussi à court terme (billet de trésorerie). Avec la mondialisation,  les deux principales agences américaines  Standard & Poor’s et Moody’s développent leurs services sur le marché international. Parallèlement se créent des agences nationales (la première en France en 1986 est l'ADEF, Agence d'évaluation financière) qui ne travaillent qu'à l'échelon local.

Les crises financières et bancaires à répétition ont fini par donner à ces agences, des pouvoirs absolus même si parfois leur diagnostic est mauvais.

Retenons simplement que ces agences de notation financière sont spécialisées dans ce que l'on nomme en anglais le « rating ». Elles se chargent d'évaluer le risque de solvabilité des emprunteurs. Les emprunteurs, dans ce cas précis, peuvent être des entreprises privées ou publiques, des Etats, des collectivités locales comme les départements ou les régions, des communes.

Le rôle des agences de rating est de mesurer précisément le risque de non remboursement des dettes que présente l'emprunteur, on parle aussi de la « qualité de la signature ».

Quels sont donc les systèmes de notation de ces agences ?

Chaque agence de notation financière possède son propre système de notation. Schématiquement, les notes s'établissent de A à D avec des échelons intermédiaires. Ainsi, la meilleure note est AAA, c'est notamment celle des pays industrialisés (Etats-Unis, Allemagne, France etc.). Ensuite on trouve AA puis A chez Standard and Poor's, ou Aa, A, etc. chez Moody's.

On trouve également des notations intermédiaires : en effet, les notes peuvent être affublées d'un "+" ou "-" ou encore d'un "1" ou "2", etc. Ainsi on retrouvera des notations du type AA+, A-, Aa2, etc. Cela permet des classifications plus fines des différents emprunteurs.

Ces différentes notations peuvent être scindées en deux grandes familles : la catégorie "Investissement" ou "High Grade" contenant les notes comprises de AAA à BBB, la catégorie dite "spéculative" pour les notes inférieures.

Il faut également souligner que la notation est assortie d'une orientation à moyen terme permettant de situer un peu mieux la tendance à venir pour la qualité de l'émetteur. Dans certaines situations, on parle de "mise sous surveillance". En effet, les étapes les plus importantes de la vie des sociétés (acquisitions, fusions, investissements très importants...) sont susceptibles de modifier fortement leur physionomie.

2.    Les conséquences de la perte du triple A pour la France


Pour aborder la question portant sur les conséquences de la perte du triple A en France, il semble nécessaire de présenter avant l’impact de la notation des agences de notation.

Pour une entreprise  qui cherche à se financer, la notation obtenue sera déterminante pour les conditions de l'opération. Que ce soit par financement bancaire ou par émission d'obligations sur le marché, plus la note sera élevée et plus l'entreprise trouvera des fonds bon marché à des taux d'intérêt faibles.

A l'inverse, une mauvaise note signifiera un taux d'intérêt plus élevé et des difficultés pour mettre sur pied un financement. La différence de niveaux entre les taux d'intérêt constituera la prime de risque.

Le problème devient notamment important pour les Etats ou les sociétés situées dans la catégorie "spéculative". Les investisseurs institutionnels, principaux pourvoyeurs de fonds du marché, ne prennent pas de risques et n'investissent pas sur ce type de valeurs. Boucler une émission obligataire pour une telle société devient dès lors difficile.

La note n'est pas figée et évolue tout au long de la vie des obligations par exemple. Une révision de la note à la baisse peut faire baisser le cours du titre visé. De même, un changement d'évaluation à la hausse peut faire monter le cours. Les investisseurs sont très attentifs aux modifications de notes ou aux mises sous surveillance des titres.

Enfin, il est important de souligner que les notations attribuées ne sont en aucun lieu des recommandations d'achat ou de vente de titres, il s'agit uniquement de l'estimation du risque de solvabilité à un instant donné et mesuré de manière statistique.

Concernant la France, la perte du triple A  a deux  types de conséquences pour le pays : les conséquences politiques et les conséquences économiques et financières.

Sur le plan politique, l’annonce du vendredi 13 janvier, sonne comme une gifle pour Nicolas Sarkozy. En effet, le président Sarkozy a tellement fait du maintien du triple A français un marqueur politique, que sa perte lui revient comme un boomerang.  Depuis trois ans, le chef de l'Etat fondait son action économique sur le maintien du triple A. Il en avait fait une affaire personnelle, un test de son volontarisme. Une réforme des retraites, deux plans de rigueurs en l'espace de quelques semaines, des hausses d'impôts ciblées puis généralisées, tous ces sacrifices étaient justifiés au nom du maintien du triple A, accordé à la France depuis qu'elle est notée (en 1975) et qu'elle n'a jamais perdu depuis.  Dans le combat de rivalité qu’il a engagé entre la France et l’Allemagne, le coup est d'autant plus dur que l'Allemagne conserve la note maximum, consacrant ainsi le décrochage de la France par rapport à son principal partenaire. Le président Sarkozy est tout simplement « KAO débout ».

Le président et candidat du MoDem, François Bayrou, a ainsi estimé que cette dégradation signait l'échec de la stratégie de Nicolas Sarkozy - en substance, "avec moi on garde le triple A avec les autres on le perd."

Pour François Hollande «  Ce n’est pas la France qui est dégradée mais la politique de Nicolas Sarkozy ».
Il est fréquent d’entendre que le président Sarkozy a commis une triple erreur.

Premièrement, une erreur de méthode. La méthode qui consiste à multiplier les annonces pour occuper le terrain de la réforme et du «courage»  a perdu le président Sarkozy. Car celles-ci peuvent donner, au contraire, l’image de «l’agitation» que Nicolas Sarkozy fustige par ailleurs; accréditer l’idée d’une parole forte suivie d’une action faible; et surtout s’annuler.

Deuxièmement, une autre erreur  a consisté à encourager Claude Guéant dans sa chasse aux voix lepénistes, au motif que, là, seraient les vraies questions posées par les vrais gens. Or, c’est quasiment une ligne directe d’approvisionnements du vote Le Pen qui a été construite; et l’offensive de Nadine Morano contre Marine Le Pen vient bien tard.

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lundi, 07 mars 2011

LA GARANTIE MONETAIRE DU FRANC CFA, UN VRAI FAUX PROBLEME

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« La monnaie de compte est le concept premier de toute théorie monétaire »

Keynes (1930)

 

La monnaie est la notion la plus délicate de la pensée économique. C'est pour n'avoir pas bien compris ce qu'elle était ou ce qu'elle est, que le monde périt et sombre dans des crises financières. C'est aussi faute de l'avoir négligé que des pays encore en retard au niveau du développement, ne décollent pas. Au nombre de ces pays se trouvent les pays africains de la zone franc (PAZF). Ces derniers ont abandonné leur souveraineté monétaire à l'ancienne puissance colonisatrice.

Mais depuis des années, une fronde intellectuelle s'est formée pour revendiquer sans délai l'amélioration des conditions de vie des populations africaines. Un radiodiagnostic a été fait. Très vite, il est apparu avec une unanimité écrasante que la dimension monétaire a été négligée dans le processus de développement en Afrique. Au sein des PAZF, le débat sur le franc CFA mobilise autant le public que les « sachants » en la matière. Comme dans une posture d'attraction-répulsion, une certaine hésitation structurante règle le comportement des populations. Il revient par exemple sans cesse, comme question, « qui garantira notre nouvelle monnaie si nous sortons de la zone franc ? ».  Question idiote pour les initiés des questions monétaires mais bonne question pour le citoyen lambda.

Si pour les sachants, cette question trouve une explication, elle doit être connue des « autres » : tel est donc le but de notre présente réflexion.
Il s'agit de débattre tout au long de ces lignes, de la question de la garantie monétaire si tant est qu'elle demeure une question.

Le présent article ambitionne de dissiper une bonne fois pour toute, le doute qui habite les populations des PAZF, au sujet de l'abandon du franc CFA.

Dans un souci de clarté, nous adoptons une démarche en trois temps. Dans un premier temps, nous présenterons les diverses conceptions monétaires : la vision métalliste et la vision nominaliste.

Dans un deuxième temps, nous montrerons que dans les économies modernes, la conception métalliste est en déclin au profit de la vision nominaliste.

Dans un troisième temps,  il nous sera aisé d'indiquer que la garantie d'une monnaie ne dépend nullement d'une marchandise quelconque ni d'une réserve, encore moins d'un pays  lointain.

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  1. La vision métalliste et nominaliste de la monnaie

La monnaie est une créance à vue des agents économiques sur le système bancaire et une dette de celui-ci. Mais ce n'est pas tout : la monnaie a une dimension politique, sociale, elle est une institution.  La définition de la monnaie a largement  été présentée dans divers articles antérieurs. Elle ne fera pas ici l'objet d'un développement.

L'importance historique du débat monétaire et son regain d'actualité proviennent de désaccords profonds entre les économistes à l'égard de ce problème aussi ancien qu'important : la valeur de la monnaie.

Si la monnaie est une marchandise comme une autre, sa valeur dépend de sa quantité. Elle varie de manière inversement proportionnelle à cette quantité. L'ancienne tradition métalliste faisait ainsi dépendre la valeur de la monnaie directement de la quantité. Si, au contraire, la monnaie n'a de valeur que dans la mesure où elle est acceptée sans restriction dans les paiements, l'accent est placé sur son pouvoir libératoire ; la valeur de la monnaie se mesure au pouvoir d'achat en marchandises qu'elle représente.

Ainsi, la conception nominaliste de la monnaie s'est-elle longtemps opposée à la conception métalliste. Dans un cas, la valeur de la monnaie était exprimée en termes de pouvoir d'achat, et dans l'autre, d'après sa teneur en métal précieux.

Dans l'histoire monétaire, on a constaté qu'un bien pouvait être utilisé comme monnaie. On parle de monnaie-marchandise.  On a pu constater que  le bien le plus répandu est devenu l'unité monétaire : ce fut le cas en Europe avec la « tête de bétail ». Le bétail ou « pécus » nous a laissé « le pécuniaire » et la tête ou « caput » nous a laissé le capital, comme « rupia » aux Indes a donné la Roupie. Comme instrument d'échange on a essayé les pointes de flèches ou les haches taillées en silex, le sel autour du Sahara (mais il se mouille), des coquillages (les cauris) en Afrique, etc.

La "marchandise" est ici un bien économique dont la valeur ne provient pas de la promesse d'un agent économique. Un commerçant était payé avec une pièce d'or. Il la pesait avec un trébuchet. Et il la faisait "sonner" à son oreille pour en vérifier l'alliage d'or. Il l'acceptait si la pièce était "sonnante et trébuchante". Ce temps passé de vérification accroissait le coût de la transaction. La pertinence d'une telle conception instrumentale de la monnaie repose entièrement sur l'hypothèse de valeur, c'est-à-dire sur l'idée que la commensurabilité des biens trouve sa pleine intelligibilité hors de la monnaie, dans l'existence d'un principe objectif indépendant des conventions monétaires, nommé « valeur ». L'exemple le plus caractéristique d'une telle approche se trouve chez Marx qui définit la valeur d'une marchandise comme la quantité de travail socialement nécessaire à sa production. Il est alors possible, à partir d'une explicitation des conditions objectives de la production, de déterminer la valeur intrinsèque de tous les biens et, ce faisant, leur rapport d'échange.  La valeur intrinsèque reposant sur le coût de production évalué comme représentant le contenu réel des facteurs originels qui entrent dans une unité de produit. C'est ce que Marshal appelle « le coût réel ».  La valeur d'une monnaie-marchandise existe sans aucune  promesse de son émetteur. Par exemple, une pièce d'or est une monnaie-marchandise. Elle a de la valeur par elle-même. La création d'une monnaie-marchandise se fait que par la production matérielle de la marchandise. La création d'une monnaie-marchandise provient de la production de la marchandise elle-même et elle provient de la transformation de la marchandise d'un usage non monétaire à un usage monétaire.

La valeur de cette pièce d'or dépend de la valeur de l'or, dépend du cours de l'or sur les marchés. L'émetteur de la pièce d'or ne peut en modifier la valeur. La quantité de monnaie-marchandise ainsi créée ne modifie pas la valeur de l'or. La masse monétaire ainsi produite ne modifie pas la demande, ne modifie pas les prix, n'induit pas d'inflation des prix.

Pour les métallistes, la monnaie est avant tout une marchandise comme les autres. Le choix fait par les agents de l'utiliser en tant qu'un instrument d'échange tient à ses qualités marchandes et sa facilité d'écoulement qui lui permettent de minimiser mieux que les autres actifs, les coûts de transaction. Pendant longtemps, la thèse métalliste a basé la valeur de la monnaie-marchandise sur la valeur du métal contenue dans la pièce de monnaie ou représentée par le papier-monnaie. Mais compte tenu des falsifications possibles, il faut un monnayeur, souvent une autorité politique, qui appose des signes sur les faces et sur la tranche de la pièce d'or. Ainsi le poids et la qualité du métal sont vérifiés par une autorité fiable au moment de la frappe de la pièce. La valeur de la monnaie-marchandise dépend principalement du métal utilisé. Par exemple, lors de l'invasion de la France par les nazis, les allemands ont instauré le Service du Travail Obligatoire, épuisant ainsi les ressources économiques du Pays. L'or a été pillé. Le taux de conversion à 20 francs  pour 1 Reichsmark, arbitrairement imposé, favorise d'ailleurs grandement la monnaie allemande, dévalorisant ainsi le franc. Les monnaies de l'Etat Français sont clairement identifiables par leurs légendes et seront principalement frappées en aluminium et en zinc (la France étant ruinée par les Allemands). Les réserves de nickel seront essentiellement utilisées par les nazis pour l'armement. La dévaluation du franc sera importante et il perdra la moitié de son pouvoir d'achat en 4 ans.

L'étalon-or est un régime monétaire dans lequel la monnaie interne est convertible en or à un prix fixe. Si l'Angleterre est pleinement en régime d'étalon-or dès 1821, ce n'est qu'au tournant des années 1870 que la plupart des grands pays passent du bimétallisme, qui établit la conversion des monnaies en or et en argent, au monométallisme, qui limite l'étalon monétaire à l'or. L'or, dans le gold standard, est la clé de l'équilibre extérieur des différentes nations.  Quand l'une d'entre elles enregistre un déficit de sa balance des paiements, ce déficit est réglé avec une partie du stock d'or de la banque centrale. La perte de cette encaisse impose une déflation dans le pays concerné, une baisse des prix, une meilleure compétitivité, la hausse des exportations, le retour à l'équilibre.  Mais le désordre monétaire entre deux-guerres aboutit à l'adoption du  plan White.  L'idée est qu'on devait créer un fonds de stabilisation de l'échange alimenté par les dépôts des états membres, qui interviendrait pour maintenir la stabilité des monnaies.

L'idée était aussi de créer une monnaie internationale, avec une définition stricte et immuable par rapport à l'or.

Chaque monnaie nationale devait elle-même avoir une parité fixe par rapport à cette monnaie internationale, donc par rapport à l'or.

Tout le système est en parité fixe : la monnaie centrale par rapport à l'or, et les autres monnaies par rapport à la monnaie centrale. Dans ce système de parités fixes, chaque pays établit une parité fixe par rapport à l'or.

Soit directement, soit par l'intermédiaire d'une autre monnaie (c'est à dire le dollar), sur la base de 35$ pour une once d'or.

Les parités fixes signifient qu'il y a convertibilité or du dollar. Le déficit américain dès 1971 et la nécessité pour les USA de supprimer la convertibilité or du dollar (le 15 août 1971), remettent en cause le système de Bretton Woods (Gold Exchange Standard).

Le « nominalisme », pour sa part, triomphe à partir des années trente. Selon ses moutures, il conduit simplement à considérer la monnaie comme consubstantielle au fonctionnement de l'économie, ou à la penser aussi comme une institution dont l'origine est l'État.  C'est la datation que donne Jérôme Blanc (2000)[1]. L'auteur cite  Knapp (1905), pour qui, l'État est l'origine, le créateur, l'ordonnateur suprême du phénomène monétaire et rien ne doit l'en empêcher car c'est dans la nature de la monnaie d'être la créature de l'État. Deux types d'interprétation sont proposés pour en rendre compte. Il s'agit d'abord de la thèse chartaliste inaugurée par Knapp (1905) selon laquelle « la monnaie est une création de la loi ». À ses yeux, l'État peut imposer n'importe quelle monnaie simplement en déclarant qu'elle sera admise aux caisses des percepteurs en paiement de l'impôt. En effet, s'il en est ainsi, chaque acteur économique acceptera cette monnaie dans l'échange puisqu'il sait pouvoir à son tour l'utiliser pour régler ses obligations fiscales. La seconde thèse met l'accent sur le rôle de la confiance. On la trouve chez Simmel qui parle de « foi socio-psychologique apparentée à la foi religieuse » ou chez Simiand qui soutient que « toute monnaie est fiduciaire » en ce qu'elle est le produit d'une « croyance et d'une foi sociale ». Dans les deux cas, c'est la nature holiste de la monnaie qui est reconnue, à savoir la monnaie en tant qu'expression de la totalité sociale et de sa hiérarchie de valeurs (Aglietta et Orléan, 1998)[2].

Ainsi quand Franck Hahn cherche à cerner les conditions d'une théorie monétaire véritable, sa première phrase est-elle : « Ce qui m'intéresse est une économie où la monnaie n'a pas de valeur intrinsèque et est universellement acceptée dans les échanges[3] ». De ce point de vue, la référence à l'or est désormais appréhendée comme un obstacle à une compréhension véritable du fait monétaire.

Paul A. Samuelson n'hésite pas à écrire dans son célébrissime manuel : « L'étudiant contemporain ne devrait pas être trompé, comme le furent les générations antérieures, par la croyance mystique selon laquelle la garantie-or est ce qui donne à la monnaie sa valeur. Assurément, l'or, en tant que tel, compte pour peu de chose dans ce problème[4] ».

Selon cette vision nominaliste de la monnaie, cette dernière se caractérise par la confiance qu'ont ses utilisateurs dans la persistance de sa valeur et de sa capacité à servir de moyen d'échange.

La thèse nominaliste : la monnaie est un signe, qui remplit ses fonctions sur
la base de la confiance que lui accordent les agents économiques, c'est dans cette situation que l'Etat joue un rôle déterminant puisque c'est lui qui
confère un instrument quelconque sa qualité de monnaie. La monnaie c'est aussi une création de la LOI. Le fait que se développent des
formes dématérialisées de la monnaie, c'est la preuve de la confiance des agents dans l'unité monétaire.


  1. L'apostasie de la vision métalliste et la prédominance de la vision nominaliste de la monnaie dans les économies modernes

La période actuelle  est très éloignée des débats anciens sur la valeur de la monnaie. Les métaux précieux ne constituent plus une référence pour constituer la valeur de celle-ci en comparaison avec les autres marchandises. La monnaie devient un signe et un symbole dépourvu de toute valeur propre, mais dans lequel nous avons confiance, car il représente un pouvoir d'achat sur toute chose.

Le déclin de la vision métalliste de la monnaie est dû à l'histoire et aux exigences pratiques du développement.

Dans le contexte de la guerre du Vietnam et de la conquête spatiale, la planche à billet tournant à plein régime, les détenteurs de dollars souhaitent, comme la France de Charles De Gaulle (1965), convertir leur papier en or. Dès lors, les Etats-Unis ne voulant pas se « vider » de leur or, le 15 Août 1971, Richard Nixon met fin à la convertibilité du dollar en or. C'est le début de la fin des accords de Bretton Woods qui aboutit au régime de changes flottants : les valeurs des monnaies sont fixées par les forces du marché. Il n'y a plus de standard international pour la monnaie (accords de la Jamaïque 1976).

Dans les économies modernes, la monnaie est dématérialisée. La dématérialisation est un changement d'intermédiaire : un agent emprunte le bien intermédiaire, et sa reconnaissance de dette circule à la place du bien emprunté. L'originalité de ce changement, par rapport à ceux qui eurent lieu lors de la phase du "processus cumulatif" (sorte de "tâtonnement" à la recherche du bon intermédiaire) réside dans l'apparition du crédit : le prêteur fait, par définition, crédit à l'emprunteur (le compte du prêteur est créditeur chez l'emprunteur et le compte de l'emprunteur est débiteur chez le prêteur). Aujourd'hui, les dettes bancaires immatérielles sont émises "ex nihilo", et leur pouvoir d'achat reste fondé sur la confiance qui découle de leur acceptation conventionnelle. On peut dater l'apparition du billet moderne à 1656, lorsque le Suédois Palmstruck décide [...] au lieu de remettre des espèces métalliques aux détenteurs de [...] certificats de dépôts, propose des billets portant engagement d'un remboursement en monnaie métallique. Ces billets présentent de nombreux avantages pour les particuliers. Anonymes, directement transmissibles, ils sont remboursables immédiatement en monnaie métallique. C'est ainsi qu'ils se mettent à circuler directement, sans se transformer en monnaie métallique.

Constatant que ces billets n'étaient jamais tous en même temps transformés en monnaie métallique, les banquiers prennent l'habitude d'en émettre plus que ce que leur stock de métal ne leur permet. On est donc en présence d'une véritable monnaie fiduciaire, reposant entièrement sur la confiance, sur la crédibilité de la banque qui émet les billets. Pour éviter une trop forte création de billets et rassurer les porteurs, l'Etat va confier, au milieu du XIXe siècle, le monopole de l'émission à une Banque centrale. A partir de 1914, le billet devient inconvertible en or pour les agents non financiers. Le billet a cours forcé, c'est à dire que sa valeur doit être acceptée comme telle et a cours légal, c'est à dire que nul ne peut le refuser. La monnaie devient fiduciaire. Cette dissociation entre la valeur intrinsèque des pièces et des billets et leur valeur faciale correspond à la première étape de la dématérialisation de la monnaie.

La monnaie scripturale correspond simplement à un jeu d'écriture dans les livres de compte des banques. On peut, grâce à elle, effectuer les règlements des opérations entre les agents sans utiliser des pièces ou des billets et donc la considérer comme un simple moyen de mise en circulation d'une monnaie métallique ou fiduciaire. Mais elle permet également d'accorder des crédits, par simple écriture d'une créance et d'une dette dans les comptes de la banque. La monnaie scripturale peut alors prendre son autonomie par rapport aux autres formes de monnaie et elle devient un élément essentiel de la création monétaire. Cette monnaie va remplacer peu à peu les pièces et les billets à partir de la seconde guerre mondiale (2ème étape de la dématérialisation). Il ne faut pas confondre la monnaie scripturale (les dépôts à vue) avec les instruments qui permettent sa circulation (le chèque, le virement, le titre interbancaire de paiement, la carte bancaire). En économie, une monnaie fiduciaire  est une monnaie (ou plus généralement un instrument financier) dont la valeur repose sur la confiance du public en sa valeur, alors même que la matière qui est le support de cette monnaie (billet de banque, monnaie électronique etc.) a une valeur (en tant que matière) connue comme nettement plus faible que la valeur nominale (faciale) qui lui est attribuée. C'est-à-dire la croyance qu'un billet de 10.000 FCFA10 vaut bien 10.000 FCFA  est le constat qu'à tout moment il permet bien d'acquérir un bien dont le prix a été fixé à 10.000FCFA, alors même que le prix du papier et de l'encre du billet, et la valeur d'usage du billet en lui-même sont très loin de ce montant. La monnaie scripturale a la particularité unique de pouvoir être créée "ex nihilo". Sa création ne coûte rien, si ce n'est un simple jeu d'écritures. Depuis plus de 20 ans la monnaie n'est plus du tout garantie par de l'or en réserve. On dit que l'argent s'est dématérialisé.

La création monétaire est faite en très grande majorité (85% en moyenne en France) sous forme d'écritures dans les livres des banques commerciales. Ces banques sont dites de second rang pour les distinguer de la Banque Centrale. Donc ces banques créent les comptes à vue, la Banque Centrale imprime et émet les billets de banque et le Trésor émet les pièces de monnaie.


  1. La garantie monétaire en question

Précisons sans tarder que ce n'est pas une quantité d'or qui garantit la valeur de la monnaie. Supposons un seul instant que la création monétaire exige une contrepartie en termes de réserves (une devise) comme dans une caisse d'émission.  Malgré la différenciation des cadres d'instauration et la diversité des approches analytiques, l'objectif reste le même : mettre sur pied une monnaie stable et convertible à travers l'adoption d'une parité fixe et d'une couverture intégrale de la base monétaire par des réserves en devises. Que la couverture s'applique uniquement à la marge ou à l'ensemble du bilan de l'autorité monétaire, l'émission (destruction) de monnaie centrale ne peut être réalisée qu'en contrepartie d'une augmentation (diminution) de la monnaie de réserve. Une recherche de crédibilité axée sur l'accumulation des réserves et conditionnant toute création monétaire, est de nature à contraindre le système bancaire.

En premier lieu, le système bancaire devient vulnérable. La contrainte de couverture à 100 % s'applique uniquement à la monnaie émise par le Board, et non à la monnaie créée par les banques. Le système bancaire n'est donc pas contraint par le principe de réserves à 100 % tel que l'a décrit M. Rothbard (1962)[5], ou dans un cadre théorique différent, M. Allais (1999)[6].

Les banques commerciales préservent donc leur « pouvoir de création monétaire ex nihilo ». Cependant, celui-ci reste plus limité que dans un système à réserves fractionnaires traditionnel régi par une Banque centrale. En effet, le respect de la règle d'émission de monnaie de base signifie l'impossibilité pour la caisse d'agir activement sur la liquidité du système financier. Sa stricte application exacerbe la contrainte de liquidité associée à la pratique bancaire. La dynamique du crédit s'en trouve alors modifiée car les banques sont incitées à adopter une attitude plus restrictive dans l'octroi de crédit ; d'autant qu'elles doivent prendre en compte le niveau généralement élevé du seuil de réserves obligatoires.

L'abandon des prérogatives liées à la fonction de prêteur en dernier ressort soumet les banques à rude épreuve en cas de tensions sur la liquidité du système financier.

En deuxième lieu, l'extension du crédit est contrainte puisqu'elle est liée  étroitement à l'obtention des devises.  Cela n'est pas profitable au développement, les pays devant dégager dans la durée un excédent structurel de leurs balances de base. Pour illustration, le mécanisme de transmission de la dynamique de la balance des paiements à la dynamique du financement par le crédit intérieur peut être représenté par la séquence suivante : l'excédent de la balance des paiements engendre des réserves de change et actionne la base monétaire qui permet l'octroi de crédit.

Un tel mécanisme limite sérieusement le refinancement national sans imposer des conditions difficiles à remplir. Les banques commerciales espèrent détenir la monnaie externe, à la suite des recettes d'exportation perçues par leurs clients, pour améliorer leurs positions de liquidité.

Si la conversion en monnaie centrale auprès de la caisse d'émission est réalisée, alors la banque commerciale peut mobiliser ses réserves excédentaires pour accorder des crédits en monnaie locale.

En troisième lieu, la garantie d'une monnaie basée sur l'accumulation des réserves, limite l'utilisation du levier budgétaire. Les modalités de l'offre de monnaie centrale suspendent toute possibilité de financement monétaire du déficit budgétaire. L'éventualité d'un effet d'éviction sur le secteur privé est parfois avancée pour décourager l'endettement public auprès du système bancaire. Au-delà de cet argument, il paraît nécessaire de maintenir une stricte discipline budgétaire car tout endettement prolongé de l'Etat pourrait remettre en cause la capacité de l'Etat à assurer le service de sa dette de manière non-inflationniste, ce qui porterait atteinte à la crédibilité de l'arrangement monétaire.

La garantie d'une monnaie ne dépend pas des tonnes de réserves dans les caisses de la banque centrale. Ce n'est donc pas le cacao ivoirien qui garantira une éventuelle monnaie ivoirienne. Simplement, les richesses d'un pays, surtout les matières premières permettent d'engranger des devises qui aident en cas d'attaque spéculative, sinon les réserves de change ne constituent aucunement un préalable à la création d'une monnaie nationale encore moins la création monétaire.

Il est possible d'énumérer au moins trois piliers qui garantissent une monnaie : la loi, la confiance des agents économiques dans la monnaie et le dynamisme de l'économie.

La théorie institutionnaliste suppose que la garantie est accordée par la loi. La monnaie tire sa validité de sa légitimation par le pouvoir politique. La valeur de la monnaie provient de son pouvoir d'acheter des marchandises. L'État fait en sorte que la monnaie émise donne à l'utilisateur un certain pouvoir d'achat. L'État donne à la monnaie un pouvoir d'achat  grâce au monopole monétaire. Le cours forcé contraint tout agent économique du pays à accepter cette monnaie. La valeur de chaque billet de banque, et de chaque support matériel ou informatique de cette monnaie étatique, résulte uniquement d'une pseudo-obligation de l'État.

Les pouvoirs publics sont seuls capables de donner un pouvoir libératoire à une monnaie, c'est-à-dire une capacité d'éteindre toute dette y compris les dettes fiscales et les dettes pénales ou civiles, en tout lieu et à tout moment dans la zone où un moyen de paiement a cours légal. Toutes les formes monétaires n'ont pas nécessairement cours légal. Généralement n'en sont dotés que seuls les billets émis par une Banque Centrale et les pièces de monnaie. Le chèque n'a généralement pas cours légal. Il peut être refusé par les commerçants.

Il est remarquable de noter qu'en raison de l'importance de la monnaie, les Etats ont très tôt cherché  à s'assurer le maximum de pouvoir monétaire, en définissant une devise officielle et en faisant de cette devise l'un de leurs symboles et une marque de leur puissance. Ils se sont arrogés progressivement un peu partout le monopole de l'émission des billets et des pièces. Ils exercent un contrôle sur la création monétaire des banques via la législation et la politique monétaire des banques centrales.

Une fois que l'Etat, par la loi, donne corps à la création monétaire, il revient aux agents économiques de garantir la monnaie par leur travail et la confiance en elle.

Assurément, la vision holiste des relations sociales peut prétendre fournir une image satisfaisante du phénomène monétaire, image selon laquelle, dans la monnaie, se manifeste une réalité d'essence collective, l'adhésion unanime des sociétaires, qui, au travers des croyances qu'elle impose à la conscience des agents, modifie leurs comportements et, ce faisant, garantit sa reproduction.

La confiance en la valeur de la monnaie fiduciaire peut-être soutenue notamment par :

  • la décision de l'État (ou, plus généralement, d'un acteur économique majeur) d'accepter la monnaie pour lui payer ce qu'on lui doit ;
  • l'établissement d'un cours légal : tous les agents économiques sont obligés d'accepter la monnaie à la valeur faciale[7], il n'y a donc pas de risque à l'accepter en paiement d'un bien puisqu'on pourra l'utiliser soi-même pour en acheter un autre.

En revanche, la valeur de la monnaie fiduciaire n'est pas nécessairement garantie par une convertibilité en une autre monnaie ou une matière (comme l'or notamment).

La garantie d'une monnaie est finalement une affaire des agents économiques.  La garantie d'une monnaie est donc endogène aux pays. Elle ne peut faire l'objet d'une greffe quelconque comme les « apprentis sorciers » de l'économie ont bien voulu nous faire croire.  Une éventuelle monnaie ivoirienne sera garantie par le dynamisme de l'économie ivoirienne.

Jean BODIN écrivait qu'« Il n'y a ni richesse ni force que d'hommes », pour dire que ce sont les Hommes qui créent la richesse et donc, font la force d'une économie. Or si la monnaie est un indicateur de dimensionnement de l'économie, il en résulte que ce sont les Hommes qui par leur travail, garantiront la valeur de la monnaie nationale.


CONCLUSION

Notre ambition dans ce papier a été de démontrer que les africains n'ont aucune raison de subordonner leur souveraineté monétaire à un faux problème de garantie monétaire.

Dans cette contribution donc, nous avons essayé de réfuter la très minoritaire thèse selon laquelle, ce sont les réserves de change qui garantissent la valeur d'une monnaie. Faisant suite à cette thèse, une autre a encore été distillée dans l'esprit des populations africaines que les africains ne pouvaient pas avoir une « bonne monnaie » sans le soutien des anciennes puissances colonisatrices.

Mais lorsqu'on aborde la monnaie dans sa totalité, en tout cas, avec une analyse rigoureuse et lucide, il apparaît que la monnaie est pour l'économie, ce que le sang est pour le corps humain.

Il est clair que ce n'est pas une économie étrangère qui garantie la monnaie nationale d'un autre pays. C'est l'Etat et les agents économiques qui garantissent la monnaie nationale.



Dr Prao Yao Séraphin

Economiste, Enseignant-Chercheur à l'Université de Bouaké

Président du MLAN

Vice-président de la Cellule de Veille et d'Eveil (CVE) de la Côte d'Ivoire



[1] Jérôme Blanc, Centre Auguste et Léon Walras Texte pour l'ouvrage collectif P. Dockès, L. Frobert, G. Klotz, J.-P. Potier, A. Tiran (éds), Les traditions économiques françaises 1848-1939, Paris : Éditions du CNRS, 2000.

QUESTIONS SUR LA NATURE DE LA MONNAIE : CHARLES RIST ET BERTRAND NOGARO, 1904-1951.

[2] AGLIETTA M. & ORLEAN A. (éds.), La monnaie souveraine, Paris, Odile Jacob, 1998 - AGLIETTA

[3] F. HAHN, Equilibriun and Macroeconomics, Basil Blackwell, Londres, 1984, p. 158

[4] P.A. SAMUELSON, Economics, McGraw-Hill, New York, 10ème éd., 1976, p. 278-279.

[5] ROTHBARD, M. (1962), Man, Economy and State, Nash Publishing, Los Angeles.

[6] Fisher et Allais adhèrent tous deux à la théorie du 100 % monnaie selon laquelle la monnaie bancaire doit être couverte par de la monnaie de base, afin d'assurer à l'autorité monétaire un contrôle total de l'offre de monnaie.. FISHER, I. (1935), 100 % Money, Adelphi, New York. ; ALLAIS, M. (1999), La crise mondiale aujourd'hui, Clément Juglar, Paris.

[7] En France, « Le prix coûtant d'une pièce de 1 ou 2 centimes est de 3 centimes. L'État débourse donc pour ces pièces un prix plus élevé que leur valeur faciale. » Cependant, l'État compense ce coût négatif sur les grosses coupures : le prix coûtant d'une pièce d'un euro est environ 15 centimes. Dans ce cas, l'État achète les pièces à un prix largement inférieur à leur valeur faciale. Le coût unitaire de fabrication se situe aux environs de 25 centimes d'euro, et la durée de vie va de 1 à 2 ans pour un billet de 5 euros jusqu'à 7 à 9 ans pour un billet de 500 euros.

jeudi, 24 février 2011

LA NATIONALISATION DES BANQUES FRANÇAISES EN COTE D'IVOIRE, UN TOURNANT HISTORIQUE POUR LES IVOIRIENS


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Dr Prao Yao Séraphin, Economiste, Enseignant-Chercheur


Ces derniers temps, la situation économique évolue plus vite que les questions sociopolitiques en Côte d'Ivoire. Et pour cause, la France, par le biais, de ses relais au sein de l'Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), agitée par une schizophrénie, s'attaque sans fondement, à la locomotive de la zone UEMOA.  On sait que depuis le deuxième tour, un contentieux électoral s'est transformé  en une crise internationale au regard des acteurs impliqués.

Le jeudi 23 décembre 2010,  sept ministres des finances de l'UEMOA ont autorisé uniquement les représentants du Dr Alassane Ouattara, à gérer les comptes de la Côte d'Ivoire. En plus, le Conseil a décidé « que les représentants régulièrement désignés par le gouvernement légitime de Côte d'Ivoire sont les seuls habilités à prendre des mesures relatives au fonctionnement de l'UEMOA au nom de ce pays ».

Ces délinquants économiques ont remis le couvert à la conférence des chefs d'Etat, le 22 janvier 2011à Bamako, pour adopter une position commune sur le dossier Ivoirien. Sous la pression des chefs d'Etats africains réunis en sommet à Bamako (Mali), Philippe-Henry Dacoury-Tabley, le gouverneur ivoirien de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO),  a été contraint de démissionner.

Faisant suite à ce « coup d'Etat économique et bancaire » au sein de la BCEAO, le président Laurent Gbagbo, a pris, le 25 janvier 2011, un décret de réquisition de la direction nationale ainsi que les Agences nationales de la BCEAO. Mais c'est mal connaître les ennemis de la Côte d'Ivoire, comme le diable, ils sont persévérants. Dans le souci permanent d'asphyxier l'économie ivoirienne, la France, use de tous les moyens. Plus de sept millions d'ivoiriens (les paysans) n'arrivent pas à vendre leurs produits : le cacao et le café.

Contrairement à ce qu'elle a fait en Guinée avec le déversement de faux billets, lorsque ce pays avait décidé de sortir de la zone franc pour créer sa monnaie, cette fois-ci en Côte d'Ivoire, la France décide de fermer sans préavis, les filiales des banques françaises.  En effet, le 14 février 2011, la BICICI et la CITIBANK (américaine) ont fermé leurs portes à leurs clientèles. Le 17 février,  c'était au tour de la SGBCI de fermer, elle aussi ses portes.

Face à cette autre provocation, le président de la république de la Côte d'Ivoire, a pris ses responsabilités en réquisitionnant la BICICI et la SGBCI.

Les médias français ont vite fait de condamner « ces nationalisations » de banques françaises en Côte d'Ivoire, comme si c'était une nouveauté dans l'histoire des pays. Mais force est de constater qu'en Côte d'Ivoire, deux termes nouveaux font leur apparition : la réquisition et la nationalisation.

Nous proposons ici d'éclairer les ivoiriens sur les nationalisations en économie et les conditions dans lesquelles, elles surviennent. On s'apercevra très vite que, les pays industrialisés sont les champions de la nationalisation, la France en tête. L'histoire récente de la crise financière conforte cette position.

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1- Définition des termes réquisition et nationalisation

Commençons par définir la réquisition. Selon « Le Petit Robert 1 » édition 1977, la réquisition est une opération par laquelle l'Administration exige d'une personne ou d'une collectivité, soit une prestation d'activité, soit la prestation ou la remise de biens. En fait, c'est une mesure par laquelle, au nom de l'intérêt général et dans des conditions strictement définies par la réglementation, des autorités administratives ou militaires imposent à des personnes physiques ou morales la fourniture de certaines prestations moyennant indemnisation (services personnels), mise à la disposition de biens meubles ou immeubles, etc.

Une réquisition pendant la Seconde Guerre mondiale était une action de prendre des biens (par exemple : l'armée allemande et la Gestapo pouvaient prendre un hôtel, une maison... pour s'y installer.  La réquisition n'est pas un épiphénomène, c'est un ordre de reprendre le travail, donné par les autorités administratives aux travailleurs, par exemple, en grève, lorsque l'ordre public paraît menacé.

En France, dans le même ordre d'idée, pour veiller à assurer l'approvisionnement en pain à Paris,  un arrêté préfectoral de 1790 réglemente encore aujourd'hui les congés annuels de la profession des boulangers. Toujours en France, pour vacciner les  millions de français contre la grippe A, il a bien fallu  réquisitionner le personnel médical qui a été employé. Réquisition « en vertu de la loi du 5 mars 2007 sur la préparation du système de santé aux menaces sanitaires de grande ampleur, qui prévoit un dispositif dénommé "plan blanc élargi" ».

Quant à la nationalisation, pour beaucoup, c'est un gros mot, porteur de tous les simplismes économiques au mieux et de toutes les formes de mépris pour la propriété, au pire. Pour d'autres, c'est enfin le nirvana économique, l'emploi fonctionnarisé pour tous, avec des CDP (contrats de travail à durée perpétuelle), la restitution au peuple de ce dont on l'a privé depuis deux ou trois millénaires etc.

Nationaliser, c'est le fait pour un Etat, de prendre autoritairement le contrôle capitalistique d'une entreprise qui passe ainsi d'un statut privé à un statut public quelque soit la forme juridique utilisée. La France qui est un pays dit « jacobin », c'est-à-dire dont les citoyens jugent souvent que l'Etat pense mieux et plus loin qu'eux-mêmes, a été une des premières terre d'élection des nationalisations. Au point que, à peine élu à la Présidence de la République, appliquant le programme sur lequel il s'était engagé, François Mitterrand procéda à la nationalisation de la majeure partie de l'économie Française.

Faut-il condamner les nationalisations dans un pays ?  Bien sûr que non, car l'histoire récente a montré que les nationalisations peuvent parfois servir à quelque chose, qu'elle soit totale ou partielle, temporaire ou permanente. Certains pays ont pourtant été très longtemps réputés pour leur hostilité viscérale à l'égard des nationalisations, les Anglo-saxons en tête. Mais comme nous le verrons à travers ce papier, parfois les circonstances invitent à nationaliser pour le bien-être du peuple.

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2- Les exemples  de nationalisation dans l'histoire

Pourquoi ne pas commencer par la « très populaire nationalisation » du Canal de Suez en juillet 1956. En visite à Alexandrie pour célébrer le cinquième anniversaire de la révolution, le président égyptien Gamal Abdel Nasser, annonce son intention de nationaliser le canal de Suez et de geler tous les avoirs de la Compagnie universelle du canal de Suez.  Sa décision survient après le refus de la Grande-Bretagne et des États-Unis de participer au financement de la construction du barrage d'Assouan. La réaction de Nasser provoque une crise internationale car la France et l'Angleterre perçoivent des droits de péage sur cette voie maritime qui relie la méditerranée à la mer Rouge. La riposte viendra d'abord d'Israël qui attaquera l'Égypte le 29 octobre, puis de la France et du Royaume-Uni qui enverront des troupes. Mais finalement, l'ONU mettra fin au conflit en obtenant le retrait des troupes occidentales des rives du canal et le président Nasser ressortira grandi de cette crise politique.

Par le passé, la France a beaucoup nationalisé les entreprises de toutes sortes.  Quand se précisent les menaces de guerres, le gouvernement du Front populaire décide de nationaliser partiellement l'industrie aéronautique (1936-1937), et de réaliser sa décentralisation. Car, surtout implantée dans la région parisienne, cette branche est vulnérable ; de plus, le niveau des salaires se répercute sur les coûts. Les régions du Sud de la  Loire bénéficient de ces transferts. L'Etat coordonne, répartit les tâches. Chaque industriel ou chaque société nationale, se voit confier la série complète d'une partie homogène de l'appareil commandée au titre d'un plan précis ; puis le montage final est effectué dans l'usine du groupe qui a conçu le projet.

Outre la motivation idéologique en 1936 ou 1944-1946, se sont surtout des raisons d'efficacité technique qui poussent l'Etat à concentrer par la nationalisation l'aéronautique, l'armement, l'énergie électrique, gazière et houillère, en assumant les frais d'équipement excessifs pour le capitalisme privé.

En France, les nationalisations de la Libéralisation peuvent être classées en trois catégories : les entreprises qui ne pouvaient être reconstruites sans le financement public : Charbonnages, Electricité et Gaz de France. Celles qui devaient permettre de mieux orienter le crédit, c'est-à-dire les quatre principales banques de dépôts (Crédit lyonnais, Société générale, B.N.C.I. et C.N.E.P., ces deux dernières regroupées dans la B.N.P. en 1966) et 34 compagnies d'assurance. La nationalisation de Renault n'a été qu'une mesure de sanction contre un patron collaborateur.

En Angleterre, la Seconde Guerre mondiale devait coûter cher à  ce pays, ébranler sa puissance et lui faire perdre définitivement au profit des Etats-Unis son rôle de « leadership mondial ».  De 1945 à 1991, la politique des Travaillistes au pouvoir a consisté à mettre en application un programme de réformes publié pendant la guerre et connu sous  le nom de rapport Beveridge (1942). Une période très importante de reconstruction, de mise en place du « Welfare State » (Etat providence) et d'amorce de la décolonisation (1947 Indépendance de l'Inde et de Pakistan) devait se traduire par de gros sacrifices demandés aux Anglais, par des crises (1947-1949) et par une soumission, jugée trop importante, aux Etats-Unis.

Durant cette période de reconstruction, on assistera à un essor de l'économie d'autant plus marqué que l'appareil productif avait été peu détruit par la guerre. Le gouvernement travailliste voulant assurer à la  communauté la maîtrise de grands secteurs d'intérêt public, nationalisa les mines, la sidérurgie, le gaz et l'électricité, l'aviation civile et les transports routiers, ainsi que les télécommunications. Dans le secteur du crédit, la Banque d'Angleterre fut nationalisée (loi du 14 février 1946). Le projet de nationaliser encore 3% de l'industrie et du commerce, par opposition qu'il provoqua, contribua à chasser les travaillistes du pouvoir.

En Mai 2006, précisément, le 1er mai, à travers le décret suprême n° 28701, le président bolivien Evo Morales a nationalisé les hydrocarbures. A compter de cette date, les 26 compagnies étrangères - dont Petrobras (Brésil), Repsol (Espagne), Total (France), ExxonMobil (Etats-Unis) - présentes dans le pays passent sous le contrôle de la compagnie nationale YPFB (Yacimientos Petrolíferos Fiscales Bolivianos), qui se chargera du transport, du raffinage, de la commercialisation et de la transformation du pétrole et du gaz. La répartition des revenus pour les champs les plus productifs - 2 831 685 mètres cubes de gaz par jour - se fera sur la base de 82 % pour l'Etat et 18 % pour l'entreprise concessionnaire - exactement l'inverse du partage jusque-là en vigueur - et, pour les champs moins importants, ne pourra être inférieure à 51 % en faveur de l'Etat. Le ciel n'est pas tombé sur la tête du président bolivien et de son peuple.

L'histoire récente de l'actualité monétaire nous apprend énormément sur les nationalisations, surtout lorsqu'il s'agit des pays dits hostiles à ces pratiques.

L'histoire n'a pas oublié la crise  des subprimes qui a débuté à Wall street, aux Etats-Unis. Les banques les plus prestigieuses et les plus arrogantes aussi, ont commis des fautes graves. Si la crise a éclaté en 2007, elle trouve son fondement dans la mini-récession traversée par les Etats-Unis en 2001 et dans la folie des innovations financières ces deux décennies passées.

Point n'est besoin de revenir sur les causes mais plutôt sur les mesures prises pour juguler cette crise. Mais retenons par exemple qu'entre 2000 et 2007, la dette des ménages américains est passée de 85% du PIB à 116%, soit un endettement supplémentaire de 5000 milliards de dollars d'euros. Les ménages ne pouvant plus rembourser leurs prêts hypothécaires et les banques ne pouvant se refaire sur le prix des maisons en chute libre, les prêteurs, disséminés dans le monde entier avec le mécanisme de la titrisation, se retrouvent avec des créances pourries, ce qui va occasionner pour eux des pertes substantielles.

Pour tenter d'arrêter cette crise, le Trésor américain a décidé le dimanche 7 septembre, de mettre sous tutelle gouvernementale les organismes de refinancement hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae, afin de restructurer leurs finances particulièrement touchées par la crise financière. Washington a signé un chèque de 200 milliards de dollars pour assurer la survie de ces deux entreprises. L'Etat a apporté par contre une aide de 85 milliards de dollars à l'assureur AIG (ex numéro un des assurances au niveau mondial) pour éviter une crise financière planétaire car AIG compte 74 millions de clients dans le monde, employant 116.000 personnes dans 130 pays. Mais en contrepartie, l'ensemble des actifs d'AIG, évalués à 1.050 milliards de dollars en juin 2008, seront apportés comme garantie à la banque centrale, le prêt ayant été calqué sur celui consenti pour sauver le constructeur automobile Chrysler dans les années 80. Mais voici que le 29 septembre 2008, toutes les bourses mondiales s'effondrent, elles ont perdu la boussole. Pour sauver le système financier, le « plan Paulson » a donné le ton avec 700 milliards de dollars déboursés pour venir au secours des banques en détresse.

En Europe, au total, entre le 15 et le 30 septembre, la BCE a sorti 914 milliards d'euros de ses caisses, à la demande de la FED, pour lubrifier les marchés. Les mesures prises ont eu pour objectif de s'attaquer à la fois aux problèmes de liquidités et de solvabilité des banques. Les gouvernements européens, ont de leur côté relevé le gant avec l'injection de 1500 milliards d'euros (360 milliards pour la France, 480 milliards d'euros pour l'Allemagne, 380 milliards d'euros pour la GB, etc.). Aujourd'hui la crise est manifeste avec à sa clé la raréfaction du crédit, qui a son tour crée le chômage. Dans ce tourbillon monétaire et financier, on aura vu tous les acteurs reconnaître la nécessité du retour de l'Etat comme garant de la stabilité de l'économie.

A chaque fois qu'il y a eu une crise, l'Etat a toujours agi avec force même si la résolution de la crise nécessitait des nationalisations. On peut citer entre autres, la panique bancaire de 1907, le krach de 1929 (le jeudi 24 octobre), la crise pétrolière de 1973, le lundi noir de 1987 où le dow jones a perdu 22,6%, la crise asiatique débutée le 2 juillet 1997 qui dura jusqu'en 1998 et la crise actuelle. Mais ce qui est frappant dans la dernière crise, celle des subprimes, c'est le grand retour de l'Etat dans la gestion du marché. Par exemple, la Grande Bretagne, par le biais de son premier ministre, Gordon Brown, a annoncé dimanche 17 février la nationalisation de la Northern Bank, un établissement de Newcastle qui a subi de plein fouet la crise des subprimes. C'est la première fois depuis les années 1970 qu'une société est officiellement nationalisée au Royaume-Uni. Début octobre 2008, le gouvernement britannique annonçait un plan de soutien aux huit plus grandes banques du pays. A Londres, les huit banques concernées par ce plan de sauvetage sont Abbey, qui appartient à l'Espagnol Santander, Barclays, HBOS, qui est en train d'être rachetée par Lloyds TSB, HSBC, Lloyds TSB, Nationwide Building Society, la plus grosse banque non cotée du pays, Royal Bank of Scotland et Standard Chartered. Toutes ont confirmé leur participation au plan de recapitalisation. La participation de l'Etat s'élevait jusqu'à 50 milliards de livres (65 milliards d'euros), ce qui revient à une nationalisation partielle. Le Trésor devait débloquer 200 milliards de livres pour leur assurer une liquidité suffisante à court terme.

Le Benelux a volé aussi au secours de la banque Fortis pour lui éviter d'être emportée par la crise financière.  Les gouvernements de Belgique, Pays-Bas et Luxembourg, les trois pays où est principalement implantée Fortis, ont annoncé dimanche soir leur intention de nationaliser le bancassureur en y injectant un total de 11,2 milliards d'euros. Objectif: éviter une contagion de la crise financière venue des Etats-Unis.

Quand on pense à ce que les Etats-Unis et la Grande Bretagne pensaient jusque là des modes français de gestion de l'économie, et des nationalisations en particulier, il n'est pas faux de dire que, psychologiquement tout du moins, la technique « nationalisation » avait conquis de nouveaux émules.

Le monde s'est rendu compte que la crise financière a entraîné de nouvelles attitudes recourant à l'État comme garantie : émetteur de plans de socialisation des pertes, et maintenant actionnaire de secours. La mode du moment devenant la nationalisation des banques.

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3- La nationalisation des banques doit permettre le développement du système financier et bancaire.

Dans l'histoire, il est courant de voir les gouvernements nationaliser les banques afin qu'elles deviennent des agents de développement et non des caisses de dépôts. Cette pratique a été « un sport national » de la France.

En France, le désir de la gauche de renforcer l'Etat face aux groupes bancaires et financiers, d'obtenir la maîtrise de la sélectivité du crédit conduit à la nationalisation effective en février 1982 de 36 banques. Les banques  à intérêts étrangers majoritaires et aux taux dépôts inférieurs à un milliard de francs restent privées, avec 13% des dépôts et 16% des crédits en 1982. La loi de réforme bancaire votée en décembre 1983 revalorise le Conseil national du crédit, banalise les banques, y compris les mutualistes, en les soumettant toutes à la tutelle de la Commission de contrôle des banques. Le « paysage bancaire » change : Suez cède le C.I.C au Groupe des Assurances Nationales et reconstitue une fédération des banques (Indosuez, banque la Hénin, Sofinco, Banque parisienne de Crédit, Vernes). Le C.C.F. contrôle l'Européenne de Banque (ex-Rothschild).  Les banques sont encouragées à mieux soutenir les PME et les sociétés innovatrices (capital-risque, capital-développement). La « déréglementation » exige des banques françaises une nouvelle compétitivité, sur les marchés internationaux de capitaux (« big bang » de Londres en octobre 1986), pour la valorisation de la trésorerie des entreprises ou pour la gestion des patrimoines. Après le changement des présidents des banques publiques en été 1986, la dénationalisation s'engage (Paribas, en janvier 1987).

Regardons un instant le paysage financier et monétaire de l'UEMOA et de la Côte d'Ivoire.  Il est vrai que le système financier et monétaire africain est très hétérogène. Au sein de l'UEMOA en général, les banques sont les principaux intermédiaires dans le financement de l'activité économique. Elles sont quasiment les seules à assurer la transformation des ressources liquides de court terme en emplois à plus long terme. Les banques de second rang détiennent entre 85% et 95% des actifs du secteur financier, à l'exception du Kenya où ce taux s'élève à 42%. Les systèmes financiers africains en général et ceux de l'UEMOA en particulier, sont peu profonds, étroits, peu diversifiés et n'assument pas leur rôle dans le financement du développement (Popiel ,1995)[1].  Le système bancaire de la zone UEMOA est aujourd'hui encore oligopolistique.  Les grandes banques de l'UEMOA concentrent plus de 79% des actifs en 2009. La Commission bancaire estime que ces grandes banques (qui ont un total bilan supérieur à 100 milliards FCFA) couvrent 71,1% du réseau d'agences, 76,8% des comptes bancaires et 70,7% des effectifs. Quant aux banques de taille moyenne (qui ont un total bilan compris entre 50 et 100 milliards), elles détiennent 12,2% des actifs du système bancaire, contre 14,8% précédemment.

En outre, signale la Commission bancaire, elles cumulent 10,6% des implantations, 8,1% des comptes de la clientèle et 12,1% des effectifs des établissements de l'Union.

Les petits établissements (total bilan inférieur à 50 milliards FCFA), détiennent 8,7% des actifs avec 18,3% des implantations, 15,1% des comptes bancaires et 17,3% des effectifs.

Dans le cadre de l'UEMOA, huit groupes internationaux sont présents sur le marché bancaire de l'Union : la Société Générale, BNP Paribas, African Financial Holding/Bank Of Africa (AFH/BOA), Ecobank Transnational Incorporated, la Belgolaise, CALYON (groupe Crédit Agricole), Citibank et Standard Chartered Bank.

Mais force est de constater que le taux de bancarisation est faible : entre 3 et 7 % dans la zone UEMOA. En comparaison, la France était en 2001 à un taux de 99% (Daniel et Simon, 2001)[2].

La frilosité des banques dans la zone UEMOA est tout de même incompréhensible au regard de leurs rentabilités.  En effet,  les banques de l'UEMOA ont enregistré  une rentabilité moyenne proche de 12 % en 1999, rentabilité qui a, certes, décru par la suite du fait notamment des troubles politiques en Côte d'Ivoire, mais qui se maintient tout de même autour de 5%.

Ce qu'il faut retenir c'est que le secteur bancaire a  été absent dans le financement du développement en Afrique même avant la création du franc CFA.  L'économie était déjà aux mains des sociétés commerciales comme la S.C.O.A et la C.F.A.O, qui en développant  un monopole de traite ont établi une domination commerciale par la confiscation de la monétarisation de l'économie. Elles disposaient du contrôle de l'émission monétaire et du crédit à travers la Banque du Sénégal en 1853[3] puis de la Banque de l'Afrique Occidentale[4] dont elles étaient actionnaires. L'économie était essentiellement une économie de traite qui consistait, par un réseau commercial à drainer vers les ports, pour l'exportation, les productions africaines et à importer les produits de la métropole, par le biais des intermédiaires, afin de les vendre aux populations locales. La clef de voûte du système économique donc de l'économie de traite est un réseau bancaire très intégré et quasi monopolistique, avec la BAO et le Crédit foncier de l'Ouest-africain.

Aujourd'hui encore, rien n'a changé substantiellement dans le financement bancaire en Afrique.  La faiblesse des crédits à l'économie est frappante en zone franc en général : 9% du PIB dans la CEMAC, 17% dans l'UEMOA.  Ce taux est de 35% du PIB au Brésil, 37% en Inde, 65% en Tunisie et 120% en Chine.

Au sein de l'UEMOA, la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) n'a permis l'émulation d'un système bancaire très développementaliste.  D'ailleurs, elle n'est pas une banque centrale  à proprement parlé puisqu'elle n'a pas les attributs.

L'objectif ultime de sauvegarde de la valeur interne et externe de la monnaie limite  la politique monétaire de l'UMOA, essentiellement à assurer un contrôle de la liquidité globale de l'économie à l'intérieur de l'Union. Ce faisant, il en résulte un financement des économies, sans pression excessive sur la monnaie centrale. La volonté de contrôler la monnaie se traduit par l'élaboration d'un programme monétaire institué depuis 1975, dont la philosophie de base est  d'ajuster la liquidité de l'économie en fonction de l'évolution attendue des agrégats réels (PIB, prix, finances publiques, balance des paiements) et des objectifs d'avoirs extérieurs fixés par le Conseil des Ministres de l'UMOA[5].

Dans la zone UEMOA, la baisse des taux directeurs en 2000 n'a pas engendré une hausse des crédits  distribués.  En Côte d'Ivoire, selon Pascal Labazée et Yves Fauré (2000, p.114)[6], les taux d'intérêt pratiqués par les grandes banques ivoiriennes restent élevés :

«  Ces taux hors commissions sont compris entre 14 et 20%, l'importance des marges  bancaires (de 5 à 8,5%) selon les établissements expliquent en grande partie le coût final du crédit ».

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En Côte d'Ivoire, la situation est presque pareille. Au 31 décembre 2009, on peut classer les banques installées en Côte d'Ivoire en trois catégories : grande pour un total du bilan supérieur à 100 Mds de FCFA, moyenne pour un total compris entre 50 Mds et 100 Mds et petite pour un total inférieur à 50 Mds. Sont donc classés du plus grand au plus petit :


-Les grandes banques : SGBCI, ECOBANK, BIAO, BICICI, BACI, BNI, SIB et BOA.

-Les banques moyennes: CITI BANK, STANDARD CHARTERED BANK, BRIDGE BANK et BHCI.

-Les petits établissements : ALIOS, BFA, ACCESS BANK, UBA, VERSUS BANK, COFIPA et BRS.


Au total, les actifs s'élèvent fin décembre 2009 à 3 129 569 millions de FCFA contre 2 811 684 en 2008, soit un bond de 11%.

Le système bancaire ivoirien a un caractère oligopolistique. L'activité bancaire est concentrée au niveau de 5 banques qui détiennent 75% de l'encours des crédits (SGBCI, BICICI, BNI, SIB, BIAO).  En termes de poids économique, les établissements de crédits de la Côte d'Ivoire représentent environ 37% du poids de l'ensemble des bilans bancaires de l'UEMOA, soit une part légèrement inférieure à celle du PIB ivoirien dans l'économie sous-régionale (40%).

Dans la zone UEMOA, donc la Côte d'Ivoire y compris, les banques rationnent le crédit. Mais le rationnement du crédit en Afrique a une autre connotation.  La majorité de la population est exclue des services bancaires. Or le rationnement du crédit fait référence à l'exclusion bancaire et financière, c'est-à-dire l'impossibilité d'avoir accès ou  avoir un accès limité aux différents produits et services du secteur bancaire. A l'époque coloniale, les services financiers étaient réservés qu'aux colons. Cette situation n'a guère évolué même durant la période postcoloniale jusqu'à nos jours. Invariablement revient à l'esprit des populations que les services bancaires ne sont pas à leur portée. Du coup, la demande potentielle de crédit n'est pas manifestée rendant quasiment le système bancaire surliquide. Les africains n'ont pas confiance dans le système bancaire de leur pays, il a été toujours étranger à la majorité des populations. L'éloignement physique comme psychologique des populations africaines des services bancaires et financiers conduit à la faible demande de prêts. Les demandes de crédit adressées au secteur bancaire sont rares car les garanties et les formalités exigées n'incitent pas à penser à ce projet.

Finalement, les PME et les PMI n'ont qu'en dernier recours le secteur financier informel, en dehors de l'autofinancement. Les africains ont gardé jalousement l'idée selon laquelle, les banques ne financent que les grandes entreprises déjà bien installées qui sont d'ailleurs les filiales des multinationales. Ces dernières appartenant aux occidentaux, les populations assimilent le crédit bancaire voire même les services bancaires comme réservés aux « blancs ». Le rationnement devient dans ce cas institutionnel et sociologique. C'est un sentiment partagé par Pascal Labazée et Yves Fauré (2000, p.112) à propos des petits patrons ivoiriens :

« Le peu de dossiers de prêts déposés aux banques tient aussi, pour partie, au renoncement des entrepreneurs eux-mêmes »

La nationalisation des banques françaises ne doit pas être un tonneau vide mais une occasion pour donner au secteur bancaire la possibilité d'être un important levier du développement de la Côte d'Ivoire. Par ailleurs, les ivoiriens n'ont pas à avoir peur au point de faire la course aux guichets.

D'ailleurs, le pays a connu par le passé une telle crise suite aux difficultés des banques.  Face à ces difficultés bancaires, les déposants ivoiriens ont fait la course aux guichets : entre 1986 et 1992, les dépôts chutaient de 94 milliards de FCFA soit près de 15% des dépôts en 1986. Dès 1988-1989, plusieurs instituts de crédit ont été liquidés : la Banque ivoirienne de construction et de travaux publics (BICT), la Banque nationale pour l'épargne et le crédit (BNEC), la Banque ivoirienne pour le développement industriel (BIDI), et le crédit de la Côte d'Ivoire (CCI).

Les années 90 ont le terreau de la libéralisation financière censée permettre une implication des banques dans le développement des pays en développement. Mais le retrait  de l'État n'a rien changé en termes de financement monétaire de l'économie. Selon OUEDRAOGO Ousmane (1999, p.82)[7], « l'essentiel des crédits octroyés va toujours au commerce et surtout à la commercialisation des produits agricoles exportés (crédits du reste refinancés presque automatiquement par la banque centrale) tandis que les dossiers de crédits importants sont suivis par les maisons mères et que, sur place, des directeurs généraux adjoints expatriés, à l'ombre des directeurs généraux locaux, font la décision ».

Cette fois, cette nationalisation des banques doit permettre à l'Etat de favoriser une véritable bancarisation  en Côte d'Ivoire. La majeure partie de la population  est exclue des services bancaires. Les banques n'offrent ni services adéquats aux populations, ni crédits bancaires pour financer l'investissement. Bien qu'il soit difficile d'être tout à fait affirmatif sur ce point, on peut cependant penser que les banques commerciales ont contribué au faible niveau de développement au sein de l'UEMOA, en offrant moins de  crédits et des moyens de financement dans la Zone (Serre, 1988 ; Guillaumont, 1988 ; Haudeville, 1990)[8].

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C'est également l'occasion d'entreprendre des reformes qui permettront au secteur bancaire de jouer son rôle de « financier du développement ».

Même au niveau de l'UEMOA, le développement d'un marché sous-régional des facteurs de production implique une coopération pour la création  d'un entreprenariat national et sous-régional  facilités par un système financier puissant et fort.

Cette nationalisation ne doit pas oublier le secteur agricole car en Côte d'Ivoire, en dépit de son état de " sur-bancarisation " (beaucoup de salariés dans le secteur bancaire pour peu d'encours), l'offre de crédit bancaire au secteur agricole y est globalement coûteuse (taux d'intérêt prohibitif sauf pour les institutions de micro-finance) et insuffisante (beaucoup de paysans exclus des circuits bancaires). Seuls les grands exploitants agricoles (des urbains double-actifs pour la plupart) peuvent bénéficier du système bancaire classique. Finalement, la majorité des paysans contractent des crédits de type commercial sous forme d'avances en nature ou liquidité émanant respectivement de leurs fournisseurs ou de leurs clients. Pour inverser la tendance, une politique volontariste en faveur du secteur agricole s'impose d'autant plus que  la capacité à rembourser des crédits investis dans des activités agricoles est tributaire de la technicité et des compétences en gestion de l'emprunteur, mais aussi de facteurs extérieurs tels le climat (sécheresse) ou la santé (décès). Ces risques indépendants du débiteur ne sont actuellement pas couverts par des mécanismes spécifiques. Bien que ces risques ne relèvent pas de la fonction de crédit, ce sont pour l'instant les banques qui les supportent en subissant de plein fouet les problèmes de recouvrement qu'ils impliquent.


CONCLUSION

L'abandon de l'effort interne au niveau du processus de développement serait dommageable pour les économies africaines, la dette de ses pays étant aujourd'hui un obstacle à leur développement.

En Côte d'Ivoire, plusieurs facteurs caractérisent le système bancaire ivoirien : la prépondérance des capitaux étrangers, la prépondérance du financement d'opérations à court terme de secteur tel que l'agriculture (crédit de campagne) au détriment du financement des investissements, la faiblesse de crédits alloués aux petites et moyennes entreprises, les difficultés énormes liées à la collecte de l'épargne.

La nationalisation, si elle doit permettre d'accorder une place importante dans le financement de l'investissement, alors ce serait une très bonne chose car le rôle des banques commerciales dans le financement du développement reste limité. Si d'aucuns disent qu'elles n'ont ni les moyens, il n'en demeure pas moins qu'elles n'ont pas non plus la volonté de s'attaquer au financement des secteurs stratégiques de l'économie.

Le plus souvent les banques privilégient leur rentabilité au détriment du financement du développement car le risque accompagnant de tels investissements étant incompatibles avec le rendement attendu du capital.

La préférence des banques pour la gestion de leur trésorerie au détriment des prêts et l'existence des marchés informels, dont les taux créditeurs s'appliquent à l'épargne liquide placée, sont corrélés à des opportunités de crédits.

Avec la nationalisation des banques françaises, une nouvelle structure du système bancaire peut être la suivante :

Parmi les banques commerciales, il sera convenable de distinguer les banques de gros et les banques de détail ; les premières traitant  probablement avec une clientèle ciblée et très sélectionnée et les secondes, constituant des banques de proximité dont les capitaux seront à majorité nationaux privés ou publics.

Les banques de détail  pourront être des banques des petites et moyennes entreprises, des artisans et des particuliers à revenus très faibles, avec une compétence géographique nationale en phase avec les réalités sociales, culturelles et économiques du pays. En somme, ces banques seront une sorte de microcrédit évolué.

Quant aux structures d'appui, il est du ressort de l'Etat de créer  une structure de garantie collective pour pallier l'absence ou l'insuffisance de garanties individuelles chez les nouveaux  promoteurs et artisans.  Ceci pourrait résoudre l'épineux problème de la viabilité de la théorie des signaux dans les pays africains.

Avec la nationalisation de ces grandes banques françaises, le gouvernement devra donner également comme mission au système bancaire, celle de créer un cordon ombilical entre le secteur moderne et les institutions financières décentralisées existantes.

En tout cas, la nationalisation des banques françaises doit être le tournant historique dans la reconquête du pouvoir bancaire et financier au bénéfice du développement.


Dr Prao Yao Séraphin


Economiste, Enseignant-Chercheur
Vice-président de la Cellule de Veille et d'Eveil (CVE) de la Côte d'Ivoire.



[1] Paul A. Popiel. 1995. Systèmes financiers en Afrique subsaharienne. Document de synthèse de la Banque mondiale, no.260F. Série du département technique Afrique.

[2] Daniel A., Simon M.-O. (2001), «L'utilisation des moyens de paiement et l'accès au crédit des bénéficiaires de minima sociaux», Rapport d'enquête réalisé par le CREDOC pour le Conseil national du crédit et du titre, Paris.

[3] Après l'abolition de l'esclavage, le 1/8e des indemnités reçues par les colons est affecté à la création d'une banque de prêts et d'escompte par décret du 21 décembre 1853. Mais le seul établissement bancaire de l'AOF à l'époque ne sera limité qu'à Saint-Louis et Gorée.

[4] La Banque du Sénégal contrôlée par les commerçants bordelais qui exerçaient pratiquement leur monopole sur l'économie du Sénégal, fut dissoute et remplacée par la Banque de l'Afrique Occidentale (BAO) par décret du 29 juin 1901 dont le siège  est fixé à Paris, contrairement à la Banque du Sénégal.

[5] Dans chaque pays, « Le Comité apprécie le montant des besoins de financement de l'activité et de développement de l'Etat et des ressources disponibles pour y pourvoir, ainsi que des concours susceptibles d'être apportés par la Banque Centrale, selon les dispositions de ses Statuts, les directives du Conseil des Ministres de l'Union et les règles générales fixées par le Conseil d'Administration » (Article 56).

[6] Labazée P (dir.) (2000), Fauré Y-A. (dir.),  « Petits patrons africains : entre l'assistance et le marché », Paris : Karthala (Hommes et Sociétés).

[7] OUEDRAOGO Ousmane (1999), Plaidoyer macroéconomique pour l'Afrique, édition Karthala.

[8] Serre J.M (1988), « La politique monétaire», in P. et S. GUILLAUMONT, pp 233-270. ; Guillaumont P., Guillaumont Jeanneney S. (1988), « Stratégies de développement comparées : Zone Franc et Hors Zone Franc », Paris, Economica. ; Haudeville B. (1990), « Epargne informelle et financement de l'entreprise productive », in G. HENAULT et R. M'RABET, pp 77-85.

jeudi, 17 février 2011

DEBAT AUTOUR DU FRANC CFA: QUEL REGIME DE CHANGE CHOISIR POUR LA COTE D'IVOIRE ? (Février 2011)

 

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INTRODUCTION

Le débat sur le franc CFA a pris une certaine envergure ces dernières années, dans les pays africains de la zone franc (PAZF). Il a été amplifié depuis la crise militaro-politique qui secoue la Côte d'Ivoire, par des intellectuels ivoiriens (Pr Mamadou Koulibaly, Dr Prao Yao Séraphin ; Dr Agbohou Nicolas), qui reprennent en écho, la volonté d'une souveraineté monétaire des PAZF.

Si cette question du franc CFA était, il y a quelque temps, un sujet tabou, il reste que, depuis les festivités marquant le cinquantenaire des indépendances, les populations africaines ont épousé l'idée d'une souveraineté monétaire.

Il revient donc très souvent, parmi les intellectuels comme les politiques, la question de savoir quel régime de change adopter pour l'ensemble des pays de la zone franc ou du moins pour chaque pays si la zone  se disloquait.

Dans la littérature économique, le régime de change optimal  pour un pays donné a toujours été un sujet de débat entre les experts en économie internationale, qu'ils appartiennent aux milieux universitaires ou politiques. Depuis l'effondrement du système de Bretton Woods, au début des années 70 et l'adoption du deuxième amendement aux statuts du FMI, les pays membres sont libres d'adopter le régime de change de leur choix.

Même s'ils sont obligés d'arrimer leur monnaie dans un système surveillé par le FMI,  il n'en demeure pas moins qu'ils doivent déterminer le régime de change (fixe, flottant ou intermédiaire) le mieux adapté à leurs besoins sur la base de critères solides.

Le régime de change a des impacts sur le taux de croissance et le bien-être des populations voire même, la stabilité du système monétaire international.  Entre 1999, 2003 et 2009, le FMI  a produit  trois grandes études analytiques[1] sur les régimes choisis par les pays (Mussa et al., 2000; Rogoff et al., 2004; Ghosh, Ostry, and Tsangarides, à paraître) qui s'inspirent des ouvrages empiriques publiés sur le sujet tant par l'institution qu'à l'extérieur (Ghosh et al., 1997; Ghosh, Gulde, and Wolf, 2002; Levy-Yeyati and Sturzenegger, 2003; Reinhart and Rogoff, 2004). Ces études, qui font partie de la mission de surveillance du FMI, indiquent aux membres comment leur régime de change peut influer sur leurs résultats macroéconomiques (inflation, croissance et vulnérabilité aux crises) et contribuer à la stabilité du système monétaire international.

En pratique, le régime de change optimal, surtout pour les économies de marché en développement ou émergentes, a beaucoup évolué ces vingt dernières années. Il était très courant au début des années 90 de fixer le taux de change par rapport à une monnaie forte (souvent le dollar ou le deutsche mark), surtout dans les pays qui passaient d'une économie dirigée à une économie de marché qu'ils s'efforçaient de stabiliser une fois les prix libérés. Cependant, une série de crises du compte de capital s'est déclenchée au cours des années 90 dans les pays émergents où des inversions brutales des entrées de capitaux ont provoqué un effondrement de la monnaie et fait ressortir la fragilité des régimes fixes.

En effet, de nombreuses crises de change ont frappé ces régimes, laissant alors apparaître un nouveau consensus autour des « solutions en coin » comme seuls régimes de change viables. Dans la réalité, les pays émergents sont confrontés, non pas au choix d'une des deux « solutions en coin », mais plutôt au choix du degré de rigidité - ou de flottement - du taux de change.

Notre présente contribution se propose d'entreprendre une discussion sur le choix du régime de change qu'un pays comme la Côte d'Ivoire pourrait adopter s'il devait quitter la zone franc.

Dans le souci de bien faire comprendre la question des régimes de change, il faudra bien topographier la cartographie des idées.

Pour ce faire, nous allons présenter dans un premier lieu, les régimes de change, les différentes typologies et les déterminants des taux de change.

Une fois cette étape franchie, nous pourrons expliciter les raisons de l'attrait des « solutions en coin », c'est-à-dire, la préférence des régimes de change fixes et flexibles.

Cette progression pourra nous aider à donner des indices de choix d'un régime de change pour la Côte d'Ivoire.

I. RÉGIMES DE TAUX DE CHANGE, TYPOLOGIES ET DÉTERMINANTS

I.1. DES DÉFINITIONS UTILES A SAVOIR

Le change est l'acte par lequel on échange les monnaies de différentes nations. Les monnaies prennent les mêmes formes que la monnaie à l'intérieur d'un pays. La monnaie de chaque pays a un prix en termes de la monnaie de chacune des autres nations. Ce prix est le taux de change.

Il y a deux types de taux de change, selon la date de l'échange réel des monnaies : le taux de change au comptant est le prix pour une transaction "immédiate" (un jour ou deux au maximum pour les grosses transactions) ; le taux de change à terme est le prix pour une transaction qui interviendra à un certain moment dans l'avenir, dans 30, 90 ou 180 jours. Les transactions au comptant ne représentent que 40 % des transactions. Le marché des changes est donc nettement un marché à terme.

Un autre éclairage important à faire. Un taux de change peut être exprimé de deux façons : la cotation  " au certain " consiste à donner le nombre d'unités monétaires étrangères équivalent à une unité de monnaie locale ; la cotation, "à l'incertain" indique le nombre d'unités monétaires locales correspondant à une unité de monnaie étrangère. Par exemple, au 20 janvier 1999, l'euro cotait à Paris 1,1571 dollar (cotation au certain), ou encore le dollar contre euro s'échangeait à 0,86472 (cotation à l'incertain). Lorsque l'euro s'apprécie contre les autres devises, son cours coté au certain s'élève ; en revanche, son cours coté à l'incertain diminue.

On appelle marché de changes, le marché sur lequel s'échangent les devises les unes contre les autres. Á la différence des marchés d'actions (ou des marchés de futures ou options sur devises), sur le marché des changes il n'y a pas de cotations centralisées (fixing) mais uniquement des transactions de gré à gré (OTC, Over The Counter dans le jargon boursier). Cela signifie que les opérateurs entrent en contact les uns avec les autres de façon individuelle, par téléphone ou réseaux informatiques.

Les principales bourses de change[2] actuellement sont Londres avec environ 30% du marché, New York avec 20%, Tokyo avec 12%, Zurich, Frankfort, Hong Kong et Singapour avec environ 7% chacune, suivi de Paris et Sydney avec 3% chacune.

Le marché des changes n'est pas un simple lieu de rencontre où des cambistes se crient mutuellement des ordres d'achat et de vente. Au centre du marché des changes se trouvent plutôt des banques et les cambistes qui travaillent dans les banques.

Qui sont donc les utilisateurs du marché des changes ? Sur le marché du détail, qui concerne les clients, au sein du marché des changes au comptant, des individus, entreprises et autres organisations peuvent acquérir des devises  étrangères pour effectuer des paiements, où vendre des devises étrangères qu'ils ont reçues en paiement.

Le plus gros des transactions sur devises, peut-être 90% ou plus s'effectue entre banques sur le marché des changes interbancaires.  Le marché interbancaire a plusieurs fonctions. La participation au marché interbancaire donne à une banque un flux continu d'informations sur la situation du marché des changes grâce à un dialogue avec les cambistes des autres banques et à l'observation des cotations  des cours (taux de change).

Les opérations interbancaires permettent à une banque de réajuster rapidement et à bas prix sa propre position quand elle réalise séparément une importante transaction avec un client.

Les opérations interbancaires permettent aussi à une banque de prendre rapidement une position sur une monnaie étrangère si la banque et ses cambistes veulent spéculer sur les variations du taux de change dans un avenir proche.

Quand n'est-il de l'offre et de la demande d'une monnaie ?

Pour comprendre pourquoi la valeur d'une monnaie monte ou baisse, il faut passer les mêmes étapes que celles qui servent à analyser n'importe quel marché concurrentiel.

Sur le marché des changes, les particuliers et les entreprises souhaitent échanger des devises pour différentes raisons. Certaines effectuent des échanges de biens et services et souhaitent obtenir ou céder des devises en paiement. Certains procèdent à des mouvements internationaux d'actifs financiers. Ils font des investissements ou des emprunts internationaux, et doivent convertir la monnaie d'une nation en une autre pour acheter et vendre des actifs financiers, contracter et rembourser des dettes etc.

Nous en arrivons à la définition d'une devise.  On appelle une « devise » une unité monétaire que chaque pays possède.  Chaque nation a sa propre devise. Mais il peut arriver que plusieurs pays aient une devise commune. C'est le cas de l'Euro pour les pays de l'Union européenne, le dollar pour les Etats-Unis et le Canada (dollar canadien et dollar américain), le Franc CFA pour les pays de la zone.  Ainsi donc, on désignera par devises étrangères, tous les titres de créances libellés en monnaie étrangères (lettres de change, billets à ordre, chèques, valeurs immobilières, coupons, transferts télégraphiques).

I.2. LES DÉTERMINANTS DES TAUX DE CHANGE

Dans l'ouvrage de Jacques Généreux (2008)[3], il apparaît deux facteurs essentiels : les facteurs dits « fondamentaux » et  des facteurs dits financiers, psychologiques et politiques.

Etudions dans un premier temps, les déterminants économiques.  Il paraît naturel d'expliquer les taux de change par l'ensemble des facteurs qui conditionnent les différents flux d'échanges entre le pays et le reste du monde (RDM).  Le rythme de croissance économique d'un pays influence plus ou moins la demande de monnaie nationale. Ainsi, un pays connaissant une croissance économique soutenue attire plus facilement les investisseurs internationaux, ce qui alimente la conversion de devises en monnaie nationale.  A titre d'exemple, les exportations de biens et services par la Côte d'Ivoire entraînent généralement la vente de devises étrangères nécessaire à l'achat de la monnaie ivoirienne. Cette dernière tend à s'apprécier  sur le marché des changes.

En revanche, un déficit extérieur entraîne une hausse de la demande de devises, d'où une baisse du taux de change. En effet, les importations de biens et services tendent parallèlement à faire vendre la monnaie ivoirienne en échange d'une devise étrangère.   Pour nous résumer, les importations ivoiriennes de biens et services engendrent une demande de devises étrangères et une offre de monnaie nationale. Par contre, les exportations ivoiriennes de biens et services engendrent une offre de devises étrangères et une demande de monnaie nationale.

La théorie de la parité des pouvoirs d'achat voit dans les mouvements des prix relatifs des biens domestiques et étrangers le facteur déterminant essentiel du taux de change. Cette théorie comporte une variante absolue qui explique le niveau du taux de change, et une variante relative qui explique les variations du taux de change.

La version absolue de la théorie part de la loi du prix unique (LPU) qui prévaut sur un marché international concurrentiel, sans obstacles à l'échange, sans coûts de transport ou de transaction.

La parité relative des pouvoirs d'achat met en relation la variation du taux de change et la variation des prix (inflation).  Selon la théorie des parités de pouvoir d'achat, un pays qui connaît un taux d'inflation plus élevé que celui de son partenaire commercial doit voir son taux de change s'affaiblir.

Dans un deuxième temps, abordons les déterminants financiers et psychologiques. La théorie de la surréaction, développée par Rudiger Dornbush,  à long terme, le taux de change d'équilibre est déterminé par la parité des pouvoirs d'achat, mais dans le court terme, le taux de change réagit aux différentiels de taux d'intérêt.  Ceci est d'autant plus plausible que les marchés financiers s'ajustent plus rapidement que les autres.

En effet, les taux d'intérêt réels constituent le rendement d'un placement financier. Lorsque le taux d'intérêt d'un pays s'élève par rapport à celui des autres places financières, cela attire de nombreux capitaux flottants à la recherche de la rémunération la plus élevée. Ces entrées de capitaux dans le pays (Côte d'Ivoire) engendrent une offre de monnaie étrangère et une demande de monnaie nationale (monnaie ivoirienne). Il en découle une appréciation de la monnaie ivoirienne sur le marché des changes.

Cependant, les opérateurs financiers tiennent également compte des risques liés à l'état du marché financier ; celui-ci peut être plus ou moins liquide (ne pas permettre facilement les opérations de vente par exemple), plus ou moins volatile, plus ou moins transparent.

A contrario, les sorties de capitaux du pays entraînent une demande de monnaie étrangère et une offre de la monnaie locale (monnaie ivoirienne). Il va en découler une dépréciation de la monnaie locale (monnaie ivoirienne).

Ajoutons également que, les informations véhiculées sur le marché des changes exercent un effet non négligeable sur le comportement des acteurs, au demeurant très enclins au mimétisme : une rumeur, l'annonce de la parution de statistiques sur le commerce extérieur ou le chômage d'un pays, sur l'orientation de sa politique économique, voire sur les démêlés amoureux d'un président... suffisent parfois à déclencher de véritables tempêtes monétaires.

I.3. LA TYPOLOGIE DES RÉGIMES DE CHANGE

Les classifications sont nombreuses et dépendent des auteurs.  Reinhart et Rogoff (2004)[4], proposent quatorze (14) catégories tandis que Ghosh, Gulde et Wolf (2003)[5] se contentent de neuf (9). Si ces différentes classifications  ne souffrent pas de faiblesses, nous avons choisi celle du FMI, puisqu'il utilise des informations quantitatives et qualitatives. En plus, tous les pays membres sont classés et cette classification est mise à jour de façon continue.

Le système de classification est basé sur les membres actuels, arrangements de facto comme identifié par le staff du FMI, qui peut différer de leurs arrangements officiellement annoncés. Cette classification de taux de change sur la base de leur degré de flexibilité et de l'existence des engagements formels ou informels sur le choix du taux de change.

Il s'agit de huit catégories de régime de change qui sont déclinées de la façon suivante.

  • Régime des pays n'ayant pas de monnaie officielle distincte : Une autre unité monétaire est la seule monnaie ayant cours légal dans le pays, ou le pays est membre d'une union monétaire ou d'un mécanisme de coopération monétaire ayant adopté une monnaie commune qui a cours légal dans chacun des pays membres.
  • Caisse d'émission : Régime monétaire en vertu duquel un pays s'engage explicitement en vertu de la loi à échanger à un taux fixe sa monnaie nationale contre une devise spécifique; cet engagement impose certaines restrictions à l'autorité émettrice pour garantir le respect des obligations imposées par la loi.
  • Autre régime conventionnel de parité fixe : Le pays rattache (officiellement ou de facto) sa monnaie, à un taux fixe, à une grande monnaie ou à un panier de monnaies, le taux fluctuant à l'intérieur d'une bande étroite de plus ou moins 1% maximum de part et d'autre du taux central.
  • Rattachement à l'intérieur de bandes de fluctuation horizontales : La valeur de change de la monnaie est maintenue à l'intérieur de bandes de fluctuation supérieures à 1% de part et d'autre d'un taux central fixe, officiel ou de facto.
  • Système de parités mobiles : La valeur de change de la monnaie est ajustée périodiquement dans de faibles proportions, à un taux fixe annoncé au préalable ou en réponse aux variations de certains indicateurs quantitatifs.
  • Système de bandes de fluctuation mobiles : la valeur de change de la monnaie est maintenue à l'intérieur de certaines marges de fluctuation de part et d'autre d'un taux central qui est ajusté périodiquement à un taux fixe, annoncé au préalable ou en réponse aux variations de certains indicateurs quantitatifs.
  • Flottement dirigé sans annonce préalable de la trajectoire du taux de change : l'autorité monétaire influe sur les mouvements du taux de change par des interventions actives sur le marché des changes, sans spécifier ni s'engager à annoncer au préalable quelle sera la trajectoire du taux de change.
  • Flottement indépendant : la valeur de change est déterminée par le marché, toute intervention sur le marché des changes étant plus destinée à modérer le taux de change et à en éviter les fluctuations indésirables qu'à le situer à un niveau particulier.

Le système monétaire international a profondément évolué au cours des années quatre-vingt-dix : alors que les pays européens réalisaient une union monétaire, et que certains pays émergents tentaient, avec un succès contrasté, de mettre en place des régimes de change extrêmement rigides (Argentine, Estonie par exemple), de nombreux pays devaient abandonner, en catastrophe (crises mexicaine, asiatique, brésilienne...), l'ancrage qu'ils étaient parvenus à établir, généralement sur le dollar, pour retourner, au moins temporairement, au flottement.

Selon Fisher (2001)[6], vu la succession des crises monétaires depuis le début des années soixante-dix, les régimes intermédiaires ne se sont pas révélés viables à long terme, en particulier dans les pays intégrés ou en voie d'intégration aux marchés financiers internationaux. Ce point de vue rejoint la thèse de l'"impossible trinité", selon laquelle un pays ne peut poursuivre que deux des trois objectifs suivants : la fixité du taux de change, l'indépendance de la politique monétaire et l'intégration aux marchés financiers internationaux.

Des 22 pays développés de l'échantillon, aucun n'a de régime intermédiaire. La moitié d'entre eux ont un régime de parité "rigide" et les autres un taux de change flottant. Des 33 pays émergents de l'échantillon, 16 ont un régime de changes flexibles, 3 un régime de taux rigides, et 14 un régime intermédiaire.

Pour autant, l'accord est moins large sur la pertinence de ce nouveau  consensus.  Sur le plan empirique, de nombreuses études ont montré la persistance des régimes intermédiaires même après les crises de change des années 90 (Levy-Yeyati et Sturzenegger (2005)[7] ; Bénassy-Quéré et Coeuré (2000)[8]).

Calvo et Reinhart (2001 et 2002)[9] ont quant à eux identifié une « peur du flottement » (fear of floating) liée au fait que les dépréciations monétaires n'ont pas les mêmes effets dans les marchés émergents que dans les pays développés.

Ces différents bémols n'entament en rien l'opinion courante depuis le milieu des années 90 qui estime que les ancrages simples sont trop vulnérables aux crises et que les pays devaient adopter soit un ancrage fixe (union monétaire ou caisse de compensation, par exemple), soit, à l'autre extrémité de l'éventail, un régime de flottement libre dans lequel le marché détermine la valeur de la monnaie sans intervention de l'État.

II. LE CHOIX ENTRE LES SOLUTIONS EN COIN : LE RÉGIME DE CHANGE FIXE ET LE RÉGIME DE CHANGE FLOTTANT

Nous étudierons dans ce paragraphe le cas spécifique des régimes de change fixes et flexibles. Nous l'avons déjà mentionné  que le point de vue actuel est de considérer les régimes intermédiaires comme n'étant plus viables, que  les pays préfèrent les « solutions en  coin », c'est-à-dire, le flottement pur ou une fixité stricte.

Avant de simuler les chocs frappant une économie à régime de change fixe et flexible, nous allons brièvement, en tout cas théoriquement, l'hypothèse de bipolarité des taux de change.

II.1. LES FONDEMENTS THÉORIQUES DE L'HYPOTHÈSE DE BIPOLARITÉ

Premièrement, cette hypothèse apparaît être un corollaire au principe de l'impossible trinité : un pays ne peut pas réaliser les trois objectifs suivants en  même temps : stabilité du taux de change, indépendance monétaire et intégration du marché financier.

Deuxièmement, une justification avancée est l'importance des emprunts étrangers non-couverts en monnaie internationale (le plus souvent en dollar) contractés par les banques et les entreprises, qui sous-estiment une possible dévaluation de la devise.

Troisièmement, le coût politique d'une dévaluation : un gouvernement qui adopte une cible de taux de change attend trop longtemps avant d'abandonner la parité dans le cas d'un reflux important de capitaux.

Quatrièmement, la notion de vérifiabilité. J.A Frankel, E. Fajnzylber, S.L Schmulker et L. Serven (2001)[10] introduisent la notion de vérifiabilité en suggérant qu'une  fixité ou qu'un flottement simple sont plus facilement vérifiables par les agents économiques qu'un régime intermédiaire complexe. Cela peut réduire l'incertitude et donc influencer les décisions de consommation et d'investissements futurs.

Les fixations de type intermédiaires sont incohérentes car les autorités fixent le taux de change pour réduire le taux d'inflation, tout en ayant des objectifs de politique économique (emploi, croissance) qui induisent un biais inflationniste à la politique monétaire. Cette incohérence se traduit par une appréciation du taux de change réel et, en conséquence, une perte de devises.

Une telle incohérence peut subsister s'il existe un contrôle des capitaux assez efficace pour éviter la perte de réserves de change, ou si la capacité d'endettement des autorités est assez importante pour leur permettre de reconstituer celles-ci. La libéralisation générale des flux de capitaux a accru les conséquences de l'incohérence des régimes intermédiaires et donc a contribué à leur effondrement, le plus souvent au terme de crises spéculatives (crise mexicaine en 1994, crise asiatique en 1998 etc.).

II.2. L'ÉTUDE DES RÉGIMES DE CHANGE FIXES ET FLEXIBLES

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lundi, 14 février 2011

LE FRANC CFA DANS L'ORNIERE DE LA DEVALUATION (Février 2008)

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La valeur de la monnaie européenne, l'Euro ne cesse de battre des records face au dollar. L'euro est passé à 1,45 dollar début Février 2008. Entre temps, l'économie américaine est en passe de connaître une récession, ce qui laisse croire que Ben Bernanke baissera encore les taux directeurs de la FED pour relancer l'économie. La Chine, fait de bonnes affaires avec une sous-évaluation constante de la valeur de sa monnaie. D'ailleurs, elle a encore déclaré l'année dernière un taux de croissance de 11%. L'euro fort handicape aujourd'hui un pays comme la France qui annonce pour l'année 2007, un déficit commercial d'environ 44 milliards d'euros. Si les pays de la zone dollar en tirent des bénéfices, ce n'est pas le cas pour les pays qui ont en commun le franc CFA (zone euro). Au delà des passions politiciennes, la surévaluation du franc CFA est un lourd handicap au regard de la structure de l'économie des pays membres et des biens qu'ils exportent. La dévaluation de 1994 et ses effets immédiats restent gravés dans les mémoires. Qualifiée à l'époque de "brutale et [de] douloureuse" par le président du Bénin Nicéphore Soglo, une possible et éventuelle dévaluation reste très discutée. Il convient dans ce cas de revenir sur ce débat qui hante les économistes africains de la zone franc.

La dévaluation en question

Un pays qui connaît un désajustement de sa balance de paiement peut le corriger par une variation du taux de change. Cette dernière provoque une modification des prix nécessaire à l'ajustement des importations et des exportations et au rétablissement de l'équilibre. Le taux de change peut faire donc l'objet d'une dévaluation qui se traduit par une baisse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères, ou une réévaluation, qui s'exprime comme une hausse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères. Dans le cas des pays africains de la zone franc, le débat porte sur une baisse de la valeur de la monnaie, la montée de l'euro surévaluant de facto cette dernière et décourageant les exportations.

Les conséquences de la dévaluation

Une dévaluation a de forte chance de produire les effets escomptés que si les prix internes augmentent. En réalité et surtout pour les pays dont le secteur domestique est très important, la hausse des prix intérieurs sera, dans l'ensemble moins rapide et moins forte que la dépréciation du taux de change. En effet, de nombreux produits sont obtenus dans le pays et ne souffrent d'aucune concurrence étrangère (secteur abrité) si bien que leurs prix ne subissent qu'avec retard, ou faiblement, la contagion de la hausse due à la dépréciation. Il en va de même des prix des services et des facteurs de productions qui peuvent être déconnectés des prix étrangers. Pour les pays africains de la zone franc, leur dépendance plus ou moins grande à l'égard des importations va les obliger à alourdir le déficit commercial si les exportations ne sont pas stimulées. L'accroissement des exportations peut alors, dans certains cas, provoquer une perte de substance pour l'économie nationale. Or, à la suite d'une dévaluation, l'accroissement de la valeur des exportations (en monnaie nationale) sera d'autant plus important que l'élasticité de la demande étrangère sera forte. Etant donné que les pays membre de la zone franc CFA sont essentiellement exportateurs de matières premières de base et face à une demande léthargique, accompagnée d'une concurrence des pays asiatiques, il s'ensuit que les bénéfices de la dévaluation sont maigres. De l'avis des « pro-dévaluation », la surévaluation du franc CFA oblige les pays membres à déprécier leur monnaie car «le coût de la main d'œuvre, déjà élevé en comparaison avec les pays asiatiques, en est artificiellement gonflé. Il encourage les importations au détriment des productions locales, y compris l'importation de biens qui ne sont pas nécessairement indispensables». Une dévaluation, selon cette « école » va renforcer la compétitivité des produits, permettre une augmentation des exportations et de leurs revenus, et une atténuation de la pression des importations. Il est vrai qu'à l'exportation, les productions locales deviennent moins compétitives que celles qui concurrencent des pays hors zone euro. Il en est ainsi du coton béninois, de la banane camerounaise, du café ou du cacao ivoirien face aux produits analogues américains et latino-américains qui exportent en dollars, et qui sont, de surcroît, subventionnés. En conséquence, le revenu des exportations de matières premières africaines facturées en dollars diminue conséquemment. A contrario, les économistes hostiles à une nouvelle dévaluation ne manquent pas d'argument. Pour eux, une dévaluation du franc CFA aurait pour conséquence une hausse vertigineuse du coût des importations, un surenchérissement de la facture pétrolière, une inflation globale. Cela n'a rien d'étonnant quand on sait que la croissance que connaît l'Afrique est tirée par les pays exportateurs de pétrole. La faiblesse du dollar diminue la facture énergétique des pays et le prix élevé du baril ne peuvent donner l'illusion de résister à cette surévaluation du franc CFA. Mais pour combien de temps, la manne pétrolière contrebalancera les effets pervers d'un déficit structurel de balance des paiements ? La dévaluation peut être bénéfique pour un pays considéré, au regard de l'explosion de ses exportations mais à condition que les autres monnaies ne se déprécient pas dans les mêmes proportions. Historiquement, les dévaluations concurrentes ont été malheureusement adoptées par un grand nombre de gouvernement entre 1930 et 1940. L'exemple le plus éloquent fut la concurrence faite aux dévaluations britanniques et américaines supprimant du même coup l'effet prix favorable aux exportations britanniques et américaines. Lorsque la hausse des prix est plus rapide dans un pays tiers qu'à l'étranger, le gouvernement peut être contraint à la dévaluation. Cette situation est indéniable lorsque le déficit de la balance des paiements est structurellement considérable. Une surévaluation de la monnaie peut aggraver les difficultés d'exportation. Une croissance inflationniste ne peut durer indéfiniment car elle compromet gravement la compétitivité des entreprises sur les marchés extérieurs. Les pays qui marchent en tête dans la progression des prix se condamnent aux dévaluations successives et sapent la confiance dans la monnaie.

En ce qui concerne l'effet bénéfique de la dévaluation du franc CFA de 1994, les tests empiriques restent peu enthousiastes. L'assainissement des comptes extérieurs et les mesures de traitement de la dette (neuf PAZF ont pu obtenir une réduction de leur dette en Club de Paris, la Côte d'Ivoire a obtenu des accords en Club de Londres et en Club de Paris) ont permis une nette amélioration des ratios d'endettement. L'éligibilité de plusieurs PAZF à l'initiative PPTE (« Pays pauvres très endettés ») devrait conforter cette évolution. Dans le même temps, de profondes réformes structurelles visant à créer un cadre favorable à la croissance ont été mises en œuvre, portant principalement sur l'assainissement des finances publiques, la restructuration du secteur bancaire et la privatisation des entreprises publiques. Par ailleurs, avec l'appui de la France et le plus souvent du FMI, les pays à l'exception de la Guinée équatoriale et des Comores, ont mis en œuvre des programmes d'ajustement structurel, ce qui a permis aux PAZF d'accompagner la dévaluation de 1994 par un effort soutenu de stabilisation et d'assainissement de leur économie. Pour autant, au détour de cette rapide revue du succès macroéconomique de la dévaluation, il convient de souligner trois échecs patents (mais qui ne sont pas spécifiques à la Zone franc):

- l'échec en matière de croissance de la consommation par tête ;
- l'échec (relatif) en matière de diminution de l'endettement ;
-  l'échec (relatif et limité aux pays côtiers) de la substitution de produits vivriers locaux aux produits vivriers importés.

Le nœud du problème est l'arrimage du franc CFA à l'euro

Avant même l'arrimage du franc CFA à l'euro, les institutions financières internationales tiraient la sonnette d'alarme. D'après une étude de la Banque mondiale publiée en décembre 1998, les pays de la zone CFA font partie, avec l'Europe centrale et les pays du Sud de la Méditerranée, des trois régions non européennes qui seront "le plus touchées" par l'entrée en vigueur de la nouvelle monnaie. D'après les chiffres du FMI, de 40 à 50 % de tous les échanges commerciaux de l'Afrique s'effectuent avec des clients de la zone euro. Dans le cas des pays de la zone franc CFA, ce pourcentage se rapproche généralement de 50 %, bien que les échanges commerciaux entre les pays de l'Union européenne et la zone franc aient fortement diminué ces dernières années. En cas d'embellie économique de l'euro, les exportations et les importations des pays européens pourraient augmenter, ce qui bénéficierait alors aux partenaires commerciaux africains de l'Europe. Pour les entreprises de la zone CFA en relation avec les pays participant à l'euro, le rattachement du franc CFA à l'euro au lieu du franc français se traduirait également par une réduction des charges commerciales et des coûts de transaction. Nonobstant, La revalorisation du taux de change réel des pays de la zone CFA, comme c'est le cas, affaiblit la compétitivité des exportations des pays de la zone CFA. En d'autres termes, un euro fort pourrait heurter de plein fouet l'économie des pays de la zone franc, car leurs exportations seraient plus chères et les importations seraient meilleur marché que les produits similaires fabriqués intérieurement. Ce phénomène pourrait avoir des effets d'autant plus dévastateurs que les pays d'Asie et les autres économies émergentes, aux devises dévaluées, sont déjà des concurrents redoutables en matière d'exportations. Il est temps que les pays de la zone franc revisitent l'arrimage de leur monnaie à l'euro. Est-ce possible pour un bébé de chausser du 42 ou du 45 ? Ou, est-ce possible pour une voiture de rouler à la même vitesse qu'un train à grande vitesse (TGV) ?

Quand la recherche d'une stabilité monétaire devient déstabilisante

Il est désormais largement admis que la stabilité des prix constitue un objectif désirable en soi, puisque l'inflation génère des coûts importants. Cette stabilité des prix nécessite un "ancrage nominal" (Mishkin 1999, p. 580-581), qui signifie la fixation d'une contrainte sur la valeur de la monnaie domestique. L'ancrage nominal, qui peut signifier une parité monétaire fixe, permet de déterminer le niveau général des prix, et de contrôler les anticipations d'inflation des agents économiques en les guidant vers une valeur de référence, fournie par l'autorité monétaire. En d'autres termes, en imposant une contrainte sur l'évolution de l'inflation, l'ancrage nominal permet de réduire (voire de supprimer) les problèmes de crédibilité et « d'incohérence temporelle ». L'ancrage nominal permet ainsi de casser les pressions inflationnistes, et de se libérer des problèmes de crédibilité. L'arrimage à un taux de change fixe permet donc d'imposer une contrainte sur les autorités monétaires et, sous réserve du choix de la devise de référence, peut permettre "d'importer" de la crédibilité. L'ancrage nominal peut être un choix difficile à soutenir en certaines circonstances. Ainsi, dans le cas d'une appréciation importante de la monnaie de référence, la monnaie locale devient de plus en plus forte et il apparaît alors un différentiel avec les conditions économiques internes qui affaiblit progressivement le mécanisme d'importation de crédibilité. Toutes choses égales par ailleurs, si les coûts d'un arrimage à l'euro devenaient trop importants, et étant donné les inconvénients d'un système de changes flottants, les pays de la zone franc pourraient être confrontés au même type de choix que les pays européens lors de la crise monétaire de 1993 : soit renforcer ses institutions dans le sens de la stabilité monétaire, soit s'engager plus avant dans une intégration économique avec ses voisins. La balance commerciale de la zone franc étant très fortement, et structurellement déséquilibrée, une appréciation du franc CFA rend les produits locaux particulièrement élevés ; Lorsque l'euro s'apprécie, la quantité de monnaie par rapport au DTS augmente et les Banques centrales (de la zone franc) créditent le compte d'opérations auprès du Trésor français, diminuant ainsi leurs réserves et pénalisant le mécanisme de crédit. Ce mécanisme permet de contrer l'effet inflationniste de l'euro fort. La balance commerciale des pays africains de la zone franc, vis-à-vis de la zone euro se détériore particulièrement puisqu'ils vendent en dollar et achètent en euro. Ces pays piégés par le franc CFA sont obligés de vendre certaines de leurs productions en dollar parce qu'elles sont cotées en dollar sur le marché mondial, alors que, dans le même temps, ils achètent en euro puisque la plupart de leurs industries, de leurs infrastructures fonctionnent avec la monnaie unique européenne. Cette forme d'arrimage rigide du franc CFA à l'euro pose réellement problème. Dans le passé, un autre débat, tournait autour des conséquences des fluctuations du franc français, car la valeur du franc CFA dépendait pendant longtemps des impératifs des relations économiques et financières entre la France et l'Allemagne plutôt que de la réalité et des besoins des pays membres de la zone franc. Quand le franc français était dévalué, toutes les autres grandes monnaies devenaient plus chères, leurs produits plus onéreux et leurs dettes en dollars toujours plus lourdes. Par contre, les exportations des pays de la zone franc devenaient plus compétitives, mais comme ces exportations ne concernaient en général que des produits agricoles de base (banane, café, coton, bois...) dont la demande n'est pas élastique, l'avantage s'avérait relativement faible, excepté pour la France qui voyait ses produits industriels acquérir un avantage concurrentiel dans la zone franc.

La coopération monétaire avec Paris, à travers la Banque de France, devrait permettre aux économies fragiles des ex-colonies et aux systèmes politiques d'Afrique, assez souvent instables, de bénéficier d'une monnaie stable. Il n'en est rien dans la réalité et mieux si l'euro continue de s'apprécier face au dollar entamant ainsi la compétitivité des économies africaines, ces dernières connaitront des dévaluations successives de sorte que la recherche de la stabilité monétaire conduira vraisemblablement les économies à des équilibres multiples déstabilisants. Et dans l'éventualité d'une crise de confiance due à un euro fort à tel point qu'il faille dévaluer le franc CFA, les fuites de capitaux de la zone franc vers la zone euro pourraient avoir de même des effets déstabilisants. Le franc CFA risque de faire l'objet de diverses pressions en raison de sa compétitivité réduite, et les ajustements du taux de change pourraient alors être plus fréquents qu'ils ne l'ont été dans le cadre du système de rattachement au franc français. Souvenons-nous qu'à partir de 1985, la conjonction de la baisse du dollar et de l'accélération de la détérioration des termes de l'échange (baisse des cours des matières premières) ont progressivement pesé sur la compétitivité des pays africains de la Zone franc, qui ne pouvaient pas réaliser des ajustements nominaux suffisants. Inéluctable à la fin des années 1980, la dévaluation des francs CFA et comoriens a été retardée pour des raisons plus politiques que techniques, pour être finalement scellée le 12 janvier 1994.

Au total, il est temps de renoncer à cette monnaie coloniale qui retarde le développement des pays membres, pour créer une monnaie libre et au service des économies, car le maintien d'un lien entre devises garanti par le Trésor français ne fait que perpétuer le néo-colonialisme français. Le franc CFA n'apporte rien aux pays membres si ce n'est la pauvreté, la corruption, et surtout un instrument d'asservissement entre les mains de la France.

Que Dieu bénisse l'Afrique et ses enfants !



Dr Prao Yao Séraphin


Economiste et Analyste politique

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

praoseraph@yahoo.fr

contact@mlan.fr

LA CONVERTIBILITE DU FRANC CFA, MYTHE OU REALITE ?

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L'histoire des théories monétaires est traversée de débats au sein desquels certains thèmes sont repris ou discutés de période en période. Point n'est besoin de souligner aujourd'hui le regain d'intérêt que suscitent les phénomènes monétaires dans l'ensemble de la vie économique. Depuis quelques années, des voix s'accordent pour reconnaître la non optimalité de la zone franc CFA, une zone monétaire unique en son genre, au monde. Mais là n'est pas le problème.

Le point focal de cette rébellion intellectuelle réside dans la conception même de la monnaie CFA et ses mécanismes, parmi lesquels, le fameux « compte d'opérations » et son corollaire de convertibilité illimitée de cette monnaie. Les économistes ou du moins ceux qui nous restent, à quelque exception près, avec leur langage parfois christique ont sacralisé la question du franc CFA au point de laisser quinze pays dans un esclavage monétaire. Les gouvernants des pays membres ont lié leur souveraineté monétaire au prix d'une convertibilité illimitée d'une monnaie.

Pour eux, les petits pays ne peuvent pas garantir leur monnaie faute d'économie suffisamment  solide pour la soutenir. C'est ainsi que les pays africains, ont de diverses manières et à des degrés différents, démissionné  face à leur responsabilité en matière monétaire et donc économique. Les pays de la zone franc ont opté pour une coopération monétaire fondée sur la garantie illimitée donnée par la France à la monnaie émise par la BEAC et la BCEAO.

Cette convertibilité illimitée du franc CFA de chaque sous-zone est supposée être assurée par le « compte d'opération » ouvert par chaque banque centrale de la zone auprès du trésor français et domicilié à la banque de France. Selon les concepteurs de ce terme étrange à la littérature économique,  cet accès ouvert aux marchés des changes français garantirait de facto la convertibilité du franc CFA en toute autre devise. Pourtant, la zone franc CFA subit une salve de critique. Il est donc nécessaire de définir la notion de convertibilité afin de comprendre cette coopération monétaire aux contours ambigus.

LES MÉCANISMES DE LA ZONE CFA

L'une des clauses la plus importante de la coopération monétaire entre la France et la zone franc CFA est la libre convertibilité du franc CFA. La libre convertibilité de la monnaie de chaque sous-zone est garantie par le compte d'opération ouvert auprès du Trésor et sur lequel les banques centrales ont un droit de tirage illimité en cas d'épuisement de leurs réserves en devises. En contrepartie de ce droit de tirage, les banques centrales doivent déposer sur le compte d'opération au moins 65 % (50% pour les pays de l'UEMOA) de leurs avoirs extérieurs nets (réserves de change).

À l'intérieur de chaque sous-zone, et entre chaque sous-zone et la France, les transferts de capitaux sont en principe libres. Avec la zone euro, un compromis a été trouvé ; ce compromis européen confie également à la Banque de France le soin de la parité entre l'euro et le CFA, sachant que parité fixe ne signifie pas parité non révisable, comme l'a bien montré la dévaluation du CFA, en janvier 1994. Les changements éventuels de parité devront faire l'objet d'une information préalable des membres de l'euro 12. L'intégration d'un nouveau membre à la zone CFA ou un changement des règles du jeu au sein de la zone devront en revanche faire l'objet d'un accord avec les Européens. Les avantages présentés aux Africains sont quant à eux des plus artificiels : outre l'attrait des investissements directs à l'étranger (IDE), le franc CFA est censé épargner les risques de change avec la zone euro et donc faciliter l'accès au marché unique européen.

DE QUOI S'AGIT-IL ?

Comme il n'y a pas de monnaie internationale, il faut organiser les échanges entre monnaies pour permettre les échanges de biens et services. Dans ce cas, on peut définir un système monétaire international (SMI) comme l'ensemble des règles, des mécanismes et des institutions visant à organiser et à contrôler les échanges monétaires entre pays. Au sein du SMI, les pays membres  doivent assurer au préalable la convertibilité externe de leur monnaie. Cela revient à dire simplement que tout étranger détenteur de cette monnaie doit avoir la possibilité, à tout instant, de l'échanger librement contre d'autres monnaies ou contre de l'or. De plus, la convertibilité est souvent assimilée à la transférabilité.

Cette dernière permet de savoir si une monnaie peut se déplacer dans un espace autre que celui dans lequel elle a été créée ou émise. La convertibilité revêt plusieurs formes, et on en distingue le plus souvent les degrés de convertibilité par rapport aux opérations, aux pays, et aux agents.

Par rapport aux opérations, elle peut être générale ou limitée. Elle sera dite générale lorsque tout agent économique peut obtenir, à taux fixe, de l'or ou toute autre devise étrangère pour le règlement de ses transactions internationales, quelque soit l'opération. Cette opération peut concerner le compte courant (opérations commerciales courantes) ou sur le compte capital (mouvements des capitaux). Nonobstant, la convertibilité sera dite limitée lorsqu'elle n'est possible que pour les seules opérations courantes. Par rapport aux pays, on parlera de convertibilité générale en cas de multilatéralité parfaite des paiements internationaux. Elle est par contre limitée lorsqu'elle ne concerne que certains pays. Dans ce cas, on parle de convertibilité régionale(le cas des monnaies européennes avant l'euro vis-à-vis du dollar).

S'agissant des agents, la convertibilité est dite générale quand tout agent (résident ou non) peut obtenir de l'or et des devises contre de la monnaie nationale. Elle sera limitée si cette possibilité n'est offerte qu'aux seuls agents non résidents. Dans le langage courant, on dit que la monnaie est convertible ou elle est non convertible ou limitée. Dans ce dernier cas, la convertibilité est partielle en ce sens que l'échange peut se faire jusqu'à une certaine somme, ou après contrôle de la nature de la transaction par un organisme public.


LA CONVERTIBILITÉ D'UNE MONNAIE DÉPEND DE LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE ET PARFOIS DES CIRCONSTANCES HISTORIQUES !

Dans la remuante histoire du franc français, l'échange de francs contre des devises n'était pas libre, mais  réglementé. Cette convertibilité externe du franc, rétablit en 1958 pour les non-résidents, n'était pas totale pour les résidents. Par exemple, ceux-ci ne pouvaient pas sortir des capitaux hors des frontières sans autorisation administrative.

La convertibilité d'une monnaie peut être limitée aux seules opérations courantes lorsque les mouvements spéculatifs de capitaux sont dangereux pour un pays, c'est-à-dire quand ils risquent d'épuiser les réserves de devises. En période de guerre, de difficultés graves ou pour des motifs politiques, une monnaie peut être inconvertible et il serait alors impossible d'obtenir librement des devises en échange de cette monnaie. Au niveau de la zone franc, les transferts des capitaux entre les zones monétaires ont fait l'objet de quelques restrictions au cours des années 90, afin notamment de lutter contre les mouvements de capitaux illicites (suppression du rachat des billets entre zones).

En Roumanie, par exemple, la dernière restriction sur la voie de la convertibilité totale du leu a été enlevée le 1er septembre 2006. La banque nationale roumaine permet aux étrangers, à partir de cette date, les transactions des titres d'Etat à court terme en leu, ce qui fera que la monnaie nationale devienne entièrement convertible, pour la première fois pendant les 60 dernières années.

Depuis cette date,  la monnaie roumaine peut être achetée par l'intermédiaire des banques de l'étranger également. On pourra citer de même, l'exemple de la Tunisie avec son flottement administré. L'idée est de maintenir la stabilité du taux de change réel. Et en effet, le taux de change effectif réel du dinar, c'est-à-dire le prix relatif (dans une même monnaie) des produits de consommation tunisiens par rapport à une moyenne pondérée des prix des partenaires commerciaux principaux de la Tunisie, est resté très stable depuis une quinzaine d'années.

Cette politique s'appuie sur le maintien de contrôles des capitaux, c'est-à-dire sur une « convertibilité » partielle de la monnaie, certaines opérations sur les mouvements des capitaux avec l'extérieur restant soumises à restrictions. Cela permet à la Banque centrale de conserver une certaine marge de manœuvre sur sa politique intérieure. Quant au géant chinois, la grande fragilité de son système bancaire étatique  (créances douteuses) ne l'autorise pas aujourd'hui à libéraliser son marché des changes et à rendre sa monnaie librement convertible sous peine de faire peser des risques importants sur la croissance économique chinoise, celle des pays de la zone « Asie » et au-delà sur celle des pays occidentaux.

Depuis le 1er Janvier 1994, le yuan est ancré au dollar sur la base d'une parité fixée à 8,277 yuan pour un dollar avec une marge de fluctuation très étroite (+/- 0,3%). Depuis 1994, la monnaie est convertible mais pas pleinement. Les mesures de contrôle des changes sont extrêmement strictes et ne s'appliquent qu'aux entreprises chinoises dont les activités à l'international le justifient.  Au niveau interne, la convertibilité (interne)  d'une monnaie se résume à la défense de sa valeur, c'est-à-dire son pouvoir d'achat (M/P). Premièrement, il est évident que la France n'augmente pas la masse monétaire de la zone franc comme bon lui semble. La masse monétaire progresse en fonction seulement du développement réel de l'économie. C'est l'activité  économique qui commande la progression de la masse monétaire. Deuxièmement, la baisse du niveau des prix n'est pas imputable à la France. L'inflation est aujourd'hui expliquée plus par les coûts que par un excès de demande sur l'offre.

Le prix du piment baisse en Côte d'Ivoire à la suite d'une action française ? Le prix de l'arachide baisse au Sénégal à la suite d'une inondation d'arachide en provenance de la France ? La convertibilité du franc CFA n'a rien à voir avec la France !!

LA RÉALITE DES FAITS

Pour Chouchane Verdier, au sens de l'article VIII des statuts du FMI, seuls douze pays africains[i] possédaient une monnaie convertible en 1995.  Selon le principe de la convertibilité au sein de la zone franc, les Etats africains devaient pouvoir s'approvisionner en devises sans limites au-delà de leurs propres possibilités. Si cela était vrai, les pays de la zone franc seraient moins exposés au risque d'illiquidité. Les mécanismes de la zone franc devraient permettre une ouverture sur l'extérieur, facilitant ainsi les importations et l'attrait des capitaux étrangers.

Or, cet accès reste limité par les mesures de protectionnisme permises à l'Union européenne par les accords de l'OMC (aussi bien pour les produits manufacturés que pour les produits agricoles). En outre, les relations commerciales sont largement restreintes à l'exportation de matières premières, dont les prix sont à l'avantage des pays riches du Nord, avec d'ailleurs une demande léthargique (termes de l'échange).  Ensuite, les relations commerciales de la zone CFA avec le reste de l'Afrique et du Tiers Monde se trouvent handicapées par la politique de monnaie forte imposée par l'Europe : le franc CFA étant surévalué par rapport aux autres monnaies du Sud, les produits libellés en FCFA deviennent trop chers pour ces pays. L'Afrique de la zone CFA se retrouve ainsi coupée des marchés du Sud et condamnée à exporter des matières premières bon marché vers le Nord (l'objectif final de l'Europe étant évidemment la cotation des matières premières de la zone CFA en euro et donc l'élimination de tout risque de change pour son approvisionnement).   Au niveau externe, la convertibilité du franc CFA permettait le rapatriement  sans risque de change des bénéfices des entreprises européennes. La garantie de la convertibilité et de la libre  transférabilité des capitaux dans la zone CFA a favorisé une sortie massive des capitaux. On peut noter les nombreux placements effectués en francs CFA à l'étranger, surtout en Europe, entre janvier 1990 et juin 1993, qui s'élevaient à 928,75 milliards de francs CFA.

Si les banques centrales peuvent recourir sans limitation aux avances du Trésor français, cette faculté doit, dans l'esprit des accords, revêtir un caractère exceptionnel. En cas de découvert prolongé du compte d'opération, les banques centrales sont tenues de mettre en œuvre des mesures de redressement (relèvement des taux directeurs, réduction des montants de refinancement, plafonnement des crédits aux Etats, ratissage des devises). Depuis la mise en œuvre des accords de coopération monétaire actuels (1973), le compte d'opération n'a été débiteur temporairement qu'à cinq reprises depuis 1973, le solde étant créditeur de manière ininterrompue depuis janvier 1994.

Cette liberté aboutit à un rapatriement massif des bénéfices des investisseurs étrangers vers leur maison-mère et à un exode des revenus des ménages expatriés vers leur pays d'origine : entre 1970 et 1993, alors que les investissements étrangers s'élevaient à 1,7 milliards de dollars, le rapatriement des bénéfices et des revenus d'expatriés s'est élevé à 6,3 milliards. Les rapatriements ont donc été quatre fois supérieurs aux investissements (Agbohou, 1999, p. 87).

Même la transférabilité interne a pris un coup depuis les années 90. Il y a une mesure de suspension de rachat des billets de banque CFA entrée en vigueur le 2 août 1993. Auparavant, et ce jusqu'au 1er août 1993, la convertibilité des billets était libre et illimitée aux guichets de la banque de France. En plus d'une mesure de suspension de rachat des billets CFA entre la zone UMOA et la zone CEMAC à compter de septembre 1993. Cela n'a pas empêché la détérioration des comptes dans les années 1990 et l'incapacité déclarée de la France à soutenir sans limites les budgets africains. Résultat : les deux francs CFA ont été dévalués de 50 % en janvier 1994 pour passer de 0,02 à 0,01 FF. Cette parité fixe ne changea pas avec le passage du FF à l'euro (1999). Elle s'est traduite automatiquement par le taux de 1 euro pour 655,957 F CFA. La libre convertibilité et la libre transférabilité sont limitées par le contrôle des changes (surtout depuis la suspension de la convertibilité des billets FCFA) et l'absence de marchés des FCFA (tous les flux passent par le filtre des banques centrale).

Comme on vient de voir, la convertibilité illimitée est un vrai faux argument, donc un mythe. En réalité après les indépendances, la France a voulu, par cette coopération, conserver des relations commerciales et financières très développées avec ses anciennes colonies. 

EN FINIR AVEC LE FRANC CFA ?

Aujourd'hui, avec l'euro fort , les pays de la zone franc conservent un change[ii] surévalué qui maintient des prix d'exportation à un niveau élevé alors que des pays comme la Chine sous-évalue leur taux de change pour accroître les biens exportés.  Les pays de la zone franc subissent aujourd'hui des vagues d'optimisme et de pessimisme alternées. Ceux qui ont avancé l'avantage des IDE, ont oublié que l'investissement direct procède avant tout de la recherche d'une meilleure rentabilité.

Sans établir une coopération monétaire, on peut en général, retenir les motivations suivantes : le besoin de se procurer des importations, c'est le cas des investissements directs dans les pays en développement dans le seul dessein d'exploiter les matières premières nécessaires à la croissance économique de l'occident. Il y a aussi le besoin d'éviter les frais de transport sur les exportations et la recherche d'une main-d'œuvre bon marché, qui incite les industriels occidentaux à investir directement dans les pays en développement.

Les banques centrales des unions possèdent un statut aussi ambigu que complexe : relativement indépendante dans leur fonctionnement, elles maintiennent des mécanismes de décision dans lesquels les positions de la France sont déterminantes pour le choix de la politique à mettre en œuvre. En réalité, la banque de France est le prêteur en dernier ressort de l'ensemble du système financier des pays membres.

Quant au Trésor français, il est tenu de constater un déficit illimité sur les comptes d'opérations. Les africains constatent avec stupéfaction et étonnement, que ce sont les deux institutions françaises, à savoir la banque de France et le Trésor français qui possèdent la souveraineté monétaire effective de l'ensemble de la zone, les Etats membres étant de la sorte dépourvus de ce pouvoir régalien. Le mécanisme du compte d'opération permet de déconnecter la politique monétaire et la politique de crédit menée en France de celle appliquée dans le reste de la zone franc.

Toutefois, la politique économique des pays membres est fortement conditionnée par la politique monétaire et la politique de change menées en France (aujourd'hui de l'Europe). Le modus operandi des mécanismes du franc CFA reflète la volonté d'un seul pays, la France, d'assujettir et de mettre sous sa domination une quinzaine de pays. Peut-être que lorsqu'il a été crée, le franc CFA a obtenu un statut sui generis dans des pays qui ne voulaient qu'accéder à l'indépendance. Dans notre orgueilleuse modestie, nous pouvons affirmer que ceci ne témoigne point d'une méditation attentive car la souveraineté politique est liée à la souveraineté monétaire. Et dire que certains gouvernants proclament de façon tonitruante leur souveraineté, tout en acceptant le franc CFA avec ses fourre-tout de mécanismes esclavagistes. 

Pourquoi cet attentisme sur le débat autour du franc CFA ? Le franc CFA est une pièce maitresse du pacte colonial, par lequel la France se réserve les denrées de ses anciennes colonies et lui impose l'achat de ses produits manufacturés en lui interdisant tout développement industriel autonome. Les anciennes colonies n'ont aucune existence propre car leur économie est inféodée à celle de la métropole.

Pour commencer à exister, il faut l'émergence d'un bien qui cristallise tout le fait social, l'histoire, et qui constitue le ferment, ou du moins le dénominateur commun d'une communauté de destin, c'est-à-dire la monnaie. Vous en conviendrez avec moi que ce qui a été exhibé comme la magna carta de cette coopération monétaire (la convertibilité illimitée du franc CFA), n'est en réalité qu'une fourberie. A ceux qui ont voulu qu'on s'assure du fait avant de s'inquiéter pour la cause, le temps est venu de s'inquiéter. Fasse Dieu que les dirigeants africains comprennent le sens de notre combat !

 


Dr Prao Yao Séraphin


Economiste et Analyste politique

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

praoseraph@yahoo.fr



[i] Il s'agit des Seychelles depuis 1978 (rupee), de Djibouti depuis 1980 (dollar djiboutien), du Swaziland depuis 1989 (lilangeni), de la Tunisie depuis 1993 (dinar), de la Gambie depuis 1993 (dalasi), du Maroc depuis 1993 (dirham), de l'ile Maurice depuis 1993 (rupee), du Ghana depuis 1994 (cédi), de l'Ouganda depuis 1994 (Shilling ougandais), du Kenya depuis 1994 (shilling kenyan), du Zimbabwe depuis 1995 (dollar zimbabwéen) et de l'Afrique du Sud (Rand).

[ii] Le change est l'acte par lequel on échange les monnaies de différentes nations. Les transactions courantes entre le pays et le reste du monde engendrent une offre et une demande de monnaie étrangère. Le système de change flottant est celui ou le cours du change est déterminé par l'offre et la demande. A contrario, un système de change fixe est celui dans lequel, les autorités officielles s'efforcent de maintenir quasiment fixe (ou lié) le taux de change, en dépit des écarts entre le taux choisi et le taux d'équilibre courant.

lundi, 27 décembre 2010

FRANÇAFRIQUE: HISTOIRE D'UNE NEBULEUSE QUI TUE L'AFRIQUE

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"Une goutte de pétrole vaut une goutte de sang"

Georges CLEMENCEAU


Par Séraphin PRAO YAO


La France est-elle une démocratie ou a-t-elle dérivé ? Quelle vaste question ! A priori, la réponse sur toutes les lèvres est celle-ci : oui la France est une démocratie. Certes, en France, on ne trouve pas de Goulag, certes, en France, on ne compte pas de camps de travail obligatoire, pour autant, ce grand pays est une démocratie par apparence.

En Afrique par exemple, la France a une grande histoire avec un certain nombre de pays. Les liens tissés avec l'Afrique pèsent si fort sur l'ensemble des relations de la France avec les pays en développement qu'aucun réexamen de la politique en direction du Sud ne peut se faire sans oser aborder de front les questions posées par ces liens privilégiés.

Nous aborderons dans cette réflexion la question de la "Françafrique". Pour ce faire, notre travail s'articulera autour de trois axes principaux.


-        Dans un premier temps, dans le seul dessein de ne point provoquer un dépaysement intellectuel, et d'échapper à la répétition des schémas et modèles, il serait judicieux de dresser l'historique de la "Françafrique".

-        Dans un deuxième temps, nous présenterons le fonctionnement de la "Françafrique". Il en ressort qu'elle a des effets nocifs pour l'économie africaine dans son ensemble.

-        Dans un troisième temps, nous verrons qu'il est urgent de combattre la "Françafrique" puisqu'il est fondé qu'elle sape l'épanouissement économique et politique des pays africains.


1-QU'EST-CE QUE LA "FRANÇAFRIQUE"

La "Françafrique" n'est pas un mot inventé par l'académie française, ni par un grammairien de renom. C'est un terme impropre dans la forme comme dans le fond. Il s'apparente à un effort d'accoler deux mots : la France et l'Afrique. Or il s'agit d'un pays et un continent très lointain que seule l'histoire peut réunir.

Selon nos recherches sur le sujet, c'est l'ancien président de la Côte d'Ivoire, Félix HOUPHOUËT-BOIGNY qui inventa l'expression France-Afrique en 1955, pour définir les relations d'amitiés qu'il voulait établir avec la France. Il sera transformé par François-Xavier VERSCHAVE, pour devenir "Françafrique".

Pour François-Xavier VERSCHAVE, on peut définir la "Françafrique" comme "une nébuleuse d'acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisé sur l'accaparement de deux rentes : les matières premières et l'Aide publique au développement. La logique de cette ponction est d'interdire l'initiative hors du cercle des initiés. Le système autodégradant se recycle dans la criminalisation. Il est naturellement hostile à la démocratie".

On voit donc que la "Françafrique" agit avec plusieurs acteurs (économiques, militaires et politiques) entre un seul pays, la France et un continent, l'Afrique, le tout dans des réseaux.

Historiquement, en 1958, l'union française est remplacée par la "Communauté" dans la constitution de la 5e République. Celle-ci est conçue comme une association entre un Etat souverain, la France, et des Etats africains disposant de l'autonomie interne.

Le général DE GAULLE, quand il accède à la présidence de la République, doit affronter une situation internationale nouvelle, celle où les colonies de la France au sud du Sahara affirment leur volonté d'accéder à l'indépendance. DE GAULLE fait mine d'accepter.

Mais DE GAULLE n'a pas oublié que l'intégration économique entre la France et son empire colonial a atteint sa forme la plus achevée dans les années cinquante, à la veille de la décolonisation. Par exemple, en 1960, 30% des exportations françaises étaient réalisées dans le cadre de l'empire.

Jusqu'à la Première Guerre mondiale, ces relations étaient restées, pour reprendre l'expression de Catherine COQUERY-VIDROVITCH,  "un combiné de régime militaire et d'économie de pillage [...]. Sur le plan macro-économique la raison d'être de la colonie était de rapporter à la métropole. [...]

L'objectif est d'importer à bas prix des marchandises médiocres mais vendues à l'Africain le plus cher possible, en échange de biens primaires d'exportation contre une rémunération au producteur la plus faible possible".

Pour avoir toujours le contrôle sur son empire colonial, Charles DE GAULLE charge, dès 1958, son plus proche collaborateur, Jacques FOCCART, de créer un système de réseaux qui emmaillotent les anciennes colonies dans un ensemble d'accords de coopération politique, économique et militaire qui les placent entièrement sous tutelle. Bref, un système élaboré d'installation de forces parallèles. Et puis il y a eu l'ingénieuse idée de créer le franc CFA,  qui est en réalité un instrument magnifique de convertibilité en Suisse d'un certain nombre de richesses africaines.

En définitive, après les indépendances, la relation entre la France officielle et les Etats africains s'est transformée en une sorte de relation incestueuse et infectieuse.

La véritable amitié entre la France et les pays africains est constituée d'une organisation formée par une coalition hétéroclite composée de présidents africains et de multinationales dont le but final est de maintenir au pouvoir des dirigeants corrompus afin d'orchestrer le pillage systématique des fabuleuses richesses de l'Afrique.

Ce système d'origine réactionnaire, droitière, conservatrice, arrière-gardiste, est en vérité un instrument de la stratégie néocoloniale française


2-LE FONCTIONNEMENT DE LA "FRANÇAFRIQUE"

La "Françafrique" a plusieurs composantes : la coopération militaire, l'aide au développement, la diplomatie et le franc CFA. Elle s'est incrustée avec un ensemble d'accords de coopération politique, économique et militaire.

La "Françafrique" a pour but de rendre compétitive l'économie française en lui fournissant les ressources naturelles dont son économie a besoin. Se souvient-on que l'économie est la lutte contre la rareté. En ce point se dessine le principe essentiel de la "Françafrique" : assurer la survie de la France.

Dans les faits, les réseaux politiques, mafieux et de filières occultes, se partagent le gâteau africain. Il s'agit d'aider quelques entreprises françaises, aidées par la diplomatie française en Afrique à exploiter les ressources naturelles des pays francophones. Ainsi, l'Afrique devient le pré-carré de toutes les compromissions et de tous les coups tordus, un espace protégé où l'impunité est assurée aux puissants.

En clair, la "Françafrique" agit par les coups d'Etat afin d'imposer des présidents dociles qui permettront aux entreprises françaises d'exploiter abusivement les ressources naturelles de l'Afrique. C'est ainsi que les multinationales instrumentalisent des conflits régionaux ou locaux pour obtenir ou conserver des marchés et des concessions.

Sur le plan militaire, la "Françafrique" s'est transformée en "Mafiafrique", une sorte de mondialisation de relations criminelles. C'est bien elle qui a éliminé Ruben Um NYOBÉ du Cameroun, SYLVANUS OLYMPIO du Togo (le 13 janvier 1963), Barthelemy BOGANDA de la Centrafrique, Thomas SANKARA du Burkina Faso, Patrice LUMUMBA de l'ex-Zaïre, Marien NGOUABI du Congo Brazzaville, Steve BIKO de l'Afrique du Sud, KRAGBÉ GNAGBÉ, Ernest BOKA de Côte d'ivoire, etc...

Souvenons-nous que le Nigérien HAMANI DIORI qui voulait vendre son uranium ailleurs qu'en France, a été déposé manu militari. En 1978, la France intervenait militairement au Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo) en soutien au dictateur Joseph Désiré MOBUTU, contre les 3000 rebelles du Front de Libération Nationale Congolaise (FLNC).

Aujourd'hui encore, la France ne désarme pas, elle est plus active que par le passé. Coups d'Etat en Guinée-Bissau (septembre 2003) et à Sao-Tomé- et-Principe (juillet 2003), tentatives de putsch au Burkina Faso et en Mauritanie (octobre 2003), renversement de M. Charles TAYLOR par une rébellion au Liberia (août 2003), remous politiques au Sénégal (année 2003), déstabilisation de la Côte d'Ivoire (depuis septembre 2002)... l'Afrique de l'Ouest semble s'être durablement installée dans la crise politique. C'est cette "Françafrique" qui a chassé le Président Pascal LISSOUBA du pouvoir au Congo Brazzaville parce qu'il a eu le malheur de demander 33 % de royalties sur le pétrole au lieu des 17 % de SASSOU NGUESSO.

Que d'opérations sur notre continent pour déstabiliser nos Etats : opération "Tacaud" dans la guerre du Katanga (Zaïre) en 1978, opération "Barracuda" contre Bokassa en 1979, opération "Epervier" en 1986 au Tchad, opération "Turquoise" au Rwanda en 1994, opération "Azalée" en 1995 au Comores,[..] opération "Licorne" en 2002 en Cote d'Ivoire.

Sur le plan économique, la guerre des ressources naturelles fait rage. En Afrique, ELF tire environ 70 % de sa production, et d'où le nouveau groupe TotalFinaElf tire encore 40 % de sa production. Depuis des décennies, les compagnies pétrolières interviennent dans la vie politique et économique des pays concernés. Si ce n'est pas la mise en place ou le cautionnement des régimes responsables de violations massives des droits humains ou l'alimentation et encouragement des circuits de corruption, à l'étranger (surtout en France), c'est la destruction de l'environnement qui est en cause.

En 2006, le groupe pétrolier Total a publié un bénéfice net ajusté record de 12,585 milliards d'euros, soit le plus gros bénéfice jamais enregistré par une entreprise française. Ses revenus ont progressé de 12% à 153,802 milliards d'euros. La croissance du bénéfice du groupe a suivi ces dernières années la hausse des cours du brut. De 7 milliards en 2003, le bénéfice de Total a dépassé légèrement les 9 milliards en 2004 avant d'atteindre un précédent record de 12,003 milliards en 2005.

Depuis sa fusion en mars 2000, le groupe Total-Fina-Elf est devenu la première entreprise privée française et le quatrième pétrolier mondial : 50 milliards de francs de profits, 761 milliards de chiffre d'affaire (soit la moitié du budget de la France).

Ce monstre industriel est surtout actif en Asie (notamment en Birmanie) avec Total, en Afrique du Nord (particulièrement en Libye) avec Fina et en Afrique noire (Angola, Congo Brazzaville, Gabon, Cameroun, Tchad...) avec Elf. Au même moment, selon le classement des Nations unies, le Nigeria et l'Angola, les deux principaux producteurs africains de pétrole se trouvent actuellement au rang des nations les plus pauvres, plus précisément les plus appauvries par trois décennies d'exploitation pétrolière.

Cette tendance militaro-affairiste concerne à l'occasion d'autres multinationales : Bolloré-Rivaud (transport maritime), Bouygues (bâtiment), Castel (bières), Thomson (électronique), Suez-Lyonnaise-Dumez (eaux), Dassault (aviation).

Vincent BOLLORÉ est l'un des acteurs économiques principaux de la "Françafrique". On y découvre tous les liens politico-financiers de Vincent BOLLORÉ qui est aussi directement bénéficiaire de l'aide économique au développement de la France aux pays africain, entretenant ainsi des relations étroites avec les dictatures d'Afrique.

La dépendance de la France pour des produits dont le poids dans la balance commerciale est très lourd (pétrole, cuivre), mais aussi des produits stratégiques (manganèse), silicium, platine, chrome, molybdène, éponge de titane, cobalt, ... le poussent à piller notre sous-sol avec l'aide de nos présidents.

Sur le plan financier et monétaire, la France impose une zone monétaire et une monnaie à ses anciennes colonies. La zone franc est née officiellement en 1946.

En réalité, ses principales caractéristiques étaient apparues entre les deux guerres. Jusqu'alors, la colonisation ne s'était accompagné d'aucune tentative de mise en valeur systématique des territoires d'outre-mer. La formation d'une zone économique impériale, protégée de la concurrence extérieure et fondée sur la complémentarité des productions coloniales et métropolitaines, passait par la création d'un espace monétaire commun.

Les premières dispositions dans ce sens furent prises lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale avec l'instauration d'une réglementation des changes valable pour l'ensemble des résidents de l'empire et la centralisation des réserves en devises au profit de la métropole. Les liens monétaires avec les colonies furent rationalisés et systématisés après la guerre avec la création des francs des colonies françaises d'Afrique (C.F.A).

Si de toutes les structures étatiques de gestion coloniale, la zone franc est celle qui a le mieux survécu à la décolonisation, c'est parce que ses mécanismes permettent aux entreprises françaises d'opérer dans cette zone sans risque notable.

Ces mécanismes assurent la libre transferabilité des capitaux dans la zone et la suprématie de la France dans son fonctionnement. Avec la zone franc, la France garde le contrôle du système économique de ses anciennes colonies. C'est cette vassalisation monétaire que nous appelons le "CFAFRIQUE", un autre pan de la "Françafrique".


3-LA NECESSITE DE COMBATTRE LA "FRANÇAFRIQUE"

L'Afrique est le seul continent qui soit encore à la mesure de la France, à la portée de ses moyens, le seul où elle peut encore, avec cinq cents hommes, changer le cours de l'histoire. Le débat sur la "Françafrique" n'est pas tranché, malgré la répétition paresseuse des tout-faits. C'est qu'il concerne, qu'on veuille ou non, l'image de la société française et par conséquent les intérêts qu'elle hiérarchise.

Ce qui est certain, le miroir s'est brisé où la France aimait à contempler sa vertu. Le Sud s'est disloqué, l'Afrique s'est marginalisée, le Nord s'est recomposé, le dialogue entre pays riches et pays pauvres a volé en éclats.

La "Françafrique" tue le continent africain en silence sans qu'aucune puissance n'en parle. Sous nos yeux, des peuples souffrent, sous nos yeux, l'Afrique est pillée et meurtrie.

Dans leurs activités en Afrique, les multinationales du pétrole illustrent clairement un processus de socialisation des pertes et de privatisation et capitalisation des profits. Au-delà du pillage systématique des ressources naturelles et même halieutiques de l'Afrique, les multinationales ont une habitude dévergondée de s'inviter dans la politique africaine. Cette immixtion des multinationales - comme des règles de la mondialisation économique - dans la sphère publique africaine a provoqué un amalgame entre droit public et droit privé.

Du coup, presque tous les chefs d'Etat africains ne se considèrent pas comme des présidents de la République, garants de l'intérêt général, mais agissent plutôt comme des présidents de conseil d'administration. En conséquence, la gestion du pétrole, de l'or ou du diamant, la vente des produits agricoles et des ressources naturelles (minerais, bois) donnent lieu à des comportements claniques, voire d'allégeance féodale, de la signature des contrats d'exploitation des matières premières (commissions) jusqu'à la répartition des fortes valeurs ajoutées dégagées lors des ventes sur le marché mondial.

La gestion de la manne pétrolière au Gabon au Congo Brazzaville et en Angola en est une parfaite illustration. Sur ce continent, jamais il n'y a eu autant de "batailles", de pathologies, de pillage de l'économie et du sous-sol.

Par exemple en côte d'ivoire, la défense des intérêts français se mesure, elle, à l'importance que prend l'appétence de certaines multinationales françaises à exercer leur contrôle sur les outils de production et les services publics (électricité, télécommunications, bâtiments et travaux publics), sans pour autant que la population locale voie la couleur des dividendes, ni profite des fruits de la croissance.

Cette même "Françafrique" a aussi aidé des présidents corrompus des Etats néocoloniaux, fondés sur une économie de rente, de pillage, de prélèvement de la richesse des matières premières ou de détournement de l'aide publique au développement.

Le Gabon et le Congo Brazzaville, malgré leur pétrole abondamment exploité par Total, n'ont jamais décollé économiquement. Ces pays ont même été contraints de demander à accéder au statut de PPTE (pays pauvre très endetté).

Au Tchad, depuis l'extraction de la première goutte de pétrole, les compagnies anglo-américaines, françaises et Malaisiennes ont perçu 653 milliards de dollars. Il n'est resté que 62 millions de dollars pour le Tchad.

Au Nigeria, deuxième producteur de pétrole d'Afrique, avec des réserves de 2500 millions de barils, 80% de la population vivent avec moins d'un dollar par jour.

Nous avons la honte chevillée au corps à l'idée de concevoir qu'un continent au sous-sol aussi riche et fertile soit humilié et violé.

Si le pétrole est à la une, on oublie plus souvent dans les médias de rappeler la situation des populations des pays qui possèdent du pétrole dans leur sous-sol, et se voient soumises au pouvoir de ces multinationales pétrolières.

La "Françafrique" doit être combattue de toutes nos forces car la France n'est pas notre messie. Une fois que l'on abandonne les discours lénifiants, les falsifications, les mensonges et la propagande en sa faveur, il reste les faits : Cette dictature des puissances préconise la misère comme gestion des pays déjà ou encore pauvres.

Il est urgent, dans l'intérêt de la France et de l'Afrique, de refonder les relations qui lient ce grand continent et ce pays. Conçue d'abord pour conserver à la France une zone d'influence en Afrique, ensuite pour accroître son rayonnement culturel et renforcer ses parts de marché, la politique de coopération est aujourd'hui à la croisée des chemins. Par un effet de miroir, la faillite du modèle de croissance néo-colonial en Afrique noire à ceux-là même qui s'en accommodaient jusqu'ici la confusion des objectifs, l'inadaptation des structures, le gaspillage des moyens qui ont caractérisé cette politique pendant près de 50 ans.

Le président français, Nicolas SARKOZY avait promis le changement mais il a opté pour le conservatisme et l'immobilisme. Lors de la présentation de son programme en matière de politique étrangère, le président français déclarait que "L'Afrique n'est pas notre pré-carré" et "Il nous faut les (Africains) débarrasser des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autres mandats que celui qu'ils s'inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés, notamment avec nos partenaires africains et arabes".

Afin d'éviter la prolifération des comportements extrémistes, terreau du terrorisme international, la France, donneuse de leçons, doit revisiter sa position et jeter ses lunettes coloniales.

Dans un milieu assez épuisé intellectuellement, n'oublions pas de noter ce que disait  le président burkinabé Thomas SANKARA le 27 juillet 1987 devant ses pairs à la tribune de l'OUA (aujourd'hui UA ou Union africaine) : "Il y a crise aujourd'hui parce que les masses refusent que les richesses soient concentrées entre les mains de quelques individus. Il y a crise parce que quelques individus déposent dans des banques à l'étranger des sommes colossales qui suffiraient à développer l'Afrique....Il y a donc lutte et l'exacerbation de cette lutte amène les pouvoirs financiers à s'inquiéter. On nous demande aujourd'hui d'être complices de la recherche d'un équilibre. Equilibre en faveur des tenants du pouvoir financier. Equilibre au détriment des masses populaires. Non ! Nous ne pouvons pas être complice ..."



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17:41 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, france, françafrique, cfa, séraphin yao prao | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 13 décembre 2010

LA MONNAIE COMME L'EMBOUCHURE DU DEVELOPPEMENT AFRICAIN


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Par Séraphin PRAO, Docteur en Economie

"Pour donner au développement un véritable dynamisme interne, il faut d'abord lui assurer un maximum de financement interne" (J.-M. ALBERTINI, 1967).


Aujourd'hui, il n'est plus nécessaire de souligner l'importance des phénomènes monétaires dans l'ensemble de la vie économique tant la monnaie occupe notre quotidien. Si la monnaie est familière elle n'en demeure pas moins mystérieuse.

En effet, d'une part elle est profondément présente dans la culture de chacun, d'autre part les lois qui fondent ses qualités et qui gouvernent son fonctionnement sont très mal connues.

La raison fondamentale est que la monnaie a toujours été source de difficultés et d'ambiguïtés pour les économistes puisque de nombreuses controverses ont lieu. C'est le cas du débat sur le bien-fondé de la Zone Franc, cinquante années après les indépendances des pays membres.

Le débat sur le franc CFA s'amplifie et s'organise autour de deux tendances : ceux qui préfèrent la tutelle française dans la gestion monétaire des Pays Africains de la Zone Franc (PAZF) et ceux qui demandent qu'on établisse sans délai le certificat de décès de cette humiliante tutelle française.

Nous nous situons dans cette dernière catégorie car la monnaie est trop sérieuse pour la laisser entre les mains des autres. En outre, notre intuition est que la monnaie peut être considérée comme l'embouchure du développement économique des pays africains.

Selon le dictionnaire "Le nouveau PETIT ROBERT", édition 1995, on entend par embouchure, l'ouverture par laquelle un cours d'eau se jette dans une mer ou un lac. Appelons cette ouverture "monnaie", le cours d'eau "pays africains" et la mer "le développement". De là se dessine l'objectif de notre présent article : il sera question de présenter la monnaie comme une porte ouvrant les possibilités de développement aux pays africains surtout ceux de la Zone Franc.

La littérature scientifique désormais abondante qui touche de près ou de loin le franc CFA, ne manque pas, prise dans son ensemble, d'être assez déroutante. Les travaux prolixes et solides sur la nécessité de sortir de la vassalisation monétaire côtoient de nombreux autres qui prônent le maintien de cette chaîne monétaire.

Il nous faut donc adopter une démarche méthodique afin que le texte soit clairement exposé.

Le plan de notre article sera organisé de façon suivante. On traitera dans un premier temps, la question de la nature de la monnaie. Il s'agira de présenter la nature véritable de la monnaie et non celle qui est véhiculée partout même dans certaines universités les plus prestigieuses.

Ce fait est important : non seulement il contrevient aux idées courantes selon lesquelles la monnaie est insignifiante et neutre.

Dans un deuxième temps, nous montrerons en quoi l'organisation du système bancaire de la Zone Franc conduit à un financement bancaire faible de l'investissement productif.

Enfin, dans un troisième temps, nous aborderons la nécessité de gagner notre indépendance monétaire pour lancer véritablement un développement.


I. LE CONCEPT DE MONNAIE

A. La conception insignifiante de la monnaie

Pour mieux réussir une attaque, il faut bien connaître sa cible. C'est la raison pour laquelle, dans nos différents articles, nous prenions la peine de donner une définition sérieuse de la monnaie sans méprendre les autres définitions mineures.

En effet, depuis Aristote, l'approche la plus traditionnelle du fait monétaire considère la monnaie comme un simple instrument ayant pour rôle de faciliter le fonctionnement de l'économie de marché :

-        en rendant plus simples les calculs comptables ;

-        en évitant les problèmes inhérents au troc ;

-        en permettant un transfert inter-temporel de pouvoir d'achat.

Dans ce cas, la monnaie est d'abord vue comme "un langage chiffré commun" qui va permettre de comparer la valeur de biens hétérogènes.

Elle a ainsi un rôle de simplification de l'information pour les agents économiques. Telle est la conception que certains ont de la monnaie, ce qui leur permet de considérer le franc CFA et ses mécanismes comme inoffensifs. La monnaie est donc neutre et passive.

Il importe ici de souligner que ceci implique l'acceptation de certaines conditions pratiques telle que l'exogénéité de la monnaie. Ce signifie qu'elle est indépendante de la demande de crédit (ou des dépôts) des agents économiques.

La question de l'offre de monnaie présente un enjeu important. Elle est liée non seulement à une représentation des mécanismes monétaires mais aussi à des théories explicatives du rôle de la monnaie dans l'activité économique. La politique monétaire restrictive que mène la BCEAO d'ailleurs impose l'exogénéité de la monnaie puisque l'offre de monnaie exogène est une condition nécessaire pour la théorie quantitative de la monnaie et pour la version contemporaine que représente le monétarisme.

A l'occasion de l'entrée en vigueur de la réforme institutionnelle de l'UMOA et de la BCEAO, M. Philippe-Henri DACOURY TABLEY, gouverneur de la BCEAO donnait dans une interview, l'objectif de cette réforme en ces termes : "la mise en œuvre de la réforme devrait, en assignant à la BCEAO un objectif prioritaire de stabilité des prix, permettre, de garantir le pouvoir d'achat de notre monnaie et apporter une réponse adéquate au défi du financement des économies".

La BCEAO, rebaptisée par nous, sous le nom de "Banque Centrale Européenne en Afrique de l'Ouest", ne pouvait qu'appliquer les directives de la BCE. Or cette institution qui a pour principal objectif de lutter contre l'inflation, c'est-à-dire maintenir la stabilité des prix et donc l'inflation annuelle dans la zone Euro au-dessous de 2% sur le moyen terme.

B. Une définition utile de la monnaie

En dépit de ces évolutions de fond, mal connues et mal mesurées par le public, un consensus général s'est formé pour reconnaître à la monnaie une sorte d'originalité. A côté de la vision mécaniste de la monnaie, on peut penser autrement la monnaie.

En effet, la monnaie est une créance de l'agent économique qui la détient sur l'organisme émetteur, créateur de monnaie. L'existence de la monnaie repose sur la confiance et celle-ci est liée à la garantie officielle qui est apposée sur toute monnaie sous forme d'une marque, image, emblème... La garantie donnée par une autorité représentant la collectivité permet l'usage par le plus grand nombre. Dès lors la monnaie devient un signe et on retrouve là, la nature fondamentalement abstraite et représentative de la monnaie.

Ainsi la monnaie est un fait social et n'est pas déterminée par ses qualités physiques et naturelles, ce qui d'ailleurs lui permet de remplir sa fonction. Selon cette conception de la monnaie, elle devient l'élément tangible de la communauté de destin. On peut donc considérer que la monnaie est une représentation du lien social, de la société.

Nous venons de voir que ce qu'on s'accorde, par commodité plus que par rigueur, à nommer monnaie, est en réalité un fait social total. Dès lors, sa force vient du corps social et non de l'extérieur.

Sans qu'il soit ici nécessaire d'entrer dans les détails tant la question ne sera pas épuisée, il suffira à ce stade de préciser que la définition de la nature de la monnaie ne dit pas que la monnaie n'est pas fondamentale.

Dans les PAZF, on a considéré la monnaie comme un voile, un simple lubrifiant dans la machine économique. On entend même dire, sans rire, que le franc CFA est salutaire pour les économies africaines. C'est juste un présupposé parascientifique relevant plus d'une postulation.


II. LA MONNAIE ET LE FINANCEMENT BANCAIRE EN ZONE FRANC

La méthode scientifique, telle que les modernes l'entendent, comprend trois procédés : l'observation, l'hypothèse et l'expérimentation. Dans cette partie de notre texte, nous allons indiquer l'importance des banques et faisant suite à cette démonstration, la présentation du système bancaire des PAZF permettra de comprendre la faiblesse du financement bancaire de l'investissement productif.

A. Le rôle d'une banque dans une économie

Le public reconnaît plus à la banque son activité d'intermédiation financière. Certes une banque exerce une activité d'intermédiation financière mais ce qui fait sa spécificité c'est qu'elle a un pouvoir de création monétaire. Et l'octroi de crédit par une banque ne se fait pas sur la base de ressources préexistantes. Elle crée par le crédit un dépôt bancaire au bénéfice de l'emprunteur.

Dans la tradition keynésienne, l'économie peut être représentée sous la forme de circuit économique qui repose sur une division de l'économie en trois fonctions de base : la fonction de dépense, la fonction d'entreprise et la fonction de crédit.

Dans une économie de marché, l'activité économique naît de la décision de produire des entrepreneurs. En fonction des opinions qu'ils ont sur l'état présent et futur des affaires, et du degré de risque qu'ils sont prêts à assumer, les entrepreneurs décident d'un certain niveau de production.

Cependant, ces projets doivent être validés par les banques, qui, au début du cycle de production, réalisent par le jeu du crédit l'avance monétaire dont les entrepreneurs ont besoin pour acheter les moyens de production, les biens de consommation intermédiaire et payer les salaires.

Au niveau macroéconomique, le pouvoir de création monétaire du système bancaire lève une contrainte majeure sur l'accumulation du capital : le financement des projets nouveaux d'investissement n'est plus assujetti à l'épargne formée au cours de la période.

B. Le système bancaire des PAZF et le financement bancaire

Il s'agit de présenter le "tableau de bord" du système financier et bancaire des pays de l'UEMOA en général.

Il est généralement admis que le système financier tient sa raison d'être, en grande partie, des besoins des firmes, des ménages et du gouvernement.

Du fonctionnement du système bancaire dépendra de la considération accordée à la dimension monétaire dans le financement de l'économie. En général, les pays de l'UEMOA comme de la Zone Franc d'ailleurs, ont des systèmes financiers peu profonds et un système bancaire oligopolistique.

Au sein de l'UEMOA, le système bancaire sénégalais et celui de la Côte d'Ivoire comptent environ 38% du total des banques de l'Union. Les systèmes financiers africains en général et ceux de l'UEMOA en particulier, sont étroits, peu diversifiés et n'assument pas leur rôle dans le financement du développement.

Suivant les conclusions de la mission pour la réforme des systèmes et moyens de paiement, sur une population totale de soixante-dix millions d'habitants comprenant une population active d'environ trente millions de personnes, la part des titulaires de comptes bancaires se situe à moins de 10% dans l'UEMOA. Ce faible taux de bancarisation entraîne une forte utilisation de la monnaie fiduciaire.

En Côte d'Ivoire, selon PRAO Séraphin, l'indice de l'approfondissement financier, c'est-à-dire ici la masse monétaire M2 rapportée au PIB, montre une amélioration du développement financier jusqu'en 1990 avec une très courte période de rétrécissement de 1978 à 1983. Sur la période 1962-2004, le ratio mesurant l'approfondissement financier atteint son maximum en 1977 (0,32) et son minimum en 1963 (0,18). Sa moyenne qui est de l'ordre de 0,26 est à peu près le niveau atteint en 1971, légèrement en dessous de celui de 1994 (0,28).

Du fait de la faiblesse du taux d'autofinancement et des fonds propres des entreprises comme de l'étroitesse du marché financier, le crédit bancaire est la condition non seulement d'un accroissement de l'activité économique mais du maintien d'un niveau suffisant du taux d'investissement et du taux de croissance.

En effet, dans ce genre d'économie, le partage de la valeur ajoutée des entreprises ne permet pas de dégager assez de profit et donc d'épargne de la part des entreprises, ce qui explique l'insuffisance de l'autofinancement. Dès lors, le financement bancaire peut ou doit assurer à la fois un partage social acceptable du revenu national entre entreprises et salariés et favorise la croissance avec la progression du niveau de chacune des parts. Il s'ensuit que le développement et la stabilité du secteur bancaire deviennent essentiels à une croissance économique stable.

Malheureusement, depuis l'époque coloniale, les banques peinent à financer le développement des économies africaines.

Or, le sous-développement bancaire et financier des économies de la Zone Franc a eu pour conséquence la faiblesse du financement bancaire de l'investissement.

Dans les pays de la Zone Franc en général, le crédit bancaire reste de courte période et extrêmement coûteux. Seules les opérations menées par des grandes entreprises modernes ayant une rentabilité assurée à un horizon de 1 à 2 ans sont financées, les opérations d'investissement de long terme étant quasiment exclues de leur portefeuille.

En ce qui concerne l'UEMOA, le montant des crédits alloués à l'économie équivalait à 16% du PIB en 2006, soit un niveau relativement proche de la moyenne du sous-continent mais assez loin de pays comme l'Afrique du Sud ou Maurice pour lesquels ce ratio avoisinait les 80% du PIB.

Selon toujours PRAO Séraphin, pour la Côte d'Ivoire, en faisant une étude beaucoup plus en profondeur, année par année sur la période 1962-2004, il ressort que le taux de crédit bancaire et le taux d'épargne n'ont pas connu un emballement après les années quatre-vingt-dix. Sur cette période, le taux de crédit (crédit domestique rapporté au PIB) atteint son maximum en 1983 (0.51), son minimum en 1963 (0.15) et sa moyenne en 1975 (0,31). En 1994, ce taux était de l'ordre de 0,32. Le taux d'investissement (investissement brut rapporté au PIB) atteint son maximum en 1978 (0,29), son minimum en 1992 (0,07) et sa moyenne en 1964 (0,16). Ce niveau moyen est de même supérieur à celui de 1994 (0,11).

Pour OUEDRAOGO Ousmane, "l'essentiel des crédits octroyés va toujours au commerce et surtout à la commercialisation des produits agricoles exportés (crédits du reste refinancés presque automatiquement par la banque centrale) tandis que les dossiers de crédits importants sont suivis par les maisons mères et que, sur place, des directeurs généraux adjoints expatriés, à l'ombre des directeurs généraux locaux, font la décision".

Le financement de l'investissement dans les PAZF souffre d'un manque de capitaux.

En tout cas, après les indépendances, pour la première décennie, pour ainsi dire, le poids des capitaux étrangers est resté dominant. Dans les pays francophones, en 1970, 70% du capital social cumulé des industries de transformation appartenaient à des étrangers. Le financement des investissements a été assuré de manière croissante par l'extérieur (43,4% en moyenne et 60,5% pour les pays à bas revenus).

Les systèmes financiers et bancaires des PAZF ont été libéralisés depuis les années 1990 mais le crédit bancaire n'a pas financé le développement économique comme l'avait promis la théorie de la libéralisation financière.

Mc KINNON constatait que : "Le financement des banques commerciales a principalement concerné le financement des cultures d'exportation, le coton, des crédits à court terme à des grands propriétaires terriens, des marchands et les exportateurs".

Le système financier n'a pas joué le rôle attendu dans le financement de l'investissement productif dans les pays en développement (PED) et en particulier en Afrique subsaharienne. En général, la dette extérieure a répondu aux besoins de financement des PED dès qu'au niveau macroéconomique, le volume de l'épargne s'est trouvé inférieur aux investissements.

Finalement la frilosité des banques a conduit à une surliquidité bancaire dans la Zone Franc en général, toute chose qui semble paradoxale au regard des besoins de financement. KEMPF Hubert et Marc LANTERI donnent ici quelques traits saillants de la politique monétaire en présence de la surliquidité bancaire :

"En présence d'une abondante surliquidité, la politique monétaire est confrontée à plusieurs défis qui pénalisent son efficacité. La présence d'une liquidité non ou faiblement rémunérée pèse sur la rentabilité du système bancaire, le rend plus vulnérable et contribue à renchérir le coût des emprunts. Le recours aux réserves obligatoires, déjà élevées en AS, s'avère inefficace lorsque la surliquidité involontaire est particulièrement abondante : dans ce contexte, les banques sont à même de satisfaire leur besoin de liquidité en échangeant leurs excédents sur un marché interbancaire généralement peu animé. La banque centrale n'exerce alors pas de véritable contrôle sur les taux et pourra difficilement durcir sa politique monétaire ce qui, dans l'hypothèse d'une augmentation rapide de la demande de crédit, accroît le risque inflationniste".


III. SORTIR DE LA TUTELLE FRANCAISE ET CONSTRUIRE UNE ZONE MONETAIRE UTILE A NOTRE DEVELOPPEMENT

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16:44 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, franc cfa, séraphin yao prao, développement africain, bceao, bce | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 19 août 2010

LES PAYS AFRICAINS DE LA ZONE FRANC SONT TOUJOURS COLONISES 50 ANS APRES LA PROCLAMATION DES INDEPENDANCES




MONNAIE.jpg

Par Dr Séraphin PRAO

L'histoire nous enseigne qu'entre le 1er Janvier et le 31 Décembre 1960, 17 pays d'Afrique subsaharienne (ASS), dont 14 anciennes colonies françaises, accédaient à la souveraineté nationale et internationale. Evidemment cela fait cinquante ans, qu'ils sont théoriquement libres. Pour ne pas démentir la légende qui veut que les africains aient un faible pour les festivités, ils n'ont pas manqué cette occasion pour danser et festoyer.

Les africains veulent considérer ce cinquantenaire comme l'an zéro de l'Afrique libre. C'est dans ce cadre que des journées de réflexions ont été organisées pour trouver les remèdes au mal africain : son retard en matière de développement. La Côte d'Ivoire n'a pas manqué à l'appel.

Si le cinquantenaire des indépendances doit être considéré comme l'année zéro pour les africains, alors, on peut le dire sans se tromper que ceux de la zone franc sont mal repartis et n'ont encore rien compris.

En effet, lors du colloque international sur le cinquantenaire de l'indépendance et ses perspectives en Afrique subsaharienne, qui s'est tenu à la Fondation Houphouët-Boigny pour la Recherche de la Paix, à Yamoussoukro, le 3 août 2010, le Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), l'Ivoirien Philippe DACOURY-TABLEY, a en substance plaidé en faveur du maintien du Franc CFA. Pour le gouverneur, il ne s'agit pas d'avoir une monnaie.

"Tout le monde peut le faire. Mais, si c'est pour faire et s'asseoir à côté, ça ne sert à rien", a-t-il fait remarquer. Pour le banquier, il faut plutôt dépassionner la question et "rendre nos économies indépendantes"

Lorsqu'il évoquait "l'indépendance du drapeau", le leader indépendantiste tanzanien Julius NYÉRÉRÉ voulait faire comprendre que la véritable indépendance ne réside pas uniquement dans ses attributs extérieurs. Pour être effective, elle ne peut se contenter d'être diplomatique. Elle doit aller au-delà, pour se manifester dans tous les domaines de la vie d'un pays, le politique et administratif, l'économique et le financier, le culturel enfin.

L'objet  de cet article est de dire sans détour que la conquête de l'indépendance passe nécessairement par celle de la souveraineté monétaire. La littérature sur le sujet est dense (AGBOHOU Nicolas, 1999 ; TIANI KEOU François, 2002 ; HUGON, 1999 ; TCHUNDJANG POUENI, 1980 etc...).

Il s'agit ici de déférer à la barre de la "raison" comme à la barre de la "conscience", l'élite bourgeoise africaine qui peine à comprendre ce que les autres savent déjà : la monnaie est à la fois un instrument de développement et de domination.

Il faudra répondre à l'innocente question initiale : le franc CFA est-il défendable ?

Nous trouvons ici comme prétexte, une réponse au gouverneur de la BCEAO, Philippe DACOURY-TABLEY, pour apporter des éclairages sur le concept mal connu qu'est la monnaie.

Ce que notre étude apporte c'est la dimension sociale de la monnaie qui vient convaincre définitivement que si les africains veulent une identité économique, ils doivent battre leur propre monnaie.

Nous commençons par revenir sur la définition de la monnaie car il nous semble utile de poser le problème de fond : celui de la nature de la monnaie.

Ensuite, on pourra montrer pourquoi, le Franc CFA doit disparaître si nous aspirons à l'indépendance et au développement. Ce sera le lieu de rappeler que les pays africains en général et ceux de la Zone Franc, en particulier, doivent s'affranchir de la tutelle française pour penser réellement leur développement.

QU'EST-CE QUE LA MONNAIE ?

D'ordinaire, les manuels d'économie définissent rapidement la monnaie comme un bien économique remplissant trois fonctions : une fonction d'unité de compte, une fonction d'intermédiaire des échanges, une fonction de réserve de valeur.

Respectivement, la monnaie permet d'exprimer en une seule et même unité la valeur des biens et services échangés, éliminer les contraintes liées au troc de marchandises et constituer un lien entre le présent et l'avenir.

Une telle définition présente des limites. On peut citer au moins deux inconvénients majeurs :


-        elle ne hiérarchise pas les différentes fonctions et sous-estime donc le problème de savoir où se situe la limite entre ce qui est de la monnaie et ce qui n'en est pas. Ainsi, si l'on considère que la principale fonction de la monnaie est d'être une réserve de valeur, on constate que de nombreux objets tels que des timbres, des tableaux peuvent servir de réserve de valeur sans être pour autant une monnaie.

-        l'approche fonctionnelle est trop limitative, puisqu'elle ne prend pas en compte la nature de la monnaie qui est d'ordre social.


Délaissons à jamais l'approche fonctionnelle de la monnaie pour nous concentrer maintenant sur les approches vivifiantes.

La monnaie peut alors être considérée comme un lien social essentiel, c'est à dire un "objet" liant entre eux des individus hétérogènes afin d'en faire une société. Il est admis par un grand nombre d'économistes, depuis les écrits d'Adam SMITH et la naissance de l'économie en tant que discipline autonome, que le marché était généralement considéré comme le seul lien nécessaire pour réunir en une société des individus par ailleurs isolés.

Mais La publication par Karl MARX du livre premier du Capital en 1867 va constituer une rupture très nette avec l'économie politique classique en ce qui concerne la théorie monétaire.

Selon Karl MARX, derrière la circulation des marchandises, il existe toujours des rapports sociaux. La valeur est en effet un rapport social de production qui revêt la forme d'un objet obtenu à partir de travail. Pour aller vite, disons que la monnaie dans la pensé de Karl MARX a un caractère double puisqu'elle est à la fois une marchandise et l'expression d'une relation sociale.

Or, le rôle de convention sociale de la monnaie s'accommode mal du statut de marchandise qu'il cherche à lui donner.

Comme par miracle, c'est un autre auteur allemand, Georg SIMMEL, qui, dans sa Philosophie de l'argent, va s'émanciper du concept de monnaie marchandise. L'échange monétaire peut en effet être considéré comme une socialisation, c'est à dire "l'une de ces relations dont la présence transforme une somme d'individus en un groupe social".

Pour former un lien social, il est nécessaire de passer par la médiation de l'instance collective que représente l'institution monétaire. C'est ce qui se passe, d'après SIMMEL, lors de l'extension de la sphère des échanges. Selon FEMENIAS (2008), pour SIMMEL, c'est donc bien la communauté dans son ensemble qui garantit que la monnaie soit acceptée aujourd'hui et dans l'avenir en règlement des échanges.

Dans le même ton, Michel AGLIETTA et André ORLÉAN dans La violence de la monnaie, ont de façon savante, démontré la dimension sociale de la monnaie. La monnaie est vue comme le moyen de canalisation de la violence censée caractériser tout ordre social. La socialité n'est possible qu'après un processus de socialisation dans lequel l'institution monétaire joue un rôle essentiel. Elle permet ainsi la conciliation de deux contraires : l'affirmation de l'autorité souveraine et celle d'une liberté personnelle, individuelle.

La forme générale de socialisation que constitue l'échange représente la forme sui generis du lien social. C'est l'adhésion de tous à la monnaie en tant que forme "socialement reconnue et légitimée de la richesse" (AGLIETTA et ORLÉAN, 2002, 67) qui confère son statut à la monnaie.

Comme l'État est porteur d'un projet d'unification politique et qu'il en a les moyens, il joue un rôle qui peut être déterminant pour conduire le processus monétaire jusqu'à sa réussite, en particulier en tant qu'il possède la légitimité permettant d'affronter les puissants antagonismes d'intérêt politique que la définition de la monnaie ne peut manquer de faire naître.

L'indépendance est aussi l'occasion de rétablir les symboles nationaux d'avant la guerre et de jeter les bases d'une restauration monétaire.


La monnaie est sans aucun doute une expression de la souveraineté d'un pays. La monnaie joue un rôle  dans l'ensemble des processus et des relations par lesquels une communauté se constitue en autorité souveraine.

On peut citer l'exemple du cens à Rome. La société romaine met en place, dès le 6e siècle av. J.-C., le cens, une sorte d'état civil d'état. Sous la monarchie romaine, existaient deux classes principales, les nobles et le peuple (populus), outre les esclaves et les non-citoyens. Après l'instauration de la République,  la société romaine se définissait elle-même comme une société d'ordres (ordines) implacablement stratifiée. L'évaluation en monnaie y apparaît au centre d'un dispositif qui établit la citoyenneté et assigne à chaque citoyen une place au sein de la hiérarchie sociale. Finalement, le census marque solennellement la limite entre les citoyens et ceux qui ne le sont pas.

Enfin, exposons rapidement, l'approche de la monnaie comme système de paiement. Celle-ci explique que la monnaie doit être analysée comme point de départ obligé de la théorie du marché plutôt que comme un simple objet économique.

La monnaie est ainsi considérée comme une institution, un ensemble de règles d'emblée sociales. Pour CARTELIER, "la monnaie, ou système de paiement, est l'institution qui rend possible la coordination des actions économiques des individus".

L'approche de CARTELIER est différente de celle  exposée plus haut, faisant de la monnaie, une canalisation de la violence. Selon CARTELIER, la monnaie n'est qu'un des résultats possibles du processus de canalisation de la violence. Ainsi, la loi ou le sacré constituent autant de solutions alternatives.

POURQUOI LE FRANC CFA DOIT DISPARAÎTRE

Nous avons pris soin de rappeler dans notre introduction que les pays africains sont logiquement indépendants depuis 50 ans. Pourtant, ils sont aujourd'hui encore nourris au "lait" de la France. Que le lecteur m'accorde la faveur de dire que notre continent ne se développera que lorsqu'il sera en amont et en aval de ses stratégies de développement.

a)  Les principes de la Zone Franc sont des leviers du pillage des économies africaines

La parité fixe. Un nombre croissant de monnaies vernaculaires se rattachent à des monnaies véhiculaires (Bourguinat) qui permettent l'acceptabilité, la liquidité et la stabilité permettant la prédictibilité.

Les francs CFA sont ainsi rattachés au franc français par une parité fixe (éventuellement ajustable). Deux régimes de taux de change sont possibles : le taux de change flexible et le taux de change fixe.

La réflexion n'a pas été menée pour savoir lequel des deux, éventuellement, doit être préféré. On sait pourtant que le taux de change remplit deux fonctions conflictuelles dans la gestion de l'économie [BOUGHTON, 1991] : point d'ancrage à la stabilité économique (un pays qui stabilise son taux de change par rapport à une devise forte, gagne en crédibilité); instrument de rééquilibrage des comptes extérieurs (un pays qui surévalue sa monnaie perd de la compétitivité).

Le taux de change flexible permet d'utiliser la politique monétaire à d'autres fins. On admet généralement qu'une économie fortement exposée à des chocs extérieurs, ce qui est le cas des pays africains de la Zone, ont intérêt à stabiliser l'économie par la flexibilité de change.

En imposant le régime de taux de change fixe aux PAZF (Pays Africains de la Zone Franc), la politique monétaire avait un seul objectif à poursuivre, celui du maintien du taux de change à son niveau annoncé.

L'ancrage nominal conduit à réduire l'inflation et il favorise des anticipations non inflationnistes; il crée une contrainte pour la convergence des politiques économiques et il impose une discipline monétaire.

La fixité du change réduit la spéculation déstabilisatrice sur les modifications de taux de change.

En réalité, le choix du régime de taux de change fixe était de faire en sorte que les bénéfices des  entreprises françaises ne subissent pas les caprices d'un taux de change erratique.

En clair, la France voulait stabiliser les bénéfices des entreprises françaises. Pour cela, la France a promis réduire l'impact des chocs extérieurs avec des mécanismes coopératifs (comptes d'opérations) ou d'aides (exemples du Stabex ou du Sysmin).

En ce qui concerne, la liberté des transferts, elle est limitée au niveau des pays africains mais massive entre les pays africains et la France. Cette liberté de transferts a conduit à un rapatriement massif des bénéfices des investisseurs étrangers vers leur maison-mère et à un exode des revenus des ménages expatriés vers leur pays d'origine : entre 1970 et 1993, alors que les investissements étrangers s'élevaient à 1,7 milliards de dollars, le rapatriement des bénéfices et des revenus d'expatriés s'est élevé à 6,3 milliards. Les rapatriements ont donc été quatre fois supérieurs aux investissements (Nicolas AGBOHOU, 1999, p. 87).

La transférabilité interne a pris un coup depuis les années 90. Il y a une mesure de suspension de rachat des billets de banque CFA entrée en vigueur le 2 août 1993. Auparavant, et ce jusqu'au 1er août 1993, la convertibilité des billets était libre et illimitée aux guichets de la banque de France. En plus d'une mesure de suspension de rachat des billets CFA entre la zone UMOA et la zone CEMAC à compter de septembre 1993.

Cela n'a pas empêché la détérioration des comptes dans les années 1990 et l'incapacité déclarée de la France à soutenir sans limites les budgets africains. Résultat : les deux francs CFA ont été dévalués de 50 % en janvier 1994 pour passer de 0,02 à 0,01 FF. Cette parité fixe ne changea pas avec le passage du FF à l'euro (1999). Elle s'est traduite automatiquement par le taux de 1 euro pour 655,957 F CFA.

La libre convertibilité et la libre transférabilité sont limitées par le contrôle des changes (surtout depuis la suspension de la convertibilité des billets FCFA) et l'absence de marchés des FCFA (tous les flux passent par le filtre des banques centrales).

Finalement, la zone franc est un espace de circulation asymétrique des capitaux privés, d'investissements publics, et de répartition de l'aide publique où les entrées de flux publics sont compensées par des sorties de flux privés.

Elle demeure caractérisée par le poids des intérêts des firmes françaises. Elle est un espace politique, linguistique, financier marqué par des relations privilégiées avec l'ancienne métropole. D'espace commercial préférentiel, elle est devenue un espace financier privilégié; de système centralisé et hiérarchique de défense externe de la monnaie dans un espace protégé, elle est devenue une institution plus souple de coopération monétaire.

Au sujet de la convertibilité illimitée ou la garantie illimitée du Trésor Français, cette disposition était une manière légale pour les entreprises françaises d'avoir des devises avec leurs milliards de franc CFA. La convertibilité des francs CFA ne résulte pas du marché mais d'une convention avec le Trésor français. La convertibilité permet l'accès aux marchés internationaux et favorise l'entrée des capitaux.

Depuis la dévaluation des francs CFA du 12 janvier 1994, les pays africains membres de la Zone ont perdu leurs droits de tirage automatique. La France est devenue un prêteur résiduel qui se situe en second rang par rapport aux institutions de Bretton Woods, et qui intervient après mobilisation des multilatéraux notamment la Banque africaine de développement.

Enfin, le principe des comptes d'opérations est une escroquerie morale, financière de la France.  Les comptes d'opérations auraient même une origine nazie. Il faudrait reprendre l'idée de Nicolas AGBOHOU (1999, p.79) sur ce point.

Selon l'auteur, "la France applique actuellement aux Africains, les cruautés financières que l'Allemagne hitlérienne lui a infligées pendant l'occupation. En effet, l'Allemagne nazie a fait supporter des charges financières énormes à la France envahie...", Selon un mécanisme bien décrit par Pierre ARNOULT.

Selon Nicolas AGBOHOU, l'Allemagne avait organisé sous des apparences commerciales l'exportation chez elle, à peu près gratuitement, de toutes les richesses françaises dont elle avait besoin.  Pour réaliser ce dernier projet, elle imagina d'instituer un accord de compensation franco-allemand qui, à la vérité, n'aurait d'accord que le nom et mettrait la production française à sa merci.

Lorsque deux pays décident de régler leurs relations commerciales par voie de compensation, ils créent un clearing, c'est-à-dire un organisme chargé d'équilibrer leurs créances et leurs dettes respectives.

En dehors de l'argumentation fournie par Nicolas AGBOHOU, celle de Maurice NIVEAU (1954) ne manque pas d'intelligence. Cette technique de compte d'opérations, qui est en réalité une escroquerie était pourfendue par les français eux-mêmes.

Maurice NIVEAU (dans Histoires des Faits Economiques contemporains, PUF, 1966, p.306-307) nous rapporte le sentiment français, par les propos de  M. Emile MOREAU (gouverneur de la banque de France de 1926 à 1930) qui disait ceci à M. POINCARÉ (président du conseil) : "j'expose au président du conseil que l'Angleterre ayant été le premier pays européen à retrouver une monnaie stable et sûre après la guerre, a profité de cet avantage pour jeter sur l'Europe les bases d'une véritable domination financière. [...] les remèdes comportent toujours l'installation auprès de la banque d'émission d'un contrôleur étranger anglais ou déguisé par la banque d'Angleterre, et le dépôt d'une partie de l'encaisse de la banque d'émission à la banque d'Angleterre, ce qui sert à la fois à soutenir la livre et à fortifier l'influence anglaise..."

b)  Le Franc CFA n'a pas apporté le développement économique mais le développement du sous-développement

Le franc CFA est un facteur de sous-développement. Nous le verrons dans les lignes qui suivent. Mais il y a un autre argument que nous devons brièvement examiner ; il renforce la tendance à la libération des PAZF (Pays Africains de la Zone Franc).

b.1) La création monétaire est du domaine de la souveraineté d'un pays

Jamais, en réalité, l'Etat ne s'est désintéressé de l'émission ; même quand l'institution d'émission était un organisme strictement privé, comme en grande Bretagne, les relations entre la Banque et la Trésorerie étaient étroites.

Les PAZF ont abandonné à la France, la création monétaire qui est pourtant une prérogative régalienne de l'Etat. C'est un "droit inconditionné de définir les règles qui gouvernent l'évolution de la monnaie qui a cours sur son territoire". Et ceci sous deux aspects : au plan interne, s'agissant du "pouvoir d'émettre la monnaie fiduciaire, de définir un système de contrôle de la quantité globale de monnaie en circulation, de définir dans quelles limites l'Etat peut avoir recours à la création de la monnaie pour financer sa dette".

Sur le plan externe, la liberté de choisir un système de change et éventuellement de fixer la position de la monnaie nationale dans ce système. Certaines fonctions sont indispensables à la survie de l'identité nationale et spécifiques à l'Etat et touchent au plus près à la souveraineté et donc ne sauraient souffrir que des limitations très restreintes.

Cela concerne au premier chef le maintien de l'ordre public, la justice et le monopole de la contrainte à l'intérieur, la diplomatie, la défense et enfin la monnaie.

La plus grande démission des intellectuels africains, en tout cas, ceux du sous-continent noir, c'est d'avoir toléré ce viol monétaire pendant longtemps. Nous avons dit plus haut que le Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), l'Ivoirien Philippe DACOURY-TABLEY, a en substance plaidé en faveur du maintien du Franc CFA.

Pour le gouverneur, il ne s'agit pas d'avoir une monnaie. "Tout le monde peut le faire. Mais, si c'est pour faire et s'asseoir à côté, ça ne sert à rien", a-t-il fait remarquer. Pour le banquier, il faut plutôt dépassionner la question et "rendre nos économies indépendantes"

Il nous semble  mystérieux de rendre les économies africaines indépendantes quand la monnaie elle-même, l'instrument de mesure, est colonisée.

La banque centrale a d'abord été le banquier de l'Etat. C'est du fait de cette relation privilégiée, et seulement dans un second temps, qu'elle a été considérée progressivement comme la "banque des banques", celle qui compense les paiements des banques commerciales et régule la liquidité du secteur bancaire (GOODHART, 1988).

Ce n'est que plus tard qu'on a voulu centrer le mandat des banques centrales sur la lutte contre l'inflation, et les protéger en construisant un cadre institutionnel qui les mette à l'abri des pressions politiques et leur interdise de prêter à l'Etat. Ce cadre est consacré en Europe, en 1992, par le traité de Maastricht.

Le gouverneur sait qu'il n'est que haut fonctionnaire du trésor français. La BCEAO est administrée par un conseil d'administration composé de 16 membres dont deux français. La conduite de la politique monétaire est confiée au Conseil d'Administration de la BCEAO avec le "concours" des comités nationaux de crédits (article 52 du statut de la BCEAO).

L'article 10 de l'accord de coopération entre la République Française et les Républiques membres de l'UMOA dit : "Deux administrateurs désignés par le gouvernement français participent au Conseil d'Administration de la BCEAO dans les mêmes conditions et avec les mêmes attributions que les administrateurs désignés par les Etats membres de l'Union ".

Si l'on doit arrêter une décision à l'unanimité, une simple opposition de la partie française peut compromettre la vie des millions d'africains. C'est tout simplement une infamie. La France contrôle par le biais du franc CFA toutes les économies des PAZF et en conséquence, leur souveraineté.

b.2) Le franc CFA n'apporte pas le développement mais le sous-développement

Si le gouverneur de la BCEAO arbore une joie non dissimulée de faire partie de la zone franc, les populations africaines sont loin de le suivre dans cette œuvre solitaire. Et pour cause, le franc CFA n'apporte pas le développement promis.

Le franc CFA ne permet pas le financement des entreprises, n'entraine pas l'intégration régionale et en dernier ressort ne nous donne aucune dignité.

Le franc CFA étant structurellement et économiquement étranger aux africains, le système bancaire est faiblement développé et les africains n'y attachent aucun intérêt.

Selon le rapport JUMBO de l'agence Française de Développement (AFD, 2007, p.11), en 2007, le total des bilans des banques de l'UEMOA et de la CEMAC est inferieur à la somme des actifs de la première banque sud-africaine.

Le système financier et bancaire de la zone UEMOA a été soigneusement étudié par PRAO Séraphin. (2009) et arrive à la conclusion que la dimension monétaire du développement est absente.

En tout cas, qu'il s'agisse de la Côte d'Ivoire ou du Sénégal, le ratio de l'approfondissement n'atteint jamais le seuil de 36,5.

En effet, BERTHÉLÉMY et VAROUDAKIS (1998) ont validé par une analyse de panel l'idée selon laquelle l'impact de l'approfondissement financier sur la croissance ne se manifeste qu'à partir d'un certain seuil (  au moins égal à 36,5). Pour la Côte d'Ivoire et le Sénégal, ce taux moyen est respectivement  de l'ordre de 0,26 et 0,21  sur la période 1962-2004.

La densité du réseau bancaire des pays de l'UEMOA est très faible. Il y a 1,4 agences ou bureaux bancaires pour 100 000 habitants. Le taux de bancarisation dans l'UEMOA à fin décembre 2003 variait de 0,76% pour la Guinée Bissau à 5,18% pour la Côte d'Ivoire avec une moyenne de 3,02% pour l'Union. En 2005, seules 3 personnes sur 100 ont accès à un compte (BCEAO, 2005b, CB-UMOA, 2006). En comparaison, la France était en 2001 à un taux de 99% (Daniel et Simon, 2001).

Les africains estiment que le système bancaire est réservé aux riches. Ils sont d'autant plus persuadés d'avoir raison que le financement bancaire ne représente que 16% du produit intérieur brut (PIB) en Côte d'Ivoire contre environ 70 % en France ou en Tunisie.

En 2006, le ratio moyen du crédit privé au PIB était de 110% dans les pays de l'OCDE, de 31% dans les pays d'Amérique latine et de 20% seulement en Afrique Subsaharienne (ASS).

En Afrique, les banques sont très peu actives dans le financement de l'investissement. Elles sont très frileuses dans l'octroi des crédits. Du coup, le système bancaire regorge d'énormes liquidités inutilisées.

Le comble c'est que les banques sont depuis 1994 apparues surliquides. La liquidité peut être définie comme l'aptitude d'un établissement de crédit à faire face à ses engagements à court terme, c'est-à-dire concrètement à répondre à une demande inopinée de retraits d'une partie des fonds déposés par la clientèle. Dès lors la surliquidité bancaire n'est rien d'autre que la possession par une banque d'un excès de liquidité.

Mais selon le FMI (2006)[i], la surliquidité bancaire est définie comme le montant des dépôts des banques commerciales auprès de la banque centrale qui excède les réserves obligatoires. C'est cette même définition qu'on retrouve chez  Jean CALVIN (2008), en la considérant comme les réserves auprès de la banque centrale excédant les montants minimum requis, en moyenne sur l'année.

PRAO Séraphin (2009) a estimé que cette surliquidité bancaire représente en moyenne sur la période 1996-2006, entre 2% à 7% du PIB nominal de la zone UEMOA.

Avec cette paresse bancaire, l'effort d'investissement n'a pu engendrer une croissance forte. Sur la période 2002-2007, le taux d'investissement n'excède pas 20% dans l'espace UEMOA (17% (2002) ; 16,1 (2004) ; 18,8% (2005) ; 19,2% (2007)). Sur la même période, en ASS, le taux est en moyenne nettement supérieur à ceux de la zone UEMOA (18,7% (2002) ; 19,3% (2004) ; 20,4%(2005) ; 22,4% (2007)).

Le taux de croissance du PIB réel dans la zone UEMOA ne permet pas de dire que le franc CFA a un impact positif sur l'économie des pays membres.

En comparant cette zone et l'ASS, le taux de croissance du PIB réel y est faible.

Sur la période 2002-2007, dans la zone UEMOA, ce taux est de 1,5% en 2002 ; 2,9% en 2003 ; 2,8% en 2004 ; 3% en 2007. En ASS,  ce taux est de l'ordre de 3,5% en 2002 ; 4% en 2003 ; 6,8% en 2004 et 7,2% en 2007.

Les défenseurs du franc CFA ont échoué lorsqu'ils ont cherché à rendre explicite la correspondance entre la monnaie unique (le franc CFA) et l'intégration régionale.

Les monnaies coloniales ont plutôt encouragé l'intégration économique avec la puissance de tutelle, et, dans une moindre mesure, avec le reste du monde.

En imposant leur monnaie, leur système bancaire, et d'autres types de régulation économique dans les frontières arbitraires qu'ils avaient données à l'Afrique, les pouvoirs coloniaux ont en partie empêché l'intégration économique à l'intérieur du continent.

Mais, en même temps, une intégration économique de l'Afrique avec l'Europe et le reste du monde a été possible. Des économies sont intégrées lorsque "leurs relations réelles et monétaires sont si intenses que leurs marchés réagissent simultanément aux mêmes chocs""par le marché" ; elle résulte de l'essor des flux commerciaux et financiers. (BAUDASSE, MONTALIEU, SIROËN, 2001, p. 78) ; Le concept d'intégration traduit deux types de dynamique : l'une est spontanée, elle se réalise de fait,

L'autre est institutionnalisée, "formelle" ; elle traduit un volontarisme et des accords politiques ; obtenue "par les règles", elle suppose la mise en place d'institutions et le passage d'étapes programmées dans le temps.

En effet, les grands pays exportateurs dans le commerce intra UEMOA sont la Côte d'Ivoire et le Sénégal qui ont exporté vers la zone respectivement 11 et 6,5% de leurs exportations totales entre 1990 et 2003 (BOOGAERDE et TSANGARIDES, 2005). Ces pays sont de ce fait de loin les grands offreurs de biens manufacturiers dans la zone en détenant respectivement 74 et 14% des exportations intra zone.

Selon la commission européenne (2002), en 1999, 40% des exportations de l'espace UEMOA étaient destinées à l'Europe. Les importations en provenance de l'union européenne en direction de l'UEMOA la même année se situe à 43%. Les exportations de la zone UEMOA en direction du même espace représentent 12% tandis que les importations se situent à 10%.

Le renforcement de l'intégration régionale doit passer par le développement du commerce intra régional à travers l'amélioration des infrastructures routières notamment. Il a été démontré que le commerce au sein de l'UEMOA triplerait si toutes les routes nationales reliant les pays membres entre eux étaient revêtues en dur. Pour cela, il nous faut trouver des ressources pour le financement de grands projets routiers. Et pourtant, des milliards de Franc CFA dorment dans les caisses du Trésor français, signe que les africains sont tout simplement terribles.

CONCLUSION

La monnaie, lien social, est au cœur d'une légitimation par le pouvoir, d'une confiance par les marchés et d'une crédibilité par le dynamisme de l'économie, et par les politiques, notamment de la Banque centrale. Les francs CFA ont une convertibilité conventionnelle; la monnaie CFA ne constitue pas un symbole de Souveraineté.

Si le Franc CFA ne disparaît pas, on aura garde de paraître conférer aux Africains une étiquète d'incapable congénitale.  Être libre, être indépendant, pouvoir se gouverner soi-même, être maitre de ses décisions, c'est une fin en soi. C'est même la première fin qu'il faut rechercher quand on veut se bâtir un pays ou une vie à soi.

Un pays indépendant est un pays qui exerce sa souveraineté en toute liberté, n'a d'allégeance pour aucun autre pays et ne se détermine qu'en fonction de ses intérêts et de sa volonté. Telle est, en gros, la définition de l'Indépendance.

BODIN, un des plus grands théoriciens de la souveraineté dans les Six livres de la République (1576) reprend le thème de l'imitation de Dieu pour caractériser l'autorité souveraine. Cette autorité insiste-t-il est indivisible absolue (elle est au-dessus des lois puisqu'elle les fait) ou encore perpétuelle. Il va ainsi fixer les attributs de la souveraineté.

En Egypte ancienne, le pouvoir du pharaon reposait sur un certain nombre de symboles. Ils étaient les témoins de sa force, de sa divinité et de son autorité sur les terres d'Egypte.

La monnaie fait partie des attributs de la souveraineté, l'ignorer, c'est simplement faire fausse route dans le combat pour la souveraineté tout court.


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jeudi, 12 août 2010

DITES-NOUS, LES REFONDATEURS, OU EST LE CHANGEMENT?

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« Tous ces hommes qui nous font peur, qui écrasent l'émeraude jalouse de nos rêves, qui bousculent la fragile courbe de nos sourires, tous ces hommes en face de nous, qui ne nous posent point de questions, mais à qui nous en posons d'étranges. ... Qui sont-ils ».

Cette phrase est tirée du livre de Frantz Fanon, intitulé Pour la révolution africaine, écrits politiques-Paris : La Découverte, 2006.  Qui sont ceux qui écrasent donc nos rêves ? Il ne faut pas chercher loin et pendant longtemps, il s'agit des refondateurs ivoiriens.

Les ivoiriens connaissent bien ceux qu'on appelle depuis 2000, les Refondateurs. Mais pour les autres, ils n'ont pas d'inquiétude à se faire car dans notre exposé, des définitions seront données.

Notre contribution du jour est une question que nous posons à ceux qui nous gouvernent aujourd'hui en Côte d'Ivoire. Nous désirons avec leur permission, savoir ce qu'ils ont fait du changement promis. Cette question est donc la suivante : « dites-nous les Refondateurs, où est le changement ?».

Pour faciliter notre exposé, il nous semble intéressant de rappeler aux lecteurs certaines définitions, toujours obnubilé par le souci constamment affiné de rendre objectivement notre pensée.

Les Refondateurs sont les « acteurs » d'un « scenario » qu'on appelle : la Refondation. Cette dernière est une philosophie de la vie en société, un programme de gouvernement, une affirmation des valeurs éthiques et une vision de l'homme et de l'humanité. Elle a promis un changement radical de l'édifice national. Tout était à reconstruire pour le pays, sa structuration administrative, son organisation économique, politique, sociale, culturelle.

A ce stade de notre exposé, contentons-nous de cette définition que nous compléterons plus loin.

On peut définir le changement comme une action qui consiste à chambarder, innover, réformer, rénover, renverser, révolutionner. Une telle définition nous conduit à une autre question, celle de savoir ce qui était à changer.

Dans la suite de notre exposé, il nous faudra brièvement présenter la Côte d'Ivoire avant l'irruption des Refondateurs. Ce sera le premier point à développer.

Nous discuterons dans un deuxième point, des retombées de la Refondation. Pour être sincère avec nous-mêmes, la Refondation en tant que philosophie n'est pas blâmable, mais le comportement des « acteurs » de la Refondation.

Enfin, dans un troisième point, nous appellerons les ivoiriens à ne pas laisser le « volant » de la « voiture ivoire » à des aventuriers.

LA CÔTE D'IVOIRE SOUS LE PARTI UNIQUE : FORCES ET FAIBLESSES

Avant l'avènement du multipartisme, l'histoire politique et économique de la Côte d'Ivoire se confond avec celle de Félix Houphouët-Boigny, fondateur du PDCI (Parti Démocratique de Côte d'Ivoire).  Jusqu'en  1990, en tout cas, le PDCI-RDA régnait et son modèle économique était le fondement de l'effort de développement.

Sur le plan politique, il faut dire que le parti unique n'est pas attrayant pour le démocrate que je suis. Le parti unique est un suicide politique dont les effets pervers sont le plus souvent un boomerang social. Or comme les grecs l'enseignent, c'est de la polémique[1] que dérive la vérité, une république animée par un parti unique n'est pas démocratique.

En matière de diplomatie  et de politique internationale, dès l'accession à l'indépendance de son pays, le président Félix Houphouët-Boigny opte pour une coopération étroite avec la France. Rappelons qu'à cette époque, deux conceptions différentes de l'Afrique s'affrontent, d'une  part les « progressistes » du groupe de Casablanca, qui souhaitent à la fois une indépendance totale des pays africains ainsi qu'un fort panafricanisme, et d'autre part, les « modérés » du groupe de Monrovia dont faisait partie Félix Houphouët-Boigny, qui aspirent également à une indépendance de l'Afrique, mais sous la férule de la France.

Félix Houphouët-Boigny, n'était pas un véritable président mais le représentant de la France en Afrique francophone : il défendait les intérêts français.

Il n'a rien fait pour aider à la construction d'une monnaie sous-régionale décolonisée, c'est-à-dire gérée par les africains eux-mêmes, sans la tutelle française. Il a préféré tout donner à la France et se contenter des résidus.

Au niveau économique, le pays connait un semblant de développement. Les résultats affichés par la Côte d'Ivoire sont impressionnants : le taux de croissance annuel moyen du Produit Intérieur Brut est d'environ 7 % entre 1960 et 1980, indique la Banque Mondiale. Les dépenses dans le domaine de l'éducation et de la santé sont très importantes, 40% du budget de l'État est alloué au secteur de l'éducation et de nombreux hôpitaux et dispensaires de village sont mis à la disposition des populations.

Mais la croissance ivoirienne est une croissance appauvrissante, puisqu'elle est basée sur l'exportation de quelques matières premières. Il a suffit que les prix des matières premières chutent pour que le PIB par tête se détériore, enfonçant le pays dans une crise.

Sur le plan social, certes l'ivoirien vivait mieux que son homologue de certains pays voisins, mais la distribution de la richesse n'était pas égalitaire. Elle se faisait selon des normes clientélistes et claniques.

La paix sociale était tout de même préservée dans un pays où un quart de la population est étrangère. On pourra tout reprocher à Félix Houphouët-Boigny, mais il a réussi à asseoir une précaire cohésion sociale.

DU MULTIPARTISME A LA REFONDATION : L'ESPERANCE AVORTEE

Les partis politiques existaient en Côte d'Ivoire avant les indépendances mais l'histoire leur donne un point de départ en 1990.

Comme le souligne Jean-François Bayart, «  Une légende plaisante veut que la conférence de La Baule, en juin 1990, ait propulsé l'Afrique dans l'ère du multipartisme, parfois à son corps défendant. C'est oublier la chronologie des faits : la France a pris acte tardivement, et de manière bien ambiguë d'une revendication libérale ... qui était devenue irrépressible »[2].

En Côte d'Ivoire, le multipartisme est arraché à Félix Houphouët-Boigny en 1990. Le Front Populaire Ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo se trouve en première ligne dans le combat pour les libertés individuelles.

Ces démocrates là ont confondu démocratie et multipartisme. Nous le répétons encore une fois, la démocratie est fondamentalement le règne du droit.  Selon le Rapport préparé par International IDEA (l'Institut international pour la démocratie et l'assistance électorale) et dans le cadre de son programme mondial sur la recherche et le dialogue avec les partis politiques, publié en 2007, la Côte d'Ivoire disposerait de plus de 130 partis politiques. Or à en croire Freedom House[3], le pays ne serait  pas propice aux libertés civiques.

Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que l'éclosion des partis politiques ne garantit pas nécessairement le multipartisme. Il est par conséquent nécessaire de faire la distinction entre l'existence d'un grand nombre de partis politiques et un système de partis. Dans la première situation, il y a beaucoup de partis mais il n'y a aucune compétition significative entre eux ; un seul parti domine. Dans le deuxième cas, il y a un système pluraliste compétitif et démocratique.

Bref, le Front Populaire Ivoirien (FPI), dans sa vocation légitime de conquérir et d'exercer le pouvoir d'Etat, a élaboré un projet de société. Ce projet ébauché de 1982 à 1992, finalisé entre 1993 et 1997, a été publié en 1998 sous la direction de Harris Mémel FOTË sous le titre « Fonder une Nation Africaine Démocratique et Socialiste en Côte d'Ivoire ». C'est donc ce projet qui constitue la matrice, la boussole, la référence idéologique concernant un choix politique, économique, social, culturel, etc[4].

Le programme du FPI baptisé « LA REFONDATION », se proposait de refonder les relations ambivalentes avec les puissances impérialistes, construire un Etat démocratique avec une justice juste, animée par des magistrats compétents et crédibles, donner à l'école son rôle d'ascenseur social, distribuer égalitairement les richesses du pays, lutter contre la corruption et ériger la méritocratie comme mode de promotion sociale.

Dans les faits, la Refondation n'a été qu'une curiosité intellectuelle, pas plus. En tout cas en termes de progrès social.

Sous la Refondation, la corruption est devenue le « toboggan » qui permet d'accéder à l'enrichissement illicite. Et pourtant un ivoirien sur deux est pauvre.

En Aout 2006, la société Trafigura, spécialisée dans le négoce de produits pétroliers déversait des déchets toxiques à Abidjan et ses environs faisant des morts et personnes hospitalisées avec des séquelles à vie.

En 2007, Global Witness publiait un rapport "Chocolat chaud", qui dénonçait notamment la tendance du secteur du cacao ivoirien à la mauvaise gestion des revenus, à l'opacité des comptes et à la corruption. Mieux la filière Café-Cacao est accusée de pillage systématique dans une rocambolesque affaire de 100 milliards de franc CFA. Il s'agit d'un détournement de 100 milliards de l'usine de Fulton aux Etats-Unis, par des responsables de la filière café-cacao. Notre pays est devenu le nid de la  corruption. Le classement de Transparency International du degré de corruption varie de 10 à 1, avec la matrice la plus élevée indiquant les moins corrompus du lot et la matrice la moins élevée les plus corrompus. En 2005, le Ghana, avec le niveau le plus bas de corruption en Afrique de l'Ouest, a un score de 3,5, et a été classé 65e sur 159 pays impliqués dans le classement. Le Nigeria et la Côte d'Ivoire étaient considérés comme les pays les plus corrompus de la sous-région, avec un score de 1,9, et classés 152e ex æquo sur 159 pays.

Aujourd'hui, en Côte d'Ivoire, il semblerait que tous les concours d'accès à des postes publics, fassent l'objet d'un chantage monétaire.   Ainsi, pour rentrer à la prestigieuse Ecole Nationale d'Administration (ENA), il faut payer. Il faut faire pareil pour l'Ecole Nationale de Police (ENP), l'Ecole Nationale de la Gendarmerie (ENG), l'Ecole Normale Supérieure (ENS). Du coup, la motivation a déserté les lycées et les collèges ainsi que nos universités.

Le secteur stratégique qu'est l'éducation est malade.  L'école  va encore plus mal sous la Refondation, avec à la fin de l'année scolaire 2008-2009,  des scores décevants : 80% d'échec au BEPC et 80% d'échec au BAC.  En 2010, le taux d'échec au Bac est de 75,5 % et  de 70%  au BEPC.  L'école est pour le pays ce que  l'enfant est pour une famille. Le taux de scolarisation qui se situait à 74% en 1998 est tombé à 66% en 2006/2007.

Les Refondateurs n'ont pas réussi à lutter contre la françafrique car dans ce combat,  la Côte d'Ivoire a tout perdu.

Le Président ivoirien a tout donné aux multinationales colonisatrices or il critiquait le parti unique de « vendre » le pays à la France.

En effet, depuis le 12 octobre 2005, le groupe BOUYGUES à travers sa filiale CIE, est encore et ce, pendant 15 ans le distributeur exclusif de l'électricité en Côte d'Ivoire. De sa production jusqu'à son exportation, en passant par la distribution et l'importation, l'Etat a accordé le secteur au groupe français. Même la construction du troisième pont est encore attribuée à BOUYGUES alors que les chinois pouvaient le faire à un prix raisonnable.

Il en est de même de Bolloré qui a tout obtenu après un non tonitruant. En 2004, le groupe Bolloré obtenait du Port autonome d'Abidjan (PAA) une concession de "gré à gré" à travers sa filiale SETV, pour un coût de 5,5 milliards de FCFA (8,4 M EUR) et une promesse d'investissement de 27 milliards de FCFA (plus de 41 M EUR) sur cinq ans.

Finalement, les ivoiriens ont été floués par les Refondateurs.

LES REFONDATEURS ONT ECHOUE LAMENTABLEMENT : LE PEUPLE DOIT AVISER

Disons-le avec empressement, en vérité, il faut rechercher dans la mauvaise foi des Refondateurs, la folie de leurs œuvres. Il serait curieux d'étudier l'influence qu'a pu exercer la guerre sur la vie des ivoiriens depuis 2002.  Pour autant, la guerre n'est pas un passeport pour arriver à des fortunes colossales. S'il  y'a un paradoxe rapidement rencontré dans la Refondation, c'est  ce que notre brave compatriote Lekadou Tagro Gérard nomme « la qualité et le choix des hommes ». Non content de l'échec au niveau de l'amélioration du niveau de vie des ivoiriens, les Refondateurs torturent moralement le peuple avec l'épandage de leur fortune.

Pendant qu'on nous ressassait que nous étions en  guerre parce que la Chiraquie s'est rendu compte que l'actuel chef d'Etat n'est pas prêt à brader les richesses de son pays, nos propres frères pillaient les caisses de l'Etat. A un certain moment, on avait pu croire à ces différentes diversions avant de retrouver toute notre lucidité.

Dieu seul sait combien sont les Refondateurs qui ont critiqué  les détournements des deniers publics, la mégalomanie, les achats de conscience, le tribalisme etc. ils ont critiqué le monarque Boigny qui ne se gênait pas d'emprisonner, de torturer, de mettre en exil.

Posez la question aux ivoiriens, ils vous diront qu'ils ne voient point de différence entre l'époque du Parti unique et celle des Refondateurs, en tout cas, sur le plan politique.  Ce ne sont pas les journalistes du « Nouveau Courrier » qui  diront le contraire.

Les ivoiriens sont devenus aujourd'hui nostalgiques des temps passés. Ils sont admiratifs de ce qu'ils ont répudié hier, car le changement a été un mirage.

Pour répondre à la question posée aux refondateurs (à savoir où est le changement ?), il est facile de trouver les mots justes.

Les Refondateurs n'ont plus de boussole, ils ont perdu les nobles valeurs qui faisaient rêver les ivoiriens.

Pour être honnête, ce n'est pas la « Refondation » en tant que philosophie qui est condamnable, bien au contraire, il faut reconstruire le pays sur des bases nouvelles.

Ce qui a été sans doute le problème de la  « Refondation », c'est le choix des hommes.  Un bon scenario a besoin de bons acteurs et un metteur en scène chevronné, pour que le rendu soit sans reproche.

Dire que la « Refondation » était porteuse d'espoir ne signifie pas qu'il faille renouveler notre confiance à ces acteurs insoucieux. Pareilles tentatives ignorent volontairement le caractère versatile de l'être humain.

Pour ma part, ce que je souhaite pour les Refondateurs, c'est une sanction populaire dans les urnes. Mais le dernier mot appartient au peuple ivoirien.

Les ivoiriens espèrent en des lendemains meilleurs mais pour l'heure, il faut que nous nous battions pour obtenir les élections même par césarienne.


Dieu aide la Côte d'Ivoire à se relever de sa chute.

Dieu bénisse l'Afrique !


Dr Séraphin PRAO

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

 


[1] Le terme polémique vient du grec polemos qui désigne le combat. Le registre polémique désigne un débat où l'échange d'arguments prend un tour agressif voire violent.


[2] Jean-François BAYART, La politique africaine de la France. Ni le Zambèze ni la Corrèze ", Le Monde, 5 mars 1992.


[3] Source : Freedom House, Freedom in the World Report, 2006 (Washington, DC: Freedom House,

2006).


[4] Tiré du Texte de la conférence « Ce que Refonder veut dire ; la Refondation à l'épreuve du pouvoir »,

prononcée le vendredi 30 Avril au Palais de la Culture à Abidjan. Texte disponible à l'adresse

suivante :http://liberte.fpi.ci/content/index.php?option=com_content&view=article&id=13%3Aconferences&catid=2%3Aevenement&showall=1

mardi, 27 juillet 2010

LE REVE BRISE DES IVOIRIENS

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Les ivoiriens rêvent leur vie pendant que certains vivent leur rêve

« L'honnêteté universelle proteste contre ces lois protectrices du mal (...) Quoi que fassent ceux qui règnent chez eux par la violence et hors de chez eux par la menace, quoi que fassent ceux qui se croient les maîtres des peuples et qui ne sont que les tyrans des consciences, l'homme qui lutte pour la justice et la vérité trouvera toujours le moyen d'accomplir son devoir tout entier ». Cette longue citation est de Victor Hugo. Et elle devrait effrayer les tyrans et encourager les défenseurs du peuple.

Nous n'avons pas trouvé mieux qu'une telle citation pour illustrer notre présente contribution qui encore une fois s'intéresse à un pays africain : la Côte d'Ivoire.

Quelle drôle d'idée que de parler ici d'honnêteté, de justice et de vérité en ce qui concerne ce pays ? Qu'on ne s'y trompe pas, il s'agira ici de présenter le bilan dégrisant d'un pays où les uns souffrent et les autres s'empiffrent comme des gloutons. Comme chef de la fronde populaire, la classe laborieuse, nous ne voulons pas trahir notre conscience en nous taisant sur les escroqueries morales d'une élite ivre de pouvoir et de richesse.

« Les ivoiriens rêvent leur vie pendant que certains vivent leur rêve » : voici le titre que nous donnons à notre texte du jour. Pour que nous soyons en phase avec nos lecteurs, définissons ensemble les mots clés : le rêve et la vie.

Le rêve est un assemblage subconscient d'images et d'idées, souvent incohérentes, parfois nettes et suivies, qui se présentent à l'esprit pendant le sommeil; Chose plaisante par opposition au cauchemar (pendant le sommeil ou non).   Freud est sans doute celui qui les a le plus étudiés. Mais la psychologie expérimentale s'intéresse aussi à cet aspect fuyant et insaisissable de la vie mentale. Au sens figuré, c'est un projet sans fondement, chimère, utopie; Désir, espérance. Rêver, c'est vivre autrement. Rêver c'est vivre dans une autre réalité. N'en déplaise à certains, rêver n'est pas un acte anodin, puéril ou inefficace, rêver ce n'est pas perdre son temps, ce n'est pas non plus passer à côté de la vie, rêver c'est un acte de la vie à part entière, rêver c'est vivre aussi. On dit qu'un individu vit ses rêves lorsqu'il jouit d'un bonheur fort court ou qui n'a eu qu'une espérance trompeuse et de peu de durée. Il se dit aussi d'un individu à qui survient un succès, un bonheur que rien ne lui faisait espérer.

Quant à la vie, il est possible de la définir comme la capacité que peut avoir un organisme à se reproduire, respirer et se nourrir. Cette définition est trop restrictive.  Elle exclut déjà toutes les cellules qui fermentent au lieu de respirer, comme par exemple les bactéries anaérobies. La meilleure définition de la vie est thermodynamique, parce qu'elle ne fait aucun préjugé sur la structure et les comportements que doit avoir cette vie. En se basant sur les lois de la thermodynamique, on peut dire que la vie est la capacité à maintenir et à reproduire une structure complexe en dépit de conditions thermodynamiques défavorables.

Après ces définitions, nous pouvons donc exposer comment les ivoiriens appréhendent leur capacité à se maintenir et à se reproduire comme un projet sans fondement.

Dans cette grisaille, une poignée d'individu expérimente ce qu'elle n'a jamais espéré. C'est donc « deux Côte d'Ivoire » que nous présentons dans cette contribution.

Les ivoiriens, dans leur grande majorité, rêvent leur vie

Aujourd'hui, en Côte d'Ivoire, la grande majorité des ivoiriens souffre de ne pas pouvoir se loger et se nourrir dignement. Les choses qui étaient hier élémentaires sont devenues inaccessibles au regard de l'extrême pauvreté qui frappe les populations. Et pourtant, les ivoiriens ont été abreuvés d'espoir. En effet, ceux qui nous gouvernent disent qu'ils sont des socialistes, c'est-à-dire des gens qui luttent pour l'intérêt collectif, la justice sociale et l'égalité pour tous. Or on peut se demander en quoi  quelqu'un  qui n'a aucun sens de l'Etat et de la chose publique, qui n'a aucune compassion, serait-il un socialiste ? On aurait aimé voir chez les « refondateurs » ivoiriens, un comportement de responsables qui accordent une attention spéciale au peuple, singulièrement ce qu'ils appellent le petit peuple.

On ne le redira jamais assez, et les futures générations africaines devraient être encore plus vigilantes, il faut se méfier des vendeurs d'illusions.

Les ivoiriens ont pourtant donné tout ce qu'ils avaient de plus couteux, leur vie, pour sauver le pays et son chef, en espérant le changement. Lorsque les militaires du général Guéi pourchassaient les jeunes et les femmes, alors que ces derniers  luttaient pour rétablir Laurent Gbagbo dans ses droits, ils étaient tout de même loin  d'imaginer, la torture morale dont ils feraient l'objet, une fois « l'opposant charismatique » au pouvoir.

Face à la France, les jeunes ivoiriens sont sortis pour repousser très loin les limites de la colonisation.  Le président Laurent Gbagbo  lui-même le dit en ces termes : « Il y a cinq ans, les 6, 7, 8 et 9 novembre 2004 se produisaient des événements parmi les plus douloureux et les plus traumatisants de l'histoire de la Côte d'Ivoire. Des Ivoiriens aux mains nues ont été les victimes de la force française Licorne sur différents sites : corridors de Daloa et de Guessabo, aéroport de Port-Bouët, pont Général De Gaulle, pont Félix Houphouët-Boigny, et esplanade de l'hôtel Ivoire. Au total, 90 morts et 2537 blessés dont une centaine d'handicapés à vie ».

Les ivoiriens ont lutté pour améliorer leur niveau de vie. Or la corruption, le népotisme, le favoritisme, l'impunité, la tricherie, l'enrichissement rapide et illicite, sont devenus la règle en Côte d'Ivoire.  Si vous êtes d'une famille pauvre alors vous reproduirez la pauvreté car l'ascenseur social c'est-à-dire l'école, est en panne. D'ailleurs, rien n'est fait pour corriger les injustices sociales dans le pays si ce n'est les approfondir.

Comme on peut l'observer à travers ces phrases, en réalité, rien n'indique le désir des refondateurs de se situer réellement sur le terrain de la lutte contre les inégalités sociales. Cependant, que n'a-t'on pas servi aux ivoiriens en matière de progrès social ? L'école gratuite, la santé gratuite, le repositionnement de l'école dans les stratégies de développement, la répartition des richesses, le pouvoir aux peuples, plus de liberté. Les faits sont ce qu'ils sont : la réalité est tout autre.

Avec les refondateurs au pouvoir, les ivoiriens ont cru à une administration au travail et surtout juste. L'administration étant la colonne vertébrale de l'Etat, si l'administration est pourrie et que chacun souhaite s'enrichir sur le dos des usagers, alors il n'y aura pas d'administration et l'Etat n'existera pas.

Phil Hine avait raison d'écrire que  "Les dictateurs à toutes les époques ont appris rapidement que si vous voulez affaiblir la volonté d'un peuple, alors vous devez détruire leurs rêves, rendre leurs mythes incompréhensibles et les remplacer par d'autres."

La grande majorité des ivoiriens vit les difficultés et galères que connait le pays tandis qu'une minorité expérimente ce qu'elle n'a jamais espéré.

Une minorité d'ivoiriens vit ses rêves

Notre pays, après neuf années d'exercice de pouvoir par le FPI, montre un visage hideux et se caractérise par un affaiblissement de l'autorité de l'Etat, la mauvaise gouvernance, un cadre de vie de plus en plus précaire, une administration inefficace et corrompue, un secteur éducation formation en réelle difficulté, une économie défaillante et un secteur agricole en crise. C'est le bilan rapide qu'il est possible de dresser à propos de la Refondation en Côte d'Ivoire.

A Abidjan, la capitale économique, les ordures ont envahi les rues de sorte que les voitures et même les personnes n'arrivent pas à circuler. Et quand cela est possible, les odeurs finissent par vous rendre malade.  Demandez aux maires de ramasser ces ordures, ils vous diront que cela concerne le district. En Côte d'ivoire, les maires sont devenus des vendeurs de terrains, même les espaces destinés à nos enfants pour les jeux sont vendus.

L'administration marche mal. Les voitures « D », de l'Etat, roulent les jours fériés et les week-ends, sans se faire arrêter par les policiers. Les directeurs centraux sont passés maîtres dans l'art de la surfacturation et des pots de vin. Les ministres eux, peuvent pratiquer le favoritisme et le népotisme sans que la justice ne les inquiète. Ils sont au-dessus de la loi.

La corruption a tellement gangrené le pays que les professeurs de collèges et lycées demanderaient aux épreuves orales du BAC et du BEPC des billets de banque, pour arranger les notes.

Sous la Refondation, les ivoiriens travaillent de moins en moins puisque la méritocratie s'est absentée pour longtemps. Les fonctionnaires qui arrivent au bureau à 10 heures pour repartir à 16 heures. Les bureaux qui se vident les jeudis après-midi pour le week-end.

Sous la primature du Dr Alassane Ouattara, la notion de corruption n'existait pas dans les proportions que nous connaissons aujourd'hui. L'administration ivoirienne était au travail. Les fonctionnaires et agents de l'Etat étaient à leur poste dès 7h30. Il a fallu que les refondateurs viennent au pouvoir pour que la gangrène s'installe dans tous les secteurs de l'administration ivoirienne. De sorte que l'honnêteté est devenue un délit en Côte d'Ivoire. Il semblerait que monsieur Bouhoun Bouabré, ex-ministre des finances du FPI, était prêt à signer un chèque de 2,5 milliards de francs, pour acquérir la résidence de feu Angoua Koffi, ex-dg de la douane- qui abrite actuellement les locaux de la CEI, route du zoo-, si l'un des héritiers n'y avait pas fait opposition. On peut donc se demander d' où vient cet argent ? Monsieur Angoua Koffi étant issu du parti unique, on peut imaginer les sources de sa fortune mais qu'en est-il du ministre refondateur ?

En somme la corruption s'est simplement  installée. Le constater n'est évidemment pas l'approuver bien au contraire. Nous écrivons régulièrement pour éviter la révolte car l'histoire nous l'a maintenant largement et durement enseigné : il existe un rythme de la révolte. Parler, comme on l'a fait souvent, du FPI comme le nid de la corruption, c'est attribuer indistinctement à l'ensemble d'une catégorie extrêmement diversifiée et dispersée un « mal », lui-même mal identifié et mal défini. Il est clair en effet qu'il existe encore au FPI, des militants en phase avec la philosophie première du parti.

Aujourd'hui au FPI,  heureusement qu'il existe des honnêtes militants comme le professeur Mamadou Koulibaly, qui disons-le, avait claqué la porte à Marcoussis en janvier 2003. Pendant que les uns pensaient à se maintenir à leur poste, le professeur Koulibaly défendait son pays, la Côte d'Ivoire. C'est là, la différence entre un homme de gouvernement et un homme d'Etat. D'ailleurs, les refondateurs qui voudront gagner les législatives et les municipales devront se ranger derrière le professeur Koulibaly pour échapper à la vindicte populaire.

Il est impossible de vouloir le changement lorsqu'on n'est pas soi-même le changement. En Côte d'Ivoire, une minorité d'ivoiriens vit simplement son rêve.

Pour résumer l'état de santé de notre pays, nous pouvons affirmer que tout se multiplie et se divise  par un seul mot : corruption. Tout s'achète et se vend dans ce pays : extraits de naissance, attestations d'identité, certificats de nationalité, passeports etc. etc.

La bonne gouvernance comme préalable au redécollage de la Côte d'Ivoire

La théorie traditionnelle de croissance associe essentiellement la productivité globale des facteurs (PGF) au progrès technique. Or la PGF désigne, de manière plus générale, tout ce qui concourt à élever l'efficacité des combinaisons de travail et de capital. Une dimension importante est l'organisation juridique et réglementaire des activités productives, que l'on regroupe sous le terme générique d'institutions.

Douglass North[1], prix Nobel en 1993 avec Robert Fogel, a défini les institutions comme « les règles du jeu dans la société ou, plus formellement, les contraintes créées par les hommes qui régissent les interactions entre les hommes ». Les coûts de transaction (la corruption par exemple) induisent  un environnement institutionnel de faible qualité d'où la nécessité de sécuriser les contrats.

Le FMI (2003)[2] a évalué les institutions par trois types d'indicateurs : qualité de la gouvernance (degré de démocratie, stabilité politique, efficacité des services publics, degré d'intervention de l'Etat dans l'économie, sécurité juridique et absence de corruption) ; protection de la propriété privée, et limites à l'arbitraire du pouvoir exécutif.  Le FMI a mis en évidence un lien positif entre la qualité des institutions et le niveau de PIB par tête. Les institutions peuvent agir de plusieurs façons.

Premièrement, elles réduisent les asymétries de l'information en transmettant des renseignements sur les conditions, les produits et les acteurs du marché;

Deuxièmement, elles réduisent le risque en définissant et faisant respecter les droits et contrats de propriété qui précisent quels sont les bénéficiaires, les biens et les dates de transaction;

Troisièmement, elles limitent l'action des responsables politiques et des groupes d'intérêt en leur faisant rendre des comptes aux citoyens.

Ce troisième point nous intéresse en ce sens qu'il cadre parfaitement avec la situation que nous vivons en Côte d'Ivoire depuis l'affaire « Tagro ».  Notre assemblée nationale est composée en partie de mauvais députés, qui ne veulent pas rendre compte à leurs populations. Les députés du Fpi confrontés à ceux du Pdci, de l'Udpci et de Solidarité ont opposé un refus catégorique à la mise en place d'une commission parlementaire. Blocage parfait précédé quelques jours plutôt d'une séance toute aussi électrique. Le mardi 20 juillet 2010, nos députés ont remis ça, offrant à la face du pays un spectacle ridicule devant les médias, un spectacle fait d'injures, de bousculades et de violences. Y a-t-il un danger à mettre en place une commission d'enquête ? Si certains députés du FPI refusent cette enquête c'est certainement parce qu'ils cachent des choses aux ivoiriens et persistent à demeurer dans leur « saleté ». Il faudra à notre pays des institutions fortes et la bonne gouvernance pour qu'il redevienne ce qu'il était avant la crise militaro-politique.

Nous prions les ivoiriens de ne pas oublier cette épisode de l'histoire de notre pays : ceux qui ont promis la pluie et le beau temps nous ont livré la misère, la corruption, le népotisme, le favoritisme, la tricherie. Les ivoiriens doivent donc les sanctionner dans les urnes dans quelques mois.

Pour notre part, nous nous battrons avec beaucoup d'héroïsme pour transformer en profondeur notre pays en éveillant les consciences. Nous ne voulons pas faillir à ce noble devoir.

Terminons cette contribution par cette citation de MC Jean Gabin : " Dans la vie, il y a ceux  qui attendent que les choses se fassent, et ceux qui font que les choses se font ". Faisons partie  de la deuxième catégorie, c'est à dire les gens qui font que les choses se font.

Dieu bénisse l'Afrique!

Dieu guide les ivoiriens!


Dr Séraphin PRAO

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

contact@mlan.fr


[1] North D. (1990), Institutions, Institutional Change and Economic Performance, Cambridge University Press.

[2] Fonds monétaire international (2003), Perspectives économiques mondiales, Fonds monétaire international (disponible en anglais sur www.imf.org).

lundi, 19 juillet 2010

ARRESTATION DE 3 JOURNALISTES DU NOUVEAU COURRIER: DECLARATION DU MOUVEMENT DE LIBÉRATION DE L'AFRIQUE NOIRE




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Notre justice nous tire vers le bas. C'est incroyable que Théophile Kouamouo et ses collaborateurs, nos frères et amis, aient été arrêtés pour avoir accompli leur devoir d'information au nom de la liberté de la presse. Que ce soit le Procureur de la République qui l'ait ordonné, dans un état dont le chef a promis ne jamais mettre un journaliste dans l'exercice de sa profession en prison, est un fait gravissime. On peut vraiment tout se permettre dans cette Afrique obscurantiste! Que le droit soit dit et que la Justice triomphe, n'en déplaise aux adeptes de pratiques judiciaires d'une époque à jamais révolue!  Lire, ci-dessous, la déclaration de soutien du MLAN à nos amis incarcérés. Dindé Fernand.

 

DECLARATION DU MOUVEMENT DE LIBÉRATION DE L'AFRIQUE NOIRE SUITE À L'ARRESTATION DES TROIS JOURNALISTES DU JOURNAL

« LE NOUVEAU COURRIER »

Les journalistes du quotidien Le Nouveau Courrier, Théophile Kouamouo  (directeur des rédactions du journal), ainsi que  Stéphane Guédé et Saint Claver Oula, gardés à vue depuis le mardi 13 juillet à la police criminelle ont été placés sous mandat de dépôt à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (Maca) le vendredi 16 Juin 2010. Il leur est reproché d'avoir publié une partie des conclusions du juge d'instruction et des réquisitions du parquet sur l'affaire de la filière café-cacao. L'information a été donnée à l'AFP par leur avocat, Me Désiré Gueu.

Pour  le MLAN, la liberté de la presse est un socle indéboulonnable dans une démocratie car le droit à l'information est fondamental pour le développement d'un pays. En sus, les journalistes ont le droit de  s'opposer à la saisie de documents permettant l'identification de leurs informateurs. Réuni en comité des droits de l'homme, il a décidé de ce qui suit :

-         condamne sans réserve l'arrestation des trois journalistes et la barbarie avec laquelle ils ont été traités ;

-         s'émeut du silence des autorités face à cette situation d'extrême gravité ;

-         demande la cessation des intimidations incessantes tendant à faire prospérer le déficit d'information et la libération sans délai de ces trois journalistes.

Pour le MLAN, le droit à l'information est constamment et arbitrairement  mutilé lorsque le droit d'informer est monopolisé par des pouvoirs publics qui exercent un droit de censure illimité, ou des pouvoirs sociaux qui s'entourent de secrets destinés à garantir leur puissance, par des pouvoirs médiatiques qui se soumettent alternativement ou conjointement aux pouvoirs politiques et économiques.

Rappelant qu'aucun peuple ne peut aspirer aux délices de la liberté et de l'indépendance sans un minimum d'état de droit.

Soulignant la nécessité d'une lutte pour la liberté véritable de la presse en Côte d'Ivoire, le MLAN salue à juste titre le soutien sans faille des  organisations ivoiriennes de la presse (Gepci, Synappci, Cnp, Unjci) aux journalistes arrêtés.

Le MLAN invite le procureur de la république, Raymond Tchimou, à traiter ce sujet avec sollicitude et le respect du droit. La Côte d'Ivoire est malade de la corruption et le procureur gagnerait à enquêter sur l'origine de la fortune des nouveaux riches dans un pays où un ivoirien sur deux vit dans la pauvreté.

Le MLAN s'étonne de l'empressement avec lequel le procureur de la république  conduit des journalistes en prison lorsque des enquêtes sont en cours pour élucider un certain nombre d'affaires d'Etat.

Considérant que la justice doit être équitable et accessible à tous, et s'exercer dans des délais raisonnables - retarder la justice signifie nier la justice. Or le Procureur garde en détention préventive depuis plus de deux ans, la quasi-totalité des responsables de la juteuse filière Café-Cacao.

Le MLAN exhorte le chef de l'Etat à œuvrer pour le rétablissement de la paix sociale et de la justice sociale. La crédibilité de la démocratie ivoirienne s'en trouve éprouvée.

A la jeunesse ivoirienne, l'heure de la révolte démocratique a sonné, il faut renoncer à la peur car la coupe est pleine ; opposez avec éclat une résistance historique  en utilisant les moyens les plus démocratiques à toutes les œuvres tendant à tirer le pays vers le bas. Nous vous invitons avec empressement, partout où vous êtes à vous affranchir de l'impureté.

Fait à Paris le 18 Juillet 2010
Pour le MLAN
Le Président

Dr Séraphin PRAO

vendredi, 09 juillet 2010

JEAN-BAPTISTE AKROU, L'ARCHETYPE DE L'INTELLECTUEL AFRICAIN DEMISSIONNAIRE

 

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« Le tort de Koulibaly » : voici le titre de l'éditorial  de Jean Baptiste AKrou du 5 juillet 2010. L'éditorialiste a voulu certainement prendre position dans l'affaire « Tagro » mais le titre de l'éditorial est provocateur. Dans le dictionnaire HACHETTE ENCYCLOPEDIQUE, année 2000, un tort se définit comme une action, un comportement, une pensée contraire à la justice ou à la raison. Avoir tort, c'est n'avoir pas pour soi le droit, la vérité. Donner tort à quelqu'un, c'est condamner ses idées, sa conduite.  Dès lors, nous pouvons affirmer que Jean Baptiste AKrou fustige la conduite, les idées du professeur Mamadou Koulibaly. Et pourquoi ? Parce que la conduite et les idées du n°2 de l'Etat seraient contraires à la justice et à la raison.

Dans ce genre d'affaire, il nous semble qu'une analyse lucide et profonde nécessite de répertorier les idées du professeur Mamadou Koulibaly et de les confronter à la justice et à la raison. Nous allons nous contenter de citer en tout cas, les idées et la conduite qui sont décriées dans l'éditorial en question.

Fondamentalement, Jean Baptiste AKrou reproche au professeur Mamadou Koulibaly de faire perdre des voix au FPI parce qu'il critique les inconduites des refondateurs, vit comme un homme de gauche (sobrement), défend l'idée d'une monnaie propre aux africains. Voici ce qui retient mon attention à la lecture du fameux éditorial de Jean Baptiste Akrou.

Nous allons donc montrer dans un premier temps que Mamadou Koulibaly est un homme d'Etat donc au-dessus des partis politiques. Dans ce cas, il peut critiquer ses amis du FPI si ces derniers n'agissent pas  dans l'intérêt du peuple. Dans un deuxième temps, nous relèverons la constance de Mamadou Koulibaly dans ses idéaux : il est de gauche et il ne vit pas dans l'opulence injurieuse. Dans un troisième temps, nous démontrerons que le combat contre le franc CFA est d'abord celui de notre indépendance : Mamadou Koulibaly n'a donc pas tort.

DEFENDRE LE PEUPLE OU LES CORROMPUS DU FPI

Dans l'affaire « Tagro », ceux qui condamne le professeur Mamadou Koulibaly réagissent ainsi : le FPI est en campagne, même si certains pillent le pays, trichent dans les concours, créent de l'injustice sociale, ce n'est pas grave.

Dieu merci qu'il existe dans notre pays, une autre espèce d'Hommes qui pensent que Rien n'est plus grand que défendre l'intérêt du peuple. Le professeur Mamadou Koulibaly se situe dans cette catégorie d'hommes politiques, ayant compris ce que c'est que la responsabilité politique. Il est vrai qu'aux temps du Parti  unique, on pouvait dénombrer de nombreux détournements et malversations pour autant cela ne justifie point le silence dans lequel l'on veut installer Mamadou Koulibaly.

Le FPI qui se dit un parti proche du peuple voudrait laisser de côté les préoccupations de ce peuple pour ne penser qu'à la réélection de Laurent Gbagbo.

Voici ce que Jean Baptiste Akrou écrit : « Même s'il avait raison, Mamadou Koulibaly a commis une faute politique sur l'opportunité de sa campagne pour la moralisation de la vie publique. Il est des vérités qu'un responsable politique garde enfouies en lui. Il en évoque dans ses mémoires et non quand il est en activité ».

Mais diantre, on demande à Mamadou Koulibaly d'évoquer la souffrance, le mal être des ivoiriens dans ses mémoires lorsqu'il sera à la retraite. Je doute fort que Jean Baptiste Akrou soit de gauche car de telles déclarations ne sont en réalité que le propre des égoïstes, ennemis du peuple.

Le parti politique étant une tribune d'expression d'une partie du peuple, le n°2 de l'Etat a trouvé bon de défendre tout le peuple et non les intérêts d'un groupuscule assoiffé de pouvoir.

Lorsque le peuple a été désabusé par le général Robert Guei, il est descendu dans les rues contre les chars pour remettre le pouvoir à Laurent Gbagbo. Le même peuple s'est érigé en « un corridor humain » pour protéger et la vie et le pouvoir du président Gbagbo lorsqu'il voulait résister  aux français.  Pourquoi donc faire souffrir ce peuple qui ne veut que le changement ?

Un jour, le président Laurent Gbagbo lui-même, peut-être dépassé par les événements se lâchait en ces termes : "Les gens détournent par-ci, détournent par-là, ils font des rackets par-ci, des rackets par-là. Les policiers ont " gâté " leur nom parce que tout le monde les voit. Mais ils ne sont pas les seuls à racketter. Quand tu vas dans un bureau et qu'on te prend l'argent pour faire un papier auquel tu as droit, c'est du racket. On voit tout et on entend.... On entend ici, un tel vole dans la direction qu'on lui a confiée, un tel vole sur la route, mais quand nous volons, c'est nous-mêmes que nous volons...". Ainsi, la prestigieuse Ecole Nationale d'Administration(ENA), l'Ecole Nationale de Police (ENP), l'Ecole Nationale de la Gendarmerie (ENG), l'Ecole Normale Supérieure (ENS) sont devenues le lieu où se fait la promotion des nuls.

Face à ces dérives, selon Jean Baptiste Akrou, Mamadou Koulibaly doit se taire car  cela affecterait négativement le FPI.

Décidemment, la fin de la souffrance du peuple ivoirien n'est pas  pour aujourd'hui. Le peuple voulait avoir le cœur net sur cette affaire « Tagro » mais  une fois encore, il est floué. La Commission des affaires sociales et culturelles du parlement a siégé le 7 juillet 2010,  toute la journée, à l'Assemblée nationale pour statuer sur la proposition de résolution portant création d'une enquête parlementaire sur les concours d'accès aux emplois publics. En fait,  une commission d'enquête parlementaire chargée de mener des investigations sur l'organisation et la proclamation des résultats de tous les concours d'accès aux emplois publics qui se sont déroulés entre 2005 et 2010 a été crée. Malheureusement pour le peuple ivoirien, quinze députés ont voté contre ce projet, quand treize ont voté pour.

Cela signifie simplement que certains députés du FPI ne veulent pas sortir de la saleté dans laquelle ils sont établis et ne sont pas pour la justice sociale. Et pourtant ils sont de gauche.

ÊTRE DE   GAUCHE, C'EST VIVRE SOBREMENT ET DIGNEMENT

Si l'on peut regrouper sous un même sceau philosophique et leur trouver un fondement conceptuel unique, on dira que la Refondation défend les idées de gauche puisque l'histoire contemporaine l'identifie à quelques principes : la nécessité d'une régulation collective, une action politique tournée autour de l'idée de justice, une priorité économique accordée à l'idée d'égalité, un scepticisme vis-à-vis de toute forme de déterminisme politique. Si Mamadou Koulibaly est un homme de gauche alors qu'a-t-il fait pour avoir tort ? Voici ce que l'on lui reproche : « Koulibaly n'aime pas se conformer aux règles de bonnes convenance. Dans la vie quotidienne, faisant entorse aux précautions élémentaires, il est régulièrement au volant de son véhicule, roulant sur de longues distances en Côte d'Ivoire et parfois jusqu'au Ghana. Sans chauffeur, ni garde du corps. Il fait fi du protocole et de la sécurité. Il entend transposer cette perception de la liberté dans l'arène politique... ».

Le professeur  Mamadou Koulibaly est avant tout un député, élu du peuple, en tant que tel, il doit vivre les préoccupations de ces administrés, c'est d'ailleurs cela un homme politique.

Pendant que les ivoiriens peinent à boucler les fins de mois, pendant que  l'injustice sociale a atteint son paroxysme, on demande au défenseur de la liberté du peuple de fermer sa bouche alors que le peuple a beaucoup à dire.  Les ivoiriens n'arrivent plus à se vêtir, à manger, à se soigner pendant qu'une poignée vit dans une richesse la plus insolente et injurieuse.

En France, le président SARKOZY a viré du gouvernement français, Alain Johandet et Christian Blanc depuis le 04 juillet dernier. Tous deux secrétaires d'Etat l'un à la Coopération et l'autre à l'aménagement du Grand Paris. Le premier s'est permis de louer un avion privé à 116.000 Euro, soit plus de 58 millions de FCFA en vue de se rendre en Martinique, pour participer à une réunion sur Haïti. Le second avait l'habitude d'importer des cigares de Cuba pour un montant total de 12.000 Euros, soit plus de 6.000.000 de FCFA avec l'argent du contribuable.

Et pourtant, Nicolas SARKOZY n'est pas de gauche : quelle leçon de démocratie à la gauche ivoirienne !

En vérité,  Jean-Baptiste Akrou s'est vraiment ridiculisé en préconisant le silence là où des délits sont constitués. La gabegie que nous constatons depuis quelques années dans notre pays, n'est pas ce que le candidat Gbagbo nous avait promis lorsqu'il était dans l'opposition. Il avait promis des sanctions lourdes contre  ses amis s'ils se méconduisaient.

Aujourd'hui, parce que sans doute fautifs, certains députés FPI  réclament l'extension de la période d'enquête de sorte à toucher le temps "des grilleurs d'arachides" d'Houphouet-Boigny, les affaires de surfacturation des complexes sucriers, des dépenses non ordonnancées et autres affaires relatives aux 18 milliards FCFA de l'Union européenne.

En fait, le message que ces derniers délivrent au peuple est clair : sous le parti unique, ils ont volé, qu'on nous laisse tranquillement voler également.

C'est  triste de penser ainsi car c'est parce que les ivoiriens ne supportaient plus cette manière de gérer le pays qu'ils ont voté le candidat Laurent Gbagbo en 2000.  Pourquoi donc ressasser cette vieille musique périmée depuis pour en faire un plat de fête ?

MAMADOU KOULIBALY N'EST PAS UN RÊVEUR LORSQU'IL PRÔNE LA DECOLONISATION DU FRANC CFA

On peut concéder à Jean Baptiste Akrou sa méconnaissance des questions monétaires, cependant son manque de réserve face à un sujet aussi technique et politique qu'est le débat sur le franc CFA est dérangeant.  Descartes met en œuvre ce doute méthodique dans les Méditations métaphysiques. Son but déclaré est de distinguer, parmi se opinions, lesquelles sont vraies. Il veut identifier les connaissances que l'on peut tenir pour vraies sans aucun risque d'erreur. Il est vrai que douter, c'est reconnaître que l'on ne sait pas et que l'on ne parvient pas à atteindre la vérité mais le doute dont nous parlons est un doute provisoire. Bref, laissons de côté le débat philosophique pour essayer d'expliquer le bien fondé de notre combat contre le franc CFA.

Définissons la monnaie comme une créance à vue sur le système bancaire. Dès lors, la monnaie ne peut-être dissociée du système de paiement. Or ce dernier est propre à une communauté donnée. Du coup, chaque communauté de destin doit pouvoir avoir sa monnaie. C'est une première démonstration simple qui nous indique que les pays africains de la zone franc doivent avoir leur monnaie.

L'éditorialiste Jean Baptiste Akrou doit savoir que la  souveraineté  est le principe d'autorité suprême. Or, la monnaie renvoie au prince et généralement à l'organisation politique de la société. La monnaie de ce fait est inséparable d'un ordre ou d'un pouvoir.  A tout système monétaire est assignée une limite, qui est celle de l'acceptation des moyens de paiement. Ainsi l'aire d'extension du système de paiement se confond avec celle de la souveraineté de l'institution émettrice de la monnaie légale. Robert Joseph Pothier, un des inspirateurs du code civil français écrivait, à propos de la monnaie métallique «  ces pièces n'appartenant aux particuliers que comme signe de la valeur que le prince a voulu qu'elle représentassent, dès lors qu'il plaît  au prince que ce ne soient plus ces pièces mais d'autres qui soient les signes représentatifs de la valeur des choses, les particuliers n'ont plus le droit de retenir ces pièces ». En fait, la monnaie a un lien avec l'Etat, elle n'est pas tout l'Etat et l'Etat n'est pas toute la monnaie.

Voyons maintenant comment est née cette monnaie (franc CFA).  La formation d'une zone économique impériale, protégé de la concurrence extérieure et fondée sur la complémentarité des productions coloniales et métropolitaines, passait par la création d'un espace monétaire commun. Le franc CFA est officiellement né le 26 décembre 1945, jour où la France ratifie les accords de Bretton Woods et procède à sa première déclaration de parité au Fonds monétaire international (FMI). Il signifie alors « franc des colonies françaises d'Afrique ». Le décret[1] lui, prit effet le 26 décembre 1945. Ce décret fixe une nouvelle parité entre le Franc et le Franc des Colonies Françaises d'Afrique, ainsi que les francs des Colonies Française du Pacifique. Des unités monétaires d'inégales valeurs furent instituées pour chacune des régions. C'est aussi l'occasion d'affirmer l'unité car le communiqué du ministre des Finances parle de « Constitution de la zone franc » et ce sera la première fois que le terme est utilisé officiellement. Certains pays ont choisi, lors de l'indépendance ou après, de quitter la zone franc coloniale : Algérie (1963), Maroc (1959), Tunisie (1958), Mauritanie(1973), Madagascar(1973), Guinée (1958), l'ex- Indochine (Cambodge, Laos, Viêtnam) en 1954. Le Mali l'a quittée en 1962 pour la réintégrer en 1967.  Les pays comme le Maroc, la Tunisie sont en voie d'être des pays émergents, non avec le franc CFA mais leurs monnaies propres.

Avec la zone franc, le France voulait conserver son aire d'influence, mais aussi, consolider des liens un temps menacés par les aspirations à la souveraineté. La construction de cette zone est due à des facteurs commerciaux (une partie importante des échanges se faisant avec la France), financiers (faciliter le paiement des flux financiers) et politique. Cette tutelle monétaire assure le contrôle des économies de la zone et garantit les bénéfices des capitaux français en assurant la convertibilité illimitée, la parité fixe avec l'euro et surtout la liberté des transferts.

Jean Baptiste Akrou doit savoir que si la Côte d'Ivoire veut son indépendance politique et économique, elle doit d'abord acquérir sa souveraineté monétaire car le professeur Pierre KIPPRE disait lors de la cérémonie d'ouverture du cinquantenaire de la Côte d'Ivoire qu'« on ne détruit pas un système en abattant seulement les murs ».  Ce n'est pas lors d'un meeting qu'on prend son indépendance vis-à-vis de la France mais en commençant par travailler dur pour asseoir une économie locale très forte, une monnaie gérée par nous-mêmes.

Le franc CFA, en tout cas,  dans sa gestion, dépouille les africains de tous les leviers qui permettent un développement autocentré. On oblige les africains à compromettre leur développement par le respect scrupuleux de certaines règles orthodoxes. Le mythe de la convertibilité illimitée n'est que mensonge et arnaque. Encore plus le fameux « compte d'opérations », terme inconnu des milieux académiques mais bréviaire des milieux financiers de la zone franc. Comment peut-on remettre le pouvoir monétaire, un des attributs du pouvoir à son ennemi ?

Si Jean Baptiste Akrou ne connaît rien de la monnaie, ce n'est pas grave mais qu'il n'accuse pas Mamadou Koulibaly de rêveur qui veut une autre monnaie que le franc CFA. Nous plaidons pour une monnaie décolonisée, c'est-à-dire qui ne sera pas sous la tutelle de la France mais bien des africains. Est-ce moralement et économiquement acceptable de déposer 50% (BCEAO) de nos réserves de change dans un Trésor français ?  Si des intellectuels acceptent cette servitude, nous disons tout simplement non et non. Jean Baptiste Akrou semble faire partie de cette catégorie d'intellectuels africains, qui pour défendre leurs intérêts propres, ignorent expressément ce qui fait le bonheur de leurs peuples.

Dieu nous aide à comprendre  ce qui est bon pour nous africains.


Dr Séraphin PRAO

Enseignant-chercheur à la faculté des sciences économiques et de développement à l'Université de Bouaké (Côte d'Ivoire)

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

Tél : (225) 01 11 87 60


[1] Le décret est signé par trois français : Charles de Gaule, président du gouvernement provisoire ; René Pleven, ministre des finances ; Jacques Soustelle, ministre des colonies.

mercredi, 30 juin 2010

LE PROBLEME DES AFRICAINS, C'EST L'ELITE CORROMPUE AU POUVOIR

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Pour mieux comprendre de quoi il s'agit dans ce document, il nous faut avoir le cœur net sur ce que signifie « le problème des africains » et l' « élite corrompue ».

Un problème est une question à résoudre, d'après un ensemble de données, dans une science. Le problème peut également signifier une difficulté, une situation compliquée. C'est donc cette dernière définition qui colle à notre sujet : la situation difficile  dans laquelle se trouve le continent africain. Quelle est donc cette situation ?  Pour être précis, il s'agit de la difficulté qu'ont les africains de transformer l'énormité de leurs ressources naturelles en bien-être social. En Afrique, le sous-sol est extrêmement riche pourtant les populations sont très pauvres : c'est ce que nous nommons le «  problème des africains ».

Reste encore un terme à élucider : l'élite corrompue.  Une élite est un ensemble formé par les meilleurs éléments d'une communauté. Les meilleurs en quoi ?  Là réside la véritable question. Il faut donc un détour pour y voir clair.

Élite est un substantif de genre féminin, dérivé de l'ancien français eslite (du latin eligere qui donnera élu). Étymologiquement, le terme se rattache donc à l'idée d'élection,  non au sens du suffrage mais à celui de l'approbation par autrui de la place détenue par quelqu'un dans la société. À l'origine, le statut d'élite n'est pas accordé par la détention du pouvoir,  mais par l'autorité morale, c'est d'ailleurs pourquoi le terme est employé au singulier. Aujourd'hui il est plus courant d'évoquer les élites. Le pluriel donne une connotation négative : ce n'est plus la qualité de l'être qui est concernée, mais la domination d'une catégorie sociale sur les autres. L'élite peut vouloir signifier dans ce cas, les membres des catégories jouissant d'une position particulièrement élevée.

Dans les pays en développement, ces catégories de privilégiés sont constituées d'hommes politiques, ceux qui gravitent autour du pouvoir, de brillants intellectuels etc.

Nous abordons ici trois points : le problème des africains, la responsabilité des élites, et le cas pratique de la Côte d'Ivoire.

Le problème de l'Afrique : un continent potentiellement riche mais dont les populations végètent

Le continent africain est riche au regard de son potentiel. L'Afrique détient 30% des réserves minérales de la planète. 80 % des ressources de la planète en coltan, qui sert à la fabrication des portables, 90% du platine, 50% du diamant, 40% de l'or. C'est la raison pour laquelle, certains observateurs traitent à propos de notre continent de « scandale géologique ». Entre 1990 et 2004, la production du continent africain a augmenté de 40%, passant de 7 à 10 millions de barils/jours et elle doit atteindre cette année 50%. Le continent assure 11% de la production pétrolière mondiale. Avec la Guinée, qui représente 30% des réserves mondiales de bauxite, tout juste derrière l'Australie, le continent ne manque pas d'aluminium. Après l'Amazonie, la forêt africaine est la seconde plus grande forêt tropicale du monde. Précisément, 20% de la surface de forêt tropicale encore intacts se situent dans le "Bassin du Congo" (au sud-est du Cameroun). Une biodiversité unique au monde. Plus de 200 espèces ligneuses poussent sur 1000 mètres carrés, soit une fois et demi plus d'espèces que sur l'ensemble du territoire français.  Ces chiffres parlent d'eux-mêmes, et traduisent la richesse du continent africain. Quel est au monde le continent qui n'aimerait pas avoir de telles ressources pour son développement ?

Pourtant, le continent africain peine à donner le bien-être à ses populations. Il est courant d'avoir recours à  une batterie d'indicateurs donnés pour illustrer un fait économique mais dans le cas du continent africain, les signes sont évidents.

Il n'est pas difficile de tenter de dresser un bilan politique et économique du continent depuis les indépendances. Les faits sont sacrés et parlants : le développement de l'Afrique est embryonnaire en dépit de ses ressources.

En 1960, l'écart entre les revenus des plus riches et des plus pauvres, pour 20 pour cent de la population mondiale, était de 30 contre 1. En 1999, il est passé à 74 contre 1.

Sur les 50 pays les plus pauvres du monde, classés selon l'indicateur de développement humain (IDH) du PNUD, 33 sont situés en Afrique subsaharienne. Malnutrition, pauvreté, illettrisme, situation sanitaire désastreuse... le continent est la première victime du creusement des inégalités dans le monde.  L'Afrique Subsaharienne semble être le siège choisit par la pauvreté pour régner et s'inventer une religion. 80% de la population pauvre du globe y réside, en exclusion la Chine.

Jusqu'à un certain point, cette situation me parait étrange mais à y regarder sérieusement, on finit par comprendre les causes de notre retard.

La France qui, durant la colonisation, avait abondamment pillé les ressources continue encore aujourd'hui mais de façon diffuse dans des réseaux mafieux, comme la « françafrique », le « cfafrique » etc.  Mais doit-on accuser l'adversaire qui donne des coups de poing si nous ne faisons rien pour nous défendre. L'élite africaine est responsable de tous les malheurs des populations africaines.

L'élite africaine est responsable de la  souffrance des populations africaines

Pour savoir pourquoi l'Afrique Subsaharienne abrite les pauvres du globe, diverses réponses sont données : les séquelles de l'esclavage et de la colonisation, les guerres à répétition, la spécialisation des économies africaines, le refus de se développer, l'incapacité congénitale des africains etc.

Il est vrai et tel est notre sentiment que les africains ne sont pas congénitalement des incapables. Pour autant, il est vain de rendre l'esclavage et la colonisation, responsables de notre retard, signe de notre incapacité à nous projeter dans l'avenir. Qui peut nier les conséquences psychologiques et économiques de la colonisation sur la trajectoire des pays africains. De temps en temps, il faut que les africains tournent le regard vers leurs vrais bourreaux : cette élite corrompue qui retarde le développement du continent.

Si certains auteurs ont pu dire que l'Afrique refuse le développement, c'est parce que les pays africains ont tout pour se développer mais n'y arrivent pas. Les africains ne sont pas des masochistes mais plutôt l'élite africaine est fondamentalement sadique. Elle pille les richesses de l'Afrique avec la complicité des multinationales occidentales.  Elle détourne les fonds publics, fait de la surfacturation. Elle crée également des rebellions dans le but de posséder une partie du pouvoir car en Afrique, être au pouvoir signifie  s'enrichir illicitement.

Le problème de l'Afrique, ce n'est pas le déficit de ressources, mais le manque de sérieux de ceux qui sont censés organiser et transformer les ressources naturelles pour développer le continent. L'élite africaine est corrompue, elle est la véritable cause du retard de l'Afrique, en matière de développement et de lutte contre la pauvreté.

L'organisation non-gouvernementale « Gblobal Financial Integrity », dont le siège est aux Etats-Unis, estime entre 37 et 53 milliards de dollars, l'ensemble des « transferts d'argent » d'origine douteuse, de l'Afrique vers les autres continents, et cela, rien que pour l'année 2008. Toujours, selon cette ONG, depuis 1970, ces sommes sont trois fois plus importantes que l'ensemble des dons et aides que le continent a reçu des pays développés dans la même période. Pour cette ONG, ces milliers de milliards de dollars, proviennent des détournements de fonds, de la fraude fiscale ou encore du blanchiment d'argent.

Tous les spécialistes sont unanimes pour dire que la croissance doit être forte pour réduire la pauvreté en Afrique, mais la relation entre la croissance et la réduction de la pauvreté n'est pas automatique. Il faut redistribuer équitablement les dividendes de la croissance pour combattre efficacement la pauvreté. D'ailleurs, la corruption, le népotisme, les détournements de fonds, les fraudes fiscales amenuisent les chances d'une croissance forte.

L'Afrique Subsaharienne croule sous le poids de la dette extérieure, dont les intérêts exorbitants obligent les Etats à emprunter davantage pour faire face à leurs obligations à des Taux très élevés entre 25 et 30 %, alors que ces mêmes Banques financières pour les mêmes raisons n'exigent que 3 à 7% aux investisseurs dans les pays riches. C'est la mauvaise gouvernance et la corruption qui conduisent les Etats à s'endetter indéfiniment. Une fois que ces gouvernants endettent leurs pays, ils espèrent faire partie de la honteuse liste des pays pauvres très endettés.

Si on s'accorde à reconnaitre conformément au  jargon marxiste,  que « chaque relation avec le capitalisme constitue en soi un lien néo-colonialiste », il est clair que l'élite africaine corrompue est néo-colonialiste. C'est l'égoïsme de l'élite ivoirienne qui met à mal le développement de ce pays.

Un cas d'école : celui de la Côte d'Ivoire

Depuis la mort du premier président Félix Houphouët Boigny, la Côte d'Ivoire n'a pas encore tourné la page du « bélier de Yamoussoukro ». La guerre de succession  a fini par plonger cette vitrine de l'Afrique de l'ouest, dans une crise dont seul Dieu sait la fin.  Pour leur gloire personnelle, la classe politique a tourné le dos aux préoccupations des populations, optant pour  le partage du pouvoir et des richesses du pays puisque les deux vont de paire sous les tropiques.  Du coup, le secteur privé et le secteur public sont dans une sorte de collusion.

En tout cas, sous le règne de Félix Houphouët Boigny, le secteur privé et les affaires ont été encouragés dans la seule ombre et sous la férule de l'Etat et de ses dirigeants, dans le cadre d'un clientélisme politique et sur la base d'une allocation néopatrimoniale des ressources publiques.

Avec le changement de régime, rien de substantiel n'a changé : la Refondation a fait l'objet d'une curiosité intellectuelle mais rien de plus. La crise militaro-politique qui dure depuis septembre 2002 a accentué le goût de l'enrichissement illicite mais surtout révélé une certaine animosité de l'élite ivoirienne (affaire des déchets toxiques) et confirmé l'appétit démesuré de cette élite (détournement des 100 milliards de franc CFA). Cette logique de partage du pouvoir et de richesses reste la règle de distribution de richesses en Côte d'Ivoire. Les élections qui devraient ouvrir la voie pour un processus de pacification du pays tardent.  Quand donc aura lieu l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire ? En tout cas, personne n'est en mesure aujourd'hui de donner la date exacte de ce scrutin qui aurait dû se tenir depuis 2005, à la fin du mandat de Laurent Gbagbo, l'actuel président. Ce qui est certain, c'est que les populations souffrent pendant que la classe politique se partage quelques postes ministériels, les deux ex-belligérants, eux les richesses du pays.

Les ex-rebelles sont devenus riches, très riches même. Les  dix commandants de zone se sont enrichis en tirant profit de l'exploitation et du trafic des ressources naturelles (cacao, coton, bois, noix de cajou, or et diamants), et en  percevant  des taxes sur le trafic routier et sur les services publics comme l'électricité. Le tableau suivant indique bien le pillage systématique des ressources du pays.

Zone

lieu

Commandant de zone

alias

Unité militaire

activité

1

Bouna

Morou Ouattara

Atchengué

Atchengué

agrobusiness

2

Katiola

Hervé Pelikan Touré

Vetcho

Bataillon mystique

Coton, distribution

3

Bouaké

Cherif Ousmane

Guépard

Les guépards

Négoce (matières premières)

4

Mankono

Zoumana Ouattara

Zoua

diverses

Agriculture, distribution

5

Séguéla

Issiaka Ouattara

Wattao

Anaconda

Café, diamant, cacao, vente de voitures,

6

Man

Losseni Fofana

Loss

Cobra

Bois, café, cacao

7

Touba

Dramane Traoré

Dramane Touba

diverses

Café, distribution

8

Odienné

Ousmane Coulibaly

Ben Laden

diverses

agriculture

9

Boundiali

Gaoussou Koné

Jah Gao

diverses

Coton, or

10

Korhogo

Kouakou Fofié

Fofié

Fansara 110

Or, coton, anacarde

Source : Rapport final du groupe d'experts de l'ONU sur la Côte d'Ivoire, Octobre 2009 et Jeune Afrique

 

Ils ont également investi dans l'immobilier et se sont approprié ou ont donné en gérance à des proches de nombreux hôtels, boîtes de nuit, commerces, stations-service... Selon le ministère de l'Économie et des Finances, ce business pourrait leur rapporter quelque 60 milliards de F CFA par an (environ 90 millions d'euros).

Du côté gouvernemental, la corruption est devenue une religion. Elle gangrène toutes les structures de l'Etat.  Même la société SAGEM Security chargé de mettre à jour la liste électorale datant de l'élection présidentielle de 2000, enregistrer les nouveaux électeurs, confectionner de nouvelles cartes d'électeur et de nouvelles cartes d'identité, à partir de la liste révisée, est accusée de corruption.  En effet, le premier ministre SORO Guillaume est suspecté, de recevoir de la société SAGEM Security, la bagatelle de dix milliards de nos francs en termes de commission. Rappelons que le contrat de l'entreprise française Sagem-Sécurité, signé le 19 mars 2008 s'élève à 66,7 milliards de Fcfa (101 millions d'euros).

Le 2 Juin 2010, le professeur Mamadou Koulibaly, accusait le ministre Désiré Tagro d'avoir favorisé sa "tribu" pour l'entrée à l'école de police et marchandé les places au concours. Suite à cette dénonciation, le chef de l'Etat a demandé une enquête administrative relativement aux accusations de népotisme portées sur le ministre de l'Intérieur par le président de l'Assemblée nationale.

Selon le quotidien « Notre voie » du 29 Juin 2010, l'équipe du procureur de la République était la veille à l'Ecole nationale de police pour entendre les responsables de cet établissement et procéder au décompte des élèves-policiers. Selon les informations de ce quotidien, les élèves concernés par l'enquête sont au nombre de 1717. Et les enquêteurs ont découvert que, sur ce chiffre, 66 sont issus des sous-préfectures de Nahio et Saïoua (département d'Issia) village et tribu du ministre Tagro pour le compte des recrutements des années 2007, 2008 et 2009.

Les ivoiriens attendent que cette affaire aboutisse afin que la Côte d'Ivoire dont rêve Mamadou Koulibaly, c'est-à-dire, une Côte d'Ivoire où règne l'égalité des chances, puisse accompagner le bien-être des populations. Il faut donc que la société civile soutienne et apporte toutes sortes d'informations capables d'aider à la manifestation de la vérité. Tous les ivoiriens sont appelés à apporter des preuves au procureur de la république pour l'aider dans  cette tâche historique que lui a confié le président Laurent Gbagbo. Il s'agit de construire ensemble un Etat de droit, une nation.

"Chaque génération a le choix entre trahir ou accomplir sa mission"
Celui qui lutte peut tout gagner ! Celui qui ne lutte pas a déjà tout perdu !

 

Dr Séraphin PRAO

Enseignant-chercheur à la faculté des sciences économiques et de développement à l'Université de Bouaké (Côte d'Ivoire).

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

Tel : (225) 01 11 87 60

LE PRESIDENT DU MLAN APPORTE SON SOUTIEN A L'OPERATION MAINS PROPRES

MAMADOU KOULIBALY.gif

La loi du plus fort ne régit pas les rapports humains. Pour ne plus y être soumis, les hommes élaborent des lois juridiques et morales non naturelles, mais issues de la raison. En effet, c'est d'abord la raison qui fait savoir à l'homme que les rapports de force ne l'avantagent pas et nuisent à sa sécurité et à sa liberté, et qui le pousse à créer des lois. Le droit est, comme le souligne Kant, un redresseur de faits, un tuteur qui vise à corriger « l'insociable sociabilité de l'homme ». Et c'est bien ici que les récentes décisions du chef de l'Etat Laurent Gbagbo trouvent toute sa force et son sens. Le président de la république a commencé véritablement par prendre ses responsabilités vis-à-vis du peuple en limogeant ceux qui pensent être au-dessus des lois dans ce pays. Il a raison car la construction d'une nation impose cela : la recherche du bonheur pour chacun doit être garantie par l'Etat, dont la figure visuelle est le président.

En reconnaissant, à la suite d'Aristote, que l'homme est « par nature un animal politique », c'est-à-dire que l'homme est par essence un être qui vit dans une société politiquement organisé, l'Etat est bien ce grâce à quoi l'homme peut trouver le bonheur. Ce dernier, suppose alors la mise en place de lois qui assureront que chacun, en participant à la vie de la cité, réalise en même temps son humanité et accède au bonheur.

Le président Laurent Gbagbo, l'ayant certainement compris, a pris position et des têtes sont tombées. A l'ENA, le toilettage a concerné  notamment le Directeur général, le Secrétaire général, le Directeur de l'école de gestion économique et financière, le Directeur de la formation continue. A l'école de police, le directeur général  de la police nationale et la sous-directrice de l'école de police, sont cités dans « l'opération mains propres ».

Le président Gbagbo  a également demandé que la lumière soit faite sur le « cas Tagro », qui alimente les colonnes des journaux  ces derniers temps. Laurent Gbagbo donne ainsi des coups de  serpillière dans l'administration publique. C'est d'ailleurs ce que nous demandions depuis belle lurette à ceux qui voulaient refonder la société ivoirienne et les relations confuses avec les pays impérialistes. Si de telles actions continuent alors la paix sociale, préalable à tout développement, pourrait se consolider durablement car parfois l'injustice  est source de désordre.

La Côte d'Ivoire ne doit pas être le terreau de l'injustice sociale et le nid de la corruption. Les ivoiriens sont tous égaux devant les lois du pays, ils doivent avoir les mêmes chances pour jouir des fruits du travail collectif.

Il faudra sans doute éduquer l'élite africaine à voir l'accession à des hautes responsabilités comme un immense honneur mais surtout un redoutable devoir de consolider la cohésion nationale. « L'homme ne peut devenir homme que par l'éducation. Il n'est que  ce qu'elle fait. » Par cette phrase, Kant, signifie qu'éduquer, ce n'est pas supprimer le naturel, mais éveiller les dispositions naturelles de l'homme, l'humaniser.

Nous devons faire vite, très vite même afin d'éviter que la corruption devienne une religion en Côte d'Ivoire, car elle retarde le développement des pays africains. Il faut se mobiliser pour faire échec à la fraude ainsi qu'à la corruption, toutes choses qui dénaturent les rapports entre les individus et l'Etat et entre les nationaux d'un même Etat, qui n'ont plus les mêmes droits devant l'administration de cet Etat.  La justice sociale est nécessaire à la recherche du dialogue. Or on sait que par le dialogue, les hommes doivent se rendre capables d'un accord qui manifestera la paix au sens positif du terme : non pas seulement l'absence de conflit, mais la concorde véritable.

Dieu bénisse l'Afrique et ses enfants !


Dr Séraphin PRAO

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

(225) 01 11 87 60

15:27 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : côte d'ivoire, séraphin yao prao, mamadou koulibaly, opération mains propres | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 31 mai 2010

FRANC CFA: LE GOLIATH QUI DEFIE NOTRE DEVELOPPEMENT

 

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« On ne détruit pas un système en abattant seulement les murs » : disait le professeur Pierre KIPRE lors de la cérémonie d’ouverture du cinquantenaire de la Côte d’Ivoire. Cette déclaration est belle car elle met à nue l’échec des africains dans le combat pour le développement. Longtemps, on a cru qu’il fallait dire « NON » aux impérialistes pour se vanter d’être indépendant. Bien sûr que non, cela ne suffit pas : il faut briser toutes les chaînes qui fondent cette domination.

Dans le cas des pays africains de la zone franc(PAZF), une des batailles qu’il faut impérativement gagner pour sortir victorieux de la guerre contre le sous-développement, c’est celle du franc CFA.

En effet, s’il est un sujet dont tout le monde veut se saisir actuellement, c’est celui du franc CFA. Le sujet est apparu d’autant plus brûlant que le chef de l’Etat sénégalais, maître Abdoulaye WADE n’a pas hésité à tirer à boulets rouges sur cette monnaie qui retarde notre développement.

Depuis la création de cette monnaie, une certaine élite, la plus courageuse et digne, n’a eu de cesse de tenter de débouter cette soumission monétaire, qui aliène structurellement nos économies. Et c’est dans cette optique que s’inscrit notre présent article. Il ambitionne encore une fois, de lever les équivoques, d’infirmer certaines affirmations simplistes, d’éclairer les populations de la zone franc, sur l’épineuse question du franc CFA.

Une telle œuvre mérite, pour une bonne compréhension, une démarche méthodique et claire.

Dans un premier temps, nous montrerons que le franc CFA est une camisole de force que les pays africains acceptent de la France. Les africains continuent d’accepter cette monnaie parce qu’on leur a fait savoir qu’ils étaient incapables d’avoir une « bonne monnaie » sans la garantie de la France. C’est pourquoi dans un deuxième temps, nous nous attarderons sur ce qui détermine la valeur d’une monnaie.

Une fois qu’on aura démontré que la valeur du franc CFA ne dépend pas de la France, il faudra également dire à ceux qui rêvent d’une indépendance politique que celle-ci reste impossible si les chaînes monétaires ne sont pas rompues. Ce sera donc l’objet de notre discussion dans un troisième temps.

Faisant immédiatement suite à cette démonstration, nous aborderons dans un quatrième temps,  la sempiternelle question de structure des économies africaines. Là encore, nous verrons comment le franc CFA pérennise l’économie de traite au détriment d’une économie de production.

Au bout de cet article, un choix s’impose : abandonner le franc CFA. C’est de cela qu’il s’agira dans un cinquième temps.

LE FRANC CFA EST UNE CAMISOLE DE FORCE POUR LES AFRICAINS

C’est pour contrôler nos économies que la France magouille pour que la monnaie esclavagiste, le franc CFA, demeure la monnaie des pays de la zone franc. Cette monnaie qui, dans sa gestion, dépouille les africains de tous les leviers qui permettent un développement autocentré. On oblige les africains à compromettre leur développement par le respect scrupuleux de certaines règles orthodoxes. Et pourtant, les pays réunis au sommet du G20 de Londres du 2 avril 2009 ont décidé de mettre entre parenthèses les règles orthodoxes de l’équilibre budgétaire, afin d’atténuer les effets de la crise financière, économique et sociale.  La baisse de l’activité, les difficultés des entreprises et des ménages ont fait fondre les recettes fiscales sans oublier les coûts des plans de relance qui ont creusé un trou de 5000 milliards d’euros dans les budgets 2009 et 2010 des vingt principaux pays de la planète. Ces pays ne se sont pas encombrés de règles inutiles alors que leurs économies tanguaient.

Puisque la France fait partie intégrante de la zone franc, en termes d’optimalité de la zone, il faut que les profils d’inflation soient similaires. En clair, les niveaux de vie doivent être très proches or la France et les pays de la zone franc n’ont pas les mêmes besoins ni les mêmes moyens de le résoudre. La gestion du franc CFA impose aux pays africains une orthodoxie monétaire qui les oblige à ne pas tolérer un taux d’inflation supérieur à 3%. Il y a une certaine contradiction entre les besoins des pays africains de la zone franc et ceux de l’économie française, ou à tout le moins une absence de convergence (des européens, si l’on considère l’euro).

Au Botswana, par exemple, la fourchette est de 3% à 6%, ce qui leur laisse une marge dans la lutte contre la pauvreté. D’ailleurs, Il nous semble que, pour leur développement, les pays africains doivent tolérer un taux d’inflation qui avoisine les 10%. Pendant les trente années de prospérité économique qui ont succédé à la seconde guerre mondiale, que  l'économiste Jean Fourastié (1907-1990, auteur de : Les Trente Glorieuses ou la Révolution invisible, 1979), a appelé les trente glorieuses, les taux d’inflation étaient élevés et avoisinaient les 10%. Ce n’est pas en contraignant son économie que sa monnaie prend de la valeur.

LA VALEUR DU FRANC CFA NE DEPEND PAS DE LA FRANCE

Il est communément admis dans l’esprit des populations africaines que le noir est congénitalement incapable de créer et de gérer sa propre monnaie. S’il arrive à le faire, cette monnaie n’aura aucune valeur, c’est la raison pour laquelle, il faut que son colonisateur d’hier garantisse sa monnaie pour qu’elle soit acceptée. Il est donc utile, dans un souci de clarification d’apporter des éclaircissements sur la valeur d’une monnaie.

Dans une première approximation, pour faire simple, nous dirons que la valeur d’une monnaie se détermine à partir de sa fonction d’échange, par sa capacité à s’échanger contre tous les biens et services disponibles au sein d’une économie. La valeur d’une unité monétaire provient donc de son pouvoir d’achat au regard du panier de consommation moyen parmi la population, soit l’inverse des prix à la consommation.

Cette définition purement technique n’est pas révolutionnaire car occulte la dimension sociale de la monnaie. Il y a une autre dimension de la monnaie, la confiance dans son acceptation unanime, à la fois dans le présent et dans le futur. Une belle illustration est donnée par P. Samuelson lorsqu’il écrit : « si, pour une raison quelconque, une substance donnée (bétail, alcool, coquillage) commence à être utilisée en tant que monnaie, le public, y compris les végétariens ou les abstinents ou ceux qui mettent en doute son utilité intrinsèque, commence à lui attribuer une valeur. Aussi longtemps que des biens peuvent être achetés ou vendus contre cette substance, le public consentira à s’en servir pour ses achats et ses ventes. Que ce soit paradoxal ou non, la monnaie est acceptée parce qu’elle est acceptée » (P. Samuelson, L’Economique, édition de 1982, tome 1, p. 384).

Pour qu’une économie monétaire de production fonctionne parfaitement, il faut un pari global sur l’avenir concernant l’acceptabilité infinie de la monnaie  de génération en génération. En effet, la monnaie possède un pouvoir libératoire universel à la fois au sein d’une population à un moment donnée, mais aussi au sein de générations différentes sur plusieurs périodes  successives. Pour autant, cette unanimité est spéciale car elle porte sur la validité qualitative et non sur une valeur quantitative de la monnaie car le pouvoir d’achat d’une unité monétaire ne peut pas demeurer constant dans le temps. Cette confiance dont nous parlons met en scène trois logiques étroitement articulées : la confiance hiérarchique, la confiance méthodologique et la confiance éthique. (Aglietta et Orléan, La monnaie souveraine, 1998, p.24).

Entendons par confiance hiérarchique, celle qui repose sur un rapport accepté de subordination qui permet de surmonter les aléas du quotidien. Pour ce faire, une instance supérieure (le seigneur, l’Etat, la banque centrale) va énoncer les règles d’usage de la monnaie, garantir les moyens de paiement, protéger les créanciers et également représenter une voie de recours en cas de non-respect des règles monétaires.

En ce qui concerne la confiance méthodologique, elle opère sur la sécurité des relations de paiements au quotidien, tant entre agents économiques de « base » (entreprises, ménages) qu’entre agents financiers. Par exemple, lors d’une transaction entre agents économiques, le vendeur recourt le plus souvent à une procédure permettant de conjecturer la sécurité du paiement proposé. En fait il n’acceptera une pièce qu’après l’avoir mordue et pesée, un billet, qu’après l’avoir passé au détecteur de faux, un cheque qu’après avoir demandé auprès de la banque si le compte est approvisionné.

Enfin, la confiance éthique renvoie au lien qui existe entre la permanence des valeurs sociales et la confiance en la monnaie. Dans les faits, le point de vue éthique varie selon les sociétés : respect des traditions ancestrales, respect de la loi de Dieu, respect des castes ou des ordres ou, dans la majorité des sociétés occidentales actuelles, respect des droits de la personne humaine.

Dans tout ce qui vient d’être dit et démontré, il apparait qu’un pays tiers ne peut garantir la monnaie d’un autre. Cette supposée garantie accordée par la France au franc CFA qui fait croire aux africains qu’ils sont incapables d’avoir leur propre monnaie n’est qu’illusoire et factice.

La peur des africains est basée en fait sur rien du tout car la valeur d’une monnaie ne dépend pas d’une quelconque garantie qu’un pays tiers doit fournir si tant est que cela soit possible. La valeur d’une monnaie dépend du dynamisme de l’économie. Si les pays de la sous-région comptent économiquement dans l’économie mondiale, leur monnaie sera demandée et contribuera ainsi à sa hausse. Ce qu’il faut c’est la chaîne de création de valeur à l’échelle régionale, pour soutenir notre monnaie, pas le soutien de la France.

La monnaie revêt d’autres dimensions plus importantes : Elle repose sur le principe de souveraineté.

LA MONNAIE ET LA POLITIQUE SONT LIEES

Il serait bien réducteur comme l’a fait Aristote, de vouloir limiter le pouvoir de la monnaie aux seules fonctions d’unité de compte, de moyen de transaction et de réserve de valeur. La monnaie va au-delà, même très loin.  La monnaie est un puissant instrument et son fonctionnement peut être un outil de domination. On sait aujourd’hui par exemple, que la société romaine, face aux nations « barbares », dangereuses pour sa souveraineté exaltait son unité et sa cohésion. Et le pouvoir et les symboles qui lui sont attachés donnent à la communauté civique romaine, les moyens d’exprimer, sur la monnaie en particulier, mais aussi sur tous les autres supports du discours figuratif, sa puissance, sa personnalité. Les contenus des messages monétaires, frappés à des milliers d'exemplaires, s'imposent  peu à peu à l'esprit des populations parmi lesquelles ces monnaies circulent. Le  discours monétaire laisse transparaître comment la conquête de I’ Orient détermine l'universalité de l'Empire romain et fonde la supériorité de Rome.

Aujourd’hui encore, ces dimensions religieuses, politiques et anthropologiques de la monnaie ne sont pas usées. On sait encore que l’évolution du billet vert, c’est-à-dire le dollar en 2009, a ramené le thème de la trop grande dépendance du monde à la devise américaine sur le devant de la scène. Les chinois ont donc lancé l’idée de faire émerger une « monnaie de réserve supra-souveraine » qui  serait « déconnectée  des nations individuelles » et de leurs enjeux intérieurs, suggérant que les droits de tirage spéciaux (DTS), l’unité de compte du Fonds monétaire international (FMI), pouvaient jouer ce rôle. Les chinois ont été rejoints par Dmitri Madvedev, le président russe, qui a tenté de mener une fronde antidollar avec ses homologues brésilien, indien et chinois. De leur coté, les américains critiquent la sous-évaluation de la monnaie chinoise, le yuan, face au dollar et à l’euro, ce qui développe leurs exportations.

Pendant que les monnaies dessinent les structures de l’économie mondiale, le franc CFA déstructure les économies des PAZF.

LE FRANC CFA ET LA PERENNISATION DE L’ECONOMIE COMMERCIALE

Le franc CFA devrait, selon certains économistes, en tout cas, grâce à la garantie accordée par le Trésor français, donner aux pays de la zone franc une position  privilégiée en matière d’investissement international. De la sorte, cela pallierait la faiblesse de leurs ressources financières internes. La convertibilité externe du franc CFA était supposée favoriser la mobilité des capitaux au profit de la zone franc. Les populations africaines sont bien placées pour reconnaitre que la zone franc n’a pas connu ce boom des investissements étrangers. En lieu et place, c’est bien la pérennisation de l’économie de traite qu’on observe sans oublier la fuite massive des capitaux. L’activité économique repose essentiellement sur des productions de produits primaires agricoles, forestiers ou miniers. Les structures de production sont insuffisamment diversifiées et, en tout état de cause, manquent d’élasticité : elles ne peuvent pas bien répondre à une croissance rapide de la demande provoquée par le développement du crédit.  Tandis que les autres pays : Brésil, Russie, Inde et Chine, tentent de construire un système économique de production, les pays de la zone franc consolide le système économique commercial, que favorise le franc CFA. Dans le creuset de la crise, on a vu que  certains pays s’en tiraient mieux que d’autres. Les puissances émergentes : Chine, Brésil, Inde, pour ne citer que les plus importants se sont tirées d’affaire. Ces pays sont maintenant dotés de classes moyennes dont la consommation a servi de relais à des exportations minées par la crise en occident. La chine, en dépit de sa monnaie sous-évaluée a engagé un plan de relance de 4000 milliards de yuans (400 milliards d’euros) sur deux années, ce que les pays de la zone franc sont incapables de réaliser. Les pays d’Afrique subsaharienne sont très  vulnérables et fragiles avec une dette qui absorbe plus de 40% de leur  revenu national en moyenne. Dans les pays en développement, et c’est le cas des pays africains de la zone franc, ces relations avec l’extérieur sont très importantes, en partie du fait que leur appareil de production n’assure pas la satisfaction de l’ensemble des besoins des économies et notamment en biens d’équipement. Cela a des conséquences directes sur la distribution de crédit et l’évolution des avoirs extérieurs. En effet, une distribution abondante du crédit entraîne une augmentation des exportations, donc une consommation des réserves. En revanche, une baisse ou une augmentation modérée des crédits attenue les tensions exercées sur les avoirs extérieurs. Vu que la monnaie est un instrument d’échange, le développement des activités requiert une immobilisation des moyens monétaires. Pour autant, la distribution du crédit ne profite pas à des investissements à moyen et long terme, mais au développement des activités commerciales (import-export, en général).

Le franc CFA est devenue une monnaie bourgeoise qui profite à une bourgeoisie compradore, c’est-à-dire, ces africains qui acceptent de lier leur sort au capitalisme mondial en profitant de ce système pour s’enrichir illicitement. Si le franc CFA pouvait permettre le développement, comment comprendre qu’un pays comme la Côte d’ivoire, soit classé 163e sur 182, selon l’indice de développement humain en 2009 alors que le Maroc qui frappe sa monnaie, se classe au 9e rang des économies arabes et en 61e position sur le plan mondial ? La monnaie CFA est créatrice d’inégalité très fortes : en Côte d’ivoire, les 10% des ivoiriens les plus riches détiennent 32,8% du revenu total contre 30,4% pour les 60% les plus pauvres.

La question se pose pour les africains de savoir si le franc CFA « joue » contre son développement. Mais la réponse ne fait pas de doute : le franc CFA déforme et tue les économies des PAZF au profit des européens.

IL FAUT EN FINIR AVEC LE FRANC CFA

On entend souvent dire que ceux qui luttent pour la décolonisation du franc CFA oublient que les questions monétaires se résument à un problème de bonne gouvernance monétaire. Certains experts, comme on les appelle en Afrique, parfois travaillant à BAD ou à la Banque mondiale, voir même au FMI, pensent que le franc CFA ne dérange pas le processus de développement des pays de la zone franc. Le comble c’est que nos gouvernants écoutent ce genre d’hérésie liée un manque d’effort de réflexion. Ces partisans du moindre effort ont une vision exclusivement économique de la monnaie. Or si les apports d’autres  sciences  sociales, telles que l’anthropologie, la psychologie, la sociologie et l’histoire sont d’un intérêt  certain pour la Science économique en général, cela est sans doute plus vrai pour l’analyse monétaire.

L’indépendance n’est plus une question de statut mais une question de maitrise de sa pensée dont l’un des fruits est la monnaie. Les occidentaux nous ont volé les feuilles, les branches et mêmes les tiges de l’arbre, il est temps que les africains se battent pour garder les racines, c’est-à-dire, conquérir la souveraineté monétaire.

La  décolonisation du franc CFA signifie simplement que les pays qui constituent aujourd’hui la zone franc, resteront dans leurs unions monétaires respectives, par souci de solidarité mais briseront le lien vertical entre elles et la France, dans la gestion de leur monnaie. Il s’agit tout simplement de ne plus déposer une partie de leurs réserves de change auprès du Trésor Français. Ce n’est pas le fait de centraliser les réserves de change qui gène, mais son dépôt dans un compte courant dénommé : compte d’opérations. La centralisation des devises permet par exemple, d’éviter le relèvement des taux d’intérêt dans le pays frappé par un choc exogène.

Jusqu’en 1973, il fallait verser toutes nos réserves sur ce compte afin que la France les utilise à nouveau pour faire des prêts à ces mêmes pays qui ont créé cette richesse. Après la convention monétaire de 1973, qui voulait assouplir  cette contrainte, les pays de la zone franc étaient tenus de verser désormais au moins 65% de leurs réserves de change auprès du Trésor Français. Depuis le 26 septembre 2005, pressé par une vigoureuse et digne élite africaine, ce taux est passé de 65% à 50%, pour ce qui concerne les pays de l’UEMOA.

 

Il est temps que les gouvernants africains ou du moins ceux de la zone franc décident de sortir de la tutelle française dans la gestion de leur monnaie. Il est moralement et intellectuellement inacceptable que cinquante années après leur accession à la souveraineté nationale et internationale, le cri de colère des « anti-CFA » ne soit pas intégré comme si on pourrait en rester au débat entre les pro-CFA et ceux comme nous qui pensons que notre développement ne se fera pas dans le giron français

 

Dieu nous aide dans cette lutte !


Dr Séraphin PRAO

Enseignant-chercheur à l’UFR Sciences économiques et développement de l’université de Bouaké (Côte d’Ivoire)

Président du Mouvement de Libération de l’Afrique Noire (MLAN)

Président de l’Association des Théoriciens Africains de la Monnaie (ATAM)

 

www.mlan.fr

www.atamsouv.e-monsite.com

 

Tél : 0022501118760

vendredi, 07 mai 2010

Dr SERAPHIN YAO PRAO: MA REPONSE AU MINISTRE DOSSO MOUSSA

 

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Dans sa parution du 5 Mai 2010, le journal « L'expression » a publié une interview du ministre  Dosso Moussa. Jusque là, rien d'inquiétant car ce quotidien, comme son nom l'indique, autorise la libre expression.

Par contre, ce qui est troublant, c'est la déclaration du ministre concernant l'encasernement des soldats FN et l'unicité des caisses de l'Etat. Sans gène, le ministre affirme gratuitement que « l'Etat a failli à ses engagements ».

Face à une telle déclaration, nous nous devons de réagir, pour au moins deux raisons.

Premièrement, nous sommes leader d'opinion, président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN), porte-parole du peuple.

Deuxièmement, en ma qualité d'économiste, une rectification mérite d'être faite sur ce que je considère comme une semi- réflexion.

En effet, depuis le début de la crise ivoirienne, les nombreux accords avant celui de Ouagadougou, n'ont pas certes été nuls mais il est possible de dire sans se tromper que l'accord politique de Ouagadougou (APO) a donné de l'espoir aux ivoiriens. Il avait le mérite d'être conçu par les ivoiriens eux-mêmes, ce qui n'est pas sans conséquence sur le financement du processus. La communauté internationale pouvait venir en aide aux ivoiriens mais l'essentiel devait être fait par les ivoiriens. C'est donc pour résoudre ce problème de financement que dans le quatrième accord complémentaire à l'accord politique de Ouagadougou, on peut noter en son article 10 « Conscientes que le financement du processus de sortie de crise est de la responsabilité principale des Ivoiriens eux-mêmes, les deux parties ont décidé de la mise en œuvre immédiate du redéploiement de l'administration fiscale et douanière dans la zone Cno sur la base de l'unicité des caisses, afin de permettre à l'Etat de disposer de recettes fiscales actuellement perdues et dont le recouvrement pourrait permettre le financement de certaines opérations du processus de paix. L'unicité des caisses devra être effective au plus tard le 15 janvier 2009 ».

L'article 10 est très clair : il faut unir les caisses de l'Etat afin de pouvoir financer le processus électoral. Autrement dit, les chefs rebelles devaient arrêter de percevoir les impôts dans les zones CNO, au profit de l'Etat central. Ce qui n'est pas effectif aujourd'hui.

Si les choses se passaient correctement, alors l'article 11 devrait s'appliquer car « : Le Gouvernement mettra à disposition les ressources financières nécessaires à la réalisation des opérations prévues par le troisième accord complémentaire ».

Le ministre DOSSO reconnait qu'à Bouaké, un protocole d'accord a été signé entre les collectivités locales et le général Bakayoko, lequel protocole stipule que 30% des recettes collectées par la mairie doivent être reversées au commandant de zone pour l'entretien de ses troupes en attendant que le gouvernement le relaie.

Ici encore, les FN ne respecte pas l'article 10 et 11 car il revient, une fois les caisses unies, à l'Etat de s'occuper du financement du processus et donc de l'entretien de tous ceux qui rentrent dans le cadre du Programme National de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion.

Aujourd'hui les chefs rebelles tirent de juteux bénéfices de l'exploitation et du trafic des ressources naturelles (cacao, coton, bois, noix de cajou, or et diamants), et perçoivent des taxes sur le trafic routier et sur les services publics comme l'électricité. Selon le ministère de l'Économie et des Finances, ce business pourrait leur rapporter quelque 60 milliards de F CFA par an (environ 90 millions d'euros).

Les rebelles font affaire avec de nombreux opportunistes. Les Libanais exploitent illégalement le bois et le diamant, et font du petit commerce, les Indiens exportent l'anacarde et collectent la ferraille, les Chinois ont installé des pharmacies et des officines médicales. Le tableau ci-dessous indique bien l'affairisme des chefs rebelles.

Cette économie de guerre qui fonctionne sur le mode de prédation, se caractérise par le pillage, la création de nouvelles filières contrebandières et de marchés illicites. Et c'est d'ailleurs l'économie de guerre qui permet d'établir le lien étroit entre la dépendance aux ressources naturelles et le haut risque de conflit dans un pays.  Les facteurs économiques, à eux seuls, n'expliquent pas l'émergence des conflits, puisqu'il faut prendre en compte la dimension sociale, mais ils influencent ses caractéristiques et sa durée. Notre ministre DOSSO gagnerait à convaincre les chefs de guerre, d'accepter l'unicité des caisses de l'Etat, afin de nous permettre de mener le combat le plus gratifiant, celui de travailler à l'amélioration des conditions de vie de nos populations et le développement de notre pays.

Monsieur le ministre a peut-être des connaissances en finance mais sur son affirmation selon laquelle « l'Etat a failli à ses engagements », il nous semble qu'il aurait occulté la cause de cette prétendue défaillance de l'Etat, qui selon nous, est due, à l'économie de guerre en zone CNO.

Dieu aide mon pays et mon Afrique à vivre en paix.



Dr Séraphin PRAO

Economiste, spécialiste de la zone franc

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

Président de l'Association des Théoriciens Africains de la Monnaie (ATAM)

www.mlan.fr

Tel : (225) 01 11 87 60

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jeudi, 29 avril 2010

ENTRE LA BCE ET LA BCEAO : LE "COPIER-COLLER" MONETAIRE QUI TUE NOTRE DEVELOPPEMENT

 

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« Le seul moyen dont dispose le gouvernement pour lutter contre l’inflation consiste à dépenser moins et à fabriquer moins de monnaie. Le seul remède est de réduire l’accroissement de la quantité de monnaie. Il n’ya pas d’autres solutions ».  Cette citation est du lauréat du « prix Nobel » d’économie en 1976, Milton FRIEDMAN. Il aura été sans doute le penseur qui a le plus inspiré la révolution néolibérale.  Selon lui,  les priorités économiques étaient la lutte contre l’inflation et celle contre les déficits publics. Combattre la hausse des prix imposait, selon lui, de ramener le rythme de création monétaire à un niveau si bas qu’il rendrait l’argent plus cher (taux d’intérêts), interdisant ainsi à l’Etat de financer trop commodément ses déficits.

A l’occasion de l’entrée en vigueur de la reforme institutionnelle de l’UMOA et de la BCEAO , M. Philippe-Henri Dacoury Tabley, gouverneur de la BCEAO donnait dans une interview, l’objectif de cette reforme en ces termes : « la mise en œuvre de la réforme devrait, en assignant à la BCEAO un objectif prioritaire de stabilité des prix, permettre, de garantir le pouvoir d’achat de notre monnaie et apporter une réponse adéquate au défi du financement des économies ».

La BCEAO prend de la sorte un virage néolibéral, monétariste, qui sera lourd de conséquence pour les économies de la zone. Déjà très absent dans la promotion du secteur privé dans la zone UEMOA, le « tout sauf l’inflation » de cette reforme risque de contrarier la distribution des crédits bancaires par les banques.

Cet article se propose donc de revenir encore une fois sur le rôle de la monnaie au sein d’une économie et le danger de son musèlement. Au terme de cet article, nous espérons que le lecteur aura discerné le mimétisme monétaire de la BCEAO et surtout ses actions anti-développement des pays membres.

Pour ce faire, il serait utile de procéder à une lecture chronologique. Il faudra présenter sommairement l’avènement du monétarisme. Cela nous aidera à bien illustrer le mimétisme monétaire de la BCEAO. Avec de tels acquis, il sera possible d’affirmer que la BCEAO est contre le développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest.

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L’AVENEMENT DU MONETARISME

Essayons ici de lever une incompréhension qui trouve son origine dans l’amalgame des concepts en économie. Le théoricien de la monnaie n’est forcement un monétariste. John Maynard Keynes est bel et bien l’un des brillants théoriciens de la monnaie que je connaisse et pourtant, il n’est pas monétariste. Le monétarisme est un courant de pensée économique initié par les travaux de Milton Friedman, qui fait de la lutte contre l’inflation son objectif principal. Milton Friedman est le père de l'indépendance des banques centrales : l'argent est trop précieux pour être laissé aux mains du gouvernement. Les autorités monétaires raisonnent avec ses concepts, comme le « taux de chômage naturel ».

Il est bien, pour notre compréhension de localiser historiquement l’avènement du monétarisme. Dans la deuxième moitié des années 30, la politique conjoncturelle de relance se substitue à la politique conjoncturelle de stabilisation. Le budget est appelé à stimuler l’activité économique et à corriger les inégalités sociales. L’Etat a comme leviers, les dépenses publiques et l’injection de monnaie dans le circuit économique.

Au sortir de la seconde guerre mondiale et jusqu’au début des années 1970 (les trente glorieuses), la politique budgétaire keynésienne connait un succès. Mais l’apparition de la stagflation (inflation élevée et croissance faible) conduit à la remise en cause de la politique budgétaire de relance. Au cours des années 1970, dans les pays de l’OCDE, l’inflation dépassait les 10%. Début des années 1980, tous les pays ont fait de la lutte contre l’inflation leur priorité. Désormais les pays développés préfèrent mettre en place des politiques de règle plutôt que des politiques conjoncturelles. La lutte contre l’inflation réduit l’incertitude pour les agents économiques et crée un climat de stabilité économique propice à l’investissement. La cible d’inflation est désormais comprise entre 1% et 3%. ! La théorie quantitative de la monnaie revient en majesté. L’histoire économique montre que le rythme de dégradation de la monnaie peut atteindre une très grande diversité, ainsi, on parle d’inflation rampante modérée (3% de hausse par an), d’inflation ouverte (40%), d’inflation galopante (plus de 20%). L’inflation rampante ou de prospérité semble associée à l’expansion économique comme si elle en était une des conditions indispensables. Et les gouvernants comme les économistes craignent constamment de voir la lutte contre l’inflation entraîner l’arrêt de l’expansion.

Pour les partisans de l’orthodoxie monétaire, la stabilité des prix crée un environnement favorable aux échanges car les agents économiques peuvent fonder leurs décisions d'achats et de production sur des repères fiables. Cela les incite à acheter et à produire davantage, donc cela favorise la croissance. Et comme conséquence directe, Cela améliore aussi la compétitivité des produits du pays (politique des revenus, politique budgétaire française) ou de la zone (politique monétaire européenne) par rapport aux concurrents internationaux dont les prix augmentent plus vite. C'est la stratégie dite de "désinflation compétitive": des prix moins élevés permettent d'exporter davantage et limitent les achats de produits étrangers. Cela tend à faire augmenter la production, donc en théorie l'emploi à long terme.

C’est cette orthodoxie monétaire que la BCEAO sublime en tout cas, au regard de son mimétisme monétaire aveugle.

 

LE MIMETISME MONETAIRE DEGRADANT DE LA BCEAO

Pour saisir aisément le mimétisme monétaire dont il est question ici, il serait sans doute utile de définir la politique monétaire. On peut la définir comme l'ensemble des mesures qui sont destinées à  agir sur les conditions du financement de l'économie. Il s’agit en fait, de se demander comment les agents à  besoin de financement, ceux qui dépensent, pour l'investissement, par exemple, trouvent les ressources financières nécessaires. Elle est mise en œuvre par la Banque centrale du pays. Pendant longtemps en France, la Banque de France a été sous l'autorité directe du gouvernement.

Cette définition de la politique monétaire est aujourd’hui délaissée au profit d’une autre beaucoup plus restrictive : la politique monétaire est l'action par laquelle l'autorité monétaire, en général la banque centrale, agit sur l'offre de monnaie dans le but de remplir son objectif de stabilité des prix. Elle tâche également d'atteindre les autres objectifs de la politique économique, qualifié de triangle keynésien : la croissance, le plein emploi, l’équilibre extérieur.

Chaque pays a son histoire monétaire, ce qui influence d’ailleurs sa politique monétaire. Aujourd’hui, il est indiscutable que  le Président de la Banque Centrale Européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a placé l'inflation en tête des préoccupations de l'autorité financière. Cette peur viscérale de l’inflation de la BCE vient du fait que le pays leader de cette communauté, l’Allemagne a une aversion pour l’inflation. En tout cas, la BCE traque l’inflation jusque dans ses derniers retranchements comme le stipule le traité de Maastricht : « l'objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de l'objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans la Communauté , en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de la Communauté » (article 105 du Traité).

La BCE est chargée de mener la politique monétaire de la zone euro en collaboration avec les banques centrales nationales des Etats membres.  Cette institution qui a pour principal objectif de lutter contre l’inflation, c’est-à-dire maintenir la stabilité des prix et donc l’inflation annuelle dans la zone Euro au dessous de 2% sur le moyen terme.

La BCEAO, rebaptisée par nous, sous le nom de « Banque Centrale Européenne en Afrique de l’Ouest », ne pouvait qu’appliquer les directives de la BCE. Le constat est frappant, sans aucun doute humiliant.

Depuis le 1er Avril 2010, selon le gouverneur de la BCEAO , la reforme de cette institution s’explique par les modifications intervenues dans les conditions d’exercice de l’activité des banques centrales dans le monde et les mutations de l’environnement régional et international. Plus précisément, cette réforme vise à adapter l’architecture institutionnelle de la BCEAO et de l’UMOA aux évolutions intervenues dans les missions des banques centrales. Elle a également pour objectif de renforcer l’efficacité de la politique monétaire, créant ainsi les conditions d’un meilleur financement des économies de l’Union. Enfin, elle consolide la stabilité du système bancaire et financier dans notre zone. La BCEAO se trouve ainsi dotée de moyens d’action et d’instruments adéquats pour la conduite d’une politique monétaire crédible et efficace.

 

Mais la vérité est tout autre, c’est la BCE qui demande à la BCEAO de se mettre à son niveau puisque cette reforme clarifie l’objectif de la politique monétaire menée par la Banque centrale. Désormais, tout comme la BCE , la BCEAO poursuit prioritairement un objectif de stabilité des prix au sein de l’Union monétaire ouest africaine.

Selon le gouverneur de la BCEAO , l’objectif est de faire comprendre aux agents économiques, la cohérence des décisions prises, afin de leur permettre de former leurs propres anticipations et prévisions, de la façon la plus rationnelle possible. Et pourtant la théorie monétaire ne dit pas que c’est de cette façon que les agents économiques forment leurs anticipations. La stabilité politique et macroéconomique, l’environnement des affaires, l’indépendance de la justice, le fonctionnement correct du système bancaire sont des facteurs déterminants dans la formation des anticipations.

Pour revenir à notre sujet, la BCEAO poursuit prioritairement un objectif de stabilité des prix au sein de l'Union Monétaire Ouest Africaine au détriment de notre développement économique. Cette banque est contre les africains.

LA BCEAO EST CONTRE LE DEVELOPPEMENT DES PAYS MEMBRES

A la fin de l’automne 2009, une brise d’optimisme a balayé la planète économie après le déluge de la crise financière. Si les indicateurs sont repassés au vert, c’est parce que les banques centrales du monde, qui pilotent les taux d’intérêt à très court terme, ont passé la vitesse supérieure. Tandis que le Reserve Fédérale américaine (FED) et la banque du Japon ont maintenu leur taux directeur respectivement à 0,25% et 0,1%, la Banque d’Angleterre(BoE) a fait passer le sien de 2% à 0,5%, et la BCE , de manière un peu tardive, l’a amené à 1% contre 2,5 en début d’année 2009.

Ce qui est certain, c’est que les banques centrales ont surtout utilisé des outils exceptionnels pour soutenir le système financier en l’abreuvant de liquidités. En Europe, l’année 2008 a été celle où s’est concentré l’essentiel du soutien financier des gouvernements aux établissements bancaires. L’Irlande, le Royaume-Uni et l’Allemagne se situent en tête du palmarès, avec des montants respectivement de 355,76 milliards d’euros (subventions, prises de participation, prêts à taux réduits ou garanties publiques), 201,28 milliards d’euros et 180,94 milliards d’euros. Suivent l’Espagne avec 99,13 milliards d’euros, la Belgique avec 46,80 milliards d’euros et la France avec 42,90 milliards d’euros. Les différentes puissances économiques ont injecté dans le circuit économique, cette manne financière pour éviter de répéter les erreurs de 1929 car la déroute des banquiers s’était alors accompagnée d’un « credit crunch », c’est-à-dire, un assèchement et un renchérissement du crédit, pilier des économies modernes.

Une banque centrale ne doit pas œuvrer contre le développement économique surtout lorsqu’il s’agit du sous-continent noir, où la lutte contre la pauvreté doit être le seul objectif de toutes les institutions régionales ou sous-régionales.

La FED par exemple n’agit pas comme la BCE et  sa fille BCEAO car l’institution américaine décide de la politique monétaire des Etats-Unis, avec un double objectif de la stabilité des prix et de plein emploi avec l’obligation de faciliter la croissance économique. A titre d’exemple,  la Fed intervient très régulièrement pour corriger sa politique monétaire, en actionnant des leviers, avec un impact sur les marchés financiers, sur le coût du crédit et sur l’activité économique réelle.

La lutte contre l’inflation ne doit pas être l’objectif principal de la BCEAO , ni avoir une cible d’inflation de 2% comme la BCE car les populations ouest-africaines ne vivent pas les mêmes conditions économiques que les européens.

Partisan d’un taux d’inflation socialement acceptable, nous pensons que  l’inflation peut être tolérée, voire favorisée, pour que l’économie puisse être relancée. D’ailleurs, l’histoire monétaire ne condamne pas formellement l’inflation quand elle reste dans des bornes acceptables. En tout cas pas plus que la déflation. Le souvenir des trente glorieuses est suffisamment présent dans les mémoires pour que l’orthodoxie monétaire ne soit pas considérée comme une fin en soi.

Pour lutter contre l’inflation, les mesures de politique économique les plus fréquentes sont : le maintien de taux d'intérêt élevés (politique monétaire restrictive de la banque centrale), le freinage des salaires dans la fonction publique et, par l'intermédiaire du niveau du SMIC, dans le privé (politique des revenus dite "de rigueur" menée par le gouvernement) et le freinage des dépenses publiques en général (politique budgétaire restrictive).

Cependant toutes ces mesures ont comme point commun de freiner la demande, afin d'éviter les hausses de prix que celle-ci entraîne lorsque son rythme est trop rapide par rapport aux possibilités d'augmentation de l'offre. La hausse des taux d'intérêt diminue l'incitation à emprunter, donc les dépenses de consommation des ménages et l'investissement des entreprises. Le freinage des salaires limite la consommation. Quant à la réduction des dépenses publiques, soit elle diminue la demande adressée aux entreprises lorsqu'il s'agit d'investissements publics, soit elle freine la consommation des salariés du secteur public en pénalisant leur pouvoir d'achat.

Pour terminer cette modeste réflexion, rappelons-nous que Joseph TCHUNDJANG POUEMI, digne fils de l’Afrique, a écrit que la monnaie peut nous asservir comme nous libérer. C’est pourquoi, Nicolas AGBOHOU affirme que le franc CFA et l’Euro sont contre les africains et que votre serviteur demande ardemment la décolonisation du franc CFA.

Dieu bénisse l’Afrique et ses enfants!

Dr Séraphin PRAO

 

Enseignant-chercheur à l’Université de Bouaké (Côte d’Ivoire)

Président de l’Association des Théoriciens Africains de la Monnaie (ATAM)

Président du Mouvement de Libération de l’Afrique Noire (MLAN)

Spécialiste de la zone franc

 

contact@mlan.fr

atamsou@yahoo.fr

www.mlan.fr

 

Contact: (225) 01 11 87 60.

 

22:36 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : afrique, bce, bceao, copier-coller monétaire, séraphin yao prao | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 17 novembre 2009

LE PANAFRICANISME COMME REPLIQUE A LA COLONISATION MODERNE

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« L’avenir sera impitoyable pour ceux qui, jouissant du privilège exceptionnel de pouvoir dire à leurs oppresseurs des paroles de vérité, se sont cantonnés dans une attitude de quiétude, d’indifférence muette et quelquefois de froide complicité » disait notre lucide frère Frantz Fanon. Nous nous proposons de fournir ici, une modeste réflexion sur la colonisation. C’est un sujet qui a été beaucoup discuté. En effet, il existe peu d’événements historiques chargés d’une connotation aussi négative que la colonisation et la dictature nazie. Je ne vais donc pas prétendre donner un texte résumant fidèlement le fait colonial tant il est diffus. Je me bornerai donc à quelques indications qui me paraissent au moins essentiels. Des apprentis sorciers de l’histoire ont distillé au sein de la communauté scientifique des conceptions aussi fantaisistes qu’erronées : le révisionnisme injurieux. C’est ce dont nous parlons dans un premier temps. Dans un deuxième temps, nous essayerons de présenter un condensé du fait colonial. On verra que la colonisation continue encore sous une autre forme. Enfin, dans un troisième temps, nous pourrons, je crois, accepter le panafricanisme comme une réplique à la colonisation moderne.

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17:50 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : séraphin yao prao, panafricanisme, colonisation moderne, révisionnisme injurieux, zone franc | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 14 novembre 2009

L'AFRIQUE NE DOIT PAS AVOIR POUR MAITRE LA CHINE MAIS FAIRE COMME ELLE

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La grandeur d'un homme, c'est rester humble devant la vérité. Aujourd'hui, nul ne peut contester la place qu'occupe l'empire du Milieu dans le microcosme mondial : la Chine est devenue une puissance. Elle l'a démontré lors des cérémonies d'ouverture des jeux olympiques de Pékin, en piochant dans son histoire, sa culture, ses mœurs, pour dévoiler son plus beau visage. La Chine est, elle aussi, revenue aux sources de ce qu'elle a de plus glorieux : Confucius, son histoire impériale, la route de la soie, sa calligraphie ou son Taji, la gymnastique traditionnelle locale.

Papier, imprimerie, boussole, poudre à canon, ces quatre inventions ont été longtemps considérées comme l'emblème du génie chinois. Cela est témoin de l'inventivité chinoise. La boussole, de toutes les grandes inventions chinoises, est sans doute l'une de celles qui a le plus marqué l'histoire de l'humanité. Un progrès, en effet, grâce à la « petite boite » (bossolo, en italien), le voyageur et le cartographe disposent en permanence et par tous les temps d'un point de repère fiable. Et c'est justement cette fiabilité dans le repérage qui conduit les chinois à se tourner vers le continent africain pour étendre leur empire. Rien n'est plus incontestable que la présence croissante de la Chine en Afrique. Les uns disent que la Chine pille le continent africain, les autres en revanche pensent qu'elle est une chance pour un continent dont le processus de développement a un caractère hésitant. Notre présente contribution nous a été inspiré par la citation de Joseph Joubert qui dit que « la raison peut nous avertir de ce qu'il faut éviter, le cœur seul nous dit ce qu'il faut faire ».

La Chine est partout en Afrique

Les chinois sont partout en Afrique, tant en hommes qu'en investissement. A vrai dire, pas un mois ne passe sans l'annonce d'un contrat chinois en Afrique. Pendant l'été 2009, les géants chinois du pétrole CNOOC et Sinopec indiquaient qu'ils étaient prêts à dépenser 1,3 milliard de dollars pour participer au développement d'un champ pétrolier en Angola. Quelques jours avant, c'était le groupe de Telecom ZTE, qui  emportait à Madagascar, le contrat de déploiement du réseau de téléphonie mobile de l'opérateur Madamobil, étendant ainsi sa présence sur le continent africain. Le fond de développement sino-africain pour l'heure est doté de 5 milliards de dollars destinés à accompagner les entreprises chinoises présentes sur le continent. Les principales destinations africaines des investissements chinois sont : la Libye , le Niger, le Nigeria, le Togo, la Guinée , l'Ethiopie, l'Angola, la Zambie , le Zimbabwe, le Botswana, l'Afrique du Sud et l'ile Maurice. Le stock d'investissement chinois est de l'ordre de 6 à 7 milliards de dollars par an, ce qui, à l'échelle du revenu africain, est important. Les Chinois exportent comme partout ailleurs leurs produits manufacturés, et importent des matières premières, du pétrole, du fer, des bois tropicaux (le tiers du bois tropical transformé en Chine vient d'Afrique) des diamants etc...

Selon les statistiques du ministère chinois du Commerce, les échanges entre la Chine et l'Afrique sont passés à 55 milliards de dollars en 2006 avec 2,1 milliards de déficit commercial du côté chinois contre 12 millions de dollars en 1950. L'Afrique est devenue le troisième plus grand partenaire commercial de la Chine. Selon les statistiques officielles chinoises, les investissements directs chinois sur le continent africain sont passés de 491 millions de dollars en 2003 à 7,8 milliards fin 2008. Les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont quant à eux décuplé depuis le début de la décennie: ils ont atteint 106,8 mds USD en 2008, une hausse de 45,1% sur un an. Les chinois sont gourmands à tel point qu'ils sont dans tous les secteurs de l'économie. Notons par exemple la construction du chemin de fer « tanzam » reliant la Tanzanie à la Zambie  - ainsi que les accords de coopération militaire à ses amis idéologiques d'Afrique de l'Est (Ethiopie, Ouganda, Tanzanie, Zambie, etc.) et aux pays non alignés les plus importants comme l'Egypte. Cette coopération militaire est vieille : de 1955 à 1977, la Chine a vendu pour 142 millions de dollars de matériel militaire à l'Afrique.

Deuxième consommateur de brut de la planète, plus de 25 % de ses importations de pétrole proviennent du golfe de Guinée et de l'hinterland soudanais. La soif d'un pays qui sera contraint d'importer 60 % de son énergie d'ici 2020 ne connaît aucune frontière, pas même celles des Etats qui, tel le Tchad, maintiennent leurs relations diplomatiques avec Taïwan.

Bref, tel un géant éléphant, la Chine « ravage » tout sur son passage, de sorte que, jaloux de cette percée, les occidentaux n'ont que leurs yeux pour pleurer. Ces derniers ne pouvant rien faire devant ce ras de marée chinois, agitent le drapeau des droits de l'homme, pour les contrecarrer sur le terrain africain.

La chine et les droits de l'homme

L'irruption des Chinois en Afrique fait beaucoup de bruit, et la presse occidentale, un peu nostalgique de la perte de terrain et de vitesse que l'Europe subit en Afrique, parle de plus en plus d'une Chine déficitaire en droits de l'homme.

En effet, pour ceux qui peinent à concurrencer la grande Chine, et qui n'ont que, pour  paraclet, le déficit de droits de l'homme comme  seul moyen, à vrai dire, ils ne connaissent pas ce pays.  Pour utiliser le langage scientifique, on dira que les chinois sont plus  « empiriques » que « théoriques ». Cette prédominance  des connaissances empiriques trouve son fondement dans des préoccupations philosophiques : les savants de l'empire du Milieu ne croyaient pas, par exemple, à l'existence des lois de la nature. Pour Tian Miao, de l'institut d'histoire des sciences naturelles de Beijing, « les chinois ne faisaient que constater le fonctionnement de la nature et ne cherchaient pas comme les occidentaux des explications causales ou mécanistes du monde ».

On se souvient que, le fameux accord de coopération économique signé entre la Chine et le gouvernement militaire au pouvoir en Guinée, a été très mal reçu par l'Union européenne, les Etats-Unis et la Communauté des pays d'Afrique de l'Ouest.

Annoncé quelques jours après le massacre par l'armée d'au moins 150 personnes dans le stade de Conakry, ce contrat a suscité l'indignation de l'opposition guinéenne et de l'ensemble des organisations de défense des droits de l'homme.

Il ressemble aussi à une provocation. Pékin déclare urbi et orbi que la volonté ou la prétention de l'UE et des Etats-Unis de fonder les relations internationales sur un socle minimal de respect des droits de l'homme sont illusoires et que ceux qui s'en réclament sont des naïfs ou des hypocrites.

Alors que la crise économique sévissait et pendant que les occidentaux gelaient les projets sur le continent, les chinois, eux, ont accéléré leurs investissements.

L'attitude des occidentaux est disons-le courageuse car, c'est un tour de force que de parler de droits de l'homme car, à notre sens, il est impossible de parler de droits de l'homme sans démocratie. Un pays comme la France ne peut pas critiquer la Chine en Afrique : c'est l'hôpital qui se fout de la charité. Que dire du  fils qui succède au père dans des conditions rocambolesques au Togo et au Gabon, avec la bénédiction de la France  ?  Demain, ce sera, sans aucun doute, Karim Wade au Sénégal ou Gamal Moubarack en Egypte. Que dire du bourbier français en Côte d'Ivoire depuis 1999 ? Les africains sont lucides et ce n'est pas non plus les élucubrations d'un pays en voie d'appauvrissement qui vont entamer l'ardeur chinoise en Afrique. Et la Chine n'est pas le seul pays asiatique à « faire la cour » de façon assidue aux pays africains, l'Inde n'est pas moins un sérieux prétendant.

La Chine ratisse large mais l'Inde est au rebond

Avec le développement économique du géant indien, ses besoins énergétiques sont en constante augmentation. Selon Harry Broadman, conseiller économique pour la région africaine à la Banque mondiale et auteur de « China and India go to Africa », dans la revue Foreign Affairs de mars-avril 2008, « les échanges se font principalement avec une poignée de pays africains, pour la plupart producteurs de pétroles ou de minéraux ». Aujourd'hui, 68 % des exportations africaines vers l'Inde proviennent d'Afrique du Sud et concernent des minerais, des pierres précieuses, des métaux et alliages et des produits chimiques.

Les investisseurs indiens, à rebours de leurs concurrents chinois,  sont plus discrets  et ne déboursent pas encore des sommes astronomiques. Cependant, ils avancent scrupuleusement leurs pions en Afrique de l'Ouest, en Afrique centrale et au Maghreb.

Avec une croissance de 8 % en 2008, 1,2 milliard d'habitants, des importations d'acier qui ont triplé en cinq ans, 70 % de la consommation pétrolière du pays achetée à l'étranger, la machine économique indienne fait face à des besoins énergétiques colossaux. Mais ce n'est que récemment que les gouvernants indiens ont pris conscience que l'Afrique pouvait en partie les satisfaire. C'est la raison pour laquelle, les indiens multiplient depuis deux ans l'organisation de rencontres censées dessiner le cadre d'un partenariat stratégique.

De plus, elle fait miroiter un pactole de dix milliards de dollars qu'elle serait prête à investir en Afrique, et on pourrait comprendre aisément l'empressement de certains pays pauvres africains à venir se bousculer aux portes de la capitale indienne.

En tout cas, le ministre des affaires étrangères indien Shri Anand Sharma n'en démord pas lorsqu'il présente la philosophie du sommet Inde-Afrique, sur le site de son ministère en ces termes : « Un partenariat dynamique, une vision partagée  ».

Les autorités indiennes chargées d'organiser le sommet y ont donc invité, en plus de différents chefs d'États africains, les représentants des associations économiques régionales africaines comme le Marché commun d'Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), ainsi que l'Union africaine et les représentants du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD)

Les géants économiques asiatiques, la Chine et l'Inde  intensifient donc massivement des activités commerciales et des investissements, en Afrique.

Selon les nouveaux éléments d'information concernant l'activité des entreprises chinoises et indiennes en Afrique, en 2006,  l'Asie reçoit aujourd'hui 27 % des exportations africaines (trois fois plus qu'en 1990), ce qui est à peu près l'équivalent du niveau des exportations de l'Afrique à destination de ses deux partenaires commerciaux traditionnels que sont les États-Unis et l'Union européenne. Parallèlement, les exportations asiatiques vers l'Afrique augmentent de 18 % par an - un taux de progression qu'elles ne connaissent nulle part ailleurs. Les flux d'investissement direct étranger de la Chine et de l'Inde vers l'Afrique sont plus modérés que les flux commerciaux, mais l'étude indique qu'ils connaissent eux aussi une progression très rapide. 

« Cette nouvelle "Route de la soie" offre en potentiel à l'Afrique subsaharienne - région où vivent 300 millions de personnes parmi les plus pauvres qui soient, et qui constitue pour le monde le défi le plus redoutable sur le plan du développement - une occasion majeure et jusqu'ici inégalée d'accélérer son intégration internationale et sa croissance », déclare l'auteur de l'étude, Harry G. Broadman, conseiller économique pour la Région Afrique à  la Banque mondiale.

Mais faut-il pour autant s'emballer devant ces géants asiatiques et surtout la Chine ?

L'Afrique ne doit pas avoir pour maître, la Chine mais faire comme elle

"Après plus de deux décennies de réformes et d'ouverture, la Chine est en mesure de satisfaire aux besoins des pays africains, notamment pour les technologies sophistiquées, à un coût relativement bas, et d'apporter son expérience de réduction de la pauvreté et de développement économique", a dit Liu Naiya, chercheur de l'Académie des sciences sociales de Chine spécialisé dans les affaires africaines. Cà, c'est le côté luxuriant de l'idylle entre les pays africains et les asiatiques. Pour autant, il ne faudra pas, à notre sens, danser plus vite que la musique. En effet, il semble que  les entreprises chinoises soient compétitives parce qu'elles ne respectent ni l'environnement, ni le social. Elles  arrivent clefs en mains en Afrique, embauchent peu ou pas, et ne favorisent pas d'activité locale. De sorte que s'il existe un début d'intégration de l'économie africaine dans l'économie asiatique, c'est toujours de la même manière : l'Afrique fournit la matière première, laquelle bénéficie à une nouvelle puissance. En fait, on peut même parler de deux économies qui se juxtaposent.

Pour l'Afrique, le regain d'intérêt pour ses ressources doit lui être bénéfique. On sait qu'après la chute du mur de Berlin en 1989, l'Afrique a cessé d'être un enjeu de la rivalité entre les blocs occidental et communiste. La diminution de l'aide publique au développement destinée à ce continent, les donateurs se tournant vers d'autres parties du monde, a été l'un des signes de cette perte d'intérêt stratégique. Mais voilà, ceux vers qui les occidentaux se tournaient, se braquent eux-mêmes vers l'Afrique.

En effet, loin d'être resté à l'écart des flux mondiaux, le continent connaît depuis le début du XXIe siècle une croissance économique annuelle en moyenne supérieure à 5,5 %, et un véritable reclassement géopolitique est en cours. Les atouts de l'Afrique ne se résument pas seulement à ses performances en matière de croissance. De nombreux facteurs sont à l'origine de ce changement : les préoccupations sécuritaires des grandes puissances et leur recherche d'appuis dans les organisations internationales, la compétition pour l'accès aux ressources minérales et aux hydrocarbures, ainsi que la prise de conscience de "l'exception africaine" ont favorisé l'intégration de l'Afrique au sein du "village planétaire".

Point n'est besoin d'être diplômé de Harvard ou d'Oxford, pour savoir que le continent a là, un grand coup à jouer si tant est que nos gouvernants comprennent cela. Voila ainsi énoncé le véritable enseignement que les africains doivent tirer de l'appétit des chinois en Afrique.

L'Afrique doit profiter de sa nouvelle position géostratégique pour sortir par exemple de sa dépendance humiliante à l'égard de ses matières premières.

Le Brésil a annoncé en septembre 2009, à l'occasion d'une visite du président français Nicolas Sarkozy, sa décision de principe d'acquérir 36 avions de combat français Rafale. Mais en retour, la France va acheter de son côté une dizaine d'exemplaires du futur avion de transport militaire brésilien KC-390. Le président Lula a fait part de sa satisfaction en mettant en avant «l'étendue des transferts de technologie» proposés par la France. Le Brésil pourra assembler les Rafale et les vendre dans les autres pays d'Amérique latine. L'Elysée a précisé que les six premiers appareils, dont le premier exemplaire sera livré en 2013, seraient fabriqués entièrement en France et que graduellement la technologie serait transférée pour permettre aux Brésiliens d'assembler les autres avions. C'est avec cette intelligence que la Chine , l'Inde et même le Japon ont pu avoir la technicité qu'ils se vantent de  vendre aujourd'hui aux pays africains.

C'est ce qu'a fait l'empire du Milieu après des années d'humiliation pour aujourd'hui renouer avec la gloire.

 Au cours de sa visite au Nigeria, en avril 2006, le Président Hu Jintao n'a pas manqué de mettre en évidence les atouts du continent, devant les parlementaires en déclarant: «  l'Afrique a de riches ressources et un grand potentiel de marché, tandis que la Chine a accumulé dans sa modernisation une expérience profitable et des techniques pratiques. La coopération sino-africaine a donc de vastes perspectives. » L'argumentaire chinois repose sur l'adaptation des techniques chinoises au substrat social et économique des pays africains, en raison de leur simplicité et de leur rusticité.

Il est de coutume d'entendre dire à propos de l'Afrique, qu'en dépit de ses fabuleuses ressources, elle reste le continent  le plus arriéré économiquement. Notre continent est ainsi comparé à un homme en guenilles qui n'arrête pas de pleurer de faim, de malnutrition, de maladies, etc., bien qu'il soit assis sur des montagnes de richesses fabuleuses.

Il faut surtout éviter que l'appétit des chinois en Afrique soit seulement une manière pour les africains de dire « non » aux occidentaux qui ont pendant longtemps été les fossoyeurs de nos économies.

Nos pays ont davantage de choix avec l'arrivée de la Chine , qui, dans un sens, nous donne la possibilité de nous exprimer sur l'exploitation de nos ressources, car plus il y a des « prétendants », plus cela est bénéfique au continent africain.

 

Séraphin PRAO

Docteur en économie monétaire

Spécialiste des pays de la zone franc

Consultant en politique internationale

Président du MLAN

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

21:48 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : séraphin yao prao, chine, afrique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |