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mardi, 01 février 2011

GASTON KELMAN FACE A LA COTE D'IVOIRE: «POUVAIS-JE RESTER SOURD A TANT DE SOUFFRANCES BAFOUEES ?»



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L'écrivain camerounais Gaston Kelman s'est prononcé sur la situation en Côte d'Ivoire, refaisant la genèse du conflit.



Vous me connaissez. Je n'ai jamais été ni le céroféraire ni le thuriféraire d'un afrocentrisme militant, parce que tous les centrismes sont naïfs, et nocifs, et stériles. Je n'ai jamais supporté une Afrique tournée vers un passé qui ne se concevrait que dans l'âge d'or des pyramides ou l'âge de cendres de la colonisation et de l'esclavage. J'ai pu - ou su - crier à Douala que la France ne devait rien au Cameroun quand on se placerait sous cet éclairage des relations passées.

Avec Frantz Fanon, j'ai dit que je n'étais pas prisonnier de l'histoire, que je n'y cherchais pas un sens à ma destinée. J'ai toujours brandi le Hic et Nunc comme la règle, l'équerre et le compas qui traçaient les lignes de ma conduite et de ma relation à autrui. C'est ce Hic et Nunc qui m'autorise aujourd'hui à dire avec Aimé Césaire « fin à ce scandale » mais aussi «this scandal must be put to an end», pour me faire comprendre du maître de l'Outre-Atlantique ; à ne pas rester sourd à tant de souffrance et de dignité bafouées ; à me demander - pure question de rhétorique - quelle position aurait prise le défenseur de la liberté, de la justice et de l'Algérie meurtrie, Frantz Fanon.

Depuis les indépendances africaines, loin des positionnements stratégiques des politiques et des organismes internationaux - Union Africaine, CEDEAO - bien peu d'événements auront autant ébranlé le nationalisme populaire dans ce continent, que la situation ivoirienne. On peut penser à la mort de Patrice Lumumba, à celle de Thomas Sankara, à la chute de l'apartheid...

L'une des constantes de ces événements, c'est que dans aucun, l'Afrique n'a pu se féliciter de l'action de la « communauté internationale». Quand elle a été actrice, elle l'a fait en dépit de toute considération pour les états et les peuples, ou alors s'est enfermée dans un silence d'une complicité active.

Les populations africaines, jeunesse en tête, crient leur colère envers cette « communauté internationale» informe, insipide, qui se fait haineuse et haïssable et envers toutes les communautés adjacentes - ONU, UE, UA, CEDEAO. Que ces communautés persistent à maintenir en Côte d'Ivoire, le cap du bruit des bottes et des menaces d'asphyxie financières, est interprété par les manifestants de Paris, Bruxelles, Douala ou Abidjan et par les rédacteurs de pétitions africaines qui circulent sur la Toile, comme un mépris inacceptable. La France plus que tout autre nation - mais ses élites s'en rendent-elles seulement compte - devient l'objet d'une rupture profonde avec les populations africaines.

Un jour, un pays dirigé par un président élu, dont la légitimité n'est contestée par personne, ni la communauté domestique, ni les nations étrangères, ni les opposants politiques - Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara en tête -, est fragilisé par une tentative de coup d'état dont le moins que l'on puisse dire, est qu'il est ethno porté, puisque revendiqué explicitement et exclusivement par la rébellion venue des populations du Nord du pays.

Alors, ni la communauté internationale, ni les opposants politiques, ni celle qu'on appelle l'ancienne puissance coloniale - comme si c'était un grade ou une qualité -, ne condamnent cette attaque barbare contre la démocratie. Ni la communauté internationale, ni les communautés adjacentes, ni les opposants politiques, ne proposent une intervention militaire pour ramener le pays à l'ordre démocratique. Certains iront même plus loin dans l'absurde.

La France qui est liée à l'état ivoirien par des accords militaires, fortifie la légitimité des rebelles en les invitant à la table des négociations marcusiennes, au même titre que l'état ivoirien, avec son gouvernement, son Parlement et son président élu. On imagine mal la France et la rébellion corse convoquées à l'ONU.

On se demande pourquoi personne ne vole au secours d'une Belgique sans gouvernement depuis des mois. Mais rien n'est trop bas quand il s'agit de l'Afrique. La France installe une ligne de démarcation entre le Nord et le Sud, actant la partition de la Côte d'Ivoire en deux entités, l'une laissée à la gestion barbare d'une bande rebelle.

Le cynisme n'ayant pas de limite dans cette affaire, le Nord devient plus souverain que le Sud. La rébellion peut continuer à s'armer tranquillement, mais elle ira aussi siéger au gouvernement du Sud. Guillaume Soro devient Premier ministre. Supposé préparer les élections, il peut se permettre de ne pas respecter les résolutions des divers accords, notamment le désarmement de la rébellion, préalable indispensable à la tenue d'élections fiables. La communauté internationale n'en a cure et pilonne systématiquement le président ivoirien élu, le pressant d'organiser les élections dans des conditions dont on sait qu'elles conduiront inévitablement vers une impasse.

Les élections ont lieu. Au Nord, la rébellion est toujours armée. Le lendemain du deuxième tour - le 29 novembre 2010 - la presse, qu'on la dise favorable à un bord ou à un autre, est unanime pour souligner la baisse de la participation par rapport au premier tour. On parle de 70%. Le même jour, un communiqué de l'ONUCI - la représentation armée des Nations Unies en Côte d'Ivoire - fait état d'un taux de participation «avoisinant les 70%». Le jour après, miracle, le taux de participation fait un bond de sauteur à la perche et franchit la barre des 80%.

La « communauté internationale» et l'ONUCI valident, adoubent leur champion, le portent sur les fonts baptismaux de l'innommable et le couronnent nuitamment dans son quartier général de campagne, sous l'œil attendri des ambassadeurs de France et des USA. Guillaume Soro change de camp avec armes - c'est le cas de le dire - et bagages, sans tirer le moindre cri d'indignation, allant ainsi récupérer une rançon dont vous devinerez aisément la contrepartie.

Le plus naïf des observateurs aura compris le rôle qu'il jouait dans l'équipe de Laurent Gbagbo : veiller justement au non-désarmement de la rébellion, car elle pourrait resservir. Le camp de Laurent Gbagbo conteste l'action de la «communauté internationale», proteste, affirme que comme dans bien des pays démocratiques dont la France et les USA - Barack Obama n'a-t-il pas demandé aux Africains de respecter leurs institutions -, la légitimité de la proclamation des résultats en Côte d'Ivoire revient au Conseil Constitutionnel.

Pouvais-je rester sourd à tant de souffrances bafouées ?

Il est difficile à quiconque de comprendre, contre tous les textes qui régissent son action, l'entêtement de la « communauté internationale» et des communautés adjacentes à imposer leurs décisions à la Côte d'Ivoire. Qui pourra aujourd'hui nous dire ce que c'est que cette «communauté internationale» qui se définit à l'exclusion de l'Union Africaine. Qui peut imaginer que, si elle réussissait à la fin à convaincre la CDEAO d'envoyer un corps expéditionnaire déloger le «méchant», comme le lui demande «le bon» par une guerre civile ou une opération ciblée sur le palais présidentiel, opération dont les puissances occidentales assureraient l'armement et la logistique, qui peut s'imaginer que les soldats de la CEDEAO dont des parents résident dans cette Côte d'Ivoire qui a toujours été une terre d'accueil des migrants africains, se grandiraient à aller verser leur sang et le sang d'autres Africains, civils et militaires, pour une cause dont la justesse reste à démontrer et pour obéir à des diktats étrangers.

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Et toi, « communauté internationale» mon amie, où étais-tu donc quand en Afrique l'on assassinait la liberté et l'espérance qui avaient noms Ruben Oum Nyobè le nationaliste camerounais dans le maquis des années 50 et sa guerre d'indépendance, Patrice Lumumba, Premier ministre congolais dans les années 60, et même, hier encore, sous nos yeux parisiens, Dulcie September, la représentante de l'ANC dans les années 80 ! Où étais-tu donc quand Nelson Mandela croupissait dans les geôles de la honte et du racisme ; son peuple du sud chanté par Senghor, dans les ports les chantiers les mines et les manufactures, le soir, ségrégué dans les kraals de la misère, alors qu'il entassait des montagnes d'or noir, d'or rouge et crevait de faim ; sous le regard goguenard de l'ONU ! Qui s'imaginerait que par une métempsychose fortuite, «communauté internationale», tu te mettes à défendre les intérêts de ce continent, toi qui n'as jamais su lui trouver une place au sein du Conseil de Sécurité de ton bras actif, l'Organisation des Nations Unies. Grand prêtre Laocoon réveille-toi, on leur fait des cadeaux ! Serait-ce un cheval de Troie ! Que cacherait le cheval d'Abidjan ?

Et toi, peuple de France, je te connais et suis désormais tien. Je sais qu'en tes veines, coule l'esprit de Champagney. Je pense à toi, Champagney, modeste commune de Haute-Saône, un beau jour, rebaptisée Champagney-la-grande par Camille Darsière, député de la Martinique. Tu fus terre chantre de la Liberté, terre recréatrice de l'Egalité, terre symbole de la Fraternité universelle. Tu chantas ton humanisme flamboyant en ce jour béni du 19 mars 1789 quand dans l'article 29 de ton cahier des doléances, tu gravas ta grandeur et l'âme de la France éternelle sur le marbre républicain.


«
Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux que souffrent les nègres dans les colonies, sans avoir le cœur pénétré de la plus vive douleur en se représentant leurs semblables unis encore à eux par le double lien de la religion, être traités plus durement que le sont les bêtes de somme. Ils ne peuvent se persuader qu'on puisse faire usage des productions desdites colonies, si l'on faisait réflexion qu'elles ont été arrosées du sang de leurs semblables, ils craignent avec raison que les générations futures plus éclairées et plus philosophes n'accusent les Français de ce siècle d'avoir été anthropophages ce qui contraste avec le nom de Français et plus encore celui de chrétien. C'est pourquoi leur religion leur dicte de supplier très humblement Sa Majesté de concerter les moyens pour de ces esclaves faire des sujets utiles au Roy et à la patrie». C'était le temps béni où à Champaney, les nègres étaient des semblables, des frères. Générations futures, réveillez-vous donc ! C'est un ordre venu du fond des âges !

Que vos mânes, à vous les 444 Champagnésiens de l'Histoire, reposent en paix. Votre humanisme est intact dans l'âme de vos descendants et de tous les Français, ce peuple dont j'ai tant chanté l'humanisme et l'antiracisme ; peuple de fraternité champion du monde des mariages mixtes - tabou suprême du racisme - parce que le voisin devient bien vite frère et beau-fils et beau-frère ; mais peuple malade de ses élites - toutes ses élites, intellectuelles et journalistiques, politiques - qui perpétuent l'arrogance civilisatrice et dominatrice.


Aujourd'hui, le peuple de France se demande pourquoi il est honni par monts et par vaux lointains. J'entends les trémolos de ce bon peuple de petites gens mes amis, qui me demande pourquoi on n'aime plus la France en Afrique ou ailleurs. Il ne comprend pas malgré les explications de Stephen Smith qui nous apprit naguère Comment la France a perdu l'Afrique, comme on perd une possession et non un ami ou ce parent que Senghor voulu inventer avec la création de la Francophonie, après la double bestialisation portée par la colonisation - celle du maître par ses actes et celle du colonisé par le maître.


Et l'on pense à nos enfants français massacrés à Niamey, dont l'un venu tisser par le mariage avec une Africaine, les plus forts et les plus nobles et les humains et les plus beaux liens de fraternité ; massacrés par des fous, mais qui - à tort, à grandissime et bestial tort - peuvent prétendre se venger de l'arrogance de la France politique. Et l'on pense à ce ministre qui, non contente de signer des autorisations de vente des outils de la répression à un régime dictatorial aux abois, proposait de former les assassins à l'art et à la manière inodores d'en faire bon usage pour mâter une révolution portée par la jeunesse. Alors avec les errements du discours politique français sur la révolution tunisienne, mes amis ne se demandent plus comment ils seront désormais accueillis sur les plages d'Hammamet et de Port El Kantaoui, dans les souks de Sousse et de Nabeul, les destinations privilégiées de leurs vacances.


Mânes de Champagnesiens, je vous sais vivantes dans l'âme française. Et je l'entendrai toujours, malgré les justes questionnements du poète malgache Jacques Rabemananjara, «claire innocence, ton chant trop pur, ta voix trop douce dans le croassement des ténèbres » de la barbarie humaine. Certes, Rabemananjara, «
la force aveugle de l'abîme tire de son fouet le son aigre de l'agonie». Certes, cher défunt maître, «les étoiles meurent sans un soupir» à Niamey, Abidjan et ailleurs. Mais vaine est la barbarie et la justice triomphe toujours.

Pour revenir à la Côte d'Ivoire et aux positionnements des élites françaises, la journaliste et l'intellectuelle, ne sont pas en reste. La presse tout entière, de la plus révolutionnaire à la plus révoltante, à l'exception notable du Gri-Gri international - si j'en oublie, mea culpa - , relaie à l'envie, le discours nauséeux des politiques aveugles et les pétitions impies - le Monde des idées - d'une intelligentsia borgne en cette occasion - elle ne l'a pas toujours été, Dieu merci - que signent, assourdis par le tintamarre ambiant, quelques Africains dont l'un d'eux m'avouera implicitement son erreur et rectifiera le tir avec une tribune intermédiaire.


Communauté internationale et consorts, me direz-vous un jour de quel charme improbable, de quelle virginité soudaine, vous habillez Alassane Ouattara l'ancien Premier Ministre dont on peut dire sans méchanceté aucune qu'il incarne un passé bien peu démocratique dont furent d'ailleurs victimes des ivoiriens coupables d'opposition, et son âme damnée le rebelle Guillaume Soro, improbable faiseur de rois, qui promet des châtiments à tire-larigot ! Me direz-vous un jour ce que vous récompensez en eux - pour Salomé, fille d'Hérodiade, ce furent ses talents de danseuse - pour leur offrir sur un plateau comme jadis celle de Jean-Baptiste, la tête de la Côte d'Ivoire qui ne vous appartient pas ! Quels intérêts - permettez-moi une naïveté passagère, ponctuelle - vous poussent à la diabolisation subite d'un homme, Laurent Gbagbo, qui fut le seul leader ivoirien à mener une opposition impossible mais pacifique à Félix Houphouët-Boigny, à accepter la prison et l'exil, à briguer la magistrature suprême, à la gagner en venant de l'opposition, sans jamais avoir compromis son combat par l'acceptation d'un maroquin corrupteur ; qui peut dire avec Rabemananjara «
mes doigts son clairs comme le printemps, mon cœur est neuf comme une hostie».

Dans une chronique récente, j'interpellais l'intellectuel africain, afin qu'il prenne position, qu'il embarque dans ce train de la renaissance qui passe devant sa porte. Parodiant Aimé Césaire, je lui intimais de parler, afin d'attaquer à leurs bases, oppression et servitude pour rendre possible la fraternité. Quelques-uns l'avaient déjà fait. D'autres m'ont écouté. Mais lequel, de la fantasque Calixthe Bayala - Laurent Gbagbo n'est pas seul - au vieil Olympe Bhêly-Quenum - Je fustige les rebelles de Ouattara -, en passant par le flegmatique prix Renaudot, le peul Tierno Monenembo - l'ONU ne doit pas recoloniser l'Afrique - ou l'indomptable Achille Mbembe - La démocratie au bazooka - ; lequel a tissé le moindre laurier même en papier recyclé à la «
communauté internationale» ? Lequel a salué Barack Obama ou encensé Nicolas Sarkozy ? Combien ont reconnu la légitimité de Ouattara ? Lequel n'a pas apporté son soutien explicite ou implicite à Laurent Gbagbo, les plus minimalistes demandant comme lui, que l'on respecte les textes d'un état souverain ; que l'on arrête les bruits de bottes et les rodomontades grotesques - incontournable pléonasme -, que cette affaire soit laissée à la discrétion des Ivoiriens. Quel homme politique africain a envoyé le plus petit courriel de félicitation à Ouattara !

Qui pourrait comprendre qu'au lendemain de la célébration du cinquantenaire des indépendances des anciennes colonies françaises d'Afrique, ce continent soit encore regardé avec les yeux du documentaire récemment diffusé par France télévision sur la Françafrique, documentaire inattendument prophétique, qui annonçait la victoire de Ouattara -, les explications alambiquées du réalisateur n'y pourront rien - alors qu'il avait été produit des mois avant les élections ivoiriennes ? Qui peut accepter qu'un certain Monsieur Choi se comporte encore comme un commandant de cercle ? Nos enfants ne nous mépriseraient-il pas à juste titre s'ils savaient que nous étions restés muets devant le spectacle grotesque d'une furtive proclamation de la victoire d'un candidat par les ambassadeurs étrangers dans son Quartier Général.


Je voudrais comme le Chaka de Senghor, voir «l'Afrique
comme une fourmilière de silence au travail». Mais ce ne sera plus sous le fouet des Boers, ce ne sera plus ce peuple du Sud «soumis à la règle, à l'équerre et au compas», ce ne sera plus derrière «les forêts fauchées et les collines anéanties» pour l'enrichissement des autres. Ce sera par l'Afrique, pour l'Afrique son peuple et sa jeunesse qui commencent à monter au front de la dignité. Et lentement, sûrement, progressivement - merci Césaire -, la vieille négritude se cadavérise. Vous serez obligés de laisser la Côte d'Ivoire écrire les premières lettres de son épitaphe. Le destin l'a choisie car elle le vaut bien, cette Hirondelle du printemps africain.


Par Gaston Kelman, le 31 janvier 2011



Source: SAOTI, Le Blog de Mahalia Nteby

vendredi, 24 décembre 2010

CI: DES INGERENCES IMPERIALISTES INSOLENTES POUR PERPETUER DES RAPPORTS DE DOMINATION ANACHRONIQUES




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Une campagne de désinformation sans précédent est orchestrée pour justifier l'intervention étrangère en Côte d'Ivoire et placer à la tête de ce pays, Alassane Ouattara, un larbin totalement dévoué aux intérêts des multinationales. Ancien DG adjoint du FMI, ancien premier ministre d'Houphouët-Boigny, en 1990, exécutant à ce titre du plan d'ajustements structurels imposé par cette institution, plan qui a plongé, comme partout ailleurs, le peuple ivoirien dans une profonde détresse sociale, Alassane Ouattara est la marionnette nominée par les grandes puissances pour diriger la Côte d'Ivoire et veiller à ce que leurs juteuses affaires ne soient pas menacées par l'arrivée au pouvoir d'hommes incontrôlables. En dépit de leurs rivalités pour le contrôle du monde, les grandes puissances impérialistes française et américaine se sont entendues pour écarter Gbagbo coupable à leurs yeux de mener une politique nationale préjudiciable à leurs intérêts.

Après des années de tractations et de calculs savants les différentes forces en présence ont fini par accepter d'organiser une élection présidentielle dont le 2ème tour s'est tenu le 28 novembre dernier. Ces puissances ont au préalable manœuvré de sorte à placer au sein d'une commission électorale qualifiée d'indépendante une majorité de représentants ayant pour mission de valider par tous les moyens une prétendue victoire de Ouattara. Au mépris de la Constitution ivoirienne qui prévoit que la proclamation des résultats électoraux est du ressort du Conseil constitutionnel, c'est donc cette commission qui a proclamé Ouattara vainqueur. Qu'importe qu'aucune preuve sérieuse n'ait été avancée pour certifier l'absence de fraude et la sincérité des chiffres donnés ! Les USA, la France, suivis rapidement du SG de l'ONU se sont dépêchés de proclamer qu'ils ne reconnaissaient que Ouattara comme nouveau chef d'Etat. La machine de propagande internationale s'est aussitôt mise en route pour accréditer l'idée que cette décision soi-disant conforme à la volonté du peuple ivoirien est celle de la «Communauté internationale». Ni la Chine, ni la Russie, ni l'Inde, ni de nombreux pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, qui forment ensemble les 3 quarts de la population du monde n'ont droit au chapitre. Bref, ne sont éligibles au statut de «communauté internationale», dont la parole vaut ordre exécutoire, que les USA, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, en somme la même poignée de puissances coloniales et impérialistes qui ont précipité par deux fois les peuples dans une effroyable guerre mondiale pour faire main basse sur les marchés, les matières premières, le pétrole et le gaz.

Depuis la mise en route de leur machine de propagande et de mensonges, les agences de presse ne cessent de marteler les mêmes phrases stéréotypées que reprennent en boucle les télés, les radios et même les journaux algériens dans un réflexe aplaventriste devenu mécanique : «Ouattara est le président démocratiquement élu et reconnu par la communauté internationale après proclamation des résultats du scrutin par la commission électorale indépendante». Quand le Conseil constitutionnel est évoqué, les agences de presse ajoutent systématiquement la mention «acquis à Gbagbo» pour enlever tout crédit aux résultats qu'il a officiellement proclamés.

Tout y est dit et Gbagbo doit quitter les lieux « avant la fin de la semaine » en vertu de l'ultimatum de Sarkozy. Ce dernier qui veut jouer le rôle de va-t-en guerre en chef contre les peuples ne lui pardonne pas d'avoir joué en 2002 les multinationales pétrolières américaines contre leurs rivales françaises. Un crime que d'avoir ouvert la chasse gardée des capitalistes français à d'autres ! Autre crime encore plus insupportable de Gbagbo : il a cette fois-ci osé ouvrir les routes qui mènent au pétrole du Golfe de Guinée aux grands ennemis que sont la Chine et la Russie ! Pour lui infliger la correction méritée, Sarkozy s'est décidé à faire aujourd'hui cause commune avec les USA. Ces derniers acceptent le marché tant ils sont d'accord pour mener les peuples à coup de drônes et de missiles. Ils semblent d'autre part détenir des données qui les ont convaincus que Ouattara finira par échapper à l'emprise française et à basculer de leur côté. Sarkozy qui a reçu l'an dernier Ouattara pour finaliser le plan de «débarquement» de Gbagbo et de reprise en main de la Côte d'Ivoire par son entremise est au contraire persuadé que la bourgeoisie compradore inféodée à l'impérialisme français constituera le meilleur rempart contre l'entrée des USA sur les terres de la Françafrique. A condition cependant de commencer par nettoyer le terrain des «trublions» en obtenant dans l'immédiat l'éviction du président ivoirien actuel quitte à l'envoyer, s'ils persiste dans son nationalisme, dans une prison de La Haye pour «crimes contre l'humanité». Les services subversifs de l'impérialisme savent à perfection les provoquer comme ils l'ont montré en Yougoslavie au terme d'une série de manipulations de l'opinion internationale qui ont conduit à l'emprisonnement des dirigeants serbes opposés à la présence de l'OTAN dans leur pays.

Par son intervention inhabituelle sur la scène internationale et la mise en garde préventive contre des crimes «anticipés», le président de la Cour Pénale internationale n'aura fait que dévoiler un aspect de ce plan machiavélique étudié dans ses moindres détails.

On aura saisi l'essentiel de l'enjeu des luttes en Côte d'Ivoire quand on a compris que le fond du problème réside dans les questions suivantes : qui va contrôler les ressources pétrolières découvertes au large de ce pays ? Quel est l'homme sur qui compter pour la perpétuation de rapports de domination et le maintien de la Côte d'Ivoire dans son état de néo-colonie, 50 ans après une indépendance formelle obtenue sans luttes ni sacrifices ? Au-delà de la Côte d'Ivoire, les néo-colonialistes ont surtout peur que l'exemple ivoirien fasse tâche d'huile et que les peuples de la «Françafrique»  se mettent l'un après l'autre à affirmer leur aspiration à une véritable indépendance en commençant par chasser les marionnettes de la grande bourgeoisie française.

La référence «au respect du choix démocratique du peuple» est risible dans la bouche des dirigeants des puissances impérialistes qui ont couvert et soutenu sans état d'âme des dictatures cruelles dans le monde tant qu'elles font prospérer les affaires de leurs capitalistes.

Dans tous les cas, même si Gbagbo a des liens étroits avec les socialistes français, lesquels n'ont brillé que par leur zèle à défendre le système néo-colonialiste, même si ses alliances passées laissent planer un petit doute sur les objectifs qu'il défend, la lutte qui s'engage entre les puissances impérialistes et la grande masse du peuple ivoirien, révoltée par l'arrogance des anciens colonisateurs et décidée à ne plus tolérer les rapports de domination et d'exploitation, cette lutte est en train de créer un mouvement d'ensemble qui dépasse les calculs mesquins des hommes politiques. Ceux-ci n'auront servi en fin de compte qu'à jouer le rôle de détonateur dans une région devenue un enjeu stratégique dans la lutte pour le contrôle des ressources énergétiques africaines. L'impérialisme veut infliger une leçon aux peuples. Il veut couper court au processus libérateur ivoirien pour dissuader les autres peuples d'Afrique de prendre en main le contrôle de leurs ressources naturelles à un moment où la crise du capitalisme met aux abois la grande bourgeoisie.

Les peuples auront le dernier mot quelles que soient leurs éventuelles défaites temporaires dans la destruction d'un système impérialiste condamné par l'histoire.

A supposer que Ouattara ait remporté de quelques voix les élections grâce au formidable appui financier et médiatique de l'impérialisme, la légitimité historique n'est pas de son côté. Elle n'est pas du côté des larbins des classes possédantes quand bien même une masse plus ou moins importante de gens trompées par la propagande des nantis et rivées à l'intérieur d'un horizon tribal et confessionnel borné leur accordent leurs suffrages. Elle est du côté du peuple qui secoue les chaînes de la domination impérialiste et des chefs qui dirigent son combat dans cette voie. Les grands bonds en avant des peuples vers le progrès ne se décident pas dans les urnes. En général celles-ci ne font qu'entériner les processus d'émancipation déjà accomplis pour l'essentiel. Le devoir des forces de progrès est de soutenir la lutte des peuples pour leur libération nationale.

De toute évidence, celle-ci ne fait que commencer en Côte d'Ivoire.


Par Kader Badreddine in Alger Républicain (Algérie) le 23 décembre 2010


Publié sur http://saoti.over-blog.com

jeudi, 23 décembre 2010

APPEL DE DOUALA POUR LA COTE D'IVOIRE

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Alors que la réélection de Laurent Gbagbo donne lieu à une ingérence belliqueuse inacceptable de la communauté dite internationale (France, USA, Union Européenne et Nations Unies et leurs négriers sur le continent noir), des intellectuels camerounais et africains, soucieux de l'indépendance et de la souveraineté des états africains, lancent un appel à la solidarité avec ceux qui luttent pour ces objectifs en ce moment en Côte d'Ivoire et s'opposent à la recolonisation de l'Afrique par les Occidentaux.

En 2002, la Côte d'Ivoire a été victime d'une tentative de coup d'Etat qui s'est transformée en une rébellion armée dans le nord du pays.

La tentative de coup d'Etat a causé la mort d'environ 10 000 civils.

Après plusieurs résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies restées sans effets, exigeant notamment le désarmement des rebelles, le chef de l'Etat, Président de la République de Côte d'Ivoire, Laurent GBAGBO, a engagé le « Dialogue direct » en 2007 en vue de mettre fin à la crise politico-militaire que connaît le pays depuis 2002.

A cet effet, l'Etat Ivoirien a organisé et supporté seul les dépenses liées aux élections « les plus chères du monde » (120 milliards de francs CFA versés à la société française Sagem), qui ont abouti à l'annonce illégale et clandestine des résultats provisoires au quartier général de campagne d'un des candidats à l'élection par Youssouf Bakayoko président de la commission Electorale Indépendante, organe administratif et à la proclamation des résultats définitifs par le Conseil Constitutionnel, conformément à la constitution de la République souveraine de Côte d'Ivoire.

Convaincus que l'on ne peut construire  la paix et la démocratie sans le respect des Institutions d'un Etat et conscients que le développement durable des pays Africains passe nécessairement par la paix,

Les intellectuels Africains, respectueux :

-de la charte des Nations Unies, qui pose son article 2.1, 2.2 et 2.4 le respect de la souveraineté et des institutions de chaque Etat Membre ;

-de l'Acte Constitutif de l'Union Africaine, qui pose le respect des institutions souveraines en son article 3 (b) et le refus de la prise de pouvoir par les armes en son article 4 (p) ;

-de la Constitution et des Institutions dont le Peuple Ivoirien s'est librement doté,

Soutiennent les Institutions de la République Ivoirienne et le Peuple Ivoirien qui lutte pour le respect de sa souveraineté et

Lancent un appel ferme au secrétaire General des Nations Unies Ban Ki Moon ainsi qu'au Président Sarkozy, exigeant de ces derniers qu'ils agissent conformément aux règles qui gouvernent les Nations Unies, à savoir le respect de la souveraineté des Etats qui la composent et par conséquent le respect des Institutions de l'Etat de Côte d'Ivoire.

Le seule crime que Laurent Gbagbo a commis est d'avoir osé s'opposer à la scandaleuse tentative de recolonisation de la Côte d'Ivoire. Nous exhortons tous les Africains, malgré nos différentes options idéologiques, à s'opposer fermement et résolument à cette honteuse tentative de révassalisation de la Côte d'Ivoire.

Notre continent, l'Afrique ne peut pas, ne doit pas négocier sa souveraineté et sa liberté, c'est pourquoi nous avons décidé aux noms des  pères fondateurs de nos indépendances de refuser les ingérences qui corrompent l'avenir de nos nations et de nos peuples. En toute souveraineté, nous intellectuels d'Afrique, nous nous engageons à refuser que le concept de Communauté Internationale et les Nations Unies soient le creuset de la fin de l'Histoire.

Douala, le 20 Décembre 2010



Signataires :

Hervé-Emmanuel N'Kom
Mr le Bâtonnier Charles Tchoungang
Henriette Ekwe
Anicet Ekane
Maître Célestin Kengoum
Dr Samuel Mack Kit
Maître Michel Etia
Abanda Kpama
Bikidik Paul Géremie
Emmanuel Mbiga
Dongmo Fils Valentin
Manga Guillaume
Faustin Bekolo
Oscar Batamack
Pr Takam
Michaut Moussala
Nathalie Yamb
Suzanne Kala-Lobé

Pour la République du Congo

Daniel NKOUTA
Antoine BAKABADIO
Ernest MILANDOU
Solange NKODIA
Emmanuel TATY-TATY
Sylvestre NKOUKA dia MASSAMBA
Honoré NDOUNIAMA
Jean Claude MISIDIMBAMBAZI
Edouard ITOUA EKABA
Etienne MFOUTOU
Denis Charles OBONGUI
Christian ETOKA
Elie MILANDOU
Denise BOUETOUMOUSSA
Mireille ELENGA
Jean OSSOMBI
Benoît Jean de Dieu ONGOUELE
Christine POATY
Chérise Claudia MPASSI
Fulbert KOUYANGAMA
Félicienne MOKEMIABEKA
André ETOKABEKA
Jeanne Marie GANGIA
Pauline MOUKOKO
Adrienne PANGOU
Pierrette NDION

A l'International :

Dondo Alain Yaka
Munsa Nzinga Kandombe
Jean-Paul Vanhoove
Biidou Nguimatsa Zelezeck
Gnahoua Ambroise
Komandant Simi OL
Lambert Okundji Lutula
Me Bernard Takoré


Si vous voulez signer cet appel, mettez « OUI » en commentaire avec votre nom complet ou envoyez un mail à : appeldedouala@gmail.com


Source: SAOTI, le Blog de Mahalia Nteby

mardi, 21 décembre 2010

CI: JERRY RAWLINGS APPELLE A RESPECTER LES RECOMMANDATIONS DE THABO MBEKI


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L'ancien président ghanéen lance un appel à la retenue et à la maturité.

L'ancien président ghanéen, Jerry John Rawlings, a lancé un appel lundi (20/12/10) pour « la retenue et la maturité» des leaders politiques ivoiriens et pour la fin des violences qui ont suivi le deuxième tour de la présidentielle du 28 novembre dernier, dont la victoire est revendiquée par le chef de l'Etat sortant Laurent Gbagbo et le leader de l'opposition, Alassane Ouattara.

Il a également exhorté l'Union africaine (UA), la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et les deux protagonistes pour le pouvoir en Côte d'Ivoire à respecter scrupuleusement les recommandations de l'émissaire de l'UA, Thabo Mbeki, formulées dans son rapport, au cours de ses récentes réunions de médiation dans ce pays en crise de l'Afrique de l'Ouest.

« M.Thabo Mbeki est perçu comme un arbitre neutre dans la crise et les efforts qu'il a déployés pour un règlement rapide de la crise devraient être pris au sérieux» a-t-il indiqué dans un communiqué publié à Accra. «Les pertes en vies humaines, enregistrées lors des manifestations de rues et les prétendus enlèvements et exécutions de civils ne doivent pas dégénérer en un conflit à grande échelle», a ajouté M. Rawlings.

Il a exhorté l'UA et la CEDEAO à travailler à calmer les tensions en Côte d'Ivoire et à rechercher une paix et une stabilité durables dans le pays en prenant les mesures idoines pour appliquer les mesures urgentes préconisées dans le rapport de Thabo Mbeki. Il n'a pas donné de détails sur le rapport de Mbeki.

 

Source: SAOTI, Le Blog de Mahalia Nteby

samedi, 18 décembre 2010

LIBRES, TOTALEMENT ET DEFINITIVEMENT

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L'Histoire est une éternelle répétition et chaque révolution a ses acteurs qui réapparaissent de façon cyclique. L'accession d'Haïti à l'indépendance est riche d'enseignements et mérite d'être plus amplement étudiée en Afrique, afin de permettre une meilleure analyse des crises qui secouent le continent, en Côte d'Ivoire notamment. Bonne lecture!



« Je vous envoie, mon cher commandant, un détachement de cent cinquante hommes de la garde nationale du Cap, commandés par M. Bari, il est suivi par vingt huit chiens bouledogues. Ces renforts vous mettront à même de terminer entièrement vos opérations. Je ne dois pas vous laisser ignorer qu'il ne vous sera passé en compte aucune ration, ni dépense pour la nourriture de ces chiens. Vous devez leur donner des nègres à manger. Je vous salue affectueusement. »
Lettre du général Rochambeau, successeur de Leclerc à la tête des troupes françaises chargées par Napoléon Ier de reconquérir Haïti, au général Ramel le 05 avril 1803.

1791. La révolution des esclaves qui bat son plein à Saint-Domingue est rejointe par Toussaint Louverture, qui en devient rapidement l'un des leaders charismatiques. Afin de mater le soulèvement, le gouvernement français y dépêche des troupes. Cependant, avant que l'expédition militaire ne débarque sur l'île, une insurrection éclate à Paris, la monarchie est renversée et la bourgeoisie esclavagiste chassée.


Face à l'évolution de la situation, Toussaint Louverture, au gré d'alliances versatiles, assoit son autorité sur Saint-Domingue et étend sa base populaire en fédérant de plus en plus d'opprimés, quasiment tous originaires d'Afrique, autour de son combat pour l'émancipation des Noir(e)s. Toussaint s'appuie notamment sur Jean-Jacques Dessalines, qui mène des attaques fulminantes contre leurs adversaires. Dans le camp adverse, les défections se comptent par milliers, les pions locaux de l'oppresseur sont démasqués et jetés en prison par leur propre soldatesque.


Entre temps, cependant, la révolution française s'est essoufflée, et la classe politique métropolitaine, nostalgique de l'opulence procurée par l'exploitation sans retenue des colonies, est de nouveau au pouvoir à Paris. Pour retrouver les mirifiques profits d'antan et satisfaire l'appétit vorace de la bourgeoisie, faisant fi de la mise en garde de Toussaint Louverture (« Nous avons su affronter des dangers pour obtenir notre liberté, et nous saurons affronter la mort pour la maintenir »), Napoléon décide le rétablissement de l'esclavage.


Traquenards et trahisons entre « amis »

S'ensuit une période trouble, conséquence de l'attitude ambiguë de Toussaint, qui, tout au long de son combat pour la liberté, n'a jamais envisagé l'indépendance totale de son île. Il doit faire face à l'exaspération d'une nouvelle génération d'hommes, anciennement esclaves, qui s'est débarrassée du postulat de son infériorité à l'homme blanc.


En répugnant à réprimer sévèrement ceux qui prônent le retour à l'ordre ancien, en rechignant à expurger les éléments douteux de son camp, et en refusant d'exposer et de clarifier les objectifs de la mission qu'il s'est assigné, Toussaint sème la confusion et la frustration parmi ses supporters et provoque la désagrégation du front anti-esclavagiste. Confronté à l'insurrection de ses propres forces, Toussaint se ressaisit et organise la résistance, qui va de succès en succès.


Nonobstant les victoires des résistants et la précarité des troupes françaises, Toussaint, adepte du compromis et de la négociation, demeure persuadé que le conflit avec Paris est une erreur catastrophique. Affaibli par cette conviction, il engage des tractations souterraines avec l'ennemi qui aboutissent à la conclusion d'un accord portant sur la réintégration de l'armée de Toussaint dans l'armée française et le maintien de ses gradés et généraux contre la garantie du non rétablissement de l'esclavage.


Toussaint vient de tomber tête baissée dans le piège tendu par Leclerc, qui, pour gagner du temps en attendant des renforts de la métropole, lui a dissimulé que le rétablissement de l'esclavage est non négociable et déjà effectif en Guadeloupe voisine. Peu après la signature de l'accord, Toussaint Louverture, qui se rend à une invitation-piège du général Brunet, est arrêté et déporté vers la métropole, où il décède en détention en avril 1803.


La mort plutôt que l'esclavage

Lorsque la nouvelle du rétablissement de l'esclavage est enfin confirmée, le feu de la révolte embrase l'île. Dessalines prend la tête de la rébellion et affronte le général Donatien Marie Joseph de Vimeur, vicomte Rochambeau, successeur de Leclerc, dont la seule mission et le plus grand plaisir sont l'extermination de la « racaille » Noire.


Jean-Jacques Dessalines ne souffre pas du même complexe que Toussaint Louverture envers la France. Son objectif est clair et unique : l'indépendance. Loin d'être effrayés par la cruauté et la brutalité des méthodes employées par Rochambeau, Dessalines et ses troupes s'en inspirent et appliquent la loi du Talion. La violence magistrale de la riposte dessalienne, soutenue par une population noire prête à mourir plutôt que de retourner à la condition d'esclave, est telle que le 29 novembre 1803, après plus d'un an d'atroces combats, Rochambeau et les troupes françaises vaincues quittent la partie Ouest de l'île de Saint-Domingue, qui est proclamée république indépendante d'Haïti le 1er janvier 1804.


Mais la France, qui n'arrive pas à digérer la défaite des troupes de Leclerc et le massacre des colons blancs, n'accepte pas l'indépendance d'Haïti. De connivence avec la communauté internationale, composée d'autres Etats colonisateurs qui ne souhaitent pas voir l'exemple d'Haïti contaminer leurs territoires, elle s'emploie à l'isoler, aussi bien économiquement que politiquement. Elle réclame le versement d'une indemnité pour prix de reconnaissance de l'indépendance de l'île. En 1825, soit plus de 20 ans après la victoire de Dessalines, Charles X signe un décret « concédant » l'indépendance en contrepartie du paiement de 150 millions de francs-or (plus tard réduit à 90 millions), somme payable sur 3 ans et qui correspond au budget annuel de la France. Jean-Pierre Boyer, gouverneur d'Haïti, accepte le marché, détruisant ainsi de façon pérenne l'économie du pays. Ironie suprême, Haïti sera obligée de contracter des emprunts notamment auprès de Paris, pour s'acquitter de cette dette odieuse, qu'elle achèvera de rembourser plus d'un siècle plus tard !


Les négriers contemporains préfèrent voir leurs victimes embarquer dans des trains, modernité oblige !


A la grande époque de l'esclavage, des Noirs prenaient une part active à la Traite en vendant leurs frères aux blancs. Ils étaient qualifiés de négriers, nom qui désignait également les navires qui emportaient les victimes de ce commerce inhumain. Ayant sacrifié la liberté de leurs concitoyens sur l'autel de leur enrichissement personnel, ces traîtres regardaient alors leurs frères, enchaînés et entassés dans des cales suffocantes, ramer vers leurs destins tragiques. Aujourd'hui comme jadis, la France s'appuie sur des hommes de main, des marionnettes locales, pour mener à bien son entreprise impérialiste. Les négriers contemporains en Côte d'Ivoire perpétuent cette triste tradition, même s'ils préfèrent voir leurs victimes embarquer dans des trains, modernité oblige, sans doute ! Comme Toussaint Louverture, Félix Houphouët-Boigny s'est battu pour sa patrie, la Côte d'Ivoire. L'abolition des travaux forcés dans les colonies est à mettre à son crédit. Mais Houphouët-Boigny n'ira jamais jusqu'au bout de son combat.


Comme Toussaint, il lui est impossible d'imaginer une indépendance totale, en dehors du cadre institutionnel de l'Etat français. Et c'est ainsi qu'il signe lui aussi un accord avec l'oppresseur. C'était le 24 avril 1961 et jusqu'à ce jour, cet accord « de coopération et de défense », le Pacte colonial, entrave la liberté du peuple ivoirien aussi sûrement que les chaînes qui liaient les pieds et les poignets des esclaves de Saint-Domingue. Comme le père de l'indépendance haïtienne, celui de la Côte d'Ivoire est tombé dans le grossier traquenard de la France, qui fit semblant de concéder l'indépendance à son pays, pour mieux continuer d'exploiter ses richesses et aliéner son peuple en le maintenant dans la pauvreté, le sous-développement et l'ignorance.


Comme Napoléon autrefois en Haïti, Jacques Chirac se trouve aujourd'hui confronté à un peuple décidé à conquérir son droit à l'autodétermination. Il a beau avoir donné au général Poncet et à ses complices chefs d'Etat des pays frontaliers, trop heureux de s'exécuter, l'ordre de massacrer des hommes, des femmes et des enfants africains en Eburnie, rien n'y fait : le combat pour la liberté s'intensifie au contraire. Mais alors que la France du 21ème siècle continue d'appliquer les méthodes haineuses et sauvages de Rochambeau, les Ivoiriens, conduits par Laurent Gbagbo et Mamadou Koulibaly, sans jamais céder au découragement, privilégient l'arme du Droit et de la Légalité.


A Haïti, il a fallu douze ans de guerre, de trahisons, de carnages et de soulèvements pour aboutir à l'indépendance. Combien de temps faudra-t-il encore à la Côte d'Ivoire pour s'émanciper du Pacte colonial ? Peu importe, en fait. Les sanctions, perfidies et autres campagnes coloniales, si elles en repoussent l'échéance, ne peuvent modifier ni l'essence, ni la finalité de la lutte en cours. L'Etat français, qui en d'autres occasions l'a pourtant déjà appris à ses dépends, se refuse encore à capituler devant l'absurdité de sa démarche, mais l'évidence de l'inutilité de la guerre faite à une nation aussi déterminée que le peuple ivoirien finira par s'imposer d'elle-même à l'opinion publique et aux dirigeants français.


« Il existe des hommes malheureusement trop puissants [...], qui ne veulent voir d'hommes noirs, ou tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l'Esclavage » (Louis Delgrès)

Inspiré par le frère de Louis XVIII, Jacques Chirac n'accepte pas les velléités d'affranchissement de Laurent Gbagbo et appelle lui aussi au versement d'une rançon pour accepter l'émancipation ivoirienne. Mais au lieu de le faire ostensiblement, il préfère œuvrer par des voies souterraines, tout en s'appuyant sur la bienveillante complicité de la communauté internationale.


Les mécanismes que l'on retrouve aujourd'hui dans la dette des pays du Tiers Monde sont réunis à Haïti dès le dix-neuvième siècle. A travers le Pacte colonial, la dette est également établit comme élément fondateur de l'Etat ivoirien et de la plupart des pays d'Afrique dits francophones. Les ressources naturelles doivent impérativement être proposées en priorité à la France, qui les achète de moins en moins cher, puisque les cours des matières premières sont aujourd'hui encore fixés par les états néo colonisateurs. L'essentiel des revenus résultant de ce commerce biaisé sert en grande partie à rembourser une dette qui l'est déjà depuis longtemps, pendant que, placé dans un compte d'opérations auprès du Trésor français, le reliquat est de facto géré par l'Elysée.


Les Africains n'ont-ils pas le droit de demander pourquoi leurs énormes richesses sont pillées, malgré le fait qu'ils en ont davantage besoin que d'autres ? (Mahmoud Ahmadinejad, Président de la République islamique d'Iran, à G. W. Bush)


En exerçant à la fois un chantage politique et économique, cette dette sert à préserver les intérêts des gouvernements du Nord et de leurs entreprises en rendant utopique tout développement au Sud. Depuis plus de quatre décennies, à cause de l'étau de la « dette », savamment entretenu à coup « d'aide au développement », aucun aménagement majeur de l'espace de vie des Africains ne peut être effectué, aucun investissement important n'est fait pour le développement des infrastructures routières, portuaires, sanitaires, industrielles ou énergétiques. Depuis plus de quarante ans, l'exploitation des richesses de ses « anciennes » colonies profite exclusivement à la France et aux dictateurs qu'elle a mis en place pour défendre ses intérêts. En Afrique aujourd'hui comme en Haïti autrefois, la France s'arroge le droit de s'approprier des ressources qui ne lui appartiennent pas et de décider ce qui est bon ou non pour les sous-hommes à la peau noire.


La France ne peut pas tolérer la dénonciation par les dirigeants ivoiriens de ces « accords » qui fondent le non droit en droit. Elle se fixe donc des objectifs clairs : frapper du sceau de l'infamie ceux qui ont osé goûter aux effluves de la liberté. Ecraser toute tentative d'émancipation remettant en cause le spoliateur cercle vicieux qu'elle a mis en place et qui est le socle de son économie. Maintenir les Africains dans l'asservissement, quoiqu'il en coûte.


La résistance à l'oppression est un droit naturel. N'en déplaise à Chirac, à Schori, à l'ONU et aux français aux nez épatés et aux lèvres pâteuses qui dirigent encore ci et là les derniers bastions de la France à fric. Depuis l'élection présidentielle de 2000, les Ivoiriens ont fait leurs ces paroles de Malcolm X :
« Nous déclarons notre droit sur cette terre, à être des êtres humains, à être respectés en tant qu'êtres humains, à accéder aux droits des êtres humains dans cette société, sur cette terre, en ce jour, et nous comptons le mettre en oeuvre par tous les moyens nécessaires. » La France, qui défend bec et ongles l'application du texte juridique le plus épouvantable que l'Afrique dite francophone aie connue depuis l'abolition de l'esclavage, est reconnue comme ennemi commun par un nombre sans cesse croissant d'Africains. Au fur et à mesure qu'elle se prolonge dans le temps, la lutte des Ivoiriens pour la conquête de leurs droits fondamentaux à la liberté et à l'autodétermination prend de l'ampleur, s'internationalise. Jusqu'au jour, quel qu'il soit, où ils seront libres, totalement et définitivement. Et avec eux, le reste de l'ancien empire colonial d'un pays qui, par son histoire et son inaptitude à en tirer les leçons, confirme qu'il n'a pas sa place parmi les grandes nations de ce monde.

Nathalie Yamb in Le Courrier d'Abidjan, 29/06/2006

http://saoti.over-blog.com/article-4096968.html


4 ans déjà, et plus actuel que jamais... L'intelligence, c'est aussi savoir tirer les leçons de l'Histoire.

FACE A L'IMPERIALISME, L'AVENIR DE L'AFRIQUE SE JOUE A ABIDJAN


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D. Atangana (Cameroun)

A quel jeu se livre la communauté internationale dans un continent déjà meurtri par de nombreux conflits ?

Toutes les conditions étaient-elles réellement réunies pour organiser des élections démocratiques en Côte d'Ivoire ? Les résolutions prises par le Conseil de sécurité de l'Onu pour sécuriser le pays des Eléphants ont-elles été respectées et appliquées ? La communauté internationale a-t-elle aidé la Côte d'ivoire dans ce sens ? En réalité, les rebelles regroupés au sein des Forces Nouvelles n'ont jamais été désarmés. Leurs milices continuaient à avoir la mainmise sur toutes les zones fidèles à Alassane Ouattara. L'erreur de Laurent Gbagbo aura été d'accepter d'aller aux élections dans un pays divisé et contrôlé partiellement par une rébellion soutenue par un soi-disant médiateur appelé Blaise Compaoré qui est subitement devenu muet depuis l'enlisement de la crise.

Ce qui s'est passé dans le Nord pendant et après l'élection présidentielle du 28 novembre 2010 est inacceptable dans un Etat républicain et souverain: villages et maisons incendiés, des citoyens pro-Gbagbo amputés de leurs membres, des doigts sectionnés à la machette; des procès-verbaux signés sous la menace des armes, des urnes bourrées quand elles n'étaient pas tout simplement emportées. Voilà les leçons qu'il faut retenir des élections voulues à tout prix par la communauté internationale.

Vous comprendrez donc pourquoi, dans ces conditions de terreur, le consensus était quasi impossible entre les membres de la commission électorale indépendante. Ils avaient validé les P.V de 14 régions sur 20.

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Terreur

Il en restait six à l'origine du blocage et du retard accusé par rapport au délai imparti pour la proclamation des résultats. C'est dans cette discorde que la CEI a prononcé les résultats provisoires, non pas au sein de son siège, mais dans les locaux abritant le quartier général du candidat Ouattara en l'absence de certains médias. Ce sont bien des chiffres provisoires. Les définitifs étant du ressort du Conseil constitutionnel.

Au nom du respect des principes universels de la démocratie, quel homme d'Etat en Afrique peut-il rester indifférent face à un tel hold-up ? C'est bien beau de demander à Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir, de l'accuser de vouloir s'accrocher au fauteuil présidentiel après des conclusions hâtives sur la transparence du scrutin, a-t-on disséqué le fond du problème ?


La Coordination des experts électoraux africains, CEEA, était sur le terrain des confrontations. Elle a déployé 38 observateurs internationaux issus de sept pays africains dans les localités de Korhogo, Bouaké, Katiola, Séguélé, Yamoussoukro et Abidjan, le jour du scrutin. Le rapport qu'elle dresse à l'issue de ces observations est édifiant: «
vol des urnes, séquestration des représentants et délégués des candidats, votes multiples, refus systématique de la présence des observateurs internationaux dans certains bureaux de vote à l'heure du dépouillement des bulletins et pertes des vies humaines

Un terrorisme électoral digne des républiques bananières. Au lieu de condamner avec la dernière énergie ces irrégularités qui ont dépouillé ce scrutin de toute coloration démocratique, la communauté internationale s'acharne sur le président sortant, au mépris des institutions de cet Etat souverain et guidé par le jeu des intérêts qui régissent les relations internationales. Le pays de feu président Houphouët Boigny n'est-il pas le premier producteur mondial de cacao.


La force du droit

Mathias Eric Owona Nguini est politologue. Il a jeté un regard sur la crise ivoirienne dans l'édition du quotidien Mutations du 06 décembre 2010. Son analyse est claire «
du point de vue de la rationalité constitutionnelle, la décision d'un organe suprême de régulation constitutionnelle acquiert l'autorité de la chose jugée. Le Conseil constitutionnel se prononce en dernier ressort, et cela n'offre aucun recours juridique supplémentaire aux parties qui s'estiment défavorisées par une telle décision. La CEI ne proclame pas les résultats de l'élection présidentielle. Elle compile, recense et vérifie les résultats sur la base d'un examen scrupuleux des procès-verbaux. On ne peut donc pas, meme lorsqu'on estime qu'il y a eu des erreurs substantielles ou de fraudes, considérer que le processus de proclamation des résultats est achevé quand la CEI a annoncé ses résultats pour la simple raison que ces résultats ne sont pas encore valides. Et ils ne peuvent l'être qu'après avoir été validés par le Conseil constitutionnel. C'est donc une position trompeuse, qui peut affirmer que le vainqueur de l'élection présidentielle ivoirienne est celui qui a été désigné en tant que tel par la CEI, sauf à reconstruire les principes classiques du droit constitutionnel en fonction des intérêts politiques ou géostratégiques

A la suite de l'Union des Populations du Cameroun, tendance Mack-Kit, posons-nous cette question: pourquoi veut-on imposer par tous les moyens, même les plus suicidaires, aux ivoiriens un chef d'Etat pantin qui, comme dans de nombreux pays africains, va continuer à permettre l'exploitation séculaire des grandes richesses du pays, le blocage du développement des grandes potentialités qu'il recèle, et le maintien du Peuple et notamment la vaillante jeunesse ivoirienne dans la misère et la pauvreté ?



D. Atangana in Dikalo (Cameroun) le 07 décembre 2010


Source: SAOTI, Le Blog de Mahalia Nteby