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lundi, 22 mars 2010

BLANCHISSEZ-MOI TOUS CES NEGRES!

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De Serge Bilé, un de mes amis sur Facebook: "Je voudrais vous raconter l’histoire de cette photo qui figure dans mon nouveau livre "Blanchissez-moi tous ces nègres", qui sort le jeudi 25 mars (2010) en librairie en France et que l’on peut également acquérir sur le net.

C’est une photo qui a été prise en 1908, aux Etats-Unis, chez un vieux médecin de Philadelphie, qui se livrait à des expériences de "bleaching" de nègres. À l’aide de rayons x, il s’attachait, en effet, à blanchir les Noirs, qui se pressaient dans son cabinet et qui étaient prêts, quitte à endurer de graves brûlures, à dépenser des fortunes pour se décolorer, dans l’espoir d’être acceptés dans la société blanche et de ne plus souffrir du racisme.

Un article de l’époque raconte qu’au bout de "la dixième séance d’exposition aux rayons x, le teint très foncé d’Africains pur sang tournait déjà au marron clair. En prolongeant le traitement, le docteur obtenait chez ses patients une teinte olivâtre. Avec certains sujets il aurait même obtenu la matité, qui caractérise le créole de pure race blanche. Enfin, en multipliant les expositions jusqu’à la limite permise par la force du sujet, il serait parvenu à décolorer complètement la peau par plaques, et à substituer au brun foncé une teinte que les témoins définissent par ces mots : un blanc maladif."

Le procédé, si l’on en croit l’article, fit la renommée du vieux docteur. "Sa clinique devenait le point de mire, le suprême espoir de tout nègre (et cette catégorie est nombreuse) ambitieux de se distinguer de ses congénères, en exhibant une pâleur de bonne compagnie".

Si les Noirs se bousculaient ainsi chez les médecins-blanchisseurs et chez les vendeurs de pommade dépigmentante, aux Etats-Unis, en Europe, et même aux Antilles, où le phénomène de blanchiment a démarré, dès 1849, c’est parce que les anciens esclaves avaient intégré l’idée qu’on leur avait tant serinée, au temps de la servitude, à savoir que leur âme et leur peau étaient sales et laides.

Ils avaient, dès lors, fini par idéaliser le Blanc et chercher à lui ressembler, en étant persuadés que la dépigmentation effacerait leur prétendue souillure et leur permettrait de changer de condition et de rang social.

C’est ainsi, aussi étonnant que cela puisse paraitre, qu’a commencé le fléau du blanchiment de la peau, qui touche aujourd’hui des millions de gens, en majorité noire, à travers le monde".

 

 

Source: Facebook Serges Bilé

jeudi, 28 janvier 2010

PIE XII: LE PAPE QUI AVAIT PEUR DU NOIR BIENTOT BEATIFIE

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Pour une surprise c’en est une ! Le pape Benoit XVI a donc, contre toute attente, signé samedi dernier le décret sur les "vertus héroïques" de Pie XII, ultime étape avant la béatification de ce dernier. Une surprise car son prédécesseur reste contesté pour son silence pendant la Shoah, mais aussi pour ses préjugés racistes comme l’a révélé le livre de Serge Bilé et Audifac Ignace, « Et si Dieu n’aimait pas les Noirs : Enquête sur le racisme aujourd’hui au Vatican ».

Des préjugés qu’il manifeste notamment le 26 janvier 1944, deux mois après le début de la campagne d’Italie. Alors que les armées américaines, françaises et britanniques, font route vers Rome, le pape Pie XII dépêche son Secrétaire d’Etat, le cardinal Luigi Maglione, auprès de l’ambassadeur de Grande Bretagne, près le Saint-Siège, sir Francis Godolphin d’Arcy Osborne, pour lui présenter une étonnante requête.

Sir d’Arcy Osborne transmet aussitôt, par télégramme, la demande du Saint-Père au commandement des forces alliées : « Le pape espère qu’il n’y aura pas de soldats de couleur au sein des troupes alliées qui seront déployées à Rome après la libération ».

Et le diplomate d’ajouter cette précision grinçante, qui montre à quel point il a été, lui-même, estomaqué par cette exigence : Maglione « s’est empressé de souligner que le Saint-Siège ne fixe pas de limite dans le degré des couleurs, mais espère que sa demande sera prise en compte ».

Quand arrive le télégramme, l’Etat major allié est à la fois surpris et embarrassé, d’autant que la requête du souverain pontife vise, non seulement les soldats afro antillais et noirs-américains, mais aussi algériens et marocains, c'est-à-dire une grosse partie des troupes engagées dans la reconquête de la ville éternelle, alors aux mains des nazis. Mais très vite, la décision est prise de ne rien changer au programme, au grand dam du Saint-Père.

Consigné dans les archives du Foreign Office, le télégramme de sir d’Arcy Osborne a longtemps été ignoré, avant d’être exhumé récemment, suscitant des débats publics en Italie et aux Etats-Unis. En mars 2000, dans la célèbre émission Sixty Minutes, le père Gumpel, « postulateur » (avocat à charge et décharge) du dossier de béatification de Pie XII, prend sans retenue la défense de Pie XII et justifie sa requête par le fait qu’il avait été informé de nombreux cas de viols commis par des G.I.’s afro-américains sur des femmes italiennes.

Sept ans plus tard, lorsque la presse transalpine fait état, à son tour, du télégramme de sir d’Arcy Osborne, le quotidien conservateur Il Giornale vole au secours du pape, en expliquant également que Pie XII n’était pas raciste, mais qu’il n’avait fait, en la circonstance, qu’appliquer le sacro-saint principe de précaution.

Et de rappeler, qu’avant de devenir pape, Eugenio Pacelli fut nonce apostolique en Allemagne, où l’on prêta quantité de vols, de viols, et de meurtres aux « coloniaux » de l’armée française, durant l’occupation de la Rhénanie, après la Première Guerre mondiale. Pie XII voulait donc, en agissant ainsi, éviter que ces mêmes faits ne se reproduisent, à grande échelle, sur le sol italien.

Les arguments des défenseurs de Pie XII seraient recevables, tant ces crimes sont inacceptables, s’il n’y avait cette évidence. Les « soldats de couleur » n’ont pas été les seuls à perpétrer des atrocités – d’ailleurs largement exagérées à des fins de propagande – pendant la Seconde Guerre mondiale. Leurs frères d’armes blancs en ont fait de même. Alors, pourquoi, de la part surtout d’un pape, diaboliser les uns et absoudre les autres ?

Quand il était nonce apostolique en Allemagne, Eugenio Pacelli, le futur Pie XII, s’était déjà distingué, en s’associant à la campagne internationale de dénigrement, orchestrée par les nazis, contre les soldats noirs de l’armée française, stationnés dans leur pays, qu’ils accusaient de répandre la syphilis.

Une opération, là encore, de pure propagande, sans véritable fondement, mais qui exprimait, en réalité, la rage de l’opinion allemande de voir des « sous hommes » fréquenter des femmes aryennes, et des « bâtards » naître de ces unions « indignes et contre nature ».

La ligue féminine de Rhénanie dénoncera, pour sa part, l’ouverture, par l’Etat-major français, de maisons closes, où des filles sont outrageusement souillées par des « indigènes ». Un affront pour les femmes blanches, fussent-elles des prostituées, livrées ainsi à la bestialité des soldats noirs !

Eugenio Pacelli appuie leur protestation et l’adresse au Vatican dans le flot de rapports qu’il envoie régulièrement pour supplier Pie XI, le pape d’alors, d’agir au plus vite, afin de sensibiliser le monde à cette « honte noire », et d’obtenir des autorités parisiennes « le retrait des troupes françaises de couleur ».

C’est le même scénario qui se reproduit à la libération de Rome, en juin 1944. Les soldats noirs qui, malgré la requête de Pie XII, occupent la capitale italienne, font, eux aussi, l’objet de protestations de l’ancien cardinal devenu pontife. Non pas pour avoir prétendument violé de pauvres femmes italiennes ou allemandes sans défense, mais parce qu’ils fréquentent assidument un… bordel, situé au 186 via Babuino.

Pie XII, qui trouve la chose « offensante pour la morale », obtient la fermeture de l’établissement, mais ne trouve, en revanche, rien à redire sur les activités des autres maisons closes, assiégées par les soldats italiens, américains et européens.

Est-ce pour se racheter ? Quelques mois après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Pie XII fustige le racisme… américain, allant même jusqu’à relever de ses fonctions un prêtre d’une paroisse d’Indianapolis, coupable d’avoir déclaré publiquement qu’« aucun Noir ne pourrait jamais atteindre la sainteté ». Trop tard !

Serge Bilé et Audifac Ignace

Source: Le Blog de Serge Grah

samedi, 16 janvier 2010

SERGE BILE RACONTE HOUPHOUET

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Il y a 16 ans, le 7 décembre 1993, disparaissait le président Félix Houphouët-Boigny. Quatre mois avant sa mort, j’avais eu la chance de l’interviewer à son domicile parisien au boulevard Masseran où, gravement malade, il vivait reclus depuis plusieurs semaines. Ce fut le tout dernier entretien qu’il accorda, d’où la grande valeur que j’accorde à cette photo. J’ai, dans mon livre SUR LE DOS DES HIPPOPOTAMES (2006), raconté cet instant inoubliable passé avec ce grand homme.

Extrait : « Je me rends boulevard Masseran avec une certaine curiosité. Sur place, je retrouve quelques collègues venus spécialement d’Abidjan. Le chef du protocole nous conduit ensuite dans un grand salon où trône un vieillard affaibli, à l’allure fragile et modeste au milieu de ce luxe écrasant. L’image me frappe aussitôt.

À quelques mètres de moi, démuni et seul, se tient l’homme qui a mené le pays jusqu’à son indépendance avant de le tenir avec la plus extrême fermeté de cette même main que je vois aujourd’hui tremblotante ; un homme dont le combat a débuté il y a plus de soixante ans, lorsque, au début des années trente, il prenait la tête de la contestation contre l’accaparement des terres par les grands propriétaires coloniaux et contre une politique économique qui pénalisait les planteurs ivoiriens. Un homme qui réussissait, quinze ans plus tard, à abolir le travail forcé dans l’ensemble des colonies françaises…

Pourquoi le cacher ? J’éprouve alors un élan de sympathie pour le combattant que le pouvoir a isolé, mais qui demeure une icône vivante pour tant d’Ivoiriens, ce vieillard de près de quatre-vingt-dix ans que la maladie va bientôt emporter. Le chef du protocole referme les portes, et nous nous retrouvons seuls, lui et nous, dans l’immense pièce. Mais au moment de commencer l’entretien, je sens comme une gêne. Aucun de mes confrères ne veut poser la première question. Je réalise alors, moi qui n’ai jamais vu Houphouët de ma vie, à quel point il était craint ! Qu’à cela ne tienne, je me lance. Je pourrais être le petit-fils de l’homme que j’interroge, je n’en perds pas mes moyens pour autant, même si je sens l’émotion monter. « Comment allez-vous, Monsieur le Président ? Pourquoi ne rentrez-vous pas en Côte d’Ivoire ? » Tous les micros s’abritent aussitôt derrière le mien. Houphouët-Boigny, en vieux renard de la communication, ne se démonte pas, balaie d’un revers de main toute allusion à sa santé. J’enchaîne, sans me démonter, les questions, même si, très vite, Houphouët-Boigny capture la parole et se lance dans une évocation grandiose de la Côte d’Ivoire éternelle et de son propre rôle historique.

Difficile de lutter avec les politiques qui possèdent l’art de la parole ; et ceux qui se souviennent des conférences de presse de De Gaulle ne me démentiront pas. Ce sera sa dernière interview. Trois mois plus tard, le 7 décembre à 19 heures, Houphouët-Boigny mourut. Et c’est à moi qu’il revint de l’annoncer à la télévision. Ce soir-là, le hasard voulut que je présente le journal. C’était à Cayenne, où je venais de prendre un nouveau poste. Que pouvaient bien penser ceux qui me regardaient à cet instant, les Guyanais qui, pour beaucoup, ne connaissaient pas le nom d’Houphouët-Boigny ?

Cette mort m’a touché au-delà de ce que j’aurais pu prévoir. J’angoissais sans doute de savoir mon pays désormais livré à l’inconnu. Quand la dépêche est tombée, dans la matinée, un état d’abattement étrange s’est emparé de moi. Je suis sorti pour marcher, hagard, dans les rues de la ville. Puis je me suis enfermé dans le premier cinéma venu. Mais Germinal n’a rien fait pour m’arracher à la tristesse !

Quelques semaines, plus tard, « le vieux » fut enterré à Yamoussoukro, sa ville natale. Nous fûmes alors nombreux à ressentir les mêmes sentiments contradictoires : après avoir déploré les dérives du régime, nous ressentions le choc de la disparition d’Houphouët-Boigny et l’angoisse du vide qui suit la mort de tels patriarches. En chacun de nous, agacement et fascination se mêlaient. Nous le savions, la disparition de cet homme aussi adulé que vilipendé allait enfin nous permettre de juger son action de manière objective, et de dresser un bilan qui ne pourrait être que contrasté. Mais pour l’heure, nous nous retrouvions sonnés par l’événement.

Aujourd’hui, les choses apparaissent plus clairement. Au crédit de ce long règne : la volonté de fédérer des ethnies morcelées en une nation, et une politique d’ouverture en direction des étrangers. Houphouët-Boigny n’a jamais privilégié le droit du sang sur celui du sol. Il fut même l’un des rares dirigeants africains à ne jamais tomber dans la dérive nationaliste. D’autre part, du moins dans les premières années, son régime a équipé le pays en infrastructures modernes et indispensables, routes, écoles, hôpitaux. Enfin, il a su maintenir une bonne entente avec les pays voisins, ne choisissant jamais la voie de la guerre comme solution. Même lorsque des tensions sont apparues avec notre voisin direct, le Burkina Faso, il n’a jamais joué la politique du pire.

Politiquement et économiquement, de grandes avancées ont donc été accomplies sous sa présidence. Peut-être qu’à certains moments le fameux miracle ivoirien releva plus du mirage, mais nul ne contestera la réalité du travail qui a été accompli pour le pays. Pour l’essentiel, les Ivoiriens vécurent sous un régime calme, peu policier, et lorsque Houphouët-Boigny aimait à répéter qu’il n’avait « pas de sang sur les mains », il n’était pas loin de la vérité, telle du moins qu’on peut la juger à l’aune d’un continent où les luttes sont trop souvent meurtrières. Mais rien de cela ne peut faire oublier le passif de son bilan.

Afin de se maintenir au pouvoir, Houphouët-Boigny a au fil du temps mis en place un régime de la peur et de la délation, chacun surveillant chacun, tout le monde craignant d’être écouté au téléphone comme en public. Par ailleurs il a développé clientélisme et corruption, et a, sinon pioché dans la caisse lui-même, du moins fermé les yeux sur certaines pratiques douteuses de son entourage. D’autre part, à ne pas développer de nouvelles filières économiques dans le pays, il a pris la grave responsabilité de ne pas offrir de perspectives aux jeunes. Le régime se targuait d’avoir su éviter les violences. Même si elles restèrent peu nombreuses, elles existèrent tout de même et, lorsqu’elles se produisirent, furent terriblement sanglantes.

Ainsi, dans les années soixante-dix, Kragbé Gnagbé, qui avait suivi des études dans les pays de l’Est, voulut créer un parti politique. Houphouët-Boigny en prit ombrage et ordonna le massacre du village dont il était originaire Gnagbé. On a parlé de quatre mille morts ! Comment s’étonner, dans de telles conditions, que tant d’Ivoiriens entretiennent aujourd’hui des désirs de revanche ? Houphouët-Boigny a laissé un pays en paix, mais à l’intérieur duquel tous les germes de guerre civile étaient déjà à l’œuvre, comme on le constate aujourd’hui. »

Par Serge Bilé
serge.bile@orange.fr

Source: Le Blog de Serge Grah

20:04 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : côte d'ivoire, serge bilé, félix houpouet-boigny, boulevard masseran | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 24 novembre 2009

SERGE BILE, INVITE DU PROCHAIN CAFE LITTERAIRE

INVITATION CAFE LITTERAIRE.JPG

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10:40 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : serge bilé, 25ème café littéraire, case des arts, nid de cocody, abidjan évènement littéraire | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 30 octobre 2009

AU SECOURS, LE PROF EST NOIR!

AU SECOURS LE PROF EST NOIR.jpg

Peut-on être noir et enseignant en France ? La question a de quoi surprendre. Et pourtant nombreux sont les profs antillais et africains, de la maternelle à la terminale, qui se la posent chaque matin en se rendant dans leur salle de classe.

Confrontés à des élèves qui moquent leur accent ou leur couleur, des parents qui les déconsidèrent et des collègues qui doutent de leur compétence, ils doivent également surmonter bien des obstacles pour obtenir leur titularisation.

Un quotidien que ces enseignants vivent particulièrement mal d’autant que l’Education nationale ne fait rien, selon eux, pour les aider. Bien au contraire ! Elle les envoie en priorité dans les banlieues chaudes à majorité black et beur.

Profs noirs dévalorisés pour élèves noirs défavorisés. S’achemine-t-on vers des ghettos, comme au Canada ou en Angleterre, où existent déjà des écoles pour Noirs dans lesquelles élèves et professeurs se retrouvent entre eux ?

Ce livre, véritable plongée au cœur du système scolaire, donne la parole, pour la première fois, à des hommes et des femmes qui souffrent de ne pas être reconnus à leur juste valeur dans un monde toujours persuadé que le savoir est blanc.

Source: Le Blog de Serge Grah

jeudi, 08 octobre 2009

CENSURE A LA RTI: MONSIEUR BROU AMESSAN PIERRE, VOTRE ATTITUDE EST LAMENTABLE!

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Une réaction du Dr Kobé Ziri Cécile, Ethno-sociologue, à la censure du film documentaire de Serge Bilé par la RTI...


Monsieur le Directeur Général de la RTI,

A l'heure où la liberté d'expression semble être un droit acquis et où la censure dans notre pays a pris sa place dans les livres d'histoire, on apprend avec effroi que vous avez décidé de « frapper » le film documentaire de notre compatriote Serge Bilé intitulé « Une journée dans la vie de Marie-Madeleine ». Son crime, rompre le silence sur la prostitution des religieuses africaines au Vatican ». La justification que vous donnez à cette censure n’est pas à une incohérence près, puisque vous dîtes, Monsieur le Directeur Général, que « la télévision, service public, a pour missions de rapprocher les peuples et de concilier les divergences… (et) notre pays qui sort d’une profonde crise sociopolitique doit s’appuyer sur la RTI pour réconcilier les esprits et éviter de créer d’autres scissions… (et qu’il) n’est pas sain de mettre sur la place publique la vie des hommes et des femmes qui, malgré leurs faiblesses humaines, ont décidé de se consacrer à Dieu.». Le fait, Monsieur le DG, que vous repreniez ce genre de clichés, sans le moindre esprit critique, constitue non seulement une grave faute professionnelle, mais aussi un vrai délire. Car un tel argumentaire apparaît comme un signal désastreux envoyé aux Ivoiriens. Tant il est ridicule et ne résiste à aucune analyse sérieuse.

La télévision est un média public (sic) dans un État laïc. C’est pourquoi, Monsieur le Directeur Général, il vous faut rejeter ces oppositions puériles entre les « bons » et les « méchants » pour donner à cette question du comportement peu catholique de certains religieux toute sa lisibilité dans l'opinion publique ivoirienne. Et vous ne devez pas laisser croire que la laïcité peut être à géométrie variable, qui épouserait le cours du temps, et évoluerait à (votre) loisir. Non. La laïcité est un principe intangible qui détermine toute République… Elle est à la fois éthique et une règle de vie sociale. Parce qu’elle affirme le respect des autres, en tant que personnes égales en dignité, en droits et en devoirs, dans l’acceptation positive de toutes les différences, qu’elles soient d’ordre sociologique, culturel, spirituel ou ethnique. Elle est le respect des croyances, à condition que celles-ci ne visent pas à porter atteinte aux opinions et aux convictions des individus qui « pensent » autrement.

Par ailleurs, dans la situation qui est la notre, il est indécent de diriger un bien public à la lumière exclusive de sa foi religieuse… Ce qui est une manipulation doublée d’une escroquerie intellectuelle. Car il faut écarter tout intégrisme sectaire de ce documentaire qui n’a pour seul objet que d’exposer des faits de notre société, enfin de laisser la place à la réflexion qui permet d'en débattre publiquement et d'en juger librement.

C’est vrai que ça peut paraître provocateur, dans une société où la télévision nationale ne s’est pas trouvé d’autre vocation que d'offrir « le tout ludique » et « le tout divertissant ». Il faut que vous arrêtiez d’infantiliser le peuple ivoirien et que vous le laissiez se nourrir de la confrontation des opinions pour améliorer la réflexion individuelle et collective. Pourquoi Monsieur le Directeur Général, voulez-vous susciter et développer dans l’esprit de la population, des allergies face à la recherche de la Vérité ? Qu’a donc dit Serge Bilé que vous voulez cacher aux Ivoiriens ? C’est bien à force de vouloir couvrir les choses ou de laisser les autres s’exprimer pour eux, que les ivoiriens vivent dans des confusions monstrueuses et mensongères qui faussent leurs choix et les empêchent, malheureusement, de se construire.

À mon avis, le danger qui guette la paix sociale dans notre pays réside dans ce genre d’amalgames scandaleux. Car, il est dommage, Monsieur le DG, que vous n’ayez pas encore compris que nous vivons, avec l’avènement des inforoutes et de l'unification du monde qui en résulte, sans doute un des plus grands bouleversements de l'humanité. Une période de rupture où les idées changent, où d'anciennes évidences et les réponses qu'elles donnaient se révèlent complètement inadaptées. C’est en cela que les médias, en l’occurrence la télévision, doivent jouer le rôle d’éclaireur des consciences. En amenant la population à développer son sens critique et à mieux comprendre les grands enjeux du monde actuel. C'est vraiment affligeant et lamentable que sous prétexte de « faiblesses », vous encouragiez des prêtres pédophiles à continuer tranquillement d’abuser de nos enfants… et que vous exhortiez tous ces prêtres, incapables de tenir la promesse de leur propre Foi et, qui passent donc le clair de leur temps entre les jupons des paroissiennes, à continuer leur honteuse besogne. Non, Monsieur Pierre Brou Amessan ! Il faut les dénoncer afin qu’ils sortent des rangs, parce qu’il est évident qu’ils n’en ont pas la vocation.

Et puis, Monsieur le DG, si on regarde de près ce qui se passe dans le média que vous dirigez, on constate avec révolte que, ce qui est traumatisant, c’est bien les programmes que vous diffusez. La télévision est devenue une arme de destruction massive... de cerveaux. N’y a-t-il rien d’autres à montrer dans cette télévision que danser ? J’ai mal à « Notre Télévision ». Et je crois que vous feriez mieux de prendre au sérieux ce rejet de la télévision nationale ivoirienne… Vous êtes peut-être le seul à ne pas remarquer que les programmes de « votre » Télévision sont aussi indigents les uns que les autres, stupides et abêtissants. En dehors des journaux télévisés et de quelques (très) rares documentaires, ils sont constituées d’émissions de variétés musicales, de séries brésiliennes machistes, idiotes et sans intérêt et de re-re-retransmission de films… qui montre combien vous êtes frappés d’un terrible deuil de l’imagination créative. Toute chose qui atteste d’un particularisme typiquement ivoirien, se traduisant par un désintérêt pour tout ce qui touche au domaine culturel et de la réflexion. Ainsi, entre le sexe, la violence et le culte de l’argent, la télévision ivoirienne n'a pas fini de choquer… Mais diantre ! Jusqu'où iriez-vous, Monsieur le Directeur Général, pour prendre ainsi nos enfants en otage ? La rentrée des classes a démarré depuis le 14 septembre 2009. Mais « votre » Télévision n’en a cure. Il ne faut surtout pas que les enfants aillent à l’École. Il faut suffisamment les détraquer... « C’est parce qu’ils ont été tard en vacances » a-t-on entendu dire piteusement. Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale, vous feriez mieux de consulter dorénavant le DG de la RTI avant de fixer la date de la rentrée des classes dans notre pays. S’il vous plaît ! N’en riez surtout pas. C’est tellement triste et désespérant !

Comment veut-on former des citoyens pour Demain dans un tel environnement de zombification des enfants de ce pays ? Et c’est là le point important et délicat, parce qu’on ne peut enseigner une certaine éthique aux enfants qu’en leur offrant des activités saines et en leur présentant des modèles édifiants. Et pourtant la télévision, dont l’impact sur la population est indéniable, pourrait être un formidable outil d’éducation et de formation. Oui, elle pourrait l’être, mais il est assez peu probable qu’elle le devienne, car en faire un instrument culturel bénéfique représente une tâche particulièrement ardue pour ses dirigeants. Car où faut-il aller chercher ces personnes capables de proposer un programme de qualité ? Voici donc la difficulté fondamentale, interne, qui est à l’origine de cette dégradation de « Notre Télévision ».

Comme vous le voyez, Monsieur le DG, la censure que vous infligez au film de Serge Bilé et l’argumentaire qui la soutient montrent à quel point vous voulez maintenir les Ivoiriens dans une situation permanente de non-réflexion… En les poussant à la consommation et à la reproduction de clichés et autres sous-cultures des autres, vous travaillez à les nourrir de l'espoir d’un changement miraculeux de vie, comme le révèle « la vie de Gaspard ».

Si chez nous, la télévision ne sert qu’à faire danser et à promouvoir la médiocrité, ailleurs, dans les pays qui veulent avancer vers le développement, elle joue un rôle culturel et éducatif fondamental. Elle transmet les valeurs éthiques, morales, sociales, culturelles et les bonnes mœurs. Parce que tout simplement, la télévision est devenue le lieu où se poursuit, après la famille et l’école, la socialisation des citoyens. La transmission des valeurs, Monsieur le DG, est nécessaire dans toute société civilisée, et que les citoyens d’une telle société, c’est-à-dire les citoyens civilisés, qui ont un comportement civique, un sens du discernement et de la responsabilité, ne sont pas le produit du hasard mais d’un processus éducatif rigoureux et cohérent. Soyons, s’il vous plaît, un tout petit peu ambitieux pour notre avenir et pour notre pays !

Dr Kobé Ziri Cécile
Ethno-sociologue
kobececile@yahoo.fr

Source: Le Blog de Serge Grah

vendredi, 13 mars 2009

SERGE BILE: LE RACISME, UNE PRATIQUE ORDINAIRE AU VATICAN

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À deux semaines de la visite du pape Benoît XVI en Afrique, un essai de Serge Bilé relance la polémique sur la ségrégation raciale au sein de l’Église catholique.

« J’ai fait de la réhabilitation de l’image des Noirs un combat. » Après Noirs dans les camps nazis, La Légende du sexe surdimensionné des Noirs, Quand les Noirs avaient des esclaves blancs, Serge Bilé, qui passait pourtant pour un bon catholique, a publié en janvier Et si Dieu n’aimait pas les Noirs : enquête sur le racisme aujourd’hui au Vatican (éd. Pascal Galodé). Un ouvrage que le journaliste franco-ivoirien, actuellement en poste à RFO-Martinique, a coécrit avec un confrère camerounais, Audifac Ignace. Il suscite déjà une très vive polémique. Mgr Méranville, archevêque de Martinique, a appelé ses fidèles à ne pas acheter un ouvrage « stercoraire », adjectif qualifiant les espèces animales ou végétales se nourrissant d’excréments…

Vous attendiez la première visite du pape Benoît XVI en Afrique pour sortir votre livre ?

Non. J’ai rencontré Ignace Audifac lors d’une conférence à Rome début 2005. Nous partagions la même idée : écrire sur les trois papes africains de l’Histoire, Victor Ier (189-199), Miltiades (311-314), tous deux d’origine nord-africaine, et Gélase Ier (492-496), né à Rome de parents africains, alors que l’on commençait à évoquer l’idée d’un pape noir pour succéder à Jean-Paul II. Il m’a présenté quelqu’un qui nous a remis le télégramme envoyé par l’ambassadeur de Grande-Bretagne au Saint-Siège, sir d’Arcy Osborne, au commandement des forces alliées en 1944. Ce courrier demandait, sur requête de Pie XII, qu’aucun soldat noir ne soit déployé à Rome pour la libération. Cela nous a donné envie d’enquêter sur le racisme au Vatican à travers les siècles, ainsi que sur la vie des religieux africains dans la capitale italienne.

On doit néanmoins à Pie XII la nomination du Béninois Bernardin Gantin à la tête de l’évêché de Cotonou, faisant de lui le premier Noir à diriger, à 34 ans, un diocèse dans toute l’Afrique de l’Ouest…

C’est vrai. Mais cette nomination fut une réponse à la protestation d’un groupe de séminaristes antillais et africains, faisant leurs études à Rome, qui ont publié en 1956 un livre retentissant, Les prêtres noirs s’interrogent, pour dénoncer le manque de considération du Vatican à leur égard. En fait, Pie XII a toujours eu une attitude ambiguë. Quand il était nonce apostolique en Allemagne, il s’est associé à la campagne internationale de dénigrement, orchestrée par les nazis, de soldats noirs de l’armée française accusés d’être des violeurs et de répandre la syphilis. Ce n’est pas le seul pape à avoir eu des positions critiquables. Pie XI n’a lui, rien trouvé à redire aux lois raciales adoptées par Mussolini contre les Noirs en Italie et a fait marche arrière, après avoir dénoncé les exactions de l’armée italienne en Éthiopie, de peur de s’attirer les foudres du Duce.

Vous écrivez « l’Église est humaine jusque dans la curie ». La hiérarchie serait donc elle aussi minée par le racisme ordinaire ?

Ce n’est pas moi qui le dis. C’est l’ancien secrétaire de Gantin, l’évêque béninois Paul Vieira. Voir un Noir gravir les échelons est difficilement accepté en Italie. Gantin, comme l’évêque zaïrois Emery Kabongo, secrétaire particulier de Jean-Paul II, ont subi l’hostilité de prélats et citoyens européens qui n’ont aucune considération pour les ecclésiastiques africains ou asiatiques. Certains ont reçu des insultes, des courriers xénophobes et ont même été agressés par des inconnus, comme Kabongo, dans un passé récent. Gantin avait confié que les prélats africains devaient en faire deux fois plus pour être reconnus.

Autre révélation de votre ouvrage : il y aurait une centaine de prêtres africains « clochards » à Rome…

Ces prêtres, qui viennent compléter leur formation dans la capitale romaine, sont envoyés par leurs évêques avec une bourse qui suffit à peine pour payer leur nourriture et leur loyer. Ils sont amenés à faire des petits boulots, comme célébrer des messes dans les familles au détriment de leurs cours. Si bien que certains ne parviennent pas à finir leurs études et restent sans pouvoir renouveler leur carte de séjour.

Une cinquantaine de sœurs seraient également « en délicatesse avec leur vocation »…

Le sujet est tabou. Nous avons eu un mal fou à trouver des personnes qui ont bien voulu nous parler. Mais il y a effectivement des religieuses noires qui exercent le plus vieux métier du monde pour 50 ou 100 euros auprès d’hommes d’affaires mais aussi de prêtres blancs ou noirs. Cela pose le problème de la vocation. Beaucoup de filles entrent dans les ordres en Afrique pour échapper à la misère. Arrivées en Italie, elles se retrouvent souvent sans moyens, corvéables à merci. Elles ne résistent pas toujours aux avances d’un prêtre ou d’un évêque. Le Vatican n’est bien évidemment pas complice. Mais, dans certains cas, les autorités ferment les yeux. Il y a une filière congolaise que l’on peut difficilement ne pas connaître à Rome…

Vous dénoncez encore les discriminations quotidiennes à l’égard des religieuses et des prêtres africains…

Les sœurs noires sont souvent chargées des tâches ingrates quand leurs consœurs européennes se voient confier les fonctions administratives. Les prêtres africains qui enseignent dans les collèges catholiques mettent plus de temps à être titularisés que les Européens…

Pourquoi se murent-ils dans le silence ?

La peur des sanctions, le carriérisme…

On ne parle plus trop aujourd’hui d’africanisation des pratiques, d’acculturation…

C’est totalement vrai. On fait même marche arrière. Le pape vient de réintégrer toute la communauté de la fraternité Saint-Pie X, dont certains membres sont négationnistes. Tous sont opposés à Vatican II, qui a marqué l’ouverture de l’Église, notamment en matière d’acculturation, et la fin de la malédiction de Cham, utilisée pour justifier le racisme et l’esclavage des peuples d’Afrique noire. En réintégrant 100.000 intégristes, on les conforte dans leurs positions – n’oublions pas qu’ils frayent avec l’extrême droite en France et en Belgique – passéistes et intégristes. On peut se demander si le pape ne partage pas certaines de leurs idées quand on voit qu’il a remis au goût du jour la messe en latin et la prière de conversion aux juifs.

Benoît XVI a-t-il une politique africaine ?

J’espère que son voyage africain en mars nous permettra d’en savoir plus. Beaucoup pensent qu’il se désintéresse de l’Afrique et reste très centré sur l’Europe. Jean-Paul II s’est rendu treize fois sur le continent. On a presque l’impression que Benoît XVI y va à contrecœur quatre ans après son élection. Jusqu’à présent, son message s’est limité aux incantations habituelles contre la guerre ou le sida.

L’Afrique est pourtant le continent où la dynamique d’évangélisation est la plus forte…

C’est paradoxal, mais les Africains – qui ne comptent que quinze cardinaux contre quarante italiens – sont sous-représentés au sein de l’Église.

Avec l’élection d’Obama, on se remet à parler de pape noir…

Ce serait un symbole fort. Mais certains considèrent, comme feu le théologien camerounais Jean-Marc Ela, que cela ne change pas grand-chose, car les ecclésiastiques africains, à l’exception de certains, sont devenus plus romains que les Romains. Francis Arinze est, comme Benoît XVI, opposé à l’avortement, au préservatif et à l’ordination des femmes prêtres. Gantin l’était aussi.

Par : Propos recueillis par Pascal Airault
Source : Jeune Afrique l’Intelligent

15:39 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : vatican, racisme, bénoît 16, serge bilé, serge grah, rfo-martinique, ségrégation raciale | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |