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mardi, 06 mars 2012

GOUVERNANCE DE OUATTARA: AUTANT EN EMPORTE LA BETISE


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Adama Toungara

Alors que les populations ivoiriennes sont encore en proie à des délestages dans plusieurs zones du pays, le gouvernement d'Alassane Ouattara, par la voix de son ministre de l'Énergie Adama Toungara, se joue de la souffrance des Ivoiriens.

Dans une récente déclaration, ce dernier a tenté de justifier les jours durs qui attendent les Ivoiriens et, par la même occasion, à dédouaner son mentor de toute responsabilité, le présentant plutôt comme « Super Ouattara », l'homme qui, en moins d'un an, a fait de la Côte d'Ivoire un havre de paix, de joie et de bonheur parfait.

A bien comprendre le ministre, la population ivoirienne devrait même se réjouir des délestages qu'elle subit. Et pour cause : ils sont la preuve que le grand docteur ès-sciences économiques travaille. En fait, il travaille tellement bien, depuis son arrivée au pouvoir, que la Côte d'Ivoire totalise, en moins d'un an, près de 6000 milliards de francs CFA de dettes, alors que le point d'achèvement de l'initiative PPTE est censé conduire à l'effacement de 6500 milliards sur un total de 10 000 milliards de francs CFA de dettes.

Ouattara creuse donc un trou pour en boucher un autre, là où son prédécesseur, Laurent Gbagbo, avait fait des mains et des pieds pour que la Côte d'Ivoire puisse, chaque année et pendant huit ans, repayer régulièrement sa dette. La croissance qui, en 2000, était de -3%, est passée à 4% en 2010. Cependant, moins d'un an après l'accession au pouvoir de Ouattara, le taux de croissance de la Côte d'Ivoire a chuté à -5,8%, contrairement au 10% annoncé.

La pauvreté n'a donc jamais été aussi forte et le désespoir si grand pour les Ivoiriens. A ce jour, de nombreux salariés n'ont toujours pas touché leur paie quand beaucoup d'autres s'attendent déjà à n'avoir que la moitié de leur salaire. Chômage, insécurité, cherté de la vie, baisse du pouvoir d'achat, licenciement massif : voilà le fruit du travail de Ouattara.

Par quel mécanisme le ministre Toungara peut-il donc affirmer que tout va tellement bien, que « les familles ont acheté des réfrigérateurs et des congélateurs partout », afin de justifier les coupures intempestives d'électricité ? C'est intolérable et révoltant ! Par quel miracle compte-t-il trouver les 200 milliards de francs CFA qu'il a pompeusement annoncés le 2 mars 2011 sans creuser encore plus profondément le fossé de l'endettement ? Personne ne devrait pouvoir se cacher derrière l'ignorance et les faux-semblants. Le régime de Ouattara expose chaque jour son incompétence, l'immoralité de ses choix politiques et se moque du peuple et de sa conscience.

Cette déclaration serait risible si la situation n'était pas aussi dramatique. Quel est le fondement d'une telle explication, au moment où le prix des carburants flambent dans le Nord du pays, qu'il ne se passe pas un seul jour sans que les FRCI n'agressent ou n'assassinent de pauvres civils innocents, que le prix des denrées alimentaires est passé du simple au double et que les travailleurs sont victimes de la politique de « rattrapage ethnique » chère à Ouattara ?

Il faudrait peut-être se demander si le ministre ne fait pas allusion aux pillages de masse commis par les hordes de rebelles et de mercenaires venus du Nord du pays pour installer Alassane Ouattara au pouvoir. Mais dans ce cas, le terme qu'il devrait plutôt employer serait « vol et recel de bien volé »...

Faut-il pour autant être étonné de ce cynisme ? Probablement non. Le ministre Toungara lui-même avoue que Ouattara avait « prévenu de ce qu'il ferait du pays lorsqu'il arriverait au pouvoir ». Mais ce cynisme dénote aussi de la fébrilité et de la perte complète de contrôle des affaires du pays par Ouattara. Quand, à cause de simples rumeurs d'augmentation des tarifs du transport en autobus, le directeur général de la SOTRA parle « d'incitation à l'insurrection », c'est que ce régime est loin de baigner dans la sérénité. Par ses ridicules sorties médiatiques, le gouvernement Ouattara tente alors de maquiller la réalité et de détourner l'attention du peuple des vrais problèmes.

Pendant combien de temps les Ivoiriens supporteront-ils ces humiliations et ces souffrances? Il est grand temps que Ouattara commence à se préoccuper des difficultés qui s'accumulent en Côte d'Ivoire. Sinon, le peuple ne tardera pas à lui retirer totalement sa confiance, si ce n'est déjà fait.

D'évidence, Alassane Ouattara est incapable de gérer la Côte d'Ivoire. Lui qui pensait que ses amis occidentaux le couvriraient d'argent, se retrouve aujourd'hui, au pied du mur. Son gouvernement, dans l'intérêt général, gagnerait à engager un dialogue franc avec l'opposition qui chaque jour se bat pour qu'un contre-pouvoir crédible équilibre la vie politique de la nation.

Tant qu'il continuera d'ignorer les appels au retour à des valeurs démocratiques et au respect de la Constitution, Alassane Ouattara continuera tout seul à conduire tout un pays dans l'abîme. Parce que, quand les lois ne règnent pas, ce sont les hommes qui le font. Et la communauté internationale qui l'a porté au pouvoir, commence déjà à se poser de sérieuses questions...

L'homme est donc condamné à cohabiter avec l'opposition. C'est ce qu'il y a de mieux à faire pour lui et pour la Côte d'Ivoire.


Mohamed Radwan est un chercheur et analyste politique ivoirien.


Source: PENSEES NOIRES.INFO

jeudi, 23 février 2012

ALASSANE OUATTARA, L’HOMME PAR QUI LE CHOMAGE ETHNIQUE EST ARRIVE


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Le 6 mai 2012, Alassane Dramane Ouattara achèvera sa première année à la tête de la Côte d'Ivoire. Dans le microcosme RHDP en général et RDR en particulier, l'on pourrait s'attendre à de nouveaux feux d'artifice dans le ciel abidjanais, à l'image de la «fête des lumières» célébrée par le couple présidentiel à l'occasion de la fin d'année 2011.

Un constat s'impose pourtant: Au lieu du million d'emplois promis lors de sa campagne électorale de 2010, ce sont plutôt des milliers de chômeurs en plus qu'Alassane Ouattara a déversé en Côte d'Ivoire depuis son accession à la magistrature suprême il y a près d'un an maintenant. En effet, à peine installé au pouvoir, le nouveau président a procédé à des purges impressionnantes dans l'Administration et les entreprises publiques, sous prétexte d'en réduire les effectifs jugés pléthoriques. Cela pourrait être louable si les personnes licenciées ou mises au chômage n'étaient pas automatiquement remplacées par des militants nordistes de Ouattara et de son clan, ou par des membres de leurs familles. Il ne s'agit donc pas de nécessaires opérations de dégraissage ou de mises au chômage technique, mais bel et bien d'un nouveau concept créé par le pouvoir en place, qui se fait au nom des nordistes de Côte d'Ivoire : le chômage ethnique. Selon le secrétaire général adjoint de l'Union Générale des Travailleurs de Côte d'Ivoire (UGTCI), ce sont près de 80.000 employés qui avaient, au mois d'août 2011, perdu leurs emplois des suites de la crise postélectorale.

La tribu comme premier critère qualifiant

Les dernières manœuvres en date sont celles opérées, entre autres, au sein du Port Autonome d'Abidjan, de la Radio Télévision Ivoirienne (RTI), du ministère de la Construction, de l'Assainissement et de l'Urbanisme et de la Société des Transports Abidjanais (SOTRA), où plus d'un millier de personnes ont été mises sur la touche pour être supplantées par des gens qui partagent tous des caractéristiques communes : avoir la bonne religion, être originaire de la bonne région, militer au bon parti et appartenir au bon clan.

Ce tribalisme d'Etat domine également l'affectation des cadres politiques aux dépens de la compétence et de l'éthique : après plusieurs dizaines de nominations ethniques, Ouattara, lui-même originaire du Septentrion, envisage ainsi installer un autre nordiste au perchoir de l'Assemblée nationale. Confronté à ce sectarisme par des journalistes français, le président ivoirien a, sans sourciller, admis qu'il était au pouvoir pour faire du rattrapage ethnique. Loin de s'offusquer de ces propos outranciers et dangereux, le partenaire gouvernemental du RDR se mure dans un silence d'autant plus complice que son président Henri Konan Bédié est l'inventeur du pernicieux concept de l'ivoirité, totalement en phase avec le principe de la préférence ethnique pratiqué par son ex-adversaire.

Les Ivoiriens et la communauté internationale mesurent-ils la gravité des propos tenus par le Président Ouattara et sont-ils conscients des conséquences des politiques qui s'en suivent ? Ceux qui se réjouissent de l'apartheid tribal pratiqué par Ouattara et les nordistes qui assistent en silence à l'instrumentalisation de leur groupe ethnique se rendent coupables de complicité de purification et de division durable de la Nation ivoirienne en construction. Ce genre d'attitudes et de paroles maintient les populations dans un cercle vicieux de violence et de vengeance. Il est important de rappeler aux partisans du repli identitaire qui s'apprêtent à célébrer bruyamment et en grande pompe l'an Un de l'accession de leur champion à la présidence que le plus fort d'aujourd'hui ne demeurera pas indéfiniment en position d'écraser tous les autres. Nul ne peut se maintenir éternellement au pouvoir. Un jour, le règne de Ouattara prendra fin. Et après lui, les Dioula sont-ils prêts à affronter le regard et la revanche des autres Ivoiriens contre lesquels la politique de rattrapage ethnique a été élaborée et mise en place ? Sont-ils amnésiques au point d'avoir oublié comment les Baoulé ont plus ou moins disparu du paysage lorsque Bédié a perdu le pouvoir ou comment les Bété se terrent depuis la chute de Gbagbo ?

Les graves dérives langagières et politiques du gouvernement mettent en danger le peu de cohésion sociale qui subsiste et hypothèquent l'avenir des populations qui aspirent enfin au progrès, à la paix et à la prospérité. Afin d'éviter les ravages d'une nouvelle poudrière identitaire plus meurtrière que celle que le pays vient de connaître, il est donc plus que temps que les Ivoiriens responsables refusent de se laisser instrumentaliser par des individus pernicieux, uniquement préoccupés par le bien-être de leur clan, et rejettent sans ménagement tous les partis politiques au sein desquels le repli ethnico-tribal n'est pas inlassablement combattu.


Abidjan, le 22 février 2012

 

Mamadou Koulibaly

Président de LIDER


Liberté et Démocratie pour la République

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 22 février 2012

NON SEULEMENT ILS VIVENT EN EXIL, PIS ILS Y MEURENT, ET POURTANT QUE DIT NOTRE CONSTITUTION?

 

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Le Ministre d'Etat, Paul-Antoine Bohoun Bouabré, décédé en Israël

 

ILS MEURENT EN EXIL ET POURTANT...

Nous avons oublié qu'en août 2000, nous avons profondément modifié notre loi fondamentale tant les occasions de sa violation ne se comptent plus. Permettez que je rappelle à notre souvenir quelques articles de cette Constitution qui ne vous diront certainement plus rien. Il n'y a désormais plus de gouvernement pour s'y référer de temps en temps et nous donner le sentiment d'être un peuple, une nation.

L'Article 2, alinéa 1, 3 et 4 du chapitre I du titre I relatif aux libertés et aux droits stipule : « 1- La personne humaine est sacrée. 3- Les droits de la personne humaine sont inviolables. Les autorités publiques ont l'obligation d'en assurer le respect, la protection et la promotion. 4- Toute sanction tendant à la privation de la vie humaine est interdite ».

Vous souvenez-vous de la dernière fois où l'actuel chef d'Etat s'est soucié du caractère sacré de la vie humaine en Côte d'ivoire?

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Le Maire de Facobly, Gnan Raymond, décédé au Bénin


L'Article 5 du même chapitre dit ceci : « La famille constitue la cellule de base de la société. L'État assure sa protection ». Dans le dernier licenciement des 1.200 cadres de la SOTRA, au minimum 5 couples ont été mis à la rue.

A l'article 10 alinéa 2 nous avons cette formule qui nous montre peut être la justesse de la politique de rattrapage : « Toute propagande ayant pour but ou pour effet de faire prévaloir un groupe social sur un autre, ou d'encourager la haine raciale ou religieuse est interdite ».

Les deux derniers alinéas de l'article 22 du même chapitre nous enseignent que l'Etat de droit a fait place à un Etat d'exception depuis le 11 avril 2011 : « 1- Nul ne peut être arbitrairement détenu. 2- Tout prévenu est présumé innocent jusqu'à ce que sa culpabilité ait été établie à la suite d'une procédure lui offrant les garanties indispensables à sa défense ». Il n'est certainement pas le plus protecteur de nos libertés, mais il est certainement l'article de notre constitution dont la violation est la plus pernicieuse actuellement.

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Le Maire de Cocody, Gomont Diagou, décédé au Ghana


L'alinéa 1 de l'article 12 dit : « Aucun Ivoirien ne peut être contraint à l'exil ». Non seulement ils vivent en exil, pis ils y meurent. Même par tous les euphémismes, on ne dira pas dans une totale indifférence du pouvoir public ivoirien. Fait comme des rats, les pro-Gbagbo sont tous victimes d'un plan diabolique d'extermination. Contraints à l'exil avec leurs comptes gelés, Dramane Ouattara sait qu'ils n'ont aucune chance d'échapper à la mort ainsi programmée.

Joseph Marat

 

Lu sur RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL


Source: Le blog de Joseph Marat

jeudi, 09 février 2012

IVOIRIEN, LE RHDP TE PARLE: DONNE TA VOIX AU LICENCIEMENT MASSIF ET A LA MISERE!


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"RHDP Solutions pour l'emploi - Ivoirien, le RHDP te parle: Ne donne pas ta voix au chômage". C'est avec de tels slogans de campagne qu'on a trompé les Ivoiriens qui voulaient bien se laisser tromper. Nous sommes des millions à ne pas y avoir mordu. Nous voyions venir l'arnaque. Et nous avons eu raison. Appréciez:


Présidence de la République: Licenciement de 1.300 personnes par Alassane Ouattara.

Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI): Mise à l'écart de 322 agents.

Port Autonome d'Abidjan (PAA): 120 employés mis au chômage.

Société des Transports Abidjanais (SOTRA): Mise au chômage technique de 1200 agents, soit près du 1/3 du personnel de l'entreprise.

Agence Nationale de la Formation Professionnelle (AGEFOP): 32 agents reçoivent leur lettre de licenciement.

Air Ivoire: 482 employés laissés sur le carreau.

Palaces de Côte d'Ivoire: Licenciement de 260 agents.

Bureau National d'Etudes Techniques et de Développement (BNETD): Des mois d'impayés de salaire depuis 2011.

Assemblée Nationale: Salaires du personnel impayés depuis de longs mois.

Conseil Economique et Social: De nombreux membres du personnel mis à l'écart sans préavis, à l'arrivée du tout nouveau locataire.

Des centaines de PME/PMI ont mis la clé sous le paillasson ou sont en difficulté économique: Des milliers d'Ivoiriens sont au chômage et des milliers d'autres vivent par à-coup, avec des salaires réduits ou payés au compte goutte.


"RHDP Solutions pour l'emploi - Ivoirien, le RHDP te parle: Ne donne pas ta voix au chômage mais donne-la au licenciement massif et à la misère!", dirions-nous. Car c'est ce qui est, aujourd'hui, dans notre pays. Le chômage a bel et bien rattrapé les Ivoiriens avec le RHDP et la précarité est devenue une cruelle réalité dans la "nouvelle Côte d'Ivoire"! Où sont donc passées les pluies de milliards annoncées?


DINDE Fernand AGBO

mardi, 07 février 2012

COTE D'IVOIRE: LE TEMPS DE L'AUSTERITE

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La semaine qui vient de s'achever a été «riche» en informations inquiétantes dans la rubrique «social» en Côte d'Ivoire. Après un long et éprouvant jeu du chat et de la souris, les actuels dirigeants de la Société des transports abidjanais (SOTRA) ont annoncé la mise au chômage technique de 1200 agents, soit près du tiers du personnel de l'entreprise. Une nouvelle qui intervient après l'annonce du licenciement de 120 personnes au Port autonome d'Abidjan, et la mise à l'écart de 322 employés à la Radio télévision ivoirienne (RTI), une autre structure parapublique.

Dans une interview accordée à Onuci FM, le ministre de la Fonction publique Gnamien Konan a annoncé la possibilité d'un plan de départs volontaires et un ralentissement dans l'organisation des concours de recrutement des serviteurs de l'Etat. En ce début de mois de février, les salariés du privé ont pu constater la baisse de leur salaire net, liée à l'augmentation du taux des cotisations retraite, qui a été couplée avec un allongement de l'âge de départ à la retraite - une forme de double peine, en somme. La relance annoncée d'Air Côte d'Ivoire n'est toujours pas à l'ordre du jour, et les employés de la compagnie aérienne sont sur le carreau. L'annonce par Alassane Ouattara de la privatisation et de la liquidation des banques publiques suscite les inquiétudes parmi les employés de ces institutions, qui craignent plans sociaux et démantèlements ravageurs. Alors que l'Université est toujours fermée et que les travaux n'avancent pas à un rythme rassurant pour une reprise des cours d'ici septembre, à tel point que le ministre Cissé Bacongo fait appel à des «étudiants volontaires» dans le cadre d'un marché pourtant gagné par une  entreprise privée, qui ne fait pas dans le bénévolat. Dans les semaines ou les mois qui viennent, les prix de l'électricité et du carburant pourraient prendre l'ascenseur, les bailleurs de fonds faisant pression sur un gouvernement qui brûle d'arriver au point d'achèvement de l'initiative Pays pauvres très endettés (PPTE).

Pourquoi se voiler la face ? Pourquoi céder au messianisme anachronique des zélateurs du régime qui répètent comme un mantra «le pays est au travail» et nous font miroiter des «lendemains qui chantent» sur la seule foi des relations à l'étranger du «super économiste» ? La Côte d'Ivoire est entrée, de plain-pied, dans le temps de l'austérité. Après avoir conquis dans le feu et dans le sang un pays privé de paix et de stabilité pendant douze ans au nom de ses ambitions politiques, Alassane Ouattara fait face à la crise économique qui résulte de toutes ces années perdues en utilisant les méthodes sans originalité expérimentées sous sa houlette il y a vingt ans, alors qu'il était Premier ministre. A la hache, il se lance dans une coupe claire des dépenses publiques à travers une augmentation des prélèvements, une politique de licenciements et de gel des embauches. Et engage des privatisations des entreprises publiques dont on est en droit de penser qu'elles seront opaques, au regard des opérations de ce type menées quand il était à la Primature, et au vu de l'indécence avec laquelle ses ministres se distribuent les marchés publics.

L'austérité, donc. Dans l'état où la Côte d'Ivoire se trouve actuellement, était-elle inévitable ? Peut-être. Mais elle sera forcément mal vécue, et très mal acceptée. Pour plusieurs raisons.

Premièrement, parce que la campagne incroyablement populiste et démagogique d'Alassane Ouattara à l'occasion de l'élection présidentielle, ainsi que la mythologie sur le triptyque Argent-Diamant-Or (ADO), a inconsciemment préparé les esprits faibles à une «pluie de milliards» qui n'arrivera pas de sitôt. Quand il promettait cinq universités en cinq ans, un million d'emplois en cinq ans, quand il disait que son métier était de trouver l'argent, quand il refusait tout argument expliquant les difficultés économiques par la guerre, savait-il que sa forfanterie se retournerait contre lui s'il arrivait au pouvoir ? Etre un homme d'Etat, c'est aussi faire campagne comme un homme d'Etat, même quand il se trouve qu'on est dans l'opposition.

Deuxièmement, parce qu'il est visiblement incapable de créer l'union sacrée autour du redressement national, enfermé avec ses partisans dans un récit national subverti où ils représentent le bien absolu tandis que le camp Gbagbo représente le mal absolu, la cause unique de l'état pitoyable dans lequel se trouve la Côte d'Ivoire aujourd'hui. Mais à qui peut-on faire croire que la stratégie coûteuse de prise du pouvoir de l'actuel chef de l'Etat n'a rien à voir avec le fait que la Côte d'Ivoire soit le dernier pays africain, avec le Soudan, à n'avoir pas bouclé son programme PPTE ? Que les dizaines de bus calcinés par les activistes «républicains», notamment lors de la guerre postélectorale, n'expliquent pas en partie les problèmes apparents de la SOTRA ? Que le fait que les zones CNO ne paient pas leurs factures d'électricité pendant près de dix ans n'a pas aggravé les déséquilibres du secteur ? Que les pillages hystériques des FRCI et associés qui n'ont pas épargné les campus ne justifient pas, plus que toute autre considération, les deux années blanches qui désespèrent les étudiants ?

Troisièmement, comment peut-on accepter les sacrifices et privations alors qu'à peine installés, les copains et les coquins de la «nouvelle» Côte d'Ivoire se signalent par leur passion du «business», instrumentalisant l'Etat pour s'enrichir personnellement sans scrupules excessifs ? Alors que la RTI, par exemple, met des professionnels expérimentés à la porte pour recruter des activistes de TCI, ancienne télé pirate du RDR ? Alors que l'idéologie antirépublicaine du «rattrapage ethnique», assumée au sommet de l'Etat, se déploie sans vergogne ?

Quatrièmement, le refus quasi-structurel de ce pouvoir d'engager le dialogue social avec les syndicats et l'opposition sur les réformes qu'il juge nécessaires et de communiquer clairement avec le peuple sur les sacrifices qui lui sont et lui seront demandés n'arrange rien.

L'austérité qui vient sera difficilement acceptée. Et il est fort probable que le régime Ouattara utilise la stratégie de la tension qui lui a tant «réussi» dans l'opposition et lors de son installation au pouvoir pour empêcher, par la menace latente, la contrainte explicite ou la violence de rue, toute montée du mercure social.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER