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mercredi, 06 octobre 2010

ECONOMIE DE LA FRANÇAFRIQUE

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Par Emmanuel Martin

Les relations opaques entre la France et ses anciennes colonies en Afrique depuis les indépendances sont désormais qualifiées par le terme de "FrançAfrique", sans doute popularisé par François-Xavier VERSCHAVE. L'étude de la FrançAfrique est généralement cantonnée à des articles ou ouvrages d'associations telles Survie en France. Leur travail, important, peut parfois avoir des conclusions anticapitalistes et antimondialistes et reste essentiellement historique.

Il est cependant possible, d'une part, de fournir une critique non pas du capitalisme et de la mondialisation, mais du système de capitalisme d'État, corrompu et anticoncurrentiel qui est au cœur de ces pratiques et, d'autre part, de se servir de la théorie économique pour systématiser l'analyse.

Premièrement, le capitalisme suppose l'état de droit et notamment le respect de la propriété justement acquise, des contrats, des droits individuels, et l'égalité devant la loi.

Qu'on le veuille ou non, c'est le système qui a permis le développement économique d'une bonne partie de la planète en quelques siècles. Le rôle premier de l'État est de faire respecter l'état de droit pour qu'une saine concurrence libre puisse jouer. Le capitalisme de copinage, le fameux crony capitalism, voit au contraire des décideurs politiques favoriser certains intérêts, qui le leur rendent bien, au détriment de l'état de droit et de la concurrence libre. La relation FrançAfrique semble tenir de ce crony capitalism, et même d'une stratégie d'État.

Deuxièmement, si l'on se tourne vers les chiffres du commerce international de l'Afrique, il est difficile d'y voir un continent mondialisé.

En 2008 par exemple, le stock d'investissement direct étranger entrant en Afrique est de 3,4% du stock mondial soit un peu plus que la moitié de ce que la France à elle seule reçoit en investissements. Les exportations africaines de biens et services représentaient respectivement 2,87% et 2,52% du commerce mondial. L'Afrique, continent d'un milliard d'âmes, semble souffrir du manque de mondialisation, et des opportunités qui vont avec.

Une partie de l'explication du sous-développement africain a trait aux institutions peu propices à l'échange et à l'entreprise. Les nations se trouvent dans ce qui est parfois appelé un verrouillage institutionnel de mauvaise qualité dans lequel le changement, notamment vers un climat propice aux affaires et donc au développement économique, semble impossible.

L'analyse économique des relations de type FrançAfrique peut-elle expliquer à son tour ce verrouillage ?

Depuis une cinquantaine d'années bon nombres d'économistes se sont intéressés au fonctionnement du marché politique et des bureaucraties, faisant tomber l'hypothèse de bienveillance et d'esprit de service public des acteurs qui les composent. Cette théorie dite du Public Choice, applique l'hypothèse de la recherche de l'intérêt personnel également dans ces sphères, et a ainsi pu expliquer nombre de "défaillances de l'État".

Cette théorie repose aussi sur le fait qu'il est peu coûteux pour des petits groupes aux intérêts similaires de se coaliser pour faire pression sur le politique et obtenir avantages et protections. Il est en revanche coûteux pour les millions de contribuables de se coaliser pour se protéger des privilèges très variés qui sont accordés aux lobbies.

Sur la base de ces hypothèses, il serait possible de reconstruire le tableau de la FrançAfrique, en termes de recherche d'intérêts de la part de groupes coalisés et d'hommes politiques (une théorie n'éclairant bien sûr qu'un aspect de la réalité) :

-        Quelques grandes entreprises françaises bien implantées et jouissant d'un quasi-monopole d'exploitation, sans doute avec des prix d'achats très faibles, ou bien bénéficiant d'un marché privilégié où elles peuvent vendre très cher leurs services, n'auraient aucun intérêt à voir émerger la concurrence du fait d'un meilleur climat des affaires.

-        Quelques autocrates africains et leurs clans souhaitent, et c'est humain, conserver le pouvoir et les richesses qu'il leur procure. Ils n'auraient aucun intérêt au développement de leur pays et donc au développement d'une classe moyenne et d'entreprises qui pourraient financer l'opposition et menacer leur accès aux revenus des industries extractives. Ils pourraient aussi bénéficier de l'argent de l'aide publique qui leur permettrait de rester au pouvoir et de "boucler les fins de mois" pour payer les fonctionnaires.

-        D'ailleurs, les bureaucrates des agences publiques d'aide auraient aussi un intérêt dans ce système, puisque leurs revenus, leurs emplois, leur influence en dépendent. Leurs actions seraient en outre légitimées par un prétendu système d'aide au développement qui en réalité contribuerait en premier lieu à "acheter", avec de l'argent des contribuables, des autocrates africains, pour la stabilité qu'ils fourniraient à quelques lobbies.

-        L'État français n'aurait aucun intérêt dans la concurrence de compagnies étrangères puisqu'elle donnerait la possibilité aux autocrates africains de réduire leurs privilèges, concessions, prix préférentiels ou marchés aux quelques intérêts français. De ce point de vue le pétrole bon marché africain serait une aubaine pour l'État français qui peut accroître sa marge de taxation sous le prix socialement tolérable en France (un taux de taxation de l'ordre de 200%, ça ne se refuse pas). Si en plus ce pétrole permettait des fuites de cash qui pourraient financer les partis politiques français...

-        Par ailleurs, d'un point de vue stratégique, la dépendance énergétique aux "caprices" des marchés internationaux n'est pas tolérable pour une puissance respectable comme la France. Les approvisionnements énergétiques sont une stratégie d'État. Si en outre, un de ces approvisionnements constituait le socle de la politique d'expansion des marchés énergétiques de la France (et donc de sa géostratégie en tant que grande puissance) dans le secteur où elle est leader mondial, son intérêt évident serait de protéger coûte que coûte cet approvisionnement.

-        Bien sûr avec la nouvelle concurrence internationale, notamment de la Chine, les autocrates pourraient gagner en pouvoir de négociation : la France devrait donc en théorie se montrer plus tolérante sur le non-respect des droits de l'homme en Afrique, ou plus "amicale" quant au traitement de plaintes pour corruption par exemple.

La théorie, forcément réductrice, est-elle loin de la réalité ?

 

http://mampouya.over-blog.com/

00:39 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, france, emmanuel martin, françois-xavier vershave, survie, françafrique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 27 mars 2010

LE FRANC CFA: LE PLUS GRAND SCANDALE DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE

PIECE DE 25 FRANCS.jpg

 

Le franc CFA, un outil de contrôle politique et économique sur les pays africains de la zone franc.

Regardez l’interview vidéo du Professeur Nicolas AGBOHOU sur http://mampouya.over-blog.com/.

La zone franc et le franc CFA, un système hérité de la colonisation.

 

Par Survie 22 mars 2010

 

La zone franc et sa monnaie le franc CFA constituent le seul système monétaire colonial au monde à avoir survécu à la décolonisation. La mise en place progressive de ce système est le résultat de choix stratégiques de la France mettant l’entreprise de colonisation au service des intérêts économiques français. Les monnaies africaines sont supprimées et des banques privées appartenant aux colons mais contrôlées par la France sont créées.


La puissance coloniale exploite les matières premières des colonies pour alimenter l’industrie française et utilise les colonies comme débouchés pour les produits français.

 

Suite à la crise de 1929, la France accentue son repli sur l’empire colonial pour protéger son économie et son commerce extérieur. La création de la zone franc en 1939 offre le moyen de pérenniser cette stratégie : les échanges avec des pays extérieurs à la zone franc sont interdits, ce qui cimente les liens économiques et commerciaux entre la France et son empire.

 

La monnaie franc CFA (Colonies Françaises d’Afrique) est quant à elle créée en 1945 afin que la dévaluation du franc français au sortir de la guerre n’affecte pas les marchés des possessions africaines de la France. Celle-ci conserve ainsi le leadership dans le commerce extérieur des colonies et réaffirme sa suprématie sur son empire.

 

Au moment des indépendances, la quasi-totalité des anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne décide de rester dans le giron de la France en signant des accords de coopération monétaire et en adhérant de ce fait à la zone franc. Le franc CFA est d’ailleurs renommé franc de la Communauté Française d’Afrique en 1958.

Mais la Guinée refuse cet assujettissement monétaire et sort de la zone franc dans un coup d’éclat. Le président Sékou Touré veut une réelle indépendance politique et économique pour la Guinée, et pour ce faire crée le franc guinéen et quitte la zone en 1960.

Au Togo, ancienne colonie allemande membre de la zone franc depuis 1949, des voix s’élèvent également contre le franc CFA en la personne du président Sylvanus Olympio. La sortie de la zone est prévue pour 1963 mais Sylvanus Olympio est assassiné juste avant que l’indépendance monétaire du pays ne soit acquise.

Ce n’est que dix ans plus tard, en 1973, que la zone connaît de nouvelles modifications avec la sortie de la Mauritanie et de Madagascar.

 

C’est également à la période des indépendances que des banques centrales dont seulement la moitié des administrateurs sont des représentants africains sont créées pour émettre le franc CFA. Les présidents de ces institutions sont néanmoins français et restent maîtres de toute décision.

 

Pendant les années 1970 la zone franc connaît des ajustements à la fois techniques et symboliques : révision des accords de coopération monétaire, déménagement des sièges des banques centrales de Paris à Dakar et Yaoundé, diminution du nombre de représentants français au sein des Conseils d’Administration.

D’autre part deux nouveaux pays signent des accords de coopération avec la France et adoptent le franc CFA : la Guinée Équatoriale en 1985 et la Guinée-Bissau en 1997.

Malgré ces changements, la France garde la mainmise sur la politique monétaire de la zone franc dont les pays subissent des choix économiques et monétaires dictés par les intérêts français. La France va même jusqu’à décider unilatéralement de la dévaluation du franc CFA en 1994.


La zone franc : une gestion et des principes au service des intérêts français

 

La zone franc englobe donc aujourd’hui quinze pays : huit pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo), six pays d’Afrique centrale (Cameroun, République Centrafricaine, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad) et les Comores.

 

C’est une organisation financière, monétaire et économique, dont le cœur est la France et l’instrument principal le franc CFA. Cette organisation, gérée par la France, s’appuie sur des institutions africaines : la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la Banque des Etats d’Afrique Centrale (BEAC), la Banque Centrale des Comores (BCC).
Le système franc CFA est basé sur quatre grands principes : la centralisation des réserves de change au Trésor public français, la fixité de la parité franc CFA/euro, la libre convertibilité du franc CFA à l’euro, et la libre circulation des capitaux entre la France et les pays africains de la zone franc.

 

A ces principes s’ajoute la participation française aux instances de direction des banques centrales africaines, pièce maîtresse du système CFA puisqu’elle garantit l’application sans faille des quatre principes précédemment cités.


La centralisation des réserves de changes : un principe qui bloque l’économie des pays de la zone franc

 

Chaque banque centrale de la zone franc possède un compte d’opérations au Trésor public français et doit y déposer une partie de ses réserves de monnaie. Depuis 2005, 50% des réserves de change doivent être stockées sur le compte d’opérations en France (jusqu’en 2005 ce pourcentage était de 65).

Il y a donc actuellement environ 8000 milliards de francs CFA venant de la BCEAO et la BEAC stockés au Trésor public, soit plus de 12 milliards d’euros.

C’est autant d’argent qui est amputé du budget des États de la zone franc. La France rémunère les banques centrales africaines en intérêts, tout en se servant au passage grâce à des placements privés (des sommes dégagées au profit de la France qui se comptent en centaines de millions d’euros).

 

Pire, la part d’intérêts versée aux banques centrales est comptabilisée dans l’Aide Publique au Développement ! Dépouillés de la moitié de leurs recettes, les pays africains de la zone franc se retrouvent ainsi dans une situation économique et sociale très difficile, d’autant plus que la France leur impose une rigueur budgétaire (c’est-à-dire une baisse des dépenses publiques) pour que l’approvisionnement du compte d’opérations soit garanti.


La parité fixe franc CFA-euro : une entrave à la compétitivité des économies africaines dans le monde

 

Hier lié au franc français, le franc CFA est aujourd’hui arrimé à l’euro, c’est-à-dire que la valeur du franc CFA sur les marchés mondiaux dépend de celle de l’euro. Autrement dit, les pays africains de la zone franc n’ont pas le contrôle de leur politique de change et subissent les fluctuations du cours de la monnaie unique européenne.

Les recettes de leurs exportations doivent être converties en euro avant de l’être en franc CFA, ce qui signifie que si la conversion entre l’euro et les monnaies étrangères fluctue, les recettes des pays africains de la zone franc fluctuent également.

Actuellement la valeur de l’euro se renforce par rapport aux monnaies étrangères. Par conséquent, la compétitivité des pays de la zone euro, et donc de la zone franc, diminue par rapport au reste du monde.

Une baisse de la compétitivité signifiant une plus grande difficulté à vendre ses produits sur le marché mondial, les conséquences pour les pays africains de la zone franc d’un arrimage à une monnaie forte comme l’euro sont considérables : les économies restent faibles, et les population se paupérisent car les matières premières qu’elles produisent ne peuvent ni être exportées ni être transformées.


La libre convertibilité franc CFA/ euro et la libre circulation des capitaux ou comment légaliser la fuite des capitaux

 

La libre convertibilité s’applique des pays africains de la zone franc à la France et inversement, mais ne concerne pas les échanges entre les trois zones du système CFA. Ce principe facilite les investissements français en Afrique, le rapatriement des capitaux, et l’importation par la France de matières premières, mais bloque les échanges inter-africains.
Les principes de libre convertibilité et libre circulation des capitaux favorisent également la fuite des capitaux de l’Afrique vers la France. Les entreprises françaises installées dans les pays africains de la zone franc peuvent rapatrier librement leurs liquidités vers la France et les transferts d’argent entre la France et l’Afrique s’opèrent sans entraves au profit des élites françafricaines.


La participation française à la gestion des banques centrales africaines

 

Dans les trois banques centrales de la zone franc, des administrateurs français siègent aux Conseils d’Administration (CA). Dans les faits, la présence d’administrateurs français garantie par les statuts des banques centrales confère à la France un droit de veto lors de la prise de décision.

Au CA de la BCC, 4 administrateurs sur 8 sont français alors que les décisions doivent être votées à la majorité. A la BCEAO seuls 2 administrateurs sur 16 sont français, mais l’unanimité est requise pour toute décision majeure (et notamment la modification des statuts).

La situation est la même à la BEAC avec 3 administrateurs français sur 13. Le pouvoir de la France dans ces institutions est donc considérable et la présence de représentants français garantit la mise en œuvre de tous les principes centraux du système CFA.


Un système monétaire qui constitue une entrave à la souveraineté des États africains de la zone franc

 

Le franc CFA est un liant qui cimente les relations économiques entre la France et les pays africains de la zone franc. Ces pays ne sont pas libres de la gestion de leur politique économique et monétaire, domaine pourtant constitutif de la souveraineté d’un État. Preuve en est la dévaluation de 1994 décidée unilatéralement par la France.
Malgr
é le passage à l’euro, la France garde la mainmise sur la zone franc, alors même qu’elle n’est plus émettrice de la monnaie d’arrimage. L’adoption de l’euro aurait pu se traduire par une disparition du pouvoir tutélaire de la France sur ses anciennes colonies, or la France a obtenu que les accords de coopération monétaire de la zone franc ne soient pas affectés par l’intégration européenne.
Cinquante ans après les indépendances, la politique monétaire de la zone franc reste donc décidée par la France en fonction de ses intérêts propres.

Cinquante ans pendant lesquels cette politique a été complètement déconnectée des vrais enjeux du développement africain tout en permettant à la France de contrôler économiquement et politiquement ses anciennes colonies au profit de son économie nationale, et au préjudice du développement des relations entre pays africains.

Le modèle imposé par le système franc CFA induit une verticalité des échanges (Nord-Sud) au détriment d’une coopération horizontale (Sud-Sud). Un tel système financier, au service des intérêts économiques et politiques de la France, ne peut pas être le vecteur de l’autonomie monétaire et du développement.

Il perpétue les relations asymétriques et néocoloniales entre la France et les pays de la zone CFA.

 

Source: http://patrickericmampouya.com/asp/

00:30 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : afrique, france, franc cfa, professeur nicolas agbohou, manpouya, survie, bceao, beac, bcc | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |