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vendredi, 12 juin 2015

FRANC CFA: UN MINISTRE TOGOLAIS SUR LA SELLETTE

MINISTRE TOGOLAIS SUR LA SELLETTE. FCFA.jpg

 

L’affaire fait grand bruit dans les sphères économiques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) : un ministre togolais est en pleine tourmente pour avoir mis en cause la conduite de la politique monétaire dans la zone CFA.

Le ministre togolais chargé de la Prospective et de l’Évaluation des politiques publiques conservera-t-il son poste dans le nouveau gouvernement que doit former Komi Sélom Klassou, après la polémique suscitée par sa critique de la politique monétaire de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ?

Agrégé en économie formé à l’université Lyon-II, Kako Nubukpo a été macroéconomiste et chef de service au siège de la BCEAO à Dakar (Sénégal) entre 2000 et 2003, il a été nommé en octobre 2013 au sein du gouvernement togolais pour suivre et évaluer l’ensemble des politiques publiques du pays. Au cours de conférences publiques sur l’économie tenues à Lomé (Togo) en février et mars 2015, le ministre a suggéré que de nouvelles mesures soient prises pour favoriser la croissance dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Dans son viseur : les réserves de change que déposent les deux banques centrales BCEAO et BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) auprès du Trésor public français pour assurer la parité du franc CFA avec l’euro.

La règle voudrait que ces réserves de change puissent couvrir au moins 20 % de l’émission monétaire effectuée par les deux banques centrales. Mais, souligne le ministre, « dans les faits, le taux de couverture avoisine 100 % depuis des années ». D’où la nécessité, selon lui, de puiser dans cette marge de 80 % pour accorder des crédits aux petites et moyennes entreprises.  Si une telle solution était adoptée, estime Kako Nubukpo, les pays de la région pourraient connaître une croissance économique annuelle supérieure à 10 %.

Réactions 

Des documents internes à la BCEAO, qui ont fuité dans les médias, révèlent les remous suscités au sein de l’institution par les sorties du ministre togolais. Une note rédigée par Kossi Tenou,  directeur national pour le Togo de la BCEAO a ainsi porté à la connaissance du gouverneur de cette institution, l’Ivoirien Tiémoko Meyliet Koné, « les critiques formulées par Kako Nubukpo à l’encontre de la BCEAO ».

Des observations inscrites en annexes par des chefs de services indiquent qu’il « s’agit d’un acharnement sur la politique monétaire plutôt que de contributions pour l’amélioration des politiques publiques de l’État ». L’un d’eux a souhaité que le ministre soit rappelé « à l’ordre pour éviter à l’avenir qu’il continue de formuler des critiques qui n’ont aucun lien avec les objectifs poursuivis lors des colloques au cours desquels il intervient ».

Positions

Les propositions du ministre togolais rejoignent pourtant des positions adoptées par plusieurs acteurs de la finance africaine, à l’instar de Jean-Louis Ekra, président de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), qui a émis le souhait qu’une partie des réserves des banques centrales africaines soit mobilisée pour accompagner les économies du continent.

L’économiste bissau-guinéen Paulo Gomes a lui aussi plaidé en faveur d’un changement de politique monétaire au sein de la zone Uemoa. Le « Fonds Afrique 50 » de la Banque africaine de développement (BAD), qui a démarré en 2014, recommande également la mobilisation d’une partie des réserves de change des banques centrales pour financer les infrastructures sur le continent.

Le président Faure Gnassingbé cèdera-t-il aux pressions en limogeant son ministre de la Prospective et de l’Évaluation des politiques publiques ? Réponse dans quelques jours avec la publication de la nouvelle équipe gouvernementale au Togo.

 

Source: JEUNE AFRIQUE

vendredi, 27 février 2009

TRESOR FRANçAIS, ARGENT AFRICAIN: SOUVERAINETE ET DEVELOPPEMENT

LE PACTE COLONIAL.jpg
Lu sur le blog SAOTI.OVER-BLOG.COM: Un ami expert financier qui vit aux Etats-Unis, Camerounais de souche, George Bediong a Nyokon, n'a pu se retenir après la révélation faite par Mutations dans son édition du mercredi 18 février dernier et dans laquelle, sur la base d'un rapport de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (Beac), il est indiqué que : "au 31 Décembre 2008, les six Etats de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) disposaient d'une somme totale de 7482 milliards de Fcfa au sein de la Banque des Etats d'Afrique centrale (Beac)." Son irritation se décuple quand il est fait mention de ce que 55% de ce pactole est à la disposition du Trésor français.

Il retrouve tout de même sa lucidité pour expliquer en français facile l'entourloupe qui a cours pour les pays de la zone Cfa depuis 1943. "C'est comme aller garder son épargne - réserves financières - chez son voisin. En d'autres termes, après avoir travaillé pendant une saison et consommé ce que tu peux, au lieu de garder ton excédent dans ton grenier pour y avoir accès et le contrôle lors des temps difficiles, tu préfères aller garder ton épargne dans le grenier du voisin. La saison d'après, le même processus se reproduit; ainsi de suite. Pendant que tu continues à travailler dur pour consommer, ton voisin utilise cette épargne pour investir, et mener une vie de pacha. Génération après génération, l'écart et le fossé d'enrichissement s'agrandissent. Tes enfants deviennent de plus en plus pauvres, pendant que les enfants de ton voisin s'enrichissent.

"Résultat des courses, "tout l'argent, que ce soit en forme des revenus d'export, ou d'aide internationale, octroyée au nom du pays en question, tout est porté au sortir des pays utilisant le Cfa pour être gardé en France, au Trésor français." La conséquence de cette servitude entretenue depuis belle lurette est que la France est considérée comme une puissance avec le fruit du labeur des millions d'Africains qui croupissent dans la misère du fait de gouvernants, émanation de la France, et qui n'envisagent aucunement leur émancipation de ce tutorat dévastateur pour leurs compatriotes afin de prendre date avec l'histoire. Donc, comme l'indique Babissakana dans cette édition, "l'argent déposé par la Beac est un financement cadeau qui est toujours là pour permettre à la France de faire face à ses dépenses". Pendant ce temps, elle doit feindre de se montrer magnanime avec des pays qui lui tendent la sébile et se voit donc rétrocéder sous forme d'aide ou prêt un argent qui est le leur en réalité.

Sans abandonner la piste de la réparation du préjudice subi depuis des décennies par les Etats des zones Cemac et Uemoa que suggère Bediong a Nyokon, l'urgence pour les pays africains asservis par la France depuis l'époque coloniale est d’arrêter la saignée en dénonçant ces accords scélérats et en reprenant leur souveraineté monétaire. Avec des pratiques comme celle qui est décriée ici et qui ne trouve pas beaucoup d'experts pour en défendre son bien fondé pour le développement des Etats logés à l'enseigne pays pauvres très endettés, le préalable est de couper ce cordon ombilical qui rattache la zone Cfa à l'Euro. Un développement est-il possible pour tous ces pays sans une politique monétaire autonome ? Pas besoin d'être un disciple de Keynes ou tout autre maître de la pensée économique pour répondre par la négative.

Une observation simple permet de se rendre compte de ce que les pays comme ceux désignés par le générique "Dragons d'Asie", dont certains avaient le même niveau de développement que le Cameroun en 1960, sans justifier du même potentiel énergétique, présentent aujourd'hui une situation économique enviable, sont regardés comme modèles par leurs égaux d'hier qui leur quémandent désormais la fameuse aide publique au développement. Quel paradoxe ! Corée du Sud, Indonésie, Thaïlande… n'ont pas eu besoin d'un arrimage à une monnaie de référence pour être où ils sont aujourd'hui. Idem pour les puissances émergentes que sont la Chine, l'Inde ou le Brésil. La création d'une monnaie n'est pas une panacée et n'est pas le seul facteur qui retarde le décollage économique du Cameroun. On aura toujours beau jeu d'évoquer le Zaïre de Mobutu et ses poussées inflationnistes. Mais cette monnaie propre constitue un préalable auquel il faudra annexer une vision, des compétences, la transparence et le sens de l'intérêt général.

Par Junior Binyam in Mutations, le 20 février 2009

12:58 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : franc cfa, saoti, trésor français, souveraineté africaine, bceao, zone cfa, cemac, beac, junior binyam, mutations | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |