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vendredi, 28 janvier 2011

LE FRANC CFA, UNE MONNAIE COLONIALE QUI RETARDE L'AFRIQUE (2)

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  • Le franc CFA n'a pas apporté le développement mais la pauvreté


Déjà, parmi  les 49 pays moins avancés (PMA),  35 sont en Afrique subsaharienne (ASS). La zone franc, elle, représente 12% de la population africaine, 12% du PIB et 1,5% des exportations.

Avec une population de 25% supérieure à celle de la France, les PAZF représentent 4,5% du PIB français ou 1,5% de masse monétaire.

La zone franc n'a pas apporté le développement aux pays membres mais le développement du sous-développement.

Pour atténuer cette pauvreté, l'aide française est venue comme une bouée de sauvetage. En effet, les pays de la zone Franc sont des principaux bénéficiaires de l'aide publique au développement française. En 1997, ils ont reçu environ la moitié de l'APD bilatérale française aux pays d'Afrique sub-saharienne, ce qui représente 23 % des apports bilatéraux de la France aux pays en développement (6,5 MdF sur 27,8 MdF d'aide bilatérale en 1997). Dans le cadre du traitement de dette au sein du Club de Paris, 10 pays de la Zone franc[1] ont bénéficié d'annulations pour un montant total rééchelonné de 23 MdF. La France a apporté près de 50 % de l'effort ainsi consenti par les créanciers. En plus des accords conclus dans le cadre du Club de Paris, la France a pris des mesures bilatérales exceptionnelles de réduction de dettes, en annulant en 1989, les crédits d'aide publique au développement (Dakar I), puis en procédant à une nouvelle annulation en 1994 (Dakar II), soit une annulation de dette de 55 MdF au profit des pays de la zone Franc. Entre 1993 et 1996, l'effort de réduction de dettes a représenté en moyenne une contribution annuelle de la France de 3,2 MdF, soit plus du tiers de l'aide bilatérale française à la zone Franc.

En tout état de cause, les pays de la zone franc ne sont pas mieux lotis en termes de performances  macroéconomiques à comparer aux pays africains hors  zone franc. Une synthèse de nombreux travaux comparant les performances est présentée chez Hadjimichael et al. (1995)[2].

Lorsqu'on compare les taux de croissance du PIB des pays africains de la zone franc et des pays hors zone, il apparait que les années 60 et 70 sont marquées par des résultats supérieurs pour les pays  de la zone franc (5% contre 4,4%) alors qu'il y a inversion au cours de la décennie 80, plus précisément entre 1985 et 1991(1% contre 3,7%), sur l'ensemble des trois décennies, les résultats sont, en revanche, comparables[3].  On note également une plus grande instabilité des taux de croissance au sein de la zone. L'écart-type du taux de croissance a été entre 1971 et 1987 de 7% contre 4,5% pour les pays voisins.  De 1980 à 1994, les écarts du PIB réel par rapport à sa tendance à long terme ont été supérieurs.

En 2010, la situation n'est guère reluisante pour les pays de la zone franc.  La Côte d'Ivoire demeure en dépit de la crise militaro-politique qu'elle traverse depuis 2002, le premier pays africains de la zone franc en termes de PIB réel. Pourtant, le franc CFA n'a pas permis à ce pays de faire mieux que les pays hors zone franc (Tableau 1).

Les pays comme l'Algérie, l'Angola, l'Ethiopie, le Kenya, le Maroc, le Nigeria, le Soudan, la Tanzanie, la Tunisie, pour ne citer  que ces pays, ont chacun un PIB réel supérieur à celui de la Côte d'Ivoire (le premier en termes de PIB réel en 2010 de la zone franc), comme l'indique le tableau 3 ci-dessous. Certains de ces pays font mieux en matière d'espérance de vie.  Au sein des PAZF, le Togo (63), le Benin (62) et le Gabon (61) occupent le peloton de tête en termes d'espérance de vie.  Les pays qui ont accédé très tôt à leur souveraineté monétaire ont des espérances de vie plus élevées que les trois pays cités ci-dessus. Il s'agit par exemple de la Tunisie (74), de l'Algérie (73), du Maroc (72), de Maurice (72) et du Cap-Vert (72).

Tableau 1 : Le classement des pays africains de la zone franc en termes de PIB réel en 2010.

Rang

Pays

PIB réel (en milliards de dollars)

1er

Côte d'ivoire

22,4

2e

Cameroun

21,9

3e

Guinée-Equatoriale

14,5

4e

Sénégal

12,7

5e

Gabon

12,6

6e

Congo

11,9

7e

Mali

9,1

8e

Burkina-Faso

8,7

9e

Tchad

7,6

10e

Benin

6,5

11e

Niger

5,6

12e

Togo

3,1

13e

Centrafrique

2,1

14e

Guinée-Bissau

0,8

Source : Le Monde : bilan du monde, la situation économique internationale, 2011, p. 91.


Tableau 2 : Le classement des pays africains de la zone franc en termes de PIB réel/ habitants en 2010.

Rang

Pays

PIB réel/habitants (dollars)

1er

Guinée-Equatoriale

11081

2e

Gabon

8395

3e

Congo

3075

4e

Cameroun

1071

5e

Côte d'Ivoire

1016

6e

Sénégal

964

7e

Tchad

743

8e

Bénin

673

9e

Mali

649

10e

Burkina-Faso

590

11e

Guinée-Bissau

498

12e

Centrafrique

469

13e

Togo

441

14e

Niger

383

Source : Le Monde : bilan du monde, la situation économique internationale, 2011, p. 91.

 

Tableau 3 : Le PIB réel et le PIB réel/habitants de quelques pays  hors zone franc.

Pays

PIB réel (milliards de dollars)

PIB réel/Habitants

(dollars)

Algérie

159

4478

Angola

85,8

4812

Botswana

12,5

6796

Ethiopie

30,9

365

Ghana

15,3

646

Kenya

32,4

888

Maroc

91,7

2868

Maurice

9,4

7303

Mozambique

10,2

473

Namibie

11,5

5454

Nigeria

206,7

1324

Ouganda

17,1

504

Soudan

65,9

1643

Tanzanie

22,4

543

Tunisie

43,9

4160

Zambie

15,7

1286

Source : Le Monde : bilan du monde, la situation économique internationale, 2011, p. 91.

 

IV.2. Le franc CFA est un instrument de domination de la France en Afrique

 

Sur ce point, commençons d'abord par dire que les pièces de monnaie et les billets de banque sont fabriqués en France ;  les premières dans l'usine de Pessac en Gironde et les deuxièmes dans le Puy de Dôme, (papeterie de Vic-le-Comte, imprimerie et centre de recherche à Chamalières). Pour ceux qui pensent que l'intérêt économique pour la France est peu significatif, ils ne doivent cependant pas perdre de vue qu'en réalité, l'enjeu principal de la zone franc pour la France n'est pas seulement de nature matérielle, économique ou comptable, mais réside également dans la reproduction continue d'un ensemble de relations qui, en effaçant la « perte » survenue en 1960, préserve son statut de puissance internationale.  Le dispositif de la zone franc, conservateur dans son essence, entretient en Afrique l'ossature  des Etats et leur survie dans un système économique et social figé.

Ensuite la zone franc développe l'extraversion de nos économies.

Avec le franc CFA, les PAZF sont des réservoirs de Matières premières et des déversoirs de produits manufacturés.

L'empire colonial français, qui absorbait 10% des exportations françaises à la fin du 19e siècle et 17% à la veille de la crise de 1929, devint dans les années trente, et jusqu'à la constitution de la communauté économique européenne, un débouché majeur pour les entreprises métropolitaines. Elles y écoulaient 42% de leurs exportations en 1952[4].

Selon la commission européenne (2002), en 1999, 40% des exportations de l'espace UEMOA étaient destinées à l'Europe. Les importations en provenance de l'UE et en direction de l'UEMOA la même année se situent à 43%.

Les exportations de la zone UEMOA en direction de cette zone représentent 12% et 10% pour les importations. Les avantages présentés aux Africains sont quant à eux des plus artificiels : outre l'attrait des investissements directs à l'étranger (IDE), le franc CFA est censé épargner les risques de change avec la zone euro et donc faciliter l'accès au marché unique européen. Les monnaies coloniales encourageaient l'intégration économique avec la puissance de tutelle, et, dans une moindre mesure, avec le reste du monde.

La domination française est également visible avec la présence des français dans le Conseil d'administration de la BCEAO : 16 dont 2 français. Dans le cadre des directives données par le Conseil des Ministres, le Conseil d'Administration:

  • précise les opérations de la Banque Centrale et fixe leurs taux et conditions d'exécution
  • arrête les règles qui s'imposent aux Comités Nationaux du Crédit, dans l'exercice de leur compétence
  • détermine le montant global des concours que la Banque Centrale peut accorder au financement de l'activité économique dans chacun des Etats
  • autorise les opérations affectant le patrimoine de la Banque Centrale et arrête les comptes de cette dernière détermine les modifications aux Statuts de la Banque devant être soumises à ratification par le Conseil des Ministres de l'Union.

Selon l'Article 52, du statut de la BCEAO, la politique monétaire est confiée au Conseil d'administration. La présence des français peut empêcher l'adoption de politique favorisant notre  développement. Avec la présence des français dans ce conseil, il apparait que la France décide en dernier ressort qui entre et sort de la zone franc.

Enfin la zone franc et ses mécanismes engendrent un système bancaire oligopolistique dominé par les banques françaises. Les banques sont des maillons importants du système financier. Elles remplissent un double rôle. D'une part, elles sont des entités privées qui recherchent le profit ; d'autre part, elles constituent des réseaux qui fournissent à l'économie globale un bien collectif : les systèmes de paiement et de règlement. Or les systèmes financiers africains en général et ceux de l'UEMOA en particulier, sont peu profonds, étroits, peu diversifiés et n'assument pas leur rôle dans le financement du développement (Popiel ,1995)[5]. La création d'un embryon de système financier au sein des pays de la zone franc pendant la période coloniale avait pour seul dessein de répondre aux besoins de financement des sociétés d'import-export et d'exploitation des produits primaires agricoles (Benin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Mali), miniers (Niger, République centrafricaine, Sénégal, Togo) et pétroliers (les pays de la CEMAC aujourd'hui).

Les banques ne trouvaient pour ainsi dire aucun intérêt à développer un réseau d'agences à l'intérieur de ces pays ou à établir des contacts avec les populations locales.  Le taux de bancarisation dans l'UEMOA est très faible (moyenne de 4%). Ce taux était en 2001 de 99% en France.

Les banques commerciales proposaient surtout des crédits à court terme permettant de s'adapter au caractère cyclique de la production et de la commercialisation des produits tropicaux et aux délais d'acheminement des produits manufacturés entre la métropole et l'Afrique. Le crédit bancaire ne facilite pas la formation du capital car il finance plutôt les affaires commerciales et d'import-export. Le financement bancaire en Côte d'Ivoire est de l'ordre de 16% contre environ 70% en Tunisie.

Il est d'ailleurs lié au système commercial mis en place par l'économie de traite et non au système de production. La stratégie bancaire postindépendance est restée identique à celle de la période coloniale. Le maintien, après les indépendances, des schémas d'organisation spatiale et sectorielle de l'activité économique (spécialisation sur le commerce et l'exportation de matières premières brutes) cumulé à l'échec des politiques de diversification industrielle expliquent aujourd'hui encore la perpétuation des structures économiques héritées de la période coloniale et les caractéristiques financières qui en découlent.

Par ailleurs, les centres de décision de ces grandes firmes bancaires sont situés à l'étranger. Autant de facteurs qui réduisent leur impact sur les pays où elles sont installées : elles paient des impôts, sans pour autant s'embrayer sur l'économie nationale. Au total, sur le plan bancaire, le système bancaire postcolonial ne tranche guère avec la logique coloniale, celle qui consistait à financer l'échange et la production de matières premières exportées.

Finalement, avec le franc CFA, la France nous domine économiquement, commercialement et politiquement.

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LE FRANC CFA, UNE MONNAIE COLONIALE QUI RETARDE L'AFRIQUE (1)

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« Il faut apprendre au nègre à trouver de la beauté en lui »

Marcus Garvey


Le débat sur le franc CFA s'enfle, mobilise et inquiète la France. De plus en plus, les africains s'imprègnent des réalités monétaires et s'interrogent sur le bien-fondé du maintien du franc CFA, une monnaie coloniale.  En fait, la guerre mondiale des monnaies a fini par ouvrir les yeux de ceux qui s'efforçaient encore de les fermer. Les Etats-Unis font marcher la planche à billet pour faire chuter le dollar. On se souvient que la banque centrale des Etats-Unis avait annoncé début novembre  2010, qu'elle allait racheter pour 600 milliards de dollars (443,5 milliards d'euros) de bons du Trésor. Le but, affirme-t-elle, est de maintenir les taux d'intérêt à de très bas niveaux afin de soutenir la reprise économique.

C'est dans ce contexte que la crise post-électorale en Côte d'Ivoire a réveillé le vieux débat sur le franc CFA.  En effet, sept ministres des finances de l'UEMOA, ont demandé le jeudi 23 Décembre 2010 à la BCEAO, d'autoriser uniquement les représentants du Dr Alassane Ouattara, à gérer les comptes de la Côte d'Ivoire. En plus, le Conseil a décidé « que les représentants régulièrement désignés par le gouvernement légitime de Côte d'Ivoire sont les seuls habilités à prendre des mesures relatives au fonctionnement de l'UEMOA au nom de ce pays ».  Ce même Conseil a renchéri pour décider « d'instruire la BCEAO de permettre aux seuls représentants régulièrement désignés par le gouvernement légitime de Côte d'Ivoire d'effectuer les mouvements sur les comptes en son nom ».

Face à cette imposture de la BCEAO et de l'UEMOA, certains économistes ivoiriens versent au débat leurs contributions. Mais là n'est pas le problème, car il est inacceptable que cinquante années après les indépendances, les pays africains de la zone franc (PAZF) n'arrivent pas à accéder à la souveraineté monétaire, préalable à la souveraineté tout court.

Si le combat est louable, il arrive parfois que des contributeurs, par leurs écrits et argumentations, galvaudent le combat. Ne comprenant pas eux-mêmes les phénomènes monétaires, ils s'invitent dans un débat où seuls les initiés ont voix aux chapitres.

L'objectif de ce papier est justement de démontrer pourquoi le franc CFA doit disparaitre pour faire place à une monnaie africaine au service du développement.  Cela suppose en premier lieu de montrer l'importance de la monnaie : il s'agit de définir correctement la monnaie (I).

Faisant suite à cette démarche définitoire de la monnaie, il sera utile en deuxième lieu, de présenter l'historique de la zone franc (II).

Une telle présentation permettra en troisième lieu de dire pourquoi sortir de la zone franc (III).


I. UNE DEMARCHE DEFINITOIRE DE LA MONNAIE

C'est faute d'avoir compris que la monnaie n'est pas banale, que le développement des pays africains de la zone franc (PAZF) se trouve aujourd'hui à la limite du paradoxe.  Dans les lignes qui suivent, nous allons donner les fonctions et la nature de la monnaie.


I.1. LES FONCTIONS DE LA MONNAIE

Charles Rist se refusait à définir la monnaie parce qu'elle recouvrait un domaine très vaste. En effet, la monnaie est l'un des concepts les plus difficiles à définir de la théorie économique.  La monnaie est de plus en plus présente à tous les niveaux de la vie quotidienne des agents économiques et, parallèlement, ses formes sont de plus en plus complexes et multiples.

Depuis Aristote, la monnaie est définie par les trois fonctions qu'elle est supposée exercer : la monnaie comme intermédiaire des échanges, la monnaie comme réserve de valeurs et, enfin, la monnaie comme unité de compte.

Considérée comme intermédiaire des échanges (unité de paiement), la monnaie est un instrument qui permet d'échanger deux biens, en évitant les contraintes du troc. Il s'agit de surmonter la contrainte de la double coïncidence exacte des besoins du vendeur et de l'acheteur en qualité et en quantité, sur un même lieu, contrainte propre au troc.  En considérant une économie de troc, l'absence de double coïncidence limite les possibilités d'échanges et l'apparition d'un élément tiers, la monnaie, règle cette contrainte, elle "lubrifie" les transactions. La médiation monétaire serait une condition nécessaire au développement des échanges de biens et de services selon Jevons[i].  Cette fonction suppose que la monnaie a un pouvoir libératoire, c'est-à-dire qu'elle garantie la possibilité d'effectuer des règlements et également d'éteindre des dettes. Or il est possible d'avoir des monnaies en circulation sans pouvoir libératoire. Le paiement renvoie, selon B. Courbis, E. Froment et J.-M Servet, à « l'appartenance à une communauté de paiement dans laquelle les moyens de s'acquitter sont établis »[ii]. Ainsi donc, l'unité de paiement peut différer de celle de compte.

La monnaie exerce également une fonction de réserve de valeur pour deux raisons : la non-synchronisation entre les recettes et les dépenses d'une part et l'incertitude sur les réserves futures d'autre part. Elles constituent deux motifs de « demande de monnaie ». Elle a une fonction de réserve de valeur parce qu'elle est acceptée par tous et surtout parce qu'elle est unité de compte.  Cette fonction n'est pas spécifique à la monnaie car les agents économiques disposent d'autres moyens pour conserver de la valeur,  c'est-à-dire détenir de la richesse. Cette dernière a d'ailleurs plusieurs composantes :

- la richesse non financière, qui est constituée des biens matériels (or, maison, bijou, usine...) et immatériels (comme, par exemple, un fonds de commerce, une qualification) ;

- la richesse financière, qui est constituée des titres qui peuvent s'échanger directement contre des biens matériels ou qui, en général, doivent d'abord se transformer en monnaie pour s'échanger contre des biens matériels (actifs monétaires, actifs financiers).

La monnaie a une troisième fonction : celle d'unité de compte.  Sans monnaie, dans une économie marchande, il y a autant de prix que de paires de biens, de types d'échanges entre deux biens. S'il y a n biens, il y a n(n-1)/2 prix relatifs. Pour opérer ses arbitrages dans un système de troc, chaque consommateur doit avoir en tête tous ces prix. Si un de ces biens est utilisé comme étalon des valeurs, alors le système des prix est profondément simplifié. Il suffit alors de connaître les n-1 expressions de la valeur des autres biens dans le bien choisi comme monnaie pour connaître l'ensemble des rapports de valeurs des n biens. La monnaie permet donc d'établir une échelle de prix simple et unique, exprimée en unités monétaires.

Mais une " vraie " unité de compte ne peut avoir de valeur par elle-même sauf à varier. Or, c'est bien ce que les hommes ont fait en utilisant, pendant de brèves périodes historiques, comme valeur monétaire, des biens ayant eux-mêmes un certain prix. Toutefois, durant la majeure partie du Moyen-Âge, le Prince demeurait le " maître des mesures " : il imprimait son sceau et fixait les valeurs monétaires qui différaient, la plupart du temps, de celles du métal incorporé.

Finalement, la définition fonctionnelle de la monnaie ne nous aide pas dans la poursuite de notre objectif, celui de justifier la disparition du franc CFA.

On ne peut pas se satisfaire de cette définition.  Il nous faut approfondir la question monétaire en disant ce qu'elle est et non ce qu'elle fait.


I.2. LA QUESTION DE LA NATURE DE LA MONNAIE

Qu'est-ce que la monnaie ? Cette question par laquelle il fallait bien commencer, n'admet pas de réponse simple, acceptée par l'ensemble des économistes, ni sous l'angle empirique, ni sous l'angle théorique. Notre préoccupation à ce stade de notre réflexion, est de dissiper le « nuage épais » qui enveloppe les contributions sur la nature de la monnaie.

La monnaie, rassurons-nous n'est pas un bien industriel comme le pain.  Elle n'est pas une marchandise. La monnaie a plusieurs dimensions.

La monnaie est une créance à vue des agents économiques sur le système bancaire et une dette de celui-ci. De ce point de vue, il est impossible de dissocier la monnaie du système monétaire d'où d'ailleurs l'importance des banques dans une économie monétaire de production.

Cette définition est complétée par l'approche institutionnelle de la monnaie : la monnaie est certes une technique mais c'est aussi un phénomène social qui met en jeu des relations humaines et pas simplement une technique. L'enjeu principal de la monnaie est toujours l'appartenance à une communauté de valeurs. Or, cette appartenance s'inscrit dans des formes relativement différentes selon les époques et les sociétés. La monnaie est une institution qui exprime et conforte les valeurs globales de la société où elle existe.

La monnaie a également une dimension conventionnaliste. Elle est générée par une convention marchande : j'accepte la monnaie car autrui l'accepte. La qualité d'une monnaie se mesurera, dès lors, à l'aune de son aptitude à conserver sa valeur d'une période à l'autre et de sa capacité à inspirer confiance  à ses utilisateurs. Ce minimum de cohésion sociale et de confiance, qui est au fondement même de toute monnaie, émane soit d'un acte de foi (acceptation générale du numéraire par la communauté), soit d'un édit des autorités qui l'établit comme cours légal dans un territoire donné.

Dans le premier cas, la monnaie peut provenir soit d'une coutume immémoriale, soit d'une convention émergeante ou librement négociée, ou encore être le résultat d'une concurrence entre monnaies privées où une a fini par s'imposer dans un vaste réseau d'échange.

Dans le second cas, la monnaie est la production d'un monopole d'État qui impose le médium d'échange et tente de le contrôler. La puissance publique tire profit de cette situation à divers échelons : la monnaie sert, à la fois, de source d'unité symbolique du pays, de source de revenu pour l'État et de moyen d'indépendance politique, le pays ayant sa propre devise.

Georges Simmel met pour sa part en avant que si la monnaie ne doit rien dans sa genèse, à l'Etat, un fonctionnement viable ne peut cependant être garanti par celui-ci.  C'est dans cette filiation que se situe l'approche étatique de Knapp (1973)[iii] à laquelle fait référence J.M. Keynes dans le « treatise on money ». Cette approche peut être résumée ainsi : « la monnaie est une créature de la loi », c'est-à-dire du droit. En fait, selon Knapp, l'État sélectionne et impose une forme-monnaie en choisissant une certaine unité et en lui donnant une validité sur un territoire qui correspond à son espace national. Ainsi, l'acceptation inconditionnelle de la monnaie par les individus est garantie par l'État.

Il s'agit de dire que c'est l'autorité politique représentative qui, dans un espace national donné, fait battre monnaie et lui donne cours légal, un principe repris, après bien des vicissitudes, du droit romain.

Bien qu'elle soit un enjeu entre les classes sociales et un instrument de domination des uns sur les autres, la monnaie est aussi un bien public. Elle ne peut exister que par la légitimation politique qui lui donne la capacité d'être un pouvoir d'achat immédiat ou futur, garantissant son rôle de réserve à travers le temps.

La monnaie a également une dimension politique : les nations se sont construites autour de la monnaie et autour d'un roi qui avait le pouvoir de battre monnaie. Au 19ème siècle, l'unification progressive de l'Allemagne s'est faite à partir du Zollverein, mais aussi par une monnaie commune : le Thaler (1857). A l'heure actuelle, le pouvoir monétaire est perçu comme un élément de la souveraineté nationale : ses capacités régulatrices lui viennent de son aptitude à représenter les valeurs qui sont au fondement de la communauté d'échanges.  Pour Charles Loyseau[iv] dans son « Traité des seigneuries » (1669) : « ...la souveraineté est du tout inséparable de l'Etat, auquel, si elle était ôtée ne serait plus un Etat. Car, enfin, la souveraineté est la forme qui donne l'être à l'Etat, voire même l'Etat et la souveraineté prise in concreto sont synonymes et l'Etat est ainsi appelé, pour ce que la souveraineté est le comble et période de puissance où il faut que l'Etat s'arrête et s'établisse ». La souveraineté s'affirme ad externa. Concrètement, elle s'exerce sur un territoire délimité - la première fonction du roi étant de tracer la ligne qui situe le domaine de la couronne dans l'espace, et qui marque sa libre existence face à toute autre puissance extérieure contre quoi le moyen militaire peut être requis.

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samedi, 22 janvier 2011

LA ZONE UEMOA DANS L'ORNIERE DE LA CRISE IVOIRIENNE

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Avec l'avènement de l'Euro et l'arrimage du Franc CFA à cette monnaie, le débat sur l'avenir de la Zone Franc a  alimenté de nombreuses interrogations et des inquiétudes se sont posées quant au sort de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). Ce sujet reste actuel  depuis la crise post-électorale en Côte d'Ivoire.  Le franc CFA fortement critiqué  par une nouvelle classe de l'élite africaine, pourrait voler en éclat si les pays de la zone UEMOA ne dissocient pas les questions économiques de celles qui ne les regardent pas.  Notre conviction est que l'UEMOA ne doit pas se mêler des questions de souveraineté des pays membres.

Pour développer ce point de vue, nous définirons d'abord l'union monétaire  afin de fixer son domaine d'application.

Ensuite, il faudra présenter brièvement les organes et les objectifs de l'UMOA afin de circonscrire ses responsabilités.

Enfin, nous pourrons dire ce que l'UEMOA est et ce qu'elle n'est pas.


  1. DEFINITION D'UNE UNION MONÉTAIRE

L'existence de l'Union monétaire Ouest-Africaine (UMOA) regroupant huit pays (Benin, Burkina, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo) est une bonne initiative qui vise à atténuer en Afrique de l'Ouest le phénomène de balkanisation monétaire.

En effet, après trois décennies de gestion monétaire commune, les États membres de cette union monétaire ont éprouvé le besoin de renforcer leur intégration économique, par la création de nouvelles institutions et dispositions (avec la création de l'Union économique et monétaire de l'Afrique de l'Ouest en Janvier 1994), reconnaissant ainsi que l'union monétaire ne suffit pas, seule, pour réaliser les gains potentiels d'une totale intégration économique. L'intégration économique est perçue comme un processus par lequel s'établissent des interdépendances structurelles entre les économies nationales sous forme d'échanges croissants de marchandises, de capitaux, de main-d'œuvre, sous la forme d'une conjugaison de politiques économiques, de projets réalisés en commun et sous la forme également de règles juridiques homogènes sur l'espace communautaire. L'UEMOA fait des avancées significatives dans le sens de l'harmonisation de ses politiques monétaires et budgétaires. Elle a même conçu une nomenclature budgétaire commune, des politiques fiscales et douanières communes et surtout défini des critères de convergence.

Depuis le début des années 60, l'intégration économique et monétaire a suscité un grand intérêt pour les analyses mettant en évidence les conditions de constitution d'une zone monétaire optimale. La question qui revient souvent, est la reconnaissance des critères de détermination d'une zone monétaire optimale ou les conditions dans lesquelles un groupe de pays a intérêt ou non à maintenir un régime de changes fixes entre leurs différentes monnaies ou à opter pour une monnaie unique.

Notre objet ici n'est pas d'insister sur la non optimalité de cette zone monétaire vu que le sujet fait l'objet de nombreuses études (Ondo Ossa, 2000).

Dans tous les cas, nous en parlerons brièvement mais à ce stade de notre texte, il est question de donner la définition de l'union monétaire.

Il ne faut pas confondre  zone monétaire et système monétaire. Cet avertissement a été donné par  Michel LELART[1], pour qui,  une zone monétaire "est un espace géographique au sein duquel une monnaie nationale est utilisée. Elle est née de pratiques, d'habitudes, de mécanismes; elle est essentiellement une construction empirique qui s'est précisée par L'usage". Tandis qu'un système monétaire "est un ensemble de règles fondées sur des principes bien établis et acceptés par certains pays aux termes, le plus souvent, d'un accord ratifié par tous.

L'accord peut prévoir qu'une monnaie nationale aura un rôle particulier, il peut aussi prévoir la mise en place d'une monnaie nouvelle créée et gérée par une institution supra - nationale ".

Par système monétaire, il faut entendre l'ensemble des institutions et organisations qui participent à l'administration de la monnaie. Un système monétaire est défini par des dispositions législatives, réglementaires, voire coutumières.  En  général, ces dispositions ont pour objet de fixer : (a) d'une part les conditions d'émission de la monnaie, c'est-à-dire les conditions dans lesquelles la monnaie est créée et circule, (b) d'autre part les conditions de fonctionnement des organismes qui émettent de la monnaie et assurent sa circulation.

En définitive, NSOULI, S.M., (1981) nous dit qu'union monétaire est  caractérisée par "l'émission d'une monnaie commune unique dont la circulation se fait librement entre les pays membres et par la création d'une autorité monétaire centrale chargée de regrouper les réserves de devises de tous les pays membres et de décider de la politique monétaire"[2].

Après ces différentes définitions, il nous faut à présent présenter l'Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA).


  1. LA PRESENTATION DE L'UNION MONETAIRE OUEST-AFRICAINE

L'UMOA a été instituée par le traité du 12 mai 1962. Les premiers Etats signataires étaient, la Côte d'ivoire, le Dahomey, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Sénégal.  L'UMOA regroupe à l'heure actuelle huit Etats a savoir le Benin, le Burkina Faso, la Cote d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Togo et le Sénégal. Apres la dévaluation de 1994, les pays de l'UMOA ont signé le traité de l'union économique : l'UEMOA. La politique monétaire et la politique de change de l'union sont régies par la banque centrale communautaire, la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest).

Depuis 1975, les pays de l'UEMOA sont également, avec sept autres Etats (le Cap-Vert, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Liberia, le Nigeria et la Sierra Leone), membres d'une communauté économique plus large : la CEDEAO. L'objectif principal du traité de la CEDEAO est la promotion d'une union économique et monétaire dans l'ouest-africain.

L'UMOA est une organisation d'États africains indépendants, persuadés que l'exercice en commun de leur souveraineté monétaire les aidera à mieux assurer un développement harmonieux de leurs économies respectives.

Avant d'être l'UEMOA, l'UMOA était dotée d'organes de décision comme la Conférence des chefs d'États, le Conseil des  Ministres, la BCEAO et la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD).

Au sein de l'UEMOA, l'article 16 définit les organes de l'Union qui sont constitués par :

- la Conférence des Chefs d'État et de Gouvernement, telle que définie à l'article 5 du

Traité de l'UMOA,

- le Conseil des Ministres, tel que défini à l'article 6 du Traité de l'UMOA,

- la Commission,

- le Parlement,

- la Cour de Justice,

- la Cour des Comptes.

Des organes consultatifs et des institutions spécialisées autonomes concourent également à la réalisation des objectifs de l'Union.  C'est l'article 4 qui fixe les objectifs de l'UEMOA.  Il est écrit dans cet article :

Sans préjudice des objectifs définis dans le Traité de l'UMOA, l'Union poursuit, dans les conditions établies par le présent Traité, la réalisation des objectifs ci-après :

a) renforcer la compétitivité des activités économiques et financières des Etats membres dans le cadre d'un marché ouvert et concurrentiel et d'un environnement juridique rationalisé et harmonisé ;

b) assurer la convergence des performances et des politiques économiques des États membres par l'institution d'une procédure de surveillance multilatérale ;

c) créer entre les États membres un marché commun basé sur la libre circulation des personnes, des biens, des services, des capitaux et le droit d'établissement des personnes exerçant une activité indépendante ou salariée, ainsi que sur un tarif extérieur commun et une politique commerciale commune ;

d) instituer une coordination des politiques sectorielles nationales, par la mise en œuvre d'actions communes et éventuellement de politiques communes notamment dans les domaines suivants : ressources humaines, aménagement du territoire, transports et télécommunications, environnement, agriculture, énergie, industrie et mines ;

e) harmoniser, dans la mesure nécessaire au bon fonctionnement du marché commun, les législations des États membres et particulièrement le régime de la fiscalité.


  1. CE QUE L'UMOA EST ET CE QU'ELLE N'EST PAS

Concernant le strict domaine de ses compétences, nous l'avons déjà noté, une zone monétaire unique devrait à long terme se traduire par une amélioration du bien-être des populations des pays concernés. En s'appuyant sur les avantages de la communauté de monnaie déjà existante, le projet de l'UEMOA s'est engagé à établir un véritable espace intégré, géré comme une union économique à part entière. Les États membres souhaitaient avoir des interdépendances plus fortes, avec la consolidation de la monnaie commune et l'assainissement du cadre macroéconomique.

Dans la perspective, le projet de l'union doit faciliter la mobilité des personnes, les échanges de biens, de services et des capitaux. La mobilité des personnes doit s'accompagner de la suppression de toute discrimination sur le marché du travail à l'égard des travailleurs des autres pays de la zone.

En s'inspirant de l'expérience de l'Union européenne, les pays de l'UEMOA, par Acte additionnel n°4/99 de la Conférence des chefs d'État  et de gouvernement, ont adopté en plus d'autres règles de discipline collective dans le cadre d'un pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité, et des règles. Le tableau suivant regroupe ces règles classées en deux catégories : les critères de premier rang, dont le respect est impératif, et les critères de deuxième rang, qui s'apparentent davantage à des recommandations.


UEMOA : les critères du pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité pour fin 2002

Critère de premier rang

Solde budgétaire de base/PIB               ≥ 0%

Taux d'inflation annuel moyen (IPC)     ≤ 3%

Encours dette extérieure et intérieure/PIB   ≤ 70%

Variation des arriérés de paiement extérieurs    0

Variation des arriérés de paiement intérieurs   0

Critère de deuxième rang

Masse salariale/ recettes fiscales      ≤ 35%

Investissements sur ressources intérieures/ recettes fiscales  ≥ 20%

Déficit extérieur courant hors dons/PIB         ≤ 5%

Taux de pression fiscale (recettes fiscales/PIB)     ≥ 17%


Source : UEMOA (Acte Additionnel n° 04/99 de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement-articles 18 et 19).

 

L'UEMOA a pour mission  de faire en sorte qu'il y ait une intégration des politiques économies, ce qui nécessite d'ailleurs le respect des critères de convergence. Ce point de vue repose sur l'idée défendue par des auteurs comme Beetsma et Bovenberg (1995)[3], qui insistent sur le besoin de convergence en matière de politiques budgétaires et de politiques structurelles (gestion de la dette publique, flexibilité du marché du travail et efficacité du système fiscal). La convergence en question est de deux ordres : nominale et réelle.

La convergence nominale, qui étudie l'évolution des variables coûts et prix, ainsi que leurs déterminants sous-jacents (taux d'intérêt, taux de change et ratios de finances publiques) ;

La convergence réelle dont le champ d'étude est le rapprochement des niveaux de vie et/ou l'atténuation des différences structurelles entre pays. Elle s'analyse généralement sous structurelles entre pays. Elle s'analyse généralement sous l'angle de rattrapage économique.

Les efforts de l'UEMOA doivent tendre vers l'érection d'une zone monétaire optimale. En effet, selon  McKinnon (1963)[4], "on peut appeler zone monétaire optimale un groupe de pays aux échanges de marchandises fortement intégrés, autorisant la libre circulation des facteurs et ayant des monnaies effectivement convertibles".

La théorie des zones monétaires optimales a été introduite par Mundell (1961)[5], puis renforcée par McKinnon (1963) et Kenen (1969)[6]. Une zone monétaire est optimale quand les couts de renonciation au taux de change comme instrument d'ajustement à l'intérieur de la zone sont compensés par les gains résultant de l'adoption d'une monnaie commune ou d'un régime de changes fixes. Autrement dit, elle constitue une aire ou des mécanismes autres que la modification des taux de change, permettent de dissiper les déséquilibres provoqués par des chocs asymétriques. En général, cette optimalité est facilitée par :

-          la mobilité de la main-d'œuvre entre les pays considérés ;

-          la flexibilité des salaires ;

-          l'importance du commerce réciproque entre les pays ;

-          le degré de diversification  de la production ;

-          les similitudes des profils d'inflation.

En dépit de la  modestie du nombre d'illustrations que nous avons, il est prouvé par des études sérieuses que la zone UEMOA n'est pas une zone monétaire optimale. Si elle existe elle est le reflet de la volonté des pays membres de vivre la solidarité.  Si tel est le cas, il est incompréhensible que l'UEMOA fasse de la politique en s'ingérant dans les affaires intérieures d'un État comme c'est le cas avec la Côte d'Ivoire.

L'UEMOA n'est pas une zone monétaire optimale selon les critères théoriques. Les investigations empiriques tranchent difficilement l'existence d'une zone monétaire optimale (Ondo Ossa (2000))[7]. En effet, les analyses ont montré que les pays de l'UEMOA sont peu interdépendants quand il s'agit d'échanges intra-régionaux et de la mobilité des facteurs de production. De plus, du fait de la spécialisation des systèmes productifs (le coton pour le Burkina Faso et le Mali, le cacao pour la Cote d'Ivoire, etc.), les économies de l'UEMOA subissent les affres de la conjoncture extérieure. En effet, les grands pays exportateurs dans le commerce intra UEMOA sont la Côte d'Ivoire et le Sénégal qui ont exporté vers la zone respectivement 11 et 6,5% de leurs exportations totales entre 1990 et 2003 (Boogaerde et Tsangarides, 2005)[8]. En 1999, les exportations  de la zone UEMOA en direction de cette même zone n'atteignaient que 12% et les importations 10%.

Selon les statistiques de la Commission Economique pour l'Afrique (1999), les parts moyennes des exportations et des importations de l'UEMOA dans le commerce mondial entre 1988 et 1997, sont respectivement 0,14% et 0,15% environs. Malgré l'avantage offert par la monnaie commune, l'UEMOA demeure encore une zone économique peu intégrée au plan commercial. En effet, la part de leurs échanges réciproques dans leur commerce intérieur est assez faible, l'essentiel de leurs transactions commerciales se faisant surtout avec les pays de l'OCDE. Par exemple, selon la source pré-citée, les parts moyennes des exportations intra-UEMOA sur ses exportations totales et des importations intra-UEMOA sur ses importations totales durant la même période, sont respectivement de 6,01% et 6,31 %.

En dépit de l'absence de statistiques et d'études scientifiques, sur la base d'une simple  observation, nous pouvons soutenir qu'il n'y a pas davantage de mobilité intra- régionale dans la zone UEMOA que vis à vis de l'extérieur , tant pour ce qui est de la main d'œuvre qu'en ce qui concerne les flux financiers ou d'investissements directs.

On peut dire également qu'il existe des différences notoires de performances macroéconomiques entre les pays de l'union, ce qui rend fragile l'économie de la zone dans le long terme. On note une incohérence globale entre les politiques budgétaires nationales et la politique monétaire commune, mais aussi le manque de flexibilité des coûts de production et des prix, la mobilité insuffisante des biens et services à l'intérieur de la zone et la faible diversification des économies et leur grande vulnérabilité à des chocs exogènes.

Dans le cadre de l'UEMOA, la monnaie unique n'a pas suivi un processus d'intégration Économique réelle, mais plutôt a été une donnée de l'histoire coloniale. En effet, dans le cadre plus élargi de la zone franc, les rapports économiques et monétaires entre la France et ses colonies ont été organisés par touches successives afin de favoriser la colonisation, puis, après 1929, de faciliter sous la pression de la crise économique et des événements politiques internationaux, la constitution d'un ensemble économique visant à une certaine autonomie.

Il est vrai que l'UEMOA  ne résulte pas d'une évolution d'une zone monétaire symétrique, elle a  suivi un  processus d'intégration opposé à celui de l'union européenne.

Nous venons de voir que l'UEMOA n'est pas une zone monétaire optimale. Cette organisation ne fait rien pour rendre cette zone optimale mais elle trouve des ressources pour s'inviter dans l'arène politique là où on l'attendait sur le « ring économique ».

En effet, sept ministres des finances de l'UEMOA ont demandé le jeudi 23 Décembre 2010 à la BCEAO d'autoriser uniquement les représentants du Dr Alassane Ouattara, à gérer les comptes de la Côte d'Ivoire. En plus, le Conseil a décidé « que les représentants régulièrement désignés par le gouvernement légitime de Côte d'Ivoire sont les seuls habilités à prendre des mesures relatives au fonctionnement de l'UEMOA au non de ce pays ».  Ce même Conseil a renchéri pour décider « d'instruire la BCEAO de permettre aux seuls représentants régulièrement désignés par le gouvernement légitime de Côte d'Ivoire d'effectuer les mouvements sur les comptes en son nom ».

Depuis fin novembre, une crise politique oppose le président Laurent Gbagbo et le Dr Alassane Ouattara qui est reconnu par l'étranger comme le président ivoirien « légitimement élu ».

Il est clair que l'UEMOA a outrepassé ses prérogatives en prenant des positions politiques.  L'article 15 du traité de l'UEMOA stipule que « Les Etats membres se consultent en vue de prendre en commun les dispositions nécessaires afin d'éviter que le fonctionnement de l'Union ne soit affecté par les mesures que l'un d'eux pourrait être amené à prendre en cas de troubles intérieurs graves affectant l'ordre public, de guerre ou de tension internationale grave constituant une menace de guerre ». Jamais, il n'est demandé à l'UEMOA de juger qui est président ou pas.

Le Conseil des Ministres n'a pas mandat d'invalider la signature d'un président de la république.  Le Conseil des Ministres de l'Union Monétaire exerce les fonctions qui lui sont dévolues par l'article 20 qui dit clairement que « Le Conseil des Ministres de l'Union assure la mise en œuvre des orientations générales définies par la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement ». Et il revient à la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement définit les grandes orientations de la politique de l'Union (Article 17).

Aujourd'hui tous les économistes s'accordent pour dire  que  le seul critère qui milite en faveur d'une union monétaire reste celui de la solidarité. La solidarité devient ainsi la condition nécessaire et suffisante d'optimalité.

ONDO OSSA  (2000) définit la solidarité comme une communauté de responsabilités et d'intérêts qui traduit un sentiment qui pousse deux économies à se pOI1er assistance. Elle se mesure à l'aptitude d'un pays à accepter le coût de la gestion d'un autre. Tout pays membres d'une zone solidaire est redevable des actes posés par les autres membres, autrement dit de leurs excédents et déficits.

Être solidaire ne signifie pas s'immiscer dans les affaires intérieures d'un pays  car ceci est une atteinte à sa souveraineté. Or  c'est pour les questions politiques et de souveraineté, que les Ministres des Affaires Etrangères siègent au Conseil des Ministres de l'UEMOA (Article 23).

L'UEMOA mène un combat qui n'est pas le sien car une union monétaire recouvre une monnaie commune à plusieurs  États souverains qui, aux termes  d'un accord multinational, partagent la responsabilité de sa gestion.

Mais cette association monétaire préserve l'individualité de chaque État dans la gestion de la monnaie et du crédit qui trouve son expression dans :

-          l'existence de comités monétaires nationaux ;

-          la différenciation des signes monétaires,

-          des mesures d'individualisation de caractère comptable et administratif,

-          une personnalité monétaire internationale.

Pour sauver cette fragile union, il serait judicieux pour l'UEMOA de s'abstenir de déclarations politiques aux conséquences insoupçonnées.

 


Dr Prao Yao Séraphin

Economiste, Analyste politique, Enseignant-Chercheur.

Président du MLAN

praoseraph@yahoo.fr



[1] LELART, M., (1986, pl) cité par GERARDIN, H. ; GERARDIN, H.(l989), La Zone Franc: Histoire et Institutions, Ed. l'Harmattan, Paris, ome 1, 239p.

[2] NSOULI, S.M., (1981, pp41-42), cité par GERARDIN, H., opcit.

[3] BEETSMA, R.M. et BOVENBERG, A.L.(1995), «Designing Fiscal and Monetary Institutions for a European Monetary Union», CEPR Discussion Paper, n° 1303, London.

[4] Mc KINNON, RI.(l963), «Optimum Currency Areas», Ameriean Economie Review, September, pp 717 - 725

[5] Mundell, R. A. (1961a), ≪ A Theory of Optimum Currency Areas ≫, American Economics Reviews 51, 509-517.

[6] Kenen (1969) "The Theory of Optimum Currency Areas : An Eclectic View", in Monetary

Problems of International Economy, Mundell R. et Swoboda A.K. (Ed.), Chicago, University of Chicago Press, pp. 41-60

[7] Ondo Ossa A. (2000) "Zone monetaire et crise de change : le cas de la zone franc africaine", mimeo, decembre 2000, pp. 359-410.

[8] Boogaerde van den P. and Tsangarides C. (2005), "Ten Years After the CFA Franc Devaluation: Progress Toward Regional Integration in the WAEMU", IMF Working paper, WP/05/145.

lundi, 06 décembre 2010

DECLARATION DU MLAN SUITE AU COMPORTEMENT IMPERIALISTE DE LA FRANCE

 

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Depuis le décès de Félix Houphouët Boigny, la Côte d'Ivoire est engluée dans une crise sans fin. L'égoïsme et les ambitions démesurées des hommes politiques ivoiriens sont passés par là. En effet, depuis 2002, une sale guerre a entraîné la Côte d'Ivoire dans une pauvreté indescriptible. Après plusieurs accords de paix, l'Accord Politique de Ouagadougou (APO) a fini par conduire le pays à des élections présidentielles.

Après un premier tour qualifié de démocratique, le second tour a été émaillé de troubles et de comportements anti-démocratiques. Malheureusement la commission électorale indépendante (CEI) n'est pas arrivée à départager les deux candidats en lice : le candidat Laurent Gbagbo et son frère Alassane Dramane Ouattara. Alors que le Conseil Constitutionnel s'apprêtait à prendre le relais pour vider le contentieux, la Chaîne française France 24, a annoncé sans aucune base juridique, la victoire du candidat Alassane Dramane Ouattara.

Le Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN), porte-parole de la nouvelle jeunesse africaine, condamne cette attitude raciste et néocoloniale de la France.

Le MLAN rappelle à la France que la Côte d'Ivoire est indépendance depuis 1960 et qu'elle a, grâce à Dieu, des institutions à même de proclamer dans la paix, les résultats des élections présidentielles de 2010.

Face à ce combat d'arrière-garde que la France mène contre la Côte d'Ivoire depuis 2002, le MLAN entend  rester impavide et digne.

Le MLAN voudrait renvoyer la France à méditer les leçons de l'Histoire : aucune puissance n'a pu arrêter la volonté populaire lorsque le peuple a décidé de prendre sa liberté.  La France impérialiste semble ignorer le vent de la liberté qui souffle tel un ouragan sur le sous-continent noir. Si tel est le cas, qu'elle sache que les africains ont décidé souverainement d'écrire  eux-mêmes les pages de l'Afrique Nouvelle.

En dépit de cette balourdise française, la Côte d'Ivoire indépendante est en marche et rien ne peut faire obstacle à sa marche victorieuse et glorieuse.

Dieu bénisse la Côte d'Ivoire!

 

Fait à Abidjan le 3 Décembre 2010
Pour le MLAN
Le Président

Dr Séraphin PRAO

lundi, 25 octobre 2010

COTE D'IVOIRE : L'ORIGINE DE LA DETTE EXTERIEURE



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Aujourd'hui, tous les experts s'accordent sur le fait  que l'endettement des pays africains constitue pour eux un goulot d'étranglement sur le chemin du développement. Les tentatives de juguler cette bulle de la dette n'ont pas fait défaut pour autant, le sujet n'est pas encore épuisé.  En trente ans, les pays africains ont vu 400 milliards de dollars quitter le continent, alors que la dette globale de l'Afrique est de 215 milliards de dollars. Plus de 13 milliards de dollars par an ont fui, soit "un pourcentage vertigineux" de 7,6 % du produit intérieur brut (PIB) annuel, entre 1991 et 2004, ce qui fait de l'Afrique "un créancier net vis-à-vis du reste du monde", précise Janvier Nkurunziza, économiste à la Cnuced. Depuis vingt-cinq ans, la dette et l'ajustement structurel fracassent l'Afrique et la vie de la plupart des quelque 850 millions d'Africains. La dette provoque donc une véritable hémorragie de capitaux pour les pays les plus pauvres, les privant de ressources nécessaires à la satisfaction des besoins humains fondamentaux.

Pour prendre toute la mesure de la question de l'endettement des pays africains, il faut bien la replacer dans son contexte historique. C'est pourquoi notre présent article se propose de revenir sur l'origine de la dette extérieure en général et sur celle de la Côte d'Ivoire en particulier.

AUX ORIGINES DE LA DETTE

Il n'est sans doute pas de manière plus adéquate de parler d'origine de la dette que la définir au préalable.

La dette extérieure regroupe l'ensemble des emprunts des agents économiques d'un pays (Etat, mais aussi les entreprises) vis-à-vis de prêteurs étrangers. Le plus souvent la dette extérieure est une composante de la dette publique, à côte de la dette intérieure.  L'histoire nous renseigne que dans  le passé, les pays qui ne parvenaient pas à générer une épargne intérieure suffisante pour financer leur essor économique ont recherché des fonds auprès d'autres pays. Les Etats-Unis ont fait appel à l'épargne étrangère, en particulier pendant la période antérieure à la guerre de sécession, de 1835 à 1860. De la même manière, la Russie a eu besoin de fonds extérieurs pour assurer son développement dans les trois décennies qui ont précédé la première guerre mondiale et la révolution communiste. L'aide étrangère, telle qu'on la conçoit aujourd'hui, est l'émanation de la phase qui a suivi la seconde guerre mondiale. Son origine remonte au plan Marshall, dont l'application a amené les Etats-Unis à transférer 17 milliards de dollars en quatre ans à l'Europe, soit l'équivalent d'environ 1,5% du PNB américain, pour la reconstruction de l'Europe. La fin des années 60 a vu se développer une surabondance de dollars dans les circuits financiers occidentaux.
Après la guerre, la reconstruction des économies européennes étant terminée, des quantités massives de dollars  se voyaient inutilisées. Dès lors, il se créait  un marché des eurodollars, qui a pris du volume avec l'arrivé des « pétrodollars » issus des chocs pétroliers de 1973 et de 1979.

Par ailleurs, la concurrence inter-impérialiste acharnée, à la recherche de nouveaux marchés afin de débrider des économies menacées d'engorgement ne manque pas validité.  Les américains vont multiplier les prêts pour  « contenir le communisme » autour du périmètre du bloc soviétique, tout en essayant d'assurer l'accès des Etats-Unis aux matières premières dont leur industrie avait besoin. On estimait en outre que le développement favoriserait à la fois la sécurité et les intérêts économiques, en réduisant l'instabilité et en associant les nouvelles nations à l'ordre du monde capitaliste. C'est à la suite des américains que les pays européens et en particulier la France et le Royaume-Uni apportent leur appui à leurs anciennes colonies.

 

LES CAUSES DE L'ENDETTEMENT EN CÔTE D'IVOIRE

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19:20 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Monde, Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : afrique, côte d'ivoire, yao prao séraphin | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 19 juin 2010

IL FAUT SAUVER LE SOLDAT COTE D'IVOIRE!

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Peut-on construire la paix sans la justice sociale ? La question est posée mais la réponse n'est pas simple à donner. Ce qui est certain c'est que sans la justice sociale, la paix est compromise.  Si l'on s'accorde donc à dire que la paix est indispensable au développement économique d'un pays alors, la justice sociale devient une condition importante.

Fort est de constater aujourd'hui en Côte d'Ivoire que l'injustice est devenue la règle d'Or de gouvernance et pourtant, le pays est à la recherche de la paix. Sur la route de la paix, on trouve encore des spectateurs médisants dont l'injustice sociale en est le leader. Il nous semble important qu'on en parle, pendant qu'on peut encore avertir, afin de mettre fin à certaines pratiques compromettantes pour la paix.

LA CÔTE D'IVOIRE EST DEVENUE LE NID DE L'INJUSTICE SOCIALE

Les ivoiriens souffrent : les élections  sont régulièrement reportées et leur niveau de vie régresse de façon géométrique. L'école qui est l'ascenseur social est en panne. Toutes les portes sont fermées sauf pour quelques privilégiés.

Autrefois, sous l'ancien régime, nous les accusions de gouvernement affairiste mais aujourd'hui, on est passé à une élite qui s'est disqualifiée en s'appropriant le patrimoine génétique de la corruption. La guerre a le dos large puisqu'elle justifie pour certain, le pillage systématique des richesses de notre pays par des gloutons inconscients. L'on s'est installé dans l'hypocrisie, le mensonge et la duplicité et dans tout ce ballet, le peuple est pris en otage, victime et souffrant.

Un jour, le président Laurent Gbagbo lui-même, peut-être dépassé par les événements se lâchait en ces termes : "Les gens détournent par-ci, détournent par-là, ils font des rackets par-ci, des rackets par-là. Les policiers ont " gâté " leur nom parce que tout le monde les voit. Mais ils ne sont pas les seuls à racketter. Quand tu vas dans un bureau et qu'on te prend l'argent pour faire un papier auquel tu as droit, c'est du racket. On voit tout et on entend.... On entend ici, un tel vole dans la direction qu'on lui a confiée, un tel vole sur la route, mais quand nous volons, c'est nous-mêmes que nous volons...". Cette présentation sommaire des maux qui minent la Côte d'Ivoire suffit de comprendre la profondeur de la question de l'injustice dans le pays. La corruption a gangréné  toutes les structures de la Côte d'Ivoire, de l'école jusqu'au concours en passant par l'hôpital, les ennemis de la justice sociale ne démordent pas. La corruption s'est institutionnalisée de sorte qu'aucun concours n'est accessible sans une contrepartie financière versée. Ainsi, la prestigieuse Ecole Nationale d'Administration(ENA), l'Ecole Nationale de Police (ENP), l'Ecole Nationale de la Gendarmerie (ENG), l'Ecole Normale Supérieure (ENS) sont devenues le lieu où se fait la promotion des nuls. Nous constatons sous nos yeux l'enrichissement illicite d'une certaine élite ivoirienne au nez et à la barbe du peuple. Du coup, le fossé séparant la tranche socialement intégrée de la population (les riches) des autres (les pauvres, les exclus) s'agrandit.

A tous ces maux, il faudra ajouter le tribalisme, le régionalisme, le népotisme, le sectarisme, ces facteurs qui mettent à mal la construction de la nation ivoirienne. La démocratie est donc en danger.

SANS LE DROIT, LA DEMOCRATIE EST IMPOSSIBLE

Commençons par définir ce qui fonde la justice : les lois. Elles sont des règles établies conventionnellement en vue de réguler la coexistence des individus. Elles ont pour fin le bien de la communauté. Les lois existent parce que, de fait, les hommes ne peuvent spontanément s'entendre. Telle est définie, par Kant, « l'insociable sociabilité de l'homme ». On sait également que le droit n'est rien d'autre que l'ensemble  des lois conventionnellement établies. Le positivisme juridique nous renseigne aussi qu'il serait vain de rechercher ailleurs que dans la légalité l'idée de justice. Ce qui est juste c'est d'accepter l'arbitrage de la loi, non pas l'arbitrage juste, mais l'arbitrage. Si les lois sont appliquées à tous sans exception et de la même manière, nous sommes alors prémunis contre les injustices possibles. Or en Côte d'Ivoire, aujourd'hui, l'injustice sociale a atteint son paroxysme. Les ivoiriens n'arrivent plus à se vêtir, à manger, à se soigner pendant qu'une poignée vit dans une richesse la plus insolente et injurieuse.

Or, est juste ce qui se conforme à l'exigence éthique d'une double égalité : égalité commutative, d'abord, qui repose sur la réciprocité, et selon laquelle la justice recommande de donner autant de droits et de devoirs à chacun. C'est la première exigence du contrat social dont dépeint Rousseau : pour que la justice soit instaurée, nul ne doit être au-dessus des lois et celles-ci doivent garantir la liberté et l'intégrité de chaque citoyen.

Sur le plan social, la justice concerne le problème de la distribution des richesses, et fait alors appel à la seconde égalité qui doit être respectée, l'égalité distributive : on doit donner à chacun selon son mérite. C'est ainsi qu'on arrivera à sauver notre pays et construire une nation.

IL FAUT SAUVER LA CÔTE D'IVOIRE

Pour sauver la Côte d'ivoire, la solution n'est pas miraculeuse : il faut d'abord aller aux élections très vite, ensuite engager des reformes profondes pour stabiliser notre économie et enfin, accélérer la construction de la nation ivoirienne.

Dieu aime la Côte d'Ivoire puisqu'il y a des intellectuels honnêtes qui travaillent pour la paix et le développement de ce pays. Nous pouvons citer le président de l'Assemblée Nationale, le professeur Mamadou Koulibaly, qui a des prises de position sans équivoque : il défend toujours le peuple.

Le 2 juin dernier, à la rotonde de l'hémicycle, il a pris position pour son peuple :  « Après trois ans d'Apo et une multitude de deniers publics gaspillés dans les voyages entre Abidjan-Ouaga, Abidjan-Paris, Abidjan-New York, la pauvreté s'est accrue, la fuite des capitaux s'est accélérée, le chômage a augmenté, les infrastructures n'ont pas été entretenues et la fracture sociale s'est creusée. L'Apo s'est embourbé dans ses contradictions congénitales.... Le racket, la tricherie aux examens et concours, les pots-de-vin, les trafics d'influence, l'enrichissement rapide injustifié, se déchaînent et se réinstallent comme au temps du parti unique ».

Ce monsieur aime son pays et son continent, il sait qu'on ne vient pas à la politique pour s'enrichir mais pour servir et changer positivement la vie de son peuple. La Côte d'Ivoire a besoin d'une rédemption. Aujourd'hui le Ghana brille non pas parce que la providence l'a élu parmi tous les pays de la région, mais en raison de la bonne gouvernance et le courage de ses enfants au travail.

Puisque la corruption des devenue « le sida de l'économie », il faudra créer  un Haut Commissariat pour la Lutte contre la Corruption (HCLC). C'est ce que nous proposons au Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN). Ce sera une sorte de ministère qui aura pour seule tâche de démanteler sociologiquement et activement les réseaux de corruption dans le pays. Ce ministère fera de la prévention, de l'information mais sanctionnera également en partenariat avec les instances judiciaires du pays. En ce qui concerne la vie publique, nous réitérons notre ancienne idée de la création d'un Comité National de Moralisation de la Vie Publique (CNMVP) qui serait sous la coupole du conseil économique et social. Ce comité aura la tâche de veiller au bon fonctionnement de la lutte que mène le HCLC. Au surplus, le CNMVP veillera à ce que les hommes politiques, leaders d'opinion etc, aient une vie exemplaire, c'est-à-dire établir l'équilibre politico-social entre le peuple et la sphère politique. C'est ainsi que   la Côte d'Ivoire donnera un signal fort quant à l'espérance qu'attendent les ivoiriens et tous ceux qui y vivent car notre devoir sera d'être un modèle, l'espérance promise à l'humanité.

Tout comme  Aimé Césaire, « ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche ; ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir (...) car un homme qui écrit n'est pas un ours qui danse».

Dieu bénisse et garde la Côte d'Ivoire.


Dr Séraphin Prao

Economiste et président du MLAN

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

(225) 01 11 87 60

samedi, 17 avril 2010

INSTABILITE POLITIQUE ET CREATION MONETAIRE

 

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La théorie de la croissance endogène nous enseigne que la croissance ne dépend pas que des seuls comportements des agents et des variables macroéconomiques. En clair, il existe plusieurs facteurs pouvant faire apparaître des externalités positives et par conséquent être source de croissance pour la collectivité. Au nombre de ces facteurs, on cite l’investissement en capital physique, l’investissement en capital public, l’investissement en capital humain, l’apprentissage par la pratique, la division du travail, la recherche et innovations technologiques.

La monnaie, nous avons démontré tout au long de nos écrits qu’elle est au centre du système productif, elle joue le rôle que joue le sang dans le corps humain. Le système monétaire est donc « le système sanguin » de l’économie d’un pays.

Dans une interview accordée à trois journaux français (Rfi, Le Monde et Tv5), le samedi 3 Avril 2010 au cours d’un débat radiotélévisé,  le chef de l’Etat du Sénégal a exprimé son exaspération vis-à-vis du franc CFA, cette monnaie coloniale. Il l’a dit en ces termes « Nous sommes un certain nombre d’africains à être déçus de l’évolution de notre projet continental. Nous réfléchissons à la possibilité de revenir à un projet régional avec sa propre monnaie. Les autorités françaises le savent ».

Le président Wade a dit officiellement ce que nous disions depuis, c’est-à-dire que  «Si nous récupérons notre pouvoir monétaire, nous allons gérer mieux».

Sans nous tromper, nous pouvons dire que le franc CFA est déjà derrière nous et qu’il faut maintenant matérialiser sa disparition en établissant son certificat de décès.   Avec la volonté politique des gouvernants des pays africains de la zone franc (PAZF), l’esclavage monétaire prendra fin dans un court terme. Mais les pays africains doivent savoir certaines vérités en matière d’économie monétaire de production. Cette dernière  pouvant être définie comme une économie dans laquelle la monnaie est créée à l’occasion de prêts octroyés par les banques aux entreprises pour le financement des frais de production.

Si bientôt, les pays africains  de la zone franc accéderont à la souveraineté monétaire, alors il faudra qu’ils s’habituent aux rouages de la monnaie car il est trop facile et surtout oiseux de disserter sur la monnaie, alors que les africains ne savent même pas son modus operandi. 

Les faits économiques qui plaident en faveur d’une telle présentation sont légions : les contrevérités de certains analystes de la monnaie et l’inculture monétaire des populations de la zone franc, puisqu’on entend, le plus souvent les questions du genre «qui garantira notre monnaie sans la tutelle française?».

La référence obsessionnelle à cette crainte montre bien qu’on connait mal les mécanismes de la création monétaire et ses non-dits. Ainsi donc, l’ambition de notre présente réflexion est double : d’une part, revenir sur les vraies raisons de la création monétaire et montrer que l’un des « péchés » des pays africains, « l’instabilité politique », décourage  la création monétaire.

Plutôt que de nous livrer à un exercice purement théorique, nous essayer d’illustrer notre point de vue à partir de ce mal qui mine l’Afrique, c’est-à-dire, le désordre politico-social.

D’abord, il nous faudra essayer de dire ce qu’est la monnaie. Faisant suite à cette tentative de définition de la monnaie, il sera ensuite aisé de faire le lien entre la création monétaire et le développement.

Avec toutes ces connaissances, nous verrons que l’instabilité politique nuit à l’économie monétaire de production.

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La monnaie et ses multiples définitions

La définition exacte de la monnaie est une œuvre gigantesque, prétentieuse, qui débouche sans doute sur une réponse balbutiante. C’est la raison pour laquelle, il existe autant de définition de la monnaie que de courants de pensée. La monnaie n'est pas simple à définir, car elle comporte plusieurs dimensions. C'est d'abord un bien privé au sens où, comme les autres marchandises, elle fait l'objet d'une offre et d'une demande et que sa détention a un prix, en l'occurrence un coût d'opportunité: elle coûte ce qu'elle ne rapporte pas, à savoir le taux d'intérêt qui rémunère les placements moins liquides  et plus risqués qui auraient pu être faits avec la même somme. Mais la monnaie est aussi un bien public ou collectif, car sa disponibilité, sa circulation et la préservation de sa valeur sont indispensables au bon fonctionnement des échanges. Mais le plus souvent, les économistes ne font que reprendre des distinctions opérées par les philosophes grecs notamment Aristote. Ce dernier donne à la monnaie trois fonctions : celle d’unité de compte, d’instrument d’échange et de réserve de valeur.

 

Cette définition nous dit ce que la monnaie fait tout en restant muette sur ce qu’elle est. Elle est donc incomplète comme définition, donc inacceptable. Selon, les anthropologues, la monnaie est tellement imbriquée dans les relations sociales, pour la réduire à ses fonctions. Elle participe par exemple à la structuration de la société et à ses relations avec les autres groupes : elle permet la création des liens. C’est donc carrément un fait social évident.

 

Les marxistes, eux, estiment qu’elle est nécessaire  à l’échange marchand, puisqu’elle est l’équivalent général et « sert à exposer la valeur réciproque des marchandises ». Cette dernière définition  montre bien que la monnaie participe à la production de plus-value. Et la monnaie ne sera légitime que si elle contribue au bien commun des membres de la société.

 

La monnaie est décidément sacrée. Et pourtant, les crises à répétition au cours de l’histoire récente montre bien qu’il est difficile de concevoir la monnaie en dehors du système monétaire. De ce lien, il peut en résulter une définition qui nous va : celle qui conçoit la monnaie comme une créance à vue sur le système bancaire. C’est un droit de rembourser sur le système bancaire. La monnaie qui est en réalité une créance sur la collectivité, permet à son détenteur du moment, de s’approprier une fraction de la richesse nationale. Il existe donc une relation entre la création monétaire et le développement économique.


La création monétaire et le développement économique

 

Il existe au moins un point qui ne fait pas débat au sein de la tribu des économistes : l’importance de la monnaie dans le processus de développement d’un pays.

 

Un système financier solide est un sésame permettant d’accéder à un monde économique nouveau que la paresse bancaire rendrait incompréhensible. Si le développement économique  a une dimension monétaire alors il  y a là, quelque chose de déroutant pour les africains. Comment les africains arrivent-ils à lier leur sort au colonisateur d’hier alors même que les germes d’un développement autocentré sont présents ?

 

Le premier facteur découle de l’inaccessibilité de la phraséologie monétaire à tous. C’est ce que nous tentons de faire, à la suite des dignes fils comme Tchundjang Pouemi, Mamadou Koulibaly, Agbohou Nicolas et biens d’autres.

 

Le second facteur et non le moindre réside dans le peu de courage de nos hommes politiques à accorder à la monnaie son rôle de moteur du développement.

 

L’activité économique est fondée sur la mobilisation de capitaux qui permettent entre autre le développement de nouvelles activités. Cependant, les agents qui souhaitent engager des capitaux pour financer de nouvelles activités ne disposent pas nécessairement des moyens suffisant pour le faire.

 

La banque est donc cette pourvoyeuse de fonds, cette tour de contrôle qui ratifie les projets des investisseurs. La création et la circulation monétaire sont directement liées au fonctionnement de l'économie : elles sont endogènes  à l'économie. Il y a, en particulier, un lien direct entre l'offre de monnaie des banques et les besoins de financement du secteur productif (les entreprises).

 

La monnaie est un instrument indispensable à l’activité économique puisqu’elle facilite les transactions. La masse monétaire en circulation représente le pouvoir d’achat dont dispose les agents économiques à un moment donné. Il va s’en dire que l’accroissement de la masse monétaire est synonyme de croissance économique puisqu’il permet le financement d’investissements additionnels. Le fonctionnement bancaire est donc essentiel.

 

Dans la conception traditionnelle, la banque se situait par construction sur le chemin  que doit emprunter l’argent dont certains n’ont pas besoin, mais que d’autres réclament. C’est le point primordial qu’on a voulu imposer à notre intelligence, même si les choses étaient en pratique plus compliquées que ça. Les économistes modernes ne répètent plus ce « catéchisme obsolète ». Ils savent que la banque offre des crédits au-delà du montant des ressources qu’on lui confie. L’histoire de faits économiques nous enseigne que les premiers banquiers entendaient ainsi répondre à des besoins  économiques qui s’accroissaient  déjà sensiblement bien avant la phase dite de « décollage  économique ».

 

La banque a un pouvoir que lui donnent les forces vives, celui de la création monétaire. Et la seule et unique contrainte à la production est la contrainte monétaire.

 

Dans une économie monétaire de production, trois sphères économiques sont liées pour le développement.

 

La première dite, productive, est celle où agissent toutes les entreprises qui produisent et vendent les biens et services courants sur le marché. La production des  biens et services occasionne des coûts de production, qui doivent être couverts par les consommateurs, ex-post, mais avant la production, par les banques.

 

La deuxième sphère, est monétaire et financière. Elle comprend les agents qui apportent des ressources nouvelles ou des services monétaires et financiers aux agents de la sphère productive. Les banques commerciales  constituent le cœur de cette deuxième sphère.

 

Enfin, la troisième sphère, est celle des ménages, ceux qui fournissent leur force de travail en contrepartie d’un salaire.

 

Créée par le système bancaire, la monnaie circule entre les agents économiques en fonction de leurs comportements de financement, de placement et de dépense. La circulation de la monnaie dans l'économie est ainsi déterminée par les principales opérations économiques (production, consommation et épargne).

 

Pour que le système bancaire réponde favorablement aux diverses demandes de financement des entrepreneurs, il faudra un environnement politique et social stable, pour bien ancrer les anticipations.


L’instabilité politique et l’économie monétaire de production

 

La présentation habituelle du principe de la demande effective insiste sur les deux dernières fonctions, décision et mise en œuvre de la production, distribution et utilisation du revenu, dépenses et retour à la production, mais la demande effective est en fait la conjonction des anticipations des entrepreneurs et des banques.

 

L’instabilité politique et sociale d’un pays, la fiabilité de son administration (notamment son éventuel indice de corruption), ainsi que l'étendue de la réglementation et son respect (en particulier en ce qui concerne le droit de la propriété intellectuelle), ont une influence sur la décision d’investir et la ratification des projets par les banques.  

 

Il est donc indiscutable que la stabilité politique peut produire de multiples effets sur la croissance économique. Selon certains spécialistes, le déficit institutionnel est une source profonde de l'instabilité de celle-ci. Ce qui est prouvé par les performances économiques de plusieurs Etats du monde. Car les pays moins bien gouvernés sont ceux qui ont obtenu les taux de croissance les plus négatifs. En période d'instabilité politique, les activités économiques se déroulent au ralenti. En conséquence, le produit intérieur brut (PIB) décroît, ce qui réduit le niveau de bien être de la collectivité. Il est nécessaire de rendre solides les institutions politiques pour le bénéfice d'une meilleure stabilité politique. Ce qui va favoriser le déroulement des activités économiques, via l'accroissement de l'investissement qui, à son tour, va entretenir la croissance économique. L’Afrique doit s’y atteler.


Les pays africains doivent créer un climat favorable à l’investissement

 

Commençons par définir le climat de l’investissement afin de mieux lutter contre le peu d’enthousiasme à investir dans nos pays. Le climat de l’investissement est l’ensemble des facteurs propres à la localisation de l’entreprise, qui influent sur les opportunités de marché ou le désir des entreprises d’investir à des fins productives, de créer des emplois et de développer leurs activités. Les politiques et le comportement des pouvoirs publics ont une influence très importante en raison de l’incidence qu’ils ont sur les coûts, les risques et les obstacles à la concurrence.

 

Dans une ère où la notion de stabilité politique rime avec des garanties d’investissements et coopération au niveau international, et vu les besoins économiques et sociaux du continent, cette notion de stabilité se doit d’être longuement réfléchie. En matière d'environnement des affaires (corruption, insécurité juridique et judiciaire, harcèlement fiscal...), plusieurs réformes sont en cours dans le cadre des programmes nationaux de Gouvernance sur le continent. Pour mieux assurer le développement économique, les pays africains dans leur quasi-totalité, ont mis en place des dispositifs d’incitation à l’investissement. Il s’en est suivi une forme de concurrence entre pays, relevant souvent du même espace économique, ce qui a créé dans certains cas des distorsions dans l’application des législations communautaires ou l’ineffectivité de ces dispositions, soit par le code général des impôts, soit par des textes spécifiques (code des investissements, code minier, code pétrolier, code forestier, conventions internationales, loi d’orientation fiscale…). Mais l’investissement tarde à s’emballer en raison des résultats qui sont  loin d’être satisfaisants.

 

La défaillance de la gouvernance démocratique n’est guère démontrer. En dépit des énormes points positifs, les coups d’état sont devenus sur le continent, la règle pour accéder au pouvoir et les urnes, une exception.

 

Il est aujourd’hui démontré que la qualité des politiques d’investissement influe directement sur les décisions de tous les investisseurs, petits ou grands, nationaux ou étrangers. Il est donc temps que les pays africains s’engagent résolument, à l’instar d'autres pays émergents, dans un processus de définition et de conduite d’une politique visant à créer des conditions favorables à l’investissement pour une croissance, à la fois forte et pérenne.

 

Si l’acte d’investir doit être un levier stratégique de la croissance socio-économique du pays alors la transparence, la protection de la propriété et la non-discrimination sont les principes fondateurs de la politique d’investissement. Notre continent doit compter sur lui-même pour son développement en accordant une place prépondérante à la dimension monétaire. C’est ce que nous avons tenté de montrer tout au long de cet article. Cependant, aucune économie ne peut se développer sans une stabilité : telle est la moralité de notre contribution car le développement économique et social est lié à la pacification et l’atténuation des conflits.  La paix est une variable que les économistes intègrent aujourd’hui dans leur modèle de telle sorte qu’on ne peut la mépriser. Certains pays d’Afrique subsaharienne (Bénin, Sénégal, Mali) se sont dotés d’un système démocratique progressif où l’on observe l’état de droit, le multipartisme, l’alternance électorale, la progression des libertés civiles, de même que la consolidation des sociétés civiles. Ces pays doivent servir d’exemple aux autres.

 

Parce que nous ne sommes pas de ceux qui frappés du découragement intellectuel et politique, désespèrent de l’Afrique, nous devons aller de l’avant sans jamais nous renier, Dieu nous aidera certainement dans cette œuvre de « conversion des esprits ».

 

Dieu bénisse l’Afrique !

  

Dr Séraphin PRAO


Président de l’ATAM

Spécialiste de la zone franc 

www.mlan.fr

http://atamsouv.e-monsite.com/ 

contact@mlan.fr

atamsouv@yahoo.fr

lundi, 29 mars 2010

LE FRANC CFA, UNE ARME OFFENSIVE ET DEFENSIVE DE LA FRANCE EN ZONE FRANC

 

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«Le destin de l’homme se joue sur la monnaie! Exigez l’ordre financier ou acceptez

l’esclavage!» disait Jacques Rueff. Pour lui,  il ne peut pas y avoir de progrès de la Civilisation et de la Liberté sans la stabilité monétaire. C’est dire combien la monnaie compte dans l’organisation et la survie d’une société. La monnaie est une invention qui est au cœur de nos sociétés actuelles. Cependant, elle est relativement ancienne et a une histoire complexe. Nonobstant, la monnaie semble être écarté dans les stratégies de développement des pays africains. En 1960, 14 pays africains qui étaient à l’époque des colonies françaises, sont devenus indépendants. Cette année 2010 a donc été décrétée « année du jubilé » et elle donnera certainement lieu à des  manifestations grandioses et aux flots de discours auxquels les dirigeants ont habitués les populations pour dresser le bilan d’un demi siècle de liberté surveillée.

Après la clairvoyance des pères fondateurs dont les illustres sont l'Osagyefo Kwame Krumah ( 19O9-1972), le  "javelot flamboyant" Jomo Kenyatta (1893-1978), le "Bélier"  Houphouet-Boigny (1905-1993) , le "Rais"   Gamal Nasser (1918-197O), le "Combattant suprême" Bourguiba, le " mwalimu "   Julius Nyerere,  le grand « Syli » Sékou Touré, "Abel Djassi" Amilcar Cabral, Modibo Kéïta, notre continent est aujourd’hui à la croisée des chemins.

Parmi les 49 pays les moins avancés (PMA), les 35 sont en Afrique Sub-saharienne ; 581 millions de personnes, sur une population  totale de 767 millions, vivent toujours dans le dénuement et 277 millions d’entre elles sont dans la « pauvreté absolue » avec moins de 1 dollar par jour. Pour parler spécifiquement des pays africains de la zone franc (PAZF), le bilan sommaire peut être ainsi résumé : la zone franc représente 12% de la population africaine, 12% du PIB et 1,5% des exportations. Avec une population de 25% supérieure à celle de la France, les PAZF représentent 4,5 % du PIB français ou 1,5% de la masse monétaire.

 Et pourtant, certains pays trouveront des ressources financières, qui du reste, sont rares, pour festoyer. Certainement que certains africains accuseront la colonisation et les relations complexes qui lient les africains aux occidentaux, comme responsable de notre retard économique.  Mais si tel est le cas, il est difficilement compréhensible  qu’on se réjouisse alors même que le vestige le plus important de la colonisation qu’est le franc CFA, demeure.

Notre présente réflexion porte sur le chainon manquant du développement des pays africains, le peu d’attention portée à la dimension monétaire dans les stratégies de développement.

Cet article se voudrait une modeste contribution à l’exploration de « l’énigme » du sous-développement des pays aux ressources naturelles abondantes.

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Le Franc CFA, une arme défensive de la France en zone franc

Il est connu de tous, que le continent africain en général est un  « scandale géologique » et le sous continent noir, un scandale tout court, vu l’immensité légendaire de leurs richesses. Et cela, la France l’a intégré depuis la colonisation. On sait également que les années 40 et 50 ont été riches en contestations réclamant l’indépendance des colonies. C’est ainsi qu’en 1956, la Loi-cadre, dite loi Deferre, renforçait l’autonomie des colonies en créant un conseil de gouvernement et une assemblée territoriale élue au suffrage universel. On sait également que l’effondrement de la 4e République, avec le retour du général de Gaule et la mise en chantier de la 5e République ont entrainé une nouvelle  révision du statut des colonies.  Le projet proposé par référendum en 1958 offre le choix entre une indépendance immédiate ou l’entrée dans une communauté française avec davantage d’autonomie mais toujours sous tutelle de la métropole. A ce projet, le fougueux Sékou Touré, habitué à la phraséologie syndicaliste, sous des applaudissements déchaînés, lançait : « nous préférons la liberté  dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage ». Tout est dit juste et net. Les commentateurs simplistes peuvent dire que la Guinée a fait le mauvais choix mais il nous semble qu’il faille plus retourner les méninges avant de s’aventurer dans un tel raccourci de l’histoire.  Ce détour permet de comprendre qu’avec le franc CFA, la France pouvait défendre ses intérêts dans ses colonies en dépit de l’autonomie qu’elle leur offrait. C’était donc une liberté surveillée.

Pour saisir la démonstration du franc CFA comme une arme défensive de la France, il faut sans doute savoir  pourquoi le mouvement de colonisation qui avait débuté au XVIème siècle et avait crée de vastes empires coloniaux, trouve t-il une nouvelle vigueur à partir du milieu du XIXème siècle ?  Nous avons appris dans nos recherches que plusieurs facteurs, liés au nouveau contexte politique, économique, social et culturel de l’Europe au XIXème siècle, se sont conjugués. « 6C » : Curiosité, Capitalisme, Commerce, Christianisme, Civilisation, Colonisation.

En France, la colonisation a des motifs précis. Pour s’en convaincre définitivement, il suffit de suivre cette déclaration de Jacques Doriot, alors communiste en 1928 : « Sans les colonies, le pays serait en état de faillite ».  Et  le professeur Gautherot, à droite affirme à son tour en 1930 que « la destruction des empires coloniaux entraînerait la ruine des métropoles ».

Comment la ruine des colonies  peut-elle entrainer celle de la métropole ? La réponse se trouve sans doute dans ce que postule Jules Ferry, en ces termes : « La politique coloniale est la fille de la politique industrielle ». Le développement industriel rendrait donc la colonisation indispensable.

On sait que face à la crise économique mondiale des années 30, la bourgeoisie française a trouvé dans son Empire colonial une planche de salut : un marché protégé, à l’abri du marché mondial, qui joua un rôle vital alors, par exemple comme débouché pour l’industrie cotonnière. Ce processus s’accéléra au tournant du XXe siècle, les cultures destinées à l’exportation firent leur apparition, et les grandes firmes commerciales, la CFAO, la SCOA, s’en assurèrent le monopole côté français, comme de son côté la firme anglo-hollandaise Unilever.

Les défenseurs du « CFARIQUE », cette branche monétaire du pacte colonial entre la France et les pays de la zone franc, se place tranquillement sous l’ombrelle protectrice d’une idée de monnaie stable nécessaire à l’émergence des petites économies. Cette argumentation n’est pas féconde, d’ailleurs, elle ne résiste pas à une analyse profonde. La vérité, c’est que le franc CFA permettait à la France d’acquérir cacao, bois tropicaux, uranium, etc., sans sortie de devises.

Les patrons des grands groupes capitalistes recherchent systématiquement à détenir des positions de monopole, sinon, disent-ils, comme par exemple Vincent Bolloré, ça ne vaut pas la peine. Cette position de monopole leur permet de pratiquer souvent des prix plus élevés que dans les métropoles, dans des pays pourtant plus pauvres. Les entreprises françaises, ankylosées par des décennies de chasses gardées, encaissent difficilement les offensives d’une concurrence qui s’est aiguisée, même dans l’Afrique « marginalisée ».

Depuis les indépendances, le franc CFA aide la France dans l’exploitation  des ressources naturelles des pays africains de la zone franc. Protégées des risques de change, les entreprises françaises font des profits colossaux. Le franc CFA est le poumon  de l’impérialisme français dans ses anciennes colonies de l’Afrique au sud du Sahara. Tout un pan essentiel de l’histoire de la bourgeoisie française, depuis l’époque des armateurs négriers de Nantes et de La Rochelle, des grands négociants bordelais, jusqu’aux brasseurs d’affaires et aux banquiers-usuriers d’aujourd’hui, en passant par l’époque du travail forcé et du servage colonial, toute une partie essentielle de l’histoire de l’accumulation de ses profits capitalistes, a lié et lie nos histoires, celle des peuples et des travailleurs africains et celle du prolétariat de France - lui-même constitué aussi en partie par des prolétaires venus d’Afrique.

Le franc CFA, une arme offensive de la France en zone franc

La monnaie est un instrument par lequel une classe peut exploiter et dominer l’autre et elle ne peut exister que par la légitimation politique qui lui donne la capacité d’être un pouvoir d’achat immédiat ou futur garantissant son rôle de réserve à travers le temps. D’ailleurs dès l’aube de  l'humanité, la monnaie est très vite devenue un moyen de reconnaissance sociale, une dérive du besoin d'existence qui conduit toujours aux pires excès. Cette position  de la monnaie en a donc fait le plus puissant instrument de domination de l'Humain et de la Nature.

Avec la zone franc, le France voulait conserver son aire d’influence, mais aussi, consolider des liens un temps menacés par les aspirations à la souveraineté. La construction de cette zone est due à des facteurs commerciaux (une partie importante des échanges se faisant avec la France), financiers (faciliter le paiement des flux financiers) et politique.  Cette tutelle monétaire assure le contrôle des économies de la zone et garantit les bénéfices des capitaux français en assurant la convertibilité illimitée, la parité fixe avec l’euro et surtout la liberté des transferts.

Puisque les autorités françaises savaient que la décolonisation était irréversible, il fallait trouver une arme offensive pour maintenir l’influence de la France dans ses anciennes colonies.  De Gaulle a résumé cette politique, plus tard, dans ses « Mémoires », à sa manière : « Notre domination coloniale était autrefois glorieuse. Elle est devenue ruineuse. La décolonisation est notre intérêt et, par conséquent, notre politique ».Ainsi, cet octroi de la souveraineté, puis de l’indépendance, dans le style impérial particulier à De Gaulle, était largement motivé par l’intention de diminuer le « coût des colonies », lequel faisait l’objet d’abondantes discussions alors dans la presse et les milieux politiques - « coût des colonies » pour l’État français, s’entend.

En effet, la décolonisation ouvrait dans une certaine mesure le domaine réservé des entreprises françaises en Afrique à la concurrence des autres puissances, de la Communauté Economique Européenne pour commencer, voire des USA, et là la force des capitaux français par eux-mêmes risquait de ne pas suffire. Il était nécessaire de conserver le contrôle des nouveaux appareils d’État « indépendants » et « souverains ». En plus de la présence tutélaire de bases, de garnisons et de conseillers militaires français,  celle de hauts fonctionnaires  au niveau des gouvernements et des administrations-clés, l’instauration d’une  monnaie sous le contrôle de la Banque de France avec l’instauration de la « zone franc » reste le fait le plus important. 

Le franc CFA est une arme de domination de la France dans les pays africains de la zone franc. Le franc CFA entame notre souveraineté monétaire et notre souveraineté tout court. Si  la souveraineté peut se  définir comme le caractère d’un Etat ou d’un organe qui n’est soumis à aucun autre Etat ou organe, elle va de paire avec la notion de pouvoir. Le pouvoir, lui n’existe qu’avec une allocation de ressources et une capacité stratégique dont le rapport monétaire en est le principal.

Il n’est nul besoin d’un long raisonnement pour appréhender cette domination, qui, se manifeste, à deux niveaux.

Premièrement, par le biais du compte d’opérations. En effet, les banques centrales de la zone franc ont des comptes courants sur les livres du Trésor français.  Ces banques  doivent verser sur ce compte, la quasi-totalité de leurs avoirs extérieurs. En contrepartie, le Trésor  français s’engage à fournir toutes les sommes dont ces instituts peuvent avoir besoin pour leurs paiements en devises. En théorie, en cas d’insuffisance d’avoirs sur le compte d’opérations, celui-ci peut devenir débiteur sans qu’aucune limite ne soit assignée à ce découvert.  Cette technique de compte d’opérations, qui est en réalité une escroquerie était pourfendue par les français eux-mêmes. Maurice NIVEAU, dans Histoires des Faits Economiques contemporains, PUF,   1966, p.306-307, nous rapporte le sentiment français, par les propos de  M. Emile Moreau(gouverneur de la banque de France de 1926 à 1930) qui disait ceci à M. Poincaré (président du conseil) :« j’expose au président du conseil que l’Angleterre ayant été le premier pays européen à retrouver une monnaie stable et sûre après la guerre, a profiter de cet avantage pour jeter sur l’Europe les bases d’une véritable domination financière. [...] les remèdes comportent toujours l’installation auprès de la banque d’émission d’un contrôleur étranger anglais ou déguisé par la banque d’Angleterre, et le dépôt d’une partie de l’encaisse de la banque d’émission à la banque d’Angleterre, ce qui sert à la fois à soutenir la livre et à fortifier l’influence anglaise... »

 

Deuxièmement,  le fonctionnement même des instituts monétaires, pose un problème à notre souveraineté monétaire.  Les institutions monétaires  (BCEAO et BEAC) sont pilotées par  des conseils d’administration (CA), un gouverneur et des comités de crédit.  L’article 37 des statuts de la BCEAO stipule clairement que la Banque est administrée par ces trois organes précités.  Ces trois organes travaillent sous la tutelle du Conseil des ministres de l’union monétaire, la composition de ce dernier étant définie par l’article 6 du traité constitutif de l’union monétaire ouest africaine.

 

Le Conseil d’Administration de la BCEAO, qui met en œuvre la politique monétaire « dans le cadre des directives du Conseil des Ministres » est composé d’administrateurs nommés par les gouvernements des États participant à la gestion de la Banque (c’est-à-dire les États de l’UMOA ainsi que la France), chacun d’eux désignant deux représentants. Aucun africain ne siège à la Banque de France et au Trésor français, on se demande ce que font des français dans le conseil d’administration d’une banque centrale africaine, si ce n’est pour influencer les prises de décisions.

Monnaie et souveraineté sont étroitement liées

Nous aurions tort de clore notre réflexion sans aborder la question du lien étroit entre la monnaie et la souveraineté. Inutile de revenir ici sur toute la prolifique littérature dans les manuels de philosophie et de sociologie. Mais s’il existe, dans la théorie économique, une notion essentielle, en tout cas pour nous, hélas tombée en jachère, c’est bien celle de la souveraineté monétaire. Les pays de la zone franc l’ont jusque là occulté, de gré ou de force. Or, il suffit de lire un des brillants théoriciens de la monnaie pour avoir le cœur net. Dans son ouvrage intitulé La monnaie, paru chez Flammarion, à la page 96, Jean CARTELLIER écrit : « la monnaie est inséparable d’un ordre ou d’un pouvoir. A tout système monétaire est assignée une limite, qui est celle de l’acceptation des moyens de paiement. L’aire d’extension du système de paiement se confond avec celle de la souveraineté de l’institution qui émet la monnaie légale. Monnaie et souveraineté sont étroitement liées ».

La monnaie est envisagée comme un attribut de la puissance publique et un instrument de propagande au service de cette dernière. Le principe de la souveraineté mis en lumière par Jean Bodin a permis de dégager une souveraineté de l’Etat dont la souveraineté monétaire semblait être partie intégrante. La souveraineté est la pierre angulaire de la structure étatique, c’est l’âme de l’Etat, et pour s’affirmer comme telle, elle s’est faite ostentatoire et proclamatrice.

L’époque romaine est une belle illustration  du pouvoir de la monnaie. Le pouvoir et les symboles qui lui sont attachés donnent  à la communauté civique romaine les moyens d'exprimer, sur la monnaie en particulier, mais aussi et en même temps sur tous les autres supports du discours figuratif, sa puissance, sa "personnalité", lui permettant de se situer par rapport à  tout ce qui n'est pas romain.  L'efficience globale du discours impérialiste véhiculé par la monnaie, produit tant par les membres des gentes que par les « imperotores », tous comme membres de l'appareil d’Etat, est cumulative à long terme. 

Après la destruction du temple en 70, la Judée était devenue une colonie romaine et sa monnaie fut intégrée dans le système provincial de l’empire. En clair,  les monnaies frappées en Israël montrent sur une face le portrait de l’empereur divinisé et sur le revers une déité romaine ou bien un symbole de la défaite juive. On pouvait voir la Judée personnifiée assise en pleurs devant un palmier et dominée par la déesse de la victoire. 

La renaissance africaine passe par la reconquête de son glorieux passé

Depuis les indépendances, les pays de la zone franc n’arrivent pas à se défaire de la tutelle française. La monnaie CFA imposée au départ et acceptée, par la suite, est le signe de cette capitulation. Pendant que les africains fêtent les cinquante années de leur « liberté surveillée », la politique monétaire de la zone franc reste toujours décidée par la France en fonction de ses intérêts propres. Très naturellement, la politique monétaire  a été complètement déconnectée des vrais enjeux du développement africain tout en permettant à la France de contrôler économiquement et politiquement ses anciennes colonies au profit de son économie nationale, et au préjudice du développement des relations entre pays africains. Pourtant, rien ne présageait cet esclavage monétaire des pays de la zone franc. En interrogeant la « boîte noire » de notre histoire, c’est-à-dire, l’Afrique noire avant les attaques portugaises et arabes, et avant les traites d’esclaves.

On a trouvé des traces de  pièces frappées à KILOUA avant le 13e siècles. L’île  KILOUA est située à égale distance  des cotes occidentale et orientale. La complexité des échanges entre l’Afrique et les reste du monde (surtout l’inde et la chine) les rendaient nécessaires. A cette époque, les produits d’exportation étaient l’or, l’ivoire, le cuivre et le fer.

Sur des sujets de la plus saignante actualité, comme celui de la monnaie, il  est exclu dans le schéma mental de l’occidental que l’Africain soit capable de prendre en compte son destin. 

Pourtant, un point semble hors de doute : l’Afrique a une expérience monétaire. D’ailleurs la monnaie est un « inné » au sens large puisqu’elle répond à deux besoins fondamentaux de l’Homme : le besoin de subsistance et le besoin d’existence.

Dans sa thèse de doctorat soutenue au Conservatoire des Arts et Métiers,  le 27 mars 2003, Marie Cotteret explique : «  en Egypte, dès 2700 avant Jésus-Christ, on utilisait un indice monétaire : le Shat. Pas encore une monnaie, mais une unité abstraite qui trouvait sa réalisation avec une foule de marchandises, lesquelles, plus ou moins pratiques à transporter pouvaient servir à compléter un paiement ou à parfaire l’entente quant à l’évaluation des prix des marchandises échangées ».

Il s’ensuit que le  Shat servait d’unité monétaire dans l’ancien empire. Le premier  texte prouvant l’existence d’un étalon monétaire en Egypte date du 26e siècles avant JC, (Theodorides, 1979). On a pu reconnaitre les attendus d’un procès dont une partie est la suivante : « j’ai acquis cette maison à titre onéreux auprès du scribe tchenti. J’ai donné pour elle 10 shat, à savoir une étoffe (d’une valeur) de trois shat ; un lit d’une valeur de quatre shat. ». Nous avons tous appris dans les manuels d’histoire, l’existence des monnaie-marchandises en Afrique : l’or en Egypte, les barres de sel en Ethiopie, les manilles de cuivres ou de bronze en côte d’ivoire et au Nigeria, les houes de fer au soudan.

Avec son passé glorieux, les experts, les plus chevronnés, s’interrogent sur l’immobilisme du continent africain, en tout cas, sur le plan économique. Pour l’heure, le dispositif de la zone franc est conservé dans son essence. Voulu par tous les partenaires, le statuquo entretient en Afrique, l’ossature des Etats, et leur survie dans un système économique et social figé. De la sorte, les PAZF conserve à la France son image de puissance dotée d’une zone d’influence, sa clientèle politique dans les enceintes internationales. Les États africains sont privés d'un réel pouvoir monétaire qui est un rouage d'une réelle indépendance.

Il est temps que les pays africains de la zone franc prennent leur responsabilité vis-à-vis du franc CFA, comme le Maroc et la Tunisie, deux pays cités en exemple, qui ont respectivement abandonné cette monnaie, en 1959 et 1958.

En tout cas, sous l’angle intellectuel, c’est une donnée première de l’entendement économique et sous l’angle de la dignité et de la morale, c’est un impératif.

 

 

Dieu nous aide à accéder aux vérités essentielles !

 

Dr Séraphin PRAO

 

Président de l’ATAM

Association des Théoriciens Africains de la Monnaie

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

18:42 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : afrique, france, franc cfa, yao prao séraphin, bceao, beac, bcc, cfa arme offensive et défensive de la france | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 12 mars 2010

DELESTAGE EN COTE D'IVOIRE: SYMPTOME D'UN DEVELOPPEMENT A RECULONS

 

 

CENTRALE HYDROELECTRIQUE.jpg

 

 À l'échelle mondiale, et en ce début de 21e siècle, la majeure partie de notre énergie (81 à 86% selon les auteurs) provient de sources épuisables : pétrole, gaz naturel, charbon et uranium pour les centrales nucléaires. Le reste (14 à 19%) vient de sources renouvelables : biomasse, hydraulique, etc… Une telle configuration fait du  problème énergétique, une des thématiques les plus discutées dans la décennie actuelle.  

S’intéresser à cette  problématique énergétique, c'est ainsi entrer dans un monde non seulement multisectoriel et multidisciplinaire  mais surtout éminemment conflictuel de par sa dimension géopolitique, car né des secousses survenues depuis l'après-guerre et son euphorie: deux chocs pétroliers, un accident nucléaire et le constat d'un réchauffement global de la planète dû à l'augmentation de l'effet de serre.

La Côte d’Ivoire à l’instar des pays africains ayant accédé à la souveraineté internationale dans les années 60, observe son année du cinquantenaire. Le président de la république à lancé le 31 janvier 2010,  l’ouverture de l’année du Cinquantenaire.

 

Les 50 ans d’indépendance de la Côte d’ivoire resteront certainement gravés à jamais dans la mémoire des Ivoiriens et de tous ceux qui y habitent. Les idées festives ne manqueront pas. Le chorégraphe Georges Momboye organisera le 17 avril au stade Houphouët-Boigny, à Abidjan, un spectacle exceptionnel intitulé «Aujourd’hui, fruit d’hier; demain, souffle d’aujourd’hui ».

 

C’est dans cette dernière phrase que se concentre tout le paradoxe de ce pays. Comment « le souffle d’aujourd’hui pourra construire notre futur », lorsqu’on néglige les facteurs essentiels à l’indépendance, car un pays qui méprise le facteur énergétique dans son processus de développement est tout simplement hors-jeu.

 

Depuis le 2 février, la Côte d’Ivoire, pourtant exportatrice d’énergie électrique dans quelques pays voisins, s’est vue obligée de subir un programme de délestage de la distribution du courant  électrique, suite à une énorme panne survenue sur les installations de la centrale thermique d’Azito, dans la commune de Yopougon.

 

 

L’IMPORTANCE DE L’ENERGIE DANS LE DEVELOPPEMENT

 

Pour saisir la place qu’occupe l’énergie dans tout développement, nous pouvons, à titre d’exemple, revisiter son apport dans la révolution industrielle.

La révolution industrielle, expression créée par Adolphe Blanqui désigne le processus historique du XIXe siècle qui se caractérise par le passage d'une société à dominante agraire et artisanale à une société commerciale et industrielle.  Cette transformation a affecté profondément l’économie, la politique, la société et l’environnement du monde contemporain.

 

 On sait par exemple que l'utilisation intensive du charbon, le perfectionnement des machines à vapeur et deux industries motrices (le textile et la métallurgie) constituent ensemble le cœur de la révolution industrielle anglaise.

 

En général, à l’énergie humaine ou animale, on substitue l’énergie de la machine. D’abord, à vapeur, la machine utilise le charbon de bois comme combustible, puis on découvre les propriétés de la houille, plus productive et abondante.

 

Le développement massif, perceptible à plus ou moins long terme, des nouvelles technologies de l'énergie (NTE) s'accompagnera de mutations importantes à plusieurs niveaux.

Au niveau industriel, la montée en puissance de la demande en équipements et les contraintes de réduction des coûts vont conférer aux industries concernées une nouvelle dimension qui se traduira par des investissements lourds et nombreux.

 

Au niveau social, le développement des industries et des services liés aux NTE induira l'apparition de nouveaux métiers et compétences, ce qui impliquera d'importants efforts d'information, de formation et de reconversion.

Les bienfaits de l’électrification des zones rurales ne sont plus à énumérer : une meilleure éducation, puisque les enfants ont de la lumière pour lire et étudier, de meilleurs établissements de santé, de meilleurs services de communication… et la liste pourrait encore s’allonger.

Pour résumer ce que l’énergie apporte au développement, disons simplement que l’énergie, c’est la vie. Elle permet aux êtres vivants de croître, de respirer, de se mouvoir et de se reproduire. Pour se développer, les sociétés humaines ont, au fil du temps, employé diverses formes d’énergie : musculaire (humaine et animale), eau, vent, bois, soleil, atome, pétrole…

 

Si l’énergie a été un préalable à la révolution industrielle, elle reste aujourd’hui un maillon essentiel au développement car comme le rappelle Fernand BRAUDEL, « Il n'y a jamais entre passé, même lointain et présent de discontinuité absolue, ou si l'on préfère de non contamination. Les expériences du passé ne cessent de se prolonger dans la vie présente ».

RETOUR SUR LES POLITIQUES ENERGETIQUES EN CÔTE D’IVOIRE

Platon nous laissait entendre que « le propre de la sagesse et de la vertu est de gouverner bien ; le propre de l’injustice et de l’ignorance est de gouverner mal ».  Le président Houphouët-Boigny avait lui, résolu de prévoir car c’est aussi bien gouverner.  Cet homme politique de premier plan,  avait doté la Côte d’Ivoire de barrages hydroélectriques et de centrales pour la fourniture d’électricité. C’est ainsi qu’ont été construits les barrages d’Ayamé 1 (1959), Ayamé 2 (1965), Kossou (1972), Taabo (1979), Buyo (1980) et Fayé dans la région de San Pedro (1983). Et en 1984, la Centrale thermique de Vridi  (212 MW) est inaugurée avec une turbine à gaz. En 1985, une autre turbine est ajoutée.

Le président Henri Konan Bédié, s’inscrivant dans cette dynamique inaugure une troisième  turbine  en 1997.

Mieux, dans le cadre du programme de développement durable de la Côte d'Ivoire, le gouvernement ivoirien décide de faire réaliser en 1997, la Centrale Thermique d'Azito pour les raisons principales suivantes : Répondre à la forte croissance de la demande d'énergie électrique en Côte d'Ivoire ; Utiliser le gaz naturel national dont les récentes découvertes assurent l'indépendance énergétique de la Côte d'Ivoire ; Faire de la Côte d'Ivoire la principale nation exportatrice d'électricité en Afrique de l'Ouest. Deux années plus tard, Henri Konan Bédié inaugure la centrale thermique d’Azito. La première turbine a été inaugurée en janvier 1999 et la seconde a été mise en service en février 2000. D'une puissance initiale de 300 MW et à terme de 450 MW la centrale d'AZITO était la plus puissante, la plus moderne et la plus performante  d'Afrique de l'Ouest. Par sa technologie, elle fournit plus du tiers de l'électricité produite en Côte d'Ivoire et permet non seulement d'assurer son indépendance énergétique mais aussi d'exporter de l'électricité.

 

 

Ainsi, de 1997 à 2003, l'on a enregistré un taux de croissance annuelle moyen de production de 13,72%. Face à cette croissance alarmante du niveau de production pouvant conduire à terme à un épuisement précoce de la ressource et partant l'interruption également précoce de la production énergétique thermique, rien de sérieux  n’a été fait. 

En 2006, la production électrique d’origine  hydraulique représentait 27% de la production totale. Sur 5 542 GWh produits, l’hydraulique a fourni 1 510 GWh (avec une puissance installée de 604 MW).

Six barrages fournissent l’électricité consommée: i) Buyo (50%), Taabo (30%), Ayamé (14%), Kossou (5%) et Fayé (1%). La Côte d’Ivoire était exportatrice nette d’électricité vers le Mali, le Burkina Faso, le Bénin et le Togo.

Mais le manque de clairvoyance des autorités actuelles a conduit le pays dans une situation inédite : le délestage dans un pays comme la Côte d’Ivoire.  Pourquoi un tel délestage ?  Il est dit du côté des voix autorisées que le  système électrique national connaît en ce moment une diminution de sa capacité de production d’énergie électrique qui se traduit par des difficultés à satisfaire l’ensemble des besoins en électricité des populations.

En attendant le retour à une situation normale qui est prévue au mois de Mai 2010, l’Etat a engagé des actions pour réduire les effets du délestage sur les populations.

1. Le secteur de l’électricité a commencé à importer de l’énergie du Ghana pour environ 25 MW et ceci, en application du contrat d’échanges d’énergie qui existe entre nos deux pays.  Rappelons qu’il fut un moment où les ivoiriens se moquaient du Cedi, la monnaie ghanéenne, pour sa faiblesse face au franc CFA. Cette dernière, la monnaie ivoirienne ne l'a pas rendue indépendante sur le plan de l’énergie.


2. Des négociations sont en cours avec d’autres pays voisins en vue de conclure un contrat d’importation d’énergie pour environ 70 MW.


3. Une centrale thermique de location de 70 MW sera installée à Vridi pour accroître notre capacité de production.

Le coût financier de tous ces efforts consentis, s’élève à 35 milliards de francs CFA. C’est encore le contribuable ivoirien, qui paiera cette dette, par la faute de monsieur Léon Emmanuel Monnet, qui s’est enrichi illicitement à la tête du ministère des mines et de l’énergie.  Souvenons-nous que monsieur Kouassi Bandaman Gilbert, l’ancien et  tout puissant Directeur général des hydrocarbures a été  limogé par le chef de l'Etat Laurent Gbagbo. Et cela pour sa mauvaise gestion. Lors de la formation du gouvernement SORO II, monsieur Léon-Emmanuel Monnet, ministre des Mines confronté au délestage et à la crise à la Société ivoirienne de raffinage (SIR) a été remercié, en cause sa très mauvaise gestion de ce secteur stratégique.

Après cette humiliation subie par le peuple ivoirien avec ce délestage sauvage, les ivoiriens ont droit à des explications et une justice. En clair, il faudra que le chef de l’Etat demande un audit sur la gestion calamiteuse du ministre Monnet.  Depuis 1999, les ivoiriens souffrent et ils ne peuvent plus payer pour la faute de certains voleurs. Ce qu’on propose aux ivoiriens, c’est la fourniture d’information aux usagers sur le délestage afin qu’ils s’organisent au mieux. Ainsi, un site internet: www.delestage.gouv.ci sera opérationnel dès cette semaine prochaine. Ce dont les ivoiriens ont réellement besoin, c’est d’une gestion saine, équitable et transparente des affaires du pays. Le médecin après la mort, c’est ce qui est réservé aux les ivoiriens.

DES PERSPECTIVES INTERESSANTES POUR LES PAYS AFRICAINS

« Au lieu de se mobiliser autour de prédictions aléatoires sur le climat, nous ferions mieux de nous concentrer sur les problèmes futurs de l’énergie dont l’échéance est hélas inéluctable », avertit Claude Allègre.

Un secteur aussi stratégique que celui de l’électricité a été bradé  à Bouygues. On peut citer celui de l’eau également.  Deux secteurs stratégiques qui tiennent à la souveraineté du pays. D’ailleurs, les privatisations en série des secteurs de l'électricité et de l'eau en Afrique constituent un handicap à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement. En  1952, la Côte d’Ivoire a  crée,  la société Energie Electrique de Côte d’Ivoire (EECI), société d’économie mixte, pour assurer la production, le transport et la distribution de l’électricité sur le territoire national. En Octobre 1990, débute  la privatisation du secteur de l’électricité avec l’entrée de la société privée Compagnie Ivoirienne d’Electricité (CIE) à qui l’Etat de Côte d’Ivoire concède le service public de l’électricité. En Juillet 1994,  on assiste à l’entrée du premier producteur indépendant d’électricité, la société privée Compagnie Ivoirienne de Production d’Electricité (CIPREL), propriétaire d’une centrale thermique installée à vridi.

Aujourd’hui,  la privatisation de l’eau et de l’électricité dans les pays africains fait surtout l’affaire des compagnies multinationales installées en Europe, mais elle rend plus difficiles les conditions de vie des populations qui continuent de souffrir des pénuries d’eau et des délestages. Que faire devant la chute libre des conditions de vie des populations africaines ?

Les pays africains ont le devoir d’investir dans les énergies renouvelables, eux qui ont la chance d’avoir une biodiversité et les ressources naturelles fournies.  Les pays africains peuvent investir dans les énergies renouvelables. En effet, il y a trois sources d’énergie renouvelable de natures très différentes et d’importances quantitatives extrêmement inégales : le soleil et tout ce qui en dérive, la géothermie naturelle et les marées. Tous les pays émergents ont compris la nécessité de l’énergie dans le développement.  « Luz para todos » (l’électricité pour tous), voici le slogan lancé par le président Lula da Silva au Brésil. En Bolivie voisine, son homologue Evo Morales entend « transformer le pays en puissance industrielle ».  Point commun aux deux dirigeants : ils comptent sur la puissance des eaux des plus grandes rivières amazoniennes pour assurer les besoins énergétiques croissants de leurs populations, et ce sans émission de gaz à effet de serre supplémentaire.

Pour relever le défi de l’énergie pour tous en Afrique, les énergies renouvelables vont jouer un rôle majeur en particulier le solaire thermique et photovoltaïque. Penser le Soleil comme une source d'approvisionnement énergétique inépuisable, dans des zones où l'ensoleillement est maximal, n'est que logique. L'Afrique doit au moins essayé, voire tout essayer. L'énergie photovoltaïque résulte de la transformation directe de la lumière du soleil en énergie électrique au moyen de cellules généralement à base de silicium. Pour obtenir une puissance suffisante, les cellules sont reliées entre elles et constituent le module ou panneau solaire.
En fonction de la puissance désirée, les panneaux eux-mêmes peuvent être assemblés pour constituer un champ photovoltaïque. Relié au récepteur sans autre élément, le panneau solaire fonctionne en fonction de la puissance d'ensoleillement. Elle est donc à son maximum lorsque le soleil est au zénith et nulle, la nuit.

 

Le Trans-Mediterranean Renewable Energy Cooperation (TREC) fait campagne pour une prise de conscience du potentiel de cette technologie et l’installation de centrales solaires dans le Sahara pour alimenter en électricité l’Afrique du nord et l’Europe. Il coûterait beaucoup plus cher de ne pas agir que d’investir massivement dans ces technologies propres. En tout cas, le Maroc s’est lancé dans la technologie solaire pour le bien-être de sa population surtout villageoise.

Avec son programme d’électrification rurale, l’Office National d’Electricité (ONE) apporte l’électricité à de plus en plus de villages éloignés. Dans les régions ou l’habitat est très dispersé, il est impossible d’atteindre chaque maison avec le réseau. Grâce au solaire, les habitants de ces régions bénéficient aussi du confort de l’électricité. Il s’agit d’un programme innovant, lancé par l’ONE, avec des spécialistes de l’énergie solaire, qui assurent non seulement la fourniture des équipements solaires mais aussi un vrai service de proximité dans la durée.

 

L’énergie solaire est sans aucun doute, une des pistes sérieuses, à la portée des africains, s’ils veulent leur indépendance énergétique.

 

Dieu nous aide à saisir le sens du mot indépendance !

Dieu bénisse l’Afrique !

 

 

Dr Séraphin PRAO

 

Président du MLAN

contact@mlan.fr

www.mlan.fr

 

00:58 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : côte d'ivoire, délestage, développement à reculons, yao prao séraphin | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 20 février 2010

DERNIERS DEVELOPPEMENTS POLITIQUES EN CI: L'APPEL DU MLAN

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Le président ivoirien Laurent Gbagbo a annoncé vendredi 12 Février, au soir, à la télévision nationale, la dissolution du gouvernement et de la commission électorale chargée d'organiser le scrutin présidentiel à la suite d'un différend sur l'enregistrement des électeurs. Il a également annoncé la reconduction du chef de l'ex-rébellion Guillaume Soro au poste de Premier ministre, et l'a chargé de lui proposer un nouveau gouvernement.  

Dans son discours, le président a invoqué l`article 48 de la constitution, pour prendre une telle décision. L`opposition a condamné cette décision et menacé de se retirer du prochain gouvernement. En effet, le RHDP, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, qui regroupe les quatre principaux partis d’opposition a déclaré ne plus reconnaitre  M. Laurent Gbagbo comme chef d'Etat de la Côte d'Ivoire.

Voici en quelques mots, la situation que connait notre pays, la Côte d’Ivoire alors que le monde entier espérait voir les ivoiriens libre des démons de la guerre.

Rappelons que la présidentielle, maintes fois reportées depuis 2005, devait avoir lieu à la fin du mois ou début mars 2010. Un  scrutin est nécessaire pour mettre fin à plusieurs années d`instabilité et à l`impasse politique qui prévaut depuis la guerre de 2002-2003 qui a coupé en deux le pays,  laissant le Nord aux mains des rebelles.

Face à cette situation délicate et sensible que traverse la Côte d’Ivoire, le MLAN, le Mouvement de Libération de l’Afrique Noire, que j’ai l’insigne honneur de diriger, ne peut rester indifférent à la souffrance des ivoiriens.

La Côte d’Ivoire est un pays de paix, elle était même sous Houphouët Boigny, exportatrice de cette denrée rare qu’est la paix.

D’ailleurs, Je ne doute pas de la joie que vous ressentez aujourd'hui en lisant cette déclaration, de savoir que le serment  prêté  ne doit jamais être trahi par son peuple.

Bien-aimés frères et sœurs de la Côte d’Ivoire, nous avons fait un choix, celui de servir notre patrie avec dévouement et loyauté. Nous ne devons jamais nous détourner de cette noble voie. La liberté est l'idéal pour lequel, de tous temps et à travers les siècles, les hommes ont su lutter et mourir. N’oublions pas notre histoire glorieuse et historique. Souvenons-nous qu’en 1949, pour libérer les combattants de la lutte anticoloniale, militants du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) après avoir été jugés et condamnés, des femmes ont marché sur Grand-Bassam. Elles furent accueillies par les canons à eau de l’administration coloniale sur le pont situé sur la lagune Ouladine reliant le quartier France à la zone continentale. La libération des  militants emprisonnés le 1er janvier 1950, à l’issue de cette manifestation, reste un signal fort de notre peuple face à l’adversité.

C’est grâce à notre volonté d’être libre et unie que nos devanciers ont mené la lutte héroïque et sublime qui nous conduit vers  notre indépendance véritable.

 

Nous sommes nés pour vivre libres et non pour vivre de la servitude comme nous l'avons été lorsque le maître nous dictait le nombre de fouets souhaitables et la vie qui nous convenait.

 

Oh, peuple de Côte d’Ivoire, notre  volonté, celle de tous les hommes et de toutes les femmes de ce pays est de faire régner l'ordre et la paix dont chacun de nous a besoin pour vivre heureux et profiter réellement du fruit de l'indépendance.

C'est pourquoi, je vous adresse, chers compatriotes, un appel fraternel pour que cessent les querelles inutiles, sauvages, les rivalités entre frères, qui retardent le développement de notre pays.

 

Tel est le message d'un homme qui souffre de voir son peuple déchiré, et qui souhaite que son pays aille   toujours de l'avant et qu'il joue effectivement son rôle de locomotive dans la sous région ouest-africaine. 

Que chaque leader politique puise en lui les dernières ressources pour considérer que l’intérêt général, celui de notre pays, et non les calculs politiciens.

Nous appelons toutes les forces vives à travailler ensemble car rien ne peut être fait dans la solitude. Notre digne frère Mandela nous répète qu’ « aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès ».

La Côte d’Ivoire d’en bas, c’est-à-dire, des pauvres, par ma voix vous demande de considérer la pauvreté dans laquelle elle vit. Face à la souffrance de son peuple, aucun sacrifice n’est de trop, c’est pourquoi, nous appelons avec empressement, le président Gbagbo, son premier ministre et les partis d’opposition à mettre en place sans délai la nouvelle commission électorale indépendante qui, en se basant sur les acquis, fixera la date du premier tour des élections présidentielles. Il est techniquement possible que cette date soit fixée fin Avril-début Mai 2010.

 

En avant, citoyens et citoyennes, pour la construction d'une Côte d’Ivoire réconciliée avec elle-même, unie, prospère et débarrassée de ses démons.

 

Dieu nous donne sa sagesse.

 

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Fait à Paris, le 16 Février 2010

Dr Séraphin PRAO

Président du MLAN

www.mlan.fr

lundi, 15 février 2010

L'AFRIQUE, TERREAU DES GUERRES MERCANTILISTES

 

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 S’il y a bien un dirigeant qui a su exprimer son sens aigu des rapports de force par des images percutantes, restées dans la mémoire collective, c’est Mao Tsé-toung. Nous empruntons ici, une de ses célèbres citations pour annoncer  notre propos : « la politique est une guerre sans effusion de sang, et la guerre une politique avec effusion de sang ». Les guerres enregistrées sur le continent africain sont  devenues une politique des pays occidentaux pour profiter des richesses du continent. Cette façon de faire semble officielle tant elle est représentative de la position commune des occidentaux. Nous avons jusqu’ici dans nos productions, essayé de rendre compte de la complexité du « réel africain », pour parler ainsi. Cela n’a jamais été simple car il arrive qu’il faille dépouiller nos absolus les uns après les autres afin de fournir une réflexion féconde. C’est avec cette même rigueur dans l’établissement des faits et l’objectivité de l’analyse, que nous traitons cet autre thème, non moins important, des guerres mercantilistes en Afrique. Un tel sujet, pour le décrypter, mérite qu’on définisse au préalable quelques concepts fondamentaux, comme le mercantilisme et les guerres mercantilistes. En premier lieu, tel sera notre préoccupation. Une fois le lecteur éclairé sur ces mots clés, il s’agira dans un second lieu, de montrer avec quelques illustrations, comment les pays occidentaux fabriquent des guerres pour piller le continent africain, déjà fragilisé depuis le partage de Berlin, en 1885. Une fois les faits établis, l’analyse faite, il restera dans un troisième lieu, à tirer les leçons de ces sales guerres imposées au continent.

 

Une approche définitionnelle des guerres mercantilistes

 

 

Le mercantilisme est une conception de l'économie qui prévaut entre le  16e siècle et le milieu du 18e  siècle en Europe. La pensée mercantiliste couvre trois siècles, au cours desquelles la référence philosophique sera Machiavel, relayé ensuite par Morus et Campanella. A cette époque, les questions économiques se distinguent très mal des questions financières. Les penseurs mercantilistes prônent le développement économique par l'enrichissement des nations au moyen du commerce extérieur qui permet de dégager un excédent de la balance commerciale grâce à l'investissement dans des activités économiques à rendement croissant, comme l'avait identifié l'économiste italien Antonio Serra dès 1613.

 

Globalement, l’objet de la pensée mercantiliste reste la conquête et le maintien du pouvoir. Il revient donc à l’Etat de jouer  un rôle primordial dans le développement de la richesse nationale, en adoptant des politiques multiples car la doctrine est loin d’être homogène. Elle s’identifie d’abor au bullionisme en Espagne et en Italie, pour se confondre ensuite avec l’industrialisation étatique en France, pour se terminer enfin, financière et monétaire en Grande-Bretagne. Le mercantilisme français ou le colbertisme, du nom de Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des finances de Louis XIV, lui, est plus tourné vers l’industrialisation. Le colbertisme peut se résumer en une simple phrase : tout par et pour la métropole. Une des principales caractéristiques du colbertisme est le développement extrêmement contrôlé des colonies entièrement dépendantes de la métropole. Il s’ensuit qu’une « guerre mercantiliste » est une politique sanglante menée, le plus souvent par les occidentaux, pour enrichir leurs pays, leurs peuples. En clair, ce sont donc des guerres créées artificiellement pour piller les ressources minières, pétrolières des pays pauvres, en général et  du continent africain en particulier. 

 

L’Afrique, la terre des guerres d’intérêts

 

 

Les médias occidentaux ont tendance à dépeindre l’Afrique et ses guerres en fonction des tribus et des conflits entre les groupes ethniques différents. Et pourtant, la quasi-totalité des guerres du continent est l’œuvre de certaines multinationales, le plus souvent soutenues par leurs pays. Il est plus facile d’accéder aux ressources d’un pays quand son économie est déstabilisée, c’est l’unique méthode que les occidentaux ont utilisé jusqu’à présent en Afrique. Si le développement de l’Afrique tarde à décoller, c’est justement à cause de ce cercle vicieux. Montchrétien affirmait : « Nul ne gagne si un autre perd ».

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mardi, 01 décembre 2009

LE MLAN DEMANDE AUX 400 SOLDATS DESERTEURS DE RENONCER AU RAPPEL DE LEURS SOLDES

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Baltasar Gracian Y Morales, dans L’homme de cour, disait que « Le silence est le sanctuaire de la prudence ». Ceci est juste et vrai. Cependant, il existe des sujets sur lesquels, rester silencieux vous rend coupable.

Il nous faut donc dire quelques mots sur la réintégration des ex-combattants des FAFN dans la nouvelle armée ivoirienne, puisque cela semble utile pour le retour à la paix.

 

Après avoir copieusement refusé, le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, s’est résolu à signer  le 16 novembre dernier, 7 décrets pour régler les problèmes des hommes en armes. Il a également dit que « la guerre était finie ».  pour reprendre en cœur son «  lead vocal », le ministre Michel Amani N’Guessan, s’adressant ainsi à tous les hauts gradés de l’armée, de la police et de la gendarmerie, réunis au grand complet à l’état-major des Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) affirmait ceci :  Je suis venu vous demander d’accepter, sans préalable, leur réintégration.  Selon le ministre, cette réintégration concerne  400 soldats de l’armée régulière qui ont rallié la cause de la rébellion. A la faveur de la signature de l’accord politique de Ouagadougou, notamment l’accord complémentaire IX, les deux parties ont convenu que ‘’ les officiers, sous-officiers et militaires du rang ayant appartenu aux Forces de Défense (FDS) encore en activité, bénéficieront de la reconstitution de leur carrière sur la base du principe d’harmonisation des grades avec leurs promotionnaires des FDS, du paiement du rappel de leurs soldes et réintégrés dans la Nouvelle Armée Nationale pour compter de la date d’adoption de la loi d’amnistie du 12 avril 2007.

 

Notre pays, la Côte d’Ivoire a traversé les moments les plus sombres de son histoire en se vautrant dans une guerre sordide et appauvrissante. Il y a eu de nombreux accords et chaque accord avait son lot de sacrifice à faire pour sortir le pays de cette impasse. A titre d’exemple, il a fallu accepter le secrétaire général des Forces Nouvelles comme premier ministre de la Côte d’Ivoire en dépit des exigences de ce poste.

 

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Aujourd’hui le dernier sacrifice sans doute le plus dur à consentir, c’est d’accepter les ex-combattants des FAFN, qui étaient anciennement issus des FANCI, au sein de l’armée régulière reformée.

Et c’est ce que le Chef de l’Etat demande aux ivoiriens. A notre sens, le peuple ivoirien n’a pas le choix, lui qui a trop souffert de cette crise. Alors que les ivoiriens s’interroge sur la date exacte des élections présidentielles, voici qu’on remet à nouveau le couvert. Les ivoiriens, victimes de cette sale guerre, deviennent des bourreaux puisqu’ils doivent dédommager les soldats déserteurs.

Le lecteur aura compris, ce qui nous irrite, c’est le paiement du rappel de leurs soldes pendant le temps de leur désertion de l’armée ivoirienne. Nos compatriotes ont assez payé et leur demander de remplir les poches des bourreaux d’hier fait un peu désordre dans la république. Cela attise notre colère, qui est semblable à celle d’une ourse à qui on a enlevé les petits.

 

Parmi les conséquences de cette crise, les autorités n’ont pas manqué de signaler l’évasion fiscale liée à la non perception des taxes et impôts dans les zones occupées. Ce sont donc ces ex-combattants qui bénéficiaient des retombées économiques dans les zones occupées. D’ailleurs ces militaires sont devenus très riches au point d’avoir dans tous les pays frontaliers de notre pays, de luxuriantes résidences.

 

Il serait juste pour les 400 bénéficiaires « des 7 décrets du 16 novembre », de renoncer au rappel de leurs soldes puisqu’ils ont profité de la collecte des taxes et impôts dans les zones occupées. Ce serait méprisant pour le peuple ivoirien, pour le contribuable ivoirien donc, de payer encore son bourreau d’hier. On dit souvent que le mépris est la forme la plus subtile de la vengeance. Et le peuple ivoirien pourrait ainsi l’interpréter.

 

A l’endroit des 400 soldats déserteurs, n’oubliez pas  que votre cohabitation avec vos frères d’armes et la population dépendra de votre attitude face à cette épineuse question de réintégration. Le marquage référentiel de cette sortie de crise doit être l’humilité, la sagesse et le respect.

 

Méditez donc sur cette citation d’Emile Michel Cioran : « l'on ne ressent jamais plus douloureusement l'irréversibilité du temps que dans le remords. L'irréparable n'est que l'interprétation morale de cette irréversibilité ».

 

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En renonçant à cette manne financière, elle pourrait être utilisée par les associations qui s’occupent des familles et orphelins de cette guerre. Ces enfants et femmes, qui, ont perdu, pour les uns leurs pères, et pour les autres, leurs maris, méritent une attention particulière. C’est pourquoi, le renoncement de cette manne financière, permettra de créer des structures pour s’occuper de ceux qui devraient normalement être les pupilles de la nation. Les autorités ivoiriennes et les ex-belligérants doivent s’accorder pour mettre fin à la souffrance de nos compatriotes. Si le peuple ivoirien a divorcé d’avec la honte, ne le mariez pas avec l’humiliation. 

 

Dieu libère notre beau pays.

 

Séraphin PRAO

Docteur en économie monétaire

Spécialiste des pays africains de la zone franc

Président du MLAN

www.mlan.fr

 

15:34 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : mlan, 400 soldats déserteurs, yao prao séraphin, fanci, fds, fafn | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 06 octobre 2009

L'AFRIQUE EST UN CONTINENT MARGINALISE

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L’Afrique possède d’énormes ressources. Elle a un potentiel d’énergies renouvelables, solaires, hydroélectriques, éoliennes, du pétrole,  du gaz, des  métaux divers, de l’uranium, du  bois,  du poisson, etc. Nonobstant cette énorme richesse, les indicateurs sociaux n’ont pas évolué positivement : les vingt derniers rangs (sur 177 pays) dans le classement de l’indice de développement humain établi par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) sont occupés par des pays d’Afrique subsaharienne.
Notre présent article n’a pas pour objectif de focaliser l’attention de nos lecteurs sur les indicateurs macroéconomiques de l’Afrique, il s’agit de dire ici avec humilité et franchise que notre continent est marginalisé dans tout, en dépit de ses fabuleuses ressources.

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vendredi, 07 novembre 2008

CRISE FINANCIERE MONDIALE: QUEL ENSEIGNEMENT POUR LES PAYS AFRICAINS DE LA ZONE FRANC?

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Depuis février 2007, une crise qui a débuté aux Etats-Unis, à Wall street, s’est amplifiée pour prendre des proportions insoupçonnées ces derniers mois. Comme tous les événements hors du commun, les commentaires fusent de partout. Les uns parlent de « séisme financier » tandis que d’autres parlent de « tsunami financier », jamais expérimenté par l’économie mondiale. Ces termes parfois puissants semblent pourtant refléter la réalité actuelle des économies au regard de l’énormité du désastre. Jamais une crise n’a aussi fait l’unanimité quant à la thérapie à adopter : pays socialistes et libéraux ont compris la nécessité de réguler les marchés par l’Etat, "la main invisible" d’Adam Smith étant vraiment invisible.

Dans ce flot de commentaires, l’Afrique n’est pas en marge, elle aussi a eu droit à des analyses économiques de la crise financières. Pour la Secrétaire générale adjointe de l'Onu, Asha-Rose Migiro, au cours d'une réunion ONU-Union Africaine (UA) à Addis Abeba, la crise financière globale risque d'aggraver le sous-développement et la crise alimentaire, en Afrique. Cette observation de l’organisation onusienne coïncide avec l’analyse de la plupart des spécialistes sur les conséquences de cette crise en Afrique. Le présent article se propose de revisiter cette crise dans sa globalité, c’est-à-dire ses origines, les leçons tirées, mais surtout, nous voulons insister sur l’impératif pour l’Afrique et, en particulier, les pays africains de la zone franc, de saisir l’importance de la dimension monétaire dans le développement.


Origine de la crise

Comme introduit plus haut, la crise des subprimes a débuté à Wall street, au Etats-Unis. Les banques les plus prestigieuses et les plus arrogantes aussi, ont commis des fautes graves. Si la crise a éclaté en 2007, elle trouve son fondement dans la mini-récession traversée par les Etats-Unis en 2001 et dans la folie des innovations financières ces deux décennies passées.

En premier lieu, disons qu’après les attentats du 11-Septembre 2001, le gouvernement américain avait alors pour priorité la relance de l’économie. Pour maintenir la confiance et surtout accroitre les liquidités pour soutenir l’économie, la Fed a baissé son taux directeur, de 6,5% jusqu’à ce qu’il atteigne 1% en 2003 niveau le plus bas depuis 1958. La réserve fédérale (FED) a commencé à le remonter, progressivement, qu’à partir de 2004. L’intention était de procéder à une forte injection de liquidités pour éviter tout risque de récession en dopant la croissance. Cette abondante liquidité, du fait de la baisse des taux d’intérêt à long terme, accompagnée d’une sous évaluation des risques liés à la volatilité des prix des actifs, et des règles comptables inadaptées, ont fini par accroitre les mauvais crédits. On voit bien que c’est donc le laxisme monétaire qui a régné aux Etats-Unis ces dernières années qui est mis en cause.

En deuxième lieu, nous pouvons citer la dérégulation accélérée et sauvage de la sphère financière au cours des deux dernières décennies. L'expression d'innovation financière a désigné cette nouvelle donne : l'incorporation de nouvelles technologies dans le secteur bancaire et financier (exemple d'Internet), l'introduction de nouveaux instruments de placement ou de financement, l'apparition de nouveaux marchés de capitaux. Selon les cas, elle correspond à des changements à la marge ou, au contraire, à de vrais bouleversements (comme l'essor, à partir des années 1970 aux États-Unis et plus tard ailleurs, des marchés d'instruments dérivés - contrats à terme ferme, swaps, options, etc. Le marché des produits dérivés représente aujourd’hui environ 55000 milliards de dollars. Ce système de goinfrerie débridée a donc provoqué des dégâts incalculables.

La dérégulation et le laxisme américain en matière monétaire après le 11 septembre 2001 ont favorisé le boom de crédits malsains. Entre 2000 et 2007, la dette des ménages américains est passée de 85% du PIB à 116%, soit un endettement supplémentaire de 5000 milliards de dollars d’euros. Les ménages ne pouvant plus rembourser leurs prêts hypothécaires et les banques ne pouvant se refaire sur le prix des maisons en chute libre, les prêteurs, disséminés dans le monde entier avec le mécanisme de la titrisation, se retrouvent avec des créances pourries, ce qui va occasionner pour eux des pertes substantielles.
Il faut également citer les fonds spéculatifs (hedge funds) qui ont très largement contribué à la formation du grand casino mondial de la finance. Avec la succession d’événements parfois interdépendants, la crise est devenue finalement manifeste.


La manifestation de la crise

Le Trésor américain a décidé le dimanche 7 septembre, de mettre sous tutelle gouvernementale les organismes de refinancement hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae, afin de restructurer leurs finances particulièrement touchées par la crise financière. Washington a signé un chèque de 200 milliards de dollars pour assurer la survie de ces deux entreprises. Le tournant dans cette crise a été la chute de Lehman Brothers qui a fait faillite le 15 septembre 2008. En ne sauvant pas cette grosse entreprise, l’Etat américain voulait donner à tort un signal aux banques trop laxistes. L’Etat a apporté par contre une aide de 85 milliards de dollars à l’assureur AIG (ex numéro un des assurances au niveau mondial) pour éviter une crise financière planétaire car AIG compte 74 millions de clients dans le monde, employant 116.000 personnes dans 130 pays. Mais en contrepartie, l’ensemble des actifs d’AIG, évalués à 1.050 milliards de dollars en juin 2008, seront apportés comme garantie à la banque centrale, le prêt ayant été calqué sur celui consenti pour sauver le constructeur automobile Chrysler dans les années 80. Mais voici que le 29 septembre 2008, toutes les bourses mondiales s’effondrement, elles ont perdu la boussole. Pour sauver le système financier, le plan Paulson a donné le ton avec 700 milliards de dollars déboursés pour venir au secours des banques en détresse.
En Europe, au total, entre le 15 et le 30 septembre, la BCE a sorti 914 milliards d’euros de ses caisses, à la demande de la FED, pour lubrifier les marchés. Les mesures prises ont eu pour objectif de s’attaquer à la fois aux problèmes de liquidités et de solvabilité des banques. Les gouvernements européens, ont de leur côté relevé le gant avec l’injection de 1500 milliards d’euros (360 milliards pour la France, 480 milliards d’euros pour l’Allemagne, 380 milliards d’euros pour la GB, etc). Aujourd’hui la crise est manifeste avec à sa clé la raréfaction du crédit, qui a son tour crée le chômage. Dans ce tourbillon monétaire et financier, on aura vu tous les acteurs reconnaître la nécessité du retour de l’Etat comme garant de la stabilité de l’économie.


La nouveauté dans la gestion de la crise : le retour de l’Etat

Il y a eu des crises dans l’histoire. On peut citer entre autres, la panique bancaire de 1907, le krach de 1929 (le jeudi 24 octobre), la crise pétrolière de 1973, le lundi noir de 1987 où le dow jones a perdu 22,6%, la crise asiatique débutée le 2 juillet 1997 qui dura jusqu’en 1998 et la crise actuelle. Mais ce qui est frappant dans cette dernière, c’est le grand retour de l’Etat dans la gestion du marché. Par exemple, la Grande Bretagne, par le biais de son premier ministre, Gordon Brown, a annoncé dimanche 17 février la nationalisation de la Northern Bank, un établissement de Newcastle qui a subi de plein fouet la crise des subprimes. C'est la première fois depuis les années 1970 qu'une société est officiellement nationalisée au Royaume-Uni. Début octobre 2008, le gouvernement britannique annonçait un plan de soutien aux huit plus grandes banques du pays. A Londres, les huit banques concernées par ce plan de sauvetage sont Abbey, qui appartient à l'Espagnol Santander, Barclays, HBOS, qui est en train d'être rachetée par Lloyds TSB, HSBC, Lloyds TSB, Nationwide Building Society, la plus grosse banque non cotée du pays, Royal Bank of Scotland et Standard Chartered. Toutes ont confirmé leur participation au plan de recapitalisation. La participation de l’Etat s'élevait jusqu'à 50 milliards de livres (65 milliards d'euros), ce qui revient à une nationalisation partielle. Le Trésor devait débloquer 200 milliards de livres pour leur assurer une liquidité suffisante à court terme.
Face donc à ce véritable «tsunami» qui menace la finance internationale, les sommes en jeu sont colossales et les mesures prises sont à la mesure de l'enjeu: elles ne tiennent plus compte des préjugés politiques et idéologiques. Ainsi, les gouvernements prennent des mesures contraires à leurs choix politiques. Des exécutifs de droite sont amenés à nationaliser des banques pour éviter la banqueroute, alors que des équipes de gauche soutiennent des banques privées, pour ne pas sombrer avec leur économie.
Il fallait le faire car le virus s’est propagé à l’économie réelle avec le chômage comme premier symptôme. En effet, le chômage est la conséquence directe car lorsque les perspectives ne sont pas bonnes, une entreprise qui doit diminuer sa production préfère d’abord faire l’ajustement avec les emplois.
Au delà du chiffon rouge des normes comptables que certains dirigeants politiques agitent, puisqu’en période de fièvre, le meilleur moyen de la nier est encore de casser le thermomètre qui la mesure, c’est le système même qui a pris l’eau et le monde entier l’a compris. C’est pourquoi les nationalisations des banques sont devenues la mode en Europe et aux Etats-Unis.
Aujourd’hui, en France, en Allemagne, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et même dans le monde entier, le retour de l’Etat est manifeste et son action justifiée. On peut pourtant se poser la question de savoir si les pays africains, surtout ceux de la zone franc africaine ont saisi le clignotant que l’histoire leur donne. C’est de cela que nous allons parler à présent.


L’Afrique et la crise financière mondiale

Nous avons dit plus haut que le sujet était complexe et les commendataires fusaient de partout, chacun avec sa grille de lecture. L’actualité nous apprend que le crédit est devenu rare et tout le monde est à sa recherche, comme Orphée à la recherche de son Eurydice. Il fut un temps où New York était la capitale financière mondiale, où le dollar était la monnaie universelle, où la signature de l’Etat américain était la plus sûre au monde. Ce temps est aujourd’hui révolu avec cette crise. La main tendue des grandes banques américaines aura fait l’effet d’un coup de revolver dans la maison des libéraux. Ceux qui brandissaient la main invisible comme infaillible n’y voient que du feu. Tout cela est vrai mais que l’Afrique sache qu’elle n’est pas concernée par ce vent violent. Cette crise est l’affaire de ceux qui ont compris l’importance de la monnaie dans la marche de l’économie et qui en ont abusé. Au lieu que l’argent soit utilisée pour soutenir le capitalisme d’entrepreneur, il a été utilisé, comme au casino, à faire des paris, de la pure spéculation. Comment les économies qui n’ont rien compris de l’importance de la dimension monétaire dans le développement puissent être affectées drastiquement par cette crise ? Quelqu’un qui est en jeûne peut-il avoir une overdose de nourriture ? Cela relèverait de la pure magie ! Étant donné l’extraversion très forte des économies africaines, la crise financière pourrait avoir des conséquences sur les économies africaines, parce que la conjoncture économique devient morose en occident. Le président Wade a raison de dire sur RFI, que « cette crise sera limitée pour l’Afrique. Même si chez moi, il y a des banques qui vont s’effondrer ». Les pays africains de la zone franc peuvent se tranquilliser, car leur secteur bancaire est quasiment exempt de tout risque systémique du fait d’une régulation excessive et conservatrice. A cela, il convient d’ajouter la surliquidité bancaire au sein de l’UEMOA et de CEMAC depuis 1997. À titre d’exemple, pour la zone UEMOA, fin 1999, les réserves constituées excédaient les réserves requises de 293 milliards de FCFA contre 298 milliards en 1998. En juin 1999, ces réserves atteignaient 434 milliards soit 7 fois le montant des réserves obligatoires. En 2003, l’excédent s’élevait à 418 milliards pour se situer en 2006 à 205 milliards de FCFA. Dans ces conditions comment l’argent qui « dort » peut-il perturber une économie ? En tout cas, pour ceux qui veulent se donner de l’importance en croyant que l’Afrique connaitra la situation des autres pays du monde, il est temps de ne pas déraisonner. Une preuve comme si ce que nous venons de dire ne suffisait pas, les dirigeants de 20 pays ont été invités à participer à un sommet économique qui se tiendra à Washington le 15 novembre prochain afin de discuter de l'actuelle crise financière, de ses causes et des moyens d'y mettre fin par des règlements plus efficaces et des réformes, on remarquera qu’aucun pays de la zone franc ne fait partie.

Rappelons que les membres du G20 sont les ministres des finances et les directeurs des banques centrales des 19 pays suivants, dont les pays membres du groupe des huit (G8) (Allemagne, Canada, États-Unis d'Amérique, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie) et les grandes économies émergentes (Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique, Turquie).

Il est temps que les pays de la zone franc comprennent que les mécanismes du franc CFA jouent contre la performance de leurs économies, que les banques qui y sont, n’ont pas vocation à financer le développement mais le transfert de nos matières premières, que la surévaluation de cette monnaie esclave ne nous a pas permis de faire partir une fusée sur la lune comme l’ont fait les chinois et les indiens.

La crise aura donné une seule leçon capitale: le capitalisme est l’hydre de Lerne. Il dispose de multiples formes et la crise en est l’occasion pour se métamorphoser. Mais les pays de zone franc ont-ils appris quelque chose de cette crise ? ont-ils compris que le destin de l’homme se joue sur la monnaie ?

Dieu aide les pays africains de la zone franc à comprendre l’importance de la monnaie dans le développement économique.

Prao YAO séraphin

Economiste, chercheur au CREPEM de Grenoble
Spécialiste du franc CFA, Président du MLAN.





13:42 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : crise financière mondiale, franc cfa, tsunami financier, yao prao séraphin, mlan | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |