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lundi, 13 juillet 2015

PRESIDENTIELLE 2010 - MEDIAPART FAIT DE GRAVES REVELATIONS SUR LE "DEAL" ENTRE LA CEI ET CHOI

 

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Notre collaboratrice Fanny Pigeaud sort un livre qui retrace les relations récentes entre Paris et Abidjan. Dans l’extrait que nous publions, elle revient sur l’élection contestée de 2010 qui a vu Alassane Ouattara arriver au pouvoir et Laurent Gbagbo finir dans une geôle à La Haye.

 

Cinquante ans après les indépendances de la plupart des anciennes colonies françaises d’Afrique, Paris continue d’être présent sur le continent africain : économiquement bien sûr, militairement, comme le démontrent la cinquantaine d’interventions tricolores qui ont eu lieu dans l’ancien «pré carré», et bien trop souvent politiquement. Contrairement aux promesses de Nicolas Sarkozy, réitérées par François Hollande, de non-intervention dans les affaires intérieures africaines, l’Élysée continue en effet d’y mettre son nez. L’argument est toujours le même, celui de la «stabilité», qui prend différentes formes. Aujourd’hui, c’est la lutte antiterroriste ou la volonté d’éviter les États faillis. Mais il y a bien souvent des raisons moins avouables publiquement : préservation de certains intérêts économiques, maintien de bases militaires, favoritisme à l’égard de tel ou tel politicien «ami», soutien diplomatique quand la France a besoin de rassembler des votes à l’Onu… En fait, il s’agit ni plus ni moins, pour la France, de continuer à gouverner indirectement ses anciennes colonies, plutôt que de laisser les Africains s’en charger eux-mêmes, avec leurs erreurs et leurs tâtonnements. La Côte d’Ivoire est depuis un demi-siècle le lieu de telles manœuvres. Notre collaboratrice Fanny Pigeaud a fait paraître fin juin un livre qui retrace l’histoire récente des relations entre Paris et Abidjan, France Côte d’Ivoire – Une histoire tronquée (Vents d’ailleurs, 453 pages). Son livre est centré sur l’élection présidentielle de 2010 qui a vu le président sortant Laurent Gbagbo être dé- fait, puis s’accrocher au pouvoir avant d’en être délogé par des bombardements français et onusien, afin que son concurrent, Alassane Ouattara, puisse s’installer au pouvoir. Mais cette histoire officielle tient-elle compte de ce qui s’est réellement passé ? Certainement pas, répond Fanny Pigeaud, comme le montre cet extrait de son ouvrage qui jette une lumière différente sur la régularité de cette fameuse élection de 2010.

UN PROCESSUS OBSCUR

Aucun acteur du processus électoral n’a joué son rôle. La «communauté internationale», suivie par les médias occidentaux, affirme donc que Ouattara est le vainqueur de l’élection présidentielle. Pourtant, tout montre que le processus électoral n’a pas respecté les règles et que chacun de ses principaux acteurs n’a pas joué son rôle : la commission électorale indépendante, le Conseil constitutionnel et le certificateur de l’Onu Young-jin Choi ont failli à leur mission.

LA COMMISSION ÉLECTORALE INDÉPENDANTE

La commission électorale indépendante (Cei) est le premier organe qui n’a pas fait son travail correctement. Nous avons vu qu’il y a eu, avant même le scrutin du second tour, de nombreux dysfonctionnements. D’autres anomalies importantes sont facilement détectables. Le taux de participation donné par la Cei, par exemple, pose beaucoup de questions. Tous les observateurs et acteurs ont annoncé à la sortie des urnes qu’il était inférieur d’environ dix points par rapport à celui du premier tour. Le chef de la délégation des observateurs de la francophonie, Gérard Latortue, a ainsi déclaré le 29 novembre qu’il «pourrait avoisiner les 70 %». Le vice-président de la Cei, Amadou Soumahoro, du RDR, a lui-même expliqué aux médias ce même lundi 29 novembre : «Le taux de participation au second tour de la présidentielle dimanche se situe autour de 70 %, en baisse par rapport au premier tour le 31 octobre, où elle avait atteint 83 %.» Le porte-parole de la Cei, Bamba Yacouba, représentant des Forces nouvelles, a dit le même jour : «Le taux de participation qui est d’environ 70 % est en baisse par rapport à celui du premier tour qui s’élevait à plus de 80 %.» Sur la Rti, Amadou Soumahoro a indiqué, toujours le même jour, à propos du chiffre de 70 % : «Nous sommes surpris que le taux soit aussi élevé, contrairement à ce que nous pensions hier (dimanche). Nous craignions que nous n’atteignions même pas les 60 % de taux de participation.» Or, lorsque le président de la Cei, Youssouf Bakayoko, a proclamé ses résultats provisoires, le 2 décembre, il a donné un taux de 81,1 %, soit 11 points de plus que les 70 % initialement annoncés. Pourquoi cet écart, qui correspondait à un peu plus de 600 000 voix ? Aucune réponse ne sera apportée à cette question. Cette différence a pourtant une incidence importante sur les résultats finaux. Comme d’autres observateurs, l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki soulignera les incohérences dans les chiffres donnés par les uns et les autres : «L’envoyé de l’Onu, le secrétaire général Ban Ki-moon, et son collègue sud-coréen, le Rssg Young-jin Choi, ont […] déterminé que Ouattara avait gagné, mais sur la base de moins de voix que celles annoncées par la Cei, après avoir déterminé que certaines des plaintes déposées par Gbagbo étaient légitimes. En termes de suffrages exprimés pour les deux candidats, la Cei, le Cc et le représentant spécial de l’Onu ont fait trois mesures différentes.» Un autre problème concerne les procès-verbaux (PV) du scrutin et la manière dont le comptage des voix a été effectué. L’Onuci avait des équipes dans 721 des 20 000 bureaux répartis dans tout le pays. Elle pouvait par conséquent certifier la validité des PV issus des bureaux où ses éléments étaient déployés et avaient assisté au dépouillement des voix.

Mais elle n’était pas capable de savoir s’il y avait eu, par exemple, tricherie et entente des acteurs dans les autres bureaux de vote, pour produire des PV ne correspondant pas au choix exprimé par les électeurs. Or, sur beaucoup de PV issus de la zone Cno notamment, des incohérences sont visibles : tout comme l’a relevé Bédié lors du premier tour, de nombreux bulletins de vote comportent plus de votants que d’inscrits. La société chargée de faire le comptage électronique des voix, Sils Technology, a ainsi signalé par écrit à la Cei, le 1er décembre 2010, que son logiciel avait «rejeté un nombre de procès-verbaux pour non-conformité d’acceptation au critère de validation électronique (un nombre de votants anormalement supérieur au nombre d’inscrits) estimé à 2 000». En outre, les PV issus de beaucoup de bureaux du Nord indiquent que Gbagbo n’a obtenu aucune voix, ce qui veut dire que ses propres assesseurs n’ont pas voté pour lui. Autre curiosité : selon beaucoup de ces PV, 100 % (voire plus, si l’on compte les votants non inscrits) des électeurs ont voté (souvent à 100 % pour Ouattara), ce qui est extrêmement rare, pour ne pas dire totalement improbable. De plus, on ne sait pas sur quelles bases les résultats donnés par Bakayoko ont été établis : s’appuient-ils sur la compilation des résultats tels que la Cei les a reçus ? Ou bien seulement sur ceux validés par l’ensemble des membres de la Cei ? La proclamation de Bakayoko est elle-même sujette à caution : quelle est sa valeur légale, alors qu’elle a été faite en l’absence des autres membres de la Cei et que ces derniers n’ont en plus pas validé son contenu ? Quelle est sa valeur, alors que le Conseil constitutionnel a retiré à Bakayoko le droit de la faire ? Quelle valeur a-t-elle, alors qu’elle a été formulée non seulement hors délai, mais aussi au Qg de campagne de l’un des candidats, en l’occurrence Ouattara ? Aucune explication valable ne sera donnée à cette dernière incongruité. Youssouf Bakayoko dira juste depuis Paris, le 1er janvier 2011, dans un entretien à Rfi qui lui demandera pourquoi il a fait son annonce dans le «quartier général d’un des candidats, Alassane Ouattara»: «Écoutez, moi, je l’ai su par la suite, je ne savais pas qu’il habitait là.» Alors que RFI insistera, disant: «Mais tout le monde le savait. Pourquoi vous, vous ne le saviez pas ?», Bakayoko répondra : «Je n’ai pas à savoir ce que tout le monde sait parfois.» Notons que, après sa déclaration au Golf Hôtel, Bakayoko y restera pendant une semaine. Il demandera à l’Onuci de le faire partir hors du pays, mais celle-ci refusera. C’est finalement la France qui se chargera de l’exfiltrer discrètement vers Paris. Toutes ces questions concernant les résultats du second tour ne seront pas soulevées par les médias occidentaux. Aucun n’émettra l’hypothèse que les chiffres donnés par Bakayoko aient pu être trafiqués, tout comme l’ensemble du processus. Aucun ne dira ce qui est une évidence pour beaucoup : il y a eu d’importants bourrages d’urnes dans toute la zone Cno – qui représente 30 % des électeurs. «Les Fafnont tout fait pour faire passer leur candidat dans leur zone. Ainsi Yacouba Bamba, membre de la Cei nationale, a été très actif à Bouaké, où il contrôlait la Cei locale», témoignera un fonctionnaire international.

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LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL

Le Conseil constitutionnel et son président ont été sous le feu des critiques des alliés de Ouattara. L’Union européenne a, par la voix de sa mission d’observateurs, résumé les griefs à son égard, en blâmant sa décision d’annuler des votes. Elle l’a accusé de ne pas avoir fait de «vérification préalable des faits allégués» par les requêtes déposées par Gbagbo, disant : «Le Conseil constitutionnel a saisi le pré- texte d’incidents isolés, eux-mêmes insuffisants pour affecter les résultats d’ensemble, aux seules fins de modifier les résultats proclamés par la Cei.» L’UE a aussi assuré que le Conseil n’avait pas respecté l’article 31 de la Constitution, selon lequel «la souveraineté appartient au peuple. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice». Mais en affirmant cela, l’UE s’est contredite : elle a elle-même refusé de reconnaître la disposition constitutionnelle faisant du Conseil constitutionnel la dernière voix qui compte. Selon l’article 98, «les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d’aucun recours. Elles s’imposent aux pouvoirs publics, à toute autorité administrative, juridictionnelle, militaire et à toute personne physique ou morale». (…)

Cela étant, il est évident que la manière dont le Conseil constitutionnel a travaillé a posé problème. Pourquoi n’a-t-il pas pris plus de temps avant de rendre son verdict, alors qu’il disposait de sept jours pour examiner les irrégularités soulevées par Gbagbo ? Pourquoi, au lieu d’annuler le vote de sept départements, n’a-t-il pas plutôt annulé l’élection dans son ensemble, comme le code électoral lui en donnait la possibilité ? L’article 64 du code stipule en effet : «Dans le cas où le Conseil constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le ré- sultat d’ensemble, il prononce l’annulation de l’élection. La date du nouveau scrutin est fixée par décret en Conseil des ministres sur proposition de la commission chargée des élections. Le scrutin a lieu au plus tard quarante-cinq jours à compter de la date de la décision du Conseil constitutionnel.» Toutefois, on peut imaginer que la situation serait restée la même si le Conseil avait annulé l’élection : sa décision n’aurait été acceptée ni par les grandes puissances occidentales, ni par Ouattara, ni par les Fafn. Une autre question, plus morale ou philosophique, peut être posée lorsque l’on connaît la suite de l’histoire : Yao N’Dré aurait-il dû accepter les résultats de la commission, même s’il les savait truqués, pour éviter une guerre déclenchée par les Fafn ? Doit-on accepter ce qu’on considère comme une injustice pour avoir la paix ? Plusieurs années après, en 2015, KKB, président de la jeunesse du Pdci, déclarera d’ailleurs à propos du soutien de son parti à Ouattara : «Avions-nous le choix en 2010 si nous voulions la paix ? Croyez-vous que le pays aurait été débarrassé […] des armes si Gbagbo avait été déclaré vainqueur des élections en 2010 ? Si Gbagbo avait été déclaré vainqueur de ces élections, nous serions encore dans une Côte d’Ivoire coupée en deux, arme au poing. Des personnes tenaient des armes et disaient que tant que Ouattara n’est pas président de la République, ils ne baisseraient pas les armes.»

LE CERTIFICATEUR DE L’ONU, YOUNG-JIN CHOI

Young-jin Choi a quant à lui outrepassé son mandat. Il affirmera : «La seule question qui demeure est de savoir si l’Onuci est tenue de se plier au verdict du Conseil constitutionnel quelles que soient les circonstances. La réponse à cette question devrait tenir compte du fait que le gouvernement ivoirien a accepté le rôle de certification du représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour la Côte d’Ivoire.» Mais le mandat de Choi ne prévoyait pas qu’il prenne en compte une proclamation de résultats provisoires douteuse (il n’a d’ailleurs rien dit sur l’illégalité de la proclamation de Bakayoko), puis qu’il fasse ses propres calculs, pour finalement donner le nom de celui qui avait, selon lui, remporté le scrutin. D’après la résolution 1765 du Conseil de sécurité de l’ONU, il devait simplement vérifier (et certifier ou non) que «tous les stades du processus électoral [fournissent] toutes les garanties nécessaires pour la tenue d’élections présidentielle et législative ouvertes, libres, justes et transparentes, conformément aux normes internationales». À propos des résultats, il devait dire, suivant le critère que l’Onuci avait elle-même fixé, s’ils avaient «été déterminés à l’issue d’un processus transparent et accepté par tous ou contesté de manière pacifique par les voies appropriées». En donnant le nom de celui qui, selon lui, avait gagné, Choi, et avec lui les Nations unies, s’est substitué aux institutions ivoiriennes, pourtant existantes et opérantes, ce qui ne s’était encore jamais vu nulle part ailleurs. Il s’est ainsi érigé en Conseil constitutionnel «bis» pour désigner Ouattara comme vainqueur et annuler la décision d’un organe constitutionnel, dont les décisions ne sont pourtant susceptibles d’aucun recours en vertu de l’article 98 de la Constitution. La résolution 1933 prise le 30 juin 2010 par le Conseil de sécurité n’a en outre pas été appliquée : ce texte précisait que le Conseil devait fonder son évaluation Ouattara. [...] Le rôle que l’Onu a joué dans la validation et la reconnaissance de la «victoire» de Ouattara conduira l’organisation dans une quasi-impasse : en se prononçant en faveur d’un candidat, elle a perdu sa légitimité pour jouer un rôle de médiateur dans la crise et aider à sa résolution, si tel était réellement son objectif. Même si l’entourage de Gbagbo restera toujours en relation avec l’Onuci, via Alcide Djédjé, son ministre des Affaires étrangères, lui-même ne voudra plus avoir de contacts directs avec Choi. En abandonnant sa neutralité, l’ONU s’est condamnée, pour ne pas se dédire, à «travailler activement pour l’installation de Ouattara en tant que président du pays et l’élimination de Gbagbo», soulignera Thabo Mbeki.

Cette dérive de l’organisation ne fera l’objet d’aucun débat public. Fin 2010, il est pourtant évident que l’Onu est en train d’être instrumentalisée par les grandes puissances qui la contrôlent. Qu’aurait pu faire l’Onuci pour éviter que la situation ne s’aggrave ? L’ancien secrétaire général d’Amnesty International et ancien sous-directeur général de l’Unesco Pierre Sané fera une suggestion : «Pourquoi le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies n’at-il pas travaillé sur les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel et décidé ou non de les certifier, comme cela a été le cas lors du premier tour. En cas de désaccord persistant, pourquoi n’aurait-il pas procédé à la vérification détaillée des critères d’annulation mis en avant par le Conseil constitutionnel et évalué leur force de justification et même demandé, compte tenu des circonstances exceptionnelles, qu’Alassane Ouattara puisse soumettre des “contestations démocratiques” et ensuite transmettre un rapport au Conseil de sécurité ?» Preuve que le système de certification utilisé en Côte d’Ivoire a été un fiasco, même si cela ne sera pas reconnu officiellement : le Conseil de sécurité des Nations unies ne voudra plus en entendre parler. L’expérience d’un mandat confié à un seul individu ne sera donc vraisemblablement pas renouvelée ailleurs. Début décembre 2010, la situation en Côte d’Ivoire peut se résumer ainsi : le scrutin qui vient de se tenir a une crédibilité faible, voire nulle, bien que l’Onu dise le contraire ; plusieurs résultats ont été donnés : le premier par Youssouf Bakayoko, le deuxième par le Conseil constitutionnel, le troisième par Young-jin Choi ; un candidat, Gbagbo, s’est insuffisamment préparé pour contester le déroulement du scrutin ; l’autre, Ouattara, bénéficie de l’aide de grandes puissances, et plus particulièrement de la France et des États-Unis ; des personnalités clés du processus, Young-jin Choi et Youssouf Bakayoko, ont subi de fortes pressions de la part des diplomates occidentaux et du président français Sarkozy ; la certification onusienne de Choi n’a pas respecté le mandat donné.


In Médiapart

Source: LE CRI D'ABIDJAN

mercredi, 10 septembre 2014

SECURITE: LE QUESTIONNEMENT DU Pr MAMADOU KOULIBALY

 

MAMADOU KOULIBALY 5.jpg

 

Que ce soit en tant que conférencier invité par l’Onuci et la Friedrich Ebert Stiftung pour disserter sur le rôle des partis politique dans le contrôle du secteur de la sécurité en Côte d’Ivoire ou lors de ses multiples rencontres avec les populations et la société civile, le président de LIDER, le Pr. Mamadou Koulibaly a pris l’habitude de poser une question à son auditoire : Que faire de la garde prétorienne de Ouattara à l’issue de l’élection présidentielle de 2015?

 

En effet, l’actuel président de la République, dans le sillage de la crise post-électorale, a mis en place une garde prétorienne de 5000 personnes environ. Cette garde issue des forces armées des forces nouvelles (Fafn) lui est rattachée par des liens privilégiés et fidélisés qu’elle a construits avec son arrivée au pouvoir. Ces forces sont donc politiquement liées à Ouattara plus qu’à son régime, au régime plus qu’à l’Etat et à l’Etat plus qu’à la République. Elles font office de forces de dissuasion du régime et semblent bien réussir, pour le moment, tant que le père fondateur est en place.

La garde prétorienne composée des forces spéciales et autres factions gérées par les ex-com’zones au cœur de la République et au service du sommet de l’Etat n’encourage pas les réformes de l’armée. Elle se comporte comme une compilation de milices privées au sein de l’armée et ressemble plus à des conquérants qu’à des soldats d’un état de droit. Mais le droit de l’Etat impose ces forces de sécurité, qui sont loin d’être républicaines, même si on les affublées de ce patronyme. Arrivées au pouvoir dans la dynamique de la crise ivoirienne, elles sont en effet liées non pas à la République, mais plutôt au président de la République qui est toujours président de son parti politique, en violation de la loi fondamentale, sans que cela ne gêne ni le Conseil constitutionnel, ni le Parlement.

On peut présumer que le système est sous contrôle du président-fondateur jusqu’en 2015. Mais que se passerait-il au cas où Ouattara perdait les élections? Que se passerait-il pour cette garde prétorienne et les autres forces pro-Ouattara au cœur de la machine sécuritaire de l’Etat si un membre actuel de l’opposition arrivait au pouvoir en octobre 2015? Comment une République dirigée par Mamadou Koulibaly s’accommoderait-elle des soldats qui ont juré fidélité et qui sont des militants avérés des différentes branches armées du Rdr, qu’on les appelle Fn ou Fafn ou Frci ? Comment s’accommoderait cette garde prétorienne avec un opposant devenu président de la République en 2015 ?

Mais, on peut admettre aussi que la présence même de ces forces pro Ouattara au moment des élections assure une dissuasion telle qu’aucun opposant ne puisse gagner ces élections de 2015. Cette hypothèse n’est pas moins probable que la précédente. Dans ce cas de figure, projetons-nous dans l’après 2015. Supposons que Ouattara gagne les élections et qu’il est dans son second mandat 2015-2020. Admettons qu’il n’envisage pas se représenter aux élections présidentielles de 2020. Cette hypothèse ouvre la perspective d’un renouvellement d’équipe gouvernementale. Il y aura donc un changement de président après 2020. Entre 2016 et 2020, nous entrerons ainsi dans une guerre de succession au cœur du système Ouattara. Le chef auquel les troupes constituées depuis 20 ans sont attachées, au point d’avoir conduit pour lui une rébellion de dix ans, doit laisser la place à un autre chef qui aura moins de légitimité et dans un parti politique en ébullition ou en reconstitution autour de ce nouveau messie charismatique et historique. Une guerre des héritiers de Ouattara est donc à envisager après 2016 et avant 2020. Quels en seraient les protagonistes dans le camp Ouattara? Avec quelles forces vont-ils mener leurs combats? Lequel de ces protagonistes contrôlera la garde prétorienne ? Comment les différentes factions qui composent cette garde prétorienne vont-elles se comporter dans ce «Game of Thrones» saison 2020 made in Côte d’Ivoire? Nous sommes au cœur de la question sécuritaire qu’aucune réforme actuelle du secteur de la sécurité ne peut éviter.

Le Rdr, aujourd’hui unifié autour de Ouattara, va-t-il résister aux guerres intestines que sa succession va déclencher ? Quelles conséquences ces guerres vont-elles avoir à partir de 2015 sur les Frci ? Sur les com’zones ? Sur l’armée ? Sur la police ? Sur la gendarmerie? La guerre des clans qui suivra va-t-elle ou non avoir un impact sur l’Etat ? Sur la République ? Sur les populations civiles ? La réforme du secteur de la sécurité (Rss) entamée peut-elle dès maintenant anticiper cette crise au sein des Frci ?

Dans tous les deux cas de figure, que Ouattara gagne ou perde les élections présidentielles à venir, la question se pose déjà de savoir ce que deviendra la garde prétorienne qu’il a constitué autour de lui et qui protège son régime comme une milice avec ses chefs de guerre directement attachés au président de la République lui-même.

Que deviendront les chefs de guerre dans une Côte d’Ivoire en émergence ? Peut-il y avoir compatibilité entre les chefs de guerre au service d’un président de la République et une prétendue émergence économique ? Faut-il dissoudre ces forces spéciales avant les élections et considérer qu’avec le second mandat de Ouattara ou bien avec le départ de Ouattara battu en 2015, leur mission serait terminée ? Et qui va les dissoudre, ces chefs de guerre qui depuis 2000 n’ont rien fait d’autre que la guerre, le trafic hors-la loi et l’affairisme ? Faut-il les mettre à la retraite et leur verser une rente viagère ? Ils seront de vieux soldats. Ils seront de riches rentiers. Mais ils resteront des militaires incompétents, claniques, violents et si on applique les résolutions 2151 et 2162, ils n’auront certainement plus leurs places dans l’armée nationale. Faut-il leur organiser des départs volontaires et à quel prix ? A quel coût ? Que va-t-on faire de ces autorités militaires devenus des militants politiques ou de ces militants politiques devenus entre temps autorités militaires ? Au-delà des chefs de guerre, des com’zones, que vont devenir leurs troupes ? Peut-on envisager renouveler leur encadrement et leur mise sous l’autorité du chef d’état-major des armées ? Faut-il envisager leur reprofilage et leur mise à disposition des futurs présidents de la République ? Peut-on construire une nouvelle armée, une nouvelle police et une nouvelle gendarmerie avec la logique des forces qui prétendent avoir gagné une guerre et avoir droit à un butin ?

Ces interrogations du Pr. Mamadou Koulibaly s’avèrent être un véritable casse-tête pour ses interlocuteurs. L’auditoire de la conférence du 5 août 2014 à l’Onuci, composé de députés de l’assemblée nationale, de membres du corps diplomatique, des forces armées nationales et internationales, de la société civile et des partis politiques, comme les populations avec qui il échange dans les communes d’Abidjan et à l’intérieur du pays se montrent souvent désemparés face à ce questionnement. Faut-il pour autant perdre espoir et accepter la situation actuelle comme une fatalité? LIDER, qui travaille depuis longtemps sur la question et pour qui il est urgent de construire une doctrine de défense et de sécurité qui soutiendrait un concept cohérent d’emploi des forces et une loi de programmation militaire, pense que non. Il va falloir aborder courageusement ce sujet et surtout mettre en œuvre les actions qui pourront ramener la sérénité et l’apaisement dans le quotidien des Ivoiriens.

La sécurité est l’affaire de tous et il est urgent que M. Ouattara et son gouvernement, qui jusqu’ici n’ont montré aucune motivation à apporter les correctifs nécessaires au dispositif sécuritaire et ont totalement failli à leur engagement d’organiser de grands débats nationaux sur les grandes questions de société, en particulier sur le rôle des institutions – l’armée en étant une –, commencent à faire preuve de volonté politique, de sérieux et de célérité dans le traitement de cette question. 

 

SourceLIDER-CI.ORG

MAMADOU KOULIBALY: CELA M'ATTRISTE TERRIBLEMENT...

 

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Interrogé par le quotidien L’Inter, le président de LIDER, le Pr. Mamadou Koulibaly, avec son franc-parler habituel, fait part de sa profonde déception au vu de l’attitude de certains représentants de l’opposition et évoque les conditions pour battre Ouattara dans les urnes, en dépit du déséquilibre des moyens, des forces et de la commission électorale inféodée.

 

Comment appréciez-vous la réélection de Youssouf Bakayoko comme président de la Commission électorale indépendante ?

Même si cet état des choses est décevant de la part d’un technocrate qui sort du consensus de Washington mais se comporte comme un potentat de village africain, il est dans la logique de l’action du candidat Ouattara qui consiste à verrouiller le processus et le système électoraux pour préparer, forcer et imposer sa victoire. Il faut quand même retenir que les choses ont commencé avec le Conseil constitutionnel anticonstitutionnellement installé, qui ferme depuis lors les yeux sur les violations flagrantes et récurrentes de la loi fondamentale par le président de la République, qui reste à la fois chef de l’Etat et président du Rdr. Il ne faut pas oublier que par la suite, entre autres actes illégaux, le président a installé une Commission électorale totalement à ses  ordres, en violation de la Constitution. Que Bakayoko soit de nouveau installé comme président de la Commission électorale inféodée (Cei) est dans l’ordre normal de la fraude électorale dont il représente les préliminaires. Et cela est dommageable pour nous qui voulons le renforcement de la démocratie et qui rêvons  de société ouverte, apaisée et tranquille. Dommage pour les gens de leur génération dont on se demande bien quelle leçon de morale ils donnent à leurs descendances, lorsque la triche devient officiellement leur mode de fonctionnement ? Après, comment s’étonner qu’aux examens, les enfants considèrent que la fraude soit moralement défendable ?

Vendredi dernier, lors des débats, cinq membres n’ont pas attendu l’élection du bureau de la CEI et ont claqué la porte. Que vous inspire cette situation ?

C’est à croire qu’en Côte d’Ivoire, les gens qui pensent que la norme de vie en société est la tricherie, la fraude, la violence et la lâcheté sont majoritaires. Il est décevant d’observer que le fait que la loi soit mauvaise ne gêne pas tant que cela, qu’on l’accepte parce qu’elle nous permet d’obtenir une rente, même si elle est anticonstitutionnelle. Désappointant tout ça. Il aurait fallu dénoncer la loi comme non conforme à la Constitution. Descendre dans les rues et exiger le respect de la Constitution. LIDER était seul à défendre de façon cohérente et rigoureuse le Droit et la Constitution avec ses amis de La 3ème Voie et des voix de la Convention de la société civile, de certaines associations de défense des droits de l’homme, ajoutées à celles de quelques députés courageux et de l’Udcy. Il faut croire que les défenseurs du droit sont très minoritaires dans notre pays, ce qui explique le règne des fraudeurs, de l’impunité et de la permissivité qui sont à la base de l’injustice. Ceux qui y sont allés et qui prétendent en claquer la porte sans vraiment en sortir maintenant vont préférer dénoncer les maigres parts qui leur ont été proposées pour leur participation à cette Commission, plutôt que le principe même de celle-ci: illégale dans sa conception, inique dans son organisation, déséquilibrée dans sa composition et évanescente dans ses attributions actuelles. Cela m’attriste terriblement. Ils croyaient probablement bien faire, mais ils doivent maintenant se rendre à l’évidence que Ouattara ne changera pas, ne changera plus dans sa logique de confiscation du pouvoir. Ils ont appelé leur attitude «la realpolitik». Ils se disaient opposés à la politique de la chaise vide, mais ne vont pas au bout de leur politique. Aucune conviction donc. Rien que de l’ambition ! Démoralisant tout ça! Et cela déprime l’homme que je suis et me blesse profondément dans mes amours pour la démocratie et pour la Côte d’Ivoire. Je n’ai même pas la force de commenter leurs attitudes ; celle de Ouattara est plus logique et a du sens. Je voudrais simplement réitérer mon souhait et mon appel à l’endroit de toutes ces personnes et leurs mouvements : Laissez vos illusions de côté, il est temps que nous nous engagions ensemble dans la mise en place d’une coalition pour le changement démocratique dans notre pays. Il n’y a que cette voie qui nous donnerait quelque chance de battre Ouattara aux prochaines élections, malgré ses calculs et ses moyens. Construisons ensemble la coalition de la victoire. Nous pouvons le faire si nous nous donnons un programme commun de gouvernement, un discours unique et simple, une équipe managériale cohérente et un candidat unique pour ce but commun. Faisons-le le plus tôt. Nous sommes à 13 mois des élections et il y a du travail à faire. Nous avons faim certes, mais oublions nos ventres pour le moment, serrons les ceintures, mettons-nous au travail et arrêtons de tergiverser dans des querelles de clochers. Il y a-t- il encore des hommes et des femmes de bonne volonté pour entendre cet appel et agir en conséquence? Oui, il y en a. Je continue de le croire.

Voyez-vous dans le couac observé, vendredi, un mauvais présage pour les futures élections ?

Oui. Un très mauvais présage. Nous ne sommes même pas encore à la phase de la liste électorale et voilà déjà les signes annonciateurs de la fraude et de la violence. Dois-je rappeler que c’est la commission électorale qui aura la charge d’établir cette liste? Dois-je rappeler que, de par les faiblesses du code électoral, c’est le président de la République qui est le vrai administrateur des élections chez nous? Les choses se présentent mal. Nous avons dénoncé et continuons de dénoncer une commission électorale qui ne peut avoir la forme de celle mise en place et éviter les conflits, car elle est une association de gens en conflits permanents. Elle devrait être indépendante des partis politiques et du gouvernement. Ce que nous voyons, ce sont des conflits avant même l’enjeu électoral. Que se passera-t-il quand nous serons dans la phase de la confection de la liste électorale ? Dans celle de la campagne électorale ? Le jour des élections ? Lors de la transmission des résultats ? Lors de leur proclamation ? Je pense que c’est clair. Non ?

LIDER a décidé de ne pas être dans la Cei alors que son président a annoncé qu’il se porterait candidat contre Alassane Ouattara. Quelle est cette logique ?

C’est la logique d’un parti qui, malgré tout, garde foi dans le fait que d’ici la date des élections, et avec les travaux engagés au sein de la coalition de La 3ème Voie, l’on arrivera à réveiller tous les démocrates de ce pays, à les remobiliser, à les mettre en ordre pour aller insuffler au pays profond que nous pouvons battre Alassane Dramane Ouattara, malgré les moyens infinis de l’État et les Frci dont il dispose. Mais pour cela, il faut que nous soyons logiques avec nous-mêmes. Si le matin nous sommes des opposants à Ouattara, il faut le rester jusqu’au soir. Si lundi, nous sommes des opposants à Ouattara, il faut le rester jusqu’à dimanche. Si en janvier, nous sommes des opposants à Ouattara, il faut le rester jusqu’en décembre. C’est seulement ainsi qu’ensemble, nous réussirons.

 

SourceLIDER-CI.ORG

mercredi, 03 avril 2013

RAILA ODINGA: ALORS POURQUOI AVAIT-IL FAIT TANT DE MISERES A LAURENT GBAGBO?

 

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L'Histoire parle, mais avec une sacrée dose d'ironie

L'ancien Premier ministre kenyan, candidat malheureux au dernier scrutin présidentiel dans son pays, a finalement accepté sa défaite. En se pliant à la loi d'airain de la Constitution de son pays. Il n'avait pour autant pas eu d'égards pour la Loi fondamentale ivoirienne, dans le cadre de laquelle il a été un médiateur à la fois éphémère et partisan… D'une certaine manière, l'argumentaire qu'il déploie rend justice au «réprouvé de Scheveningen».

Non seulement l'Histoire parle, mais elle est dotée d'une sacrée dose d'ironie ! Près de deux ans après la fin tragique de la crise post-électorale ivoirienne, l'ancien Premier ministre kenyan Raila Odinga rend justice à la démarche politique du président Laurent Gbagbo.

Pour rappel, Raila Odinga avait appelé au départ du pouvoir de Gbagbo, pourtant déclaré élu par le Conseil constitutionnel, dès le début du contentieux consécutif au second tour de la présidentielle ivoirienne de 2010. Ce qui n'avait pas empêché l'Union africaine de le désigner comme médiateur. Bien entendu, Odinga avait usé de cette position pour prendre outrageusement partie pour celui qu'il appelait «le président élu Alassane Ouattara», au point d'être récusé par le camp de celui qu'il désignait par l'appellation «monsieur Laurent Gbagbo» et qui, disait-il, l'avait «déçu» pour avoir refusé de lever le «blocus» de l'hôtel du Golf. Le 12 avril 2011, Raila Odinga continuait d'enfoncer Gbagbo en s'indignant de ce qu'il avait refusé «toutes les offres», y compris un poste d'enseignant aux Etats-Unis, en échange de sa capitulation.

C'est le même Raila Odinga qui s'est retrouvé candidat à l'élection présidentielle de cette année dans son pays, le Kenya. En 2007-2008, le Kenya avait été secoué par une crise postélectorale, Mwai Kibaki, le président sortant, et Raila Odinga, principal opposant, se considérant tous les deux vainqueurs. Au final, cette crise a été réglée, après plus d'un millier de morts, par une formule mêlant partage du pouvoir et programme de réformes institutionnelles.

En cette année 2013, Odinga, Premier ministre sortant, était face à Uhuru Kenyatta, fils de l'ancien président Jomo Kenyatta. Et la Commission électorale a publié des résultats provisoires donnant Uhuru Kenyatta vainqueur, au terme d'un processus autrement plus régulier que celui qui a poussé le président de la CEI ivoirienne, Youssouf Bakayoko, à déclarer Ouattara en tête, de manière unilatérale et en violation totale du Code électoral.

Contrairement à son attitude dans le cadre de la crise ivoirienne, où il a fait mine de considérer comme élu de manière définitive le candidat déclaré en tête par la Commission électorale, Raila Odinga, s'estimant lésé, a déposé des recours devant la Cour suprême, équivalent du Conseil constitutionnel ivoirien. Comme Gbagbo !

Comme Gbagbo, il a fait état de bureaux de votes où le nombre de votants était supérieur au nombre d'inscrits – même s'il ne s'agissait que de dizaines de bureaux, loin des milliers de procès-verbaux litigieux du scrutin ivoirien.

Comme Gbagbo, il espérait de l'arbitre du jeu politique dans son pays, qu'il «renverse» les résultats provisoires. On est donc en droit de se demander ce que lui, et la «communauté internationale» qu'il représentait, reprochaient à Gbagbo et à sa démarche légaliste !

En effet, si l'on doit constater qu'Alassane Ouattara, en se proclamant vainqueur de manière unilatérale et en allant jusqu'à orchestrer une parodie de prestation de serment, a violé la Constitution, l'on est obligé de noter – même si on conteste intellectuellement la logique juridique du Conseil constitutionnel de l'époque – que Gbagbo a respecté de manière scrupuleuse l'esprit et la lettre de la Loi fondamentale. Y compris quand, régulièrement investi, il a ouvert la voie à un recomptage des voix qu'il pouvait ordonner en se servant de l'article 48 de ladite Loi fondamentale...

Doit-on rappeler qu'Odinga a refusé de considérer Kenyatta comme «président élu» avant le verdict de la Cour suprême ? La Cour suprême en question a finalement tranché et proclamé Uhuru Kenyatta vainqueur du scrutin, à la suite de l'examen des recours.

Ravalant sa déception, Raila Odinga a accepté sa défaite en se livrant à un plaidoyer vibrant en faveur de l'Etat de droit, diffusé notamment à travers son compte Twitter: «Ma foi dans le constitutionnalisme demeure intacte. En tant que nation, nous devons aller en avant dans notre détermination à réformer notre vie politique et nos institutions. Le respect de la suprématie de la Constitution dans la résolution de nos différends est la meilleure fondation de notre société démocratique.» On croit rêver !

Ces propos d'Odinga arrivent comme en écho à ceux tenus par Gbagbo le 28 février dernier, lors de son intervention à la Cour pénale internationale. «Nous avons besoin de la démocratie […]. Mais la démocratie ce n'est pas seulement le vote, c'est qui dit le vote. Qui dit le résultat du vote. C'est ça aussi la démocratie. […] La démocratie, c'est le respect des textes, à commencer par la plus grande des normes en droit qui est la Constitution. Qui ne respecte pas le Constitution, n'est pas démocrate. Madame, c'est parce que j'ai respecté la Constitution que je suis ici. Alors je suis là, mais je compte sur vous. Je compte que vous parce que je souhaite que tous les Africains qui me soutiennent et qui sont tout le temps ici devant la Cour, devant la prison, qui sont dans leurs pays en train de manifester, en train de marcher, tous ces Africains-là, qu'ils comprennent que le salut pour les Etats africains, c'est le respect des Constitutions que nous nous donnons et des lois qui en découlent.»


Franck Toti, in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier".


Source: LA COTE D'IVOIRE DEBOUT

dimanche, 27 janvier 2013

YOUSSOUF BAKAYOKO OU LE TREPIED DU RECIDIVISTE


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Monsieur Youssouf Bakayoko, président de la Commission Électorale Indépendante a coupé le ruban inaugural de la campagne électorale, vendredi en invitant les candidats à l’élection législative partielle à une campagne modèle! Cela prêterait à sourire si ce n’était pas tragique de se souvenir des promesses passées d’élections transparentes et honnêtes et de se repasser mentalement le film des fraudes, exactions, crimes, puis le coup d’état mis en œuvre, parce que les menaces d’intimidation n’étaient pas suffisante pour décourager le président Gbagbo!

A l’époque, nous étions alors en présence d’acteurs honnêtes pour les uns et corrompus pour les autres; mais entre temps le camp des gens civilisés n’est plus, mort, exilé où embastillé, et aujourd’hui, le camp des rebelles tente de se refaire une virginité en invitant à des élections législatives partielles, préparées par «une campagne civilisée», permettant «une supervision et une certification par les Nations Unies». Les électeurs, ivoiriens et tous les naturalisés de la dernière heure remplaçant gaiement tous les disparus et les exilés vont se mobiliser massivement pour cautionner leurs bourreaux! La consultation sera «apaisée et transparente », conformément «aux canons de la légitimité démocratique de nos élus», ces élus qui sont sortis victorieux des urnes avec des scores incroyablement bas, on parlait de 11 pour cent… et même moins de voix.

Effectivement « les canons de la légitimité démocratique » des nouveaux élus ont tonné, et l’Agence France presse ainsi que les médias ont cessé de compter les morts survenus après les fameux 3000 morts de la crise post-électorale, répertoriés dans toutes les dépêches et servis régulièrement, catéchisme asséné à coup de matraquage, laissant paraitre que tous ces morts l’étaient par la faute d’un Laurent Gbagbo s’accrochant désespérément à un pouvoir qu’il avait perdu, alors que les urnes avaient parlé en faveur de son adversaire Alassane Ouattara ! Oui les canons, la grosse artillerie ont retenti des jours et des nuits durant, parce qu’une France et une communauté internationale ont préféré le vacarme et les lumières du bombardement du palais présidentiel occupé par un Président légalement investi par un Conseil constitutionnel reconnu et souverain. Oui les critères, les canons n’ont certainement pas été ceux de la démocratie et surtout ceux de la liberté, la liberté d’un peuple de disposer de sa souveraineté. Et les milliers de morts qui ont suivi n’ont pas été recensés, Duékoué, Nahibly, et j’en passe…Mais voilà ils ne votent pas, ils ne voteront plus, ils ne sont plus importants pour un régime qui les a assassinés!

Comment croire aujourd’hui ces mêmes acteurs en campagne, comment prendre au sérieux un Youssouf Bakayoko dans un rôle identique, qui au lieu de se mettre au service de son pays, avait proclamé des résultats biaisés depuis l’hôtel du Golf, et ce en dehors du temps, à lui imparti?

Sa définition du tryptique de la démocratie? «Une campagne électorale apaisée, un processus électoral respecté, un verdict accepté avec des élus reconnus»

En histoire de l'art, le tryptique est un ensemble décoratif composé d’un panneau central et deux volets mobiles qui généralement se rabattent sur le volet central pour le recouvrir.Si je reprend fidèlement l’image du spécialiste de l’art Youssouf Bakayoko, assurément un habitué des musés et des Eglises françaises dépositaires de nombreux tryptiques, je dirais que «la campagne électorale apaisée» et «le verdict accepté avec des élus reconnus » constituent les panneaux latéraux du tryptique, encadrant le thème central, «un processus électoral respecté», et bien sûr les panneaux latéraux se rabattent sur «le processus électoral respecté» qui disparaît de notre vue! Bonne image donc, mais je suppose qu’il voulait évoquer le trépied, tabouret à trois pieds, support de la démocratie ivoirienne, que l’on connait bien, toujours instable, peu confortable, dont on risque à tout moment d’être éjecté, et aux pieds fragiles et trop écartés…

La dernière campagne électorale présidentielle est celle qui a coûté le plus cher, parce que vraiment elle se voulait –du côté de la Majorité Présidentielle-, honnête et transparente. Cela ne l’a pas empêchée de se transformer en une guerre parce que les dés étaient pipés d’avance et que ne devait sortir des urnes que Ouattara, l’Economiste du FMI qui offrirait son pays d’adoption à tous les charognards blancs pour quelques applaudissements et une célébrité éphémère, celle  d’un certain Empereur de Kong, dont le royaume est si petit que même son frère ainé, le maire de Kong n’a pu y avoir sa dernière demeure, mais a dû être enterré au cimetière municipal de Williamsville…

Campagne électorale express donc, pour saluer les généreux bailleurs de fonds et investisseurs potentiels allemands que l’on essaie de recruter après les français trop rétifs. Oui, il faut donner l’impression que la démocratie vit son rythme de croisière, que tout va bien, que tout se déroule selon «les canons de la légitimité démocratique de nos élus». Les derniers évènements rocambolesques au Ghana, les enlèvements et tentatives d’enlèvement de personnalités de haut rang, les procès en cours, tout cela nous plonge dans «la promotion de la paix par le dialogue», le discours est saisissant ! Grâce à ces élections, le processus de démocratisation est en cours en Côte d’Ivoire ! Mais voilà, les caisses vides de l’état, malgré les emprunts faramineux, ont fait grimper le prix de toutes les denrées alimentaires, l’électricité, le gaz, les carburants n’ont pas été de reste, et ont connu aussi une hausse…

Alors que ces élections n’étaient pas une priorité du moment, face aux revendications salariales des fonctionnaires qui vont se mettre en grève et paralyser totalement le pays, notre économiste va gaspiller un peu plus l’argent dont il ne dispose pas, en préparant des élections qui ne mobiliseront que ses adeptes, et donner l’impression d’une normalité revenue : tous les réfugiées attendus fermement, -direction la case Prison du Monopoly géant qu’est la Côte d’Ivoire, où tout est à vendre et à acheter-, n’auront même pas le temps de rentrer, d’avoir leur carte d’électeur, et de voter! Qu’à cela ne tienne, les électeurs en Côte d’Ivoire Nouvelle pourront voter plusieurs fois, face à des FRCI analphabètes qui ne distinguent pas une ordonnance médicale d’un laisser passer ou d’une carte d’électeur. Et on comprend mieux que Ouattara ne les envoie au Mali-si toutefois il daigne écouter ses chers frères et sœurs pour une fois- qu’après ces élections, car il a besoin d’eux pour mener cette «campagne civilisée», pour «une consultation apaisée et transparente»!

 

Shlomit Abel, 26 janvier 2013.


Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

samedi, 24 novembre 2012

UMP, PARTI DE SARKOZY: OR DONC LE RECOMPTAGE DES VOIX N'EST PAS UNE INJUSTICE?

 

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Surprise du côté de la France! Que se passe-t-il dans ce pays? Non, rien d’important. Seulement que depuis le 18 novembre 2012, une banale élection à la direction de l’UMP, parti dit éminemment démocratique de l’ex-Président français, le tonitruant redresseur d’autres démocraties dans le Monde, le sieur Sarkozy, s’est transformée en un conflit postélectoral comme dans la «République bananière de Côte d’Ivoire». 

Cette élection, selon les médias de l’hexagone, instruments ô combien propagandistes au service de ces donneurs de leçons, opposait Jean-François Copé et François Fillon. Deux François pour conquérir le fauteuil présidentiel à la tête de l’UMP. Ces deux personnes qui ont, par leurs nombreuses frasques au côté de Sarkozy et Juppé, déversé leur bile sur l’éminent Président nationaliste Laurent Gbagbo lors de la dernière guerre postélectorale, ne sont pas inconnus des patriotes de ce pays. Ils sont ainsi rattrapés par leurs actes ignobles commis pendant la crise ivoirienne; comme quoi on paye toujours ses méchancetés sur cette terre. 

N’est-ce pas ce parti de la Droite française, avec à sa tête le fantoche ex-Président Sarkozy qui, rejetant de façon irréfléchie et systématique la proposition paisible de recomptage des voix pour résoudre le contentieux électoral ivoirien, s’accordait avec le triplet destructeur Compaoré-Soro-Ouattara pour déclencher une guerre meurtrière jusqu’à renverser le régime de Gbagbo? 

Heureusement que ça n’arrive pas qu’aux autres! Depuis dimanche 18 novembre, cette presse toujours virulente et adepte du mensonge contre les leaders patriotes africains, annonce, à la surprise générale une contestation des résultats nécessitant «l’injuste recomptage des voix». Qui l’eut cru? 

Surtout que Sarkozy et ses hommes de main Choï et Ban ki Moon ont enseigné aux ivoiriens qu’il serait injuste de choisir le recomptage des voix pour régler le contentieux électoral ivoirien. N’est-ce pas cette même solution proposée par Gbagbo qui a valu le courroux de ces politiques français et qui l’ont rejetée au profit du pilonnage par des bombes et des missiles pour massacrer toujours impunément des milliers d’ivoiriens? Ah! Si le ridicule tuait! François Copé et ses militants s’attribuent la victoire et sont prêts à s’imposer par la force. 

Pendant que les deux candidats s’empoignent, la commission chargée de superviser les élections reste muette comme une carpe et laisse le doute et la polémique s’installer. Tel fut aussi le comportement de la commission électorale ivoirienne(CEI); ce qui amena même, Sarkozy, par courrier, à intimer l’ordre à Youssouf Bakayoko (Président de la CEI) de proclamer les résultats tronqués de l’élection présidentielle au QG du candidat Ouattara. 

A La vérité, il n’y a rien de nouveau sous le soleil, et les français comme tous les européens ne sont pas différents et plus intelligents que les africains. 

Il paraitrait même que l’un des François, le nommé Copé est ami de Sarkozy qui aurait fait pression sur Fillon le vainqueur véritable et ses sympathisants, pour que celui-ci cède le fauteuil au risque de subir comme Gbagbo le courroux de la Licorne, de l’ONUCI, des mercenaires et autres cannibales dozos ainsi que de l’OTAN. 

Pour ceux qui ne le savent pas encore, Copé est l’homme que Sarkozy aurait choisi pour préparer son très prochain retour en politique, quand il aura fini de régler les affaires sales qu’il traine comme des boulets aux pieds. 

Si donc Fillon veut continuer la résistance, ce sera alors les forces spéciales (les GI’s) d’Obama, un autre ami de Sarko et bourreau des africains, aidés des forces hétéroclites (mercenaires et dozos burkinabès, forces de l’OTAN) qui feront allègrement le « job ». 

On ne sera pas surpris de voir descendre d’un gros porteur (avion C130) ces dozos et autres rebelles avec les nombreux gris-gris fixés sur leurs sales accoutrements, et les…. odeurs qui les accompagnent; ces dozos expédiés en France, comme pendant la seconde guerre mondiale pour défendre les maîtres-colons dont les ascendants du couple Sarko-Copé, comme ils l’ont fait en Côte d’Ivoire, pour les intérêts de la grande France déstabilisatrice des régimes des Présidents africains souverainistes. Celle-ci n’oubliera certainement pas de les faire défiler le 14 juillet sur les champs Elysées en l’honneur de Sarkozy et tous ses valets africains. Ainsi se sera-t-on vengé de Gbagbo qui avait refusé de faire participer ses soldats au défilé du cinquantenaire des indépendances africaines à Paris 

Ce sera d’ailleurs une très grande joie pour le Président indéboulonnable, l’homme du rattrapage ethnique de courir au secours de son parrain dont les intérêts sont menacés, en faisant intervenir son armée de fétichistes notoires pour donner la victoire à Copé. 

A toi Fillon qui a vite compris le danger qui te guettait en demeurant dans la contestation car tes adversaires n’ont cure de la vie humaine. Et si tu es malin quittes vite dans ça, définitivement! Tout le monde n’est pas Gbagbo, le vrai patriote qui ne fuit ni les bombes ni les missiles français quand il s’agit de défendre l’intérêt de son pays et son honneur. 

Pourquoi ne ferais tu pas comme l’autre, l’indéboulonnable, qui n’hésite pas à enjamber les murs au moindre bruit d’un pétard mouillé? En tout cas, les jours qui s’annoncent seront décisifs pour toi et tes sympathisants. Attention aux effets néfastes du rattrapage ethnique et de la justice des vainqueurs! 

Ceux qui jusque-là refusent de croire en Dieu, ont ainsi l’occasion de se ressaisir. Après tout le mal que la Droite française a fait à la Côte d’Ivoire, Dieu vient de la confondre. Et cette confusion sera ouverte et totale. Ce qui se passe aujourd’hui à l’UMP aurait pu arriver pendant la dernière élection présidentielle française. 

Mais non! L’Eternel des Armées a voulu faire un petit test sur les auteurs de la crise ivoirienne. C’est pourquoi Sarkozy, le bourreau des Africains est actuellement interpellé par la justice française pour être entendu sur l’affaire Béthencourt pendant que son parti plonge dans un gouffre d’où il ne sortira pas facilement. Ce qui est certain, la déchirure sera grande, et comme disent les anglais, leurs voisins, «wait and see».

Ivoiriens, restez tranquilles, Dieu combat pour vous! Ce n’est qu’une question de temps. Il fera jour bientôt car maintenant ces bourreaux peuvent comprendre que le recomptage n’est pas une injustice. 


NANWOULET G. Simone

jeudi, 01 mars 2012

ELLE ETAIT AVEC LUI A KORHOGO DEUX JOURS AVANT SON TRANSFEREMENT – LES CONFIDENCES D’UNE AVOCATE DE GBAGBO

 

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Lucie Bourthoumieux est l'une des avocates du président Laurent Gbagbo. Elle est dans son sillage depuis une dizaine d'années. De passage à Yaoundé, cette femme de droit exerçant en France mais d'origine camerounaise nous a accordé un entretien où elle s'exprime sans détours sur de nombreux sujets. Notamment les derniers jours de Gbagbo à Korhogo et les intrigues liées à son transfèrement à La Haye. Un transfèrement qui nous ramène, selon elle, "à notre histoire parfois récente ou à chaque fois qu'un fils d'Afrique a voulu revendiquer la dignité de son pays ou de notre continent, il s'est vu déporté loin des terres qui l'ont vu naître."

Comment êtes-vous devenue une des avocates du président Laurent Gbagbo ?

J'ai eu l'extrême honneur de conseiller le président Laurent Gbagbo depuis 2001 à travers un domaine qui est le mien à savoir le droit international des affaires. A l'époque j'avais été approchée par un de ses conseillers car le président, de retour d'une visite de Chine  où il avait visité la zone franche de nouvelles technologies de Fsé,  avait jugé utile d'en créer une pour la Côte d'Ivoire et pour la sous région ouest-africaine. Voilà comment est née la zone franche des nouvelles technologies et de la biotechnologie de Grand-Bassam. Je voulais dire sans m'en vanter que c'est moi qui ai ajouté le thème «biotechnologie» dans le projet. J'ai été honorée d'avoir collaboré avec le président Laurent Gbagbo sur ce projet qui est d'ailleurs l'une de mes satisfactions professionnelles d'autant plus que ce projet a fait l'objet d'une loi qui a été votée à l'unanimité à l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire. J'ai donc contribué à la mise en place du VITIB, un projet cher au président Laurent Gbagbo.  J'ai apprécié au cours de l'élaboration de ce projet la dimension humaine du président qui voulait, à travers ce projet, rassembler tous les Ivoiriens. Et j'ai fortement apprécié ses paroles rassembleuses et d'homme de paix.

Vous êtes allés plusieurs fois à Korhogo, lorsqu'il y était détenu, faites-nous un bref résumé de vos rencontres.

Vous savez que je suis avocate donc tenue par le secret professionnel, vous comprenez que très humblement je ne peux m'étendre sur la nature et le contenu de nos échanges. Mais j'ai été impressionnée de voir un mois après les bombardements sur sa résidence, bombardements multiples et répétitifs subis avec sa famille dont un enfant de deux ans ainsi que ses collaborateurs, j'ai été surprise de voir un Laurent Gbagbo sans rancune et qui parlait de faire en sorte de créer des conditions d'une paix définitive en Côte d'Ivoire.

Pour vous, qu'est ce qui s'est réellement passé en Côte d'Ivoire ?

En Côte d'Ivoire, la charte des Nations Unies qui érige comme principe fondamental et inviolable la non-ingérence a été méprisée. Les Nations Unies ne sont pas formées de partis politiques mais d'Etats. Il y a eu donc ingérence en Côte d'Ivoire car la France et les Nations Unies se sont impliquées militairement dans le règlement d'une crise électorale, sapant par là la souveraineté de la Côte d'Ivoire. C'est le principe de non-ingérence qui a été enfreint par le représentant de l'ONU qui s'est arrogé le droit de se prononcer sur le résultat des  élections en Côte d'Ivoire avant le Conseil constitutionnel alors que ces élections ont été financées à plusieurs centaines de milliards par la Côte d'Ivoire elle-même. Pour en revenir au Conseil Constitutionnel dont la décision a été bafouée par la France, je rappelle qu'il est à quelques légères différences près le clone de son homologue français. On a donc piétiné la loi fondamentale ivoirienne en rejetant la décision du  Conseil constitutionnel, en faisant la guerre et en tuant 10 000 Ivoiriens là où le président Gbagbo demandait le recomptage des voix. La communauté internationale s'agrippe à des chiffres et non à des résultats car il n'y a pas eu de PV, ni de décomptes définitifs. Bakayoko Youssouf, de manière solitaire, a proclamé des résultats qui ne reflétaient pas la réalité : voilà ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire.

Abordons l'un des tournants de la crise ivoirienne à savoir la fameuse affaire des «femmes tuées à Abobo» qui fait toujours couler de l'encre, plusieurs mois après. Avez-vous des éléments là-dessus ?

Ces évènements resteront très importants dans la crise en Côte d'Ivoire. Les Ivoiriens, les Africains et le monde entier ont besoin de savoir ce qui s'est réellement passé à Abobo. C'est pourquoi le Président Laurent Gbagbo a demandé une enquête internationale pour situer les responsabilités et la nature des crimes d'Abobo. C'est d'une extrême importance car figurez vous que ces crimes d'Abobo sont à l'origine de la résolution 1975 qui a permis aux Nations unies et surtout à la France de déclencher la guerre contre l'Etat ivoirien. Donc il est très important de savoir ce qui s'est réellement passé. Le président, par l'entremise de son porte-parole, le ministre Koné Katinan, a écrit au secrétaire général des Nations Unies un courrier dans ce sens. Nous savons qu'il en a accusé réception. Donc nous attendons la suite.

On vous sait observatrice avertie de la situation en Côte d'Ivoire, quelles sont selon vous les solutions pour une sortie de crise définitive ?

J'ai une lecture juridique de la situation qui n'épouse malheureusement pas la réalité du terrain. Il s'agit ici de savoir qu'une élection a eu lieu, il y a eu un vainqueur, le Président Laurent Gbagbo. Cela a été confirmé par le Conseil constitutionnel devant qui il a prêté serment et l'a investi. Ce même Conseil constitutionnel a rejeté la prétendue prestation de serment d'Alassane Ouattara qui lui a été signifiée par voie d'huissier. Par la suite le président Laurent Gbagbo a été renversé par une armée étrangère. On ne peut pas faire, comme le dit Laurent Gbagbo, l'économie de la vérité. Il faut qu'on sache pourquoi la communauté internationale a  falsifié  à ce point la réalité à la fois juridique et politique de la Côte d'Ivoire ! On doit le savoir par respect pour ces nombreux morts. Tant que cette vérité n'est pas sue, il n'y aura aucune solution juridique véritable. Maintenant, comme nous savons tous que cette crise est éminemment politique, son règlement doit donc se faire de cette manière. Il est donc évident que dans ce cas, il faut libérer le président Laurent Gbagbo et s'asseoir avec lui autour d'une table de négociation en vue de répondre au besoin légitime de vérité du peuple ivoirien.

Laurent Gbagbo est à La Haye. Vous étiez à Korhogo à la période de son transfèrement, dites nous comment cela s'est véritablement passé ?

J'ai vu le Président Laurent Gbagbo à Korhogo deux jours avant son transfèrement qui, en ce moment-là n'était pas d'actualité. Nous avons fait le point des missions qu'il m'a confiées et je suis repartie. Lorsque le 27 novembre, j'ai été alertée  qu'une chose de ce genre se préparait, j'ai joint la Commission des droits de l'homme de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire qui m'a rassurée que ce n'était pas d'actualité car si cela était le cas, ses cadres auraient été les premiers à en être informés.  Le responsable de cette commission avec qui j'ai discuté m'a rassurée en me disant que c'était impossible et que ce serait une violation flagrante des règles si d'aventure la Commission n'était pas prévenue du transfèrement. Grande fut ma surprise quand j'ai été informée, vers 13 heures, qu'un mandat venait d'être émis pour le transfert du Président.

J'ai tout de suite pensé à l'information que j'avais eue quelques jours plus tôt, selon laquelle Dominique Ouattara et son époux Alassane Ouattara s'impliquaient  personnellement à fond dans le transfèrement du président. Au mépris des avis de plusieurs chefs d'Etat africains, d'anciens chefs d'Etat africains, d'autorités politiques et religieuses que nous avons rencontrées personnellement et qui  privilégiaient la voie du dialogue politique et s'opposaient fermement au transfèrement du Président Laurent Gbagbo. Ce transfert qui est plutôt pour moi une déportation est, comme le dit l'ancien président ghanéen Jerry Rawlings, une humiliation pour l'Afrique. Cela nous ramène à notre histoire parfois récente ou à chaque fois qu'un fils d'Afrique a voulu revendiquer la dignité de son pays ou de notre continent, il s'est vu déporté loin des terres qui l'ont vu naître.

Quelle est la ligne de défense de Laurent Gbagbo aujourd'hui ?

Le président Laurent Gbagbo a déjà donné le ton lors de sa comparution devant la Cour le 5 Décembre 2011. Souvenez-vous de la dernière interview qu'il a accordée le 8 avril 2011 sous les bombes. Alors qu'on tentait de faire  croire qu'il avait abdiqué et reconnu la victoire d'Alassane Ouattra, il a dit en substance : «Je vous dis que j'ai gagné les élections. Le Conseil  Constitutionnel de mon pays l'a attesté. Mon adversaire et ses soutiens internationaux contestent cela, ce qui est absurde car les décisions du Conseil Constitutionnel sont irrévocables. Je demande qu'on recompte les voix.». Voilà la ligne de défense du Président, on y ajoutera qu'au lieu de recompter les voix, on a préféré compter les morts en envoyant  une armée étrangère, à savoir celle de la France faire la guerre à la Côte d'Ivoire. Sans déclaration de guerre officielle. A ce sujet je suis certaine que les vaillants officiers de l'armée française sont aujourd'hui dans leurs petits souliers, eux qui ont enfreint le code de l'honneur militaire en tirant dans le dos de la Côte d'Ivoire sans sommation ni déclaration. On s'est abrité derrière la résolution 1975 pour faire la guerre à un Etat alors que cette même résolution exigeait et exige toujours la neutralité des forces dites impartiales et la protection des civiles. Or il y a eu 10 000 morts qui sont la conséquence du mépris de Nicolas Sarkozy pour le peuple ivoirien.

Aujourd'hui que faites-vous exactement pour contribuer à sa libération, étant donné que ce n'est pas vous qui plaidez à La Haye ?

Ce dossier ivoirien a tellement de ramifications qu'il ne peut se contenter justes des codes de procédures conventionnelles. Il y a plusieurs aspects qui entrent en ligne de compte et souffrez que je n'en dise pas plus. Nous travaillons et nous avons l'entière confiance du président.

L'Union Européenne vient de dégeler les avoirs de plusieurs pro-Gbagbo, bonne nouvelle ?

Oui c'est une très bonne nouvelle. D'ailleurs j'avais reçu à mon cabinet la notification des conseils de l'Union Européenne et je me suis empressée d'annoncer la bonne nouvelle aux intéressés. C'est une décision administrative. Reste donc à savoir sur quels critères ces personnes ont été choisies car nous avons envoyé plusieurs requêtes et nous voulons savoir pourquoi un tri a été opéré.  Cela crédibiliserait l'Union Européenne de prendre en compte tous les prisonniers du régime Ouattara.


Propos recueillis par Marc Blanchard K. au Cameroun.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

samedi, 17 décembre 2011

TAUX DE PARTICIPATION DE 36,56% AUX LEGISLATIVES: LA GROSSE ARNAQUE DE LA CEI


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Le taux de participation aux législatives livré officiellement par la Cei reflète-t-il la réalité du scrutin ? 36,56% des 5,7 millions d’électeurs ivoiriens inscrits sur les listes électorales se sont-ils effectivement déplacés dans les urnes, dimanche dernier? Les réponses à ces questions à l’aune d’éléments liés au déroulement du scrutin et aux témoignages recueillis sur le terrain inclinent à croire, à l’analyse, que le taux donné par la Cei est loin d’être celui des législatives du 11 décembre dernier largement boycotté par les Ivoiriens.

Le président de la Commission électorale indépendante (?), Youssouf Bakayoko, a annoncé officiellement, jeudi nuit, les résultats provisoires des législatives du 11 décembre dernier et le taux de participation du scrutin. Le Rdr d’Alassane Dramane Ouattara, comme il fallait s’y attendre, grâce au découpage électoral biaisé par le pouvoir, s’est taillé la part du lion avec 127 sièges. Devançant largement son «allié», le Pdci-Rda de Bédié, qui totalise 77 sièges. De nombreux candidats du Pdci dont Konan Konan Denis à Bouaké crient à la fraude orchestrée par le Rdr. Quant au taux de participation, Youssouf Bakayoko le situe à 36,56%. Au grand dam des millions d’électeurs ivoiriens qui ont boycotté le vote législatif et des observateurs électoraux qui ont tous reconnu, dans leurs différents rapports, que le taux de participation était très faible. Certains observateurs qu’une équipe de Notre Voie a surpris à l’hôtel Novotel-Plateau faisant le point du vote, lundi 12 décembre dernier, ont même situé ce taux entre 20 et 25%. A la surprise générale, la Cei brandit un taux de 36,56%.

Les bureaux de vote étaient déserts

Tout le monde est unanime sur cette question y compris les observateurs électoraux et même le chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara. Les Ivoiriens ne se sont pas bousculés dans les bureaux de vote, dimanche dernier. Les élections législatives ont donc pâti par leur manque criant d’affluence. Après avoir accompli son devoir civique, dimanche dernier, à 12h, au lycée Sainte-Marie d’Abidjan-Cocody, M. Ouattara a reconnu qu’il n’y avait pas d’affluence. Il s’est alors senti obligé de lancer un appel aux Ivoiriens pour qu’ils aillent voter. Cet appel a-t-il été entendu ? Visiblement, non. Puisqu’à moins de 2h de la fermeture des bureaux de vote fixée à 17h, ce 11 décembre 2011, les électeurs se faisaient toujours rares dans les dix communes d’Abidjan. A l’EPP Sicogi-Est de Koumassi, sur les 13 bureaux de vote, moins de cent électeurs avaient accompli leur devoir. Adjamé, Cocody, Abobo, Treichville, Marcory etc., c’était l’indifférence totale des Ivoiriens. «Les gens ne sont pas chauds pour voter. Je suis venu et je n’ai trouvé personne. J’ai voté et je m’en vais sans laisser personne», a confié un électeur que l’équipe de Notre Voie a rencontré dans un centre de vote à Yopougon Niangon-nord. Zié Daouda, un des candidats qui représentent le PDCI à Yopougon, et qui contestent les résultats donnés par la CEI Yopougon, parle d’un taux officiel d’un peu plus de 19%. Au groupe scolaire d’Anono de l’inspection de l’enseignement primaire de Cocody, tous les responsables rencontrés ont déploré le manque d’engouement des électeurs pour le scrutin. Quand on sait qu’Abidjan, la capitale économique, totalise la plus forte concentration d’électeurs au plan national au niveau des villes avec 30,11 % des électeurs soit 1.944.482 personnes inscrites, on comprend aisément que «le désert électoral» (l’expression est de la télévision France 24) constaté, dimanche dernier, dans la mégalopole, a eu indubitablement des conséquences dramatiques sur le taux de participation national. En tournée sur le terrain à Aboisso dans le Sud-Comoé, région qui a un très faible taux de concentration d’électeurs, le président de la Cei, Youssouf Bakayoko, a souligné, la mort dans l’âme, que «les chiffres que nous avons sont en baisse par rapport aux chiffres que nous avions à la même période (la mi-journée du dimanche 11 décembre dernier, ndlr) pour l’élection présidentielle».

Les observateurs indexent le manque d’engouement

Dans le nord du pays, favorable à Ouattara et à son parti politique, le Rdr, le vote a été globalement mitigé, a-t-on appris. Il était timide dans certaines localités et intensif dans d’autres. Cependant, au plan des statistiques valables depuis les présidentielles 2010 et validées par la Cei, les régions du nord figurent parmi les régions disposant d’un faible taux de concentration d’électeurs. A titre d’exemples : le Denguélé totalise 1,36% du corps électoral national ; le Bafing = 0,68% ; le Worodougou = 1,99% etc. Si le vote dans le nord du pays a mobilisé largement plus de 50% des électeurs inscrits dans la zone, il ne saurait influer sur le taux de participation national étant donné que la zone nord totalise à peine 13% de l’électorat. Il faut préciser que la région des savanes qui totalise 6,55% de l’électorat a un pied dans le nord et un autre dans le sud. Les cinq régions ayant une forte concentration d’électeurs sont toutes dans la zone sud du pays. Ce sont la région des lagunes (33,96%), le Haut-Sassandra (5,1%), les Montagnes (5,39%), la vallée du Bandama (6,48%) et la région des savanes (6,55%). Or, les populations ont boudé à plus de 80% les législatives dans la zone sud du pays. C’est au su de tout cela que le Fpi, ex-parti au pouvoir, dont l’appel au boycott des législatives a été largement suivi par les Ivoiriens, suivant le rapport de ses structures internes, a officiellement parlé d’un taux de participation qui tourne autour de 14,33%. Une évaluation qui n’est fondamentalement pas loin du constat fait par des observateurs électoraux nationaux et internationaux. Le mardi 13 décembre dernier, face à la presse à l’hôtel Pullman-Plateau, les observateurs de l’Union africaine (Ua) conduits par l’ex-Premier ministre nigérien, Seini Ouamarou, ont indexé le manque d’affluence aux législatives et souligné que «l’appel au boycott par l’ancien parti au pouvoir, le Front populaire ivoirien, a certainement eu des répercussions sur les élections législatives du 11 décembre dernier». Même son de cloche pour les observateurs du Cpi-Uemoa dont le porte-parole, Abdouramane Sow, a souligné «la participation plutôt faible des citoyens électeurs aux législatives».

Comme pour la présidentielle 2010…

Comment expliquez que la Cei affecte un taux de participation confortable de 36,56% à un scrutin législatif pour lequel tout le monde est unanime à reconnaître qu’il a été un flop ? En 2001, le taux de participation était de 33,1%, donc faible, alors que la fracture socio-politique était aussi profonde qu’elle l’est aujourd’hui. Aujourd’hui où des millions d’Ivoiriens sont réfugiés internes et externes, des Ivoiriens sont contraints à l’exil, l’insécurité orchestrée par les forces pro-Ouattara est inquiétante et frappe toutes les couches sociales, Laurent Gbagbo et certains de ses partisans sont détenus illégalement, le processus de réconciliation nationale est plombé, la colère et la rancœur sont dans tous les cœurs, les Ivoiriens en veulent à leurs leaders politiques… c’est curieusement à ce moment-là que la Cei voit un taux de participation de 36,56% à une élection. Peut-on être surpris de ce «miracle» de la Cei version Youssouf Bakayoko ? Assurément, non. Puisqu’en novembre 2010, cette Commission avait fait passer curieusement le taux de participation au second tour de la présidentielle de 70 à 81%. M. Gérard Latortue, le chef de la délégation des observateurs de la Francophonie, affirmait le 29 novembre 2010, selon le site www.africa-times-news.com, que «même si le taux de participation au second tour était inférieur à celui du premier, il pourrait avoisiner les 70%». Cette information est confirmée, le même jour, par France 24 sur son site. Deux jours plus tard, Youssouf Bakayoko s’est rendu au QG de campagne de Ouattara au Golf hôtel pour y annoncer un taux de participation de 81%. Ces chiffres contradictoires ont jeté le discrédit sur la Cei et les résultats provisoires de la présidentielle donnés par Bakayoko. La suite, on la connait. Le schéma actuel des législatives est quasiment calqué sur celui des présidentielles. Et Youssouf Bakayoko est toujours à la manette.


Didier Depry didierdepri@yahoo.fr

In le quotidien ivoirien "Notre Voie" N° 4011 du samedi 17 décembre 2011.


Source: IVORIAN.NET

vendredi, 16 décembre 2011

MAGIE A LA CEI: LE DESERT ELECTORAL SE TRANSFORME EN FORET ELECTORALE!


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Hallucinant, ce que nous avons pu entendre de la CEI de Youssouf Bakayoko, hier, et lire de la presse, ce matin: le désert électoral certifié par France 24, RFI, Euronews et TV5 Monde à la clôture des bureaux de vote, le dimanche 11 décembre dernier, a subitement mué en savane arborée, si ce n'est en forêt! 36,56% de taux de participation à un scrutin où l'électeur était aussi rare que l'or fin! Mieux qu'en 2000 où on avait au moins une savane!

Franchement, Poutine même (en Russie) n'aurait pas réussi pareil exploit. Des indiscrétions à l'ONUCI attestent que le véritable taux de participation à cette élection législative est de 8%!!! Où le régime Ouattara a-t-il trouvé les 28 autres pour cent de voix pour atteindre un tel score?

Et puis, comment se fait-il que le RDR a EXACTEMENT, comme par enchantement,  la moitié des sièges du parlement, lui assurant ainsi une majorité stricte lui permettant de faire passer toutes les lois les plus impopulaires, sans l'aval du PDCI-RDA, son allié et dauphin électoral? Hautement suspect que tout ceci.

Le monde entier comprendra, enfin, par quelle technologie ouattarandienne le Président Laurent Gbagbo aura été floué de sa victoire éclatante à la Présidentielle de 2010. Le chien n'a jamais changé sa manière de s'asseoir, comme aiment à le dire les Ivoiriens. Ouattara vient de remettre ça!

Ci-gît, la démocratie! Vivent la fraude et la dictature!


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire!


DINDE Fernand AGBO

lundi, 12 décembre 2011

PARTICIPATION AUX LEGISLATIVES : LE REGIME OUATTARA SE PREPARE A PUBLIER DE FAUX CHIFFRES (FPI EN EXIL)

 


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Le 11 décembre 2011, les électeurs ivoiriens ont été appelés aux urnes pour les élections législatives de 2011. Le Front Populaire Ivoirien avait appelé au boycott de ces élections pour, protester contre le coup d'état de la France du 11 avril 2011 ayant installé au pouvoir le vaincu du deuxième tour des élections présidentielles, protester contre la déportation à la CPI du Président Légitime et légal de la Côte d'Ivoire et enfin pour dénoncer l'inexistence de conditions politiques, sécuritaires et techniques minimales pour la tenue d'une élection transparente, inclusive, consensuelle et véritablement démocratique en Côte d'Ivoire.

Au soir de ces élections, nous faisons le constat suivant :

1. Le taux de participation dans les différents bureaux de vote varie entre 5 et 20%.

2. Contre toute attente, la proclamation des résultats est suspendue et reportée.

3. Le pouvoir OUATTARA tente de minimiser sa défaite par anticipation en cherchant à atteindre le taux de participation des élections législatives de 2000.

4. Le mot d'ordre du boycott pacifique lancé par le FPI a été largement suivi par les ivoiriens et la presse étrangère s'en est fait l'écho tout au long de la journée électorale.

5. L'appel lancé par M. OUATTARA, toujours Président du RDR, parti en compétition, en dehors de la campagne électorale, le jour même des élections, appel manifestement illégal, est resté sans effet.

Pour rappel :

En 2000, le taux de participation aux élections présidentielles était de 37.4%. L'appel au boycott des élections législatives en 2000 par le RDR a eu peu d'effet sur le taux de participation qui a légèrement baissé d'environ 4 points, passant de 37.4% aux élections présidentielles à 33.1% aux élections législatives.

En 2010, le taux de participation aux élections présidentielles inclusives était de 81.1%. Si ces élections législatives avaient été acceptées par les ivoiriens, le taux de participation aurait certainement baissé dans les proportions similaires qu'en 2000, soit de 4 points et serait autour de 77% .

 

Au vu du constat et du rappel, nous pouvons tirer les conclusions suivantes :

1. Le vrai vainqueur des élections présidentielles et législatives est le Président Laurent GBAGBO, son parti et ses alliés.

2. M. Alassane OUATTARA vient de subir une défaite cuisante aux législatives confirmant sa défaite aux élections présidentielles.

3. La suspension de la proclamation des résultats permettra assurément de transformer cette défaite  dans les urnes, en victoire pour la presse et l'opinion internationale en faisant annoncer de faux chiffres proches du taux de participation des législatives de 2000 par le même Youssouf BAKAYOKO et s'assurer de la certification de l'ONUCI, comme aux élections présidentielles de 2010.

 

Nous tenons à féliciter vivement la direction du FPI et ses alliés du CNRD, les militants et le peuple de Côte d'Ivoire qui viennent de désavouer pacifiquement et de manière très claire, le coup d'état de la France et le pouvoir ethno génocidaire qui sévit en Côte d'Ivoire depuis le 11 avril 2011.

Nous invitons les militants à rester mobilisés pour restaurer nécessairement la démocratie et l'Etat de droit dans notre pays.

Nous demandons la libération immédiate de Laurent Gbagbo, Président légitime et légal de la Côte d'Ivoire, et de tous les prisonniers politiques, pour une réconciliation inclusive autour de la démocratie et de l'Etat de droit.


Dr Assoa Adou

Président et porte parole de la coordination du Fpi en exil.

 

Source: NOUVEAU COURRIER.INFO

samedi, 03 décembre 2011

DEPORTATION DE GBAGBO A LA CPI - ABOU CISSE A OUATTARA: «TU VIENS DE MANGER TON TOTEM»



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Abou Cissé, oncle d'Alassane Ouattara, ne voulait pas garder le silence après la déportation du Président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale. Selon lui, son neveu vient de se tirer une balle dans le pied. Entretien.


Quels commentaires faites-vous sur la déportation du Président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale?

C'est une honte pour la côte d'ivoire. Un vrai ivoirien ne peut faire cela à un autre ivoirien. Ce n'est pas possible. Quel que soient nos problèmes, on peut s'asseoir autour d'une table pour trouver une solution. En envoyant le Président Laurent Gbagbo à la cour pénale internationale, Alassane Ouattara vient de signer l'arrêt de mort de la côte d'ivoire. C'est la destruction du pays à petit feu. Et nous avons peur pour demain. Ce qu'Alassane vient de faire au Président Laurent Gbagbo n'est pas digne de lui. dans tous les cas, il va le payer très cher. C'est son totem qu'il vient de manger. Il s'est tiré une balle dans le pied. Nous avons des inquiétudes.

Quelles sont ces inquiétudes?

En envoyant le Président Laurent Gbagbo à la cour pénale internationale de la Haye, on ne fait qu'emprisonner celui qui est au pouvoir actuellement. Parce que Laurent Gbagbo en prison pose plus d'inquiétudes que d'apaisement.

On ne vous suit pas...

Le Président Laurent Gbagbo a une personnalité. Cette personnalité a régné pendant dix ans. Plus il est en prison, plus il a une aura qui va s'affirmer contre les erreurs du pouvoir actuel. Ce pouvoir n'a pas la dimension de résoudre tous les problèmes des ivoiriens. Vous allez voir que les gens, sans distinction politique, religieuse, ethnique et régionale, vont se retrouver de plus en plus dans les idées du Président Laurent Gbagbo. À travers cette situation, il a toutes les chances de devenir une icône, un symbole. Il va atteindre une telle dimension que le pouvoir en place ne pourra pas diriger ce pays.

Comment ?

Bon nombre d'ivoiriens vont se sentir, compte tenu du fait qu'il a mis pratiquement tout le monde en prison, dans l'idéal du Président Laurent Gbagbo. Prenons l'exemple de Mandela, quand il était en prison. Ce n'était pas lui qui faisait la révolte, en Afrique du sud. C'est le fait qu'on l'a mis en prison. Cela a donné une autre valeur à Mandela. Aujourd'hui, Gbagbo va atteindre une dimension telle que la Côte d'Ivoire ne pourra pas être géré par ceux qui sont là. Il ne va pas utiliser, comme les autres l'ont fait, les armes ou la rébellion. Sa présence à la Cour pénale internationale va susciter, plutôt, une chaîne de mouvements au niveau de la classe sociale. On n'aura pas besoin des armes ou d'une révolution par la guérilla. C'est le peuple lui-même qui va se soulever. Parce que le pouvoir actuel ne pourra pas répondre aux attentes des ivoiriens. La côte d'Ivoire n'avait pas besoin de cette situation. On aurait pu en faire l'économie. Pour diriger un pays, il faut être investi d'un certain humanisme. Nous prenons l'exemple du Président Gbagbo. Il est d'un humaniste incroyable. La politique du Président Laurent Gbagbo prenait en compte tout le monde, sans distinction d'ethnie, de religion et de région. Alassane est le problème de la Côte d'Ivoire. Il n'est pas la solution.

En quoi il est le problème ?

Il est en train de nous conduire dans le mur. Ce n'est pas en envoyant le Président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale qu'il y aura la paix. Bien au contraire! Au lieu de gouverner, il crée des problèmes. Alassane montre son incapacité à diriger convenablement le pays. Il n'a pas le coffre d'un chef d'Etat. Cela se sent. Il ne connaît pas la Côte d'Ivoire. Il vient de créer un précédent dans la vie politique ivoirienne. On a fait plus de tort au Président Laurent Gbagbo quant il était dans l'opposition. Il a fait plusieurs fois la prison. Il a connu l'exil. Sa famille n'a pas été épargnée du courroux des pouvoirs Pdci. Arrivé au pouvoir, il n'a jamais daigné se venger. Bien au contraire, il a appelé tous les ivoiriens sans distinction aucune à travailler ensemble pour le développement de la côte d'ivoire. On ne gouverne pas un pays avec la haine.

On a pensé que les Ivoiriens allaient manifester...

Le silence est un message. Le silence des ivoiriens ne veut pas dire qu'ils ont abdiqué. Le temps est le second nom de Dieu. Il va faire son effet. Le silence des ivoiriens est un signal pour ceux qui ont décidé de déporter le Président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale. Tout a une fin. Et la fin du film n'est pas loin. Allons doucement, car nous sommes pressés. Le temps joue en faveur du peuple. Et non en faveur d'Alassane et ses amis.

Soro soutient que le Président Laurent Gbagbo a été déporté parce que le Fpi a refusé d'entrer au gouvernement et d'aller aux législatives. Et que Gbagbo a refusé de discuter avec Ouattara...

Si nous comprenons bien Soro, c'est un règlement de compte. C'est une décision politique qui a déporté le Président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale. Guillaume Soro soutient avoir pris les armes, le 19 septembre 2002, pour réparer une injustice. Quelle contradiction avec ses actes d'aujourd'hui. Que soro ne se presse pas. Son tour va bientôt arriver. Aujourd'hui, dans les bonnes grâces de ceux qui ont décidé de mettre la Côte d'Ivoire à genou. Il n'échappera point. Il va être rattrapé par ses crimes perpétrés depuis le 19 septembre 2002. Le massacre des gendarmes à Bouaké, les femmes enceintes éventrées... Il va connaître le même sort que ceux qui ont été soutenus par les grandes puissances pour détruire leur pays. Qu'ils se souviennent de Mobutu. Il est mort dans l'anonymat. La France a refusé de lui délivrer un visa pour se faire soigner à Monaco. Et pourtant, c'est lui qu'on a utilisé pour tuer Patrick Lumumba. Que dire d'Omar Bongo. Le pion incontournable de la Françafrique. Paris a actionné des Ong pour l'accabler de recel de biens mal acquis. Ce qui a précipité sa mort. Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte, ne diront pas le contraire. Rira bien qui rira le dernier.

Selon la Cpi, il est considéré comme co-auteur de ce qui s'est passé...

C'est du rigolo. Comment peut-on arrêter un co-auteur et laisser l'auteur en liberté. C'est la première fois que nous voyons cela. Le monde est l'envers.

Qui est l'auteur ?

C'est Alassane Ouattara, Guillaume Soro, la France, le Burkina Faso. Ils sont à la base de ce qui est arrivé à la Côte d'Ivoire. ce sont eux qui ont attaqué la Côte d'Ivoire, le 19 septembre 2002. Le Président Laurent Gbagbo n'a fait que se défendre. Soyons sérieux. Il ne faut pas nous prendre pour des imbéciles. Qu'ils aient du respect pour le peuple ivoirien.

Malgré l'appel de certains chefs d'Etat, d'hommes religieux, de la société civile de libérer le Président Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara l'a transféré à la Cour pénale internationale...

Quant Dieu veut te perdre, il endurcit ton cœur. Un vrai ivoirien n'aurait pas fait ce qu'Alassane a fait au Président Laurent Gbagbo. Il n'est pas reconnaissant. Il doit beaucoup au Président Laurent Gbagbo. Ce sont les conseils de certains chefs d'Etat, d'hommes religieux qui ont poussé Gbagbo à accepter l'inacceptable. Et cela au nom de la paix pour son pays. C'est lui qui a réparé tous les torts à lui causés par Henri Konan Bédié qui est devenu subitement son allié.

Que dire de la réconciliation nationale ?

C'est fini. Si Charles Konan Banny a un peu de dignité, il doit démissionner. Parce que son travail est fini. Alassane a enterré la réconciliation. Qui va-t-il réconcilier ? Il ne peut pas réconcilier Alassane avec lui-même. L'idée de réconciliation est terminée. On ne peut pas la faire en excluant le Président Laurent Gbagbo. C'est un acteur majeur. il est incontournable.

Il faut que les Ivoiriens se réconcilient...

La réconciliation sera possible si le Président Laurent Gbagbo est libéré. Il faut qu'on se dise la vérité. La réconciliation sera possible avec son absence. si on se fie aux faux chiffres donnés par Youssouf Bakayoko, Gbagbo pèse 46%. Peut-être que Banny veut réconcilier Alassane avec les ivoiriens.

Que pouvez-vous dire aux Ivoiriens ?

Nous leur demandons de rester mobilisés. La lutte n'est pas terminée. Le combat du Président Laurent Gbagbo dépasse les frontières de la Côte d'Ivoire. Il nous reviendra de manière triomphale comme Mandela, en Afrique du sud. Nous n'avons pas le droit de baisser les bras. Le Président Laurent Gbagbo est en congé. Il n'y a aucun doute sur son retour. Nous demandons à la direction du Fpi, aux militants de la Majorité présidentielle et aux démocrates de ne pas se décourager. Le jour de notre jour n'est pas loin. Le combat continue. Nous allons le gagner, pas avec les armes. Mais avec les voies légales et démocratiques.


Entretien réalisé par Yacouba Gbané.

yacou066336510@yahoo.fr

 

In le quotidien ivoirien "Le Temps" N° 2505 du samedi 3 décembre 2011.

mardi, 29 novembre 2011

UN AN APRES LE SECOND TOUR DE LA PRESIDENTIELLE, RETOUR SUR L’INDUSTRIE DE LA FRAUDE DU RDR



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Etape par étape, rétrospective des différentes manœuvres par lesquelles le parti d'Alassane Ouattara, s'appuyant sur les responsables locaux et départementaux de la CEI, à sa solde, a contourné toutes les dispositions électorales garantissant la transparence du scrutin présidentiel. Afin de mettre en place les techniques traditionnelles de fraude électorale pratiquées par les dictatures africaines. Comment un scrutin présidentiel longtemps attendu, censé ramener la paix de façon durable dans un pays déchiré, parrainé par la communauté internationale, et dont les détails de l'organisation ont été négociés pied à pied par les différents protagonistes, a-t-il pu conduire à une guerre de nature internationale pudiquement baptisée «crise postélectorale» ? Le catéchisme des grandes puissances et des médias «internationaux» voudrait nous convaincre d'une chose : le «troisième tour sanglant» en Côte d'Ivoire est le résultat quasi-naturel du «refus de Laurent Gbagbo d'accepter le verdict des urnes déclarant son adversaire Alassane Ouattara vainqueur de la présidentielle». L'énoncé est faux, dans la mesure où Laurent Gbagbo n'a fait qu'invoquer des fraudes et recourir, comme le prévoit la loi, au contentieux devant l'institution compétente, le Conseil constitutionnel en l'occurrence, qui a arbitré en sa faveur ? Les recours contentieux sont une banalité électorale, et sont observés dans la quasi-totalité des scrutins, y compris dans les «démocraties avancées». Dans ce contexte, la seule question qui vaut la peine d'être posée est la suivante : les fraudes massives dont Laurent Gbagbo s'est plaint étaient-elles réelles ou pas ? Justifiaient-elles, oui ou non, une saisine du Conseil constitutionnel ? Le Nouveau Courrier rouvre ce dossier, un an après le second tour de la présidentielle ivoirienne, met en perspective l'enchaînement des faits et apporte des éléments et des témoignages inédits.

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Technologie électorale

«En Afrique, on n'organise pas les élections pour les perdre». Ce dicton éprouvé par de nombreuses décennies de «technologie électorale» sur le continent est au cœur de ce qui apparaît comme la stratégie du Rassemblement des républicains (RDR) d'Alassane Ouattara et de ses alliés internationaux. Et il suffit de suivre l'enchaînement au bout duquel il a réussi à détricoter tout le dispositif de contrôle mis en place par un camp Gbagbo ultra-minoritaire au sein de la CEI pour mettre en lumière son «industrie de la fraude». Un «détricotage» imposé par les moyens de la violence et du fait accompli, mais qui n'a pas réussi à opérer le crime parfait. C'est en le suivant, étape par étape, que l'on parvient à mettre en lumière une gigantesque entreprise de fraude. Une fraude dont les traces sont demeurées, en raison du caractère imparfait du sabotage des moyens de surveillance du camp adverse. C'est la présence foisonnante de preuves relatives à cette fraude qui explique l'hystérie inédite qui s'est emparée à la fois du camp Ouattara et de la «communauté internationale» quand le président Laurent Gbagbo a évoqué la piste du «recomptage des voix» pour purger le contentieux électoral.

Au commencement, était la polémique sur le comptage électronique

Dix jours avant le premier tour de la présidentielle, prévu pour le 30 octobre 2010, une sourde polémique s'empare de la Commission électorale indépendante (CEI), où l'opposition est majoritaire, fait inédit en Afrique. Et pour cause. Les commissaires proches du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) s'opposent de manière virulente à ce qu'on appelle «le comptage électronique». En réalité, il s'agit de l'acheminement par voie numérique des procès-verbaux issus des dépouillements dans les différents bureaux de vote vers le siège national de la Commission électorale indépendante. Officiellement, le RHDP ne fait pas confiance à la Société informatique de localisation et de sécurité (Sils Technology), filiale du Bureau national d'études techniques et de développement (BNETD), entreprise publique dont le patron est Ahoua Don Mello, un proche du président Gbagbo. Les commissaires RHDP proposent d'abandonner l'envoi des résultats par une liaison spécialisée - par Internet, dira-t-on, par facilité -, et de les convoyer uniquement par la route. Ce que les commissaires de la majorité présidentielle (LMP) ne souhaitent pas. La quasi-totalité des patrons des Commissions électorales locales et départementales, chargés du transport des procès-verbaux, étant issus de l'opposition, ils pourraient, comme cela se fait souvent au cours des élections en Afrique, «corriger» les procès-verbaux électoraux en cours de route.  La fronde du RHDP est surprenante. En effet, ses commissaires feignent de découvrir le contrat entre Sils Technology et la CEI alors qu'il a été signé librement trois ans plus tôt, par Robert Mambé Beugré, issu du PDCI, membre du RHDP. Il a été à nouveau signé et complété par Youssouf Bakayoko, issu lui aussi du PDCI. C'est grâce à SILS Technology que les Ivoiriens ont pu vérifier que leur nom figurait sur la liste électorale par SMS ou par Internet. Ce sont les techniciens de SILS Technology qui ont informatisé la CEI. Tout le monde les connaissait ! Et ce n'est qu'à une semaine du premier tour que leur présence est devenue problématique. Comme si l'on s'est rendu compte, en mettant en œuvre un «plan d'action», qu'ils pourraient être gênants... Au final, un compromis est trouvé, sous l'égide du Premier ministre Guillaume Soro. Il y aura un double comptage, à la fois manuel et électronique. Donc un double acheminement - par des moyens numériques et par la route. SILS Technology sera surveillée par un collège d'experts chapeauté par la société suisse Crypto AG. A priori, tout le monde est rassuré. Les mêmes procès-verbaux seront acheminés par la route par les responsables locaux et départementaux de la CEI, presque tous RHDP, et par voie électronique, par SILS Technology, soupçonnée de rouler pour le camp Gbagbo. Et les interventions illégitimes sur ces procès-verbaux seront démasquées. Tout le monde est rassuré... à condition que tout le monde soit de bonne foi.

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Le siège de SILS-Technology cambriolé !

Quelques jours après la fin de la polémique sur le comptage, un événement étrange se produit. Au milieu de la nuit, alors que tout le personnel est rentré à la maison, des drôles de cambrioleurs interviennent au siège de SILS-Technology. Tous les ordinateurs, tous les équipements sont férocement détruits. Malheureusement pour les commanditaires de ce sinistre coup, tout le système mis en place prévoyait des sauvegardes des données hors du siège. SILS a juste besoin de racheter du matériel pour être à nouveau opérationnel. Et peut travailler sans problème lors du premier tour...

Quand le camp Ouattara s'attaque aux observateurs étrangers

Entre les deux tours, l'atmosphère se tend de manière phénoménale. Les soutiens du candidat Alassane Ouattara à la CEI deviennent violents. Y compris à l'endroit des observateurs dépêchés par la communauté internationale. Dès le dépouillement des résultats du premier tour, l'atmosphère se dégrade particulièrement avec la Mission d'observation de l'Union européenne. Cristian Preda, chef de la mission, affirme que ses observateurs ont été empêchés d'accéder aux centres de traitement des bulletins de vote. Dans une interview qu'il accorde à l'auteur de ces lignes, le samedi 27 octobre, il précise ses accusations. Entre le premier et le second tour, «en ce qui concerne notre observation, il y a [...] un changement», dit-il. «Nos observateurs se sont vu refuser l'accès aux stages de formation des membres des bureaux de vote. Nous n'avons pas eu de garantie quant à la publication de procès-verbaux de dépouillement dans chaque bureau de vote. Il n'y a pas une procédure bien établie qui est mise en place et cela nous préoccupe. Par ailleurs, nous avons malheureusement enregistré un incident très regrettable dans la région très stratégique de Yamoussoukro. Nos observateurs ont reçu des menaces de mort, ce qui nous a poussés à les extraire de là-bas.»  Au final, le mode opératoire, qui prévoit l'affichage des résultats devant chaque bureau de vote sera violé. Conséquence : l'électeur lambda ne pourra pas vérifier que le chiffre donné à l'issue du dépouillement dans son quartier ou son village est le même que celui annoncé par la CEI centrale. A la fin de notre entretien, où il n'a de cesse de fustiger «l'opacité» et les «obstructions» de la CEI, Cristian Preda évoque un des scénarios qu'il dit «redouter» : une double proclamation de résultats contradictoires - l'une par la CEI, l'autre par le Conseil constitutionnel. L'attaque contre les observateurs de l'Union européenne dans la région de Yamoussoukro, fief du RHDP, ne sera pas la seule. Accusé de «trafic d'armes» par l'Union européenne au cours de la guerre postélectorale, Frédéric Lafont, patron de la compagnie aérienne Sophia Airlines, a présenté au quotidien France-Soir des factures et des manifestes passagers prouvant qu'il avait exfiltré du Nord 17 observateurs de l'Union européenne menacés par les pro-Ouattara. Deux observateurs lui auraient expliqué que «c'était très chaud pour leur sécurité et qu'ils ont constaté des fraudes au Nord», affirme-t-il. Ses propos n'ont jamais été démentis par l'Union européenne, qui a retiré très vite son nom de sa liste de «sanctionnés». De son côté, Joseph Kokou Koffigoh, patron de la Mission d'observation de l'Union africaine, révèlera que deux de ses observateurs ont été séquestrés dans le Nord, et «sauvés» par l'ONUCI. Qui ne démentira jamais. Une constante demeure, y compris dans les violences contre les observateurs étrangers : la CEI, contrôlée par le RHDP, ne veut elle-même être contrôlée par personne.

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La veille du second tour, Sils empêchée de se déployer

Le samedi 27 novembre 2010, alors que les opérateurs de Sils Technology viennent s'installer sur les différents sites prévus à l'intérieur du pays, conformément au mode opératoire consensuel, un grand nombre de présidents des Commissions électorales locales, qui suivent visiblement des consignes, les empêchent physiquement de mettre en place leurs équipements. Après un courrier officiel de Sils à Youssouf Bakayoko, tout se remet provisoirement dans l'ordre. Mais pas pour longtemps. Après les opérations de vote, de nombreux présidents des CEI locales refusent de remettre les procès-verbaux aux représentants Sils. Y compris dans certaines communes d'Abidjan. Dans le nord, de nombreux représentants Sils sont purement et simplement chassés. Le Nouveau Courrier est en mesure d'affirmer que nombre d'entre eux ont trouvé refuge au siège de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), ce qui écarte très clairement l'hypothèse que l'institution n'ait pas été tenue au courant de ces violences-là.

Pourquoi Sils gênait tant

Si l'on en croit Ahoua Don Mello, ex-patron du BNETD, maison-mère de SILS Technology, avec qui Le Nouveau Courrier s'est entretenu, c'est moins la personnalité des dirigeants de SILS que les possibilités du logiciel mis en place qui gênaient fondamentalement les «ingénieurs de la fraude». «Le processus d'affichage était automatisé : un écran chez le Premier ministre, un écran à la CEI et un écran chez SILS Technology. Il n'y avait pas de possibilité de tricher d'une manière ou d'une autre. Tous les procès-verbaux frauduleux étaient systématiquement exclus du système de calcul. Parce que le logiciel avait la capacité de les détecter. Les différents champs affichés sur les procès-verbaux étaient comparés à la base de données des bureaux de vote qui était pré-enregistrée. Le système rejetait donc naturellement les bureaux de vote fantômes. Si le procès-verbal n'avait pas de sticker, signe de son authenticité, il existait un système de reconnaissance automatique qui le détectait. Si le nombre de votants était supérieur au nombre d'inscrits sur un procès-verbal, le système rejetait ce procès-verbal. En gros, le logiciel était conçu pour identifier les fraudes les plus courantes en matière de vote.» Laisser les opérateurs de Sils Technology acheminer électroniquement les résultats dès le 28 novembre 2010 aurait permis à l'entreprise de repérer très vite les fraudes les plus grossières, et aux candidats de préparer des recours détaillés et d'écarter les procès-verbaux non recevables durant la période de «consolidation» consensuelle des résultats entre les différents commissaires de la CEI centrale, à Abidjan. La mise à l'écart du comptage électronique, et le temps incroyablement long mis pour acheminer les résultats du Nord et de l'Extrême-Ouest par la route, ont ainsi planté le décor d'un cafouillage monstre. Et d'une course contre la montre, favorable au camp ayant misé sur le fait accompli.

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Les preuves de la fraude existent toujours !

Les adversaires de Sils Technology avaient visiblement raison de se méfier de son logiciel. En dépit des obstructions diverses, la société affirme avoir réussi à identifier plus de 2000 procès-verbaux «litigieux» sur seulement 60% de l'ensemble, dans une lettre adressée à Youssouf Bakayoko, président de la CEI. Mais l'heure est déjà à l'épreuve de force. Le rouleau compresseur des médias cornaqués par la diplomatie hexagonale est mis en œuvre. Personne n'écoute les récriminations argumentées de Sils Technology, qu'Ahoua Don Mello a détaillées pour Le Nouveau Courrier. «On a très vite remarqué des procès-verbaux fictifs, que l'on ne pouvait pas rattacher à un bureau de vote. Par exemple, certains de ces procès-verbaux prétendaient donner les résultats du troisième bureau de vote d'un lieu où il n'en existait que deux. Ils avaient naturellement été fabriqués et introduits dans le système. On a également vu un grand nombre de procès-verbaux sans sticker. Des faux PV donc, qui ont été substitués aux vrais. Il y a eu aussi un très grand nombre de vrais bureaux de vote dont les résultats ne sont jamais arrivés à la CEI à Abidjan. Cela s'est notamment passé dans la région de Divo», affirme Ahoua Don Mello. Qui enfonce le clou : «Les preuves qui ont disparu, ce sont les bulletins de vote. Mais les procès-verbaux n'ont pas disparu. Aujourd'hui, on peut s'asseoir face à face et mettre sur la table les procès-verbaux un à un et vérifier leur authenticité pour procéder à un recomptage. Les procès-verbaux sont en sécurité».

Au final, le RHDP a monopolisé tout le processus validé par la «communauté internationale»

Jamais le débat technique sur les procès-verbaux «à problèmes» n'a finalement eu lieu à la CEI. Dans les faits, Sils Technology a donc été écartée du dispositif final, alors qu'elle possédait les outils nécessaires à la manifestation scientifique de la vérité. De nombreux observateurs internationaux sur le terrain ont été écartés par la violence, comme détaillé plus haut dans cet article. Une bonne partie des commissaires de la CEI ont été écartés de l'étrange proclamation des résultats provisoires mais imposés comme définitifs par la «communauté internationale», dans la mesure où Youssouf Bakayoko a tenu sa conférence de presse en l'absence de la quasi-totalité des commissaires, et en l'absence de tout consensus, ce qui représente une violation du Code électoral. Le Conseil constitutionnel, instance suprême de proclamation des résultats définitifs, a lui aussi été mis à l'écart, puisque son arrêt a été déchiré par la «communauté internationale». Au final, un seul camp, juge et partie, a organisé les élections, violé impunément les dispositions consensuelles qui le gênaient, piétiné la Loi fondamentale, proclamé de manière unilatérale des résultats douteux avec et grâce à la complicité des grandes puissances occidentales. Si tous ces outrages ont eu lieu alors que «le parti de la communauté internationale» était dans l'opposition, qui peut prétendre sérieusement qu'ils ne se reproduiront pas lors des législatives alors qu'il tient tous les leviers du pouvoir ? Cette interrogation constitue le nœud du blocage politique profond qui continue d'hypothéquer la paix et la réconciliation dans la Côte d'Ivoire d'aujourd'hui.


Théophile Kouamouo


Source: NOUVEAU COURRIER.INFO

samedi, 24 septembre 2011

SCENARIO DU PIRE A ABIDJAN

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Le gouvernement mise sur des législatives fin décembre à Abidjan pour clore la série mortelle dans le pays. Rien n'est pourtant prêt : pas d'argent, pas de sécurité et pas le minimum pour la transparence du scrutin. Le Front populaire ivoirien, l'ex-parti au pouvoir, demande toujours la libération de Gbagbo comme le préalable à une réconciliation dans le pays. Il se plaint aussi du déséquilibre dans la commission électorale. Youssouf Bakayoko, lui, est toujours à la tête de la CEI... Bref, en Côte d'Ivoire, c'est le scénario du pire qui se met irrémédiablement en place.


A moins de quatre mois des législatives prévues officiellement pour la fin de l'année, les forces républicaines de Côte d'Ivoire ont à nouveau fait parler d'elles. A Ziriglo dans la sous-préfecture de Taï d'abord et à Tiébissou ensuite. Pour desserrer la pression autour de lui, le gouvernement maquille ces attaques en des actions de sicaires gagés par l'ancien régime pour le déstabiliser. Les massacres de Ziriglo que tous les témoignages sur place à Taï présentent pourtant comme le résumé mortel de la vengeance des FRCI du coin, ont fait l'objet d'une communication politique. Aussi bien le commandement des FRCI sur place que le gouvernement, ont ainsi accusé les miliciens pro-Gbagbo qui seraient venus du Libéria voisin pour commettre leur forfait avant de s'en aller par la piste dans cette zone extraordinairement militarisée où l'ONUCI a installé ses premières bases militaires.

Les hommes politiques, eux, l'ont compris depuis le début. Leur slogan semble celui-ci : qui veut gagner sans coup férir ménage les forces républicaines de Côte d'Ivoire. C'est ce que dénoncent d'ailleurs les populations de Saïoua qui reprochent à Alphonse Djédjé Mady, qui a des velléités de candidature à la présidence de l'Assemblée nationale, de vouloir profiter de la terreur instaurée par ces forces pour se faire élire député de la circonscription avant de viser la tête de l'hémicycle. Le parti démocratique de Côte d'Ivoire qui a fait l'impasse sur ses ambitions présidentielles pour ne pas gêner Alassane Dramane Ouattara rêve de contrôler l'Assemblée Nationale pour tenir en laisse le Chef de l'Etat.

Or le chef politique des FRCI lui-même Guillaume Soro a décidé de briguer ces législatives pour ne pas mettre entre parenthèses ses ambitions présidentielles. Son duel avec Ouattara dans le nord fait partie des inconnues de cette bataille des législatives qui s'annoncent palpitantes et particulièrement dangereuses. Car pour gagner, la coalition du rassemblement des houphouëtistes pour la recherche de la paix s'est emparée de tous les postes des commissaires centraux de la commission électorale indépendante (CEI) à l'exclusion de deux,   revenant au Front populaire ivoirien, le parti de Laurent Gbagbo toujours en résidence surveillée dans le nord, après avoir été arrêté par les soldats français. Le FPI demande un rééquilibrage des postes parce que ceux détenus par les Forces nouvelles ne se justifient plus dès lors qu'elles affirment avoir intégré l'armée régulière. Sous la présidence Gbagbo, l'opposition détenait la majorité à la CEI avec 16 postes de commissaires centraux. Elle dominait aussi les commissions régionales en raison d'une démultiplication autorisée par Marcoussis et dont le but évident était de faire contrôler le processus électoral par l'opposition.

Tétanisée par la terreur des premiers mois, rythmée par les pillages de domiciles, les vols et les tueries, la base du FPI ne veut plus se laisser conter. La jeunesse du parti lance à partir du 15 octobre prochain un meeting dit de libération. La direction de la JFPI multiplie d'ailleurs à cet égard, des réunions de mobilisation et la peur semble vaincue.

La méfiance voire la haine est perceptible alors que la réconciliation nationale a du mal à se mettre en place. La plupart des ivoiriens n'y voient qu'une foire aux empoignes qui ne fera pas bien mieux que le forum de réconciliation nationale pour lequel l'ancien président avait fait rentrer au pays tous les exilés de l'époque, à commencer par Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara. Piégé par ses premières déclarations, le président de la commission de réconciliation Charles Konan Banny a réussi à enrôler le footballeur Didier Drogba pour faire partie de la direction de la commission. A quelques mois d'une élection pour laquelle le RHDP se montre particulièrement fébrile, les efforts de réconciliation risquent de ne pas être suffisants. Et puis que faire du cas Gbagbo ? Le régime en place a jusque-là choisi de vouloir le conduire à la Cour pénale internationale (CPI), feignant d'ignorer son impact sur la vie des ivoiriens. L'armée ivoirienne continue de rester une des nombreuses inconnues de la vie publique nationale. En dépit de la défaite militaire de Laurent Gbagbo et de l'allégeance de la plupart des chefs de corps, les FANCI et les FRCI ne semblent pas tout à fait prêtes à vivre ensemble. Et même si les altercations ont sensiblement diminué depuis plusieurs semaines, la cohésion au sein des deux forces est encore problématique.  De plus, il faut craindre que les populations de l'ouest, excédées par les exactions des FRCI se révoltent pour croiser le fer avec les nouveaux seigneurs des lieux. Il faudrait, donc,  peut-être, négocier une paix des braves au sein de l'armée mais aussi dans tout le pays. A commencer par la libération des prisonniers politiques, y compris le Président Laurent Gbagbo avec qui le pouvoir doit négocier la paix, si tant est que c'est ce qu'il recherche.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 70 du jeudi 22 septembre 2011.

vendredi, 16 septembre 2011

COTE D'IVOIRE: UNE BIEN CURIEUSE DEMOCRATIE


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Dans quelques mois, les Ivoiriens seront appelés à se rendre aux urnes pour élire députés, maires et présidents de conseils généraux. Dans une atmosphère de totale suspicion qui en dit long sur les vertus et les valeurs démocratiques du nouveau pouvoir ivoirien.

D'abord, la crédibilité du président de la Commission Electorale Indépendante, Youssouf Bakayoko. Largement entachée, quand on sait les circonstances dans lesquelles cet homme, encadré des ambassadeurs Philip Carter 3 des Etats-Unis et Jean-Marc Simon de France, sur ordre du conspirateur patenté de l'ONU en Côte d'Ivoire, Young Jin Choï, a proclamé le résultat du second tour de l'élection présidentielle de Novembre 2010, il est totalement disqualifié à occuper ce poste : proclamation des résultats hors délai (donc forclusion), hors cadre (au quartier général d'un des candidats, Alassane Ouattara en l'occurrence, à l'Hôtel du Golf), en l'absence des commissaires et des vice-présidents de la CEI, sur des médias étrangers, tout seul, avec des résultats non consolidés et un taux de participation contraire de 11 points à celui annoncé quelques jours plus tôt par ses propres soins, à travers la très officielle voix de son vice-président, sur le plateau du Journal de 20h de la RTI (de 70% à 81%. Abracadabrant !).

Ne serait-ce que pour la suspicion légitime de partialité qui pèse sur sa personne et par la gravité extrême des actes qu'il a posés en Décembre 2010, au mépris de la Constitution et du Code électoral ivoiriens, il devrait tirer sa révérence, s'il était un homme d'honneur. Que nenni ! Il demeure bel et bien à son poste. Il a même été décoré, par Alassane Ouattara, pour service rendu. Que peut-on donc espérer d'un tel administrateur électoral ?

Ensuite, le bureau même de la CEI postélectorale : quasi à une seule et unique teinte ! Tous les pro-Gbagbo et représentants du pouvoir ivoirien de 2010, déjà largement minoritaires du fait des accords de Tschwane (Prétoria) et de Ouagadougou, vont être éjectés ou remplacés au sein de la structure par des proches de Ouattara. Entre temps, tous les représentants de l'opposition d'alors, composée du PDCI-RDA, du RDR, du MPCI, du MJP, du MPIGO (les trois milices armées regroupées sous l'appellation « Forces Nouvelles » par la Chiraquie), du PIT, du MFA et de l'UDPCI ont conservé leurs postes. Quand on a clamé sur tout le pourtour de la terre qu'on est « démocrate », reconsidérer ces dispositions, dans un souci évident de justice et d'équité, est d'une trivialité désarmante ! Mais monsieur le nouveau chef de l'Etat n'en a cure et se sert de l'accord de Prétoria comme échappatoire pour justifier l'injustifiable. Gbagbo l'aurait fait que la planète entière s'en serait émue, tant les médias pro-Sarkozy, soutiens indéfectibles de Ouattara, l'aurait ameutée. Et même que le ciel serait tombé sur la tête des Ivoiriens.

Quand on a traité les autres de « dictateurs », il faut soi-même montrer patte blanche, si on veut rester crédible et ne pas passer pour des êtres vils. Le pouvoir Ouattara n'a pas même l'élégance de cacher un tantinet son jeu en associant ses adversaires politiques à la discussion, à la concertation - fût-elle de façade - et en relevant un tant soit peu la représentativité de l'opposition actuelle qu'assurent La Majorité Présidentielle (LMP) et LIDER, le parti du président de l'Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly. Gbagbo a concédé beaucoup ! Il a même fait rentrer d'exil, formalisé le statut d'anciens Président et Premier ministre, payé, logé et blanchi ses adversaires d'alors, aujourd'hui au pouvoir et se délectant sans retenue de l'ivresse du trône et de la puissance qu'il confère. Il leur a donné, au nom de la paix et des accords y afférents, la majorité dans une commission électorale qu'il a véritablement rendue indépendante. A son tour, on ne lui a rien concédé. Pas même le droit d'être assigné à résidence chez lui avec son épouse, son fils, Michel Gbagbo et d'avoir droit aux visites de ses proches.

C'est avec raison que le FPI, le parti du président Laurent Gbagbo, menace de se retirer des futurs scrutins. Il n'a que trop raison. Les dés sont déjà pipés. Une CEI à une seule coloration, présageant clairement le retour au parti unique, qui ne semble pas émouvoir les donneurs de leçons internationaux et tous les loups qui hurlaient en Côte d'Ivoire contre Gbagbo, « le dictateur ». La « technologie électorale » RHDP est en marche. Les résultats sont connus d'avance. Comme l'a si bien dit un homme politique ivoirien : « Autant nommer les députés », pour faire économiser de l'argent à l'Etat de Côte d'Ivoire !

Ouattara est en pleine manœuvre - oh, extase de la victoire ! - pour se tailler une majorité confortable à l'hémicycle, de sorte à faire passer les lois les plus impopulaires, sur simple ordre à des parlementaires (d'opérette ?), qui obéiraient au doigt et à l'œil, pour asseoir durablement, et certainement définitivement, un parti unique à l'ancienne et un régime dictatorial « stické » démocratique. Une menace à peine voilée, voire un péril national, de formatage et de reconfiguration de la Côte d'Ivoire que les Ivoiriens doivent prendre avec le plus grand sérieux. Quand on connait la capacité de nuisance et les connexions extérieures peu recommandables de ceux qui sont, aujourd'hui, parvenus au pouvoir en Côte d'Ivoire, après moults contorsions politiques, coups tordus, coups d'Etat, rébellions, crimes de sang, crimes économiques et fraudes électorales. Ils ne s'embarrasseront d'aucun scrupule. Absolument aucun.

Enfin, les adversaires et opposants significatifs au pouvoir RHDP, ainsi que bon nombre des potentiels candidats aux législatives proches de Laurent Gbagbo, sont quasiment tous en exil ou en prison. Quant aux conditions de sécurité, de transparence, de crédibilité et d'ouverture du scrutin à tous, le rêve n'est pas permis. La réalité est crue, impitoyable, sans concession : il n'y a plus de démocratie en Côte d'Ivoire. Tout juste une mascarade, un affreux simulacre devant servir de faire-valoir aux yeux de la « communauté internationale », des bailleurs de fonds et des investisseurs (qui ne sont d'ailleurs pas dupes). Pourquoi, en bons « démocrates », ne pas désarmer les « Dozo », mercenaires et autres miliciens venus combattre à Abidjan et dans toutes les villes du pays, les renvoyer à leurs plantations, forêts et savanes et permettre aux exilés de rentrer sans être inquiétés, ainsi qu'aux prisonniers de prétendre à une candidature aux futures échéances électorales ?

Nous avons pour notre part, une intime conviction : si le jeu politique était véritablement démocratique et que les armes ne circulaient plus de façon aussi intimidante et visible dans nos rues et villages malgré les promesses (jamais tenues) du nouveau locataire du palais présidentiel du Plateau, après ce que nous avons vu des quelques mois de règne de Ouattara et de son bras séculier, les FRCI transmués - ou plus exactement bombardés - FANCI, le plébiscite du camp Gbagbo aurait été total ! Tant les exactions, la terreur, le mépris et les injustices du pouvoir RHDP en ont fait voir des vertes et des pas mûres aux Ivoiriens, tous bords confondus, depuis six longs et pénibles mois. Les commerçantes d'Adjamé ne se sont-elles pas faites copieusement injurier par le Commandant Koné Zacharia pour avoir clamé : « Gbagbo kafissa (Gbagbo était mieux, en langue malinké) ? ».

Si Ouattara veut jauger sa vraie popularité, qu'il libéralise et sécurise le jeu démocratique des prochaines échéances. Même sans Gbagbo et les autres. Il pourrait alors apprécier son véritable poids politique et ne plus avoir à se dissimuler derrière le cache-sexe des résultats proclamés par la « Communauté internationale » qui ne sont revêtus d'aucune légitimité, d'aucune constitutionnalité. Malheureusement, une élection législative démocratique en Côte d'Ivoire constitue pour lui, tout comme pour le RHDP et l'ex-rébellion, un véritable épouvantail. Hors de question donc d'en réunir les conditions. Un autre aveu de la victoire, de la popularité et de la majorité de Laurent Gbagbo au sein du peuple ivoirien.

Vivement, que tous les démocrates de Côte d'Ivoire, d'Afrique et du monde, embouchent le cor de la dénonciation véhémente pour décrier sans détours et de la façon la plus audible la conspiration et le hold-up électoral en cours, une fois de plus, dans notre pays. Il en est encore temps ! Mais ce temps nous est désormais compté.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !

 

DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 317 du jeudi 15 septembre 2011.

samedi, 11 décembre 2010

HEBDOMADAIRE SAN FINNA DU BURKINA FASO: DOSSIER SPECIAL SUR LA COTE D'IVOIRE


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Un regard objectif venant du "pays des hommes intègres" sur la crise ivoirienne et notamment sur le déroulement du second tour de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire, il fallait l'espérer, dans la grisaille du lynchage médiatique et diplomatique orchestré par la France contre notre pays pour imposer son poulain, envers et contre toute légalité et légitimité. Ce regard honnête et franc est arrivé. Limpide. Pour le triomphe de la vérité. N'en déplaise aux sourds et aveugles volontaires. Bonne lecture!

 

I- LE FIL DES EVENEMENTS


Le second tour de l'élection présidentielle, précédé par des violences multiples ayant fait plusieurs morts et de nombreux blessés, s'est tenu dans une atmosphère à coupeau au couteau, le dimanche 28 novembre 2010. Les résultats étaient attendus pour la soirée du dimanche, vu qu'il n'y avait plus que deux candidats en lice : Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Mais le suspense va durer trois jours. La raison est que les deux camps ne tombaient pas d'accord sur les chiffres et il y avait des problèmes procéduriers que la CEI se devait de résoudre étant donné que dans ses attributions, il était bien précisé qu'elle devait veiller à ce que le scrutin soit transparent, juste, crédible. D'ailleurs, le camp de Laurent Gbagbo avait déposé ses recours au Conseil constitutionnel annonçant un hold-up électoral au vu des exactions multiples, des empêchements de voter, des bourrages d'urnes, particulièrement dans la partie ouest et nord du pays.

Le lundi soir, Bamba Yacouba, membre du RDR, porte-parole de la CEI, va sur le plateau de la télévision pour proclamer les résultats de la diaspora, non encore consolidés et validés. Irritation pour ne pas dire plus du camp du FPI.

Les choses traînent, les tensions sont extrêmes et on demande aux journalistes de quitter la CEI. Les divergences se font plus que jamais jour. Tout le mardi, on espère mais il n'y a rien jusqu'à ce qu'on annonce pour le lendemain des résultats à 11 h. Mais en ce début de soirée du mardi, le même Yacouba Bamba tente de proclamer des résultats. Des membres du  FPI lui disent de ne pas le faire, les choses n'étant pas terminées mais il persiste, ce qui explique qu'il en soit physiquement empêché. Attitude dénoncée par  Mr Pascal Affi N'Guessan, président du FPI, qui dira qu'il «ne peut pas user ou abuser de son rôle de porte-parole pour invalider les résultats de Paris et outrepasser le protocole interne à l'institution ».

Le lendemain, toute la journée passe et il n'y a rien. Le soir, à 23 h, Youssouf Bakayoko se rend à la télévision ivoirienne pour dire qu'il faut que les Ivoiriens comprennent que tout n'est pas fini, qu'il faudra encore du temps. Il lui est signifié qu'à minuit pourtant,  le délai est de rigueur. Il répond : « Il n'est pas encore minuit ». Minuit passe, la matinée du jeudi passe, et toujours rien.

A 15 h 03, le Président du Conseil constitutionnel passe sur la Radio télévision ivoirienne pour dire qu'il a dessaisi la CEI qui est forclose puisque n'ayant pu délivrer les chiffres.  Il annonce qu'il prend tout le dossier en main et que, sous peu, les résultats définitifs tomberont.

C'est alors qu'à 15 h 30, deux chaînes de télévision française, France 24 en particulier, annonce que Youssouf Bakayoko a déclaré en catastrophe, la victoire d'Alassane Ouattara, dans un Hôtel.

Le soir, le président du Conseil constitutionnel, Mr Yao Paul N'Dré, repasse à la télévision pour dire que ces résultats sont nuls et non avenus, que les seuls résultats seront ceux qu'il diffusera à la RTI.

Le vendredi après-midi, le même Mr N'Dré annonce la victoire de Laurent Gbagbo qui a obtenu gain de cause au niveau de certaines de ses réclamations qui ont vu des bureaux annulés dans le nord et l'ouest notamment. Ce n'était pas une première : bien de pays l'ont fait. Ainsi, le Bénin a pu annuler plus d'un tiers des bureaux de vote à une élection présidentielle sans qu'on y ait trouvé à redire dans le monde au sujet de la monumentalité du fait.

A la suite de cette proclamation légale, les opposants et leurs amis, notamment de l'extérieur, se sont manifestés pour affirmer que jamais ils ne reconnaîtraient Mr Gbagbo. Mr Young Jin Choi, représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Côte d'Ivoire, prend fait et cause pour la proclamation non reconnue par les autorités ivoiriennes, soit celle de Mr Bakayoko, semble-t-il,  toujours enfermé à l'Hôtel, sans qu'on ne sache pourquoi. La Police ivoirienne lance un avis de recherche. Sait-on jamais ! La France, les USA, les médias opposés à Laurent Gbagbo s'activent pour dénigrer la déclaration définitive et sans appel du juge suprême. Tout le monde est appelé à la rescousse : l'Union africaine, la CEDEAO...On tente  un coup à l'ONU : faire accepter Mr Ouattara comme président de la Côte d'Ivoire mais au Conseil de Sécurité, la Russie notamment s'y refuse.

Et le samedi, c'est, croit-on,  l'épilogue : à 14 h, Mr Laurent Gbagbo prête serment devant le Conseil constitutionnel à 13 heures devant des représentants d'organisations internationales, de Chancelleries, devant tous les généraux de l'Armée ivoirienne (venus, il faut le souligner, la veille le féliciter au palais) devant une foule de supporters très heureux. La boucle est-elle bouclée ? Que nenni ! Mr Alassane Ouattara, de son côté, prête serment par courrier envoyé au président du Conseil constitutionnel. Une prestation surréaliste à inscrire dans le Guiness des exploits, avec cette candide explication : «Les circonstances exceptionnelles que vit la Côte d'Ivoire en ce moment ne me permettent pas de prêter serment en personne devant le Conseil constitutionnel». (in Le Figaro du 05 12 2010). Il nomme Guillaume Soro, premier ministre, après que ce dernier ait déposé sa démission entre ses mains.

Face à ce grand « souk », on apprend que Thabo M'beki a été dépêché par l'Union africaine pour tenter de trouver une issue au nouveau problème posé à la Côte d'Ivoire.

C'est un cirque abracadabrantesque qui continue après l'adoubement de la rébellion ivoirienne par la communauté internationale au lendemain du 19 septembre 2002. Mais c'est bien connu, depuis longtemps, la raison du plus fort est souvent la meilleure !



II- PROCLAMATION DES RESULTATS PAR LA CEI NULLE DANS LA FORME ET DANS LE FOND


I
l n'est pas besoin d'être docteur en Droit pour reconnaître que la proclamation des résultats par le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Mr Youssouf Bakayoko, est nulle et de nul effet.

En premier lieu, on voit que dans la forme, il y a quelque chose de choquant. En règle générale, les organes et institutions de ce genre prennent leurs décisions dans leurs sièges. Dans le cas de la CEI, c'est dans un hôtel où se trouvaient les responsables de l'Opposition (dont le candidat Alassane Ouattara) que le président de l'institution a procédé à sa proclamation. Même la journaliste de France 24, Tatiana Mossot, sur place à Abidjan, n'a pas manqué de relever l'incongruité de la prestation. Et c'est tout seul, escorté par deux militaires, sans être entouré de tout son staff qu'il a livré à la dérobée quelques résultats avant de conclure rapidement qu'Alassane Ouattara est vainqueur.

Toujours dans la forme, les Ivoiriens et autres Africains auront remarqué avec un sentiment d'humiliation que c'est devant des chaînes de télévision françaises que la déclaration a été lue par Mr Bakayoko, comme si la légitimation du pouvoir en Côte d'Ivoire était le fait de l'étranger et notamment de l'Hexagone.

Dans le fond, il suffit de relever la forclusion de la CEI puisque le mercredi 1er décembre à minuit, elle devait avoir impérativement proclamé les résultats provisoires, ce qu'elle ne fit pas. Sa parole n'avait donc plus d'effet, et lorsque le Conseil constitutionnel s'est saisi du dossier, la CEI était par le fait disqualifiée pour prononcer les résultats. Ca, ce sont des principes qui valent un peu partout et qui fondent le droit. Or, on veut faire avaler des choses contraires à la loi en décidant contre les lois de la République ivoirienne, contre la constitution ivoirienne, que c'est la CEI qui a raison à la place du Conseil constitutionnel.

Pourquoi ce qu'on ne pourra jamais accepter aux USA, en France, en Allemagne..., on veut l'imposer en Afrique ?



III- CONSEILS CONSTITUTIONNELS AFRICAINS : QUI PEUT FAIRE LA LEÇON A QUI ?


D
epuis que le Conseil constitutionnel ivoirien, évoquant le dossier des élections face à la forclusion de la CEI à trancher dans les délais, on en entend des vertes et des pas mûres sur cette institution.

Aux yeux d'un Antoine Glaser (Patron de « La Lettre du Continent ») ou d'un Jean-Baptiste Placca (Chroniqueur à RFI), le Conseil constitutionnel ivoirien ne serait composé que d'un ramassis de complices de Laurent Gbagbo. Ce point de vue, relayé dans bien de médias, est partagé jusqu'aux plus hautes sphères par nombre de puissances étrangères. On se repaît de cette « anomalie », faisant grâce de cette autre bien réelle qui nous offre une CEI dans laquelle, le déséquilibre joue de façon injurieuse en faveur de l'opposition ivoirienne. Mais soit !

Cependant, si l'on doit mener le débat sur la crédibilité des Conseils constitutionnels ou autres institutions du genre en Afrique, qu'on le fasse clairement, sur la base  d'un débat objectif. On verra alors que le Conseil constitutionnel ivoirien, s'il est « critiquable » est loin de faire plus mauvaise figure que bien d'institutions du même type, ici et là, sur le continent.

Il suffit pour cela de se souvenir de ces exemples centrafricain, tchadien, togolais..., pour se rendre compte que là-bas, dans des conditions carrément injurieuses pour le Droit, ils ont tranché en faveur des autorités en place. Même dans la patrie des droits de l'homme, le Conseil  Constitutionnel, à ce qu'on sache, est composée de gens nommés par le Chef de l'Etat et les présidents des chambres parlementaires. Le fait que le président puisse y envoyer des personnalités qui ne sont pas notoirement inscrits à l'UMP ne change pas au fait que c'est lui qui les nomme.

Il n'est pas insignifiant de rafraîchir ici les mémoires en rappelant le front que Jacques Chirac a eu de s'aménager des immunités perpétuelles  via cette même cour.

Chez nous,  même soumission de l'organe suprême, même modus operandi pour en tirer le meilleur profit. Les candidats malheureux à la dernière présidentielle ont obtenu un jugement faisant droit à leurs dénonciations portant sur les cartes d'électeurs illégales mais cela n'a pas empêché le Conseil constitutionnel de rejeter leur demande d'invalidation du scrutin. Tradition oblige puisque le même Conseil constitutionnel, sur d'autres sujets de droit capitaux, n'a pas hésité à rendre des décisions qui resteront dans l'histoire de notre justice, comme des hérésies juridiques fondamentales. Où a-t-on vu que cela ait le moins du monde ému les bien pensants de la communauté internationale ?

Alors, arrêtons ces débats sélectifs, discriminatoires au cours desquels, sur des bases subjectives, on délivre des satisfécits aux uns et des blâmes aux autres.


IV. OBSERVATEURS INTERNATIONAUX ET OBSERVATEURS AFRICAINS : LES PIRES NE SONT PAS FORCEMENT CEUX QU'ON CROIT !

Bien qu'ils essaiment les pays africains en période électorale comme des sautereaux en hivernage malgré les critiques croissantes dont ils font l'objet, les observateurs internationaux sont toujours là. Ils gagnent même en puissance puisque finalement, leur jugement participe de plus en plus grandement à la validation des processus électoraux en Afrique. Le fait devient de plus en plus irritant lorsque l'on voit des appréciations sentencieuses se faire en faveur d'un scrutin pendant que les faits démontrent à l'excès, son caractère injuste, non transparent, anti-démocratique. Tout aussi énervant et insultant pour les Africains, est cette façon de donner un label au constat des observateurs internationaux quand ceux africains sont cantonnés dans le bas de gamme. On vient d'en voir une illustration éloquente en Côte d'Ivoire.

Dans ce pays, les observateurs africains, qui étaient déployés sur l'ensemble du territoire, ont relevé dans le nord et l'ouest du pays, des faits de violences, de fraudes, d'empêchement de voter, de bourrages d'urnes, de vols d'urnes, portant atteinte lourde à la sincérité de la votation et en ont conséquemment préconisé l'invalidation. Mal leur en a prit. On a estimé, au niveau des observateurs internationaux, que tout cela n'était qu'affabulations venant de personnes à la crédibilité douteuse pour avoir surgi du néant.

Ce point de vue déconsidérant pour les Africains, relayé notamment par le Représentant spécial des Nations Unies Mr Choi et le journaliste  Jean-Baptiste Placca (qui pourtant, si on ne s'abuse, se plaisait à critiquer le travail des observateurs internationaux venus comme en villégiature en Afrique en contrepartie de certification de scrutins cabalistiques), doit inviter les démocrates africains à le dénoncer comme étant une survivance de pratiques coloniales et néocoloniales qu'un certain Albert Memmi a décrit comme un processus de néantisation du colonisé.

Les observateurs internationaux sont d'autant moins fondés à se targuer d'une supériorité dans l'observation des élections qu'ils ne peuvent pas mieux connaître l'Afrique que les Africains et qu'en nombre insuffisant pour couvrir l'entièreté d'un territoire national, leur jugement est forcément exposé à l'arbitraire. Ce n'est pas pour rien que dans l'opinion commune, on considère que ces partisans du tourisme électoral ne valent pas chipette.

Tant qu'à juger l'efficience de l'observation sur la loyauté des scrutins électoraux en Afrique, qu'on le fasse sur des bases crédibles, sans volonté de privilégier les uns au détriment des autres parce qu'on sert des intérêts inavouables.



V. DE LA CREDIBILITE DU VOTE EN ZONE REBELLE


Extraits d'un point de vue de Mr Eric Kahé, président de l'Alliance ivoirienne pour la République et la Démocratie (Aird). A méditer !

« Les scores régionaux (nous disons bien régionaux et non dans quelques bureaux de vote) obtenus par le candidat du Rdr dans ces régions atteignent un pic de 93.42% avec une moyenne de 85%, ce que ne réalise aucun autre candidat nulle part ailleurs.

Ces scores rappellent ainsi l'ancienne époque soviétique ou celle des partis uniques africains ou des républiques bananières. Le candidat Alassane Ouattara ne gagne donc que dans les zones contrôlées et administrées par des commandants de zone (Com'zones).

Non seulement elles sont dirigées par l'ex (?) rébellion qui n'a ni désarmé, ni concédé aux Préfets la moindre autorité, mais ces zones ont la particularité d'être alimentées en informations par des radios pirates aux ordres du Rdr et qui assurent à son mentor une propagande exclusive depuis plus de 8 ans.

Malgré les accords de Ouagadougou qui prévoient la cessation de leurs activités au profit de la radio et de la télévision nationales, la situation n'a guère évolué. Il apparaît donc évident une grave atteinte au droit à l'information au profit de la propagande et cela pose la cruciale question de l'équité et de l'équilibre. Sans compter les conditions dans lesquelles a été réalisé l'enrôlement en zones dites Cno.

Les Forces Nouvelles (Fn) n'ayant pas désarmé, les populations n'ont-elles pas voté avec la peur de représailles pour le village qui ne voterait pas majoritairement l'allié de l'ex-rébellion ? Peut-on parler, dans ces conditions, de sincérité du scrutin ?

Les résultats du nord en faveur du candidat Ouattara sont choquants pour la démocratie et l'unité nationale, et ils rappellent ces films Western dans lesquels le brave fermier est obligé de vendre 'légalement' ses terres pour ne pas avoir à subir les représailles du chef bandit si ce n'est du chef-rebelle. On comprend maintenant pourquoi l'on tenait tant à des élections sans désarmement ».



VI. SUS A L'INSTRUMENTALISATION DE LA COUR PENALE INTERNATIONALE !

On a coutume d'imputer la crédibilité relative de la Cour pénale internationale (CPI) au fait que nombre d'Etats au premier rang desquels les USA, la Chine, n'ont pas signé le Traité constitutif et que certains autres comme la France l'ont ratifié en prenant soin de s'aménager quelques réserves. Ca, c'est vrai. On ne peut pas construire un ordre public international avec une justice pénale fonctionnant à deux vitesses exemptant certains de ses sanctions et s'abattant sur d'autres à bras raccourcis. Soit tous les Etats du monde sont justiciables au même titre, soit il n'y a pas de justice pénale internationale !

Mais la bataille de la justice est un long combat qui a pris des siècles pour s'imposer dans le cadre des Etats de droit. On peut s'estimer déjà heureux par conséquent qu'un Tribunal pénal international (TPI) ait été mis en place, à la suite du Traité de Rome et attendre qu'il fasse son œuvre à force de persuasion et d'efficacité dans l'administration de la justice.

Cependant, il y a un autre fait qui contribue encore plus grandement à rogner la crédibilité du TPI : c'est sa récupération comme instrument de domination par des Etats, par des puissances parfois même non signataires du Traité pour faire plier les Etats, les contraindre au respect d'un certain ordre mondial. C'est précisément le cas pour la Côte d'Ivoire.

On agite ainsi l'épouvantail du TPI comme on l'a fait hier en Guinée Conakry pour contraindre les autorités ivoiriennes à sortir du lit de la légalité républicaine.

Ces menaces sont ici d'autant plus exaspérantes que nombre de ces puissances qui les agitent se gardent bien de le faire s'agissant d'Etats comme la Birmanie -qui pourtant le mérite-, et qu'ils ont eux-mêmes les mains tâchées du  sang d'innocentes victimes africaines et qu'ils sont de ce fait, disqualifiés à parler de comparution d'autorités ivoiriennes à la barre de la Haye !



Dossier spécial du journal San Finna (Burkina Faso) du 06 au 12 décembre 2010