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samedi, 06 octobre 2012

LE CFA, HISTOIRE D'UNE MONNAIE FRANÇAISE

 FRANC CFA - SENEGALAISE PRESENTANT DES BILLETS DE 10.000.jpg

A Dakar au Sénégal, une femme présente des billets de 10.000 francs CFA, environ 15 euros. Crédits photo : ISSOUF SANOGO/AFP
 
 

Le franc CFA a fêté ses quarante ans vendredi. Retour sur une invention qui a évolué avec la fin de la colonisation mais reste arrimée à l'euro.

 

C'était bien avant l'euro, avant même que l'Europe n'ose y penser. L'Afrique de l'Ouest se dotait d'une monnaie unique: le franc CFA. C'était en 1939. Plus de soixante-dix ans plus tard, ces billets existent toujours, passant entre des millions de mains chaque jour. Le CFA, après quelques changements, reste la monnaie de 14 États, offrant à ses utilisateurs quelques avantages et un réservoir de polémiques intarissable.

FRANC CFA - PAYS MEMBRES DE LA ZONE.jpg

La réalité de la création du CFA remonte à 1945, dans la foulée des accords de Bretton Woods. Elle est aussi le fruit d'une histoire plus française. Paris est alors convaincu de son utilité après que l'Afrique a été la seule véritable zone franc lors de l'occupation de la métropole par les armées allemandes. Depuis lors, malgré les indépendances des années 1960, peu de choses ont changé.

Dernier accord en 1972

Certes, la Guinée du nationaliste Sékou Touré a choisi de quitter la communauté pour créer son propre franc. La Mauritanie et Madagascar suivront le même chemin en 1973. Mais les autres nouvelles nations, autour de la Côte d'Ivoire de Houphouët-Boigny et du Sénégal de Senghor, soucieux de ne pas secouer un système financier fragile et la Françafrique triomphante, conserveront ce franc sans plus de débats. On inaugure juste deux banques centrales, l'une pour l'Afrique de l'Ouest et l'autre pour l'Afrique centrale. Les monnaies sœurs gagneront même de nouveaux membres: le Togo en 1963, puis plus tard la Guinée-Bissau et la Guinée Équatoriale, ex-colonies portugaise et espagnole.

Vendredi, à Paris, s'est déroulé un grand forum pour célébrer cette réussite, l'anniversaire du CFA pour ses… 40 ans. Pourquoi fêter les 40 années d'un quasi septuagénaire? Il s'agit en fait, explique-t-on à Bercy, de mettre l'accent sur l'accord de 1972, le dernier en date, sur lequel se fondent toujours les relations entre la zone CFA et la France. Le système, extrêmement complexe, repose sur deux piliers. Le CFA dispose de la garantie de la Banque de France et d'une parité fixe avec le franc français (aujourd'hui l'euro). En échange, la France a un droit de regard et même de veto au sein des deux banques centrales. «Choisir de fêter un quarantième anniversaire est une tentative de gommer le passé colonial des billets», affirme l'historien Alain Foka. Le glissement sémantique de l'acronyme CFA est le symbole de cette volonté. Au départ bêtement franc des Colonies Françaises d'Afrique, il est devenu, en 1960, celui de la Communauté française d'Afrique, puis de la Commission financière d'Afrique.

Changements cosmétiques et polémiques

Mais ces changements cosmétiques, à l'heure où le mot «Françafrique» est quasiment devenu tabou et où les Pères des nations ont tous été enterrés avec les honneurs, ne peuvent faire taire les polémiques. Pas plus que des avantages réels: le CFA apporte une stabilité, une maîtrise de l'inflation unique sur le continent et limite le prix des importations, notamment de pétrole.

Reste que les nationalistes le chargent d'un «anachronisme insupportable», parfois sans grande mesure, comme l'économiste ivoirien Nicolas Agbohou, qui parle de «nazisme monétaire». Les critiques sont aussi plus précises. Des financiers reprochent au CFA de juguler l'inflation au détriment de la croissance et de l'emploi dont l'Afrique a besoin. Ils pointent aussi l'impact sur les coûts de la main-d'œuvre et des exportations. «Les décisions autour du CFA sont prises aujourd'hui à Francfort sans aucune véritable considération pour les besoins réels des économies africaines. Et la crise de l'euro n'améliore pas les choses», résume un diplomate français.


Tanguy Berthemet


Source: LE FIGARO

lundi, 14 mai 2012

LES COMPTES D'OPERATIONS DU FCFA: UNE ESCROQUERIE MONETAIRE A LA FRANÇAISE

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De tous les traités, accords, conventions ou contrats existant entre la France et ses anciennes colonies, il en est un que je souhaiterais vous exposer aujourd'hui. Pendant longtemps caché derrières des relations qui ne « prennent pas leur temps », dissimulé par un silence imposé et accepté, la Côte d'Ivoire et d'autres nations amies subissent depuis une trentaine d'années le joug d'une servitude financière qui, à l'aune d'une Afrique qui ne veut plus tout accorder, est de plus en plus contestée. Je nomme les comptes d'opérations et le franc CFA.

Les principes de coopération monétaire entre le France et les pays de la zone CFA ont été énoncés dans l'accord de coopération entre la république française et les pays membres de l'Union monétaire Ouest Africaine à la fin de l'anné 1973. Cette accord prévoit, comme le définit elle même la Banque de France:

La convertibilité garantie par le Trésor français: pour résumer, toute personne détentrice du franc CFA doit être en mesure de l'échanger librement contre d'autres devises.
La fixité des parités: Les monnaies de la Zone CFA sont convertibles entre elles, à des parités fixes, sans limitations.

La libre transférabilité: transferts libres à l'intérieur de la zone CFA (transactions courantes ou mouvements de capitaux).

Pour l'instant, rien de particulièrement dérangeant. Là où tout commence à changer c'est avec le quatrième et dernier principe fort de cet accord.

La centralisation des réserves de change: en contre partie de la convertibilité illimitée garantie par la France, les banques centrales africaines s'engagent à déposer au moins 65% de leurs réserves de change auprès du Trésor français, sur des comptes portant le doux nom de de « Comptes d'opérations ».

Imaginez-vous! 65% des avoirs extérieurs de nos pays déposés chaque année dans un compte logé à l'étranger... Notons que le pourcentage initial était de 100%, il a été revu à la baisse...les 35% restant étant prévus pour le remboursement de la dette.

A la fin des années 80, alors que le cours des matières premières connait sa « descente aux enfers », la zone CFA continue à verser avec discipline 65% de ses avoirs au Trésor français. Résultat: les africains s'appauvrissent et demandent de l'aide. Une aide que leur prête volontiers la France qui puise dans...les comptes d'opérations. Le comble de l'Afrique mendiante et riche en milliards.

L'accord prévoit en outre que la France peut décider un ajustement de la valeur du franc, lorsque les avoirs extérieurs ne suffisent pas à alimenter les comptes d'opérations. C'est ce que nous, jeune génération, avons connu dans les années 90, sous le fameux nom de « dévaluation ». Du simple au double: 1 franc qui valait 50 francs en valait désormais 100. Rappelez vous le début de cette note, nous parlions de « coopération monétaire ». Belle forme de coopération. La France achète pour deux fois moins cher, la Côte d'Ivoire elle doit s'arranger pour exporter deux fois plus pour garantir le même chiffre d'affaire. N'oublions pas que les salaires eux n'ont pas doublé en 1994, avec pour conséquence une chute du pouvoir d'achat.

Une autre effet pervers de cette monnaie est que le franc CFA n'a pas autant de valeur en réalité. Il est surévalué, notamment par rapport aux autres devises d'Afrique. Dès lors -et nous assistons à une situation similaire aujourd'hui avec la zone Euro, après la chute du dollar- nos produits sont peu compétitifs (entendez trop coûteux) pour ces pays. Nous n'exportons donc rien en Afrique! Notre principal marché est l'Europe. Belle coopération en effet...

Nous pourrions passer des heures à mettre en cause la nature des comptes d'opérations et à critiquer les mécanismes de spoliation cacique mais « légale » d'une Afrique qui porte encore les cyniques falbalas d'un accord signant d'entrée de jeu son asservissement financier. Nous ne pouvons pas construire d'écoles, d'autoroutes, d'hôpitaux, mais nous pouvons déposer 65% d'un argent gagné à la sueur de notre front dans un compte de la rue Croix des petits Champs, dans le 1er arrondissement de Paris.

Pour combien de temps encore? C'est à nous de faire le choix. Évidemment nous courrons le risque d'une monnaie moins stable, mais forts de cette liberté nous saurons faire face à l'épreuve. La contrainte est créatrice.

Source: http://poukoi.ivoire-blog.com/

PS: Le président équato-guinéen Theodoro Obiang Nguema s'est récemment prononcé contre l'existence de ces fameux comptes d'opération http://t.co/Ag4enPlO

 

Source: Le blog de Benoît Boéhi


samedi, 22 janvier 2011

LA ZONE UEMOA DANS L'ORNIERE DE LA CRISE IVOIRIENNE

YAO PRAO 2.JPG

Avec l'avènement de l'Euro et l'arrimage du Franc CFA à cette monnaie, le débat sur l'avenir de la Zone Franc a  alimenté de nombreuses interrogations et des inquiétudes se sont posées quant au sort de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). Ce sujet reste actuel  depuis la crise post-électorale en Côte d'Ivoire.  Le franc CFA fortement critiqué  par une nouvelle classe de l'élite africaine, pourrait voler en éclat si les pays de la zone UEMOA ne dissocient pas les questions économiques de celles qui ne les regardent pas.  Notre conviction est que l'UEMOA ne doit pas se mêler des questions de souveraineté des pays membres.

Pour développer ce point de vue, nous définirons d'abord l'union monétaire  afin de fixer son domaine d'application.

Ensuite, il faudra présenter brièvement les organes et les objectifs de l'UMOA afin de circonscrire ses responsabilités.

Enfin, nous pourrons dire ce que l'UEMOA est et ce qu'elle n'est pas.


  1. DEFINITION D'UNE UNION MONÉTAIRE

L'existence de l'Union monétaire Ouest-Africaine (UMOA) regroupant huit pays (Benin, Burkina, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo) est une bonne initiative qui vise à atténuer en Afrique de l'Ouest le phénomène de balkanisation monétaire.

En effet, après trois décennies de gestion monétaire commune, les États membres de cette union monétaire ont éprouvé le besoin de renforcer leur intégration économique, par la création de nouvelles institutions et dispositions (avec la création de l'Union économique et monétaire de l'Afrique de l'Ouest en Janvier 1994), reconnaissant ainsi que l'union monétaire ne suffit pas, seule, pour réaliser les gains potentiels d'une totale intégration économique. L'intégration économique est perçue comme un processus par lequel s'établissent des interdépendances structurelles entre les économies nationales sous forme d'échanges croissants de marchandises, de capitaux, de main-d'œuvre, sous la forme d'une conjugaison de politiques économiques, de projets réalisés en commun et sous la forme également de règles juridiques homogènes sur l'espace communautaire. L'UEMOA fait des avancées significatives dans le sens de l'harmonisation de ses politiques monétaires et budgétaires. Elle a même conçu une nomenclature budgétaire commune, des politiques fiscales et douanières communes et surtout défini des critères de convergence.

Depuis le début des années 60, l'intégration économique et monétaire a suscité un grand intérêt pour les analyses mettant en évidence les conditions de constitution d'une zone monétaire optimale. La question qui revient souvent, est la reconnaissance des critères de détermination d'une zone monétaire optimale ou les conditions dans lesquelles un groupe de pays a intérêt ou non à maintenir un régime de changes fixes entre leurs différentes monnaies ou à opter pour une monnaie unique.

Notre objet ici n'est pas d'insister sur la non optimalité de cette zone monétaire vu que le sujet fait l'objet de nombreuses études (Ondo Ossa, 2000).

Dans tous les cas, nous en parlerons brièvement mais à ce stade de notre texte, il est question de donner la définition de l'union monétaire.

Il ne faut pas confondre  zone monétaire et système monétaire. Cet avertissement a été donné par  Michel LELART[1], pour qui,  une zone monétaire "est un espace géographique au sein duquel une monnaie nationale est utilisée. Elle est née de pratiques, d'habitudes, de mécanismes; elle est essentiellement une construction empirique qui s'est précisée par L'usage". Tandis qu'un système monétaire "est un ensemble de règles fondées sur des principes bien établis et acceptés par certains pays aux termes, le plus souvent, d'un accord ratifié par tous.

L'accord peut prévoir qu'une monnaie nationale aura un rôle particulier, il peut aussi prévoir la mise en place d'une monnaie nouvelle créée et gérée par une institution supra - nationale ".

Par système monétaire, il faut entendre l'ensemble des institutions et organisations qui participent à l'administration de la monnaie. Un système monétaire est défini par des dispositions législatives, réglementaires, voire coutumières.  En  général, ces dispositions ont pour objet de fixer : (a) d'une part les conditions d'émission de la monnaie, c'est-à-dire les conditions dans lesquelles la monnaie est créée et circule, (b) d'autre part les conditions de fonctionnement des organismes qui émettent de la monnaie et assurent sa circulation.

En définitive, NSOULI, S.M., (1981) nous dit qu'union monétaire est  caractérisée par "l'émission d'une monnaie commune unique dont la circulation se fait librement entre les pays membres et par la création d'une autorité monétaire centrale chargée de regrouper les réserves de devises de tous les pays membres et de décider de la politique monétaire"[2].

Après ces différentes définitions, il nous faut à présent présenter l'Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA).


  1. LA PRESENTATION DE L'UNION MONETAIRE OUEST-AFRICAINE

L'UMOA a été instituée par le traité du 12 mai 1962. Les premiers Etats signataires étaient, la Côte d'ivoire, le Dahomey, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Sénégal.  L'UMOA regroupe à l'heure actuelle huit Etats a savoir le Benin, le Burkina Faso, la Cote d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Togo et le Sénégal. Apres la dévaluation de 1994, les pays de l'UMOA ont signé le traité de l'union économique : l'UEMOA. La politique monétaire et la politique de change de l'union sont régies par la banque centrale communautaire, la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest).

Depuis 1975, les pays de l'UEMOA sont également, avec sept autres Etats (le Cap-Vert, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Liberia, le Nigeria et la Sierra Leone), membres d'une communauté économique plus large : la CEDEAO. L'objectif principal du traité de la CEDEAO est la promotion d'une union économique et monétaire dans l'ouest-africain.

L'UMOA est une organisation d'États africains indépendants, persuadés que l'exercice en commun de leur souveraineté monétaire les aidera à mieux assurer un développement harmonieux de leurs économies respectives.

Avant d'être l'UEMOA, l'UMOA était dotée d'organes de décision comme la Conférence des chefs d'États, le Conseil des  Ministres, la BCEAO et la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD).

Au sein de l'UEMOA, l'article 16 définit les organes de l'Union qui sont constitués par :

- la Conférence des Chefs d'État et de Gouvernement, telle que définie à l'article 5 du

Traité de l'UMOA,

- le Conseil des Ministres, tel que défini à l'article 6 du Traité de l'UMOA,

- la Commission,

- le Parlement,

- la Cour de Justice,

- la Cour des Comptes.

Des organes consultatifs et des institutions spécialisées autonomes concourent également à la réalisation des objectifs de l'Union.  C'est l'article 4 qui fixe les objectifs de l'UEMOA.  Il est écrit dans cet article :

Sans préjudice des objectifs définis dans le Traité de l'UMOA, l'Union poursuit, dans les conditions établies par le présent Traité, la réalisation des objectifs ci-après :

a) renforcer la compétitivité des activités économiques et financières des Etats membres dans le cadre d'un marché ouvert et concurrentiel et d'un environnement juridique rationalisé et harmonisé ;

b) assurer la convergence des performances et des politiques économiques des États membres par l'institution d'une procédure de surveillance multilatérale ;

c) créer entre les États membres un marché commun basé sur la libre circulation des personnes, des biens, des services, des capitaux et le droit d'établissement des personnes exerçant une activité indépendante ou salariée, ainsi que sur un tarif extérieur commun et une politique commerciale commune ;

d) instituer une coordination des politiques sectorielles nationales, par la mise en œuvre d'actions communes et éventuellement de politiques communes notamment dans les domaines suivants : ressources humaines, aménagement du territoire, transports et télécommunications, environnement, agriculture, énergie, industrie et mines ;

e) harmoniser, dans la mesure nécessaire au bon fonctionnement du marché commun, les législations des États membres et particulièrement le régime de la fiscalité.


  1. CE QUE L'UMOA EST ET CE QU'ELLE N'EST PAS

Concernant le strict domaine de ses compétences, nous l'avons déjà noté, une zone monétaire unique devrait à long terme se traduire par une amélioration du bien-être des populations des pays concernés. En s'appuyant sur les avantages de la communauté de monnaie déjà existante, le projet de l'UEMOA s'est engagé à établir un véritable espace intégré, géré comme une union économique à part entière. Les États membres souhaitaient avoir des interdépendances plus fortes, avec la consolidation de la monnaie commune et l'assainissement du cadre macroéconomique.

Dans la perspective, le projet de l'union doit faciliter la mobilité des personnes, les échanges de biens, de services et des capitaux. La mobilité des personnes doit s'accompagner de la suppression de toute discrimination sur le marché du travail à l'égard des travailleurs des autres pays de la zone.

En s'inspirant de l'expérience de l'Union européenne, les pays de l'UEMOA, par Acte additionnel n°4/99 de la Conférence des chefs d'État  et de gouvernement, ont adopté en plus d'autres règles de discipline collective dans le cadre d'un pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité, et des règles. Le tableau suivant regroupe ces règles classées en deux catégories : les critères de premier rang, dont le respect est impératif, et les critères de deuxième rang, qui s'apparentent davantage à des recommandations.


UEMOA : les critères du pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité pour fin 2002

Critère de premier rang

Solde budgétaire de base/PIB               ≥ 0%

Taux d'inflation annuel moyen (IPC)     ≤ 3%

Encours dette extérieure et intérieure/PIB   ≤ 70%

Variation des arriérés de paiement extérieurs    0

Variation des arriérés de paiement intérieurs   0

Critère de deuxième rang

Masse salariale/ recettes fiscales      ≤ 35%

Investissements sur ressources intérieures/ recettes fiscales  ≥ 20%

Déficit extérieur courant hors dons/PIB         ≤ 5%

Taux de pression fiscale (recettes fiscales/PIB)     ≥ 17%


Source : UEMOA (Acte Additionnel n° 04/99 de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement-articles 18 et 19).

 

L'UEMOA a pour mission  de faire en sorte qu'il y ait une intégration des politiques économies, ce qui nécessite d'ailleurs le respect des critères de convergence. Ce point de vue repose sur l'idée défendue par des auteurs comme Beetsma et Bovenberg (1995)[3], qui insistent sur le besoin de convergence en matière de politiques budgétaires et de politiques structurelles (gestion de la dette publique, flexibilité du marché du travail et efficacité du système fiscal). La convergence en question est de deux ordres : nominale et réelle.

La convergence nominale, qui étudie l'évolution des variables coûts et prix, ainsi que leurs déterminants sous-jacents (taux d'intérêt, taux de change et ratios de finances publiques) ;

La convergence réelle dont le champ d'étude est le rapprochement des niveaux de vie et/ou l'atténuation des différences structurelles entre pays. Elle s'analyse généralement sous structurelles entre pays. Elle s'analyse généralement sous l'angle de rattrapage économique.

Les efforts de l'UEMOA doivent tendre vers l'érection d'une zone monétaire optimale. En effet, selon  McKinnon (1963)[4], "on peut appeler zone monétaire optimale un groupe de pays aux échanges de marchandises fortement intégrés, autorisant la libre circulation des facteurs et ayant des monnaies effectivement convertibles".

La théorie des zones monétaires optimales a été introduite par Mundell (1961)[5], puis renforcée par McKinnon (1963) et Kenen (1969)[6]. Une zone monétaire est optimale quand les couts de renonciation au taux de change comme instrument d'ajustement à l'intérieur de la zone sont compensés par les gains résultant de l'adoption d'une monnaie commune ou d'un régime de changes fixes. Autrement dit, elle constitue une aire ou des mécanismes autres que la modification des taux de change, permettent de dissiper les déséquilibres provoqués par des chocs asymétriques. En général, cette optimalité est facilitée par :

-          la mobilité de la main-d'œuvre entre les pays considérés ;

-          la flexibilité des salaires ;

-          l'importance du commerce réciproque entre les pays ;

-          le degré de diversification  de la production ;

-          les similitudes des profils d'inflation.

En dépit de la  modestie du nombre d'illustrations que nous avons, il est prouvé par des études sérieuses que la zone UEMOA n'est pas une zone monétaire optimale. Si elle existe elle est le reflet de la volonté des pays membres de vivre la solidarité.  Si tel est le cas, il est incompréhensible que l'UEMOA fasse de la politique en s'ingérant dans les affaires intérieures d'un État comme c'est le cas avec la Côte d'Ivoire.

L'UEMOA n'est pas une zone monétaire optimale selon les critères théoriques. Les investigations empiriques tranchent difficilement l'existence d'une zone monétaire optimale (Ondo Ossa (2000))[7]. En effet, les analyses ont montré que les pays de l'UEMOA sont peu interdépendants quand il s'agit d'échanges intra-régionaux et de la mobilité des facteurs de production. De plus, du fait de la spécialisation des systèmes productifs (le coton pour le Burkina Faso et le Mali, le cacao pour la Cote d'Ivoire, etc.), les économies de l'UEMOA subissent les affres de la conjoncture extérieure. En effet, les grands pays exportateurs dans le commerce intra UEMOA sont la Côte d'Ivoire et le Sénégal qui ont exporté vers la zone respectivement 11 et 6,5% de leurs exportations totales entre 1990 et 2003 (Boogaerde et Tsangarides, 2005)[8]. En 1999, les exportations  de la zone UEMOA en direction de cette même zone n'atteignaient que 12% et les importations 10%.

Selon les statistiques de la Commission Economique pour l'Afrique (1999), les parts moyennes des exportations et des importations de l'UEMOA dans le commerce mondial entre 1988 et 1997, sont respectivement 0,14% et 0,15% environs. Malgré l'avantage offert par la monnaie commune, l'UEMOA demeure encore une zone économique peu intégrée au plan commercial. En effet, la part de leurs échanges réciproques dans leur commerce intérieur est assez faible, l'essentiel de leurs transactions commerciales se faisant surtout avec les pays de l'OCDE. Par exemple, selon la source pré-citée, les parts moyennes des exportations intra-UEMOA sur ses exportations totales et des importations intra-UEMOA sur ses importations totales durant la même période, sont respectivement de 6,01% et 6,31 %.

En dépit de l'absence de statistiques et d'études scientifiques, sur la base d'une simple  observation, nous pouvons soutenir qu'il n'y a pas davantage de mobilité intra- régionale dans la zone UEMOA que vis à vis de l'extérieur , tant pour ce qui est de la main d'œuvre qu'en ce qui concerne les flux financiers ou d'investissements directs.

On peut dire également qu'il existe des différences notoires de performances macroéconomiques entre les pays de l'union, ce qui rend fragile l'économie de la zone dans le long terme. On note une incohérence globale entre les politiques budgétaires nationales et la politique monétaire commune, mais aussi le manque de flexibilité des coûts de production et des prix, la mobilité insuffisante des biens et services à l'intérieur de la zone et la faible diversification des économies et leur grande vulnérabilité à des chocs exogènes.

Dans le cadre de l'UEMOA, la monnaie unique n'a pas suivi un processus d'intégration Économique réelle, mais plutôt a été une donnée de l'histoire coloniale. En effet, dans le cadre plus élargi de la zone franc, les rapports économiques et monétaires entre la France et ses colonies ont été organisés par touches successives afin de favoriser la colonisation, puis, après 1929, de faciliter sous la pression de la crise économique et des événements politiques internationaux, la constitution d'un ensemble économique visant à une certaine autonomie.

Il est vrai que l'UEMOA  ne résulte pas d'une évolution d'une zone monétaire symétrique, elle a  suivi un  processus d'intégration opposé à celui de l'union européenne.

Nous venons de voir que l'UEMOA n'est pas une zone monétaire optimale. Cette organisation ne fait rien pour rendre cette zone optimale mais elle trouve des ressources pour s'inviter dans l'arène politique là où on l'attendait sur le « ring économique ».

En effet, sept ministres des finances de l'UEMOA ont demandé le jeudi 23 Décembre 2010 à la BCEAO d'autoriser uniquement les représentants du Dr Alassane Ouattara, à gérer les comptes de la Côte d'Ivoire. En plus, le Conseil a décidé « que les représentants régulièrement désignés par le gouvernement légitime de Côte d'Ivoire sont les seuls habilités à prendre des mesures relatives au fonctionnement de l'UEMOA au non de ce pays ».  Ce même Conseil a renchéri pour décider « d'instruire la BCEAO de permettre aux seuls représentants régulièrement désignés par le gouvernement légitime de Côte d'Ivoire d'effectuer les mouvements sur les comptes en son nom ».

Depuis fin novembre, une crise politique oppose le président Laurent Gbagbo et le Dr Alassane Ouattara qui est reconnu par l'étranger comme le président ivoirien « légitimement élu ».

Il est clair que l'UEMOA a outrepassé ses prérogatives en prenant des positions politiques.  L'article 15 du traité de l'UEMOA stipule que « Les Etats membres se consultent en vue de prendre en commun les dispositions nécessaires afin d'éviter que le fonctionnement de l'Union ne soit affecté par les mesures que l'un d'eux pourrait être amené à prendre en cas de troubles intérieurs graves affectant l'ordre public, de guerre ou de tension internationale grave constituant une menace de guerre ». Jamais, il n'est demandé à l'UEMOA de juger qui est président ou pas.

Le Conseil des Ministres n'a pas mandat d'invalider la signature d'un président de la république.  Le Conseil des Ministres de l'Union Monétaire exerce les fonctions qui lui sont dévolues par l'article 20 qui dit clairement que « Le Conseil des Ministres de l'Union assure la mise en œuvre des orientations générales définies par la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement ». Et il revient à la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement définit les grandes orientations de la politique de l'Union (Article 17).

Aujourd'hui tous les économistes s'accordent pour dire  que  le seul critère qui milite en faveur d'une union monétaire reste celui de la solidarité. La solidarité devient ainsi la condition nécessaire et suffisante d'optimalité.

ONDO OSSA  (2000) définit la solidarité comme une communauté de responsabilités et d'intérêts qui traduit un sentiment qui pousse deux économies à se pOI1er assistance. Elle se mesure à l'aptitude d'un pays à accepter le coût de la gestion d'un autre. Tout pays membres d'une zone solidaire est redevable des actes posés par les autres membres, autrement dit de leurs excédents et déficits.

Être solidaire ne signifie pas s'immiscer dans les affaires intérieures d'un pays  car ceci est une atteinte à sa souveraineté. Or  c'est pour les questions politiques et de souveraineté, que les Ministres des Affaires Etrangères siègent au Conseil des Ministres de l'UEMOA (Article 23).

L'UEMOA mène un combat qui n'est pas le sien car une union monétaire recouvre une monnaie commune à plusieurs  États souverains qui, aux termes  d'un accord multinational, partagent la responsabilité de sa gestion.

Mais cette association monétaire préserve l'individualité de chaque État dans la gestion de la monnaie et du crédit qui trouve son expression dans :

-          l'existence de comités monétaires nationaux ;

-          la différenciation des signes monétaires,

-          des mesures d'individualisation de caractère comptable et administratif,

-          une personnalité monétaire internationale.

Pour sauver cette fragile union, il serait judicieux pour l'UEMOA de s'abstenir de déclarations politiques aux conséquences insoupçonnées.

 


Dr Prao Yao Séraphin

Economiste, Analyste politique, Enseignant-Chercheur.

Président du MLAN

praoseraph@yahoo.fr



[1] LELART, M., (1986, pl) cité par GERARDIN, H. ; GERARDIN, H.(l989), La Zone Franc: Histoire et Institutions, Ed. l'Harmattan, Paris, ome 1, 239p.

[2] NSOULI, S.M., (1981, pp41-42), cité par GERARDIN, H., opcit.

[3] BEETSMA, R.M. et BOVENBERG, A.L.(1995), «Designing Fiscal and Monetary Institutions for a European Monetary Union», CEPR Discussion Paper, n° 1303, London.

[4] Mc KINNON, RI.(l963), «Optimum Currency Areas», Ameriean Economie Review, September, pp 717 - 725

[5] Mundell, R. A. (1961a), ≪ A Theory of Optimum Currency Areas ≫, American Economics Reviews 51, 509-517.

[6] Kenen (1969) "The Theory of Optimum Currency Areas : An Eclectic View", in Monetary

Problems of International Economy, Mundell R. et Swoboda A.K. (Ed.), Chicago, University of Chicago Press, pp. 41-60

[7] Ondo Ossa A. (2000) "Zone monetaire et crise de change : le cas de la zone franc africaine", mimeo, decembre 2000, pp. 359-410.

[8] Boogaerde van den P. and Tsangarides C. (2005), "Ten Years After the CFA Franc Devaluation: Progress Toward Regional Integration in the WAEMU", IMF Working paper, WP/05/145.

mardi, 17 novembre 2009

LE PANAFRICANISME COMME REPLIQUE A LA COLONISATION MODERNE

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« L’avenir sera impitoyable pour ceux qui, jouissant du privilège exceptionnel de pouvoir dire à leurs oppresseurs des paroles de vérité, se sont cantonnés dans une attitude de quiétude, d’indifférence muette et quelquefois de froide complicité » disait notre lucide frère Frantz Fanon. Nous nous proposons de fournir ici, une modeste réflexion sur la colonisation. C’est un sujet qui a été beaucoup discuté. En effet, il existe peu d’événements historiques chargés d’une connotation aussi négative que la colonisation et la dictature nazie. Je ne vais donc pas prétendre donner un texte résumant fidèlement le fait colonial tant il est diffus. Je me bornerai donc à quelques indications qui me paraissent au moins essentiels. Des apprentis sorciers de l’histoire ont distillé au sein de la communauté scientifique des conceptions aussi fantaisistes qu’erronées : le révisionnisme injurieux. C’est ce dont nous parlons dans un premier temps. Dans un deuxième temps, nous essayerons de présenter un condensé du fait colonial. On verra que la colonisation continue encore sous une autre forme. Enfin, dans un troisième temps, nous pourrons, je crois, accepter le panafricanisme comme une réplique à la colonisation moderne.

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17:50 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : séraphin yao prao, panafricanisme, colonisation moderne, révisionnisme injurieux, zone franc | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 17 novembre 2008

MONNAIE OU RELIQUE COLONIALE: COMMENT LE FRANC CFA RETARDE LES PAYS DE LA ZONE FRANC

Novembre 9, 2008

1000 FRANCS CFA ANCIEN.jpgFace à une Amérique en crise et à la panique qui règne sur les marchés financiers mondiaux, les gardiens du Temple de la Banque Centrale Européenne se veulent les garants d’une stabilité monétaire et d’un euro fort. Leur attitude s’inscrit en faux contre celle des dirigeants des deux économies les plus puissantes de l’Europe, à savoir la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Nicolas Sarkozy, qui craignent que le maintien d’un Euro fort mène les économies européennes à la ruine. A leur inquiétude devrait faire écho, en théorie, le désarroi de leurs collègues des pays d’Afrique membres de la zone franc. En effet, leur monnaie, le franc CFA, étant ancrée à la monnaie européenne à un taux fixe surévalué, on est en droit de penser qu’ils ne pouvaient manquer de s’interroger sérieusement sur l’avenir, sinon sur le destin du franc CFA. Cette monnaie, dont la convertibilité fait les choux gras des spéculateurs, est une source majeure de perte de compétitivité, d’évasion de capitaux et de controverses quant à son rôle, supposé ou réel, dans la crise qui continue de plomber les économies des pays de la zone franc dans un contexte de turbulence économique, notamment financière, à l’échelle mondiale.

L’histoire du CFA est étroitement liée à celle de la colonisation des pays africains. Durant la période coloniale, Français et Anglais, deux des pays colonisateurs de la région, avaient mis respectivement sur pied la zone franc et le « board of currency » pour doter leurs empires africains d’un système monétaire unifié. Ce système était subordonné au franc français et à la livre sterling.

Au lendemain de la proclamation des indépendances nationales à partir de la fin des années 1950, les ex-colonies anglaises ont démantelé leur zone monétaire commune pour mener des politiques monétaires souveraines et autonomes.

• En revanche, dans la zone franc, seuls quelques pays en ont fait de même la Guinée, la Mauritanie, Madagascar, le Mali (provisoirement), l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, le Cambodge, le Laos et le Vietnam.
• Les pays qui ont choisi de demeurer dans le giron de la France en conservant leur monnaie unique, le Franc CFA, sont : Djibouti, le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la République Centrafricaine, les Comores, le Congo, la Côte-d’Ivoire, le Gabon, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Tchad et le Togo. La Guinée Equatoriale et la Guinée-Bissau se sont jointes à eux.

La France a doté cette monnaie d’une convertibilité qu’elle s’est engagée à garantir sous réserve de la rétention de tout ou partie des avoirs extérieurs en devises de ces pays dans un « COMPTE D’OPERATION » ouvert auprès du Trésor Public français par les banques centrales de la zone franc:

1. la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO)
2. la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) .

LA FRANCE S’EST EGALEMENT ARROGEE UN DROIT DE VETO DANS LA GESTION DE CES BANQUES CENTRALES. DE MEME, TOUT CHANGEMENT DES REGLES DU JEU AU SEIN DE LA ZONE MONETAIRE FRANCOPHONE NECESSITE UN ACCORD PREALABLE AVEC LA FRANCE.

On devine aisément les implications qui s’attachent au corset ainsi créé quand on connaît l’importance de la monnaie dans la marche d’une économie.

FRANCS CFA BILLETS.jpgCelle-ci a, en effet, trois fonctions traditionnelles:
1. Elle est, d’abord, une unité de compte,
2. ensuite un moyen de paiement,
3. et enfin un instrument de réserve.

Son émission ayant constitué de tout temps un droit régalien réservé aux seuls dirigeants des territoires indépendants, les détracteurs de la zone, qualifiant ces accords monétaires de relique coloniale, ont demandé leur abrogation. Les tenants du système, quant à eux, pour justifier le maintien du franc CFA, arguent du privilège de disposer d’une monnaie unique convertible et la capacité des pays de la zone à satisfaire les trois critères sur lesquels doit reposer une politique monétaire durable, à savoir la stabilité interne et externe et la croissance économique.

Tout Etat réglemente comme il l’entend la sortie de sa monnaie nationale et l’entrée des monnaies étrangères sur son territoire par le biais de sa politique de change, sa monnaie pouvant être transférable, c’est-à-dire convertible sur le marché international des changes. La convertibilité d’une monnaie réside dans sa capacité à être échangée contre une autre devise. Par exemple, des dollars peuvent s’échanger contre des euros et vice versa. Ces monnaies sont convertibles entre elles et cette convertibilité signifie que les banques centrales qui les ont émises s’engagent à les racheter. Lorsqu’une monnaie est convertible, le gouvernement qui l’émet en autorise la sortie. C’est généralement le cas des pays développés à économie de marché. LA CONVERTIBILITE N’EXCLUT PAS L’EXISTENCE D’UN CONTROLE DES CHANGES PLUS OU MOINS COERCITIF, EN PARTICULIER POUR LES RESIDENTS QUI PEUVENT ETRE SUJETS A DES RESTRICTIONS DANS L’USAGE DES MONNAIES ETRANGERES ET DANS LES MONTANTS QU’ILS PEUVENT TRANSFERER. C’EST LE CAS DU FRANC CFA DONT LA CONVERTIBILITE EST RESTREINTE A L’EURO ET LE LIBRE TRANSFERT A LA FRANCE.

LE FRANC CFA, MONNAIE COMMUNE, EST SUPPOSE CONTRIBUER A UNE PLUS GRANDE TRANSPARENCE DES PRIX, A L’ELIMINATION DES DISTORSIONS LIEES AU RISQUE DE CHANGE ENTRE MONNAIES NATIONALES ET DE FRAIS BANCAIRES INUTILES. SON OBJECTIF THEORIQUE EST AUSSI DE CREER UNE DISCIPLINE MONETAIRE ET BUDGETAIRE SAINE. CETTE MONNAIE DEVAIT ASSURER A LA FOIS UNE STABILITE DES PRIX, UNE ABSENCE DE DEVALUATIONS COMPETITIVES ENTRE PAYS MEMBRES DE L’UNION MONETAIRE ET L’OBTENTION DE TAUX D’INTERET REELS BAS ET STABLES FAVORABLES A LA CROISSANCE ET A L’EMPLOI.


Mais, force est de constater que la convertibilité et le libre transfert du franc CFA favorisent une sortie massive des capitaux à travers le transfert, sans risque de change des bénéfices des entreprises du secteur privé, françaises dans leur très grande majorité. Elle encourage également l’exode des revenus des ménages expatriés vers leur pays d’origine. Ces flux monétaires et commerciaux qui passent tous par le filtre des banques centrales ont pour seule destination l’Hexagone. C’est le cas depuis la mise en place, en 1993, du régime de contrôle de change par la France. ENTRE 1970 ET 1993, LE RAPATRIEMENT DES BENEFICES ET DES REVENUS D’EXPATRIES S’EST ELEVE A 6,3 MILLIARDS DE DOLLARS ALORS QUE LES INVESTISSEMENTS ETRANGERS S’ELEVAIENT A 1,7 MILLIARDS DE DOLLARS. LES RAPATRIEMENTS ONT DONC ETE QUATRE FOIS SUPERIEURS AUX INVESTISSEMENTS. De même, anticipant une dévaluation qui était devenue inéluctable eu égard à la détérioration des comptes dans les années 1990 et le refus de la France de soutenir les budgets africains, les placements spéculatifs effectués en francs CFA en France entre janvier 1990 et juin 1993 s’étaient élevés à 928,75 milliards de francs CFA soit environ 1,416 milliards d’euros .

De surcroît, en contrepartie de la garantie de convertibilité du CFA, d’abord en franc français puis en euro, la France exige depuis 1960 que les pays de la zone déposent leurs réserves de change sur un compte du Trésor Public français. A l’aube des indépendances le dépôt exigé était de 100%. Il a été réduit à 65% en 1973, puis plafonné à 50% depuis septembre 2005, le reliquat devant servir au remboursement de la dette extérieure des pays membres. Mais, hormis les « gourous » des finances françaises, nul ne sait ce que recèle en réalité ce compte d’opérations et ce que la France fait des très importantes sommes qui y sont déposées.

D’après la convention sur ce compte, signée en 1962 entre le ministère français de l’Économie et ses ex-colonies membres de la zone franc, le Trésor français perçoit, en cas de découvert, des agios payés par les banques centrales. En revanche, il leur verse des intérêts si les comptes sont créditeurs. Depuis la mise en œuvre des accords de coopération monétaire, le compte d’opération n’a été débiteur temporairement qu’à cinq reprises depuis 1973, le solde étant créditeur de manière ininterrompue depuis janvier 1994. Le rapport 2005 de la zone Franc montre que les banques centrales détiennent des records de réserves au Trésor français estimées à 6300 milliards de FCFA, équivalents à 9,6 milliards d’euros soit un taux de couverture de l’émission monétaire supérieur à 110 %, alors que la convention de 1962 n’exige qu’un taux de couverture de 20 %. Entre janvier et décembre 2006, les avoirs extérieurs nets de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest avaient progressé de 544,3 milliards de F CFA (830 millions d’euros) pour se situer à 3 710 milliards de F CFA (5,7 milliards d’euros). Sur la même période, ceux de la Banque des Etats de l’Afrique centrale avaient augmenté de 1757 milliards (2,7 milliards d’euros) pour atteindre 4382 milliards de FCFA (6,7 milliards d’euros).

Les pays membres de la zone franc, dont certains sont classés parmi les plus pauvres du monde, selon leur indice de développement, se voient ainsi privés par la France d’énormes ressources financières qui auraient pu être investies dans les secteurs clés de leurs économies (production vivrière, éducation, santé, logements et infrastructures). LE PLUS REVOLTANT DANS CE MARCHE DE DUPES EST QUE LA FRANCE SE SERT DE L’ARGENT DE CES PAYS POUR LEUR CONCEDER DES PRETS A DES TAUX PROHIBITIFS. LE COMBLE EST QUE LES PAYS DE LA ZONE, NON CONTENTS DE SE VOIR AMPUTER D’UNE PART IMPORTANTE DE LEURS REVENUS, S’ENDETTENT AUPRES DE LA BANQUE MONDIALE ET DU FMI AUX CONDITIONS DRASTIQUES QUE L’ON SAIT AU LIEU D’USER DE LEURS PROPRES AVOIRS CONFISQUES PAR LA FRANCE. En se comportant comme des victimes consentantes, lesdits pays n’ont fait que traduire une attitude éminemment freudienne des Noirs qui confine à l’auto-flagellation.

En ce qui concerne la stabilité interne de la zone franc, le rattachement du franc CFA au franc Français et aujourd’hui à l’euro était censé permettre aux autorités monétaires de la zone franc d’imposer la discipline anti-inflationniste de la Banque de France et maintenant de la Banque européenne. La zone s’est toutefois révélée impuissante à contrecarrer la flambée des prix du pétrole, des matières premières et des denrées alimentaires provoquées en partie, par la progression de la demande des Asiatiques en matières premières, particulièrement des Chinois. L’augmentation des prix des denrées alimentaires a donné naissance à des émeutes de la faim dans nombre de pays d’Afrique parmi lesquels figurent des pays de la zone franc tels que la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Burkina Faso et le Sénégal.

Quant à la stabilité externe, c’est à dire la stabilité d’une monnaie sur les marchés des changes, elle est étroitement liée à la politique de change qui la sous-tend. Les pays de la zone franc ont opté pour une politique de taux de change fixe alors que le taux de change de l’euro sur lequel il est arrimé est flottant et ne cesse de s’apprécier . La politique d’un euro fort et de taux d’intérêts élevés poursuivie par la Banque Centrale Européenne (BCE) pour juguler tout risque d’inflation et attirer les capitaux étrangers en Europe prive les pays de la zone franc de compétitivité. Le franc CFA est surévalué par rapport aux autres monnaies des pays du Sud avec lesquels il est en concurrence. LES PRODUITS LIBELLES EN FCFA DEVIENNENT TROP CHERS ET LES PAYS DE LA ZONE SE RETROUVENT AINSI EXCLUS DES MARCHES DU SUD. La politique d’un euro fort est préjudiciable aux économies de la zone franc comme l’a été auparavant la politique d’un franc fort menée par l’ex ministre de l’économie et des finances, Pierre Bérégovoy, sous le gouvernement socialiste de François Mitterrand. L’appréciation de l’euro par rapport au dollar ruine les économies des pays de la zone Franc. De janvier 1999 à mai 2008, l’euro est passé de 1,17 à 1,59 dollars, ce qui signifie que le franc CFA, monnaie des économies jugées parmi les plus indigentes du monde, s’apprécie par rapport au billet vert. Cela ne manque pas de poser problème, car les prix des principaux produits d’exportation de la zone comme le café, le cacao et le coton sont libellés en dollars, tandis que ceux de leurs plus gros volumes d’importation le sont en euros. EN EFFET, SE FAIRE PAYER SES EXPORTATIONS EN MONNAIE FAIBLE ET REGLER SES IMPORTATIONS EN MONNAIE FORTE NE PEUT QUE PROVOQUER UNE INCIDENCE NEGATIVE TRES HANDICAPANTE SUR LES BALANCES COMMERCIALES, AU POINT QUE LA QUESTION D’UNE NOUVELLE DEVALUATION DU FRANC CFA, A SEULE FIN D’ACCROITRE ARTIFICIELLEMENT LA COMPETITIVITE DES EXPORTATIONS DE LA ZONE FRANC, SE POSE A NOUVEAU. Quel contraste avec la Chine qui, depuis le 1er Janvier 1994, a ancré sa monnaie, le yuan, au dollar à un taux de change extrêmement bas, ce qui lui donne un avantage compétitif par rapport à ses concurrents occidentaux et des possibilités d’exportation accrues.

La zone franc a également été promue comme étant un espace propice à la croissance économique de ses membres. La croissance économique est sujette au niveau des taux d’intérêt et des liquidités mises en circulation par la Banque centrale, au volume des investissements et des échanges commerciaux. La masse monétaire en circulation dans la zone franc se mesure à l’aune des seuls échanges entre la France et ses alliés africains, aux transferts des travailleurs émigrés, au rapatriement des capitaux spéculatifs et aux décaissements des bailleurs de fonds. Dans un tel contexte, les taux d’intérêt demeurent toujours élevés. Leur haut niveau est préjudiciable à tout essor économique et prive les entrepreneurs de ces pays des crédits bon marché sans lesquels il n’y a point d’existence pour les petites et moyennes entreprises ni de classe moyenne vecteur de développement.

La convertibilité du franc CFA et son arrimage à l’euro éliminant tout risque de change entre les zones franc et euro, cela était censé faciliter l’afflux des investissements productifs créateurs d’emplois, en provenance d’Europe. En réalité, les investissements dont ont bénéficié les pays d’Afrique se sont portés quasi exclusivement dans l’exploitation des ressources naturelles. Les investissements directs étrangers (IDE), en Afrique, ont atteint 38 milliards de dollars US en 2007 contre 126 milliards de dollars en Amérique latine et aux Caraïbes, 224 milliards de dollars pour les pays d’Asie du sud et d’Océanie, 98 milliards de dollars pour les pays de l’Europe du sud-est et de la Communauté des États Indépendants (CEI). Durant la période 2002 - 2004, les IDE en Afrique avaient seulement été de 1,2 milliards de dollars . L’accroissement enregistré est essentiellement dû aux investissements en provenance des pays émergents d´Asie : Hong-Kong, République de Corée, Chine, Inde et Malaisie et non d’Europe. Ils sont concentrés dans les industries extractives et ne bénéficient qu’à un nombre limité de pays tels que le Nigeria, l’Angola, le Mozambique, le Soudan, le Congo Brazzaville, la Guinée Equatoriale ou la République démocratique du Congo. CES INVESTISSEMENTS DANS L’EXPLOITATION DES RESSOURCES NATURELLES, PARTICULIEREMENT LE PETROLE ET LES MINERAIS, PERPETUENT LA DEPENDANCE DE LA REGION ET SON APPAUVRISSEMENT RESULTANT D’UNE EXPLOITATION SYSTEMATIQUE DE SES RESSOURCES SANS LA CONTREPARTIE D’INVESTISSEMENTS PRODUCTIFS, DE CREATIONS D’EMPLOIS ET D’EXPORTATIONS DE BIENS MANUFACTURES. IL EN EST DE MEME DES FLUX COMMERCIAUX ENTRE LES PAYS DE LA ZONE FRANC ET CEUX DU RESTE DU MONDE QUI SE REDUISENT A L’IMPORTATION DE PRODUITS MANUFACTURES ET A L’EXPORTATION DE PRODUITS DE BASE, CE QUI EXCLUT TOUT DEVELOPPEMENT INDUSTRIEL AUTONOME. Ceci devrait inciter les Africains à promouvoir la diversification des investissements, à renforcer leurs capacités productives dans leurs autres secteurs économiques et à développer un espace légal régissant les partenariats entre les filiales étrangères et les entreprises locales pour favoriser le transfert de la technologie dont la région a besoin pour s’industrialiser.

L’EXISTENCE D’UN MARCHE UNIQUE DEPOURVU DE BARRIERES COMMERCIALES OU FINANCIERES ET D’ENTRAVES A LA LIBRE CIRCULATION DES BIENS ET DES CAPITAUX SONT LES CONDITIONS SINE QUA NON POUR TIRER LE MAXIMUM DE BENEFICES D’UNE MONNAIE UNIQUE. POURTANT, CE MARCHE UNIQUE DANS LEQUEL LES PAYS DE LA ZONE FRANC SONT SUPPOSES EVOLUER N’A D’EXISTENCE QUE DE NOM. ILS EN SONT ENCORE, DEPUIS PRES DE DEUX DECENNIES, A S’ECHINER A METTRE EN PLACE UNE UNION DOUANIERE AU SEIN DE L’UNION ECONOMIQUE ET MONETAIRE OUEST AFRICAINE (UEMOA) ET DE LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE ET MONETAIRE DE L’AFRIQUE CENTRALE (CEMAC), LES DEUX ORGANISATIONS CHARGEES DE LA MISE EN PLACE DE L’HARMONISATION DES REGIMES FISCAUX ET DES POLITIQUES DE CONVERGENCE ECONOMIQUE DE LEURS MEMBRES. Il faut se souvenir que de 1945 à 1960, la coopération monétaire et la coordination des politiques économiques avec la France, dans le cadre de la zone franc, s’étaient en effet appuyées sur une intégration politique, économique et monétaire complète ainsi qu’une libre circulation des personnes, des biens et des services. Le choix des pays africains qui ont décidé de rester sous la tutelle monétaire de la France aurait donc été justifié si ces mêmes pays avaient maintenu le marché commun et les structures fédérales dans lesquels ils opéraient sous le régime colonial. Mais ils n’en ont rien fait. BIEN AU CONTRAIRE, ILS SE SONT EMPLOYES A LES DEMANTELER DES LEUR ACCESSION A L’INDEPENDANCE. EN ERIGEANT DES BARRIERES DOUANIERES ENTRE EUX, LES AFRICAINS SE SONT DELIBEREMENT COUPES LES UNS DES AUTRES, CREANT DE FACTO UN ENVIRONNEMENT ECONOMIQUE IMPROPRE A L’ADOPTION D’UNE MONNAIE UNIQUE. De plus, les banques centrales de la zone franc n’ont aucune existence juridique sur le marché des changes. Il revient donc à la Banque Centrale Européenne (BCE), qui a hérité des accords franco-africains, d’agir en leurs noms. MAIS QUAND LA BCE INTERVIENT SUR LE MARCHE INTERNATIONAL DES DEVISES, C’EST POUR DEFENDRE L’EURO ET NON LE FCFA. CETTE SOUS-TRAITANCE DE LA GESTION DU FRANC CFA A LA BCE CONSTITUE UN FREIN SUPPLEMENTAIRE AU PROCESSUS D’INTEGRATION DES ECONOMIES DES PAYS DE LA ZONE ET A L’ACCROISSEMENT DE LEURS ECHANGES INTRA-COMMUNAUTAIRES.

Dans ces circonstances, il y a quelque chose de kafkaïen dans cette démarche qui consiste à démanteler des structures pour ensuite essayer de les remettre en place à rebours. Cela engendre des distorsions structurelles, institutionnelles et économiques dont les dirigeants et les élites francophones d’Afrique noire n’ont cure, d’autant qu’ils en tirent des intérêts personnels. En effet, la convertibilité du FCFA est un moyen bien commode pour eux de disposer de fortunes considérables et d’immenses domaines immobiliers dans l’Hexagone.

Les crises économiques et financières qui affectent les pays de la zone franc depuis les années 1990 sont les manifestations les plus éloquentes de l’échec des politiques et des choix qui ont prévalu en son sein. Elles ont conduit à la dévaluation de 100% du franc CFA en janvier 1994 et à la paupérisation qui a conduit aux désordres que l’on sait et qui vont aller s’aggravant A MOINS QUE L’ON METTE FIN AU SYSTEME D’EXPLOITATION INSTITUTIONNALISEE QUE REPRESENTE LA ZONE FRANC.

En l’état actuel du développement des économies africaines, la norme, en matière de politique de change devrait reposer sur l’inconvertibilité et l’intransférabilité des monnaies nationales. Lorsqu’un Etat interdit la sortie de sa monnaie nationale, cette monnaie est dite non convertible donc non transférable. Dans ce cas, un contrôle des changes hermétique donne le monopôle des monnaies étrangères aux autorités monétaires qui contrôlent toutes les opérations de change avec l’extérieur. Cette restriction légale assure une gestion rigoureuse des rentrées et des sorties de devises, ce qui permet de les allouer en priorité au développement des secteurs clé des économies concernées. Cette situation est d’ailleurs fréquente dans le monde en particulier dans les pays en voie de développement (PED) très déficitaires qui connaissent de graves difficultés de paiements. C’est également le cas des économies régulées de type semi-étatique où l’Etat prend en charge le contrôle des secteurs essentiels de l’économie comme en Chine, en Inde ou au Vietnam. Rappelons également que pendant longtemps l’échange de francs français contre des devises n’était pas libre mais réglementé. Une convertibilité externe du franc, rétablie en 1958 pour les non-résidents, n’était pas totale pour les résidents. Par exemple, ceux-ci ne pouvaient pas sortir des capitaux hors des frontières sans autorisation administrative. Quant au géant chinois, soucieux de ne pas faire peser des risques importants sur sa croissance économique par une sortie incontrôlée de devises, il n’autorise pas la libéralisation de son marché des changes et sa monnaie, le yuan, n’est pas librement convertible.

AU VU DE CE QUI PRECEDE, LES AVANTAGES AVANCES POUR LE MAINTIEN DE LA CONVERTIBILITE DU FRANC CFA SE REVELENT ETRE UN SUBTERFUGE QUI INSTITUTIONNALISE L’APPAUVRISSEMENT SOCIO-ECONOMIQUE DES PAYS DE LA ZONE FRANC. ILS SE DOIVENT D’Y METTRE FIN, DE RECOUVRER LA GESTION DE LEURS RESERVES DE CHANGE, D’INSTITUER UN STRICT REGIME DE CONTROLE CHANGE ET D’ETENDRE LES POLITIQUES D’HARMONISATION FISCALE ET DE CONVERGENCE ECONOMIQUE QU’ILS MENENT AU SEIN DE L’UEMOA ET DE LA CEMAC A L’ENSEMBLE DES PAYS MEMBRES DE LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE DES ETATS DE L’AFRIQUE DE L’OUEST (CEDEAO), L’ORGANISATION MANDATEE PAR L’UNION AFRICAINE (UA) POUR COORDONNER LES POLITIQUES D’INTEGRATION DANS LA SOUS-REGION.



*SANOU MBAYE,
économiste, ancien fonctionnaire international, auteur de l’Afrique au secours de l’Afrique, à paraître en janvier 2009, aux Editions de l’Atelier.


Source: 20mai.net

13:34 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (39) | Tags : franc cfa, zone franc, monnaie, relique coloniale | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 20 octobre 2008

CELESTIN MONGA: LA ZONE FRANC CONSTITUE UN ANACHRONISME ECONOMIQUE ET MONETAIRE

Franc CFA 4.jpg
Octobre 17, 2008

Certains Etats abusent de la malchance au point de banaliser la notion de crise économique. C’est certainement le cas des quatorze pays africains qui, avec les Comores et la France, constituent depuis 1939 une étrange union monétaire connue sous le nom de Zone franc. Relique d’un passé colonial qui semble n’avoir jamais eu de fin, cette union reflète à la fois le mimétisme intellectuel des élites africaines qui ne se sont jamais libérées de la mémoire de l’oppression, et l’égoïsme cupide des membres des réseaux de la Françafrique qui continuent de dominer la classe politique et l’administration de la coopération à Paris.

Alors que les anciens pays africains du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) qui étaient eux aussi membres de la zone franc pendant la période coloniale s’étaient réappropriés leur souveraineté monétaire avec l’indépendance, les pays d’Afrique sub-saharienne avaient reconduit la logique du pacte colonial, signant avec la France des accords de coopération qui les plaçaient sous la tutelle monétaire de Paris—ceci au nom d’une “intégration africaine” qui ne s’est jamais matérialisée. Près d’un demi-siècle après les indépendances que le Général de Gaulle leur avait généreusement attribuées, ces pays aux économies fort différentes les unes des autres et ne commerçant pratiquement pas entre eux, continuent d’utiliser la même monnaie qu’à l’époque coloniale (le franc CFA). Celle-ci est liée à un taux de change fixe avec l’Euro et gérée en réalité par une poignée de fonctionnaires de la Banque centrale européenne à Francfort, sans aucun souci ni considération pour la réalité et les besoins réels de ces pays, qui sont aussi parmi les plus pauvres de la planète.

Au moment où l’économie mondiale montre des signes d’essoufflement, que la crise des systèmes financiers et des bourses internationales menace de provoquer une baisse de la croissance dans les pays en développement, il est difficile de comprendre que l’Afrique noire francophone, qui ne peut compter que sur ses exportations pour se développer, continue de s’accommoder d’arrangements monétaires qui la privent de toute marge de manœuvre en matière de compétitivité externe et de politique économique. Les choses sont d’autant plus graves que les importations de ces pays africains sont souvent libellées en euro, alors que leurs exportations leurs sont réglées en dollar. La montée de l’euro par rapport au dollar provoque non seulement une surévaluation du franc CFA (c’est-à-dire une perte de compétitivité de ses produits sur les marchés internationaux), mais aussi une perte de ses recettes d’exportations et revenus fiscaux. La situation actuelle rappelle la situation vécue à la fin des années 1980 lorsque la détérioration des termes de l’échange et la surévaluation du franc FCFA avaient entraîné un appauvrissement des Etats, la baisse des investissements, l’accroissement du chômage, la fuite des capitaux, et une spectaculaire dévaluation dont les conséquences sociales restent incrustées dans l’imaginaire collectif.

Un anachronisme

La zone franc constitue assurément un anachronisme économique et monétaire. Ses partisans justifient son existence en invoquant une série d’arguments politiques et économiques. D’abord, ils affirment qu’elle sert de socle à une future union politique africaine. Si c’était le cas, cette union imposée de facto depuis bientôt soixante-dix ans aurait déjà donné quelques résultats tangibles. Or les mauvais traitements réservés par des africains à d’autres communautés africaines sur leur territoire (exemple des Camerounais au Gabon et en Guinée équatoriale) prouvent bien que le rêve d’unité africaine entre des populations affamées demeure un lointain mirage, ceci malgré les slogans sur la liberté de circulation des personnes et des biens.

La zone franc est présentée ensuite comme une sympathique copie de l’Union européenne, une espèce de voie obligée dans un monde où les Etats-nations disparaissent au profit de grands ensembles. Ceux qui soutiennent cette thèse oublient que la logique des grands regroupements est dictée en priorité par des considérations économiques, et non idéologiques : c’est à force de commercer entre eux que les pays européens ont créé un grand marché communautaire, et justifié ainsi l’abandon de leurs monnaies nationales pour l’adoption d’une monnaie unique. Les échanges intra-européens représentaient environ 60 % du commerce extérieur français ou allemand lorsque l’euro a été adopté.

En Afrique francophone, soixante-dix ans après l’adoption d’une monnaie unique, ils continuent de représenter moins de 5 %.

Des dirigeants africains incapables de gérer une monnaie ?


De plus, un pays qui choisit d’abandonner sa souveraineté monétaire pour faire partie d’une union doit bénéficier en contrepartie de la flexibilité de l’emploi, qui est alors le meilleur moyen de s’adapter aux chocs extérieurs - ses agents économiques peuvent alors se déplacer librement pour aller saisir des opportunités ailleurs dans la zone monétaire. C’est cette flexibilité du marché du travail qui permet à des plombiers polonais de quitter Varsovie pour s’établir à Hambourg ou Paris, s’ils y trouvent plus d’opportunités professionnelles. Un plombier Sénégalais qui voudrait s’installer à Libreville n’a aucune chance de se voir délivrer un visa. S’il s’y aventure clandestinement, il y sera en permanence guetté par la violente méchanceté et la jalousie des travailleurs gabonais aigris et au chômage qui, dans cet Etat de non-droit, ne s’embarrasseront pas de fioritures pour incendier ses biens, voire attenter à sa vie !

Autre argument souvent invoqué pour justifier l’existence de la Zone franc : les dirigeants africains sont trop irresponsables pour qu’on leur confie la gestion d’une monnaie. Ils seraient tous tentés de faire fonctionner la planche à billets comme Mobutu Sese Seko et Robert Mugabe l’ont fait au Zaïre et au Zimbabwe. D’ailleurs, affirme-t-on, la zone franc a permis aux pays d’Afrique noire francophone de maîtriser l’inflation et de maintenir la convertibilité de leur monnaie. Vrai. Mais selon la même logique, ces pays n’auraient jamais dû accepter l’indépendance politique, puisque de nombreux leaders africains se sont montrés bien pires que les colons d’hier. De plus, les cas extrêmes de l’ex-Zaïre et du Zimbabwe (qui n’ont jamais été membres de la zone franc) ne doivent pas dissimuler les très nombreux exemples de grands succès d’anciens membres du club qui ont bien géré leurs monnaies et en ont même fait l’instrument principal de leur industrialisation et de leur développement (Maroc, Tunisie, Vietnam).

La zone franc, un marché captif pour quelques hommes d’affaires français

Quant au mythe de la convertibilité du franc CFA, il suffit d’essayer d’effectuer un virement bancaire de Brazzaville à Bangui ou de Bamako à Ndjamena pour mesurer la pauvreté de ce slogan: les tracasseries administratives, l’ampleur des formalités et documents à fournir, la lourdeur des procédures, le coût des transactions, le nombre d’intermédiaires qui doivent chacun être rémunérés, le volume des taxes et commissions et les délais de l’opération sont tels que cette convertibilité ressemble à un leurre.

Elle est d’ailleurs “garantie” par la Banque de France, qui exige en contrepartie à tous les pays de la zone franc d’ouvrir un Compte d’Opérations ouvert au Trésor français, et d’y déposer au moins 65 % de leurs recettes d’exportations. Tiens donc !

En vérité, les avantages tant vantés de la zone franc consistent surtout à offrir un marché captif à quelques hommes d’affaires français installés en Afrique, et à faciliter les transactions de ces élites africaines corrompues qui se rendent régulièrement à Paris pour y approvisionner leurs comptes bancaires, s’offrir des costumes Pierre Cardin ou y faire leurs courses de ménages sans avoir à se soucier du taux de change. Quant aux vrais entrepreneurs français et africains qui désirent s’établir durablement sur le continent et y développer des industries dignes de ce nom, ils se préoccupent plutôt de la détérioration de la compétitivité de ces économies, qui est un problème structurel lorsque la monnaie d’économies aussi faibles est liée, par un taux de change fixe, à une monnaie aussi forte que l’euro. Ce qui intéresse ces vrais créateurs d’emplois, ce n’est pas tant le niveau modéré de l’inflation dont parlent tant les défenseurs de la zone franc, mais les opportunités d’affaires. Malheureusement, il semble bien que la politique monétaire suivie par les pays d’Afrique noire francophone relève actuellement du masochisme. Quel dommage, quand on sait qu’ils pourraient tirer des enseignements précieux des expériences remarquables d’anciens membres de la zone franc comme la Tunisie ou le Vietnam.

Célestin MONGA

[Les pays de la zone franc : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée Bissau, Guinée équatoriale, Mali, Niger, République centrafricaine, Sénégal, Tchad et Togo.

Cet article est repris de l’étude intitulée “1 FCFA = 0,00154 euro ? Macroéconomie du masochisme”, paru dans l’ouvrage L’avenir de la zone franc : perspectives africaines, dirigé par Hakim Ben Hammouda et Moustapha Kassé, Paris, Karthala, 2001.

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01:17 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : franc cfa, célestin monga, zone franc | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |